bonjour tout le monde !
voici très rapidement le nouveau chapitre avant une nouvelle semaine de travail. Je suis contente de pouvoir vous proposer un délai pas trop moche entre deux MaJ, je vais essayer de maintenir ce rythme d'une dizaine de jours. En fait, durant mes pauses, je fais des plans lol
Je tenais à vous signifier une chose : je prends le parti de décrire Leah avec cette violence en elle, mais ceci ne veut en aucun cas dire que les personnes victimes de troubles alimentaires atteignent toutes ce niveau. Leah est anorexique certes, mais a de plus graves soucis psychologiques que ce trouble alimentaire. Ne prenez pas ces lignes au pied de la lettre, donc. Les troubles alimentaires, anorexie, boulimie et autre, n'emmènent pas forcément à ces extrêmes-là.
Bref, merci à vous pour votre soutien : Kyssou (trois kilos de perdus c'est vraiment super ! Bravo !), G6K, Fo7, samystère, halay, Imaginaire-de-kiki, jenny56, bellaeva, calimero59, nana10, Guest, Elodie pixie B, SweetyMarie, Mariefandetwilight, aussidagility, vinie65, Cassy-chou, Guest, veronika crepuscule, callie226, cs85, katner, sarinette60, Isnoname, Nini Hathaway, Lily-Rose-Bella, lisouarras, Maryfanfictions, Clemeria, choubidou. lily, titemaman1, mlca66, Guest, birginie, BellouPattinson, aude77, Alexoue, Clairouille59, jade sheppard, Erika Shoval, Mariee1, Lea1985, Grazie et Ptitewam.
Merci à Axelle pour sa correction,
prenez soin de vous.
Tiffany.
~ Chapitre 13 ~
Bella.
- Ne fais pas d'efforts, chérie !
- Maman, je peux avancer toute seule !
- Hors de question ! Tu vas te reposer, monter dans ta chambre et je t'amènerai le dîner...
- Bien, maman...
Elle me soutint jusqu'à l'étage, puis m'aida à m'allonger sur mon lit.
- Tu as besoin de quelque chose ?
- Non ça va, merci...
Je récupérai mon téléphone portable, qui était resté ici depuis mon agression. Immédiatement, un flot de textos inonda mon appareil. Des SMS de « bon rétablissement », et des textos délirants d'Alice relatant nos journées à l'hôpital, et ses visites quotidiennes.
J'adore cette fille, sérieusement !
Je remarquai que je n'avais pas eu un seul message de Jessica, malgré les appels de ma mère. Tu parles d'une amie, toi... Toujours là quand elle a besoin, jamais là quand c'est son amie qui en a besoin... Je décidai de lui envoyer un SMS quand même, parce que finalement, après cette agression, les choses apparaissent moins graves que ce qu'on les imagine réellement.
« Salut Jess, ça va ? Quoi de neuf ?
Bises »
Sa réponse se fit attendre, longtemps attendre, et intervint alors que je somnolais, abattue par les médicaments. Son texto n'était rempli que des dernières nouvelles, de ses aventures sentimentales et elle consenti, à peine, à prendre de mes nouvelles et à m'adresser un pauvre « remets-toi bien » jeté comme si ça n'avait aucune importance.
Et moi je suis fatiguée.
Je ne répondis plus, un peu contrariée. Pas que je sois d'un naturel égoïste, mais ne pas prendre des nouvelles d'une soit disant amie hospitalisée, c'est aussi une forme de nombrilisme. Je m'installai confortablement sur mon lit, après que maman m'ait monté mon traitement.
Quand même... Je n'aurais jamais pensé que cela puisse m'arriver... ici, à Forks, alors que mon père est shérif de cette ville... Ma bonne petite ville, non sécurisée désormais.
Et ses poings qui s'abattent contre moi, contre mon ventre, ses pieds écrasant mon bras alors que je tentai de lui échapper, repliée en position fœtale. Espérant que Charlie soit en service, et vienne me rendre une petite visite à la bibliothèque. Ce qu'il ne fit pas. « Maman... papa... »
- Bella... Bella !
