Voici le chapitre suivant, ayant eu un peu de temps ce week end pour vous les écrire.
J'espère que ce chapitre répondra à vos attentes, en attendant bonne lecture !
Je savais que mon Maître dénichait toujours les secrets les plus horribles de ses ennemis lorsqu'il se donnait la peine de chercher. Mais cette fois, je dois dire que notre ennemi ne s'était même pas donné la peine de voiler ses objectifs.
Mon Maître m'avait emmené de force, laissant mes… mes quoi ? Amis ? Après tout ce que j'avais fait pour les tenir éloignés de moi ? Bref, il m'avait amené dans un terrain vague, loin de toute âme qui vive, puis il m'avait désigné un immeuble abandonné adjacent. Nous nous étions dirigés à l'intérieur et au quatrième étage, il m'avait montré un coffre fort, au milieu d'une pièce. D'un geste habile, et qui dénotait d'une certaine habitude, il l'avait ouvert et en avait sorti une mallette de métal, de 60x40 cm de côté. J'eus à peine le temps de distinguer qu'aucune serrure, ni même ouverture n'apparaissait sur cette valise, qu'il l'avait jeté par une des fenêtres brisée de l'étage, avant de redescendre à son tour, ayant trouvé plus pratique de la jeter depuis l'étage que de la porter jusqu'au terrain vague.
Après me l'avoir fait chercher parmi les herbes folles qui poussaient au pied de l'immeuble, il m'avait ordonné de la porter jusqu'au centre du terrain vague. A ma grande surprise elle était extrêmement lourde et je peinais à la porter, surtout que je ne pouvais pas utiliser mon bras gauche. Je ne voyais toujours aucun moyen d'ouvrir cette lourde valise, et je fus bien content de la poser sur le sol. Mon Maître s'agenouilla devant et se mit à dessiner des signes du bout de son doigt sur la valise tout en murmurant une série d'incantations, incompréhensibles pour moi. Mais c'était normal, mon Maître étant un nécromancien des plus habiles et l'un des plus forts. Sinon je ne serais pas là pour en parler.
La valise s'ouvrit alors révélant… un vide total. Enfin pour être plus exact, l'intérieur était noir, parfois je pouvais distinguer un reflet violet mais c'était tout. C'était ce que je croyais, lorsque soudain mon œil gauche me fit mal. De douleur je portais ma main au visage, tandis que je voyais le noir de la valise s'étendre pour se mêler à l'ombre de mon Maître.
Et c'est alors que j'entendis un grincement métallique. Comme une machine qui se mettait en branle. Je vis alors émerger de l'ombre, la tête d'un robot, suivi par tout son corps et enfin ses jambes. Il faisait bien trois mètres de haut et était entièrement rouge. Le truc franchement discret, songeais-je l'espace d'un instant, avant de sentir à nouveau une douleur dans l'œil gauche, comme si on m'y plantait une aiguille chauffée à blanc.
Et alors sous ma main pressée contre mon œil douloureux, je sentis comme un monocle se former. Je hurlais de douleur tandis que mon Maître me regardait impassible, devant le robot rouge qui était à présent immobile. Quand je parvins à maitriser ma douleur et que je relevais le regard vers la machine, ce que je vis me glaça les veines. J'eus grand mal à retenir un haut le cœur en voyant le spectacle qui s'offrait à mes yeux. Et pourtant j'en avais vu des choses horribles avec ma vision maudite.
Je sentais devant mon œil gauche quelque chose qui tournait, comme pour accommoder ma vision pour bien distinguer l'intérieur de la machine. En son sein était emprisonnée une âme. Une âme ayant dégénérée au stade de goule. Une âme qui n'était pas seulement rongée par sa propre déchéance mais aussi par une sorte de matière noire qui l'emprisonnait, aussi sûrement que des chaînes, à l'intérieur de ce corps de métal. Une âme qui hurlait sa douleur, sa tristesse et sa frustration. Une âme qui m'appelait à l'aide un moment avant de m'agonir d'injures l'instant d'après, ayant perdu toute notion du temps. Elle souffrait parce qu'elle était prisonnière.
A la douleur de mon œil s'ajouta alors la douleur de mon bras gauche. Je m'aperçus que je tremblais de manière incontrôlable. Puis je perdis connaissance, mon cerveau ne pouvant plus supporter cette douleur.
