Auteur : Plume d'Eau (je crois que je vais aussi virer cette mention... et la remettre que dans le cas des travaux co-écrits...)
Bêta : Moïra-Chan d'amouuuuur.
Rating : T (Dis donc les insultes deviennent rare... on va finir par se demander si tout va bien, Karkat !)
Disclamer : Devineeeeeeeez ! Rien à moi sauf l'idée, toussa, toussa... :p (Vous en pensez quoi, je le vire aussi, le disclamer ? xD)
Résumé : Malchance. Un rhume, une peau de banane et visiblement, pas mal de malchance. De quoi faire un sacré cocktail. Hein, John ?
Note de l'auteur : J'AI FINI MON STAAAAAAGE ! (Je vous assure que oui, ça méritait que je le hurle. Pluplume est happy.) Et du coup c'est avec bonheur que je vous poste ce thème 13 ce matin ! Avec un thème qui colle bien avec son numéro, n'est-ce pas ? ;D Allez, je vous souhaite d'avance une bonne lecture ! Et promis, pas de morts dans celui-là \o\
Note bis : Ma bêta m'a dit qu'il fallait que je fasse une note de plus sur l'univers, et comme elle est merveilleuse, je l'écoute, donc : cet univers est le fruit d'un mélange entre un univers magique et le nôtre. Les créatures magiques vivent en harmonie avec les humains, et on trouve donc des choses du genre, des fées qui tiennent des coffee shop, des sorcières qui bossent à Apple et lancent des sorts sur les portables, des êtres des vents comme météorologues... vous voyez le tableau ? ;) Je me suis beaucoup amusée avec cet univers pour ma part ! Bonne découverte ! :3
Auto-évaluation : ****
13 - Malchance
Ce matin-là, John se réveilla dans les courants d'air.
Littéralement.
Pour être plus précis, il se réveilla en éternuant avec force et fracas. Ses pouvoirs de sylphe firent le reste, se chargeant de créer un mini-cyclone au centre de sa chambre, envoyant valdinguer ses affaires aux quatre coins de la pièce.
À moitié réveillé, il tenta vainement de se faire un semblant de petit-déjeuner. Trois éternuements, autant de courants d'air correspondants et deux catastrophes évitées plus tard, il abandonna son idée et décida de quitter les lieux pour ne pas risquer de les dévaster par une tornade. Il hésita à rendre visite à Rose, qui travaillait en tant que voyante au journal de la ville, au rayon horoscope et prédictions. Mais à la réflexion, après sa dernière farce en date, elle avait paru pas mal énervée, hier.
… Et il ne faisait pas bon d'être près d'une Rose énervée.
Du tout.
Il ferait bien de faire attention ces prochains jours, d'ailleurs, car il n'était pas impossible qu'elle cherche à se venger d'une façon bien vicieuse, la connaissant.
Il s'engagea donc d'un pas leste et aérien dans la rue, bien décidé à ne pas laisser un malheureux rhume lui gâcher cette superbe journée de printemps.
Et mit le pied sur une peau de banane.
Avant de comprendre ce qui lui arrivait, le sylphe se sentit glisser, partir en arrière et s'effondrer à même le sol dans une cascade digne des meilleurs Tex Avery. Même en se relevant presque aussitôt, le dos et l'arrière-train plutôt douloureux, il ne put qu'essyuer le rire moqueur de deux passants qui marchaient sur le trottoir d'en face. Il se contenta donc de repartir droit devant lui sans réfléchir à sa destination, juste désireux de s'éloigner le plus vite possible de là.
Au détour d'une rue, il décida néanmoins qu'un coup d'œil à son portable pourrait potentiellement l'aider à trouver des idées de ce qu'il pourrait faire de son temps.
Et son Iphone lui donna une réponse, en effet. Mais pas celle qu'il espérait.
L'écran tactile de l'appareil était traversé par un impact et trois longues fissures. Evidemment, il était dans sa poche arrière quand il était tombé – et il n'avait visiblement pas apprécié de se prendre une paire de fesses, fût-elle aussi délicate et bien moulée que celle de John, sur le coin de la vitre. John soupira. Bon – au moins savait-il maintenant quel serait son prochain arrêt : Apple, dieu des téléphones portables tactiles et intelligents….
.oOo.
