Bon après-midi à toutes et à tous !
Je vous présente le chapitre 13.
Pour une fois, je n'ai pas grand-chose à déblatérer donc je vais simplement répondre aux reviews rapidement et vous laissez à votre lecture ! Surtout qu'il y a beaucoup d'action dans ce chapitre. Ah ! Et une petite dédicace cachée à Pierre Boterro : bravo à celle qui trouvera !
Merci aux lecteurs qui suivent cette fic depuis maintenant trois mois !
Tsuki2608 : merci à toi aussi :) Et j'avais entendu dire qu'il était courant outre-Atlantique pour les étudiants d'avoir des cours en été, c'est pour ça…
Eya Silver : Vous le voyez tous finir en glaçon, ce pauvre Sean XD Tiens, je n'y avais pas pensé. Pour moi, la voûte céleste, c'était plus son édredon couleur de nuit.
Disclaimer : l'univers des Légendes ©William Joyce, Les Cinq Légendes ©Dreamworks, Alysse © Tsuki2608, Lysippé © moi-même
Bonne lecture !
Chapitre 13 : « Les voyages donnent une très grande étendue à l'esprit […] » (Montesquieu)
Alysse lâcha un énième juron en sentant une tige de lierre s'allonger et enlacer son bras. Elle l'écarta rageusement de son passage. Mais aussitôt que sa paume entra en contact avec le végétal, il crût à vue d'œil. La jeune fille avisa Bunny et Lysippé qui devisaient sur qui du boomerang ou de l'arc était le meilleur. Le débat était vif et passionné et ni l'un ni l'autre n'aperçurent le retard accumulé de l'esprit du printemps. Cette dernière souffla. Au même moment, une racine agrippa son pied et Alysse s'étala de tout son long sur le sol humide et terreux en étouffant un cri de surprise. Les plantes commençaient à se rapprocher de nouveau d'elle. Le visage de la jeune fille rougit violemment et elle s'écria :
- Hors de ma vue !
Aussitôt les végétaux se rétractèrent, comme apeurés.
Bunny et Lysippé firent volte-face. L'amazone avait d'ors et déjà bandé son arc et était sur le point de viser. Cependant, alors qu'Alysse se relevait tant bien que mal et époussetait ses vêtements en grommelant, il ne se peigna plus que sur le visage de ses compagnons qu'un profond étonnement. Bunny passa rapidement à un sourire moqueur qui devint bientôt un éclat de rire. Au contraire, la rigide Lysippé se contenta d'abaisser son arc, impassible.
- C'est ça, moque-toi ! reprocha la jeune fille
Une racine tenta tout de même une nouvelle fois de s'enrouler autour du cou d'Alysse. Celle-ci tourna vivement la tête.
- J'ai dit oust !
La plante ne se le fit pas dire deux fois : elle replongea dans la terre tendre comme si de rien n'était. Alysse dégagea de son front une énième mèche et demanda, irritée :
- On est encore loin ?
- Tu es bien pressée, 'Lys.
L'esprit, les poings serrés, les dépassa d'un pas vif.
- Non, à peine, répliqua-t-elle sarcastique
Bunny la rejoint en un bond.
- Voyons Lys', tu vas pas bouder juste pour ça. Je croyais pourtant que tu étais d'accord pour emprunter les tunnels.
- Et je suis d'accord, répliqua-t-elle en pilant et faisant face au lapin géant, je veux dire, c'est le moyen le plus rapide pour rejoindre son repaire. Je le sais très bien. Mais il n'empêche que je déteste toujours autant passé par tes terriers : les plantes me mènent la vie dure ici.
Pour preuve, elle repoussa une nouvelle attaque d'une racine. Lysippé s'avança et proposa :
- Je peux les tenir éloigner si tu veux. Mes flèches sont plus rapides que n'importe quel boomerang.
