« Qui t'aime te fait pleurer qui te hait te fait rire. »
De son côté, Vicky avait récupéré et enfilé son bonnet et son écharpe. Elle n'avait pas autre chose c'était déjà assez contraignant de courir avec cet attirail. Mais bon, si ça pouvait l'empêcher de finir comme Mégane, elle s'en accommoderait.
— Vicky, entendit-elle sur sa droite.
Allison lui tendait un pain au chocolat entouré d'une feuille d'essuie-tout.
— Tiens ce serait dommage que tu t'évanouisses sur la route.
— Merci madame. Je repasserai pour les cours de Mégane.
Allison hocha la tête et lui souhaita bonne journée. Vicky se mit en route sans tarder, consciente qu'elle serait forcément en retard. Tout en dégustant sa viennoiserie, elle ne cessait de se demander pourquoi Allison avait eu un geste si généreux.
Elle ne croyait pas à la gentillesse gratuite, c'était un fantasme. Son objectif était peut-être d'avoir un allié pour convaincre Mégane d'on-ne-sait-quoi. Si c'était ça, elle s'y était mal prise. Ce n'était pas parce que Vicky était une ancienne grosse qu'elle se laisserait acheter avec un pain au chocolat.
Arrivée chez elle, c'était le souk, comme d'habitude. Jenna criait car sa mère avait dit qu'elle l'emmenait mais elle devait l'attendre et donc serait en retard. Willy voulait absolument mettre ses chaussures lui-même. Jennifer n'avait pas l'habitude de ces situations, elle semblait vraiment désemparée.
Seule Jenna nota sa présence et la questionna d'un mouvement de tête. De la même façon, Vicky lui fit comprendre qu'elle lui raconterait plus tard. Au moins, elle avait la salle de bain que pour elle, et ça, elle ne crachait jamais dessus.
Elle envoya un message à ses amies pour les prévenir de son retard. Elle eut le plaisir de se doucher, se débarrassant de la sueur, puis elle se créma, se parfuma. Elle lissa ses beaux cheveux. Elle se maquilla avec soin. Elle put enfin s'habiller, prendre son sac et se rendre en cours.
Elle arriva en cours d'histoire avec un sourire d'ange, typique de ceux qui s'étaient fait accompagnés par une fée. Mélanie faillit éclater de rire face à l'entrée si théâtrale de Vicky. Leurs camarades – qui avaient osé espérer que l'absence de l'effroyable Vicky durait au moins pour la journée – furent complètement abattues. Les quelques célibataires pouvaient savourer le mécontentement visible sur le visage de leurs amies.
La matinée se passa tout à fait normalement, ponctuée des idioties de Jenny et des piques de Vicky. Cette dernière les rassura sur la santé de Mégane. Elles s'amusèrent de la réserve de Mélanie, elle essayait tellement de ne pas retomber dans la mythomanie.
À chaque fois, elle se retenait de parler pour réfléchir avant de déblatérer. Pourtant Vicky adorait les idées tordues et éprouvantes de vérité qu'elle avait. Elle avait découvert que l'ancienne écolo pouvait faire preuve d'humour.
Le belle métisse était ahurie que l'on puisse autant se retenir, autant se contrôler. C'était vraiment quelque chose qui lui était inconnu. De plus, cela lui laissait une impression étrange au fond de la gorge.
Mélanie était toujours la même controlante maniaque. Jamais spontanée. Jamais sincère. Cette hypocrisie l'écœurait, surtout vu la situation. Elles étaient quand même dans un simple lycée,peu importe à quel point elle était impressionnante, cela aurait peu de conséquence. Avec elle, tout était mis en scène donc tout était faux. Pas étonnant qu'elle ait tant de difficultés à la considérer comme une amie.
Elle ne s'était d'ailleurs par gênée pour lui en faire part. Après tout, Mélanie avait été mise sur la touche à cause de ses mensonges éhontés, personne ne pourrait lui reprocher un surplus de sincérité.
Durant une de leurs réunions aux toilettes, le seul lieu inaccessible à leurs nombreux prétendants, Karine leur proposa de déjeuner avec les gars des Albinos – le chanteur venait de les inviter. Vicky et Mélanie échangèrent de suite un regard inquiet.
