Chapitre 12 – Le Phénix disparaît
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Nymphadora avait les bras croisés.
- Pourquoi tu refuses de me parler ? dit Remus, alors qu'ils attendaient Arthur pour commencer la réunion.
- Pourquoi est-ce que je ne t'intéresse pas ? répliqua-t-elle du tac au tac, à voix basse.
Elle lui tourna le dos pour se tourner vers les derniers arrivants.
- Minerva a confirmé qu'on ne devait pas attendre le Directeur, ils ont rendez-vous avec Fudge dans cinq minutes, dit Molly en montrant la lettre qu'il avait envoyé.
Après le réglementaire échange de regards meurtriers entre Sirius et Severus, Arthur confirma que Moroz était bien sous l'Imperium de Malfoy, et que Voldemort était enfin au courant pour les prophéties. La deuxième déclaration fut accueillie par un silence abattu.
L'Ordre n'avait jamais eu autant besoin de son phénix que ce soir.
Mais en l'absence de Dumbledore, il faudrait que ce soit elle. Tonks releva la tête.
- Même s'ils savent, ils ne tenteront rien avant un moment… dit-elle d'une voie claire. Non, réfléchissez : le Bureau des Aurors est plein à craquer de détecteurs de magie noire. Si Voldemort met un pied au Ministère, même les Moldus de Londres vont entendre les sirènes sous leurs pieds, et tous les Aurors seront alertés ! Voldemort doit le savoir (ou alors, on peut compter sur Severus pour lui passer le message). S'il a deux sous de jugeote, et au moins un espion dans mon service – comme le pense Maugrey ici présent – il attendra… Je ne dis pas qu'il faut relâcher notre surveillance, seulement que rien n'est perdu.
Elle faisait la brave, mais elle avait de plus en plus peur. L'attente de savoir quel serait le prochain pion à avancer sur l'échiquier était lassante : or, c'était quand ils s'habitueraient au statu quo que Voldemort en profiterait pour les surprendre. Ils ne pouvaient pas se le permettre. Dumbledore n'avait pas exactement dit pourquoi Voldemort ne devait pas obtenir la prophétie – après tout, ce n'était que des mots, auxquels on choisissait d'accorder du crédit ou non – mais le fait que le vieux mage l'ait placée en haut de leurs priorités lui suffisait.
- Bien parlé, sourit Sirius en levant son verre à sa petite-cousine.
Il y eut quelques sourires. Puis la porte d'entrée claqua, et Kingsley entra.
- Dumbledore est en fuite, dit-il d'une voix blanche. Dolores Ombrage est directrice de Poudlard. Le Bureau est sur le qui-vive, et même si Fudge sait que Dumbledore est trop intelligent pour lui, il veut donner l'impression qu'on le recherche…
L'instant d'après, l'Auror essoufflé était submergé de questions.
Tonks se crut revenue à la maternelle. Elle se leva et cria :
- Sileeeeeenceuh ! Kings', assieds-toi, Remus, donne-lui de l'eau, et ensuite, il nous expliqua.
Il expliqua. Comment « l'Armée de Dumbledore » Junior avait été découverte. Comment Dumbledore avait improvisé pour qu'Harry et les autres ne soient pas renvoyés, comment il avait modifié les souvenirs de l'élève qui les avait trahis, comment Fudge avait réagi et comment le directeur avait dû fuir.
- Je me suis douté qu'il ne se cacherait pas ici, mais je devais vérifier… et vous prévenir, acheva-t-il.
Arthur avait la tête entre les mains, et Molly était mortifiée. Personne autour de cette table ne tenait les Weasley pour responsables de la présence de quatre de leurs enfants dans le groupe de Défense, mais il semblait évident qu'ils avaient honte. Nymphadora, Remus, Sirius et Mondingus regardaient leurs mains.
- Je pensais bien qu'à force de surveiller le réseau de Poudlard Edgecombe tomberait à un moment ou un autre sur quelque chose, dit Mondingus. Mais sa fille…
Tonks jeta involontairement un regard à Sirius. Molly le vit et fronça les sourcils.
