Ça alors ! Un chapitre, si tôt après le précédent ? Eh oui, figurez-vous qu'après avoir réécouté le film Hunger Games, mon envie d'écrire le chapitre suivant s'est réveillé. Le voilà donc ! YAAAY ! Hourra ! Et tout ça.
: C'est un honneur d'avoir le beta reader de WoR parmi mes lecteurs. Ton commentaire m'a fait beaucoup plaisir, et il m'a conforté dans l'idée que je décrivais bien mes personnages. :D Clairement, Nyx n'a pas fini de faire parler d'elle dans l'arène (chut !), mais comme j'ai dit, je ne ferai pas de point de vue d'elle si jamais j'en publie, ce dont je doute, se sera WoR qui les aura écrits.
WoR : Merci d'avoir confirmé à tous que tu es une fangirl du Finnick. :-P
MonsterMaster : C'est toujours un plaisir de lire tes reviews, on sent que tu y mets toutes tes tripes. Visiblement, les personnages à forte tête attirent ton intérêt. :-) En espérant continuer à plaire…
hana : J'espère bien que Malek est un rebelle. Autrement, je me serais planté radicalement.
LJay Odair : Un coucou spécial pour quand tu pourras enfin lire les chapitres de retard… :-P
Pour les autres, je suis désolé de ne pas vous faire une dédicace perso, mais vous ne me donnez pas beaucoup de matière. Néanmoins, tous les commentaires, des plus grands aux plus petits, sont appréciés et me prouvent que je n'écris pas cette histoire pour rien. Pour ceux qui sont toujours là, oui, vous pouvez lire, petits impatients !
CHAPITRE ONZIÈME
Le parjure
Au Capitole
La présidente Dawn, si concentrée sur la confrontation entre le tribut Roxen et le tribut Odair, ne réagit pas immédiatement lorsque le gong retentit dans la salle de contrôle. En réalisant ce que cela signifie, sa surprise est si grande que son masque impassible se fissure, laissant voir son étonnement et son début de colère.
-Lequel de mes Traqueurs vient de mourir dès le deuxième jour ? s'écrit-elle à l'attention du technicien responsable de leur surveillance.
Il faut quelques instants à l'homme pour trouver l'information sur son terminal.
-T3 madame, annonce-t-il. Il, euh…il a glissé.
Dawn avait tenté de retrouver son calme. Montrer ses émotions est mauvais pour sa réputation de femme glaciale. Néanmoins, en entendant cette dernière information, son visage devient livide. La dirigeante de Panem prend une grande respiration, avant de reprendre la parole, détachant soigneusement ses mots.
-Comment ça, «il a glissé» ?
C'est une technicienne affiliée aux caméras qui répond à la question en affichant la scène sur l'écran principal du centre. Toute l'assemblée assiste ainsi à l'humiliant décès du Traqueur, tandis qu'il perd pied sur un débris et bascule en bas du toit de quatre étages sur lequel il était perché. Aussi stupidement que cela. T3 est mort sur le coup, sans qu'aucun tribut n'ait le temps de le craindre.
-Coupez-moi ça du montage, ordonne-t-elle froidement. Officiellement, cet incapable est mort à cause d'un tribut inconnu.
-Mais je croyais que nous devions intégrer les morts de Traqueurs dans la liste des meilleurs moments ? intervient un Juge replet aux cheveux verts.
-Nous nous en passerons. De quoi le Capitole aurait-il l'air, si une de nos créatures de l'arène se tuait toute seule en tombant d'un toit ?
-Je…bien sûr madame.
-La meute des tributs de carrière approche de T3, annonce quelqu'un d'autre.
Dawn fronce ses fins sourcils.
-J'ose espérer que les contre-mesures fonctionnent ? demande-t-elle avec un rien de menace dans la voix.
-Oui madame, répond le Juge en avalant sa salive. Il n'y aura rien d'intéressant.
-Bien. Préparez le programme S-33. Lancement dans cinq heures, mais avec modération. Je ne veux pas que tous les tributs meurent dès la première semaine.