Elle coula un regard en coin vers le Lapin de Pâques dont les moustaches frétillèrent. Il croisa les pattes et allait répliquer quelque chose quand Alysse se récria :
- Ça va pas la tête ? Les végétaux m'embêtent, certes, mais je ne veux pas non plus qu'on leur fasse de mal. Maintenant, avançons.
Alysse reprit son chemin. Bunny et Lysippé s'observèrent un instant.
- Elle est toujours aussi grognon ? demanda l'amazone
- Non. Elle est juste nerveuse. Dame Nature est un sujet sensible.
- Je vois.
Ils emboîtèrent le pas à la jeune fille.
Une heure plus tard, ils se retrouvèrent confrontés à un obstacle de taille. Le bout du tunnel était fermé. Il n'y avait aucune sortie possible.
- Mais je croyais que tu avais un terrier qui desservait le Vésuve.
- Oui, enfin presque. L'île. Je ne peux pas avoir de terrier directement dans un volcan.
- Eteint, lui reprocha Alysse
- Repaire de Seraphina. C'est comme si je pouvais débarquer chez toi n'importe quand. Ce n'est pas correct.
- Mais notre mission l'exige et ce n'est certainement pas elle qui nous ouvrira gentiment les portes de son antre si on n'y débarque pas directement, s'emporta-t-elle
- Du calme, Alysse, du calme ! Je sais que ça ne t'enchante pas d'aller la chercher mais nous l'avons promis à Nord et, entre nous, je pense que Seraphina a plus de pouvoir que nous tous réunis, ce qui serait vraiment une bonne chose. Alors, maintenant, respire un bon coup et calme-toi. Si t'es aussi nerveuse, je pars seul avec Lysippé et tu nous attends là.
La tirade laissa Alysse pantoise. Elle papillonna des yeux et redevint un instant une enfant se faisant sermonner comme pour une gourmandise volée. Puis, elle inspira profondément.
- Je suis désolée, avoua-t-elle, je suis un peu sur les nerfs.
Elle s'assit à même la terre et passa une main lasse sur son visage. Elle se releva soudainement et son expression rayonnait de joie comme à son habitude.
- Il est hors de question que je sois laissée en arrière. Je viens bien entendu.
Lysippé s'avança vers le fond du tunnel et posa une main aux doigts longs et fins sur la terre meuble. Elle ferma les yeux un instant et se concentra. Alysse et Bunny s'interrogèrent du regard mais ni l'un ni l'autre n'avait de réponse à leur question commune. L'amazone revint parmi ses compagnons et déclara :
- Il y a là plusieurs mètres, voire peut-être un kilomètre ou deux, nous séparant d'une cavité potable. Il va nous falloir remonter à la surface.
Alysse détailla la reine archère.
- Comment est-ce que tu sais ça ? Même moi je n'ai pas ce pouvoir.
Lysippé esquissa un petit sourire satisfait de l'attention qu'on lui portait, digne de son rang noble.
- L'humidité, jeune fille. Nos forêts équatoriales en regorgent. Nous avons appris à l'écouter pour mieux connaître notre environnement.
L'esprit du printemps accueillit l'information avec curiosité mais déjà Bunny les ramena vers leur préoccupation principale.
- Je creuse, vous suivez.
Ceci n'était pas une question. Ni même un ordre à vrai dire. C'était un fait évident et incontestable. Les deux légendes hochèrent la tête.
Le lapin géant retrouva son instinct animal. Il se propulsa à l'aide de ses pattes arrière et attaqua le mur perpendiculaire au bout du tunnel à l'aide de ses pattes avant. Ses moustaches en frétillaient de bonheur. Déjà, il s'enfonça dans une nouvelle galerie dont il expulsait toujours plus de terre. Le terrier était en pente douce, bas de plafond, étroit et n'était éclairé par rien d'autre que le tunnel principal.