- Pourquoi Minerva n'est-elle pas directrice, si Dumbledore est parti ? demanda Nymphadora pour distraire son attention.
- Parce que la fuite de Dumbledore et les propos qu'il a tenus – sur le fait de vouloir la place de Fudge, tout ça - discréditent tout le corps professoral qu'il a choisi et recruté… Je ne serai pas surpris que Trelawney et Hagrid soient chassés dès demain...
- Comment prend-elle la nouvelle ? Minerva ?
- Elle ne voulait pas risquer de quitter Poudlard mais je crois qu'elle est assez secouée…
- C'est une femme forte, dit Remus. Elle sait que Dumbledore n'est pas loin et qu'il reviendra si nécessaire, mais elle doit être pas mal inquiète… à chaque fois que Dumbledore a été absent de l'école, il s'est passé des choses graves.
Il pensait à la nuit où le souvenir de Tom Jedusor avait failli coûter la vie de Ginny Weasley, mais aussi à celle où Voldemort avait failli mettre la main sur la pierre philosophale.
- Où est-ce qu'il se cache, d'après vous ? demanda Emmeline.
- Je ne m'inquièterais pas trop pour lui… Il a de bons amis un peu partout dans le pays.
Pour sa part, Remus misait sur la maison de Bathilda Tourdesac ou d'Horace Slughorn, des choix moins évidents pour le Ministère que celle d'Elphias Doge, par exemple. Mais il y avait aussi la maison des Dumbledore à Godric's Hollow, les logements moldus, les cachettes dans lesquelles il avait abrité Sirius pendant plus d'un an, la maison de la famille McGonagall en Ecosse, et il en passait… Le Ministère ne trouverait jamais le directeur tant que celui-ci ne voudrait pas être trouvé.
Beaucoup opinèrent de la tête. Tous savaient qu'ils auraient ouvert leur porte à Dumbledore, eût-il été l'ennemi numéro 1 du Ministère.
Après ça, la réunion s'acheva, mais le QG ne se vida que très lentement.
- Je suppose qu'on a besoin de moi au Bureau ? soupira Tonks.
- Non, j'ai demandé à Scrimgeour de te faire passer dans mon unité, et on est de repos pour ce soir. Demain, par contre, on va devoir carburer et faire semblant de chercher avec application où ce vilain monsieur se cache…
- Tu m'accordes une grasse matinée jusqu'à quelle heure ?
- On partira du Bureau à neuf heures pétantes.
Nymphadora fit mine de bouder.
- D'accord, 9h30… soupira Kingsley. J'envoie un message aux autres.
Tonks acquiesça, alla dire bonsoir à tout le monde et se dirigea vers l'escalier.
Kingsley sourit à Sirius.
- Tu sais ce que Dumbledore a dit à Fudge, avant de partir? Quelque chose comme « Azkaban ? Bien sûr, je pourrais m'échapper si je le voulais, mais ce serait beaucoup moins drôle… » … Une idée de comment il aurait fait ?
- C'est un excellent nageur, dit Sirius d'un air innocent.
L'image d'un nageur vêtu d'un costume de bain d'un autre âge, en train d'effectuer un plongeon parfait depuis la plus haute fenêtre d'une haute tour, sa barbe et ses cheveux blancs voletant autour de lui, traversa leur esprit à tous les deux, et ils éclatèrent de rire.
Molly leur lança un regard réprobateur depuis l'autre bout du hall, comme s'ils troublaient une ambiance de deuil.
- Sirius ? Je peux te parler dans la cuisine ?
Sirius et Kingsley grimacèrent avec complicité.
- Adieu, l'ami ! … Qu'est-ce que tu as encore fait ?
- Si seulement je le savais… dit l'Animagus en lui adressant un clin d'œil.
Sirius referma la porte derrière lui.
- Tu étais au courant pour cette ridicule « Armée de Dumbledore » ?
- Oui, je savais.
