Notes : Bonjour ! Ça faisait longtemps, je sais, je sais, et je suis vraiment désolé ! J'ai déménagé début Août et ça m'a pris un peu de temps et après... plus d'inspiration, ça arrive... alors j'ai préféré attendre un peu que l'envie revienne au lieu de pondre un truc bâclé à l'arrache. Et l'envie est revenue, yahoo ! (lire des fics HPDM, ça aide, aussi), donc voilà. J'espère que ce chapitre vous plaira, il est un peu "transitoire" donc pas beaucoup d'action mais ça reviendra au chapitre d'après !

À propos de chapitre d'après, il vous faudra malheureusement (ou heureusement ?) attendre encore puisque je vais aussi relancer mes autres fics. Le prochain chapitre publié sera celui de Dans l'Oeil de l'Artiste, et juste après, Correspondance Anonyme ! Cette fic est restée en souffrance trop longtemps, et j'ai hâte de la reprendre. J'ai aussi un autre projet sur les rails, mais j'attendrais d'avoir complètement fini l'une de ces trois (probablement Le Masque de la Vengeance, d'ailleurs, plus que quatre ou cinq chapitres).

Un petit résumé parce que ça fait longtemps. Harry et Ron enquêtent sur un nouveau crime perpetré par Forlorne et ses joyeux compagnons, mais celui-ci semble être différent des autres. Draco a aussi emmenagé chez Harry et ça se passe plutôt bien, même si, selon Keeny, l'elfe de Draco, de mystérieuses et mauvaises énergies flottent dans la maison d'Harry...

Une dernière chose, et après je vous laisse lire, promis, je n'ai pas répondu aux reviews ! Pardon, pardon, mais comme je ne sais absolument plus où j'en suis, je préfère éviter de vous dire des bêtises et vous dire à tous un gros merci, je vous adore ! Et je reprendrais les RaR pour ce chapitre.


— Mets-toi un peu plus loin... là, parfait. Donc Forlorne ou un de ses hommes, qui était en tête du groupe, était là, et les victimes... la moldue d'abord. Je suis là, c'est elle qui a ouvert. Donc, ça frappe, elle ouvre...

— Je rentre en trombe, et j'utilise un sort de... Un sort de quoi, au juste ?

— Quoiqu'il en soit, ça l'a projeté le long du couloir, jusqu'au bout du salon, et elle est restée là, encore vivante, mais la nuque brisée, incapable de faire le moindre mouvement. Ici ?

— Non, un peu plus à gauche. À mon avis, elle a rebondi contre l'étagère, qui s'est effondrée ensuite comme ça, coupant le contact de la télézivion.

— Télévision. Donc, le Cracmol était sur le canapé en train de la regarder... attends, je m'assois.

— Je continue de m'avancer le long du couloir avec le reste du groupe à ma suite.

— Ou tout seul. Rien ne nous prouve qu'il y avait plusieurs personnes. Donc je vois ma femme faire un vol plané devant mes yeux pour finir dans le mur, je me lève, je jette un œil dans le couloir.

— Je n'ai eu le temps que d'avancer de quelques pas. Ça ne colle pas. Il faudrait que tu sois resté assis encore quelques secondes. Ou alors... Tu vas voir la moldue d'abord, pour vérifier son état, et c'est ensuite que tu te retournes, j'ai déjà franchi le seuil du salon, et je ferme la porte.

— Oui, okay, c'est mieux... Tu es sûr que la porte était fermée ?

— Ben... je ne vois pas à quel autre moment... Regarde la trace ici, c'est le résultat d'un choc lourd et à plat, il l'a heurtée avec son dos. Si la moldue était déjà hors-jeu, c'est le Cracmol qui s'est débattu, et il faudrait que la porte soit déjà fermée à ce moment-là. Mais le reste du groupe ?

— Ce n'est pas prouvé, encore.

— Forlorne n'a jamais agi seul, et quand bien même, ça ne colle pas à son profil. S'il se prend pour la réincarnation de Tu-Sais-Qui, il lui faut des Mangemorts.

— Pourtant, si on y regarde bien, il y a plus d'éléments qui tendent à démontrer qu'il était seul plutôt qu'accompagné. Voldemort agissait seul, aussi, parfois, quand il ne voulaient pas que les Mangemorts sachent ce qu'il faisait.

— Alors pourquoi avoir tué ces gens seul alors que toutes les autres fois, il était venu à plusieurs. Qu'est-ce que ce meurtre-ci a de particulier par rapport aux autres ?

— Je ne sais pas. Continuons. Donc, je suis allé voir ma femme, je me retourne vers le couloir et tu es là. Porte fermée, donc.

