Mince si je commence déjà à être en retard ca va pas le faire! Bon voilà le chapitre douze où on va dire qu'il se passe pas grand chose ( je veux dire par là pas énormément d'action au sens propre). C'est juste un chapitre "scène de vie" ( le premier mais pas le dernier). J'espère qu'il vous plaira ( je suppose que si vous continuez à lire c'est que oui.)
Je vous embête pas plus. Bonne lecture et à la semaine prochaine!
Alietha.
J'avais oublié de préciser un truc : en italique, ce qu'elle lit sur les lèvres d'Athrun.
A Hanaball de Fanficlub.
Chapitre 12 : I'll come back (*)
(POV Cagalli)
« Quoi ? »
Athrun s'était arrêté de pousser le fauteuil dans lequel Kira, lui et les médecins avaient presque dû me mettre de force.
J'avais déjà passé toute ma matinée allongée sur ce lit d'hôpital et je ne pouvais même pas marcher jusqu'à la sortie pour me dégourdir les jambes. Je comprenais leur inquiétude mais ce n'était qu'une dizaine de mètres bon sang ! Enfin, j'avais promis à Athrun d'être prudente et comme les médecins avaient lourdement insisté, j'avais fini par accepter même si cela ne m'enchantait guère.
« J'espère que tu n'es pas sérieuse Cagalli ? »
Je savais qu'il n'allait pas être d'accord avec ce que je prévoyais de faire mais c'était vraiment important. Je devais absolument m'y rendre.
« Les médecins ont dit repos absolu pendant une semaine et ta demande est contre ces indications, renchérit Kira. »
Si même mon frère s'y mettait je n'avais quasiment aucune chance de les convaincre tous les deux…Et pourtant il le fallait bien.
« Je sais ce qu'ils ont dit et je compte bien suivre leurs recommandations…
- Bien, me coupa Athrun d'une façon telle que je compris que pour lui la discussion s'arrêtait là. »
Il était vraiment en colère et ne semblait pas prêt à démordre de sa position. Seulement moi non plus, et la discussion était loin d'être terminée. Même si je n'aimais pas du tout le mettre en colère, je me risquai à ajouter
« Mais pas avant d'avoir…
- Ce n'est pas la peine d'insister, c'est absolument hors de question. »
Ce que je pouvais détester quand il faisait ça ! Ce qu'il pouvait être borné quand il s'y mettait lui aussi ! J'avais vraiment l'impression de participer à un véritable dialogue de sourd...
« Laisse-moi finir bon sang !
- Non. Je sais très bien ce que tu vas nous demander.
- Ça ne peut pas attendre, Cagalli ? Me demanda gentiment mon frère.
- Non Kira ! Et si Monsieur tête-de-mule me laissait le temps de terminer mes phrases, je pourrais peut-être vous expliquer pourquoi je veux me rendre au parlement.
- Tête de mule…tu peux parler toi ! Quand t'as quelque chose en tête, c'est quasiment impossible de te l'enlever ! »
Alors là, il ne manquait pas de toupet ! Il était aussi entêté que moi !
J'avais beau être très énervée, sa réplique m'arracha tout de même un sourire. Il avait plutôt bien pris le surnom que je lui avais donné et me taquinait.
« Tu ne voudrais pas être raisonnable pour une fois ? »
Il avait cessé de plaisanter et sa requête était sérieuse. Je m'apprêtais à répondre sérieusement à sa question lorsque Kira en rajouta une couche :
« Athrun a raison Cagalli. Les médecins ont dit…
- Je sais ce qu'ils ont dit Kira, j'étais là figure toi ! »
Lacus laissa échapper un petit rire discret. Non mais franchement quoi ! Je n'étais pas sourde…Leurs arguments commençait à vraiment me vexer. Je n'étais pas stupide au point de mettre la vie de mon enfant en danger. Je ne comptais même pas rester debout plus d'une dizaine de minutes…
Les quelques mètres qui nous séparaient encore de la voiture de Kira se firent en silence. Mon frère semblait avoir compris qu'il m'avait blessée, Lacus n'avait rien dit depuis le début et Athrun devait penser qu'il venait de remporter le débat. Pour ma part, j'essayai de retenir les larmes qui me montaient aux yeux. Pourquoi ne voulait-il pas comprendre ?
Lorsque nous arrivâmes devant la voiture, Kira nous devança pour aller ouvrir la portière arrière et Athrun arrêta le fauteuil. Je me levai et il se précipita vers moi pour me soutenir. Je le repoussai en lui rétorquant :
« Je peux faire ces trois pas seule. »
Il resta néanmoins prés de moi et je fus touchée par son attention. Lacus s'installa à côté de moi et me fit un sourire. Elle me soutenait.
Kira démarra le moteur et jeta un coup d'œil vers moi à travers son rétroviseur. La discrétion n'avait jamais été son fort mais je ne pouvais pas lui reprocher d'essayer. Lui aussi me fit un sourire et me demanda pardon du regard.
Athrun revint quelques secondes plus tard et je pris mon courage à deux.
« Je sais que vous êtes inquiets et que vous ne pensez pas à mal à essayant de me convaincre de ne pas y aller…mais c'est la seule chose que je peux faire pour vous aider à arrêter ce conflit. Vous, vous partez au front et risquez vos vies… moi, tout ce que je peux faire pour vous protéger c'est faire comprendre à ZAFT que nous voulons tous mettre à terme à cette guerre. Je dois à tout prix faire passer ce message au Président Dullindal.
- Après, tu iras te reposer ? »
Lacus ne me posait pas vraiment la question : elle connaissait déjà la réponse. C'était sa manière à elle d'intervenir, de me soutenir.
« Oui, c'est promis. »
Kira passa la première et Athrun resta silencieux. La voiture commença à avancer et je crus qu'ils allaient tous deux camper sur leur position. Les larmes que j'avais réussi a refoulées me remontèrent aux yeux et je me sentis proche de craquer lorsque nous arrivâmes à la sortie du parking. La voiture était serrée contre le trottoir …Nous allions tourner à gauche (1) et donc rentrer au manoir. Je fermai les yeux et laissai couler la larme qui perlait au coin de mon œil.
Lorsque je les rouvris, je remarquai que nous franchissions les pointillés qui séparaient les deux voies de la route principale et que la mer se retrouva à ma gauche et non de l'autre côté. Kira avait tourné…à droite
« J'ai toujours eu du mal avec les intersections ! Je ne sais jamais où me placer... »
Il n'avait jamais été doué pour mentir mais ce mensonge là était le pire de tous ceux qu'il avait pu inventer jusqu'à présent.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et nous nous engageâmes dans le couloir. Pour la première fois depuis deux ans, l'agitation régnait : l'allée grouillait de personnes allant et venant entre les différentes pièces, des informations fusaient dans tous les sens et plusieurs conversations semblaient avoir lui en même-temps. Je m'arrêtai quelques secondes, déconcertée. J'avais l'impression d'être au Quartier Général de la Défense alors qu'une bataille avait lieu.