- Est-ce que tu as encouragé Harry, Hermione et mon fils dans cette entreprise ? demanda-t-elle encore, les bras croisés sur la poitrine.
Sirius garda un œil sur la baguette de Molly - des étincelles rouges s'échappaient de son extrémité. Il savait qu'elle lui en voulait, depuis l'article du Chicaneur, que Sirius avait brandi dans toute la baraque en disant que c'était « excelleeeent ! ». Elle s'était méprise sur son enthousiasme : lui n'avait pas eu la chance de pouvoir donner sa vraie version des faits à la presse. Il avait pensé que l'interview rendrait les choses plus faciles pour Harry.
- Je ne les ai pas encouragés, mais je ne les ai pas non plus dissuadés de le faire, dit-il très calmement.
- Pourquoi ? On dirait que ça t'amuse de les pousser à jouer les fauteurs de trouble !
- Alors c'est encore ça, le problème ? J'aurais une mauvaise influence sur ces gosses ? Molly, ils ont eu l'idée tous seuls et je doute qu'ils auraient changé d'avis si je leur avais dit de ne pas le faire ! La psychologie inversée et les adolescents, ce n'est peut-être pas le mieux…
- Ron n'aurait jamais…
Sirius faillit crier que c'était Hermione, celle en qui Molly avait sans doute le plus confiance pour dissuader les garçons de faire ce genre de choses, qui avait été la première à avoir cette idée.
- Molly ! Ron, comme Harry et Hermione, font ce qu'ils pensent être juste ! C'est quelque chose qu'Arthur et toi leur avez appris et vous devriez en être fiers ! Alors oui, leur choix a eu des conséquences graves, comme le renvoi de Dumbledore, mais pense aussi à tout ce qu'ils ont appris cette année ! Ils ont appris où doit aller leur loyauté ! dit-il en comptant sur ses doigts. A se méfier de la presse et des manipulations politiques de Fudge ! A exercer leur esprit critique ! A se battre et se défendre, nom d'un chien !
Molly ne savait plus quoi dire, mais elle savait qu'elle était très en colère. Sirius ne savait plus quoi dire : au fond, Molly devait être rassurée que ses enfants aient appris quelque chose en Défense. Mais elle était vexée, parce qu'elle savait qu'elle avait tort d'être en colère contre Sirius. Mais elle trouvait aussi qu'il jouait trop le rôle du grand-frère qui pousse son cadet à faire des bêtises (et Merlin savait qu'elle était connaisseuse dans le domaine) plutôt que celui de père de substitution.
Tonks, qui attendait derrière la porte le moment le plus propice au désamorçage de tension entre les deux, fit brusquement irruption dans la pièce.
- Oups ! Je dérange ?
- Pas du tout, dit Molly en se radoucissant immédiatement, bien que son regard restât froid quand il se posa sur Sirius. Nous avons fini.
- Je cherche mes chaussettes à rayures jaunes et noires, l'un de vous les a vus ?
- Je ne suis pas sûre que la cuisine soit le meilleur endroit où les chercher… observa Molly d'un air las.
Sirius pensa au fard à paupières qu'il avait retrouvé dans le pot du petit Filet du Diable de la véranda, et au paquet de M&*s qu'il avait trouvé caché dans la pendule de grand-mère du troisième étage (quand on savait le genre d'objets qui peuplaient cette maison, il était presqu'étonné que la pendule n'ait pas avalé les anti-fringales nocturnes de l'Auror), et se dit que plus rien ne l'étonnait avec sa cousine.
- La dernière fois que j'ai vu quelque chose de ta panoplie Poufsouffle, c'était dans le boudoir du deuxième, dit Sirius.
- Merci ! Ah, et Arthur a dit qu'il était prêt pour partir, dit Tonks.
Elle adressa un clin d'œil à Sirius avant de repartir à la recherche de ses sous-vêtements.
- Bonsoir Sirius, dit Molly avec raideur, avant de quitter la pièce.
C'était décidé. A partir de demain, Sirius surnommerait Tonks la désamorceuse de bombe.