— Je jette un sortilège. L'étagère était donc déjà effondrée.

— J'esquive et je me réfugie derrière le canapé.

— Je viens te chercher.

— Je fais le tour.

— Là, je te jette encore un sortilège, le même que pour la femme, et ça te propulse contre la porte.

— C'est à ce moment-là que tu me captures.

— Avec un Incarcerous, oui.

— Comment tu sais ?

— Traces de cordes autour des poignets et des chevilles de la victime. Tu n'as pas remarqué sur les photos ?

— Je pensais que c'était l'habituel Petrificus partiel, je ne me suis pas posé la question.

Les deux Aurors se regardèrent un moment, essayant de comprendre toutes les implications de leurs découvertes. Cela faisait maintenant presque une heure qu'ils essayaient différents scénarios en reconstituant les actions probables des criminels et des victimes, pour déterminer comment s'était déroulée la scène. Mais plus ils avançaient, plus ils s'éloignaient du mode opératoire ordinaire de Forlorne, qu'ils avaient déjà déterminé auparavant.

Leur dernier scénario était le plus plausible, mais admettait des choses qui n'étaient pas du tout en adéquation avec le profil de Forlorne. Le fait qu'il soit seul. Certains sortilèges et maléfices qui différaient. La manière de sonner à la porte pour se faire ouvrir par l'une des victimes. Tout ça était de plus en plus absurde. Il n'y avait guère que le Rituel de Dissociation de l'Âme en lui-même à n'avoir pas changé, mais ce n'était pas étonnant. Ce genre de magie n'admettait pas que l'on s'écarte d'un seul cheveu des rites établis.

— Et si ce n'était pas Forlorne ? proposa Ron le premier, bien qu'Harry ait ouvert la bouche à la même exacte seconde pour proposer la même exacte théorie, ce qui ne lui laissait plus que le rôle du contradicteur.

— Tu crois vraiment ? Alors ce serait quelqu'un qui s'en inspire ? Parce que ça ne peut pas être une coïncidence. Mais qui a pu avoir accès à l'information ? Même la presse ne sait rien de notre affaire, elle est ultra-confidentielle.

Ron fit les cent pas dans la pièce, énumérant ses arguments sur ses doigts. Il avait toujours l'air pâle et fatigué, mais l'enquête de terrain lui avait redonné un peu d'énergie et il avait l'air presque vivant.

— Tout porte à croire que le coupable était seul. Forlorne n'agit jamais seul. Il s'est fait voir par un témoin, il sonne à la porte, il ne torture pas la moldue mais la tue sur place. Ce n'est pas une coïncidence, mais ce n'est pas Forlorne. Quelqu'un qui s'en inspire, c'est possible. Quelqu'un a déjà eu accès à notre bureau, des documents ont été volés, ce ne serait pas impossible que...

— Par le Vengeur, coupa Harry. Pour nous ralentir. Es-tu en train de suggérer que les deux affaires soient liées ? Qu'en lisant les rapport de police, le Vengeur s'est dit : « tiens, ça a l'air cool, ce qu'il fait, je vais essayer ». Non, non, le Vengeur ne ferait jamais ça, et en dehors de lui, nous et Halflin, personne ne sait comment Forlorne agit. Et, avant que tu ne le mentionnes, non, Halflin n'a rien à voir là dedans. C'est peut-être un sale type, mais c'est un Auror avant tout.

— Tu en parles comme si tu le connaissais très bien. Le Vengeur.

— J'ai passé tellement de temps le nez dans son dossier et à réfléchir à propos de lui que, oui, j'ai l'impression de le connaître, soupira Harry. Et quand bien même, il agit selon sa conception de la justice, et aussi tordue soit-elle, elle n'implique pas de tuer des moldus ou des cracmols.

— Peut-être est-ce comme ça qu'il a acquis son pouvoir. Je me souviens de Dennis. Il n'était pas si puissant. Et on ne devient pas puissant du jour au lendemain, peu importe le nombre de Rituels de Dissociation.

— Est-ce que tu insinuerais que le Vengeur et Forlorne ne sont qu'une seule et même personne ? C'est ridicule !

— Non, bien sûr, je ne pense pas ça, se défendit Ron. Mais...

Le roux soupira et baissa les bras. Harry se sentait plus ou moins dans le même état. Plus ils avançaient, plus ils reculaient, et plus leur affaire devenait incompréhensible. Et tellement obscure qu'on pouvait faire le lien entre mille choses sans rapport. Dans sa tête, c'était clair : Forlorne et le Vengeur, rien à voir. Mais le premier se livrait à un genre de magie oubliée qui visait, censément, à augmenter son propre pouvoir, et le second avait vu son pouvoir augmenter jusqu'à un point difficilement imaginable. C'était difficile de ne pas voir comme une sorte de parenté, ici.