« Cagalli ? »
Athrun avait posé sa main sur ma taille et me maintenait contre lui. Il avait sans doute eu peur que je fasse un nouveau malaise comme la veille.
« Tout va bien ?
- Oui. C'est juste que d'habitude, il n'y a pas grand monde à cette heure-ci. »
Il desserra un peu son emprise et je me détachai de lui pour l'assurer que j'allais bien. Nous nous frayâmes un passage jusqu'à une porte sur ma droite et j'entrai dans la pièce. Elle était plutôt petite mais relativement bien éclairée. Il y avait au centre une table circulaire, contre le mur à ma droite plusieurs étagères sur lesquelles étaient posées des cartons contenant tous les textes de lois et dans le coin gauche un poste de télévision, qui nous avait très peu servi.
C'étaient d'anciennes archives que nous avions aménagées avec Ledonir et Akihio pour ne pas avoir à faire des allers et retours entre ici et mon bureau.
Kira et Lacus firent quelques pas dans la salle et je leur annonçai :
« Attendez-moi là, je n'en aurais pas pour très longtemps.
- D'accord. »
Je sortis de la pièce sans fermer la porte derrière moi et je poursuivis ma route, Athrun marchant à mes côtés. Même s'il ne disait rien, je savais qu'il était très inquiet et qu'il n'allait pas me laisser seule, debout, avant d'être certain que je ne risquais plus rien.
D'un côté, son comportement m'énervait un peu parce que j'avais l'impression qu'il ne me faisait pas confiance, qu'il avait peur que je me force. Et de l'autre, j'étais heureuse qu'il reste à mes côtés et qu'il continue à faire extrêmement attention à moi malgré le fait que je l'aie repoussé tout à l'heure.
Quelqu'un me rentra dedans et je me retrouvai projetée contre Athrun qui me rattrapa sans aucune difficulté et me serra contre lui. Une grimace m'échappa et je serrai mon bras droit autour de mon ventre : le choc avait un peu réveillé la douleur.
La personne s'excusa rapidement sans même prendre le temps de nous regarder et j'en restai complètement stupéfaite. Tout le monde semblait si concentré autour de nous qu'ils ne nous avaient toujours pas remarqué.
Contrairement à ce que j'aurais crû de lui, Athrun resta très calme et ne s'emporta même pas contre la personne qui m'avait bousculée. Il passa son bras derrière mon dos et posa sa main sur ma taille pour me maintenir contre lui. Il me soutint ainsi jusqu'à mon bureau sans prendre garde à ce que son geste pouvait laisser entendre : un simple garde du corps n'était pas sensé avoir ce genre d'attention envers sa protégée et un ami ne pouvait pas non plus me tenir comme ça contre lui.
Je souris. Il n'avait plus peur d'attirer l'attention sur lui. Il me disait qu'il ne voulait, lui aussi, plus se cacher. Son soutient n'était pas juste physique, il était aussi moral. Il m'assurait qu'il serait là avec moi, qu'il affronterait leurs critiques la tête haute.
Lorsque nous entrâmes dans mon bureau, je découvris Ledonir et Akihio en pleine conversation avec une équipe de journaliste. Ils semblaient être en train de préparer une intervention officielle : les caméras étaient déjà installée, mon bureau rangé proprement et le sujet de leur conversation était l'horaire de mon passage. Décidément, ils me connaissaient vraiment bien tous les deux !
Lorsqu'ils remarquèrent notre arrivée, un silence presque qu'embarrassant s'installa jusqu'à ce qu'Akihio vienne à ma rencontre pour me souhaiter un bon retour. Il prit ensuite de mes nouvelles et je compris au travers de ses questions que Ledonir l'avait partiellement mis au courant de ce qui s'était passé hier soir.
Pour les journalistes, cette discussion devait sans doute être plus que banale puisque j'avais disparue d'ORB pendant presqu'un mois et qu'en plus, ils leur étaient impossible d'imaginer qu'il avait pu m'arriver quelque chose. Aucune trace de mon agression n'était visible : la marque de sa gifle avait disparue et les manches longues de ma veste cachaient les bleus que j'avais sur les bras.
Lorsque je l'eus indirectement rassuré sur mon état de santé, il m'expliqua qu'ils avaient pris la liberté d'organiser une intervention officielle et que nous aurions l'antenne dans une grosse demi-heure. J'avais juste le temps de lui apprendre ce que j'avais pu obtenir de Yuuna et réfléchir au contenu de ma déclaration.
Je m'avançai dans la pièce tout en poursuivant notre conversation tandis qu'Athrun resta en retrait et s'adossa au mur en continuant de m'observer. Il faisait attention à chacun de mes gestes, guettant le moindre signe de faiblesse de ma part. Il était prêt à intervenir dés qu'il verrait que quelque chose n'allait pas et je savais que cette fois-ci rien ne l'empêcherait de m'emmener de force me reposer. Je voyais dans ses yeux qu'il était même prêt à s'opposer à mon frère, qu'il respectait pourtant énormément.
C'était après tout contraint qu'il m'avait accompagnée ici puisque Kira avait pris, seul, la décision de passer par le parlement. Ce n'était pas qu'il ne comprenait pas mon ressentis parce qu'il aurait été le premier à me soutenir si les choses avait été différentes. Mais là, ma santé et celle de notre enfant rentrait en jeu et à ses yeux plus rien d'autre n'avait d'importance.
A cause du poste qu'il avait occupé pendant presque deux ans, il avait, au fils des mois, été de plus en plus protecteur à mon égard et le fait que nous étions devenus amants n'avait fait que renforcer ce côté-là de lui. Maintenant qu'en plus j'étais la mère de son enfant, son instinct de futur-papa avait dû se réveiller et tel que je le connaissais il allait devenir encore plus protecteur qu'avant.
Ce n'était pas que d'être le centre de son monde me déplaisait mais je ne voulais pas non plus qu'il ne fasse plus attention à lui, ce qu'il avait d'ailleurs toujours tendance à faire. Il ne s'était pas encore totalement remis de ses blessures et ce n'était pas en s'épuisant à me surveiller qu'il allait le faire…
Je cessai d'y penser, je devais me concentrer sur l'annonce officielle que j'avais à faire. J'allais avoir toute une semaine pour trouver un moyen de le faire se reposer aussi.
J'ignorai son regard bienveillant posé sur moi et me mis au travail. La tâche était difficile mais pas impossible. J'avais appris à lui résister avec le temps.