-Vous voulez faire quelque chose pour la tribut du district Huit ? Elle est très proche des carrières. Il suffirait d'un rien…
La présidente étudie un moment la possibilité. Le bain de sang n'a pas été celui qui a fait le plus de victimes, loin de là. Néanmoins…tant que cette gamine survie, son enragé de frère n'abandonnera pas. Malgré qu'il soit grossier et digne héritier de sa lignée de rebelles, il a le potentiel d'offrir un bon spectacle pour un bout de temps. Si, bien sûr, il survit à sa rencontre avec le tribut du Quatre.
-Non, dit-elle finalement. Inutile. Garrus, je vous passe la main.
Le Haut-Juge de cette année, un costaud vêtu de bleu avec un monocle stylisé sur l'œil gauche, s'incline devant Dawn tandis qu'elle sort de la salle de contrôle. Elle voudrait bien continuer à participer au processus des Jeux, mais hélas, le rôle de présidente de tout Panem ne lui en laisse pas la chance. Tant de choses à faire, tant de gens à voir…
À sa sortie du bâtiment, entourée par ses gardes du corps, la présidente capte sur les écrans du Capitole le moment où les frères Ocrux décrivent l'origine de cette arène. Une cité de l'ancien monde, très loin des frontières de Panem, nommée…«Paris». Drôle de nom. Néanmoins, le modèle de la cité en ruine offre le double avantage d'être inédit et de montrer à tous à quoi ressembleraient les territoires de Panem si le Capitole ne s'était pas élevé. Amusement et propagande combinés…la perfection. Une idée à elle, bien sûr.
Voilà pourquoi elle est aujourd'hui la femme la plus puissante du monde.
XXXXXXX
Elisa Summers
C'est de la folie, je me répète sans arrêt. Le meilleur moyen de se faire tuer. Malek désapprouverait sûrement mon plan, s'il était là. Mais c'est justement là tout le problème : il n'est pas là.
Il faut que je sois réaliste : si jamais je tombe directement sur un autre tribut, je n'aurai probablement pas autant de chance que la dernière fois. Or, en restant caché, c'est la faim qui risque de me guetter sur le long terme. Sans parler des divers besoins qui peuvent se présenter, tout dépendant comment les Juges décident de faire tourner les choses. Griffin nous a raconté qu'ils sont comme des dieux dans l'arène, et que chaque centimètre carré est un piège potentiel qu'ils peuvent activer en appuyant sur un bouton.
En dehors de mon arbalète et de mes hydro-capsules –quelle chance que je ne les ai pas remise dans le parachute avant de perdre ce dernier !-, je n'ai pour ainsi dire rien d'autre. Des œufs et un oiseau de temps en temps ne me suffiront pas, et dans ce décor, il n'y aura pas grand-chose d'autre. La solution s'offre d'elle-même : je vais devoir retourner à la corne d'abondance et voler ce qui me manque aux carrières.
C'est très dangereux, mais d'un autre côté, les membres de la meute semblent si arrogants qu'ils ne penseront jamais qu'une gamine de douze ans oserait se cacher si près de leur campement.
Et pourtant. Il m'a fallu un peu moins de deux heures pour retrouver le chemin vers le centre de l'arène, en grande partie grâce à la tour de métal qui dépasse de plusieurs mètres la plus haute des ruines. Encore une fois, je me demande qui a bien pu construire cette chose, et pourquoi. Ça semble incongru dans une arène des Jeux. Mais au final, je m'en fiche un peu.
En chemin, j'entends un coup de canon, pas longtemps après la mort du Traqueur. La personne qui a tué l'assassin du Capitole s'est peut-être fait attraper par les carrières ? Impossible à savoir. J'espère juste que ce n'est pas Malek…
J'ai trouvé une cachette appréciable, dans une ruine située en bordure de la plaine où git la corne. Très haute et difficile d'accès, ce repaire représente ce qu'il y a de plus sûr pour moi. J'ai même réussi à trouver un recoin qui pourra me servir d'abri si jamais il pleut. C'est parfait. Il me reste maintenant à préparer mon premier raid sur les provisions.