L'esprit et la reine s'engagèrent dans le trou, baissant la tête. Bientôt, elles durent apposés leur main aux parois de terre meuble si elles ne voulaient pas trébucher ou tout simplement avoir la désagréable impression d'être aveugle et de ne rien contrôler. Alysse grommela car elle sentait bien les racines s'agripper à elle mais elle ne pouvait rien faire pour les éviter.
- J'espère que tu sais où tu vas, Bunny, parce que nous, on n'y voit rien, déclara-t-elle dans le silence et l'obscurité de la galerie
La voix du Lapin de Pâques se fit attendre ce qui provoqua une bouffée d'angoisse chez l'esprit.
- Bien sûr que je sais où je vais. Ne t'inquiète pas Lys'.
Cette dernière expira, soulagée de ne pas être perdue et plus encore d'avoir un autre sens sur lequel se reposer.
Bientôt, la jeune fille grimaça lorsqu'un filet de lumière transperça son œil d'une vive clarté. Le trou s'élargit et un vent marin fouetta son visage. Derrière elle, l'amazone ne pipait pas.
Ils émergèrent juste entre deux ceps et le vigneron italien ne broncha pas alors que ces trois individus observaient de tous côtés leur point d'arrivée. Ils étaient au pied du volcan. Celui-ci imposait son respect par sa taille, les coulées devenues roches témoignant des colères passées. Le Soleil descendant conférait à ses flancs un embrasement sans pareil, qui ne le rendait que plus encore écrasant de beauté et de puissance. Ils restèrent muets quelques secondes, tant d'admiration que de crainte. Le Vésuve était bien fait pour être le repaire d'une personnalité telle que Dame Nature.
Puis, Alysse proposa :
- Je vais aller vérifier s'il y a une entrée par le cratère.
- Ok, je vais retourner sous terre et faire le tour.
- Bien, acheva la reine archère, retrouvons-nous ici-même après avoir fait notre inspection. Je m'occupe du terrain en surface. Déployez-vous.
Bien que le ton était rude et les mots très militaires, Bunny et Alysse n'en tinrent pas compte. L'esprit du printemps s'envola, ravi de retrouver ses aises et le grand air pur, tandis que le Lapin de Pâques replongeait sous terre avec vivacité. L'amazone attendit de les perdre de vue pour attraper son arc et partir en direction des premiers rocs volcaniques.
oOoOoOo
Alors que le ciel se peignait d'or et de nuances orangés, les trois compagnons vinrent se retrouver à l'endroit convenu. Alysse se posa sur la terre meuble, souriante. Bunny sauta hors de son trou, une mine renfrognée sur le visage. Lysippé était quant à elle impassible mais cela ne révélait rien de plus que son caractère impénétrable habituel.
- Alors ? demanda-t-elle, impériale
- Impossible de passer en-dessous.
- Cela ne m'étonne guère. Je n'ai malheureusement moi non plus trouvé aucune brèche dans cette rocaille.
Ce fut presque imperceptible mais une ride plissa le front de la reine : elle était visiblement contrariée par le résultat de ses recherches. Alysse, les mains dans le dos, se balançait légèrement presque guillerette.
- Moi, en revanche, annonça-t-elle, je crois que j'ai la solution à votre problème.
Les oreilles de Bunny s'abaissèrent sensiblement. Si la jeune fille avait quelque chose, ce quelque chose se trouvait en haut. Tout en haut. Le fier lapin géant déglutit à l'idée qu'il allait une fois de plus se retrouver à une hauteur vertigineuse. C'était exactement cette appréhension qui laissait un magnifique sourire moqueur se peindre sur le visage de l'esprit du printemps. Elle n'était visiblement pas assez loquace que Lysippé intervint :
- Et bien quoi ? Parle. Qu'as-tu trouvé ?
- Le cratère est très creux et j'y ai repérer des brèches. Ce ne sont pas des cheminées mais elles semblent bien serpenter tout du long. J'y jeté un œil et il semble bien qu'au moins deux d'entre elles descendent bien plus bas que les autres.
