Résumé des chapitres précédents
: Pour se venger d'avoir été ridiculisés pendant
le premier cours de Transplanage, les Maraudeurs ont ourdi une farce
détestable contre tous les Serpentards, obligeant Remus à
y participer activement. Le jour venu, Severus en rajoute une couche
en gagnant le challenge lancé par Slughorn en cours de
potions, et en se réjouissant par la même occasion du
séjour de Lily Evans à l'infirmerie à la suite
d'une énième maladresse de Remus. Là-bas, il
découvre en lisant le journal intime de sa mère,
qu'elle se lie d'amitié avec un certain Tom Marvolo Riddle
tandis qu'elle mène toujours une lutte acharnée contre
sa rivale pour prouver sa valeur à son père...
Le
soir venu, dans la salle commune des Serpentards la blague des
Maraudeurs éclate au sens propre : une énorme boule
puante explose déversant son contenu sur tout et tous... Tous
les objets atteints doivent être détruits, dont
l'inestimable livre de potions de la mère de Severus. Pour
lui, cette blague de mauvais goût tourne à la tragédie.
Les Serpentards décident de préparer une vengeance
à leur façon et Snape est mandaté pour la
confectionner...
Merci encore et toujours à ma Louve26 d'amoureuh qui me beta avec énergie et enthousiasme !!!!
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13- Glace -part1...
- ... sans compter qu'il est venu pas moins de sept fois à la maison !
- Neuf exactement, corrigea Severus.
- T'as vu la classe qu'il a ce mec n'empêche, continua imperturbablement Regulus, quand je pense qu'on va bientôt être cousin... En plus il est vachement sympa !
- Personnellement j'utiliserais un autre terme pour le définir.
- Ah bon ? Lequel ? Blond peut-être ?
Severus daigna ricaner. Blond était certes un qualificatif collant parfaitement à Lucius Malfoy. Racé, distingué également. Non, tout ceci était trop superficiel.
- Trop poli pour être honnête lui conviendrait mieux.
- C'est pas un mot mais... cinq Sev', précisa Regulus en comptant sur ses doigts. Tu triches !
- Exact, accorda son sombre ami sans même penser à le reprendre sur l'utilisation du diminutif.
Les deux semaines des vacances de Pâques avaient permis un net rapprochement entre les deux Serpentards. L'un collait toujours l'autre comme son ombre. L'autre tolérait de mieux en mieux sa présence car il avait eu l'agréable surprise de découvrir que son ombre était capable de se taire. Ainsi lorsqu'il préparait une potion, il ne rompait le silence que pour d'intéressantes questions ou mieux, il le laissait lire des heures durant dans la bibliothèque familiale, son lieu de prédilection, sans troubler sa quiétude. Il en était parvenu à apprécier sa compagnie, même s'il le nierait avec la plus farouche énergie si on le lui demandait.
- Alors disons... intéressé, proposa-t-il.
- Intéressant plutôt ! Intéressé, il n'a pas besoin de l'être ! Il est riche comme Gringotts !
- Pas par l'argent Regulus, pas par l'argent. Quand arrivons-nous à Poudlard ?
- Dans moins d'une heure maintenant, mais pourquoi...
Regulus dut garder sa question pour lui. La porte du compartiment du Poudlard Express qu'ils avaient eu la chance d'avoir pour eux tous seuls, venait de s'ouvrir avec fracas. Ceux qui s'étaient aventurés à vouloir y pénétrer au début du voyage, avaient rapidement fait demi-tour à la recherche d'une autre place. Les élèves des autres maisons ne tenaient guère à côtoyer des Serpentards, surtout depuis les dernières exactions et disparitions attribuées à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et ses Mangemorts narrées dans les journaux. Quant aux Verts et Argent, ils préféraient se tenir à distance du graisseux, toujours sous la protection de Rosier et sa clique. Mais justement ce dernier venait lui rendre visite, s'affalant aux côtés de Regulus sur la banquette, face à Severus. La mine patibulaire de ses deux cerbères de service se tenant dans l'embrasure de la porte dissuadait quiconque de venir les déranger. Mulciber junior était là également.
- Black dégage. On a à parler, Snape et moi, commença Rosier en guise de salutations.
- Ravi de te voir également, Rosier, railla Regulus, le sourire crispé, sans bouger d'un poil malgré les grognements menaçants de Crabbe et Goyle.
