Je Veux.

Demain.

John marchait en direction de Baker Street.

Demain, pourquoi toujours demain ? Pourquoi je remets toujours tout à demain ? Je n'en peux plus de le regarder sans le toucher. Quand il marche devant moi, qu'il s'agite, qu'il fait son show, qu'il tourne autour de moi, je n'ai qu'une envie, celle de l'embrasser.

Quand son esprit fait le lien entre ses déductions, une lueur s'allume et brille de milles feux dans ses yeux. Quand il s'ennuie, je vois qu'il cherche à s'occuper, à se distraire, ou plutôt à distraire son esprit. Pourrais-je le distraire ? Je veux le distraire.

Je veux qu'il arrête de me regarder comme si je n'étais qu'un petit chien qui réclame un sucre à son maître en échange de flatteries, je veux qu'il me voit comme celui qui le sort de sa léthargie, comme celui qui lui donne un plaisir autre que l'orgasme qu'il a face à un puzzle, une énigme, un casse-tête. Je ne veux plus voir cette étincelle de déception lorsqu'il se rend compte, en rentrant à l'appartement qu'il a peut-être aidé à enfermer un coupable mais que le jeu n'a duré que trop peu de temps. Avec moi, il pourra durer éternellement. Moi, je serais là pour répondre à ses demandes, pas ce qu'il me demande déjà non, ce ne sont que futilités, mais les plus intimes, ses secrets les plus inavoués, ses fantasmes, ses envies, je veux les connaître, je veux les réaliser pour lui, je veux l'aimer, je veux qu'il m'aime. Je veux le sentir en moi, je veux crier son nom et l'entendre crier le mien, je le veux lui, cet imbécile, cet idiot prêt à risquer sa vie pour découvrir la vérité comme je suis prêt à donner la mienne pour lui. Je le veux dans l'obscurité de sa chambre, dans la mienne, je le veux à la lumière douce et froide de l'aurore, je le veux dans la brume humide et légère du petit matin, je le veux en plein soleil, sous l'ombre d'un arbre, sur le canapé, dans un taxi, devant un feu de cheminée, dans un bain, sous la douche, au milieu des vapeurs d'eau brûlante courant sur notre peau. Je veux le caresser, l'effleurer du bout des doigts, du bout des lèvres. Je veux goûter sa peau, enfoncer mes doigts dans ses boucles brunes, je veux faire taire cette bouche trop bavarde, je veux le prendre dans mes bras, le serrer contre moi, je veux me battre avec lui et qu'il gagne, je veux perdre contre lui, je veux me perdre en lui. Je veux me noyer dans ses yeux, le regarder dormir, qu'il me regarde dormir. Je veux lui dire. Lui dire que je l'aime.

Je dois lui dire.

John arriva devant la porte.

J'ai peur, une boule au ventre, des vagues dans les jambes, l'adrénaline qui monte au cœur, le rythme cardiaque qui s'accélère.

La porte s'ouvrit sur Sherlock, manteau et écharpe compris.

Et merde, une nouvelle affaire, et bien j'attendrais demain. Procarsti … pocrarsti …

« Procrastination John … Procrastination. »

FIN