Le jeune homme ne les appréciait pas spécialement alors sa générosité inspirait la méfiance. Vicky allait refuser mais Mélanie avait déjà accepté. Karine se réjouissait tellement et puis ce n'était pas chez Albin mais dans un restaurant pas trop loin.
Jenny se fit embarquer sans avoir eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Quand elle se retrouva bloquer entre Red et Mélanie, il était trop tard pour protester. Heureusement, ce dernier avait arrêté d'avoir cet air abominablement moralisateur et avait juste demandé des nouvelles de sa petite sœur et de son petit frère.
Les jeunes hommes s'étonnèrent de l'absence de Mégane. Vicky demanda des nouvelles de Gary et de sa sœur, elle s'inquiéta de savoir s'il avait tous ses vaccins à jour et qu'ils utilisaient bien des condoms car les rapports sexuels avec Rebecca faisaient partie des ADM.
Mégane ne profitait pas d'une telle ambiance. Elle était alitée. Elle était malade. Et elle passait la journée avec quelqu'un qu'elle n'aimait pas. Sa mère venait de la réveiller une deuxième fois pour lui faire boire sa soupe. Aujourd'hui elle ne mangerait que ça.
Vicky était un peu trop pragmatique pour elle, elle ne pouvait pas juste accepter que sa mère lui donne la becquée comme s'il ne s'était rien passé. Elle ne pouvait pas le supporter. La jeune fille se redressa quand sa mère lui présenta le bol.
— Je peux manger seule, grogna la jeune fille alors que sa mère préparait une cuillère. Tu peux partir, ajouta-t-elle.
Sa mère resta, elle l'observa manger.
— Pourquoi tu restes ? finit par demander Mégane avec agacement. Je te dégoûte alors ne t'occupe pas de moi.
— Tu as toujours eu tendance à exagérer.
Mégane la fusilla du regard puis lui rendit les ustensiles dès qu'elle eut fini.
— Un jour, tu comprendras.
Mégane se recoucha sans lui répondre. Elle voulait oublier sa mère. Celle-ci n'était qu'une horrible menteuse manipulatrice. Ses mots étaient dénués de sens. Vivement qu'elle parte.
Finalement, ils avaient réussi à ne pas s'entre-tuer. Karine fut ravie qu'ils passent un aussi bon moment qu'en début de semaine. Alors tout était possible, tout. Bon peut-être pas tout.
Malgré les allusions de Vicky, elle ne se remettrait pas avec Albin. C'était une question de survie. Le fait qu'Albin veuille lui parler seul à seul n'était pas du tout significatif.
— Je vais te demander quelque chose. Il est important que tu te sentes libre de refuser même sans raison.
Karine sentait l'inquiétude la gagner. Pour que le jeune homme prenne autant de pincettes, la demande devait être importante, ou juste très gênante.
— Mon père m'a invité à dîner et j'aurais bien aimé que tu m'accompagnes, si tu es disponible.
— Un dîner chez toi ? Avec tes parents ?
— Il y aura certainement mon frère, précisa le jeune homme mal à l'aise. Mais j'espérais qu'avec une invité, il n'y aurait pas de dérapage. Cela leur donnerait une raison de plus de se montrer sous leur meilleur jour.
Karine avait peur de ce que cette demande signifiait pour son ami et de l'impact que cela aurait sur leur relation. Mais cette peur était d'une si faible intensité comparée à la curiosité qu'elle éprouvait qu'elle accepta.
Juste par cette proposition, elle venait d'apprendre qu'Albin avait un frère, une personne qui a longtemps fait partie de sa vie et dont elle ignorait l'existence. Elle se posait déjà tellement de question sur lui. Elle ne pouvait qu'être ravie de le rencontrer.
Elle allait en plus faire la connaissance du père d'Albin. Est-ce qu'il lui ressemblait ? Elle se faisait l'impression d'une voyeuse avec cette curiosité aussi débordante qu'injustifiée. En plus de cela, elle appréciait déjà ce père qu'elle ne connaissait toujours pas et abhorrait cette mère qu'elle n'avait jamais rencontrée. Mais il fallait bien qu'elle apprécie l'un des deux quand même.