Je détaillai à Akihio tout ce que j'avais appris de Yuuna et nous décidâmes, d'un accord commun, de faire une annonce claire et directe. Je n'avais pas le temps de rédiger mon discours mais j'avais les principaux points à aborder en tête : exposer notre point de vue sur la guerre, puis expliquer mon usurpation et les décisions d'ORB, et enfin détailler ce que nous souhaitions faire pour arrêter le conflit.
L'équipe de journalistes me fit signe qu'il était bientôt l'heure et je me préparai mentalement. Je devais rester concentrée et impassible tout le long de mon discours.
Je devais continuer d'ignorer son regard, me montrer sûre de moi, prouver que mes décisions n'étaient pas dictées par mes sentiments, jouer la politicienne, la femme d'état. Seulement j'avais de plus en plus de mal à rentrer dans ce rôle : je n'étais pas cette femme là, je ne l'avais jamais été. J'avais essayé de l'être pour ne pas laisser les émirs me bouffer mais ce masque, je l'ôtais à chaque fois que je quittais la salle de réunion…
Le cameraman commença à décompter les secondes et je me concentrai uniquement sur le discours. J'oubliai tout autour de moi et commençai :
« Bonsoir à tous. Je m'appelle Cagalli Yula Athha, je suis la Représentante de l'Union d'ORB.
Je me permets de m'adresser au monde entier afin de faire passer un passage au Président du conseil suprême des Plants, Gilbert Dullindal, concernant le fait qu'il ait exigé que nous lui livrions Lord Djibril puis qu'il ait décidé, sans raison valable, d'envahir notre pays. »
Ma voix était neutre, je ne l'attaquais pas. J'étais juste directe, je n'aimais pas tourner autour du pot. Je ne faisais pas une annonce pour tergiverser pendant des heures, j'avais une raison bien précise et je l'exposai tout simplement.
« Le récent discours du Président dénonçant l'implication des Logos dans cette guerre, en s'appuyant sur toute une série de preuve très précise, a eu un impact considérable sur notre façon de voir le conflit. »
J'entamais mon premier point en toute franchise. Mentir n'avait aucun intérêt, Yuuna avait fait assez de dégâts comme ça en protégeant ce terroriste.
« Le président a appelé à l'élimination des Logos pour mettre un point final au combat. Cela semblait la meilleure chose à faire et je dois avouer que j'ai moi-même cru en son efficacité aussi bien qu'en personnage politique qu'en tant que simple citoyenne de mon pays.
Cela dit, les choses ne sont pas aussi simples… »
Je m'arrêtai lorsque je vis l'écran, installé sur le mur en face de moi, se brouiller et l'image d'une femme ressemblant trait pour trait à Lacus y apparaître. Elle était habillée d'une façon telle que rien qu'en la voyant, je savais qu'elle n'était pas mon amie. Elle pouvait tromper les autres mais pas moi.
Ledonir se retourna vers moi et Athrun se redressa. Je croisai leur regard surpris mais restai calme. Je ne savais pas pourquoi mais j'étais certaine que quelque chose de ce genre aller arriver. Le Président n'allait pas me laisser contredire sa façon de voir le conflit.
Je fis signe à l'équipe de journaliste de ne pas tenter de récupérer l'antenne tout de suite. Je voulais savoir ce que cette usurpatrice allait répondre.
« Bonsoir mes amis, je m'appelle Lacus Clyne. »
Je sentis la colère monter en moi.
« Il y a quelques jours une bataille féroce s'est déroulée sur les côtes de l'union d'ORB et depuis je me pose toujours la même question : comment une nation qui fut si proche des Plants par le passé a pu prendre la décision de prêter refuge à un personne comme Lord Djibril ? »
Son accusation fut comme un coup de poignard en plein cœur. Même si je savais pertinemment que ce n'était pas mon amie, j'avais l'impression que c'était elle qui me reprochait tout ce qui s'était passé depuis l'incident d'Armory One.
Oui, je n'avais pas pu empêcher les Seiran de protéger ce terroriste ! Oui, je n'avais pas été capable de leur résister et les avais laissé m'usurper ! Oui, je savais tout ça !
« Je ne comprends pas…Comment ORB pouvait-elle être prête à se battre pour protéger cet homme, leader de l'Organisation Blue Cosmos ? Un homme qui a lâchement envoyé de missiles nucléaires sur les Plants ! Un homme qui a utilisé des armes de destruction massive pour rayer de la carte des villes entières et qui n'a pas hésité à envoyer des enfants mourir au combat ! »
Moi non plus, je ne comprenais toujours pas comment certains de mes hommes avaient pu l'aider à s'échapper. Ni même pourquoi aucun d'eux ne m'avait écouté lorsque j'avais essayé de récupérer ma fonction de Représentante…
Je sentis les larmes me monter les yeux en repensant à tout ce qui s'était passé. Yuuna qui m'avait manipulée et menacée. L'humiliation qu'il m'avait fait subir devant tous les émirs. La déchéance qu'il m'avait infligée en me faisant passer pour une usurpatrice. Sa haine, son dégout, ses insultes et… ses coups.
Athrun m'appela et planta son regard de le mien. Je me concentrai sur lui, je ne devais pas pleurer. Je ne devais pas montrer que je pouvais être faible et que ses paroles m'atteignaient. Ses lèvres bougèrent mais aucun son ne me parvint.
Je suis là. Tout va bien. Il ne te fera plus de mal. Calme-toi.
Elle continua de parler mais je ne l'écoutais pas, j'entendais juste ce qu'elle disait. Je le regardai lui. Je me concentrai sur lui.
« Aujourd'hui à cause d'ORB nous n'avons toujours pas réussi à l'appréhender… »
Tu as fais tout ce que tu as pu.
« Notre monde est en proie à de nombreuses tentations. Il n'y a pas de mal à vouloir de meilleur chose pour soi et pour les siens, pas de mal à vouloir amélioré son quotidien en ayant des ambitions. »
Ne l'écoute pas. Ce n'est pas Lacus.
Une main se posa sur mon épaule et je me détachai quelques secondes du regard d'Athrun pour rencontrer celui de mon amie, de ma confidente. Elle me fit un sourire pour me dire qu'elle prenait les choses en mains à partir de maintenant, que c'était à elle de mener son propre combat.
Je fis signe aux journalistes d'essayer de reprendre l'antenne puis me fixai de nouveau sur Athrun. Si je brisais notre contact visuel plus longtemps, je me savais prête à fondre en larmes.