« Je regrette, Monsieur, mais… avec de tels dégâts et vu l'ancienneté de votre modèle, cela vous coûtera certainement moins cher de racheter un téléphone plutôt que de faire réparer votre écran, je vous assure. »
… et du capitalisme forcé. Aussi. Soyons honnêtes.
John soupira dramatiquement. Il n'était peut-être pas pauvre – son magasin de farces et attrapes, hérité de son père, fonctionnait plutôt bien pour être honnête – mais il se serait volontiers passé de ce genre de surprise. La journée commençait vraiment mal.
La demoiselle fit un sourire un peu désolé à son client. Quand il finit par lui demander ce qu'ils avaient comme modèles, elle se chargea avec plaisir de lui faire faire le tour d'honneur. Il fallut au final presque une heure à John pour se décider pour un modèle pas trop grand et pratique, redonner son abonnement et faire transférer son numéro et ses données.
« Et voilà ! s'exclama la vendeuse, triomphante. Vous aimeriez qu'on vous rajoute un sort de localisation, dessus ?
- Comment ça ?
- C'est une de nos nouveautés. Vous connaissez ce problème d'oublier votre téléphone portable un peu partout, et de devoir le chercher ? »
John grimaça.
Il était tellement tête en l'air que si cette dernière n'avait pas été attachée à son cou, elle aurait certainement pu faire de très belles balades parmi les sommets des montagnes environnantes. Évidemment qu'il connaissait bien le problème.
Il acquiesça. La vendeuse fit un sourire conspirateur.
« Je suis exactement pareille. Et croyez-moi, ce sort vous change la vie ! Dès que vous vous éloignez et sortez d'un périmètre assez précis autour de votre portable, ou que vous pensez très fort à ce dernier, le sort se déclenche, et le portable apparaît automatiquement dans une de vos poches – ou dans votre main, si vous n'avez pas de poches sur vous à ce moment-là. Pratique, non ? »
Une ou deux hésitations, des sourires confiants et une capitulation plus tard, John repartait du magasin, un nouveau téléphone en commande et le porte-monnaie sensiblement plus léger. Deux éternuements successifs le convainquirent que passer éventuellement chez un herboriste serait une bonne idée. Il s'y dirigea donc d'un pas guilleret – mais prudent. Une peau de banane était toujours susceptible de surgir inopinément sur son chemin.
Il fut accueilli par une bien mauvaise surprise : douze clients attendaient dans l'herboristerie, en une queue plus ou moins artistique, promettant en silence un temps d'attente odieusement long. John soupira, mais se résolut à prendre place dans la file, peu désireux de repartir sans un remède pour ses éternuements à répétition.
.oOo.
« Comment ça, vous n'en avez plus ?!
- Désolé, bro. Le frère qui était juste avant toi a acheté la dernière décoction. Mais nous en aurons de nouveau demain ! »
Le sylphe en resta comme deux ronds de flanc. Il hésita un instant à laisser le souffle grondant en lui éclater et à provoquer un cyclone au milieu de la pièce – mais le sourire désolé de cette espèce de clown peinturluré le convainquit finalement de ne pas le faire. Ce n'était pas sa faute, après tout, il n'avait simplement pas de chance.
Poussant un soupir, il refusa poliment la proposition de l'herboriste d'en garder une de côté pour lui et tourna les talons pour quitter la boutique. Une respiration de l'air frais dehors le convainquit d'essayer de sourire et de ne pas trop se formaliser de tout ça. Ce n'était qu'un petit rhume, ça irait mieux après une balade et un peu de repos, de toute façon !
Et vu qu'il était loin d'avoir envie de rentrer se coucher, autant opter pour la balade. Il se décida, au bout de quelques minutes, pour une visite à l'Océanopolis de la ville. Il connaissait son existence depuis un moment mais n'avait jamais vraiment eu le temps d'aller le visiter – au moins, ça l'occuperait.
Miraculeusement, il ne lui arriva rien sur la route – mais ce fut peut-être dû au fait qu'il observait avec une attention accrue toutes les personnes et les objets inanimés autour de lui pour être certain qu'aucune peau de banane ne se glisserait sous ses pieds ou toute autre diablerie. Ce fut donc avec un soulagement intense qu'il acheta un ticket à la guichetière de l'entrée qui semblait s'ennuyer ferme, et s'engagea dans les longs couloirs baignés de la lumière bleutée des océans.