— Interrogeons le livreur de pizza, proposa Harry, on rentre, on met tout ça au clair, et ensuite, on essaie d'élaborer une stratégie. Là, ça ne nous mène à rien, on va juste se rendre fous.

— T'as raison, acquiesça Ron. Le livreur. Et ensuite, je rentre à la maison.

— Ah bon ? s'étonna Harry. Tu as posé ton après-midi ?

— Oui, il faut absolument que je dorme, je vais finir par mourir de sommeil, sinon.

— Pour une nuit un peu courte ?

Ron lui lança un regard hésitant, avant d'expliquer :

— Non, ça fait plusieurs semaines que je dors mal. D'habitude, j'arrive à glaner assez de sommeil pour tenir debout, mais après la semaine qu'on a passée, c'est juste... enfin, tu vois, quoi, je suis un peu à plat. Ça fait combien de temps qu'on a pas pris de vacances ?

— Trop longtemps. Pour quelle raison tu dors mal ? s'inquiéta Harry.

Ron haussa les épaules et fit une moue indifférente.

— Aucune idée. Ça m'arrive, des fois. Je gamberge. Je repense à la guerre, à Fred, à nous, à comment on en est arrivés là. Au stress du métier.

Harry hocha la tête. Il comprenait parfaitement. Lui aussi avait eu des périodes difficiles, mais c'était un peu du passé, même si ça lui arrivait de rechuter parfois, généralement, être Auror ne lui laissait pas le loisir de penser à autre chose, et l'épuisait assez pour qu'il dorme comme un bébé. Il ne savait pas, en revanche, que Ron continuait à avoir tant de mal avec ses souvenirs. Sa peine était inscrite sur son visage.

Sans échanger un mot de plus, les deux Aurors quittèrent la pièce en passant sous les scellés de la police moldue, et firent signe au planton qui gardait la porte qu'ils en avaient terminé. La prochaine étape était d'aller voir Meewit, le livreur de pizzas, qui ne vivait pas très loin, à peine quelques minutes à pied. C'est une fois en bas, dans la rue, que Ron reprit la conversation, d'un ton plus léger.

— Et toi et Malfoy, alors ? Du nouveau ?

— Ah, euh... Oui. Il vend toujours le Manoir, il signe jeudi. Et je l'ai invité vivre avec moi.

— Quoi !? s'étrangla Ron. Mais ça ne fait même pas deux semaines que vous vous êtes rencontrés ! Et là dernière fois qu'on en a parlé, tu n'étais même pas sûr que... Harry, tu es certain qu'il ne t'a pas jeté de maléfice ? Je peux vérifier si tu veux.

Harry ne put s'empêcher de rire. L'inquiétude de son ami était touchante, mais amusante. Il n'avait absolument aucun souci à se faire.

— Techniquement, ça fait presque quinze ans qu'on se connaît. Et ce n'est pas vraiment une situation normale, on est un peu forcés par les circonstance. Sentiments ou pas sentiments, je ne veux pas le laisser tout seul, avec sa cécité. Il vend bientôt, son notaire a trouvé des acheteurs, il avait déjà préparé son déménagement quand il voulait quitter le pays, et en dehors de quelques affaires, il n'a pas grand chose. Donc, oui, il vit avec moi, maintenant. Il faudra que je vous présente, un de ces jours, ajouta-t-il à moitié en plaisantant, mais avec en tête les difficultés que posera nécessairement le fait de côtoyer ses meilleurs amis, et son ancien ennemi.

— Euh... t'es sûr ? Parce que j'ai pas foncièrement envie de rencontrer Malfoy, moi. Et je suis sûr qu'Hermione sera du même avis.

— Il faudra bien, si on vit ensemble. J'ai encore envie de vous inviter à boire le thé. Et j'aime quand vous me rendez visite à l'improviste. Je ne veux pas que vous vous sentiez obligés de vous tenir éloignés de chez moi parce que j'ai un Malfoy à l'intérieur.

— Oui, je vois ce que tu veux dire, marmonna Ron. Je suppose qu'il faudra qu'on fasse un effort. Mais qu'il en fasse aussi ! Qu'il traite encore une fois Hermione de sang-de-bourbe et c'est mon poing dans sa gueule, aveugle ou pas aveugle.

— Vous n'aurez qu'à venir dîner un de ces soirs, proposa Harry. J'en parlerai à Draco, savoir ce qu'il en pense.