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Remus ouvrit la porte sans réfléchir.
L'espace d'un instant, il fixait une Tonks suspendue dans les airs en position du lotus, sa baguette magique coincée entre les dents. L'instant d'après, elle était étalée de tout son long sur le tapis de sa chambre et jurait comme un charretier.
- On ne surprend pas quelqu'un comme ça quand la seule chose qui sépare cette personne d'une mort à la mode pancake est un Levicorpus !
Il ne put s'empêcher d'éclater de rire. Il riait même tellement qu'il dut s'appuyer au chambranle de la porte. Cette fille allait la tuer. A moins qu'elle ne se tue avant. Elle avait l'air emmêlée (une fois n'est pas coutume) dans ses propres jambes.
- Besoin d'aide ? s'esclaffa-t-il.
- Non ! s'exclama-t-elle furieusement. Qu'est-ce que tu voulais ? Te moquer ?
- Non, juste te dire que le dîner est prêt… Tu ne répondais pas.
Elle leva les yeux au ciel.
- J'arrive… Une idée d'excuse à servir à Fudge pour n'avoir toujours pas trouvé notre fugitif préféré ?
- Heu, laisse-moi réfléchir… Parce que Dumbledore est plus intelligent que tous les membres du Ministère réuni ? Sans vouloir te vexer.
- Non, j'accepte l'argument, dit-elle sur un ton léger. Seulement, ça risque de ne pas le mettre de bonne humeur… Enfin, s'il a deux sous de jugeote, il sera arrivé à la même conclusion…
Elle se mit debout en s'aidant avec une chaise… qu'elle renversa. Elle se résigna à garder son postérieur à terre.
- Je m'agace moi-même des fois… non, tout le temps, en fait. Après la Potion Tue-Loup, ils ne pourraient pas travailler sur le Tue-Maladresse-Tonksienne ?
Remus l'aida à se relever et continua à la laisser lui faire la conversation tandis qu'ils descendaient les escaliers.
Il n'aurait jamais pensé pouvoir être attirée par une femme comme Nymphadora. Plus fille que femme. Plus folle que sage. Plus jeune que lui. Plus rieuse aussi. Plus Sirius, plus désordonnée, moins rangée, moins désireuse de s'installer dans la vie que lui. Elle était une flamme vivante qu'il observait de loin, de peur de s'y brûler, une fille dont les éclats de rire et ceux qu'elle suscitait envahissaient le 12 Square Grimaud à chaque fois qu'elle y passait, une fille qui comprenait l'insécurité que provoquait le fait de voir son apparence changer malgré soi.
Non, en réalité, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'elle lui plaise. Ce qui était plus étonnant, c'était ce qu'elle pouvait bien voir en lui.
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Plus tard dans la soirée, Remus s'affala, fatigué, sur un fauteuil de la cuisine. Il avait vraiment besoin que quelqu'un remette un peu d'ordre dans sa vie sentimentale.
Sirius lui jeta un regard interrogateur.
- Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Lily me manque.
Le sourire de Sirius se fâna.
- A moi aussi, Lunard, à moi aussi…
Mais Remus savait que c'était seulement l'amie rigolote et combattive qui manquait à Sirius.
Lui avait besoin qu'une femme lui explique comment marchaient les autres femmes. Comment il devait réagir face à une fille qu'il appréciait. Comment avoir plus confiance en soi. Comment tomber amoureux.
Il avait besoin de sa meilleure amie.
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- Lily me manque.
Nymphadora s'éloigna de la porte en silence, le cœur gros.
C'était donc ça, le problème. Ce n'était pas elle qui n'était pas assez bien, c'était le fantôme de Lily Evans qui était encore trop présent dans le cœur de Remus.
- Mais Bombabouse, ça fait plus de quinze ans, Remus ! s'exclama-t-elle en donnant un gros coup de pied dans un crachoir Black (argent massif) qui servait de porte-parapluies de remplacement (on l'avait jugé plus stable que le pied de troll).