Plus malins que je le croyais, les carrières ont laissé derrière eux l'un des leurs pour monter la garde. D'entre eux, il s'agit du tribut qui a l'air le moins effrayant. Malgré sa haute taille et sa musculature d'athlète, il possède un visage ordinaire et une chevelure bouclée banale. Il pourrait passer pour un habitant du Huit. Le chiffre sur sa manche le désigne comme venant du district Deux, ce qui me suffit pour ne pas me fier à son apparence sobre ; les carrières de ce district se sont, depuis quelques années, collés une réputation d'être particulièrement dangereux. Même moi, je sais ça.
Pour l'instant, l'adolescent tue son ennui en gravant à la pointe d'un couteau des dessins sur le métal de la corne d'abondance. De temps à autre, il jette un coup d'œil aux alentours, mais son ouvrage l'intéresse clairement plus que son rôle de sentinelle.
Tout en mangeant mes œufs et mon oiseau cru –répugnant, mais ce n'est pas comme si c'était la première fois que j'en étais réduit à ça-, je réfléchis à un moyen de l'éloigner de son poste, juste le temps de me permettre de passer. Soudain, j'aperçois un autre geai moqueur se poser à l'extrémité opposée à moi du toit. L'oiseau, sans trop s'inquiéter de ma présence, entreprend de nettoyer son aile.
Je songe à l'abattre avec mon arme, afin d'avoir plus de viande pour ce soir, mais une autre idée me vient. Les geais moqueurs sont capables d'imiter à la perfection les chants humains. Cet oiseau pourrait bien être ma meilleure chance. Doucement, je m'approche à quatre pattes et fredonne doucement les sept premières notes de ma berceuse préférée. Le geai se retourne et incline la tête, curieux. Je répète les notes, et il les répète parfaitement, avec cette intonation si proche de l'humain qu'elle me surprend à chaque fois. Je pousse ensuite l'oiseau à s'envoler, espérant qu'il ira dans la direction que je le désire.
Et il le fait. Le geai moqueur, fredonnant ma mélodie avec sa voix quasi humaine, prend même la peine de contourner la corne d'abondance du côté opposé au carrière avant de disparaître dans les ruines de l'autre côté. Le garçon du Deux se saisit de deux couteaux et se précipite presque aussitôt à la poursuite de ce qu'il croit être un tribut arrogant. Je me saisis de l'occasion et descends avec l'agilité d'une araignée. Je cours ensuite jusqu'à la corne à une vitesse que je ne me croyais pas capable d'atteindre. On dit que la peur donne des ailes, et présentement, je suis terrifiée à l'idée d'être surprise par le tribut.
C'est un véritable trésor qui s'offre à moi. Des armes par dizaine, dont la forme de certaines suffit à me donner froid dans le dos, des caisses de vivres, des bouteilles d'eau, du matériel de survie…tout ça est à ma portée. Une part rationnelle de mon esprit me retient de prendre tout ce que je peux sans réfléchir. Si je veux espérer revenir ici, il faut que mon larcin soit le plus invisible possible.
Je prends donc un sac à dos assez petit pour ma taille et y fourre une couverture thermique et une bonne dizaine de sacs de nourriture déshydratée. Après quelques moments d'hésitation, je prends aussi un petit couteau que je lance aussi dans le sac avant de repartir.
À mi-chemin, un coup de tonnerre me fait lever les yeux au ciel. Les nuages déjà menaçants à la base prédisent maintenant une averse. J'accélère le pas, ne voulant pas être mouillée. Une brûlure m'atteint soudain à la joue, m'arrachant une plainte sourde. Instinctivement, je porte la main et ressens la même brûlure sur la paume, par ce qui semble être…de l'eau ?
La pluie commence à tomber, et je réalise soudain que mon manteau fume aux endroits où les gouttes d'eau s'abattent. La pluie est acide ! Un sale tour des Juges, à n'en pas douter.
Mon corps réagit presque sans l'accord de mon cerveau et se met à courir, stimulé par les brûlures aiguës que me cause cette averse mortelle. Le temps que je retourne sur mon toit, juste sous mon abri, la pluie tombe dru.