Enfin, des aquariums.
Mais ça y ressemblait plutôt bien – les gens qui travaillaient ici savaient ce qu'ils faisaient. Les aquariums allaient du moyen à de franchement grands – ils auraient pu servir de piscine olympique, à l'aise ! – et ressemblaient à de véritables fonds marins de divers endroits de la planète, offrant un sacré dépaysement au sylphe.
Il visita avec plaisir toute la partie arctique, faisant même coucou aux pingouins et aux morses à travers les vitres. Il frissonna en passant près du bassin où un requin nageait, tranquille et immuable. Sourit en pensant à sa sœur, devant un aquarium plus petit rempli de petits calamars de toutes les couleurs. Les tortues et les poissons tropicaux lui permirent de s'en mettre plein les yeux, et c'est avec plaisir qu'il entama la dernière partie de la visite en empruntant les passerelles qui surplombaient certains bassins, pour mener au dernier des aquariums, le plus énorme de tous.
Toujours partisan du plaisir de prendre son temps, il décida de s'arrêter un peu pour observer les calamars colorés de dessus, dans leur étrange danse aux mille tentacules. Il se stoppa donc et s'appuya contre la barrière de sécurité.
Qui grinça.
Et céda sous son poids.
En une demi-seconde, il sentit son estomac faire un triple salto arrière, poussa un vague cri désarticulé et atterrit au milieu des invertébrés dans une immense gerbe d'eau. Il lui fallut quelques instants pour remonter à la surface – le temps de cesser de paniquer, de distinguer à nouveau le bas du haut et de s'y propulser d'un coup de talons sur le fond sableux de l'aquarium. Mais il eut à peine le temps de goûter une pleine goulée d'air frais en crachotant l'eau qu'il avait avalée sous le coup de la surprise qu'une main tapota son épaule.
En se retournant, il eut la surprise de se retrouver face à une… sirène.
Enfin.
Était-ce vraiment une sirène quand cette dernière n'avait pas une queue de poisson mais des tentacules de pieuvre d'un violet profond ? Il aurait volontiers débattu sur la question, mais la jeune femme ne lui en laissa pas le temps. Elle le saisit délicatement par la taille à l'aide d'un desdits tentacules et le déposa presque aussitôt sur le bord de l'aquarium.
Avant de l'enguirlander comme du poisson pourri.
« Mais ça ne va pas de faire peur à ce point aux pieuvres ?! Vous voulez qu'elles meurent de trouille, c'est ça ?!
- Hein ? M-mais non, j'ai juste…
- Tut tut tut ! Pas de ça avec moi, jeune homme. Éloignez-vous de ce bassin maintenant, je ne veux plus vous voir dans les parages ! Et estimez-vous heureux que je ne vous fasse pas arrêter par la sécurité ! »
Et avant qu'il n'ait eu le temps de répondre quoi que ce soit, elle avait déjà replongé pour aller s'occuper de ses protégées. John s'en retrouva donc assis sur le bord du bassin, trempé jusqu'aux os, complètement bouche bée, incertain de ce qui venait de se passer.
Ce n'est qu'après un éternuement et un sacré courant d'air – décidément, ce rhume ne le laisserait pas tranquille, hein ?! – qu'il se décida à bouger. Il ne faisait pas chaud dans cette partie de l'aquarium, il était déjà à moitié malade et trempé – il allait finir par choper la mort s'il ne trouvait pas moyen de se réchauffer.
Renonçant à l'idée de demander de l'aide à un des employés au vu du traitement que lui avait réservé la sirène de l'aquarium, il se décida pour la boutique de souvenirs. Il trouverait certainement de quoi faire là-bas.
Ses vœux furent exaucés dès qu'il mit les pieds dans le petit local : pile en face de lui se dressait une monstrueuse montagne de serviettes décorées par différents animaux marins. Il se dirigea vers cette dernière et se décida à prendre celle ornée d'un crabe, sur le tout dessus.
Sauf que.
Oui, sauf que. Sauf que son rhume avait décidément l'air convaincu qu'être contrariant était une bonne idée ce jour-là. Il en résulta donc un éternuement suivi d'un superbe coup de vent qui fit s'écraser au sol toute la pile de linges. Un seul resta plus ou moins en place, tenu par le seul miracle de la main de John refermée sur lui.