- Snape et moi avons à parler de choses sérieuses loin des oreilles indiscrètes et surtout des langues trop bien pendues, expliqua froidement Evan, montrant une patience qui étonna les autres.
- Si c'est pour parler du "retour à l'envoyeur", il peut rester, intervint Severus. J'étais chez lui pendant les vacances et il m'a secondé dans mes recherches et la préparation. Son aide est indispensable à la réussite de notre plan.
Le regard ébloui de fierté et de reconnaissance de Regulus valait tous les remerciements du monde et il montra, une fois de plus, qu'il savait maintenant se taire quand il le fallait. Après une ou deux secondes d'étonnement passées à scruter le jeune élève, Rosier haussa les épaules.
- Raconte-moi tout. Qu'as-tu préparé ?
- J'ai longuement hésité, commença Severus bien décidé à profiter de l'attention du préfet en chef de Serpentard. Je n'avais que l'embarras du choix dans les punitions. J'ai écarté rapidement les potions provoquant tortures et mutilations. Bien que très tentantes, le renvoi de Poudlard n'avait rien d'attrayant.
Rosier et Mulciber hochèrent la tête.
- Tout ce qui a été touché par la fiente du calamar a été irrémédiablement souillé, rappela Snape avec aigreur. Ils ont attaqué notre odorat, nos sens. Je brûlais d'envie de leur renvoyer dans les gencives. J'ai finalement trouvé le moyen de toucher la vue et l'ouïe. Qu'ils en vomissent de honte ! Et qu'on en crève de rire ! Mais il faut être certain qu'ils ne soient pas venus récupérer leur matériel. Est-ce que tout est resté en place pendant les vacances ?
- Pas de soucis de ce côté-là. La surveillance avant les vacances a été totalement efficace et aucun des Maraudeurs n'est resté à l'école pour Pâques. Par contre Eldred Worpel, de ta classe, était là pour faire le guet dans la salle.
Snape acquiesça. En effet il se souvenait fort bien de n'avoir lu le nom d'aucun des Maraudeurs sur la liste des élèves restant au sein de l'établissement. Il s'était surpris à chercher celui de Remus. Mais il n'y avait aucune raison qu'il y restât. La pleine lune n'était que pour demain soir.
Durant
les deux semaines avant les vacances, les Serpentards avaient
organisé une surveillance soutenue de leur salle commune. Ils
s'étaient assuré qu'à toute heure du jour ou de
la nuit, plusieurs élèves y soient présents.
Sans éveiller les soupçons bien entendu ! Il ne fallait
pas alerter l'ennemi sur leur intention punitive. Ainsi dans la
journée, jamais les Serpentards n'avaient été
aussi studieux. Un groupe d'élèves semblant étudier
était toujours présent. Durant la nuit, deux couples
étaient là, donnant l'illusion de flirter. Cette idée
lumineuse venait d'Emma Montague, ravie de pouvoir retrouver son
petit ami nuit après nuit avec la bénédiction de
tous. Cependant, Mulciber avait trouvé plus prudent de ne
jamais laisser un couple seul ; la tentation d'oublier leur mission
pourrait devenir trop tentante. En effet, ils ne devaient surtout pas
donner l'impression de la moindre surveillance. Baisers et caresses
étaient conseillés, voire encouragés. Mais
davantage, non. On devient beaucoup moins agiles avec chemises ou
chemisiers pendant le long des bras, et beaucoup moins attentifs avec
le pantalon baissé ou la jupe retroussée...
Slughorn,
lors de ses rondes, les avait régulièrement délogés...
momentanément. Dès l'arrondi de sa bedaine disparu
derrière les tentures, la surveillance reprenait de plus
belle.
Grâce à cette attention constante, l'outre était toujours bien fixée au plafond, dissimulée par un sort.
- Quel est le rôle de Black ? reprit Rosier comme si le jeune homme n'était pas là.
- Tu connais ses résultats en Sortilège et Enchantement sans aucun doute, se dépêcha de répondre Severus, empêchant d'un coup d'œil Regulus d'invectiver le préfet. Et si tu les ignores, sache que Flitwick l'a complimenté, précisant que ses résultats étaient "dignes" de ceux de son frère, que les Black étaient manifestement doués pour cette matière.
- Mouais, on ne le sait que trop bien, maugréa Mulciber se souvenant des mauvais tours que Sirius avait joués à ceux de leur maison grâce à ses capacités.