Le crachoir ne bougea pas d'un pouce (son orteil, en revanche, sembla hurler de toutes ses forces).
Nymphadora ne détestait ni Lily Evans, ni son fantôme, seulement ce qu'elle empêchait Remus et elle de vivre.
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Fred tendit à son frère les deux nouveaux Gallions qu'ils avaient gagnés. Leur recette du mois s'élevait désormais à 18 Gallions (et les vacances, où ils faisaient le plus gros de leurs ventes, arrivaient à grand pas) : pas mal pour une petite entreprise qui ne vivait pour l'instant que de vente par correspondance ! Lee frappa à la porte du dortoir et entra.
- Pouah ! Les gars, on avait dit plus de potion dans le dortoir !
- Nos stocks se vident trop vite, répliqua Fred.
- On ne peut pas se permettre de perdre des clients en les faisant attendre…
- Nos ventes ont triplé en trois jours… J'ai l'impression que tout le monde fait ses réserves de munitions à lancer sur Ombrage…
Lee éclata de rire et attrapa le paquet de Dragées surprise de Bertie Crochue qui était sur sa table de nuit. Il renifla un bonbon (il n'avait pas attendu les cours de Maugrey Fol'Oeil pour apprendre à se méfier de toute substance comestible restée à proximité des jumeaux Weasley sans qu'il soit là) et le mangea. Il attendit l'apparition de symptômes, mais rien ne se passa.
- Enfin, Lee, tu nous connais, rit George à qui son petit manège n'avait pas échappé.
- Justement… Comment vont les comptes ? dit-il en montrant le dossier plein de graphiques, de factures et de bons de commandes que les jumeaux gardaient sous clé, dans la malle de George.
- On ne peut mieux…
- On a déjà les produits… la clientèle… de quoi ouvrir la boutique… énuméra Fred en mélangeant la Potion vomitive qu'il préparait.
Lee leur lança un regard soupçonneux.
- Vous n'allez quand même pas partir avant vos ASPICs, si ?
Les jumeaux échangèrent un regard grave.
- On va rester encore quelques jours pour préparer notre grand final, mais certainement pas jusqu'à la fin de l'année…
- Honnêtement, Lee, sans Quidditch, sans Dumbledore, Poudlard n'est plus pareil… Combien de temps avant qu'Ombrage édite son décret sur les punitions corporelles, sans que personne au Ministère ne lève le petit doigt ?
- En face, on a la possibilité de retourner s'amuser dans le monde réel, d'ouvrir notre boîte et de contribuer ainsi à créer une armada anti-Ombrage…
- Vous n'allez pas me laisser tout seul ici… et puis… vos études !
- Combien d'ASPICs est-ce qu'on va avoir, à ton avis ? Potions, Sortilèges, Métamorphose, peut-être ? Mais pas Défense à cause d'Ombrage, alors que c'était notre matière forte…
Un silence de plomb tomba sur le dortoir des Gryffondors. Pour les septièmes années, les deux prochains mois allaient être les derniers qu'ils passeraient à Poudlard. Lee était leur ami depuis la première année - il comprenait. Entre l'appel de la liberté, de l'action, et deux mois dans un château qui avait perdu son charme et son éclat, il n'aurait pas non plus hésité. Mais lui, avait besoin de ses ASPICs pour entrer dans le commerce international.
Lee choisit une autre dragée, d'une jolie couleur jaune, celle des jonquilles qui poussaient dans le jardin du Terrier la dernière fois qu'il avait été invité à rendre visite aux Weasley.
- Et que vont dire vos parents ?
- On s'en occupe, dit Fred d'un air gêné. Oh non, Lee, pas celui-là !
Mais Lee s'était déjà couvert de plumes et avait pris une couleur jaune canari. Ses protestations se changèrent en piaillements courroucés qui firent éclater de rire les deux jumeaux.
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Nymphadora éclata de rire. Elle n'aurait pas cru que Sirius apprécierait autant de voir un film moldu.