« Cependant les Logos sont d'une autre sorte : il menace le bien-être de notre univers. Nous ne pouvons pas permettre à une telle force maléfique d'exister ! C'est pourquoi tous nos efforts…
- Mes amis, essayez de ne pas vous laisser tromper par les apparences. Bonsoir à tous, je me présente : je suis Lacus Clyne.
Je sais qu'il y a une personne aux côtés du président Dullindal qui tente de se faire passer pour moi. Elle a la même apparence, la même voix, le même nom. Cependant, il n'y a qu'une Lacus, c'est celle qui vous parle en ce moment-même. C'est moi qui aie rejoint les forces basées sur l'Archangel et lutté à leurs côtés durant la dernière guerre. Et plus que jamais je continue d'apporter mon soutient aux membres de l'Archangel ainsi qu'à la Représentant Athha. »
Tu n'es plus seule. Nous sommes là maintenant.
« Cette usurpatrice et moi n'avons strictement rien en commun : nos convictions, nos idéaux sont totalement opposés. Je tenais à ce que chacun de vous le sache.
- Non, c'est moi la véritable…
- Sachez également que je n'adhère ni au discours, ni à la politique du Président Dullindal. Je ne condamne pas ceux qui se batte, ni même ceux d'ailleurs qui ont refusé de le faire. »
Tout sera bientôt fini.
« Les vrais fautifs sont ceux qui nous obligent à prendre les armes : les logos, ces marchands de mort. Peut-on réellement se fier au discours du président ? Quel est le vrai fond de l'histoire ? Que ce n'est ni la faute des naturels, ni celle des coordinateurs ? Que le véritable coupable final est tout simplement le monde dans lequel nous vivons ?
Le président vous affirme que vous n'y êtes pour rien mais ne vous laissez pas piéger par ce tissu de mensonge. Je tiens à éviter tout malentendu : je ne suis pas en train de prendre la défense de Lord Djibril. Toutes fois, je n'ai pas la moindre confiance en le Président Dullindal.
Mes chers amis, nous devons regarder la réalité en face et nous demander quelles sont les véritables intentions du Président. »
Mon amie s'arrêta et l'écran en face de nous se noircit. L'annonce était finie. Les personnes autour de moi commencèrent à s'activer et je perdis Athrun de vue. Je me sentis défaillir et ne parvins plus à retenir mes larmes. J'avais trop longtemps essayé de refouler tous ces sentiments. Je n'en pouvais plus.
Je me levai pour quitter la pièce, je ne voulais pas qu'ils me voient dans cet état. Je fis quelques pas mais m'arrêtai très vite : la douleur était revenue, aussi forte que dans cette chambre de l'infirmerie. Je me retins au bureau pendant quelques secondes, jusqu'à ce que quelqu'un me soulève du sol et me murmure :
« Rentrons. »
Athrun. Je m'accrochai de toutes mes forces à son cou et cachai mon visage dans sa veste. Il me serra tendrement contre lui et commença à avancer. Des murmures s'élevèrent autour de nous. Je ne les comprenais pas mais les personnes qui nous entouraient semblaient être tout sauf surpris par la scène qui se déroulait sous leur yeux.
« Ne vous inquiétez pas, elle est juste épuisée », annonça mon amant en me serrant un peu plus contre lui pour me rassurer. Il gérait la situation.
Je fermai les yeux et me laisser glisser dans le sommeil que mon corps réclamait.
Yuuna se pencha vers moi.
Je rencontrais ses yeux remplis de haine et de dégoût.
« Je ne te laisserai pas porter l'enfant de ce coordinateur. »
Sa voix me fit froid dans le dos.
Je tentai de me dégager mais je n'avais plus de force.
Son poing me plia en deux et je me retrouvai au sol.
Il s'avança vers moi en ricanant.
Je hurlai.
J'ouvris les yeux subitement et me redressai. J'étais en sueurs et je tremblais comme une feuille. Ma respiration était haletante et je peinais à la reprendre. J'étais terrifiée.
Son ricanement continua de résonner dans ma tête et je la secouai en fermant les yeux dans l'espoir de le faire cesser.
J'entendis quelqu'un monter des escaliers en bois en quatrième vitesse et courir dans ce que je supposai être un couloir en direction de la pièce dans laquelle je me trouvais.
« Cali ! »
Je rouvris les yeux et fus aveuglée quelques secondes par la vive luminosité. La personne avait allumé la lumière en ouvrant la porte. Je levai la tête vers elle. Ça ne pouvait être que lui. Il était le seul à m'appeler de cette façon.
Athrun se tenait bien là dans l'encadrure de la porte et me regardait inquiet. Des larmes se mirent à couler le long de mes joues et il se précipita vers moi. Il s'assit sur le bord du lit et me serra contre lui en murmurant :
« Calme-toi. Je suis là. »
J'enfouis ma tête dans le creux de son cou. Je me sentais si vulnérable et si mal. J'avais l'impression d'être brisée. Jamais quelqu'un n'avait réussi à me mettre dans cet état. Jamais de telles paroles ne m'avaient autant atteint.
« C'est fini. Tu n'as plus rien à craindre. »
Athrun me caressa les cheveux en me serrant tendrement contre lui. Je m'accrochai à lui et éclatai en sanglots. Pourquoi n'arrivais-je pas à oublier ? Il n'était rien pour moi, son avis n'avait jamais eu d'importance à mes yeux et pourtant je n'arrivai pas à passer outre de ses insultes. Je ne comprenais pas. Pourquoi tant de haine et de dégoût ? Que faisais-je de mal en l'aimant ? Pourquoi tous ces coups et ces injures ?
« Tout va bien, Cali. Il ne te fera plus de mal. »
Je m'agrippai à son haut et le serrai de toutes mes forces. Je ne voulais pas qu'il s'en aille et qu'il me laisse seule.
« Je suis là, Cali. »
Les minutes passèrent et il ne bougea pas. Il resta là assis sur le bord de lit et continua à me serrer contre lui en me murmurant des paroles rassurantes. Sa douce voix m'apaisa, sa présence me calma et, ses gestes tendres et ses mots me donnèrent la force d'oublier, d'avancer.
Je devais arrêter d'y penser. Je devais arrêter d'avoir peur et me reprendre. Je n'avais pas le droit de me le laisser sombrer comme ça. Je ne pouvais pas le laisser réussir ce qu'il avait entrepris. Je n'étais plus seule, je les avais à mes côtés.
Je parvins à stopper mes larmes et à contrôler les tremblements de mon corps. Oublier et avancer. Je n'allais pas le laisser gâcher ma vie et notre futur. Oublier et avancer.
Je me détachai de lui. Je ne pleurais plus, je n'avais plus peur. Il était là.
Il me demanda :
« Ça va mieux ?
- Oui, beaucoup mieux.