- Si tu attends que l'outre s'ouvre toute seule, intervint Regulus qui s'était tu depuis trop longtemps à son goût, tu vas pouvoir attendre longtemps !
- Imbécile ! C'est en la décrochant qu'elle va s'éventrer. Ils recevront tout sur la poire, lança Crabbe.
- Possible que oui, possible que non. Même si elle s'éventre comme ça, dans ce cas seul celui qui est en dessous va être atteint. Or, tous les quatre doivent l'être ! poursuivit le jeune homme avec passion. Et si Sirius utilise un Accio particulièrement puissant, ils y échapperont peut-être...
- Que proposes-tu ?
- Un sort d'alarme... un sort très particulier qui permet de retarder le déclenchement tant que le nombre de personnes à proximité est insuffisant.
- Intéressant, consentit Rosier. Mais que se passe-t-il si l'une des quatre personnes n'est pas un Maraudeur ? Ou s'ils sont plus ?
- Qui veux-tu que ce soit ? Crois-tu que Potter emmènerait Evans avec eux pour la faire participer au nettoyage de leur connerie ? Et dans ce cas, tant pis pour elle, répliqua Severus refusant d'écouter le léger pincement en lui.
- Où est la préparation ?
- Dans ma malle, sous sorts protecteurs.
- Vous nous donnerez plus de précisions ce soir, conclut Rosier tandis que le train entrait en gare et que les élèves se pressaient dans le couloir. Il semblerait que vous n'ayez pas chômé tous les deux.
- Quand c'est un tel plaisir, ce n'est plus du travail, pensa Severus en se souvenant de ses vacances.
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"Bonsoir. Maître Black attend le jeune maître et son invité dans la bibliothèque. Laissez vos bagages dans l'entrée ; Kreattur les montera dans les chambres. "
Dès mon arrivée avec Regulus au 12 Square Grimmaurd, j'ai ressenti la différence entre mes deux séjours. Celui de Noël et celui-ci. Principalement due à l'absence de Mme Black ce qui n'est pas pour me déplaire. Plus de regards lourds de sous-entendus, de reproches pas assez muets. Qui s'en plaindrait ? Pas moi en tout cas. Et je n'ai pas eu l'impression que Regulus en était particulièrement attristé.
Cygnus, son père et celui de mon pire ennemi m'accueillit d'une franche poignée de mains dans l'ambiance feutrée de ma bibliothèque. Je ne pensais pas éprouver autant de joie, de plaisir à la retrouver, elle et tous ses livres captivants ainsi que la profonde bergère installée tout près du poêle en faïence en ce début de printemps glacial. Nous avons eu juste le temps d'installer nos affaires dans nos chambres respectives. Le dîner était déjà annoncé. Fort heureusement, la conversation fut supérieure aux mets. Eux, malheureusement, n'ont rien perdu de leur atrocité.
Ce fut sans doute mon seul moment de calme de toutes les vacances. Les journées se sont enchaînées à un rythme soutenu. Mr Black me fit l'honneur de me laisser l'accès à son laboratoire dans les caves de sa demeure. J'ai veillé à ne pas déranger ses propres travaux et me repliais sur la bibliothèque dès que je le voyais désireux de poursuivre ses expériences. Entre la lecture, les recherches pour ma vengeance, les potions et mes devoirs de vacances, je n'ai eu que peu de temps de loisirs. Même les moments des repas étaient prétexte à rencontres et discussions. Malgré ou plutôt grâce à l'absence de Mme Black, les convives se sont succédés sans relâche, principalement aux dîners. J'ai fait ainsi la connaissance de nombreux sorciers. Certains très illustres... mais pas toujours pour des raisons honorables. Très vite, je me suis aperçu que la fine fleur des Mangemorts trouvaient table mise ici. Souvent de longs entretiens préludaient aux repas auxquels je n'étais pas toujours convié. Ils s'enfermaient dans un salon ou dans ma chère bibliothèque. Je n'ai eu d'autres recours que de me replier dans ma chambre ou de partager la compagnie de Regulus.
Certes, dans un premier temps je dois reconnaître que j'ai cherché à le fuir le plus possible. Il me prend pour son ami. Sa naïveté ne l'a donc jamais poussé à se demander si je partage ce sentiment ? Certes il s'inquiète de mon avis, de ma santé, de mes envies, mais il me saoule surtout de ses questions et de son bavardage incessants.