Après un après-midi abrutissant et ennuyeux, Jenny était contente de passer du temps avec sa petite sœur et son petit frère. Ils étaient aussi adorables que merveilleux. Mais elle avait oublié que sa mère était rentrée de son petit voyage.
Elle avait été travailler ce matin puis avait été faire les boutiques, là où elle travaillait. Elle utilisait maintenant le salon comme base pour trier les vêtements qu'elle gardait et ceux qu'elle comptait vendre. Vendre pour avoir de l'argent et s'acheter d'autres vêtements. Ou peut-être des bijoux selon son humeur du moment.
Assise sur le parquet, Jenny faisait une course de petites voitures avec Willy. Elle entendait, sans les voir, sa sœur et sa mère discuter du voyage de cette dernière. Jenna s'attendait à un récit magique et extasié, quelque chose qui ferait de sa mère une princesse. Sauf que sa mère était grincheuse et ennuyée par ses questions.
Le thalasso avait été une déception service médiocre, beaucoup trop de populace et elle était en froid avec Will depuis. Ce cadeau n'était en fait qu'une insulte. Jamais il n'aurait osé offrir un tel voyage à sa magnifique Kate.
Ses deux filles n'étaient pas d'accord avec sa vision de Will. Pour l'instant, ce type leur avait réservé de bonnes surprises. Il faisait constamment attention à ce qu'il y ait quelque chose à manger, il achetait même des trucs à grignoter à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Il était sympathique avec tout le monde, et leur donnait souvent un coup de main. Il ne se plaignait pas des odeurs de dissolvant, de vernis à ongles, ou de crèmes pour les cheveux qui se mariaient la plupart du temps horriblement. Pour l'instant, il était le premier au classement des meilleurs compagnons de leur mère. Il avait même accepté un travail qu'il jugeait dégradant. Will était clairement bien classé.
Et pourtant, ce n'était que maintenant que Jennifer se décidait d'être exigeante. Ne pouvait-elle pas y penser plus tôt ?
La porte s'ouvrit devant Vicky, la jeune fille tira les muscles de son visage pour former un sourire. Après la journée de cours et les vingt minutes de marche – ses gracieux orteils compressés –, sa tentative n'était clairement pas une réussite.
Allison ne s'en formalisa pas, elle lui prêta à peine attention en fait. La lycéenne rejoignit la chambre de Mégane qui semblait dormir dans son immense lit. Elle ne put s'empêcher d'aller à la fenêtre et d'observer son ancienne maison.
Maintenant elle se rendait compte à quel point elle était majestueuse. Elle venait aussi de comprendre que quatre dans une si grande maison, c'était certainement exagéré. Mais mieux valait trop que pas assez.
— Vicky, c'est toi ? marmonna la voix pâteuse de Mégane. Tu es là ?
La concernée rigola en venant s'asseoir à côté d'elle.
— Je suis venue t'apporter tes cours. Et je suis aussi censée te souhaiter bon rétablissement de la part de Karine, Mélanie et Jenny.
— Tu pouvais pas juste dire que tu voulais me voir ?
— Commencerais-tu à faire ta diva ?
— Et pourquoi pas ? Ça te réussit si bien.
Mégane glissa sa main derrière le cou de sa copine. Elle la trouvait vraiment loin.
— Tu es vraiment brûlante, remarqua-t-elle avec surprise.
— C'est normal, assura l'autre en haussant les épaules, ça arrive à chaque fois. J'ai de la fièvre depuis ce midi donc demain matin, ce sera certainement passé.
Mégane tira sa petite-amie jusqu'à elle, aucun doute qu'elle allait mieux que ce matin. Elle se pencha et l'embrassa tendrement.
— Je suis contente que tu sois là.
— En fait, je voulais surtout m'assurer que ta mère ne t'avait pas achevée.
— J'ai suivi tes conseils et j'ai serré les dents. Mais si j'avais pu, j'aurais aimé lui en foutre une.