— « Draco » ? Par Merlin, c'est vraiment sérieux, alors. Moi qui pensais qu'il y avait encore un espoir.


— Draco, je suis rentré !

Harry venait de passer le seuil de sa porte avant de la refermer derrière lui, et s'il avait été de meilleure humeur, il se serait autorisé un moment de jubilation pour avoir eu l'occasion de dire cette simple phrase, mais de bonne humeur, il n'était pas. Il avait passé une après-midi atroce.

L'interrogation du livreur de pizzas n'avait absolument rien donné. Dans le souvenir qu'ils avaient récupéré, lui et Ron, de force – et illégalement – il n'avait rien pu déterminer, au contraire de ce qu'il avait espéré. C'était exactement comme Meewit l'avait décrit : une sombre figure encapuchonnée sortant de l'immeuble et disparaissant dans une allée. Il avait pu quand même constater que leur suspect était à sa manière de marcher un homme, plutôt petit et de constitution assez mince, mais les traces de Glamour qu'ils avaient détectées pouvaient cacher n'importe qui, et finalement, il n'étaient pas plus avancés qu'auparavant, et la théorie d'Harry comme quoi Forlorne voulait se faire attraper, après plus ample réflexion était tombée aux orties.

C'était comme s'il manquait une pièce essentielle au puzzle, sans laquelle rien n'avait de sens. Les agissements de Forlorne devenaient de plus en plus incompréhensibles, et pis qu'incompréhensibles, incohérents. D'expérience, Harry savait que ce genre de criminels, particulièrement ceux qui s'inspiraient de Voldemort et se livraient à de complexes rituels de Magie Noire adoptaient toujours le même mode opératoire, avaient une sorte de « signature », en somme, et c'était ce qui rendaient leur capture possible.

Mais avec Forlorne, le Manuel du Parfait Auror pouvait être jeté à la poubelle. Ce qui faisait dire à Harry qu'ils étaient – encore une fois – sur une fausse piste. Il aurait pu ensuite, après le départ de Ron, passer le reste de la journée le nez dans leurs dossiers et leurs rapports à essayer – encore une fois – de trouver au moins un élément consistant ou même plausible sur lequel bâtir une nouvelle théorie, mais il n'en avait pas eu le temps. On l'avait contacté pour rejoindre une petite force d'intervention pour une descente chez un apothicaire qui vendait des potions illégales au marché noir. Celui-ci avait montré une résistance plus grande qu'attendue, et Harry s'était retrouvé du mauvais côté d'un maléfice qui avait fait volé l'os de sa hanche en éclats. Les Guérisseurs avaient fait un travail fantastique pour le soigner, mais il boitait encore, et la douleur persistait, qui ne s'en irait selon toute vraisemblance qu'au bout de plusieurs jours.

Et donc, il était de mauvais humeur. Ils avaient était forcés – encore une fois - de faire un pas en arrière sur l'affaire Forlorne, celle du Vengeur était au point mort, il était fatigué, frustré, énervé, et le fait d'avoir quelqu'un qui l'attendait à la maison n'arrivait pas tout à fait à compenser. Mais c'était mieux que rien.

— Draco ?

Encore une fois, seul le silence lui répondit. Il fit quelques pas dans le hall, accrocha sa cape de voyage au porte-manteau et c'est quand il mit le pied dans la cuisine qu'il entendit le sortilège de Voix Désincarnée se déclencher, le même qu'il avait utilisé pour laisser un message à Draco ce matin-même, et qu'il avait aussi intégré au livre qu'il lui avait offert. Page vingt-trois, si ses souvenirs étaient exacts.

— Harry, je suis au Manoir, j'ai encore quelques affaires à régler là-bas. Est-ce que tu peux m'y rejoindre ? Il se pourrait que mon elfe ait quelque chose d'intéressant à te raconter. Je t'attends.

Harry tiqua. Que Draco fût retourné au Manoir n'était pas étonnant, mais que son elfe ait quelque chose à lui dire ? Il savait que, quelque part, ses talents pour garder une maison en ordre n'était en rien comparable à ceux d'un elfe, mais quelque chose lui disait que ce n'était pas ça dont il s'agissait. Lui qui voulait juste s'effondrer dans le canapé et dormir quarante-huit heures d'affilée, c'était raté.

En soupirant, il reprit sa cape de voyage, et passa par la cheminée du salon pour rejoindre le Manoir, ce qui le fit arriver dans une pièce qu'il ne connaissait pas. Ou dont il avait oublié l'existence, pour ce qu'il en savait.

— Draco ?

Un elfe de maison apparut devant lui, dans un pop sonore caractéristiques. La créature lui fit une profonde révérence et l'enjoignit d'un geste de main à le suivre.