Mais Regulus m'a surpris autant que l'accueil qui m'était réservé. Sans doute était-il mis en confiance par l'absence de sa mère, de son frère, ainsi que par l'absence des abrutis de la maison de Serpentard qui nous gâchent habituellement la vie. Je l'ai découvert sous un nouveau jour. Le turbulent et surtout bruyant moulin à paroles sait se taire, observer et s'intéresser à autre chose qu'aux batailles de boules de neige ou au décolleté abyssal de Montague. Il n'avait pourtant, jusqu'à ce jour, montré aucune de ces capacités insoupçonnées.
Je pense que son père n'est pas étranger à ce changement. Il l'a purement envoyé au lit après l'avoir réprimandé lors d'un des premiers dîners, devant tous les invités présents. Quelle honte ! " Regulus, tu te conduis comme un enfant. Couper sans cesse la parole aux adultes et accaparer leur attention avec tes pitreries est intolérable à ton âge. File dans ta chambre et restes-y !" Et comme Regulus, inconscient de la tension que son attitude engendrait, s'est permis de répondre, grognant, râlant et traînant des pieds, son père furieux s'est dressé, avancé vers lui à grands pas nerveux, l'a saisi par le col et transplané hors de la pièce malgré ses protestations.
Je ne l'ai pas revu avant le lendemain soir. Vingt-quatre heures plus tard. Vingt-quatre heures durant lesquelles son père m'a demandé comme un service de ne pas tenter d'aller le voir. Comme si j'y avais même songé ! Vingt-quatre heures de répit, c'est toujours bon à prendre !
Je ne sais ce qu'il lui fit, ce qu'il lui dit ce soir là. A-t-il lui aussi un anneau scellé dans le mur ? Celui dans ma chambre a disparu. Toujours est-il que son attitude a changé très rapidement après cet incident.
Le soir, j'étais comme à mon habitude lorsqu'on m'en laissait le loisir, installé dans la bibliothèque. Une potion punitive était à préparer. Aucun risque que j'oublie la mission qui m'a été confiée et qui réjouit au plus haut point mon désir de vengeance. Salauds de "maraudeurs"... Saleté de lycanthrope, aussi faux jeton que ses copains !
"- Désolé, je ne voulais pas te déranger," s'excusa Regulus faisant demi-tour en me surprenant plume à la main occupé à prendre des notes sur un manuel ancien que je venais de découvrir, une lecture fascinante. Des sorts permettant de mêler des sortilèges et d'en prolonger leurs effets très... amusants.
Je suis resté coi, peu habitué à cette marque d'égard et de discrétion venant de sa part. Venant de la part de n'importe qui d'ailleurs. Quoique, si. Je connais quelqu'un d'autre... ou plutôt je connaissais quelqu'un d'autre. Que Merlin me foudroie si je passe encore ne serait-ce qu'une seule séance en sa compagnie ! A côtoyer ce déchet de la race sorcière. Rien à foutre de mon Patronus ! Cette enflure... Dumbledore pourra avancer tous les arguments qu'il voudra. Je ne poursuivrai pas ces foutues séances. De toute façon je connais maintenant la potion Tue-Loup par coeur. Il n'est pas question que je la lui prépare ne serait-ce qu'une fois de plus. Même pour tenter une des nombreuses innovations que j'avais en tête. Qu'il souffre mois après mois. Je m'en fous. Mieux, je m'en réjouis. Ce ne sera que justice après ce qu'il m'a infligé. Et quand je pense que j'ai dû finir, le lendemain même de la perte du livre de potions de ma mère, la préparation de sa potion en sa présence comme si de rien n'était pour ne pas donner l'alerte ! Non, j'aime mieux ne plus y penser...
Bref, dès le deuxième jour les visiteurs ont envahi les lieux. La toute première fut Narcissa, accompagnée d'un elfe portant une malle. Elle avait décidé de rester quelques jours, une semaine en fait, soi-disant pour profiter de la présence de son cousin, comme annoncé dans une de ses lettres. Je crois pourtant qu'elle a passé plus de temps en ma compagnie qu'en la sienne.
Elle aussi n'a pas manqué de me surprendre. A l'image de la plupart des autres filles de ma classe ou même de celles de septième année, j'imaginais qu'en potions, seule la fabrication de crèmes et lotions de beauté ou autres futilités l'intéressait. J'attendais, ou plutôt je craignais qu'elle ne me demande des conseils dans ce domaine ; ou pire, de lui en préparer. Comme si j'avais du temps à perdre !
