17.
Bien que venus de directions différentes, les véhicules d'Aldéran et de Skyrone étaient arrivés en même temps devant la majestueuse entrée du Lightenning, les deux familles s'enlaçant tendrement une fois rentrées dans le hall d'entrée.
- Je connais ce hall, ne put s'empêcher de murmurer Skyrone.
- Bien sûr.
- J'en suis même sûr !
- Et comment, tu y as donné ta conférence pour ton dernier charmant bouquin sur les chéries –ines et –ides !
- Oui, ça je le sais. Mais toi, comment peux-tu être au courant ? grinça Skyrone, sourcils froncés et regard réprobateur. Je t'avais parlé de la sortie de mon bouquin, du lieu, mais sans en donner le nom ! Et toi, tu m'as paru familier de cet endroit !
- Vraiment ?
- Tu as ouvert cette boîte sur le comptoir de l'accueil, pourtant elle était parfaitement anodine et rien n'indiquait qu'elle contenait des bonbons à la violette !
Skyrone serra fortement le poignet de son cadet roux.
- Et je peux te l'avouer, je t'ai vu ici, il y a bien peu de temps, murmura-t-il. Tu étais avec une blonde… Et cet endroit n'est pas du genre à louer des chambres à l'heure ! Tu es sorti des ascenseurs avec une blonde… Avec cette blonde !
De fait, Aldéran se dirigea droit vers ladite blonde qu'il enlaça un instant, avant de se tourner vers sa femme et son aîné, abasourdis, et pas loin de lui sauter au cou et de le lui tordre !
- Ayvanère, Skyrone, je vous présente Lassance Oq, Organisatrice d'Evénementiel, et qui s'est occupée de cette fête pour les vingt ans de mariage.
- Mais, l'anniversaire n'est que pour dans quinze jours ! protesta Ayvanère.
- D'où le terme de « surprise » ! gloussa Aldéran. Venez, tout est prêt et tous sont là !
Delly à son bras, ses filles et leurs maris les précédant, Skyrone se précipita en suivant le parcours fléché vers les salons de l'aile privée où la soirée devait avoir lieu, mais Ayvanère demeura auprès de son mari.
- Ne crois pas que je vais te pardonner de sitôt ! siffla-t-elle. J'avais raison dans mes suppositions : la fête d'anniversaire faisait partie des explications à ton inadmissible comportement, tu l'as nié ! Et ça, c'est insupportable !
- Il le fallait… Voilà des mois, des semaines, que je prépare cette fête, anticipée. Je voulais juste une très belle surprise pour toi, ma mie, je n'ai jamais vu à mal, je n'ai jamais songé que cela pouvait être interprété de façon suspicieuse… Ma seule idée, mon unique envie, était de te réserver la meilleure surprise possible que je pouvais te faire… Tu me pèleras comme un oignon, au retour, promis, mais tâche d'apprécier ce que je t'ai réservé ? !
- Ce sont vraiment nos vingt ans de mariage ? souffla Ayvanère. Tu as réuni tout le monde ?
- Toute la famille, les amis de chacun, et je prévois un feu d'artifice pour le final ! Lassance a entendu chacune de mes idées, elle a tout réalisé !… Ayvi, elle est celle que j'ai engagée pour rendre nos vingt ans magiques, il n'y a rien eu entre…
Ayvanère posa deux doigts sur les lèvres de son époux.
- Je sais qu'il n'y a rien… Je comprends enfin… Tu nous as tous torturés au possible ! Il y aura donc bien un œuf à peler au retour… Mais d'ici là, fais-moi plaisir, mon bel amour car là j'ai envie de m'amuser, de manger, de boire et de finir dans les bras du plus étalon bel des lieux, et roux si possible !
- Quelqu'un que je connais ?
- Aucune chance, tu n'es pas assez roux !
- M'en fiche, il n'y en a pas d'autres, j'ai vérifié !
Aldéran prit sa femme par les épaules et l'entraîna vers les salons réservés où leur entrée fut saluée par des tonnerres d'applaudissements.
- Papa, je peux t'emprunter le joli petit lot qui est à ton bras ?