La guerrière rehaussa son arc sur ses épaules et annonça le départ, comme un maître d'armes l'aurait fait lors d'une expédition périlleuse dans des montagnes escarpées. Alors que les deux femmes se mirent en route, le Lapin de Pâques hésita.
- Vous êtes sûres qu'on va grimper ça ?
- Il le faudra bien : notre entrée de fortune se trouve en haut.
Bunny fit la moue mais finit par faire un bond pour les rejoindre.
- J'espère au moins qu'on ne monte pas pour rien, maugréa-t-il
Alysse, voletant légèrement à sa hauteur, lui passa un bras sur les épaules.
- Allons, Lapinou, faut pas avoir peur comme ça. Tout va bien se passer.
Bunny râla non seulement pour son surnom mais également pour le fait que la jeune fille vole à son aise, observant les deux guerriers peinant à gravir les rocs effilés et les pentes ardues.
Lysippé était à l'avant mais elle distançait difficilement ses compagnons malgré son silence, sa concentration et sa force légendaire. Bunny, malgré les moqueries d'Alysse, était aidée de cette dernière dans les passages les plus rudes. Volant en reconnaissance ou le tenant simplement au poignet, elle faisait de son mieux, sachant pertinemment que Bunny exécrait le vide et ses sensations.
Leur ascension prit un bon bout de temps car lorsqu'ils arrivèrent en haut, ils purent admirer un magnifique couché de Soleil. Tandis que Lysippé s'était déjà engagée sur le plateau, Bunny et Alysse ne purent s'empêcher d'observer un instant ce spectacle de l'astre disparaissant petit à petit au-delà de la frontière factice de l'horizon. Une pensée commune les envahit.
Un de plus… Encore deux ainsi et ce serait le grand jour.
Le jour du trou noir.
Un puissant raclement de gorge impartial les sortit de leur réflexion. Ils se tournèrent vers la reine qui les attendait, le menton relevé, les mains sur les hanches. Ils se hâtèrent et rejoignirent leur partenaire du moment.
Sans un mot, elle fit signe à Alysse de prendre la tête de leur petit groupe. La jeune fille s'exécuta et fila directement vers une crevasse étroite. Leurs ombres s'étiraient loin vers l'Est et le cratère couvrait l'entrée de son obscurité. Quiconque n'y ferait pas attention se verrait bien vite happé par le trou en pente, douce certes, mais glissante avant tout.
Les pieds de Lysippé le confirmèrent très rapidement.
Elle montra une légère surprise et sa bouche se déforma en un léger rictus. Ce fut sa seule expressivité. Alysse afficha un air contrit : elle était arrivée en volant, elle ne s'était pas assurée de la sûreté du terrain. Bunny fit bien attention et cola ses pattes contre les parois proches. Il aida l'archère à se relever et celle-ci, trop fière, ne le remercia que d'un petit hochement de tête. Puis, tous trois inspirèrent profondément avant de mettre en marche précautionneusement en direction des insondables abîmes terrestres.
Bien vite, les ténèbres les envahirent et ils ne purent apercevoir que ce que leurs autres sens voulaient bien leur indiquer. Intimidée par le noir et ses mystères, Alysse finit par se poser et elle frissonna lorsque ses plantes de pieds rencontrèrent le froid et la dureté des roches. Elle se pelotonna contre la douce fourrure du Lapin de Pâques. Ce dernier avait passé une patte rassurante sur l'épaule de la jeune fille et, de l'autre, s'assurait d'aller toujours dans la bonne direction. Le silence était de rigueur et seule Lysippé clamait, de temps à autre, changer de paroi contre laquelle elle laissait glisser sa paume afin que les autres suivent.
Ils marchèrent, marchèrent et continuèrent de marcher ce qui leur sembla une éternité. Ils n'avaient rien pour se repérer. Ils étaient plongés dans d'obscures infinités qui s'éternisaient aussi sûr que s'ils se trouvaient dans le néant. Ils devaient se fier à leur touché. Pas même à leur ouïe ou leur odorat, ils leurs servaient autant que leur vue.