Non, rien de tout cela.
Mieux encore, elle ne m'a
jamais dérangé lorsque Mr Black me prêtait son
laboratoire pour mes essais. J'y ai perfectionné ma potion
punitive grâce à mes lectures et à ses nombreux
conseils. Les premiers tests sur Kreattur étaient
satisfaisants. Parfois, Regulus et elle m'ont assisté lors des
préparations longues, répétitives et
astreignantes, débitant, broyant, mélangeant sans
rechigner... A ce jour encore je me demande ce que le père
Black a bien pu leur dire pour les convaincre d'adopter une telle
attitude.
Regulus m'a laissé lire presque autant que je le désirais. Lorsqu'il a interrompu mon occupation favorite ce ne fut jamais sans une bonne raison ; souvent pour me parler de l'avancée de ma potion ou me demander conseils pour ses devoirs. Les seuls moments échappant à cette sérénité étaient l'heure du thé et avant le coucher. Narcissa nous décrivait par le menu les préparatifs de son mariage entre deux gorgées de thé. Elle semblait fière qu'il soit l'évènement de l'année du gotha sorcier et aidée de sa mère, ne « s'économise » pas pour mériter ce titre. Ses joues rosissaient et ses yeux brillaient tandis qu'elle ne nous a épargné aucun détail : la longueur de la traîne, le nombre d'invités et leur lien de parenté, tout nous a été dévoilé, même le prénom du cousin du traiteur engagé. Bien plus que nous ne pouvions supporter et notre apparent intérêt s'est fissuré davantage à chacune des ses envolées nuptiales.
Quand ce n'était Narcissa au moment du thé, c'était Regulus. Profitant que je vienne parfois le saluer le soir dans sa chambre avant d'aller me coucher, il s'est cru obligé de me faire partager ses passions. Je ne l'y ai pourtant jamais encouragé. Ni dans mes paroles, ni dans mon attitude, bien au contraire !
Elles sont de deux natures : le Quidditch, que je hais, et le mentor de la plupart des convives de cette maison : Je-Sais-Qui et sa clique. Dans un grand cahier il conserve précieusement toutes les coupures de presse détaillant leurs "exploits" d'après lui, leurs attentats ou meurtres d'après les journalistes. Les Mangemorts capturés ou tués deviennent pour lui des martyres et il décore tout spécialement ces pages... Un autre cahier est entièrement consacré à ce sport de crétins. Il m'a avoué son rêve d'entrer dans l'équipe de Serpentard. J'aurais bien vécu sans avoir l'honneur d'une telle confidence. Ou peut-être a-t-il le secret espoir de mettre officiellement une branlée à son frère... Mais là, il a du travail ! L'équipe des gryffondors conserve le trophée depuis déjà trois années dans la salle de McGo. Oui, il a bien du travail...
Quant à Narcissa...
Son
attitude m'étonne...
Elle si froide et indifférente
quand elle était à Poudlard, pour ne pas dire
méprisante...
Mais
depuis mon précédent séjour où elle
s'était montrée simplement réservée, elle
est devenue de plus en plus amicale dans ses lettres. A plusieurs
reprises elle m'a interrompu dans mes rêveries, posant sa main
sur mon avant-bras d'un geste nonchalant. Elle s'est même
collée une fois contre mon dos pour regarder par dessus mon
épaule ce que je lisais. Ses cheveux sentent bon...
A
table, sous prétexte d'être entendue durant les repas
animés, elle a chuchoté quelquefois à mon
oreille. Tellement proche... Je sentais son souffle dans mon cou et
son parfum entêtant me montait aux narines. Sauf lorsque Lucius
était là.
Je ne sais pas ce que cache cette attitude mais un changement naturel m'étonnerait beaucoup.
Certes, la belle et fière Narcissa, élève de Poudlard ne m'a jamais laissé totalement indifférent. Mais que pouvais-je espérer, moi, tout jeune élève, peu gâté par Mère Nature et déjà rejeté par tous. Merci les Maraudeurs pour avoir, à tout instant, facilité ma mise en quarantaine. De plus, Lucius l'avait déjà marquée comme sienne. Pas touche, chasse de sa seigneurie gardée. Même en troisième année, alors que Lucius avait quitté l'école, je n'étais pour elle qu'un veracrasse admirant une étoile.