Le pirate à la chevelure de neige eut une mimique embarrassée, gênée même.
- Quand j'ai eu cette appellation, pour Ayvi, j'ai été maladroit et même injurieux ce jour-là. J'en suis désolé.
Aldéran eut un éblouissant sourire.
- - Mais tu as raison, papa, Ayvi est la plus superbe des créatures qui soit ! Elle est à moi, à moi seul, et je l'aime à en crever !
- Cesse de proférer des banalités, Aldie. Vous vous aimez tous les deux à la folie ! C'est aussi simple que cela !
Aldéran serra fortement les épaules de sa femme, l'embrassant passionnément, à lui faire perdre le souffle.
- Sans vouloir vous déranger, mais c'est un endroit respectable ici, un peu de tenue !
- Albior, ton avis n'est pas sollicité, gloussèrent ses parents.
L'adolescent balafré eut un rire frais, bien que la mue en cours de sa voix ne parvienne pas à le faire trop prendre au sérieux et qu'on le charrie copieusement à ce sujet.
- Si vous êtes déjà dans cet état maintenant, je ne veux même pas imaginer ce que ce sera une fois de retour chez nous. Vous ne penseriez pas plutôt à gagner l'un des étages afin que mes frères et moi puissions tranquillement dormir ?
- Procurez-vous des bouchons d'oreilles !
- Ca va être beau, commenta encore Albior en retournant vers l'un des buffets.
- Il a raison, pour les buffets, s'amusa Ayvanère en lui emboîtant le pas. Lassance a vraiment bien fait les choses. Mais, éclaire-moi, Aldie : tu n'as pas arrêté de prétendre que tu n'avais pas une minute de libre alors que tu as tout préparé ! ?
- Voilà bien pourquoi j'ai fait appel à une société d'Evénementiel, fit-il tandis que l'une des serveuses du buffet de salaisons déposait sur son assiette une tranche découpée dans un énorme jambon piqué sur une broche et ajoutait une bonne cuillérée de crudités ayant baigné dans une marinade sucrée. J'ai apporté mes idées et Lassance a décidé ce qui était réalisable ou non.
- Budget illimité ?
- Evidemment.
- Les orchestres et les acrobates étaient forcément ton idée, depuis le temps que tu traînes aux attractions foraines de ton ami Jarvyl !
- Oui, il fallait bien mettre de l'animation, sourit le grand rouquin balafré. En revanche Lassance proposait de faire venir des animaux pour d'autres tours, mais ça c'était hors de question, je refuse qu'on les exhibe !
- Je te reconnais bien là, sourit tendrement Ayvanère. Et des petits spectacles aux illuminations, tout est somptueux, et je ne parle même pas des mets de ces buffets chauds et froids. Hâte qu'on en arrive aux desserts.
- Ce sera toi le meilleur de mes desserts, pouffa Aldéran alors qu'ils échangeaient leurs assiettes et repartaient auprès de leurs invités : membres de la famille et amis des uns et des autres.
Sur les terrasses des pavillons du jardin, tous s'étaient rassemblés au signal d'une diligente Lassance qui n'avait cessé de parcourir toute la fête afin de s'assurer que tout était au mieux, rectifiant un détail de ci de là, faisant même parfois le service afin qu'il n'y ait nul temps d'attente.
- Et c'est quoi maintenant, papa ? interrogea Albior.
- Le feu d'artifice !
Et les lueurs qui illuminèrent le ciel d'encre se reflétèrent dans toutes les prunelles des spectateurs.
A peine surpris, Albior avait vu ses deux aînés débouler dans sa chambre.
- Oui ?
- J'espère que, toi, tu as des boules quiès pour nous, car nos parents font un raffut d'enfer.
- Et il ne s'agit pas d'une scène de ménage ! ajouta Alguénor.
- J'ai déjà épuisé mon stock, gloussa Ablior. Mais venez dormir ici.
Et pendant que les trois frères tentaient de trouver le sommeil, leurs parents continuèrent de fêter de façon très privée et très intime leurs vingt années de mariage.