Alysse se sentait intimement coupé des plantes et de la nature en général. Tout ici, n'était que roc. Lysippé ressentait la même chose mais elle ne disait rien et n'exprimait rien. Elle suivait le chemin qui se faisait de plus en plus pentu.
Chacun retenait sa respiration, sachant pertinemment qu'ils pourraient très bien se trouver face à un précipice, un trou, ou même une pente raide. Rien ne leur permettait de l'attester sinon la prudence. Et ils en redoublaient. Chaque pas qu'ils faisaient était mesuré mais désespérément lent. Lorsque Bunny, exaspéré, avait voulu prendre de la vitesse, il s'était prit en rocher dans la pate et aplatit la figure contre un autre dégoulinant du plafond.
Ils ne surent combien de temps ils restèrent ainsi, à marcher, allant inlassablement de l'avant dans le seul espoir, plus que but à présent, de trouver une sortie, une lumière. Ils pouvaient tout aussi bien fermer les yeux, cela ne changeaient décidément pas grand-chose. Cependant, ils les gardaient tous les trois bien ouverts, attendant impatiemment de voir jaillir d'entre les rocs un éclat.
Soudain, Alysse sentit Bunny s'arrêter brusquement.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle
- J'entends quelque chose, déclara-t-il
Ses oreilles étaient dressées et à l'affût du moindre soin. L'absence de vue avait d'autant plus accrût son ouïe, déjà bien plus puissante que celle humaine. Les pas de Lysippé s'arrêtèrent également et elle demanda d'une voix calme.
- Qu'entends-tu ?
- De l'eau. C'est très faible, mais suffisamment distinct dans tout ce silence pour que je le perçoive. En avant, camarades !
Retrouvant un certain aplomb, ils reprirent leur descente avec plus d'assurance. Leurs pas se firent plus pressés. Quand bien même, la prudence leur vrillait les tympans, la culpabilité se retrouvaient recluse dans un coin de leur esprit tant ils étaient assoiffés de lumière et d'espace. Même Lysippé délaissa ses principes de guerrière.
Ils surent après leur expédition qu'ils ne devraient plus jamais se hâter de la sorte.
Pas après la magnifique glissade sur cinq mètres qu'ils effectuèrent sur une roche lisse et glissante avant de terminer dans la boue.
A dire vrai, ils furent tellement surpris de leur chute qu'ils n'eurent aucunement le temps de se retrouver éblouis par la lumière et leurs yeux durent s'habituer tant bien que mal à ce nouvel environnement. Le petit marécage dans lequel ils faisaient un brin de toilette se trouvait être la berge d'une rivière qui remontait le long de la paroi avant de s'y enfoncer. De l'autre côté, le courant se faisait plus rapide et s'achevait par une cascade vertigineuse dont on percevait à peine le fracas en contrebas.
Lysippé, la première remise sur pied et déjà propre, s'avança vers le bord du plateau. Elle constata d'un œil sceptique la hauteur à laquelle elle et ses compagnons trônaient. Ils se trouvaient sur une maigre avancée de la crevasse par laquelle ils étaient arrivés et surplombaient d'au moins un bon kilomètre un vaste paysage hétéroclite.
La guerrière fit le tour des lieux et revint vers ses partenaires. Alysse riait aux éclats face à la fourrure trempée et encore parsemée de boue de Bunny.
- Non, mais ça va ? C'est pas drôle ! Je t'y verrai bien, tiens.
Le lapin géant attrapa la jeune fille qui hoqueta de surprise et n'arriva pas à se dégager de son emprise. Bunny la plongea sans état d'âme dans la rivière. Alysse revint vite à la surface et foudroya son ami du regard. Il ne lui répondit que par un sourire moqueur. Lysippé interrompit très vite leur jeu lorsqu'elle les étonna en se jetant également à l'eau.