Je me réveillais en sursaut dans ma chambre, allongé sous mes couvertures. A peine m'étais-je relevé que je dus me précipiter dans la salle de bain pour vomir mon repas précédent. Après les derniers soubresauts de mon estomac, je me laissais glisser lentement contre la fraîcheur de la faïence du lavabo. Je restais là quelques minutes, épuisé, avant de me relever et de prendre une douche pour effacer l'odeur qui me tenait depuis que j'avais vu cette goule. Une odeur familière pourtant. L'odeur doucereuse de la décomposition, celle que je connaissais depuis maintenant plus de dix ans. L'odeur de la mort.
En sortant de la salle de bain, beaucoup plus frais, je trouvais mon Maître avachi dans le canapé, les pieds reposant sur la chaise que j'avais laissé là durant l'après midi. Je jetais un coup d'œil au dehors, la nuit était tombée depuis longtemps et semblait très avancée. Il fumait une cigarette d'un air pensif jusqu'à ce qu'il me remarque. Il se leva et alla dans la petite cuisine pour sortir deux tasses qu'il remplit de café –il avait fait chauffé de lui-même ce breuvage fort, ce qui indiquait qu'il était préoccupé. Il me tendit une tasse fumante et me désigna le canapé. J'allais m'asseoir. Rarement Cross était aussi sérieux en ma présence, ce qui impliquait que l'heure était assez grave.
- Allen, commença-t-il (c'était rare qu'il m'appelle par mon prénom aussi étais-je très attentif) qu'est ce que tu as vu ?
Je grimaçais en fermant les yeux avant de répondre.
- Une goule était enchaînée à l'intérieur de cette chose… Elle était comme rongée par des chaînes d'un matériau noir…
- Ce que tu as vu est le nouveau prototype d'une arme de guerre.
- Comment ? m'exclamais-je, ahuri.
- Voilà pourquoi notre ennemi supprime les Exorcistes. Ils veulent plus d'âmes ayant atteint le stade de goules pour les enfermer au cœur de ces machines. C'est de la nécromancie très avancée. Moi-même je n'avais rien vu de pareil jusqu'à maintenant.
- Que voulez vous dire ?
- Il est possible d'enfermer une âme au sein d'un réceptacle pour le faire bouger, m'expliqua-t-il en allumant une nouvelle cigarette tout en se tenant debout devant moi. Si on combine ce sort avec la manipulation de l'esprit enfermé, on peut obtenir ce que nous avons vu. Mais cela demande énormément d'énergie et tellement de concentration, que combiner ces deux sorts est quasiment impossible. Le nécromancien en meurt avant d'avoir fini son incantation. Sauf que quelqu'un a trouvé le moyen de le faire, et d'en tirer profit. Cette valise était en vente dans les marchés parallèles pour une forte somme d'argent.
- Comment l'avez-vous eu ? demandais-je un peu suspicieux.
Il me fit un grand sourire.
- Je l'ai subtilisé quelle question ! Je voulais m'en servir pour apprendre comment elle était faite mais…
- Mais ? repris-je.
- Comme tu l'as complètement détruit, je ne peux que me contenter des morceaux…
Je le regardais bouche bée. Il fronça les sourcils comme si ce qu'il allait dire l'ennuyait.
- Tu es tombé inconscient et ton innocence s'est activée d'elle-même. En fait pour être exact ton œil gauche a exacerbé ta réaction, et il semblerait que ta malédiction soit de plus en plus forte…
Je soupirais en portant la main à mon œil et à ma joue. Mana, songeais-je.
- Enfin, tout ça pour te dire que tu as exorcisé cette goule. Mais si le robot avait été activé tu aurais eu probablement plus de problèmes. Et c'est ce qui m'ennuie. Si nous avons à faire avec ces machines de mort nous risquons d'avoir beaucoup de difficultés. Surtout que si nous avons vu quelques uns des hommes de main de notre ennemi, il ne s'est pas encore montré lui-même. Mais une chose est certaine, la matière noire dont tu m'as parlé semble être la clé de ces créations.
Je réfléchis quelques instants pendant que Cross continuait à fumer debout, ayant fini sa tasse de café depuis un moment. Je contemplais ma propre tasse à moitié vide. Finalement je relevais la tête et demandais :
- Qu'est ce que vous voulez que je fasse ? Sinon vous ne m'auriez pas expliqué autant de choses…
- Toujours aussi méfiant, n'est ce pas ? fit-il avec son éternel sourire carnassier. Je veux que tu en informes la Congrégation, que tu te tiennes prêt à chaque instant et que tu travailles au corps ces trois jeunes de cet après midi. Ils ont l'air d'avoir un bon potentiel, et par les temps qui courent, mieux vaut avoir plus d'alliés.