Vicky éclata de rire, elle n'avait encore jamais vu Mégane proférer des menaces. Elle semblait si prête à les exécuter...cela l'attirait encore plus.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé pour que tu veuilles à ce point lui refaire le portrait ?
— Elle... Elle m'a insultée.
Vicky attendit patiemment qu'elle veuille bien développer.
— J'ai toujours su que je la dégouttais, mais qu'elle le dise... Ça défit la logique humaine, tu ne trouves pas ?
— Tu... Tu en as parlé avec elle ?
— J'ai pas besoin de sous-titres Vicky, ses paroles étaient bien assez claires.
— Alors pourquoi elle t'as insultée ? Quand même pas pour le plaisir, elle ne me ressemble pas.
— Tu es de son côté ? s'estomaqua Mégane.
— Tu m'as aidée quand j'ai failli bousiller ma famille, je te renvoie l'ascenseur.
Même malade, Mégane réussit à se colorer un peu plus. Elle se débarrassa de la grosse couette laissant voir ses jambes nues.
— Elle m'a traitée de « gouinasse gothique » et a osé ajouter que je ne faisais aucun effort.
Vicky vint rapidement à côté d'elle et la serra dans ses bras sans se soucier de l'excès de chaleur qu'elle dégageait. Elle sentait la respiration lente et laborieuse de Mégane dans son cou et devina aisément qu'elle se retenait de pleurer. Elle utilisait la même technique.
Elle lui caressa le bras dans le silence le plus complet, elle arrivait – sans savoir comment – à faire abstraction du fait que sa petite-amie n'était vêtue que d'un débardeur et de ses sous-vêtements.
— Je sais que ce que je vais te dire ne va pas te plaire mais tant pis. Ta mère a passé la journée à s'occuper de toi, elle ne l'aurait pas fait si tu la dégouttais tant que ça.
— Vicky...
La dénommée fut surprise par un baiser pressé contre son cou.
— Je n'ai aucune envie de parler de ma mère.
Tout son corps se tendit quand elle sentit cette langue chaude. Elle cessa de bouger et de respirer alors que Mégane la chevauchait maintenant. Elles s'embrassaient ardemment. Mais dans l'esprit de Vicky, c'était la panique générale.
Tout le contraire de sa petite-amie qui se sentait bien, extraordinairement bien depuis un bon bout de temps. Jusqu'à ce que Vicky la repoussa subitement.
— Te vexe pas mais je dois y aller : mon père m'attend pour un truc en « famille ». Je repasse demain.
Mégane n'eut pas le temps de protester ou d'argumenter pour la convaincre de rester, la jeune fille avait déjà fui. Elle se laissa tomber sur son lit en constatant qu'elle était de nouveau seule dans sa fichue chambre. Elle se demandait pourquoi elle s'amourachait toujours de filles incompréhensibles.
Will s'accorda un demi-minute pour se rincer le visage à l'eau froide. Après deux semaines de vacances imposées, la reprise du travail était douloureuse. Durant cette première journée, il avait repoussé les limites de sa patience, se surprenant à chaque fois.
De temps en temps, il avait trente minutes de pause avec ses nouveaux collègues qui ne manquaient pas de l'encourager et de lui donner des tuyaux. L'ambiance solidaire de la crèche était un changement aussi brusque que complet après la compétitivité inhérente au monde des affaires.
Il y eut une deuxième vague de parents venant chercher leur enfant. Il fallait veiller à ce que ce soit bien un parent du gosse, et prévenir celui-ci de tout événement majeur survenu dans la journée. Cela allait de la dent qui était enfin sortie, à la réussite à aller au pot à la dispute en passant par les caprices.
Généralement, cela se passait bien, les gens étaient à l'écoute et déjà sensibles aux problèmes de leur enfant. Un seul parent lui causa de la difficulté. Il s'agissait d'une maman, plus vers la quarantaine que la trentaine, rousse et plutôt asymétrique. Son chignon était très fatigué.