- Tu es sûre ? Insista-t-il
- Oui. Tu es là. »
Il me fit un grand sourire avant de déposer doucement ses lèvres sur les miennes. Je fermai les yeux et savourai cet instant. Sa tendresse m'avait tellement manqué. Ses attentions et son amour. Ses gestes doux et sa voix suave. Sa présence. Lui
Il rompit le contact et se leva.
« Je te laisse te reposer, m'annonça-t-il en se dirigeant vers la porte.
- Non ! Protestai-je
- Hein ?
- Je ne suis plus fatiguée. »
Je voulus me lever à mon tour mais le temps que je repousse les draps de mes jambes, il était déjà revenu prés de moi et s'était penché.
« Accroche-toi, m'ordonna-t-il gentiment. »
Même si je souhaitais marcher un peu seule, je ne rouspétai pas et passai mes bras autour de son cou. Il me souleva avec une facilité surprenante pour son état, passa son bras droit dans mon dos et l'autre sous mes genoux. Il me portait comme une véritable princesse et cela me fit rougir.
Il sortit de ma chambre et éteignis la lumière avec son coude. Il traversa le couloir et descendit lentement les escaliers.
Lorsque nous arrivâmes au tournant, je vis Myrna en train de mettre la table. Elle ne nous remarqua pas et Athrun poursuivis silencieusement sa descente. La dernière marche passée, il me laissa poser pied à terre et je le remerciai de m'avoir conduit jusqu'ici. Ce fût à ce moment là que Myrna tourna la tête vers nous et s'exclama :
« Cagalli-sama ! »
Elle déposa sur la table tout ce qu'elle avait dans les mains pour me serrer dans ses bras.
« Dieu soit loué, vous allez bien ! »
Sans s'en rendre compte, elle intensifia son étreinte et comprima mes bras contre mon ventre. J'essaye de tenir le coup mais la douleur fut vite insupportable et je laissai échapper un petit gémissement. Elle s'éloigna immédiatement de moi et nous interrogea du regard. Elle me détailla puis attrapa mon bras droit et me demanda :
« Qui vous a fait ces bleus ? »
Je la fis lâcher prise et redescendit ma manche jusqu'à ma main. Je remarquai alors que la bague qu'Athrun m'avait offerte était abimée : le rubis n'était plus là. Yuuna l'avait fait se déchausser.
« Et vous, Athrun-sama que vous est-il arrivé ? »
Elle nous dévisagea à tour de rôle et je restai muette. Je n'avais pas envie d'en parler, de me souvenir de ce qu'il s'était passé. Athrun ne semblait pas non plus prêt à se remémorer l'incident qui avait faillit lui coûter la vie.
Il attrapa ma main et la serra dans la sienne. Nous étions coincés, nous le savions. Athrun prit une grande respiration et s'apprêta à commencer son explication lorsque des voix d'enfants virent à son secours.
« Cagalli !
- Alex !
- Non, c'est Athrun ! »
Les orphelins dont Lacus et mon frère s'occupaient se précipitaient vers nous.
Myrna se décala pour les laisser passer et je me préparai au choc. Des petites mains touchèrent les miennes et je fus soulagée qu'ils ne se soient pas jetés sur moi. Je me baissai pour me mettre à leur hauteur et les serrai chacun leur tour dans mes bras. J'étais contente de les savoir tous sains et saufs. Athrun fit de même et ils furent aussi doux avec lui qu'avec moi.
Après leur avoir tous dit bonjour, deux d'entre eux me prirent par la main et m'entrainèrent dans le jardin. Je jetai un coup d'œil derrière moi et souris en voyant qu'Athrun subissait le même traitement. Ils ne nous avaient pas vus depuis presque deux mois et leur enjouement me fit chaud au cœur.
Ils me lâchèrent après quelques pas dans la pelouse et retournèrent s'amuser. Je relevai la tête et remarquai que Lacus, Caridad et Kira nous souriait. Ma tante s'avança vers moi et me serra doucement contre elle. Elle s'éloigna de moi avec un grand sourire puis enlaça Athrun comme s'il était son propre fils.
« Je suis si contente de vous revoir, tous les deux ! »
Je souris. J'étais heureuse. Nous étions presque tous réunis. Il ne manquait plus que mon oncle et notre famille serait au grand complet.
« Tu veux bien jouer avec nous, Cagalli ? »
Ryū, l'aîné des orphelins, me regardait avec ses airs de chiens battus en me présentant son ballon. Je lui fis un petit sourire gêné : je voulais jouer avec eux mais je savais que ce n'était pas raisonnable. Je ne savais pas comment lui expliquer…
« Cagalli doit se reposer, Ryū.
- Je comprends. »
Sa petite voix triste me brisa le cœur et Athrun le remarqua. Il se baissa et posa ses mains sur le ballon, en souriant vers mon frère.
« Mais si tu es d'accord… Kira et moi pourrions la remplacer. »
Il écarquilla les yeux de surprise et se jeta à son cou. Ils manquèrent de tomber à la renverse mais les reflexes d'Athrun leur permirent de retrouver rapidement leur équilibre. Mon amant attrapa le ballon et partit en courant. Kira puis les enfants le suivirent et une nouvelle partie de football commença.
Je m'installai avec Lacus et Caridad sur un banc et nous les regardâmes jouer. Ma tante semblait amusée par la scène et nous glissa tout bas, en suivant Athrun des yeux :
« Il ferait un bon père de famille. »
Mon amie et moi nous échangeâmes un regard évocateur, qu'heureusement elle ne remarqua pas. Comme je n'avais pas pu discuter avec Athrun depuis ma sortie de l'hôpital, je ne savais pas ce qu'il voulait faire : leur annoncer la nouvelle tout de suite ou attendre un peu que j'aille mieux.
« Il le sera », murmurai-je tout bas en le regardant avec tendresse.
Les enfants s'amusaient comme des petits fous avec Athrun et Kira et, pourtant ma tante semblait attristée. Elle les regardait avec un regard peiné et désolé, comme si elle avait l'impression de leur offrir quelque chose qu'elle savait qu'elle ne pourrait plus faire avant un bon bout de temps. Ils n'avaient quand même de nouveau perdu leur maison ?
Je l'interrogeai pour en avoir le cœur net et elle m'apprit qu'avec l'attaque de ZAFT, ils avaient perdu leur foyer et que les enfants risquaient d'être dispersés dans des familles d'accueil s'ils ne trouvaient pas rapidement un nouveau logement.
« Vous pouvez rester ici autant de temps qu'il le faudra, lui proposai-je. »
Je ne voulais pas qu'ils se retrouvent séparés alors que cela faisait plus de trois ans qu'ils vivaient tous ensemble.