Le cœur battant, je constate que mon manteau a été partiellement réduit en lambeaux et que mon sac à dos est pratiquement inutilisable. Heureusement, tout le matériel qui se trouvait à l'intérieur est sauf, ce qui m'arrache un sourire de fierté. Je viens de duper les carrières à leur nez à leur barbe ! Comme ils doivent subir des quolibets de la part de ceux qui ont regardé mon action.
Les voilà d'ailleurs qui rappliquent tous les cinq à la corne, poussant des exclamations d'horreur en tentant de se protéger de la pluie acide. Ils partent tous se réfugier à l'intérieur de la corne elle-même et ils disparaissent de mon champ de vision jusqu'à la fin de l'averse, dans le début de la soirée.
Lorsque l'hymne sonne, c'est le visage du garçon du district Trois qui se révèle. Rassurée sur le destin de mon grand frère, je me glisse sous ma couverture, les restes de mon sac comme oreiller. Mon sommeil est plus paisible que la veille.
XXXXXXX
Malek Roxen
-Discuter gentiment ? je crache. Vraiment ? On voit que ce n'est pas toi qui a un couteau sur la gorge.
-C'est vous qui m'avez attaqué en premier, rétorque Clayton. Je me suis défendu, tout comme tu l'aurais fait à ma place.
Je suis forcé d'admettre qu'il a raison. Si j'avais été pris en traitre comme Karel et moi l'avons fait, je me serais battu comme un lion pour m'en sortir. Mon alliée elle-même hoche sombrement de la tête, sans pour autant baisser sa garde. Quelques minutes tendues passent, durant lesquelles personne ne bouge. Mon cœur bat à cent à l'heure, et plus je réfléchis à un moyen de me dégager, plus je réalise que c'est peine perdue. Clayton est bien plus grand et lourd que moi, et il arbore une musculature encore plus développée que la mienne.
-Il faut me croire quand j'ai dit que je ne vous voulais pas de mal, dit-il en brisant le silence.
-Comment te croire ? demande Karel en grondant.
La réponse de Clayton nous surprend tous les deux. Il relâche son étreinte sur moi en soupirant et se lève, me permettant de rouler sur le côté afin de rejoindre mon alliée et m'éloigner du carrière. Le javelot de Karel se tend dans la direction de Clayton, qui se contente de reculer de quelques pas en écartant les bras pour montrer qu'il ne nous veut pas de mal.
-J'ai cru comprendre que tu t'étais mis Lothar sur le dos ? lance-t-il à mon intention, un sourire sur les lèvres.
Ne sachant quoi répondre, je hoche de la tête.
-Au moins, on a quelque chose en commun. Ça t'étonne ? ajoute-t-il devant mon air surpris. Tous les tributs du district Quatre ne sont pas nécessairement des monstres.
Voyant que nous ne comprenons pas où il veut en venir, l'adolescent déballe tout son sac.
-Écoutez, vous avez besoin d'aide contre les carrières, autant que j'en ai. Je veux m'occuper de leur cas, mais je ne peux pas le faire seul. Ce que je vous propose, c'est une alliance. Juste le temps de tuer Lothar. C'est tout.
-Comment espères-tu qu'on fasse confiance à un carrière ? je rétorque.
-Je ne suis pas un carrière. Pas vraiment.
-«Pas vraiment» ?
-Bon, j'ai reçu l'entraînement requis, ok ? C'est mon père qui voulait la gloire d'un vainqueur, pas moi. Mais je me suis arrangé pour que les carrières me haïssent à mort.
-Comment ?
-En tuant ma partenaire de district, Hailee, par exemple.
-Tu as fait quoi ? s'étrangle Karel. Mais ton district ne va jamais…
-Me pardonner ? La moitié de mon district est fan des Hunger Games. La moitié qui a tous les pouvoirs. Si je gagnais après avoir planté ma lame dans la poitrine de cette salope arrogante, je serais quand même acclamé comme un putain de héros.