Elle ne voulait pas comprendre qu'il n'était pas intelligent d'habiller sa petite fille en jupe. D'autant plus que celle-ci aimait les jeux d'extérieur. Une joute verbale commença entre la mère et le nouvel employé.
Pour Will, c'était déstabilisant car c'était la première fois depuis longtemps qu'il était furieux devant des mioches. Cela signifiait qu'il devait surveiller ses mots. Maintenant, la vie de Will était entièrement dénuée de noms d'oiseau.
— Vous pouvez réfléchir deux secondes, cracha l'ancien propriétaire excédé. Comment Bianca peut faire le poirier si vous l'enchaînez dans une jupe ? Et le cochon pendu ? Vous savez pourtant qu'elle s'exerce.
— Je vous rappelle qu'elle avait un collant. Et il fait trop froid pour jouer dehors.
— Il ne fait jamais trop froid pour jouer dehors ! Soyez intelligente, mettez-lui un pantalon qu'elle puisse savourer son enfance sans limite.
— Espère de féministe à deux francs, siffla-t-elle, seriez-vous en train de me dire comment habiller ma fille ?
— Moi, féministe ? Je ne vous permets pas ! Et je vous informe même qu'une de mes deux filles porte une jupe madame.
— Vous avez du la renier pour ça, se moqua la femme en attrapant la main de sa fille. Au revoir monsieur.
Avant qu'il n'ait le temps de répliquer, elles étaient déjà parties.
— Y'en a beaucoup des comme ça ? demanda le quadragénaire à une collègue.
— Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg, répondit-elle avec un clin d'œil amusé.
Suzanne soupira en se laissant aller sur le dossier. Une fois de plus, elle était vraiment contente que son mari travaille dans la même entreprise qu'elle.
— Dure journée ? lui demanda son mari en lui prenant la main.
— Je rêve de dormir durant dix heures.
Le couple arriva au domicile familial et fut surpris par une bonne odeur qui flottait.
— Qu'est-ce qu'il se passe ici ? demanda Serge en entrant dans a cuisine.
— J'ai préparé le repas, expliqua sa fille. C'est bien vous qui vouliez que je cuisine une fois par semaine.
Serge hocha la tête, bien que ce soit la première fois que sa fille écoutait leur recommandation. Il n'eut qu'à prendre le pichet d'eau et s'installer à table. Le dîner passa rapidement. Sa fille, après des débuts laborieux, était devenu un petit cordon bleu. La famille discutait de tout et de rien tout en se taquinant par principe.
Les deux hommes s'occupaient de débarrasser et de faire la vaisselle. Karine profita de ce moment pour demander à sa mère l'autorisation de sortir samedi soir.
— Tu es déjà sortie le week-end dernier, lui rappela sa mère après avoir craché le dentifrice.
— C'est pour aider un ami. S'il te plaît maman, je suis déjà privée d'argent de poche, je vais pas aussi être privée de sortie.
— Soit, c'est d'accord. Mais cet ami, ce n'est qu'un ami ?
— Bien sûr que oui ! Pourquoi est-ce si difficile à croire ?!
Sa fille avait perdu son calme. C'était la première fois qu'elle explosait à cause d'une simple suggestion.
Son mari arriva, ayant fini sa besogne, et la surprit la bouche ouverte et les yeux ronds.
— Pourquoi tu prends la pose ?
— Elle s'est trahie, souffla-t-elle la voix blanche, elle va se remettre avec son ancien petit-ami.
— Han... mais c'est ho-rrible. Attends, pourquoi tu t'en fais ? C'est toi qui m'a convaincue qu'il n'était pas trafiquant de drogue.
— S'ils se remettent ensemble, il faudra que tu acceptes ce gosse Serge, et pas d'excuse.
Sa femme avait retrouvé ses travers de fille de militaire et se mettait à donner des ordres sans attendre d'autres réponses que oui. Serge n'avait rien d'un soldat.
— Pourquoi tu me dis ça comme ça ? Comment je dois le prendre ?
— Avec vous les pères, mieux vaut prévenir que guérir.
Serge siffla, admiratif.
— Depuis que tu as été enceinte, tu pètes plus haut que ton popotin chérie.
Proverbe espagnol.