- Quoi ?
J'ouvris les yeux, surprise de découvrir Renée devant moi, dans ma chambre. Elle caressa mon front, dégageant mes cheveux humides.
- Tu as dû faire un cauchemar, ma chérie... Je t'ai entendue crier... Tu transpires... As-tu pris les cachets que t'a prescrit le médecin ?
Je me redressai légèrement.
- J'ai soif...
- Je t'ai monté une bouteille avant d'aller dormir hier soir...
Elle me tendit la boisson, que je vidai de moitié.
- Je vais demander à Edward s'il peut demander à son père de passer t'examiner... Peut-être as-tu besoin d'un traitement plus fort pour pouvoir dormir...
Pourquoi veut-elle le demander à Edward ?
- Pourquoi Edward ?
- Il est en bas, au salon avec ton frère. Il est venu te voir, il voudrait te parler...
Me parler ?
- Nous discutions quand je t'ai entendue crier... Je lui ai dis qu'on attendrait ton réveil, pour savoir comment tu te sens...
- C'est bon... Laisse-moi juste prendre une douche et m'habiller...
Elle m'accompagna jusqu'à la salle de bains et me proposa de m'aider mais je refusai, préférant me débrouiller seule. Difficilement, je parvins à faire ma toilette et à passer un jeans et un haut noir. Je me coiffai sommairement, et quand je quittai la petite pièce chauffée pour retrouver ma chambre, Edward était déjà là, appuyé contre la fenêtre à regarder la vue sur la forêt, sourcils froncés et bras croisés sur son torse.
- Oh, salut...
- Salut... murmura-t-il, sans me regarder.
Hum..ok...
- Est-ce que ça va, Edward ?
- Faut que j'te parle...
- Oui, pas de soucis... Qu'est-ce qu'il y a ?
Il se retourna, le regard toujours noir, presque... furieux ? Il hésita un moment, regardant la porte derrière moi, que je poussai légèrement pour que notre conversation, qui avait l'air de prendre un drôle de tournant, reste privée.
- Je sais qui t'a fait ça, Bella !
Non... Il ne peut pas le savoir...
- Elle est venue à la maison, murmura-t-il.
« Elle... ». Elle, c'était elle.
- Elle est venue, et elle est devenue agressive comme jamais... Elle m'a alors dit tous ces... tous ces trucs sur toi et sur ce qu'elle t'a fait...
Est-elle assez stupide pour se vendre elle-même ?
- Je ne comprends pas que tu veuilles ne rien dire. Tu te rappelles très bien que c'est Leah qui est l'auteur de ton agression, pas vrai ?
Il s'avança vers moi, me faisant instinctivement reculer. Si elle sait que je la dénonce, qui me dit que ça ne sera pas pire la prochaine fois qu'elle me croisera ?
- Je...
- Bella, tu DOIS porter plainte...
- Mais tu...
- Je suis prêt à témoigner pour toi... Elle est venue chez moi, elle est entrée presque par effraction et elle s'est mise à...
Il fit le tour de mon lit, et s'assit sur le rebord du matelas.
- Elle est complètement folle, et si tu m'avais simplement dit que c'était elle la responsable de ton état, je ne t'aurai pas crue. Mais elle a déboulé à la maison, elle a attendu que je sois seul et elle est rentrée sans sonner, sans frapper. Elle est venue me coincer dans ma chambre, pour me dire toutes ces paroles sur toi, elle m'a menacé... tu DOIS porter plainte... Tu le DOIS, Bella !
Elle s'est vendue toute seule... Elle en vient à menacer son ex-petit ami... Son état est certainement plus grave qu'une simple anorexie.
- Pourquoi tu ne l'as pas déjà fait ? Hein ? Pourquoi ?
Il semblait déterminé que je le fasse.
- Parce que...
J'en sais rien...
