Ca fait vraiment très très longtemps...Je suis désolée pour ce long silence dû à un immense passage à vide au sujet de cette fic. Je me suis prise de passion pour d'autres fandoms, je me suis éloignée de Saint Seiya pendant un bon moment et je n'ai plus réussi à trouver l'envie de la continuer.
Et pourtant, la suite n'a jamais vraiment quitté mon esprit, je sais ce que je veux faire. Mais comme je déteste laisser une chose inachevée, j'ai enfin retrouvé ce soir le temps et l'envie de continuer cette fic. Je ferai de mon mieux pour ne plus laisser passer autant de temps sans mise à jour. A bientôt donc !
Chapitre XIII/
Lorsque Gaëlle fut revenue de l'éblouissement causé par cette magnifique première fois, ce fut comme si elle réalisait enfin ce qu'elle avait fait. Elle était nue, dans le lit du chevalier du Verseau et elle venait d'enfreindre la plus importante des règles imposées aux femmes-chevaliers. Maintenant qu'elle n'était plus vierge était-elle encore digne de servir Athéna ?
Elle se redressa tout d'un coup, le drap remonté jusqu'à ses épaules, effarée et prise soudain d'une terrible timidité. Sa panique était tellement évidente que Camus lui demanda doucement :
- Qu'avez-vous ?
Elle osa à peine jeter un regard sur l'homme superbe couché prés d'elle et pour lequel elle avait commis une si grande faute.
- Je…J'ai fait une terrible erreur…bredouilla-t-elle. Je ne peux plus être chevalier…Si jamais quelqu'un l'apprend…
Camus l'interrompit en posant sa main sur son bras :
- Je suis au courant des interdits posés aux femmes chevaliers. Mais cette erreur, nous l'avons faite ensemble. Je n'aurais peut-être pas dû…vous pousser à cela si vous le regrettez…
- Non ! s'écria Gaëlle qui se tourna vers lui. Ce n'est pas que je regrette…Je…
En dépit de tout ce qu'elle venait de penser, elle n'arrivait pas à réellement regretter ce qui avait été le plus moment de sa vie et elle ne voulait surtout pas que Camus le croit. Passablement confuse, elle posa son front contre ses genoux repliés. Elle sentit Camus bouger à côté d'elle puis ses bras vinrent l'entourer. Elle l'entendit murmurer :
- Pourquoi voulez-vous que l'on soit au courant ? Vous ne direz rien et moi je vous jure sur mon honneur de garder le secret sur nous deux. Personne n'en saura rien. Je vous aime Gaëlle. Acceptez-vous de me faire confiance ?
Elle leva la tête et le regarda dans les yeux. Comment aurait-elle pu mettre en doute la fiabilité d'un homme au regard si franc ? Elle prit délicatement l'une de ses mains dans les siennes et répondit :
- Je suis censée renoncer à la chevalerie maintenant que je ne suis plus digne de servir Athéna…mais cette vie est tout ce que j'ai. J'aime Athéna et je veux continuer de la protéger. Mais je vous aime aussi et rien ne me le fera regretter.
- Alors ne renoncez à rien. Athéna est compatissante, elle vous pardonnera. Mais je ne veux pas que vous partiez. J'ai toujours été seul avant vous. Je croyais que j'en avais pris l'habitude. Je pensais que j'aimais la solitude, que j'étais heureux ainsi. Mais depuis que vous êtes près de moi, je me rends compte à quel point il me manquait quelque chose. Vous avez sauvé mon cœur avant qu'il ne soit complètement gelé.
Gaëlle faillit se mettre à pleurer en entendant une confession aussi touchante sortir de l'inébranlable chevalier du Verseau. Elle lui sourit tendrement et l'embrassa avec tout l'amour qu'elle ressentait. Elle avait tellement envie de rester là et de passer la nuit avec lui ! Mais son absence serait remarquée au quartier des femmes et on lui poserait des questions embarrassantes à son retour.
- Je dois rentrer, dit-elle avec une pointe de regret.