John qui grimaça à l'idée que…
« HEY VOUS ! »
… il allait se faire râper le poil.
Il se retourna avec une grimace et marmonna précipitamment toute une série d'excuses à une telle vitesse que même Dave en train de rapper aurait été impressionné. Cela eut le mérite de convaincre un peu le vendeur qu'il ne pensait pas à mal – et il s'en sortit en payant le linge ainsi qu'un petit supplément pour le désordre, avant de se faire mettre dehors de la boutique pour éviter de « créer d'autres catastrophes », dixit l'employé à la mèche violette.
Il en fut donc réduit à s'asseoir sur un des bancs dans l'allée des poissons tropicaux pour profiter de la chaleur régnant dans cette partie-là des bâtiments, utilisant la serviette pour sécher ses cheveux et sa peau.
Il ne repartit qu'une ou deux bonnes heures plus tard, une fois ses vêtements à peu près secs. Il ne faisait peut-être plus si froid dehors, mais sortir encore trempé, c'était une folie que même lui, il n'était pas près de tenter. Il ne fallait pas exagérer – il contrôlait le vent, mais ce dernier avait les mêmes effets sur lui que sur n'importe qui d'autre, et il préférait éviter d'empirer son rhume et de se retrouver avec une pneumonie.
John sortit donc dans la lumière de fin d'après-midi, les vêtements enfin sec, son linge dans un sac, bien décidé à quand même profiter de la fin de cette journée. Et pour en profiter, il en profita… à sa manière.
Il tenta d'abord de s'offrir une crêpe, puisqu'il était presque dix-sept heures. Manque de pot, un gamin lui fonça dessus en vélo dans un parc, et la crêpe termina écrasée par le deux-roues. Il décida alors d'aller ailleurs dans sa ville, mais découvrit des contrôleurs dans le bus dans lequel il monta, qui se chargèrent de l'enguirlander comme il se devait pour ne pas avoir renouvelé son abonnement, expiré de deux jours. Quelques pas après être sorti du bus à un arrêt qu'il ne connaissait même pas, il se reçut un seau d'eau sur la figure – vidé là par une personne peu respectueuse du voisinage, puisque c'était normalement interdit.
Les épaules et les cheveux trempés par l'eau qu'il s'était pris sur la tête, il commença à claquer des dents quand le vent se leva, mesquin.
Vaincu par la fatigue et l'envie d'un peu de chaleur, il décida d'entrer dans la première boutique qu'il aperçut dans la rue – une animalerie baptisée « Les Maraudeurs ». Il n'était pas vraiment fan des animaux, mais au moins serait-il capable de rester un peu au chaud, ça devrait pouvoir l'occuper le temps que ses vêtements sèchent un peu et qu'il puisse peut-être enfin rentrer chez lui pour se coucher – c'était certainement ce qu'il y avait de mieux à faire, en fait.
Sauf que – oui, encore !
Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas son rhume mais décidément, cette poisse qui semblait lui coller aux basques qui se manifesta. À peine eut-il mis un pied dans le magasin que le silence se fit presque totalement autour de lui. La gérante – une jeune fille aux cheveux noirs, avec de magnifiques yeux vert jade et des lunettes rondes – lui lança d'un ton joyeux :
« Bienvenue ! Que puis-je faire pour… »
Avant de se taire brusquement – coupée par des dizaines de grognements.
Qui venaient des animaux – des chats et des chiens, pour la plupart. Mais étrangement – John ignorait que ce fut même possible – même les oiseaux et les lézards semblaient carrément hostiles à sa présence. Il en déglutit bruyamment.
La propriétaire des lieux garda le silence quelques secondes en reniflant, avant de se gratter la gorge, une grimace sur le visage.
« Je suis désolée monsieur, mais il semble que les animaux n'apprécient pas votre présence… vous avez une odeur qui ne leur plait visiblement pas. Il vaut mieux que vous quittiez l'endroit… tout de suite. Ce serait fâcheux qu'il arrive un accident. »
Un autre jour, le sylphe aurait protesté, contesté, bataillé.
Là, il se contenta d'un soupir, d'un hochement de tête, et tourna les talons.
De retour dehors dans le vent, un frisson le convainquit de se trouver au moins un endroit pour boire quelque chose de chaud. Il se mit donc en route dans ce quartier qu'il ne connaissait pas, à la recherche d'un quelconque supermarché ou café.