— Monsieur Draco Malfoy est au petit salon ouest, si Harry Potter veut bien me suivre.

Harry nota intérieurement le titre dont s'était servi l'elfe pour désigner Draco. « Monsieur » et non « Maître » et ceci, sans broncher ni même ciller. Et s'il n'en avait pas tout à fait prit conscience jusqu'à maintenant, ce simple mot lui fit comprendre que le Manoir n'appartenait déjà plus à Draco. Que celui-ci commençait une nouvelle vie. Prêt à tout laisser derrière lui pour le rejoindre, lui, Harry. Et plus que fier, cela le rendit humble et calma ses nerfs à vifs et apaisa même un peu la douleur à sa hanche alors qu'une douce chaleur affleura dans sa poitrine.

Après un nombre impressionnant de portes à double battant, de couloirs et d'escaliers, il arriva dans la petite pièce où Draco se trouvait, deux malles de bonne taille à ses pieds et Keeny se cachant derrière lui, jetant des coups d'œil apeurés à Harry comme si elle avait peur de lui, ce qui n'était définitivement pas normal. Les derniers rayons du crépuscule illuminaient l'endroit de riches lueurs dorées et orangés.

— Harry ?

— Oui, c'est moi. Comment tu m'as reconnu ?

— Tes bruits de pas, j'imagine, répondit Draco en se raidissant presque imperceptiblement. Et aussi le fait qu'avec le notaire et moi, tu es la seule personne à pouvoir utiliser la Cheminette.

Harry se sentit un peu stupide, aussi il ne répondit pas, préférant à la place faire quelques pas en avant et prendre Draco dans ses bras. Il sentit celui-ci tressaillir un peu avant de se détendre et les deux hommes s'embrassèrent un court moment, avant qu'Harry ne s'écarte et balbutie :

— Je suis désolé, je suis rentré plus tard que prévu, il y avait un... peu importe. Je pensais que tu serais à la maison. Il y a un problème ?

Keeny poussa un faible glapissement, mais Harry n'y prêta qu'une attention modérée, tout occupé qu'il était à scruter le visage de Draco, s'émerveillant de sa beauté, mais surtout cherchant à deviner ce que le blond pouvait bien cacher, parce qu'il était évident qu'il y avait quelque chose qu'il ne lui disait pas.

— Draco ?

Celui-ci l'écarta gentiment d'une poussée sur la poitrine, mais sans le lâcher pour autant. Harry vit les yeux noirs s'égarer sur son visage, quelque part. Draco n'avait pas l'air tranquille, et c'était parfaitement compréhensible, considérant le fait que ne pouvant plus prendre de Sommeil Sans Rêve, cette nuit serait la nuit où il ferait ce cauchemar que le Vengeur lui avait promis, et ce ne devait pas être une perspective particulièrement réjouissante.

— Est-ce que ce sont les cauchemars qui...

— Non, le coupa Draco brusquement. Enfin, si, mais ce n'est pas ça que... c'est mon elfe. Apparemment, Keeny a senti quelque chose chez toi, je pensais que c'étaient des réminiscences magiques, au début, mais... Tu n'as rien vu quand tu es rentré dans la cuisine ?

— Hein ? Non... je ne comprends pas où tu veux en venir.

— L'effet a dû se dissiper alors. Keeny te racontera mieux que moi, je pense. Keeny ?

Harry jeta un coup d'œil à l'elfe qui se tenait dans un coin, recroquevillée, son intérêt envers elle renouvelé. Il n'avait aucune idée de ce dont Draco parlait, mais vu son ton et son expression, ce ne devait certainement pas être une bonne nouvelle. Quelque chose était chez lui ? Quelque chose qui se serait dissipé...

— Maître... commença l'elfe. Maître Harry Potter Monsieur, sa maison est mauvaise, Monsieur, les murs respirent et il y a de mauvaises énergies, oh oui, de très mauvaises énergies, et Maître Draco et Maître Harry ne les sentent pas, et elles ne sont pas parties avec les sortilèges de Maître Draco...

— J'ai jeté quelques sorts de Détection et de Drain, l'interrompit Draco, mais ça n'a apparemment eu aucun effet.

Harry quitta le confort des bras de Draco pour s'agenouiller en face en face de l'elfe, comme il le ferait avec un enfant, et posa une main qu'il voulait réconfortante sur l'épaule tremblante, tentant d'accrocher le regard fuyant de Keeny dont l'inconfort était quasiment palpable.

— Tu veux dire qu'il y a quelque chose chez moi ? De la magie noire ?