- Mais une fois que Central aura mis la main sur eux, ils ne les lâcheront plus…
- Tu t'inquiètes pour eux, baka deshi ? demanda-t-il doucement en soufflant un nouveau nuage de fumée.
J'écarquillais les yeux de surprise avant de m'offusquer.
- N'importe quoi ! et d'abord où allez vous encore disparaître, hein ?
- Moi ? demanda Cross d'un air peiné. Je vais aller chercher plus d'indices sur notre ennemi, quitte à l'infiltrer donc nos contacts seront parfaitement restreints…
- Ouais, lâchais-je. Comme toujours vous me laissez le sale boulot…
Néanmoins il me faisait confiance et cela me remontait un peu le moral.
- C'est pour ça que je t'ai pris comme apprenti, imbécile, fit-il en m'ébouriffant les cheveux avant de se diriger vers le vestibule. Retourne en cours comme si de rien n'était et continue ton boulot.
- Attendez ! m'écriais-je. Vous partez déjà ?
Il ne me répondit pas et enfila son long manteau, mit son chapeau sur la tête et avec un dernier signe de la main, il sortit en refermant la porte de l'appartement derrière lui.
Je restais songeur. A bien y réfléchir, ni mon bras, ni mon œil ne me faisaient plus mal. Lorsque je m'étais regardé dans le miroir il y avait quelques instants, rien sur mon visage n'avait changé. Je regardais mon bras gauche, soigneusement bandé par mes soins. La plaie était toujours présente mais je n'avais pas eu l'impression de l'avoir activé, sinon j'aurais eu mal. Je soupirais. Cross avait dit que ma malédiction se faisait plus forte. Qu'est ce que cela pouvait bien signifier ? Je mis mon bras droit devant mes yeux, me remémorant un passé lointain.
~Flash Back~
Un petit garçon brun riait aux éclats alors qu'un grand homme le lançait dans les airs. Il devait avoir à peine cinq ans. L'homme et l'enfant étaient tous les deux vêtus avec des vêtements qui avaient eu une meilleure vie auparavant, et l'homme portait une valise dans sa main gauche, la droite tenant celle de l'enfant lorsqu'ils marchaient tous les deux. La main gauche de l'enfant était toujours couverte d'une grande moufle mais cela ne les gênait pas tous les deux.
Quand ils arrivaient dans un nouveau village ou une nouvelle ville, l'adulte se grimait avec une boîte de maquillage et faisait un spectacle d'acrobate ou de clown, auquel participait l'enfant. Ce dernier était particulièrement agile et pouvait jongler avec trois balles tout en se tenant en équilibre sur une grande boule de cirque. C'étaient des saltimbanques mais ils étaient heureux tous les deux. Ce soir là, un soir d'automne encore un peu chaud, ils étaient en train de manger leur maigre repas quand l'adulte s'était levé en alerte. Le garçon s'était aussitôt inquiété : si Mana était aux aguets, cela signifiait que quelqu'un voulait probablement les voler.
Jamais de toute sa jeune vie, Allen aurait pu imaginer ce qui allait suivre. Un homme étrange sortit de l'ombre d'une ruelle. Bien habillé, costume et chapeau haut de forme, il avait à la main une canne parapluie, un peu étrange. Cet homme s'était avancé vers leur petit feu, et Mana avait soufflé :
- Vous !
Apparemment les deux hommes se connaissaient.
- Bonsoir mon cher ami, avait répondu l'autre d'une voix aimable.
Je pouvais à présent voir clairement que son parapluie arborait une étrange couleur pour un homme (il était violet) et une tête de citrouille. C'était assez fantaisiste. Je ne me rappelle pas de la tête de cet homme, elle était plongée dans l'ombre.