Elle se leva en essayant de se cacher comme elle pouvait à l'aide ses longs cheveux. Ce n'était pas parce qu'elle avait fait l'amour avec Camus qu'elle avait envie de s'exposer totalement à son regard. Ce dernier dut le comprendre car elle le vit détourner les yeux avec tout de même un léger sourire aux lèvres. Elle se rhabilla en quatrième vitesse et, une fois qu'elle fut prête, Camus, enveloppé dans le drap à la manière d'une toge romaine, se leva et la serra dans ses bras :
- Je vais garder ce passage ouvert. Je regrette de ne pas pouvoir descendre vous voir mais vous pourrez au moins me rejoindre ici quand vous le voudrez.
Elle lui sourit et murmura après l'avoir embrassé :
- Je viendrai…
Puis elle sortit de la chambre et s'engouffra vivement dans le passage obscur, le cœur battant à tout rompre de bonheur.
*******
Gaëlle et Camus ne purent pas se revoir car, peu de jours après, Camus dut partir pour une mission de plusieurs mois. La jeune femme, pour tromper sa langueur, passait ses journées à s'entraîner et à veiller de près comme de loin sur Aiolia. Le petit lion travaillait tout seul, de préférence à des heures très tardives ou très matinales lorsque les arènes étaient vides. Il pouvait ainsi éviter les quolibets que ne manquaient jamais de lui lancer les autres chevaliers ou apprentis. La nuit et le reste de la journée, il les passait dans la maison du Sagittaire qui était le seul refuge où personne ne pouvait l'atteindre car il aurait fallu traverser les autres maisons. Il se croyait toujours le seul à être au courant pour le passage secret et Gaëlle ne lui dit pas qu'elle le connaissait aussi pour qu'il garde un peu de tranquillité d'esprit. Et Aiolia en avait bien besoin car la jeune fille sentait qu'il souffrait terriblement de sa solitude. Elle avait beau lui apporter tout le réconfort qu'elle pouvait, elle voyait bien qu' Aioros manquait à son petit frère même si ce dernier jurait sur ses grands dieux qu'il le haïssait. Sa rage de vaincre et de rétablir son honneur lui faisait faire des progrès considérables que Gaëlle suivait avec admiration. Au fond, elle était fière de le voir s'accrocher autant. Il ferait un chevalier aussi coriace, orgueilleux et puissant que son signe le suggérait.
Hélas pour Gaëlle, sa petite vie un peu monotone mais sans grands problèmes tourna bientôt au cauchemar. Un mois s'était écoulé depuis qu'elle avait rejoint Camus dans sa maison et elle s'aperçut qu'elle n'avait plus ses règles. Puis, un matin, elle se réveilla prise d'horribles nausées. Sayuri, qui comme d'habitude, partageait sa maisonnette, l'entendit vomir et vint la voir :
- Gaëlle t'es malade ?
Mais la jeune fille tremblait et pleurait au-dessus du lavabo en se tenant le ventre.
- Oh mon dieu non…pas ça…
Sayuri, très inquiète, entra dans la salle de bain et s'accroupit près d'elle :
- Hé ma belle, que se passe-t-il ? Tu as mangé un truc qui n'est pas passé ? Pourquoi pleures-tu comme ça ?
Mais Gaëlle, torturée d'angoisse, ne répondit pas. Aussi éloignées du monde normal que fussent les femmes chevaliers, elles parvenaient toujours à apprendre certaines choses de la vie. Dont celle-ci…à laquelle Gaëlle n'avait même pas pensé lors de cet instant magique un mois auparavant.
Amorphe, incapable d'arrêter ses larmes, elle se laissa porter à demi par Sayuri qui la recoucha dans son lit et s'assit près d'elle en lui caressant les cheveux :
- Je t'en prie, dis-moi ce qui se passe ! Je ne te lâcherai pas avant de le savoir, tu m'inquiètes !
Que dirait Sayuri ? Gaëlle tremblait de peur mais sa panique était telle qu'elle fut incapable de se retenir de parler. Il fallait absolument qu'elle se confie sous peine d'exploser.
- Oh Sayuri…j'ai fait une terrible erreur ! dit-elle, la voix entrecoupée de sanglots.