— Non ! Se défendit l'elfe avant de se corriger : Keeny ne sait pas ce que c'est, et c'est pour ça que Keeny a peur, parce que c'est mauvais, Maître Harry Potter, très mauvais.

Harry n'avait toujours aucune idée de ce dont l'elfe voulait parler. Avant son emménagement, il avait récuré l'ancienne maison des Black de fonds en combles et s'était particulièrement soigné à purger toutes les réminiscences et à effacer toutes traces d'une antique magie qui avaient pu s'accumuler après plusieurs siècles de présence de la tristement célèbre famille sans parler des artefacts de magie noire dont il était positivement certain qu'il ne subsistait même plus l'ombre. Depuis, en dehors de ses amis, des Weasleys, d'Andromeda et de Teddy – et Draco, à présent, personne n'avait plus passé le seuil de sa porte.

Il considérait la situation d'un œil détaché, professionnel, pour lutter contre la peur et l'inquiétude qui s'insinuaient lentement en lui. Il était comme un Auror qui interrogeait un témoin l'affaire d'une maison hantée. Et c'était exactement le cas, à ceci près qu'il s'agissait de sa maison. Il prit une grande inspiration pour tenter de calmer son cœur qui battait à tout rompre malgré son sang-froid, et passa en tête les options.

Il savait que les elfes de maison avaient une sensibilité différentes aux auras magiques, sentant des choses avec une acuité dont les sorciers étaient totalement incapables de faire preuve sans sortilèges. S'il y avait quelque chose chez lui, cela datait forcément d'après son emménagement. Ce qui pouvait causait ce à quoi il pensait, c'était soit un artefact, oublié malgré tous ses efforts, et particulièrement puissant à en juger par l'état de terreur de Keeny, soit que quelqu'un s'était permis d'entrer par effraction chez lui, ce qui était tout aussi incroyable, quand on savait la solidité des protections magiques mises en place. Et il fallait aussi que ce sorcier soit d'une part extrêmement puissant pour avoir pu laisser en une, ou plusieurs visites, pour ce qu'il en savait, une empreinte si marquante, et d'autre part qu'il avait été animé envers Harry d'intentions particulièrement hostiles, sans quoi les réminiscences de son aura auraient été parfaitement inoffensive. Ce qui n'avait aucun sens puisque Harry était encore là, sur ses deux pieds et en bonne santé. Si quelqu'un qui lui voulait du mal s'était introduit chez lui, pourquoi ne pas lui en avoir fait, du mal, justement ? Qui parmi ses ennemis pouvait se montrer aussi incohérent ?

Dennis Creevey. Le Vengeur. Forcément.

Si c'était bien la bonne option, c'était forcément le Vengeur. Lui seul était animé d'intentions suffisamment contradictoires, pour avoir fait une telle chose – pour se renseigner sur Harry, peut-être fouiller dans ses papiers, poser des sortilèges-espion. Et lui seul avait la puissance magique idoine. Encore une chose à mettre sur sa liste de récriminations – et une nouvelle question à poser à Dennis, quand il en aurait l'occasion. S'il en avait l'occasion.

Il se releva avec un sourire rassurant envers l'elfe, et un regard de gratitude envers Draco – même si celui-ci n'en sut rien, bien sûr. Son visage était tourné quelque part vers le vide, sa peau encore plus pâle qu'à l'ordinaire et les traits tirés. Aussi sérieusement qu'il souhaitait considérer cette nouvelle information, il ne voulait alarmer ni l'elfe ni le maître.

— Ce n'est sûrement pas grand-chose, dit-il. J'enquêterai pour savoir d'où ça peut bien venir. En attendant, Draco et moi on va nettoyer la maison de ces énergies, est-ce que tu te sentirais prête à venir nous aider ?

Keeny écarquilla les yeux d'horreur, mais ne dit rien. Après une longue minute, pendant laquelle Harry prit la main de Draco que celui-ci avait tendu vers lui, elle finit toutefois par hocher la tête avec une évidente résignation mêlée de crainte. Harry lui fit un sourire qu'il voulut réconfortant, et s'occupa de jeter quelques sortilèges de Réduction et d'Allègement sur les malles de Draco.


— Et ça fait sept mois que vous vous occupez de cette affaire ? Je croyais que les Aurors ne pouvaient se permettre de ne gâcher aucune ressource, et ils vous bloquent sur un dossier comme ça ?

— Non, bien sûr. Chaque équipe est affectée à une affaire en particulier, mais restent disponibles pour toutes sortes de choses. Des raids, de la surveillance... du travail de terrain, surtout. S'occuper d'une affaire, ça veut dire remplir des piles de rapports, compiler des informations, interroger les témoins, les victimes... Et parfois, oui, ça peut prendre beaucoup de temps. Des années, quelquefois, et personne dans le bureau ne va blâmer personne pour un dossier qui traîne en longueur, même si je sens que, des fois, ça titille Halflin.

