La nuit était déjà bien entamée lorsque l'homme entra dans son salon sombre, éclairé par la seule lumière de la Lune qui était pleine ce soir-là. Il avança dans la pièce pour s'approcher du bar pour en sortir un verre qu'il remplit à moitié de Scotch. Il le sirota jusqu'à son fauteuil pour s'asseoir dans la pénombre de la pièce qui s'assombrit un peu plus. Des nuages noirs commençaient à masquer les étoiles et leur mère. Comme pour adoucir la folie régnant dans la ville, le Ciel se mit à pleurer des pétales d'eau sur les rues agitées. L'homme posa son verre sur la table à côté de lui avant de relever les yeux. Son regard fut immédiatement attiré par une silhouette qui lui faisait dos. Il ne put s'empêcher de sourire à l'ironie évidente qu'il ressentit à cette vue.
« Vous vous présentez de dos... comme la mort. »
L'Individu se retourna avec lenteur pour saluer l'homme qui lui faisait face, toujours sereinement assis dans son fauteuil.
« Bonsoir Mycroft. »
L'homme garda ses yeux fixés sur les orbites vides du masque de son bourreau. Il ne semblait pas avoir peur ni craindre ce qui allait lui arriver, il était calme face à cet homme dont la simple mention du nom arrivait pourtant à dresser les cheveux sur la tête de certaines personnes, des personnes qui se savaient coupables et lâches.
L'Individu approcha de Mycroft. Il posa sa main sur le fauteuil en face du sien en le désignant.
« Puis-je?
- Bien sûr. »
L'assassin prit donc place sur le fauteuil en face de celui de sa victime qui ne le lâchait pas des yeux. On aurait pu croire qu'ils s'apprêtaient à une discussion amicale autour d'un thé. L'homme masqué joint les mains sur ses cuisses avant de commencer à parler.
« Mycroft Holmes... j'avoue être profondément déçu de ce que j'ai pu apprendre durant mes recherches. À ce que j'ai vu, vous n'êtes pas comme les autres que j'ai tués, dans le passé vous étiez un homme juste, peut-être même bon. Vous jugiez avec impartialité les décisions prises par le Gouvernement, vous donniez un point de vue neutre, vous aviez un rôle d'Être omniscient. À l'époque, vous vous êtes fait un nom, une réputation, vous êtes monté haut dans les grades du Gouvernement; les citoyens ainsi que les Haut Magistrats, la Chambre des Lords vous faisaient une confiance totalement aveugle. Ils n'ont pas changé, mais vous, si.
- Il est malheureux de l'admettre... mais chaque homme a son prix. »
Les deux hommes restèrent silencieux quelques instants avant que L'Individu ne reprenne son discours.
« Vous êtes sûrement celui que j'aurai le plus de mal à tuer, je vous regretterai sans doute au moins un peu. Tout ceux dont j'ai pris la vie avant vous, ces hommes-là n'avaient jamais été des hommes bons ou charitables. Vous, si. Vous l'étiez mais à présent, vous ne rendez plus Justice. Vous vous laissez acheter par le parti qui payera le plus cher votre influence et la confiance que les gens ont placée en vous. Les citoyens de cette ville seront atrocement déçus de découvrir ce que vous avez fait... mais je n'ose imaginer la peine, la déception que sera celle de votre petit frère. Lui souffrira plus que quiconque. Vous étiez un de ses idéaux de Justice en plus d'être un grand-frère qu'il trouvait admirable. »
Assis dans son fauteuil, le visage s'assombrissant de secondes en secondes, Mycroft tentait de garder des yeux fixes sur son bourreau, le cœur profondément blessé par ses dernières paroles.
« Je sais cela. Je le sais... mais j'ai peut-être une chance de me racheter, ou au moins d'expliquer... mais il me faut votre aide, dites-moi que vous m'aiderez.
- Cela dépend. »
Mycroft se redressa avec quelques légères difficultés. Il ouvrit le tiroir de la table à ses côtés pour fouiller à l'intérieur.
« En voyant l'œuvre que vous réalisiez, j'étais presque sûr que vous viendriez me voir. J'ai donc mis mes affaires en ordre avant votre visite. »
Mycroft sortit du tiroir une liasse épaisse de feuilles accrochées ensemble pour les tendre, les mains tremblantes, vers son bourreau qui lui faisait face.
« Dedans, il y a tous les rapports des décisions, des jugements, des lois qui ont été passés depuis que je me suis laissé corrompre. Il y a tout dedans, j'y ai même ajouté mes aveux signés ainsi que mon testament et mes dernières volontés... donnez cela à Sherlock de ma part, il a le droit de savoir, il doit savoir. Il en fera ce qu'il voudra. Dites-lui que je suis désolé. »
L'Individu attrapa les feuilles qu'il posa avec précaution en ordre sur ses cuisses pour ne pas les abîmer, plaçant ensuite ses mains jointes dessus.
« Ce sera fait. »
Mycroft s'enfonça dans son fauteuil, regardant toujours le meurtrier qui lui faisait face.
« Vous allez me tuer à présent.
- Non. »
Mycroft lança un regard interrogateur à l'homme masqué qui lui faisait face. Celui-ci garda ses yeux invisibles derrière son masque rivés sur lui.
« Vous êtes déjà mort. Vous vous êtes tué vous-même en buvant votre Scotch, je l'ai empoisonné. C'est pour cela que vous avez des difficultés à bouger, à respirer et que vous tremblez. Vous devez vous sentir fatigué, c'est normal. Vous allez mourir rapidement, cela ne sera pas douloureux, vous aurez l'impression de vous endormir. »
Mycroft sourit un instant à son meurtrier. Effectivement, il commençait à ressentir une grande fatigue le prendre. Néanmoins, il eut encore la force de demander une chose à son bourreau.
« Vous vous êtes présenté à moi comme le Faucheur... il se montre de dos et tous, nous mourons en voyant son visage... le vôtre est masqué... serait-il trop de vous demander de voir votre visage? Ceux qui savent ce qui se cache derrière ce masque sont sûrement là où je vais à présent, en Enfer. Les dernières volontés d'un homme en train de mourir... »
L'Individu resta un moment immobile, assis droit, les mains l'une sur l'autre sur l'amas de feuilles sur ses cuisses avant de répondre.
« Bien sûr. »
L'Individu passa ses mains gantées derrière sa tête pour délacer son masque avant de faire glisser la toile sur son visage pour le découvrir à sa victime. Mycroft, qui avait de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts ou même respirer, ne put tout de même s'empêcher de sourire à l'homme face à lui.
« C'est... »
Sa phrase resta un suspend quelques instants, le temps qu'il reprenne une dernière fois sa respiration avant de pousser son dernier soupir.
« Magnifique... »
Voilà Pour ce chapitre qui présente le dernier meurtre... est-ce que je peux esperer survivre XD? Ca fait deux jours que ce chapitre est fini et que je le garde au chaud XD
L'histoire va très bientôt se terminer ;). Merci à tous de votre fidélité, j'espère que vous aimerez la fin que je vous ai reservé, mais il reste encore quelques (peu) de chapitres :). Trois maximum x)