La Japonaise n'était pas stupide et se doutait déjà que cela avait plus ou moins un rapport avec Camus. Lorsque Gaëlle était montée le rejoindre, elle avait passé de longues heures à s'inquiéter pour elle. Quand elle l'avait vue revenir avec un visage irradiant de bonheur, elle avait eu envie de lui demander ce qui s'était passé, s'ils étaient ensemble pour de bon. Mais elle avait craint d'être trop indiscrète et s'était contentée des informations assez vagues fournies par son amie. Mais là, un soupçon naissait dans son esprit vif : des vomissements matinaux, la main de son amie crispée sur son ventre…Une peur soudaine la saisit et elle insista d'une voix tendue :
- Explique-moi…Gaëlle !
La jeune fille ouvrit les yeux mais les recacha aussitôt derrière ses mains :
- Je crois que…que je suis…j'ai du retard et…
- Non…, murmura Sayuri, les yeux écarquillés. Tu es enceinte ? Mais ?! Comment se fait-il ? Il est parti depuis un mois ! A moins que…tu m'aies caché des choses ?
- Je n'ai pas osé t'en parler ce jour-là…j'avais peur de ta réaction. Quand je l'ai rejoint dans sa maison, nous…j'ai pas réfléchi Sayuri ! J'avais tellement envie de lui !
- Oh non…
Sayuri se leva machinalement, son esprit tournant déjà à plein régime pour essayer de trouver une solution à cette horrible situation. Puis, un coup de colère soudain, la fit s'écrier :
- Mais enfin tu es complètement folle ?! Et ton serment à Athéna ?! Tu te devais de rester vierge ! Tu sais ce que tu risques si cette histoire finit par s'ébruiter ? Avec un chevalier d'or en plus !
Mais elle se calma instantanément lorsque Gaëlle leva vers elle un visage terriblement pâle, fataliste et sillonné de larmes :
- Oui je sais…j'ai été prise de remords dés que ça été fini. J'ai trahi mon serment, je ne suis plus digne d'être chevalier. Mais…Sayuri…je l'aime. Je n'arrive pas à faire autrement et c'est encore pire depuis ce jour. Je ne vis que pour le jour où il reviendra et où je pourrai recommencer cette faute !
- Mais tu es folle ?! s'écria Sayuri, choquée par ce qu'elle estimait être un blasphème envers Athéna.
- Oui je sais…Je n'ai plus qu'une seule issue…Va me dénoncer aux autres. Je ne dirai jamais avec qui j'ai fauté, je ne veux pas qu'il ait des ennuis. Mais va chercher les autres, qu'elles me jugent et me mettent à mort si je ne suis plus digne de servir Athéna !
- Tais-toi ! lui intima Sayuri en la serrant brusquement dans ses bras.
Gaëlle se serra contre elle, son corps secoué de sanglots retenus et Sayuri se sentit elle-même terriblement bouleversée :
- Après tout, c'est de ma faute si tout ça est arrivé. Je n'aurais jamais dû te montrer ce passage. Ne compte pas sur moi pour te dénoncer, jamais je ne ferai ça !
- Mais qu'est-ce que je vais faire ? Je porte…un enfant. Je n'ai pas le droit, qu'est-ce que je vais devenir ? Et ce bébé, quel avenir aura-t-il ?
- Il ne faut pas qu'il naisse…murmura Sayuri qui pensait déjà à une solution.
Gaëlle la regarda :
- Un… avortement ?
- C'est la seule solution qu'il nous reste, affirma son ami d'un ton ferme. Et je connais le moyen. Il existe une tisane destinée à cet effet et je connais la personne capable de la préparer. Les filles d'Athènes s'adressent à elle lorsqu'elles ont trop peur ou trop honte d'aller voir un médecin. Mais il faut faire vite, si tu es enceinte d'un mois, tu es presque à la limite.
Gaëlle se raccrocha désespérément à cette solution :
- Allons-y maintenant, je t'en supplie !
- Non, j'y vais seule, toi reste ici et repose-toi. Ne sors pas et attends-moi.