Je m'assis à côté de lui, sur le lit. Doucement, parce que mes côtes étaient encore douloureuses.
- Je ne sais pas... Je crois que j'ai peur... Peur qu'elle revienne si elle... si elle sait que je la dénonce... Tu imagines si je dis aux policiers ce qu'elle a fait et qu'elle l'apprend ? Qu'elle m'agresse parce qu'on a parlé à ton père, alors un flic...
Il soupira et m'observa, et contrairement à ce que j'avais pensé, avec de la compassion.
- Ouais bien sûr, j'peux comprendre... Mais bon... Leah est... Je ne la reconnais plus... Je ne reconnais pas cette personnalité agressive, méchante... Elle a toujours été seule, mais... Pas comme ça... Si on est deux à aller au commissariat pour parler de tout ça aux autorités, je suis sûr qu'ils prendront les choses au sérieux... Je ne peux plus me cacher chez moi, garder en permanence mon portable éteint et filtrer les appels qui arrivent sur le fixe de mes propres parents... Je n'ose même plus laisser un volet ouvert quand je suis tout seul...
Il tendit sa main et la posa sur mon plâtre.
- Je peux comprendre que tu ais peur, crois-moi... D'une certaine façon, moi aussi j'ai peur... Tu as des raisons d'être inquiète, mais si la police sait ce que l'on sait, ils prendront des dispositions et tu ne seras plus seule. Ton père sera là, en permanence avec toi et je suis certain qu'il ne laissera plus Leah t'approcher... Et je serai là, aussi... Si tu ne le fais pas, moi je le ferai ! C'est une promesse !
- Ma peur n'est pas infondée, alors...
- Non, bien sûr que non... Je m'inquiète aussi pour elle... Mais ta sécurité, notre sécurité, est mise en péril par cette femme. Et peu importe ce qu'elle fait, nous devons être plus intelligents qu'elle... La dénoncer, c'est encore lui apporter notre aide... Elle ne peut pas agir comme ça quand elle veut quelque chose. C'est mal, mauvais.
Oui, il a amplement raison sur ce point.
- Je suis désolée, j'ai juste eu...peur... je suppose...
Sans que je ne m'y attende, il entoura mes épaules de son bras.
- Je t'aurai prise pour une idiote si tu n'avais pas peur... Je ne voulais pas, quand j'ai su, que tu restes à te morfondre dans ta chambre. Tu n'es pas toute seule, Bella... Nous sommes tous là, avec toi.
Il m'attira avec douceur contre lui, et embrassa le sommet de mon crâne. Il est tellement sécurisant, gentil... Leah est si folle d'avoir gâché tout ça...
- Alors, on va aller en parler au commissariat ?
J'opinai et grimaçai, réalisant la pointe vive dans mes côtes.
- Edward ?
- Oui ?
- Tu... tu peux juste me... enfin j'ai un peu mal encore...
Il me relâcha, comme brûlé et choqué.
- Pardon ! Je suis désolé ! Excuse moi, ça va ?
Je ne pus m'empêcher de rire, en voyant sa mine défaite. Rire que je stoppai immédiatement, me tordant de douleur à cause de la douleur.
..
.
Tenant sa promesse, Edward m'accompagna au commissariat deux jours plus tard. Charlie était en service, ce qui faciliterait sans doute les choses parce qu'il ne douterait pas de ma version. Que je n'aurais pas à subir mille questions sur mon état physique, parce qu'il connaissait déjà mon dossier.
Edward et moi patientâmes, assis sur deux chaises peu confortables quand la secrétaire de Charlie nous fit signe d'avancer. Mon ami m'aida à me relever et m'accompagna jusqu'au petit bureau de papa.
Voir Charlie ici, en tenue de travail, derrière son bureau me fit forte impression. Je n'avais jamais vu Charlie en fonction dans son commissariat, et sa posture, sa tenue de shérif rendait la chose plus impressionnante encore que dans mon imagination. Le voir rentrer tous les soirs dans le salon, retirer ses grosses chaussures noires et son uniforme n'avait définitivement pas la même empreinte que de le voir assis ici, en tant que chef.