- Une petite baignade aussi pour la reine des amazones ? plaisanta Bunny
- Non. Mais là est notre seule issue pour descendre.
Le lapin de Pâques se raidit.
- Hein ? Descendre ? Encore ? Et de combien ? Y a pas d'autres chemins ?
Alysse posa les mains sur les hanches, triomphant à l'avance de sa remarque.
- Et ben alors, Lapinou, t'as plus envie de t'amuser ?
- A d'autres, Lys' ! répliqua-t-il, mais vu le courant qu'il y a là-bas, j'imagine la suite et je préfèrerais trouver un autre chemin.
Lysippé s'était déjà bien engagée vers la chute d'eau. Elle se retourna cependant, faisant fi de la force du courant que combattaient ses muscles de guerrière aguerrie.
- J'ai dit que c'était notre seule issue. La paroi n'est pas sûre et nous sommes bien trop hauts pour tenter une descente en rappel. De plus, vu la situation, nous serons bien plus rapidement en bas grâce à la cascade.
Bunny déglutit. Ses oreilles s'abaissèrent en arrière. Il envoya un regard implorant à Alysse qui afficha une mine contrite. Elle demanda tout de même à l'amazone :
- Et si j'essayais de faire pousser des plantes jusqu'ici ?
Lysippé sembla s'interroger un instant. Elle finit par lever fugacement les yeux au ciel et se détourner de ses compagnons.
- Faites comme bon vous semble. Je vous attendrais en bas.
La créature plongea dans l'eau claire et disparut de leur champ de vision. Un silence passa jusqu'à ce que Bunny se jette sur Alysse, empoignant ses deux jeunes mains.
- Tu pourrais vraiment faire ça ?
- Euh… oui. Encore faut-il que les tiges tiennent… C'est aussi incertain que la chute d'eau, tu sais, prévint-elle
- Je préfère m'agripper à quelque chose de solide que de me voir plonger dans l'eau sans savoir si je vais en ressortir en un seul morceau.
Alysse hésita un instant.
- Ok. Attends-moi là.
L'esprit du printemps s'envola, longeant la paroi et filant à une vitesse hallucinante vers la terre ferme.
Bunny se cola contre la paroi et tenta un regard dans le vide. Il aperçut la jeune fille freiner et se poser délicatement. De là, elle n'était pas plus grosse qu'une fourmi. Nauséeux, il détourna le regard avant d'inspirer profondément. Il patienta. Il ne se passait toujours rien. Alors, il tenta de nouveau un coup d'œil. Il aperçut une énorme tige de haricot grandir et grandir. Mais décidément, elle lui semblait beaucoup trop longue à croître.
Il ferma les yeux et décida de prendre son mal en patience. Enfin, il sentit une feuille lui chatouiller le bout du museau. Il se redressa tandis qu'Alysse fonçait le retrouver en haut. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, il ne put s'empêcher de lui lancer :
- C'est sûr que toi… t'as aucun problème pour parcourir les distances.
Elle haussa les épaules dans un sourire. Puis, elle lui présenta une main bienveillante.
- Bon, on y va ?
Bunny inspira de nouveau et essaya de regarder le moins possible en bas. Il attrapa la main d'Alysse et posa précautionneusement la pate sur une excroissance. Il entama ainsi sa descente, assistée de la jeune fille qui l'encourageait. Après ce qui lui sembla une éternité, Alysse lui annonça enfin :
- On a atteint la moitié.
Au même moment, des bruits sourds et répétés explosèrent bien loin en-dessous d'eux. Bunny ne put s'empêcher de baisser la tête. Ils aperçurent un nuage de poussière avant que le fier lapin ne soit sujet à son vertige. Il s'agrippa à la tige de haricot.