« Je ne peux pas accepter, Cagalli. Je…
- Si c'est une question de place, ne vous en faites pas. Le manoir est gigantesque et j'ai une dizaine de chambres vides.
- Je sais que tu veux nous aider Cagalli, mais je ne peux pas accepter. Les recherches risquent de durer plusieurs mois…
- Ce n'est pas un problème, l'interrompis-je
- Je ne peux pas. Je ne pourrais jamais te rembourser…
- Je me fiche de l'argent. Ca n'a pas d'importance pour moi. Et puis de toute façon à nous quatre, nous pourrons amplement subvenir à tous leurs besoins. »
Pourquoi pensait-elle que j'avais besoin qu'elle me rembourse ? Athrun et moi gagnions déjà de trop rien qu'à nous deux et comme en plus nous ne dépensions pratiquement jamais rien…
« Cagalli… »
Elle essayait encore de trouver un argument pour refuser mon offre...
Je ne lui en laissai pas le temps et pris mon air sérieux :
« Ecoutez Caridad, je serais vraiment très heureuse que vous restiez avec nous. Les enfants ont l'air de se plaire ici.
- Oui…»
Elle était consternée mais au moins elle n'avait rien trouvé à redire et j'en profitai pour ajouter :
« Je vous assure que l'argent n'est pas un problème.
- Tu en as déjà tellement fait pour nous.
- Vous êtes ma seule famille. »
Elle reporta son attention sur les enfants et resta pensive quelques minutes. Elle se retourna vers moi et je lui demandai :
« Resterez-vous ? »
Elle hocha la tête en souriant. J'avais réussi à la convaincre.
Une fois leur partie de football terminée, Athrun et Kira nous rejoignirent et nous leur fîmes part de notre décision. Mon frère fut étonné que j'aie réussi à faire changer d'avis ma tante et Athrun réjouit à l'idée de passer du temps avec les enfants. Nous commençâmes à discuter de l'organisation des prochains jours lorsqu'un problème me traversa l'esprit. Ils ne savaient toujours pas.
Nous nous échangeâmes un regard avec Athrun et je m'excusai de leur emprunter mon amant quelques minutes. Il fallait que nous parlions. Il était hors de question que nous leur mentions !
Nous nous isolâmes dans salon et tombâmes tout de suite d'accord : nous devions le leur dire. Seulement aucun de nous deux ne se sentait capable de leur annoncer la nouvelle car cela signifiait aussi aborder mon agression.
Il le fallait pourtant…
Myrna n'était pas du genre à oublier ce qu'elle avait vu et mes bleus allaient forcément revenir sur le tapis avant la fin de la soirée. Les enfants nous avaient sauvé tout à l'heure et cela ne risquait plus de se reproduire. Elle allait chercher à savoir ce qui s'était passé et n'hésiterait pas à utiliser tous les moyens pour nous faire parler. Elle m'avait tout de même élevée depuis que mon père m'avait adoptée. J'étais un peu comme sa fille et je ne voulais pas qu'elle l'apprenne par quelque d'autre que moi.
Athrun ne se sentait pas non plus de cacher quelque d'aussi grave à nos proches. Nous allions avoir besoin d'aide et nous voiler la face n'arrangerait rien. En parler serait douloureux, autant pour lui que moi, mais ne nous pouvions décemment pas les laisser dans l'ignorance.
Face à tous ces arguments, nous décidâmes donc d'un accord commun de leur expliquer ce qu'il s'était passé dés que mon oncle serait arrivé.
Nous retournâmes alors dans le jardin, déterminés, mais lorsque mon oncle nous rejoignit je sentis ma volonté faiblir et voyant qu'il en était de même pour Athrun, je décidai d'initier le sujet.
Son regard s'assombrit dés que je demandai à Myrna de venir nous rejoindre et tout le monde le remarqua. Lacus et Kira comprirent ce que nous comptions faire et nous encouragèrent d'un sourire. Athrun me serra contre lui et je me lançai.
J'eus à peine le temps de finir ma phrase que ma tante et mon oncle nous félicitèrent chaleureusement. Myrna, elle, fut toute émue par la nouvelle et me serra dans ses bras, les larmes aux yeux, en évoquant mon père. Je fermai les yeux en repensant à lui et répondit à son étreinte.
Il ne serait même pas là pour voir grandir notre enfant…Je me mis à pleurer doucement. Il me manquait tellement. Pourquoi m'avait-il laissée ?
Mes tremblements ravivèrent ma douleur et j'essayai de rien laisser paraître. Seulement Athrun le remarqua rapidement et éloigna gentiment Myrna de moi pour me faire asseoir. Il me serra doucement contre lui en leur expliquant la raison de notre retour.
Sa voix était fébrile. En parler le faisait souffrir, je le savais et je l'admirais d'avoir trouvé le courage de le leur dire. Je n'aurais pas pu, j'en étais certaine maintenant.
Lorsqu'il eu achevé ses explications, ma tante et Myrna s'affolèrent tandis que mon oncle s'emporta contre Yuuna et commença à le traiter de tous les noms. Mon frère et Lacus les calmèrent immédiatement et le silence s'installa quelques secondes jusqu'à ce qu'une petit voix d'enfant me demande :
« Pourquoi tu pleures, Cagalli ? »
Je relevai la tête et rencontrai le visage triste de Ryū. Je séchai mes larmes et lui fit signe de s'approcher. Athrun se décala pour lui laisser la place et je l'invitai à venir dans mes bras.
« Mon papa me manque, murmurai-je à son oreille.
- Je suis sûr qu'il te regarde de là-haut et qu'il est très triste que tu pleures.
- Merci Ryū. »
Je le serrai dans mes bras. Il avait raison : mon père n'avait jamais aimé me voir pleurer. Et puis, j'attristais tout le monde autour de moi. Il n'était plus là, il ne le serait jamais plus et j'allais devoir vivre avec.
« Dis Ryu, je peux te confier une mission? »
Il hocha la tête.
« Pourrais-tu aller chercher les autres pour moi ? J'ai quelque chose à vous annoncer. »
Athrun m'interrogea du regard et je lui fis un petit sourire taquin.
Ryu partit en courant vers ses camarades et revint quelques secondes plus tard. Ils s'installèrent tout autour de moi et je me mis à sourire.
« Caridad m'a raconté ce qu'il s'était passé et nous avons toutes les deux décidé que vous alliez tous rester avec nous quelques temps.
- C'est vrai ? Me demandèrent-ils tous en cœur.
- Oui. Demain, nous irons chercher vos affaires. Avant manger, nous irons choisir vos chambres d'accord ?
- Génial ! »
Ils commencèrent à sautiller dans tous les sens et je tentai de les calmer. Je n'avais pas fini.