- Bonjour Chef Swan...
- Tiens, Edward, Bella ? Qu'est-ce que vous faites ici ? Assis-toi Bella, tu vas te fatiguer pour rien... Pourquoi es-tu sortie ? Tu aurais dû rester à la maison pour récupérer...
Edward s'installa sur le fauteuil à ma droite et me lança un bref regard avant de se lancer. Il sait sans doute que s'il ne le fait pas, je ne trouverai pas la force d'expliquer tout ce qui s'est passé.
- Nous avons des... révélations à vous faire... Au sujet de l'agression de Bella...
.. ::..
Edward.
Alors, je lui expliquai tout depuis le départ. De mes retrouvailles avec Leah à ses accusations mensongères, jusqu'à l'agression dans ma chambre et ses propos.
Bella se tassait dans son siège, son regard rivé sur le sol. Charlie, sourcils froncés et stylo à la main, nous observait tour à tour.
- Hé bien... Je suis surpris par tout cela...
Il se recula dans son siège, posant son stylo sur son dossier en cours.
- Je connais Leah depuis qu'elle est enfant, et ses parents sont d'excellents amis... Elle a reçu une bonne éducation...
- Chef, il est important que vous nous croyez... Je ne vous mens pas, et elle est également, de son propre aveu, l'agresseur de Bella...
Il regarda sa fille, qui semblait au bord des larmes. Vas-y Bella ! Parle ! Tu me l'as promis...
- C'est elle qui t'a agressée, Bella ?
Elle me lança un regard désespéré, avant d'acquiescer.
- Oui...oui c'est elle...
Son père eut un geste nerveux de la main, restant silencieux un moment.
- Pourquoi tu ne nous as rien dit si tu t'en souvenais ?
- Parce que j'ai... j'ai eu peur qu'elle ne l'apprenne, je crois...
Charlie soupira et passa sa main dans ses cheveux.
- Bien... Ok... Je vais enregistrer votre déposition, et la convoquer avec Harry et Sue mais... C'est une situation compliquée...
- Je suis désolée papa...
Il s'interrompit dans son monologue.
- Ne sois pas désolée ! Entre l'un de mes meilleurs amis et ma fille, je choisirai toujours ma fille... Ce sera toujours toi que je croirai, plus qu'un autre... Je suis juste... surpris...
- Leah a besoin d'aide, Charlie ! Ajoutai-je.
- Je l'ai bien compris, Edward... Je vais devoir attendre le retour de Fred, pour prendre vos dépositions... Comme Bella est ma fille, je pourrai être accusé de conflits d'intérêts.
Ce qui peut se comprendre.
Charlie décrocha son téléphone pour composer un numéro, et une dizaine de minutes plus tard un nouvel officier fit son apparition. Il m'interrogea en premier, puis Bella ensuite et nous quittâmes le bureau après une longue heure d'interrogatoire.
C'est la meilleure chose que l'on ait pu faire pour notre propre sécurité.
Je conduisis Bella chez elle, le long d'un trajet silencieux. Elle parut perdue dans ses pensées, presque triste.
Je me garai devant chez elle.
- Est-ce que ça va aller ?
- Oui... C'était dur de devoir tout lui redire en détails mais... mais c'était ce qu'il fallait faire, non ?
- On a pris la bonne décision...
Elle conserva le silence un instant, et j'en profitai pour l'observer. Elle n'avait pas énormément changé. Elle avait toujours ses longs cheveux, maintenant dégradés par la journée folle imposée par ma sœur. Son regard malicieux, et son petit nez. J'aurais pu la reconnaître dans la rue, même après des années.
Sa gentillesse la perdait déjà à l'école, et la perdra certainement encore. Elle n'aurait sans doute jamais été déposer une plainte si je ne l'y avais pas poussé. Mais elle ne mérite pas de ressasser son agression tous les soirs en se disant que sortir serait désormais une torture pour elle, par peur de la croiser.