- Pourquoi moi, mais pourquoi moi ?! s'écria-t-il
Alysse ne lui accordait alors que peu d'attention. Ces sons et ces nuages de poussière s'élevaient depuis une forêt non loin, mais surtout près de l'arrivée de la cascade. La jeune fille fronça les sourcils, prise d'un doute.
- Ne bouge pas, je reviens, déclara-t-elle
- Parce que j'ai l'air d'avoir envie de bouger là ? répliqua Bunny angoissé
L'esprit ne se préoccupa pas de sa réplique et fila en direction du sol.
- A-attends !
Mais déjà Alysse était loin. Elle atterrit entre le feuillage des arbres et courut par la suite jusqu'à l'origine de toute cette agitation. Elle croisa quelques animaux effrayés et des oiseaux s'envolèrent encore à la énième secousse. Elle déboucha rapidement sur une petite clairière où elle aperçut à l'autre bout Lysippé.
Son arc était bandé et sa flèche prête à trancher le plus sauvagement possible. Tout ceci aurait pu passer pour une simple comédie si entre les deux esprits de la nature ne se trouvait pas de hautes créatures de pierres qui se mouvaient lentement mais avec force.
Soudain, la terre sous les pieds d'Alysse se déroba et la jeune fille hoqueta de surprise. Elle n'eut pas le temps de comprendre qu'elle se retrouva juché sur une pierre aussi grosse qu'elle qui s'extirpa du sol suivit par tout un corps.
Alysse prit son envol et observa la scène de plus haut : les flèches de Lysippé étaient inutiles face à la pierre, elle avait d'ailleurs déjà engagé le combat au corps-à-corps.
C'était une véritable attaque.
Alysse sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Elle décolla aussi sec et partit avertir Bunny.
Ce dernier était toujours cramponné à sa tige de haricot et n'avait pas bougé d'un pouce.
- Bunny ! s'écria Alysse, Lysippé est en danger !
- Qu'est-ce que tu racontes ? Il faudrait une armée entière de golems pour les mettre en péril, elle et son impérial orgueil, objecta-t-il
Alysse s'arrêta net.
- Bah ! Comment t'as deviné ?
Bunny haussa un sourcil étonné.
- Sérieusement ?
- Oui ! Il y a cinq ou six golems dans cette clairière qui lui donne du fil à retordre.
- Euh… ouais, ok. Mais en attendant, tu peux me faire descendre ?
- Oui, oui, aller, plus vite !
Alysse pressait Bunny mais, contrairement à elle, il n'était pas acrobate et à l'aise à plus de cinq cent mètres de haut. Soudain, la patte de Bunny glissa sur la tige de haricot et le fier guerrier tomba à la renverse.
- Alysse ! appela-t-il à l'aide
Aussitôt, elle le rattrapa du mieux qu'elle put mais déjà le poids du Lapin de Pâques la précipitait dans sa chute. Bunny envisagea en un quart de seconde le sol se rapprochant à vitesse grand V. Il attrapa Alysse qu'il cala contre son poitrail pour la protéger et se roula en boule. Son dos percuta soudainement le sol et ils roulèrent sur une bonne centaine de mètres.
Quand enfin ils se furent arrêtés, Bunny libéra Alysse dans un grognement de douleur. Aussitôt la jeune fille se releva, ne prêtant aucune attention à la terre et à l'herbe décorant un peu plus ses vêtements.
- Bunny, ça va ? demanda-t-elle inquiète
- J'ai connu des jours meilleurs, marmonna-t-il avant de grimacer face à la douleur
Alysse l'aida à se relever. Une secousse les interpella et les rappela à la réalité de la situation. La jeune fille attrapa le lapin géant par la patte et l'entraîna à sa suite. Ils débouchèrent rapidement dans la petite clairière.
Le combat faisait rage. Lysippé était cerné mais se battait comme une tigresse. Elle maintenait en respect les six golems mais petit à petit le piège se resserrait autour d'elle. Les golems étaient plus grands que Bunny d'un bon mètre. Fait de pierres, ces dernières étaient liées les unes aux autres par de la boue.