Qu'il ne trouva pas.
Enfin, non, si, il en trouva. Il en trouva même plein. Sauf que tous étaient fermés – à cause de l'heure tardive, l'informa une vieille dame. Cela lui semblait étrange pour les cafés, mais après tout, on était un jour de week-end, et il était plutôt compréhensible que tout le monde ait un peu envie de profiter du sien.
Il se retrouva donc à tourner en rond et en rond, jusqu'à descendre un escalier dont il n'aurait jamais soupçonné l'existence s'il n'avait failli se casser la figure dessus à force de marcher le nez en l'air. Grand bien lui en prit, pourtant, car il se rendit bientôt compte que ce dernier menait à un passage sous la ruelle où l'attendait un petit café portant la douce enseigne de « Bobbidi Boo ».
Charmant, sourit John en lui-même. Mais bon, l'échoppe était ouverte – et il ne demandait que ça. Il s'y dirigea donc d'un pas joyeux, poussa la porte d'un geste joyeux, s'apprêta à lancer un « bonjour ! » joyeux, et…
… et se prit la sonnette de l'établissement sur la figure.
Non, sans rire !
Ça fit un énorme « BOOOONG » en atterrissant sur son crâne – Rose aurait adoré entendre ce bruit et pouvoir disserter sur le fait que l'intérieur de sa tête était très certainement vide. Il eut en revanche peu le temps de s'attarder sur cette question, se sentant partir en avant sous le coup du choc, une pluie de paillettes rouges obstruant sa vision. La rencontre avec le sol fut un peu douloureuse. Heureusement, le propriétaire de l'établissement réagit plutôt vite – et avec une flopée de jurons, il fallait l'avouer. Même Dave, il ne l'avait jamais entendu dire autant d'injures en si peu de temps.
Bientôt, il sentit des bras l'attraper et l'aider à se relever, et il vit alors deux grands yeux noirs – teintés de rouge ?! – le fixer, tandis que des mains palpaient le côté de sa tête sur lequel était tombée la sonnette. Il grimaça quand les doigts palpèrent ce qui serait bientôt une bonne bosse.
« Bon. Ça a l'air d'aller, tu devrais pas mourir dans les dix minutes qui viennent, enculé. Allez ramène-toi, je t'offre à boire. J'te dois au moins ça. »
John ne compris pas tout – mais une partie de son esprit assimila le concept de boisson gratuite et prit donc les commandes jusqu'à ce qu'il soit assis sur un des tabourets du bar, face à la personne à qui appartenaient cet incroyable regard. Personne qui avait, par ailleurs, également un très beau visage… et un beau corps en général. Enfin, il disait ça, il disait rien, hein.
Le barman l'observa un moment de la tête aux pieds – sa bosse, ses fringues encore humides, ses cheveux en pétard et son nez un peu rouge – et finit par froncer les sourcils.
« C'est moi ou tu as l'air d'avoir vécu une sale journée ? J'te sers quoi ?
- Oh… m'en parle pas, grogna John. J'ai l'impression que le monde avait une dent – non, plutôt une mâchoire de requin ou de loup-garou ! – contre moi, aujourd'hui. Et euh… je sais pas trop ce que tu as ? »
Le garçon pointa du doigt un tableau juste au-dessus de leur tête. John le détailla du regard, lisant à toute vitesse les inscriptions dessus, avant de se décider.
« Je crois qu'un chocolat chaud ça m'ira très bien… Mais c'est quoi, les « suppléments » ?
- Oh, tu sais. Les trucs habituels, poudre, crème chantilly, marshmallows… ou bien charisme, chance, tout ça.
- Du charisme ? De la chance ? Comment ça ?
- Je suis de la race des fées, crétin. Ça fait partie de mes pouvoirs.
- Oh. »
Ils se fixèrent un long moment, avant que le tenancier ne se décide à parler à nouveau.
« Donc, juste chocolat chaud ? Ou bien avec un extra ?
- Oh ! Euh… je veux bien de la chantilly.
- Ok. »
Il se mit au travail, attrapant et manipulant les ingrédients avec dextérité. Il sembla d'ailleurs décider que l'atmosphère du bar – vide à part leurs deux présences – était un peu trop calme, car il reprit bien vite la parole, jetant un coup d'œil au sylphe tant qu'il y était.