- Rentre chez toi, tu n'y risques rien. Il y a tes parents, ton frère.
- D'accord...
Elle attrapa son sac et ouvrit la portière côté passager.
- Passe une bonne soirée, et tâche de ne pas trop y penser...
- Je vais essayer, merci...
Elle m'adressa un pâle sourire et quitta ma voiture. Avant de refermer la porte, elle se pencha avec difficulté.
- Edward ?
- Oui ?
- Merci d'avoir... enfin d'être venu avec moi...
- Tu vas devoir apprendre à composer avec tes amis, maintenant...
- Je n'ai pas l'habitude... sourit-elle.
- Passe une bonne soirée...
- Merci, toi aussi...
J'attendis qu'elle soit rentrée chez elle, pour démarrer et rejoindre mon domicile afin d'informer mes parents de ma plainte. Mais Charlie leur avait déjà passé un coup de fil avant mon retour.
Carlisle et Esmé m'attirèrent dans la cuisine, afin de m'en parler.
- Tu as fait le bon choix, Edward... Ce harcèlement ne pouvait plus durer...
Esmé semblait sur le point de défaillir quand je racontai la dernière visite de Leah à la maison.
- Je l'ai vu monter notre chemin mais j'ai pensé que vous aviez rendez-vous... J'aurais dû me méfier... Faire demi-tour ou au moins, l'arrêter...
- C'est bon m'man... Elle ne m'a rien fait...
- Quand nous sortirons et que tu seras seul, tu te fermeras derrière nous de l'intérieur...
- T'en fais pas maman...
- Si ses venues se reproduisent, ou si elle continue de t'appeler, conserve chaque trace pour les amener au commissariat ! M'expliqua Carlisle. Ne supprime plus ton historique d'appels, ni de SMS. Tout sera utile...
- Ok...
Ils se levèrent de leurs chaises.
- Monte te reposer, ça a dû être éprouvant...
- C'est surtout Bella qui a été touchée...
Mes parents échangèrent un regard.
- Cette pauvre petite... Elle est si gentille... Elle ne mérite pas ça... Tu as bien fait de la convaincre de porter plainte...
- Elle a peur... Quand je suis allé chez elle il y a deux jours, elle hurlait, elle faisait des cauchemars...
- Je passerai la voir demain en partant à l'hôpital, pour lui prescrire un médicament plus fort que ce qu'elle a actuellement...
- Allez la voir le plus souvent possible avec ta sœur... Elle va avoir besoin de votre aide...
- Oui, t'en fais pas maman...
Je me levai et grimpai à l'étage pour prendre une douche et m'installer derrière ma console. Un bon jeu idiot, c'est ce dont j'ai besoin...
Mon portable sonna vers vingt et une heure. Un texto de Bella.
« Charlie a fait convoquer Leah pour demain matin.
Je n'arrête pas d'y penser mais tu as eu raison,
c'est elle qui m'a fait ça. Elle devra en répondre.
Merci d'avoir insisté. Bella. »
J'interrompis mon jeu, pour lui répondre.
« Je suis content que tu sois en accord avec cette situation,
ne t'en fais pas tout ira bien et Leah sera punie.
Si t'as besoin de quoi que ce soit, mon portable reste allumé la nuit.
N'hésite pas !
Passe une bonne nuit, bisous. Edward. »
« Merci pour tout, tu es toujours aussi gentil...
Merci. Bonne nuit à toi aussi. Bisous. B. »
Ce qui m'avait frappé chez elle, lors de notre rencontre, était sa gentillesse, sa discrétion. Si elle pouvait aider quelqu'un, elle le faisait sans rien demander, de bon cœur. Quand elle était heureuse de faire quelque chose, son bonheur se lisait sur son visage et sa générosité transpirait par ses yeux. Bien souvent, elle était déçue parce que ce qui était excellent pour elle ne retenait que rarement l'attention des autres.