C'était cette même boue que l'amazone tentait d'atteindre et de trancher aussi bien à l'aide de ses flèches redoutables ou des sauvages lianes qu'elle domptait sans effort. Elle fit reculer un golem dont le pied menaçait maintenant de s'écraser sur Alysse et Bunny, figés à la vue de cette lutte. Le Lapin de Pâques réagit le premier.
- Attention, Alysse !
Il se jeta sur la jeune fille et se propulsa en avant d'un second bond. Le pied du golem creusa la terre de vingt centimètres sous son poids colossal. Un long mugissement terrifiant s'éleva sans qu'il n'ait de bouche. Les deux amis s'entraidèrent pour se relever tout en observant, pétrifiés le golem se mouvoir dans d'amples gestes dévastateurs.
Un golem attrapa le tronc d'un arbre proche de lui et l'arracha dans un bruit sinistre de sa terre nourricière. Plus pour l'arbre qui souffrait, les racines ainsi exposées à l'air libre, que pour l'amazone qui était vraisemblablement la cible du golem, Alysse s'élança soudainement dans les airs. Elle se posa sur le tronc et apposa fermement ses paumes délicates sur l'écorce rugueuse. La jeune fille, que toute expression souriante avait désertée, foudroya du regard le golem.
Aussitôt, les racines s'agitèrent, s'enroulèrent autour du bras du monstre et le compressèrent si fort qu'il en hurla de douleur. Ce rugissement vrilla les tympans d'Alysse qui chancela et tomba de l'arbre. Cependant, elle se reprit et se posa auprès de Lysippé. Bunny les rejoint, ayant dégainé ses boomerangs.
- Une simple question, demanda-t-il en avisant chacun des ennemis, pourquoi est-ce qu'ils nous attaquent ?
Ils évitèrent le poids d'un golem qui s'abattit brutalement. Bunny grimpa sur son bras de pierre, bondissant agilement et efficacement, et balança trois bombes-œuf qui sonnèrent le monstre. Puis, il propulsa de toutes ses forces le golem en arrière. Celui-ci perdit l'équilibre.
Lysippé en profita pour appeler deux robustes lianes à son aide. Elles s'agrippèrent autour des épaules de pierre et l'entraînèrent encore plus en arrière.
Le golem s'effondra et Alysse laissa se déverser son pouvoir. Les racines des arbres vinrent emprisonner tous les membres du monstre. Elles s'épaissirent et durcirent comme des racines millénaires, immobilisant complètement le golem. Il tenta bien un mouvement mais ne réussit qu'à mugir de désarroi.
Les autres golems eurent une seconde d'hésitation en découvrant leur camarade, vaincu par trois petites créatures. Ils reprirent cependant bien vite leur assaut. Néanmoins, cette seule seconde fut favorable aux trios d'aventuriers qui s'étaient de nouveau rassembler.
- Ne sois pas stupide, Lapin, ils nous attaquent pour la simple et bonne raison que nous sommes sur leur territoire, répondit finalement Lysippé à la question de Bunny
- Lapin ? s'offusqua ce dernier
Mais il fut vite coupé par Alysse qui secoua la tête.
- Non. Le territoire de Dame Nature. Ce ne sont que des gardiens.
- Au pire, on s'en moque, répliqua Bunny, pour l'instant, on doit juste s'en débarrasser.
Les deux esprits de la nature hochèrent la tête. Au moins étaient-ils tous les trois d'accord sur ce point.
Alors qu'ils étaient sur le point de s'élancer de nouveau dans la bataille, un golem fit une chose étrange. Il attrapa la pierre qui lui servait de crâne et la cala sous son bras. Aussitôt, la boue de ce qui aurait pu être un cou se déversa comme un torrent enragé.
Prochaine publication prévue pour jeudi ! Le 1er Août !
Préparez-vous pour le territoire de Dame Nature !