Plus il parle, plus la colère déforme ses traits. Toujours en gardant ses distances avec nous, Clayton commence à faire les cent pas. Sans être un rebelle dans l'âme comme moi ou Karel, il bout d'une colère au moins équivalente à la nôtre. Il nous apprend ainsi que son père s'est servi de son jeune frère comme d'un moyen de pression. Si lui ne devenait pas un carrière, son frère subirait l'entraînement. Toutefois, le matin de la Moisson…
XXXXXXX
Une semaine auparavant
District Quatre
Clayton Odair
-Comment OSES-TU ?! hurle père, le visage livide.
Il tente de me gifler, mais j'esquive aisément l'attaque et lui bloque le poignet. Non seulement je viens de détruire tous ses espoirs égoïstes, mais en plus, je retourne l'entraînement qu'il m'a forcé à subir contre lui. Sa rage ne fait que s'accroitre, mais il ne tente plus de me frapper. Tant mieux. J'aimerais mieux ne pas le blesser…
-Tu ne m'obligeras pas à participer aux Hunger Games, j'annonce, catégorique. Et Leon est trop âgé pour devenir un carrière. Tous tes moyens de pression sont détruits.
Mon père tremble un peu, puis s'affale sur sa chaise. Voilà, je lui ai dit. Après avoir passé toute mon enfance à me faire entraîner et torturer pour ce moment, je peux enfin lui annoncer que je n'ai jamais eu l'intention de me porter volontaire. Je sacrifie probablement un pauvre gamin à la mort, mais je ne veux plus jamais jouer son jeu.
En fait, la seule raison qui me pousserait à me porter volontaire, ce serait si le nom de Leon sortait…
-Pourquoi me fais-tu ça, fils ? demande-t-il d'un ton geignard. Ne t'ai-je pas tout donné ?
-Si ruiner mon enfance et mettre la vie de ton fils cadet dans la balance est ta définition de «tout donner», je ne veux même plus te considérer comme mon père ! Je suis un homme, maintenant ; dès la fin de la Moisson, je quitterai la maison. Et si tu t'avises de faire des conneries avec mon frère, je te jure que j'exigerai d'obtenir sa garde.
Ma menace est sérieuse, et il le sait. Ne disant plus rien, je quitte ce père indigne et m'aventure dehors. Je suis accueilli par l'air salin, si familier. Ce n'est pas vraiment de sa faute. Toute la population du district est habitée par une passion des défis et des compétitions. C'est dans notre sang. Sans pour autant apprécier le Capitole, les Hunger Games constituent en quelque sorte l'ultime défi des braves. C'est pourquoi nous avons aussi nos carrières, bien que moins nombreux que ceux du district Un ou Deux.
Mon jeune frère de seize ans m'attend à l'extérieur, occupé à mâchonner quelque chose. Je soupire de découragement en découvrant qu'il s'agit encore de sucreries.
-Leon, tu vas te pourrir les dents, à bouffer ces cochonneries.
-Je ne peux pas m'en empêcher, dit-il en haussant des épaules. Et puis, on a si peu de luxe ici ; pourquoi ne pas profiter de celui-là ?
-Je te jure qu'à la quantité de sucre que tu manges, ta dépendance va se transmettre à tes descendants.
Nous rions, puis nous partons pour la Moisson, comme tous les autres enfants. Des rumeurs circulent comme quoi cette année, pour commémorer les vingt-cinq ans de la fin de la rébellion, ils vont faire une édition spéciale…
XXXXXXX
Malek Roxen
-Je n'avais aucune chance de m'en tirer, avec ce système d'élection, annonce Clayton en terminant son court récit. Mon père a convaincu aisément tout le monde de me choisir, vu mon entraînement. Il n'y a que mon frère qui est venu me voir avant mon départ pour le Capitole. Et me voilà.
-Pourquoi tu veux tant tuer Lothar ? je demande.
-C'est mes affaires, rétorque Clayton. Mes conditions sont claires : nous avons tous les trois besoin de décimer cette meute avant qu'elle ne fasse de réels dégâts. Vous n'avez pas besoin de m'apprécier, juste de m'accepter comme allié.