Elle avait passé du temps à mettre en place cette soirée cinéma : dénicher un vieux projecteur qui ne nécessite pas l'usage de l'électricité et des bobines en bon état dans les archives d'un cinéma de quartier n'avait pas été une mince affaire. Et c'était sans parler de sa bataille avec les popcorns (dans laquelle elle avait perdu sa main droite).
Sirius avait eu besoin qu'on lui change les idées récemment. Harry, Hermione et les enfants Weasley avaient tous choisi de rester à Poudlard pour les vacances de Pâques, les BUSEs approchant pour les cinquième année, et elle sentait que Sirius était un peu vexé qu'aucun n'ait proposé de lui rendre visite.
Pour ne rien arranger, lors de leur dernière réunion, Severus s'était montré odieux envers l'Animagus, et de manière plus surprenante, envers Remus. Elle s'était vaguement demandé si une date dans le calendrier ne lui avait pas rappelé de mauvais souvenir d'école, mais Emmeline non plus n'avait aucune idée de ce qui lui prenait.
Arthur avait écourté la réunion, après que Sirius ait failli en venir aux mains avec le Maître des Potions, mais la tension était toujours palpable aux meetings suivants. Quelques semaines plus tôt, Rogue avait eu des raisons de penser que Voldemort examinait les souvenirs de Rookwood pour tracer un plan précis du Département des mystères. Ils ignoraient encore que ce plan devait permettre à Voldemort d'attire Harry hors de l'école, par le biais de ses rêves, mais même sans cela, l'information n'était pas rassurante.
La vie au QG était assez morne. Remus et elle avaient l'impression de jouer les gardes-malade : Remus avait mis à contribution tous les membres de l'Ordre pour faire sourire Sirius. Parce que Sirius connaissait désormais trop bien les façons de jouer de ses colocataires pour s'amuser avec eux, Remus avait organisé un tournoi d'échecs version sorcier - mais celui-ci avançait à pas d'escargot, car les membres de l'Ordre ne pouvaient se libérer que quelques soirs par semaine.
Rogue avait rebaptisé le QG la « Pathétique Colonie de Vacances pour Chienchien ». Tonks l'aurait frappé, si elle n'avait pas su que c'était exactement ce que Rogue voulait. Il agissait comme tous ces gars en manque de reconnaissance : il préférait être remarqué plutôt qu'ignoré, haï pour son attitude plutôt qu'haï pour ce qu'il ne pouvait plus changer.
- C'est quoi ? demanda Sirius, hilare.
- Sacré Graal, des Monty Python ! rit-elle. Faut refaire ta culture, mon vieux !
- Le vieux a encore deux-trois truc à t'apprendre, « petit scarabée », répliqua-t-il. Citation de… ?
- Kung Fu, vieux singe… répliqua-t-elle en lui lançant un popcorn.
- Pas mal… « Je vais lui faire une offre qu'il ne pourra pas refuser » ?
- Le Parrain… tu ne m'auras pas à ce jeu-là, cousin…
- On parie ?
Le sourire de Nymphadora s'élargit.
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Nymphadora regarda vaguement l'ampoule de sa salle de bain, qui, avec la vapeur d'eau ressemblait follement à une pleine lune dans le brouillard.
Par Circé ! Est-ce qu'elle pensait vraiment à Remus Lupin même en se lavant les dents ?
Raaaah !
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Nymphadora avait encore mis la musique à fond dans la salle de bain. Les Bee Gees… Et elle disait qu'eux, avaient des goûts dépassés…
Remus se surprit à marquer le tempo avec son pied. Une preuve de plus de l'effet qu'elle avait sur lui. Il se sentait plus jeune à son contact. Elle le changeait. Il se sentait beaucoup moins l'air d'un professeur d'un autre temps, avec elle.
« Night fever, Night feveeeer… ! » chantait toujours Tonks à tue-tête quand elle remonta le couloir et passa devant sa chambre.
Et il maintenait ce qu'il avait dit. Elle ne chantait pas faux du tout.
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