Draco avait entendu le sourire d'Harry à la fin de sa phrase, et se pencha vers lui pour déposer un rapide baiser sur ses lèvres pour le récompenser. Il aimait quand Harry parlait avec légèreté, voire avec humour. Ça lui donnait l'impression que les choses étaient presque... normales.

Les deux hommes avaient passés une soirée éprouvante, à inonder chaque pièce de la maison de torrents de sortilèges pour nettoyer chaque recoin des énergies qui terrorisaient Keeny autant. D'exaspération, Draco avait eu plus d'une fois envie de rétorquer que ce n'était pas utile, qu'il pouvait juste ordonner à l'elfe de faire comme si de rien n'était après tout, la créature était à présent liée au 12, square Grimmauld, et n'aurait eu d'autre choix que d'obéir. Mais il s'était ravisé. Pour trois raison. D'abord parce qu'Harry aurait refusé, ensuite parce qu'il avait besoin que son elfe soit disponible pour lui à cent pour cent et non distraite par d'irrationnelles terreurs, et enfin parce que... quelque part, il s'était attaché à la créature. Parce qu'il n'avait pas eu d'autre choix, parce que Keeny était ses yeux et son garde-fou, parce qu'il lui avait confié sa vie. On ne pouvait pas confier sa vie à quelqu'un – ou quelque chose – sans éprouver quelque chose. Harry en était une autre preuve. Et parce que Draco, contrairement à Lucius, avait un cœur. Qui n'avait pas eu beaucoup l'occasion de battre pour autre que pour lui-même, mais un cœur cependant.

Après presque trois heures, Keeny leur avait assuré qu'il ne restait plus rien, et les deux hommes s'étaient littéralement effondrés dans le canapé du salon, attendant que l'elfe leur prépare un rapide repas, et en profitant pour discuter, dans les bras l'un de l'autre, se rassurant et s'enivrant de la chaleur qu'ils partageait, en face d'un feu de cheminée donc Draco ne pouvait plus qu'entendre le crépitement. Il parlaient du travail d'Harry, surtout, et des soucis qu'il avait avec son affaire en cours, sans parler celle du Vengeur.

— Il ne faut que tu en parles à personne, par contre, lui avait intimé Harry.

— Et à qui tu veux que j'en parle ? rétorqua Draco non sans amertume.

— Je suis sérieux. Pour Forlorne, le dossier est confidentiel, normalement, je n'ai même pas le droit d'en parler du tout. Pour le Vengeur... Si on apprend que tu vis chez moi, en tant que victime, ça créera un automatique conflit d'intérêt et l'affaire me sera retiré... et personne d'autre que moi ne voudra s'en occuper, et il continuera à courir les rues à ruiner les vies de tous ceux qui ont jeté leur chewing-gum sur la chaussée.

— La nouvelle va vite se répandre que j'ai vendu le Manoir. Et au Musée de la Guerre, pas moins.

— Oui, répondit Harry, avec un soupçon de tristesse dans la voix. Et si le Ministère vient y coller son nez de trop près, il faudra envisager de te louer quelque chose.

À ses mots, Draco se releva brusquement, s'arrachant au confort des bras d'Harry, avec au creux de la poitrine une intense et vive douleur, dont il n'avait pas envie de réfléchir maintenant aux tenants et aux aboutissants. Il se sentait rejeté, en colère.

— Et pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ?

— Qu... Quoi ?

Il pouvait entendre la surprise et l'incompréhension dans la voix d'Harry.

— Ah, ça te va bien, Potter, cracha-t-il. C'est vrai que tu t'en fous, ta vie n'est pas en morceaux, tu n'as pas besoin de moi, je sais, mais pas la peine de me le jeter au visage. Je croyais que tu plaisantais quand tu disais que ce serait temporaire.

— Draco... ce n'est pas...

— Et tu veux quoi encore, que je me jette à tes pieds en pleurant de gratitude ? Va crever, Potter. Avoir tes deux yeux ne te donne pas le droit de jouer avec moi comme si je n'étais qu'une amourette de passage, je croyais que c'était...

— En tant que leurre ! cria Harry.

Le silence qui retomba brusquement fit soudain prendre conscience que lui aussi s'était mis à hurler. Et il n'osait pas comprendre ce qu'Harry venait juste de dire.