Le jeudi, trois jours avant son départ, je commençais tout juste à améliorer la potion pour notre revanche. Elle était là, calme et attentive. Son attitude a subitement changé quand Regulus est parti demander un renseignement à son père. Ce dernier nous avait laissés seuls pour répondre à son courrier, régler ses affaires urgentes, et ni Regulus ni moi ne savions où étaient rangés les dards séchés de Billywigs. Ses mains sagement posées l'une sur l'autre sur la paillasse où je m'affairais, elle se tourna simplement vers moi pour me demander d'une voix soudainement assourdie :
- Severus, j'ai besoin de ton aide.
- Tu vois bien que je suis occupé.
- Je n'ai pas... je ne peux pas attendre, il va revenir.
A ces mots, surpris, je posais mon mortier et la regardais. Prenant ce geste pour l'encouragement qu'il était, elle a poursuivi.
- Je ne peux demander à personne d'autre que toi. J'ai besoin d'une potion.
- Une potion ? Je suis loin d'être le seul à savoir les préparer. Demande à ton oncle, c'est sa passion.
- Je ne peux pas, se lamenta-t-elle toujours à voix basse, sa main droite étreignant sa main gauche plaquée contre son ventre. C'est trop personnel. Je te le demande comme un service. Un service à une amie... Une très bonne amie, a-t-elle insisté face à mon mutisme.
- Raconte, ai-je répliqué le plus sobrement possible, interdisant à mes yeux de dévoiler la curiosité qui me rongeait.
- C'est très délicat. Très personnel...et...
- Et ?...
- Intime, a-t-elle soufflé en rougissant avant de se détourner.
- Bigre !
- Tu sais que je me marie cet été avec Lucius.
- Comment l'ignorer ! Tu n'as pas cessé de nous raconter les préparatifs en détails.
- Tu sais également que ce mariage a été arrangé par nos familles.
Elle baissa
légèrement la tête. Il a dû lui en coûter
pour l'avouer. Sa démarche n'en est devenue que plus
intrigante.
- Qu'est-ce qu'un mariage arrangé et une
potion peuvent avoir en commun ? Dis-moi.
Je ne connus jamais la réponse à ma question.
- Les dards de Billywigs sont juste derrière le pot de Livèche, c'est le pot au contenu bleu qui ne porte pas d'inscription, indiqua Regulus en entrant en trombe.
Narcissa s'éloigna.
Rapidement nous avons repris nos activités mais j'ai
surpris, avant de me tourner vers ma potion une expression étrange
qui m'était adressée. Un mélange de supplication
et d'angoisse.
Mais elle est partie, trois jours plus tard, sans
me faire davantage de confidence.
Aucune, malgré sa présence plus soutenue dans ma bibliothèque. Elle a fouillé, feuilleté, cherché sans relâche, m'adressant à peine la parole. Devant un tel mutisme délibéré j'ai su que toute tentative pour lui parler serait vaine.
A la fin
de son séjour elle a finalement trouvé un livre lui
convenant. Elle l'a emporté avec elle, pas moyen de mettre la
main dessus depuis. Je me demande bien de quoi il pouvait traiter ;
il m'a pourtant semblé reconnaître un livre de potions.
Il se trouvait dans la section de la bibliothèque et la mise
en page présentait bien, de loin, des recettes.
Une
nouvelle passion ? Voilà qui serait surprenant. Un net
changement... un de plus.
Mais je m'interroge. Je m'interroge et...oui, je dois le reconnaître, loin de m'en réjouir, je suis inquiet.
Mais elle n'a pas été la seule, lors de ce séjour chez les Black, à me prodiguer des attentions que je n'oserais qualifier de désintéressées. Je crois que je n'ai jamais été le centre d'autant d'intérêts de toute ma vie.
Après avoir épluché la Gazette des sorciers et ses non-dits et quelques discussions avec Regulus et son fameux cahier, j'ai compris que la plupart des dîners ressemblaient plus à une assemblée de Mangemorts et sympathisants qu'à un dîner amical de la bonne société sorcière londonienne comme je l'ai cru au début. Les femmes n'étaient guère présentes, accompagnant rarement leur époux. Les hommes s'enfermaient à la fin du repas dans la bibliothèque pour discuter plus à leur aise tandis que les dames, s'il y en avait, passaient au salon pour bavarder des nouvelles familiales, des derniers commérages ou du prochain évènement phare de la saison : le mariage Malfoy/Black.