Ce qui se passa ensuite s'est perdu dans les méandres de ma mémoire. Je me souviens juste qu'après cette rencontre Mana était mort et que j'avais eu les cheveux qui avaient blanchis de même que mon œil gauche était désormais affublé d'une horrible cicatrice. Il semblerait que ma mémoire bloque l'intervalle de temps qui séparait ces deux événements car j'avais vécu quelque chose de traumatique. Tout ce que je sais c'est qu'ignorant comment Mana pouvait être mort devant mes yeux sans que je m'en souvienne, je ne pouvais pas le pleurer l'esprit tranquille. Car pour moi ce refus de souvenirs était comme si c'était moi qui l'avais tué. Ou tout du moins j'avais été le complice de son meurtre. Perte de mémoire post traumatique. C'est comme ça que mon esprit avait choisi de fuir la réalité pour que je puisse rester sain d'esprit. Enfin, pour ce que ça m'avait apporté…
J'avais d'abord erré seul, pleurant le seul être cher que je connaissais (je savais qu'il n'était pas mon père mais pour moi son amour était suffisant), volant parfois de la nourriture sur les rares marchés que je rencontrais, essayant tant bien que mal de continuer les spectacles de saltimbanque mais le cœur n'y était plus. Chaque fois que je rencontrais quelqu'un je tremblais d'effroi en voyant autour de lui les réminiscences d'une mort. Lorsque je croisais des âmes, je hurlais et partais en courant, allant me cacher dans les ruelles sombres que je trouvais pour m'y recroqueviller et pleurer de terreur et de détresse. Pourtant, une force invisible me poussait à toujours aller de l'avant, je ne pouvais pas m'arrêter d'avancer et je continuais tant bien que mal mon chemin.
C'est à Londres que j'avais rencontré Cross. J'étais sur les quais un soir de lune rousse, en train de chercher quelque chose à manger lorsque j'ai entendu un vacarme issu d'un des bars adjacents. Un homme venait de se faire jeter dehors, faute d'argent. Il était grand et roux, et lorsqu'il me regarda d'un air méprisant je vis que son visage était en partie masqué à droite. Il me jeta d'un ton hargneux :
- Qu'est ce que tu m'veux gamin ?
Je ne répondis pas, il était déjà ivre. L'autre se détourna en soupirant d'un air dédaigneux et tourna à l'angle de la ruelle suivante. Je l'ignorais.
Jusqu'à ce que dans mes recherches je ne tombe sur une goule, affamée bien entendu. Je hurlais de peur et m'apprêtais à faire demi-tour pour courir comme un dératé loin de cette chose horrible qui en voulait à ma vie. Je me heurtais alors à un long pan de tissu noir, pour voir l'homme au demi-masque, une cigarette allumée au coin de la bouche, qui armait tranquillement un long pistolet. Il fit feu sur la goule et celle-ci disparut en gémissant. J'étais encore tremblant de cette rencontre lorsqu'il s'agenouilla devant moi et prit le haut de mon crâne dans sa main pour tourner ma figure vers le seul lampadaire qui éclairait la scène.
Il voulait voir le côté gauche de mon visage. Je tentais désespérément de lui échapper mais il renforça sa prise et prenant un pan de son manteau, il nettoya la crasse dont je m'étais recouvert le visage pour cacher mon horrible cicatrice. En la voyant il siffla d'un air surpris avant de me regarder dans mon ensemble et de remarquer le tissu qui recouvrait ma main gauche. Il amorça un geste dans cette direction mais je maintins mon bras serré contre ma poitrine en le regardant avec peur et avec hargne. Il soupira et me lâcha la tête, et alors que j'allais me sauver en prenant mes jambes à mon cou il demanda :
- Qu'est ce que tu as vu p'tit ?
Mon mouvement de fuite s'arrêta aussi sec. Comment savait-il ?
- Un monstre, chuchotais-je. Un cadavre en train de pourrir, ajoutais-je plus bas encore.
- Alors comme ça tu peux voir les goules, hein ? fit-il intéressé. Viens avec moi, gamin, je suis sûr que je peux t'trouver une utilité.
Je le regardais, méfiant. Il grogna :
- Je vais pas te manger d'toutes façons. Viens, je suis certain que tu as faim.
Et c'est ainsi que j'ai suivi celui qui allait devenir mon Maître dans le métier d'exorciste et me donner un chemin où diriger mes pas.
~Fin du flash back~
Je soupirais, toujours avachi dans mon canapé. Ce n'était pas le moment de penser à ça. Las, je me levais, allais éteindre la lumière avant d'aller me coucher dans mon lit. Si ce que Cross disait était vrai, ce dont je ne doutais pas, les jours à venir risquaient d'être difficiles. Surtout qu'il me fallait encore convaincre les trois autres. Je lâchais un dernier soupir avant de me laisser aller dans les bras de Morphée.
Vous avez vu ? Mes chapitres sont plus longs ! Bon d'accord c'est pas flagrant mais je m'améliore.
Je suis à moitié satisfaite de ce chapitre parce que j'ai l'impression que ça va trop vite. D'un autre côté je vois mal ce qui pourrait être ajouté pour que ce soit mieux... J'espère en tous cas que le déroulement de l'histoire ne part pas trop dans tous les sens, c'est ce que je redoute le plus en fait, parce que je ne suis pas très douée pour organiser mes idées. Bref.