Elle la recoucha comme une petite fille et lui caressa le front :
- Ne t'en fais pas, tu seras bientôt sortie de ce cauchemar et personne ne saura jamais ce que tu as fait. Mais je dois te dire quelque chose : tu devras à tout prix rompre toute relation avec Camus. Votre histoire n'aurait jamais dû être et j'aurais mieux fait de t'en empêcher tant qu'il en était temps. A présent, promets-moi d'arrêter tout ça.
La jeune fille se mordit les lèvres avec une expression d'intense souffrance puis elle murmura :
- Il le faudra bien…j'ai commis une trop grave erreur.
Sayuri l'observa un moment avec compassion puis elle se releva et mit son masque.
- J'y vais, je ne serais pas longue.
Le temps de l'absence de Sayuri fut pour Gaëlle un cauchemar dans lequel elle se retrouva livrée à elle-même et à son chagrin. Comment sa vie avait-elle pu basculer aussi soudainement ? Enceinte…elle n'arrivait pas à y croire. Durant toutes ces années, elle avait fait de violents efforts pour se débarrasser de sa féminité et s'endurcir autant qu'un homme. La vue de Camus avait fait voler en éclat le masque son masque d'insensibilité et voici que sa condition féminine se réimposait à elle dans sa plus bouleversante manifestation. Elle aurait été tellement heureuse si elle n'avait été qu'une femme ordinaire…
Non, je n'ai pas le droit…ce bébé est une catastrophe, une faute, un péché qui doit disparaître.
Mais plus elle réfléchissait et plus elle culpabilisait car elle ne parvenait pas à ressentir autant de dégoût et de regrets qu'elle n'aurait dû. Instinctivement, ses mains se promenaient sur son ventre et une partie de sa conscience chuchotait doucement : mon bébé… C'était son bébé et mieux encore, celui de Camus…
Non ! pensa-t-elle en se tournant brusquement sur le côté, recroquevillée sur elle-même. J'ai renoncé à tout cela en devenant chevalier, je ne dois pas trahir mon serment et mon statut ! Je me dois à Athéna et rien qu'à elle !
Elle allait devoir rompre avec Camus. Cette seule pensée faillit lui déchirer le cœur mais elle s'efforça encore de la contrebalancer en se rappelant ses devoirs. Elle s'était écartée du droit chemin et devait y revenir. Elle y arriverait…oui sûrement, elle y arriverait…
Mais ses larmes ne cessaient pas de couler pour autant et ce n'étaient plus des larmes de honte.
Elle s'était presque endormie lorsque Sayuri revint, la mine grave. De sa sacoche, elle sortit un flacon qu'elle lui tendit aussitôt :
- Bois-là jusqu'à la dernière goutte. Ca va t'endormir en attendant que…ça opère. Ce sera bientôt fini. Fais-le maintenant Gaëlle !
Dans un état un peu second, la jeune fille saisit le flacon et le déboucha. Il s'en échappa une forte d'odeur de plantes. Elle eut pendant un instant l'envie de demander ce qu'il y avait dedans mais elle ne put articuler le moindre mot. Sayuri ne la lâchait pas des yeux.
Elle serait bientôt délivrée…elle allait pouvoir reprendre le cours de sa vie comme si rien ne s'était passé. Sans risque de bébé, sans scandale, sans Camus…
Etait-ce son imagination ? Mais elle se sentait déjà changée au fond d'elle-même. Il y avait comme une petite présence, minuscule, qu'il lui semblait déjà percevoir. Tout son corps travaillait à présent à faire grandir cette étincelle de vie.
- Qu'est-ce que tu attends ? demanda la voix de Sayuri.
Elle sortit de ses pensées et, dans un élan de volonté, elle porta le flacon à ses lèvres et le vida jusqu'à la dernière goutte. Le liquide avait un goût très puissant qui la fit grimacer. Elle laissa tomber le flacon. Sayuri poussa un soupir de soulagement et s'assit de nouveau près d'elle en lui caressant les cheveux :
- Voilà, il agira bientôt. Tu l'as échappé belle.
Gaëlle ne répondit rien. Sa tête retomba sur son oreiller et elle sombra dans le sommeil aussi soudainement que si elle s'était évanouie.