« Et donc, ta journée ?
- … Une atrocité. J'ai tout enchaîné je crois… un rhume, des chutes, un téléphone cassé, des contrôleurs dans le bus, je me suis fait jeter de deux endroits… j'ai même glissé sur une peau de banane. Une peau de banane, t'y crois ça ?!
- Je crois surtout qu'on a dû te lancer une malédiction, oui… »
John fronça les sourcils.
« Une malédiction ?
- Ouais. Ça arrive parfois, ce sont souvent les sorcières qui s'occupent de ça. Quelqu'un a dû en payer une pour te balancer une malédiction de malchance – généralement on doit subir treize coups du sort avant qu'elle ne se lève d'elle-même. Mais bon… autant être sûr… »
Sur ces derniers mots un peu énigmatiques, il leva devant lui la tasse déjà surmontée d'un nuage de chantilly et, fronçant le regard, il agita la main au-dessus de la boisson. Quelques paillettes rouges – les mêmes que celles qui avaient dansé devant les yeux de John quelques minutes auparavant – vinrent se poser sur sa boisson, avant que le barman ne la lui tende. Le sylphe jeta un regard sceptique à sa tasse.
« Euh… qu'est-ce que tu viens de faire, exactement ?
- J'ai rajouté un peu de chance. À ce train-là, ça ne pourra pas te faire de mal.
- Oh… merci, j'imagine ?
- Je t'en prie. Bois, maintenant, avant qu'une autre catastrophe ne nous tombe dessus. »
John ricana, puis plongea avec délice le nez dans la chantilly, avalant une gorgée du liquide presque brûlant. Ce dernier glissa dans son œsophage, propageant une vague de chaleur délicieuse dans tout son être. Un petit goût pétillant resta sur sa langue, certainement contrecoup du sort jeté par le jeune homme. John avait du mal à se dire « la fée ». D'ailleurs, c'était étrange qu'il soit une fée en étant un homme… il n'aurait pas pensé que cela puisse exister. Quand il pensait aux fées, il imaginait des créatures adorables avec des ailes dans le dos et des vêtements mignons.
Bon… le barman était mignon, mais… … Quoique…
John pouffa. L'autre releva un sourcil.
« J'peux savoir ce qui te fait marrer comme ça ?
- Rien… c'est juste que, j'ai jamais vraiment vu de fées de ma vie, donc j'imaginais plutôt un être mignon, avec des ailes roses dans le dos ou ce genre de choses.
- Et alors… ? Non, ne me dis rien, je sens venir la plus grande connerie de tous les temps. »
John ricana.
« Mais non ! C'est juste que je me dis que quelque part, tu pourrais être plutôt marrant, avec des ailes dans le dos et une jupe à paillettes, non ? » (1)
Il y eut un très, très long moment de silence dans la pièce.
Puis le bruit d'une main frappant un front – et un grognement.
« Tu sais quoi ? Je crois que je commence à comprendre pourquoi on t'a lancé une malédiction.
- Héhé ! Au fait, comment tu t'appelles ?
- … Karkat. Karkat Vantas.
- Enchanté, Karkat ! Moi c'est John.
- Ouais, ouais. Finis donc ta boisson, que le bâtiment ne s'écroule pas sur nous. »
Le sylphe haussa les épaules.
« Oh, je pense pas qu'il le fera.
- Et pourquoi ça, crétin ?
- J'ai bien l'impression que ma malchance a dû s'envoler quand je suis entré ici !
- Et tu dis ça parce que tu t'es pris ma sonnette sur la gueule ?
- Non, parce que je t'ai rencontré ! »
Un gros silence – à nouveau.
Entrecoupé par le rire enjoué d'un sylphe, et les « ta gueule, crétin ! » d'une fée aussi rouge que sa magie.
J&K
(1) C'EST PAS MOI, C'EST MA BÊTA ! ADRESSEZ-VOUS A ELLE ! xD
Vous avez vu c'est déjà plus joyeux ! J'espère que ça vous a plu, en tout cas ! Oh et, un gros merci à Rin qui s'est mise en tête de me reviewer TOUS les thèmes postés à ce jour, merci tout plein encore une fois ma belle ! (L)
Et à la semaine prochaine pour le thème 14 - Sourire ! :)