« Hey, attendez. J'ai encore quelque chose à vous dire. »
Ils s'arrêtèrent et me regardèrent surpris. Je cherchais une phrase simple.
« Athrun va bientôt être papa. »
Ils écarquillèrent les yeux et nous regardèrent à tour de rôle avec Athrun.
« Où il est ? »
Leur question me fit sourire. J'oubliais que cela ne se voyait pas encore.
« Là, répondis-je en posant ma main sur mon ventre. Il est encore tout petit mais il va grandir.
- Ca sera un petit frère ou une petite sœur ?
- Je ne sais pas encore.
- Il sera là quand ?
- Cet hiver normalement. (2)
- Super ! »
Je tournai la tête vers Athrun : il avait un magnifique sourire sur les lèvres et me regardait avec passion. Il se releva et me vola un baiser.
Quelqu'un sonna à la porte et je voulus me lever du canapé pour aller ouvrir mais Myrna m'en empêcha.
« Ne bougez pas, Cagalli-sama. J'y vais. »
Je me réinstallai sur le sofa et soufflai de désespoir. Ce n'était pas encore aujourd'hui que j'allais pouvoir faire quelque chose d'autre que de rester assise à ne rien faire…
J'étais rentrée depuis à peine trois jours et je me sentais déjà mal à l'aise : tout le monde s'activait autour de moi et j'étais là comme une âme en peine à les regarder aller et venir dans le manoir.
Je ne pouvais pas faire trois pas sans affoler le monde autour de moi. Kira paniquait dés qu'il me voyait debout plus de cinq secondes et Myrna m'empêchait de faire des pas qu'elle jugeait inutile. Avec eux deux derrière moi, je me retrouvais forcée de passer mes journées assise soit sur un banc dehors à surveiller les enfants avec Lacus et ma tante, soit dans le salon à regarder la télévision ou lire quand personne n'était encore debout à part Myrna.
De son côté Athrun s'était calmé et me laissait descendre seule au salon. Bien sûr, il restait à côté de moi, prêt à intervenir en cas de problème, mais au moins je pouvais un peu marcher. Avec lui prés de moi, je me sentais tout de suite plus libre de mes mouvements. Personne n'osait contredire ses décisions, pas même mon frère. Il était déjà considéré par tous comme mon époux alors que rien n'était encore officiel entre nous.
Officiellement j'étais toujours promise à Yuuna et Athrun n'était rien de plus que mon garde du garde. Officieusement les choses étaient très différentes : Athrun et moi étions fiancés, il était le père de mon enfant et mon amant depuis deux ans. Nous nous considérions comme un véritable couple et tous mes proches nous voyaient aussi comme tels. Ma tante, par exemple, avait souhaité aborder avec nous deux tous les aspects pratiques de ma grossesse, le lendemain matin même de ma sortie, à peine le petit déjeuner terminé.
Elle nous avait détaillé tous les rendez-vous que j'allais devoir prendre au fil des mois et aussi conseillé une bonne maternité ainsi que plusieurs obstétriciens. Nous étions donc parfaitement informés et préparés à ce qui nous attendait. Il ne nous restait juste plus qu'à choisir ensemble. Une fois cet aspect pratique passé, la discussion avait très vite dévié sur des sujets beaucoup moins sérieux et Athrun nous avait laissé entre filles.
Pendant que nous discutions de la couleur du papier-peint et du mobilier de sa futur chambre, il avait déménagé, avec Kira et mon oncle, les affaires des enfants et aménager leur chambre. Même s'ils avaient été très occupés, j'avais tout de même réussi à les faire participer tous les trois lorsqu'ils s'arrêtaient pour regarder les enfants jouer dehors.
Comme ma tante et Lacus passaient la majeur partie de leur journée avec moi, nous avions pu aborder de nombreux autres sujets et je m'étais rendu compte à quel point elles étaient excitée, autant l'une que l'autre, par ma grossesse. Elle m'avait même déjà prévu plusieurs sorties shoping !
Pour le moment un unique sujet n'était pas clos : son prénom. Nous n'avions pas vraiment encore pu en discuter avec Athrun parce qu'il avait été débordé…
« Cagalli ? »
Je sursautai.
« Bonjour Ledonir ! »
J'étais tellement plongée dans mes pensées que je ne l'avais pas entendu arriver.
« Tu vas bien ?
- Oui. Je me repose comme on me l'a ordonné. Kira et Athrun y veille au grain.
- Ca ne m'étonne pas d'eux ! »
J'éclatai de rire et il me suivit.
« Tu es toute seule ?
- Tout le monde dort encore.
- C'est plutôt une bonne nouvelle pour nous ça. »
Je l'interrogeai du regard et il vint s'installer à côté de moi sur le canapé. Il tira la table basse et y déposa quelques dossiers.
« Je t'ai apporté le rapport final ainsi que quelques papiers à remplir. J'ai aussi récupéré ton dossier rouge. »
Je me penchai pour attraper ce dernier et m'installai correctement. Je commençai à le feuilleter.
« Il est complet, j'ai vérifié. Tu as tous les extraits de lois nécessaires. Il ne te reste plus qu'à signer. »
Je le refermai et le serrai contre moi. Bientôt j'allais être libérée de toutes mes obligations envers les Seiran. Bientôt nous n'allions pu avoir besoin de nous cacher. Bientôt.
« Merci Ledonir. »
Je reposai le dossier sur la table et pris le rapport qu'il m'avait amené. Je le parcourus attentivement : comme les premières approximations l'avaient prévu, les pertes civiles étaient minimes. Seulement 157 personnes avaient perdu la vie. 157 de trop.
« Ce n'est pas marqué dans le rapport mais…presque tous les émirs sont morts.
- Quoi ?
- Leur abri s'est effondré lors de l'attaque. Il n'y a eu aucun survivant. »
Cette nouvelle me laissa sans voix pendant quelques secondes. Le scénario de Kaguya s'était reproduit, encore une fois.
« Leurs familles ont été prévenues ?
- Oui, Akihio et moi nous en sommes chargés.
- Qu'allons-nous faire ?
- Je pense que le mieux serait de prévoir une nouvelle élection dés que cette guerre prendra fin.
- Oui, tu as raison. Le peuple est suffisamment inquiet comme ça. Ce n'est pas la peine de les affoler encore plus… »
Le silence s'imposa.