J'avais toujours aimé son enthousiasme et sa fraîcheur, son envie de s'intégrer à un groupe, d'être attentive à chaque personne autour d'elle et de vouloir partager des choses avec. Elle s'était mise à faire des recherches, à regarder des matchs de baseball quand elle avait su que j'aimais ce sport. Malheureusement, ses rondeurs n'entraient pas dans les « codes » de mode et la jeune fille pleine d'enthousiasme s'était peu à peu transformée en une coquille refermée sur elle-même, repliée, persuadée que si elle osait traverser la cour, toute l'école se moquerait d'elle.
C'est ainsi que l'on a perdu le contact, peu à peu. Petit à petit, son coin favori était celui entre le mur de la classe et les sapinettes de la pelouse menant au terrain de basket. Elle s'y cachait à chaque pause, noyée sous un casque de baladeur avec un livre. Et à l'époque, parce que j'étais un idiot, je pensais que rester avec les mecs ou cette bande très en vue ferait de moi quelqu'un de meilleur.
Alors qu'être quelqu'un de meilleur, ça commence par ne pas laisser tomber ses amis.
Et je me sens heureux que la vie ait décidé de nous donner une seconde chance. Moi pour me rattraper, elle pour s'ouvrir.
.
.
Je venais de terminer mon premier cours de la journée, à un jeune garçon de dix ans qui espérait s'initier au piano. En attendant de trouver un poste dans une école de musique, je dispensais des leçons à des particuliers pour me faire un peu d'argent. Cela ne me permettait pas de quitter le domicile de mes parents pour payer un loyer, mais je prenais de l'assurance et de l'expérience en tant qu'enseignant.
Carlisle rentra de sa journée de travail, l'air grave, sa sacoche marron dans sa main gauche.
- Edward, je peux te voir s'il te plaît ?
- Ouais, j'arrive...
Je le retrouvai dans son bureau.
- Ferme la porte...
- Qu'est-ce qui se passe ?
- J'ai eu des nouvelles de Leah...
- Oh ?
Qu'est-ce qui s'est passé, encore ?
- Elle va subir une expertise psychiatrique...
- Une expertise psychiatrique ?
Il opina.
- Quand elle a été convoqué au commissariat, elle a été prise d'une sorte de crise de folie... Elle s'est mise très en colère, elle a même giflé sa mère qui l'interrogeait sur cette agression... Sue avait du mal à y croire, et voulait savoir la vérité... Il a fallu l'intervention de Harry et de deux policiers pour la maîtriser... Elle a été envoyé à l'hôpital, auprès de mon confrère le docteur Grint. Elle est certainement atteinte d'un problème bien plus grave que son anorexie...
- Ils s'en sont aperçus comme ça ?
Carlisle eut un sourire bien plus triste encore.
- Quoi ?
- Ce n'est pas tout...
C'est déjà pas mal de m'annoncer qu'elle est potentiellement cinglée...
- Elle a fait une tentative de suicide, ce matin à huit heures... Elle a brisé la carafe d'eau à sa disposition, pour s'entailler les veines...
QUOI ?
- Qu'est-ce que... est-ce qu'elle est...
- Les urgentistes ont pu arrêter l'hémorragie à temps... Elle est vivante...
Vivante. Vivante.
- Mais elle a laissé ça...
Il me tendit une serviette blanche en papier, sur laquelle je reconnus l'écriture de Leah.
« Edward Cullen,
puisque tu la préfères à moi,
je n'ai plus de raison d'être.
J'espère que ça va t'empêcher de fermer les yeux un petit moment »
Plus les lettres formaient ces mots devant mes yeux, plus la pièce autour de moi se mit à tourner et tourner encore. Plus vite, plus fort. Jusqu'à ce que les livres tombent eux-même de l'étagère, rendant ma gorge pâteuse. Me happant dans ce vertige incontrôlable.