— En tant que leurre, continua celui-ci un ton plus bas. Un nom sur une étiquette, rien de plus. Peut-être quelques meubles métamorphosés pour faire illusion, et un sort d'Alerte sur la porte, si jamais quelqu'un vient pour te visiter, pour que tu puisses transplaner et ouvrir comme si s'était chez toi. Rien de plus. Je n'ai jamais suggéré que tu ailles vivre ailleurs. J'ai envie que tu restes avec moi, Draco, promis.

Celui-ci était mortifié. Il se sentait si stupide à présent que c'en était presque douloureux. Il avait honte d'avoir douté d'Harry, il avait honte d'avoir douté de lui-même et de sa capacité à accepter d'être aimé. L'émotion le saisit à la gorge, et bientôt, il se mit à trembler sans pouvoir se contrôler. Quand il entendit des bruissement de tissu et le craquement du bois du sofa, suivis d'une main chaleureuse sur son épaule, il ne put plus se retenir et laissa échapper un sanglot étranglé, et il se maudit de se montrer aussi faible, aussi vulnérable et pathétique avec Harry pour lequel il s'était promis d'être fort. Sans plus aucune retenue, il se laissa prendre dans une nouvelle étreinte et s'abandonna complètement à ces larmes qu'il détestait sentir couler sur ses joues – ajoutant encore à sa détresse chaque fois qu'il s'essuyait le visage d'un geste rageur de la main. Harry lui murmurant pendant tout ce temps sur un ton douloureusement tendre des mots de réconforts au creux de son oreille.

— Je... je suis désolé, parvint-il finalement à articuler, après un temps qui lui parut affreusement long.

— Désolé de quoi ? lui répondit Harry. Tu n'as pas à t'excuser, ça fait deux semaines à peine... C'est normal.

— Ce n'est pas ça, le coupa Draco... C'est... c'est...

— C'est quoi ? l'encouragea gentiment Harry.

Il se tut. Ses larmes s'étaient taries à présent, et il sentait son visage en feu de l'avoir essuyé trop vigoureusement à de trop nombreuses reprises. Il devait avoir l'air très élégant, pensa-t-il ironiquement, avec les joues rouges, les cheveux en bataille, les yeux gonflés... mais de toute façon, qu'est-ce qu'il en avait à faire, de ce à quoi il ressemblait ? Ce n'était pas comme s'il pouvait encore se regarder dans un miroir. Et quelque part, apparaître échevelé en face d'Harry ne lui posait pas le moindre problème. Est-ce que c'était parce qu'il avait cette même confiance aussi aveugle qu'il était envers l'homme ou était-ce parce qu'il avait définitivement perdu toute estime de lui-même ? Il ne voulait pas connaître la réponse à cette question.

— Tu dois me trouver pathétique, gémit-il.

— Non ! défendit Harry avec une sincérité telle qu'elle alla droit au cœur de Draco. Jamais je ne penserai ça de toi, ôte-toi cette idée du crâne.

— À Poudlard, tu devais me trouver pathétique.

— À Poudlard, j'ai pensé tout un tas de chose de toi, et réciproquement. Mais on n'est plus à Poudlard, toi et moi. Assez d'eau a coulé sous les ponts. Est-ce que tu l'aurais cru, toi, si on t'avais dit un jour que tu serais dans mes bras de ton plein gré ?

La remarque eut le mérite de faire sourire Draco faiblement. Harry était un tel réconfort, c'en était presque effrayant.

— Non, concéda-t-il. Espéré, peut-être, mais cru, certainement pas.

— Comme quoi, conclut Harry d'un ton de sagesse feinte.

Le silence tomba entre eux, seulement perturbé par le clinquement des casseroles, loin dans la cuisine, de Keeny qui s'affairait à leur repas, le craquement du bois dans la cheminée, la respiration calme et ample d'Harry, la sienne beaucoup plus erratique, mais sur la pente douce. Draco ferma les yeux, non que cela fît une quelconque différence, mais il eut l'impression de profiter d'autant mieux de la présence rassurante du torse puissant d'Harry contre son dos, de ses bras, de la douce caresse de sa respiration contre son cou. Il se serait laissé aller à s'endormir s'il n'avait pas entendu, sur un ton presque suppliant, ce qu'il n'avait pas encore osé demander :

— Draco... Dors avec moi, ce soir.


Merci d'avoir lu ! J'espère que ce chapitre vous aura plu ! Au menu du prochain : Un Harry très stressé, un Draco au plus bas mais qui se soigne, l'apparition de Dennis Creevey (Vengeur ? Pas Vengeur ?) et peut-être d'un vieil ami également...

N'hésitez pas à laisser un commentaire, promis je réponds cette fois ! À plus
JO