Je n'avais jamais supporté le comportement des émirs mais l'annonce de leur mort m'attristait. Ils étaient peut-être des vieux machos qui n'avaient jamais pu supporter que je leur tienne tête mais ils ne méritaient pas de mourir de cette façon. Tout ça parce Yuuna avait protégé Lord Djibril…
Pourquoi ne m'avaient-ils pas écouté ? J'avais toujours été contre la signature de ce traité mais ils n'en avaient fait qu'à leur tête. Ils n'avaient jamais arrêté de me faire des coups pareils. Toujours à me contredire et à me reprocher de me laisser, comme mon père, dicter par mes sentiments. Il avait fallu que je lutte sans cesse contre eux et même si certains étaient de mon côté nous ne faisions pas souvent le poids contre les partisans des Seiran. Même si toutes les décisions me revenaient, je ne pouvais non plus n'en faire qu'à ma tête.
« Les officiers pensent qu'il serait bon d'envoyer une partie de notre flotte enquêter sur les agissements du président.
- Quel vaisseau veulent-ils envoyer ? Il ne reste que le Kusanagi. L'Archangel ne fait plus partie de le flotte d'ORB…
- Il ne tient qu'à toi de le réintégrer, me rétorqua-t-il en me tendant des papiers. »
Je les acceptai et les parcouru des yeux : un ordre de réintégration et …un ordre de mobilisation (3) . Je me tournai vers lui pour lui demander la signification de tout ça mais aucun son ne sortit de ma gorge.
« Je pense qu'il est grand temps pour lui de cesser de se cacher. »
Oui, il était plus que temps.
« Bon, je te laisse. Je dois retourner au QG. Je reviendrais demain. »
Il se leva et je le regardai partir. Que ferais-je sans lui ?
Je restai quelques minutes à regarder la feuille puis pris un des stylos qui se trouvait sur la table basse et commença à remplir les cases.
Nom : Zala. Prénom : Athrun.
Date de naissance : 29 Octobre CE 55.
Lieu de naissance : December City.
Type génétique : Coordinateur.
Mère : Léonore Zala (Décédée). Père : Patrick Zala (Décédé).
Nationalité : Union d'ORB.
Statut : Capitaine et pilote du ZGMF-X19A Infinite Justice.
L'Archangel était sur le départ et j'avais fait réunir tous ses membres dans le hangar. En face de moi se dressait le Freedom, le Justice et l'Akatsuki. J'avais à mes côtés presque tous les haut-gradés présent à bord du vaisseau, dont mon frère et Lacus. Seulement la seule personne que j'aurais voulue plus que tout avoir prés de moi se trouvait parmi le reste de l'équipage, comme un vulgaire inconnu : Athrun était là, son regard plongé dans le mien, droit comme un I écoutant avec attention le discours que je m'apprêtais à faire.
Nous avions décidé ensemble que cette réunion se déroulerait ainsi mais jamais je n'aurais crû que cela serait aussi difficile. Le voir là en face de moi, relayé au simple statut de pilote d'armure mobile, m'était insupportable. Il faisait partie de ma vie, au même titre que Kira et Lacus. Il n'était pas un étranger, il était le père de mon enfant !
Respecter son choix me coutait beaucoup mais je le comprenais et l'en admirais encore plus. Comme rien n'était encore officiel entre nous, il avait préféré être traité comme les autres. « Nous avons tout notre temps, m'avait-il dit. Nous avons une guerre à finir. » Me rappeler ses mots me donna le courage d'ignorer son regard et de commencer :
« Nous n'avons reçu aucune nouvelle information concernant l'état des choses sur la Lune et étant donné les récents évènements, de nouvelles tensions sont à prévoir. Rien n'est encore fini. L'Archangel fait à présent partie de la seconde flotte spatiale d'ORB et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour vous soutenir. »
Les soutenir, c'était tout ce que je pouvais faire.
« Malgré les pertes énormes que les Plants ont endurées, le président Dullindal est aujourd'hui le dirigeant le plus puissant du monde. Il est perçut comme était infaillible, omnipotent et inébranlable dans ses croyances.
Mais tout comme nous, de nombreuses nations voient d'un mauvais œil cette montée en puissance interminable. ORB désire plus que tout autre chose rester en paix et la paix ne viendra qu'avec la liberté et l'indépendance. Jamais nous ne nous soumettrons !
J'espère que l'Archangel nous apportera toute son aide dans la bataille pour protéger les idéaux qui nous sont chers. »
Nous nous mêmes tous au garde à vous et Murrue s'avança :
« Le vaisseau partira bientôt, direction la ville lunaire de Copernicus pour rassembler des informations sur la situation. Décollage dans trente minutes. Tous les équipages à vos postes !
- A vos ordres ! »
Les hommes commencèrent à se disperser mais il resta là, son regard planté dans le mien. Je devais encore l'ignorer quelques minutes.
« Capitaine Roanoke, je vous confie l'Akatsuki, lui annonçai-je en me tournant vers ce dernier.
- C'est un honneur. »
Et je quittai le hangar sans un regard pour lui. Encore quelques minutes et j'allais pouvoir le serrer dans mes bras.
Quelques instants plus tard, je me retrouvai dehors sur le ponton de l'Archangel. Mes proches en face de moi. Kira me serrait dans ses bras et me demandait d'être prudente.
Je me détachai de lui en lui souriant puis m'avançai jusqu'à Lacus qui m'offrit un sourire rassurant. Nous nous étreignîmes comme deux amies très proches pouvaient le faire et nous séparâmes en hochant chacune la tête. Elle m'assurait qu'elle ne prendrait pas des risques inconsidérés et de mon côté je lui promettais de ne pas m'angoisser.
Enfin, je m'approchai lentement d'Athrun et vint me placer en face de lui. Nos regards se rencontrèrent et s'aimantèrent. Il s'avança vers moi, me pris dans ses bras et me serra amoureusement contre lui. Je posai ma tête sur son épaule et fermai les yeux en répondant à son étreinte.
Le protocole aurait voulu que je fasse le premier pas mais je l'avais laissé faire et ne l'avais pas repoussé. C'était notre façon de nous dire que nos masques étaient tombés. Nous étions juste deux amants, futurs parents, dans les bras l'un de l'autre.
Le monde sembla s'effacer autour de moi et le temps s'arrêter de s'écouler. En cet instant, il n'y avait plus de guerre. Il ne partait pas et je ne lui faisais pas mes adieux dans l'hypothèse de ne jamais le revoir.
Mon cœur voulait le supplier de ne pas partir mais ma raison l'en empêchait. C'était son choix, je ne pouvais pas lui demander de revenir en arrière.
« Je reviendrais. Je te le promets. »
Sa voix n'était qu'un murmure tant l'émotion nouait aussi sa gorge.
« Je t'attendrais. »
(*) Je reviendrais.
Note :
(1) D'aprés l'animé, il roule à gauche.
(2) ORB se trouve dans l'hémisphère Sud et les saisons sont donc inversées. Hiver chez eux = Eté chez nous.
(3) Comme je connaissais pas les noms dans le jargon militaire, j'ai inventé.