Très vite j'ai fui cette volée de
pies jacasses. M'enfermer aussi rapidement dans ma chambre aurait
fait preuve d'incorrection. Je suis réservé ou
sarcastique mais impoli, non. Moi aussi j'ai reçu de
l'éducation et certainement plus que certains convives que
j'ai pu observer. Il me fallait choisir. Subir Narcissa rayonnante
détaillant les derniers modèles de robes de mariée
qu'elle avait découverts, leurs formes, tissus, qualités
et défauts, sous l'air extasié de ces dames. Merlin
sait combien elle peut être observatrice et pointilleuse dans
ce domaine !
Ou écouter des Mangemorts reconnus ou en
puissance. Je n'ai rien de particulier à leur reprocher. Ils
ne m'ont rien fait. Encore moins à ma famille puisque je n'en
ai plus. Leurs dogmes me séduiraient si je n'étais
contrarié par leur haine farouche des Moldus. J'ai pourtant
bien des raisons de la partager... Mais tous les moldus ne sont pas à
mettre dans le même sac. Des Sang-de-Bourbe naissent parmi eux
et certains ont beaucoup de talents... oui... beaucoup.
Certes, la plupart nous sont inférieurs. Mais est-ce une raison pour vouloir les exterminer comme j'ai entendu Mulciber le recommander ? Quelle absurdité ! Autant profiter de leur faiblesse pour les exploiter. Les dominer oui, les supprimer, non.
Mon choix fut d'autant plus facile qu'ils ont semblé très vite souhaiter ma présence. Soit disant pour s'inquiéter de mon avenir. Comme par hasard, par Serpentard ! A croire qu'ils se sont tous passés le mot ! Dumbledore, l'hybride de la pleine lune ou ces messieurs. Ils n'ont plus que ça à la bouche...
- Dites-moi jeune homme, savez-vous quel sera votre avenir dans un peu plus d'un an, après vos ASPIC ? a demandé l'un des invités en ouvrant le feu des questions entre deux plats.
- La divination n'est pas ma meilleure discipline monsieur. Je ne saurais vous répondre, ai-je prudemment rétorqué à Avery Senior tentant de m'intimider avec sa bedaine de juge du Magenmagot et sa lourde chevalière en or massif marqué du sceau de sa famille ; je sais d'où son fils tient sa suffisance.
- Notre hôte nous a certifié que vous excelliez en potion.
- Tu vois, mon oncle a parlé de toi à ses invités, m'a soufflé Narcissa à l'oreille. Il te tient en grande estime.
- J'apprécie cette matière. Quant à y exceller, c'est à mon professeur qu'il faut le demander, ai-je rétorqué non sans une certaine ironie ; Slughorn est tout à fait incompétent pour connaître le niveau de ses élèves en dehors des exploseurs de chaudrons. Pour eux, leur nullité crève les yeux, parfois au sens propre. Pour deviner le compte en banque des parents d'un élève, par contre, il a des talents manifestes.
- Si ! C'est vrai, c'est le meilleur en potions de tout Poudlard, est intervenu Regulus, défenseur de mes causes perdues et de mon honneur ; le travail ne va pas lui manquer. Lors du dernier concours, il a gagné haut la main.
Il a oublié de préciser que mon seul réel adversaire avait un handicap certain : un loup-garou empoté.
- Et comment comptez-vous utiliser de si intéressantes capacités dans l'avenir ? a enchaîné Rookwood. Les études supérieures de Potions vous tendent les bras mon jeune ami ! Avez-vous déjà une idée du maître d'études que vous allez choisir ?
- Rookwood travaille au Ministère. Il y est très influent. Il pourrait t'aider Severus pour ton avenir, a cru utile de m'informer ma voisine. Tu as besoin d'un Maître pour te former.
Se sont-ils donc tous donnés le mot ? Je serais pourtant étonné que Lupin ait ses entrées chez ces adeptes du culte du sang-pur.
- Non monsieur, pas encore.
- Il ne vous faut pas attendre plus ! Les meilleurs sont parfois sollicités des années à l'avance ! a-t-il insisté.
J'ai baissé la tête, contemplant le contenu de mon assiette... vide. Que pouvais-je répondre ? Que de m'y prendre dix ans à l'avance ou dix secondes n'allait rien changer à mon affaire. Pas d'argent. Tout au moins pas assez pour satisfaire l'appétit gourmand de ces beaux messieurs en toge bordée de pourpre. J'ai bien aperçu Regulus jetant un rapide regard désolé à son père. Il me voit tous les jours à Poudlard. Bien que nous n'ayons jamais abordé ce sujet, il sait certainement que je ne roule pas sur les gallions. Pas comme Lucius dont les têtes d'hermine bordant sa cape semblent me narguer. Pas comme cet enfoiré de Potter. C'est par contre mon seul point commun avec ses potes. Le seul...
- Ne t'inquiète pas, Severus. Nous te trouverons une solution pour que tu puisses continuer à préparer tes chères potions, a chuchoté pour me rassurer ma voisine en voyant mon expression piteuse. Je suis certaine que Lucius peut trouver une solution. Il connaît du monde, tu sais. Du monde très important !
Kreattur a détourné heureusement la gêne que j'éprouvais à cette conversation en apportant la suite du repas : une coupe de fruits frais. Le seul plat réussi de toute la soirée et pour cause : rien à préparer. Alors que chacun se servait, Lucius a proposé :
- Et si nous continuions cette conversation dans la bibliothèque ? Ce serait moins formel qu'autour de cette vaste table, n'est-ce pas ?
- Tu as tout à fait raison. Narcissa ma chère nièce, tu me sembles assez lasse et nous ne voulons pas t'obliger à supporter ces discussions davantage. Tu peux te retirer si tu le désires.
Ce qui, en langage courant veut dire : "Ta présence n'est pas souhaitée. Va dans ta chambre." Je l'ai compris à la mine déçue puis bougonne de cette dernière qui pourtant, a acquiescé simplement d'un hochement de tête avant de prendre congé. Aucune épouse n'était présente ce soir. La soirée était finie pour elle.
Nous sommes passés donc dans la bibliothèque, ces messieurs un verre de porto à la main. Les yeux de Regulus projetaient des étoiles tant il était fier d'être autorisé à suivre le groupe des hommes au lieu d'être renvoyé lui aussi dans sa chambre. Je crois que c'est à ce moment là qu'il a compris que de ne pas parler à tort et à travers pouvait avoir des avantages. Il avait eu, jusqu'à ce soir, bien du mal à suivre les conseils de son père et "Tiens compagnie à ta cousine " et autres variantes l'ont privé à chaque fois de la suite de la conversation.
- Lucius, je suis étonné de ne pas avoir bénéficié de la présence de Selwyn. Je l'avais pourtant convié à nos repas, questionna Mr Black.
- Il a été retenu par des obligations urgentes Monsieur. Je suis certain qu'il regrette de ne pouvoir accepter. Mais le devoir passe avant toute chose.
Rookwood a rentré la tête dans son cou en se raclant la gorge. Il a semblé mal à l'aise.
Qu'était-il arrivé au fameux Selwyn ? Il m'a semblé déconseiller de poser la moindre question. Aurors, Ministère, Azkaban ? Le sort qui lui est réservé ne semble pas propre à entretenir une atmosphère détendue. Ces messieurs ont semblé m'oublier rapidement. Il faut dire que j'ai pris la position stratégique que Mme Black m'avait conseillé lors de mon premier séjour : me confondre avec la tapisserie poussiéreuse, ou plus exactement avec mes chers livres étant donné le lieu où nous nous trouvions et me faire oublier... pour mieux observer !
Manifestement, le Dark Lord comme l'appellent ses disciples recrute. Ces messieurs ont rivalisé d'ardeur pour mettre en avant qui un cousin, qui un neveu ou un oncle. Rarement un fils, un frère ou un père ai-je pu noter et Mr Black a eu le plus grand mal à refreiner l'enthousiasme de son propre rejeton de regards lourds de menaces.
Charmante ambiance, charmante soirée...
Et elle ne fut qu'une parmi d'autres ; j'en sourirais si je n'avais pas cette brute de Rosier fils assis juste en face de moi dans ce wagon du Poudlard Express.
SSlr.o.rlSSlr.o.rlSSlr.o.rlSSlr.o.rlSSlr.o.rlSS
Merci encore pour votre patience ! Là, il n'est pas entièrement de ma faute car vous auriez dû avoir le chapitre 15 jours plus tôt mais l'ordi de ma beta est parti en soins intensifs… nous avons attendu son retour.
Le prochain chapitre est plus qu'à moitié écrit. Après le point de vue intérieur de Severus, vous aurez droit à celui de Remus...
Merci encore et de suivre cette fic et de prendre le temps de venir la lire.
Gros zoubis !