-Tu en penses quoi ? j'interroge Karel.
-Je ne lui fais pas confiance, dit-elle catégorique. Mais ses arguments sont sensés. Avec lui à nos côtés, nos chances de vaincre les carrières s'accroissent.
-Alors ? dit Clayton.
Un dernier hochement de tête échangé avec ma partenaire, puis je tends la main vers Clayton, qui la serre en retour. Sa poigne est solide, mais je crois que la mienne le surprends aussi, car il hoche de la tête d'un air approbateur.
À peine notre alliance est-elle conclue qu'un grondement de tonnerre retentit à l'extérieur. Le visage de Karel, jusqu'ici renfrogné, s'éclaire. Se saisissant des gourdes, elle annonce qu'elle va les remplir avec de l'eau fraiche, pour changer.
-Fais attention aux radiations, réponds Clayton. Qui sait si la pluie n'est pas irradiée…
-Si mon compteur s'affole, je rentre illico, promis.
Sur ces propos, elle s'élance à l'extérieur, zigzagant entre les voitures dévastées afin de trouver un bon endroit. La pluie commence à tomber, alors qu'elle cherche toujours où placer les gourdes, quand je réalise que quelque chose ne va pas. Un cri s'échappe de sa gorge tandis qu'elle lève les bras au-dessus de sa tête. Ses cris se muent en hurlements de douleur, et elle bat en retraite aussitôt. Je remarque alors que son manteau semble se désagréger au contact de l'eau…
C'est alors que je comprends, saisi d'horreur. Cette pluie est acide ! Dans mon district, c'est un phénomène normal, à cause des vapeurs toxiques des usines. Je sais donc combien cette averse drue peut être dangereuse. Je hurle à la jeune fille de faire vite, mais soudain, son pied glisse et elle s'étale au sol. Terrassée par la douleur, elle n'est même plus capable de songer à se relever…
-Karel ! je m'exclame en me précipitant dehors à mon tour.
Je rejoins mon alliée en plusieurs enjambées, et déjà, je sens l'acide me brûler les épaules et le crâne. Je ramasse le corps presque inerte de la jeune fille avec une force qui me surprend moi-même et entame le retour vers l'abri relatif du bâtiment.
Cette pluie acide est trop virulente pour être naturelle, je comprends dès les premières minutes. L'acide qui nous tombe dessus doit être un cocktail spécialement développé en laboratoire pour les Jeux. À quelques mètres de l'entrée, j'aperçois Clayton qui vient nous rejoindre. Il dépose son manteau sur le corps de Karel et la prend entre ses bras avant d'avaler en quelques instants la distance qui nous sépare du toit. Quel soulagement d'être à l'abri !
-Vite Malek, me dit-il. Il faut s'occuper de ces blessures.
Il retire son manteau, puis celui de la jeune fille qui va terminer de se dissoudre dans un coin. Le dos, les épaules et les bras de Karel sont couverts de marques de brûlure comme si la chair s'était mise à bouillonner, arborant maintenant une couleur brunâtre aux zones touchées. Elle est restée trop longtemps sous la pluie, c'est la seule raison que je vois pour expliquer pourquoi elle a plus morflé que moi.
-Il va falloir lui retirer ce t-shirt pour panser les plaies, annonce Clayton en me regardant dans les yeux.
-Je te demande pardon ?!
-Les fibres risquent d'infecter la plaie. Il va falloir que tu t'en occupes, parce que je doute qu'elle apprécierait si je la touchais.
-Je ne connais rien à la médecine !
-On est deux alors. Allons Malek, il s'agit de mettre des pansements, pas de faire une chirurgie du cœur. Ça ne doit pas être si compliqué que ça !
Encore une fois, il a raison, mais ce n'est pas tout à fait ça qui m'ennuie. C'est le fait de devoir déshabiller, même en partie, ma partenaire qui me dérange. Le rouge a dû me monter aux joues, car Clayton me demande, un rien de moquerie dans la voix :
-Malek…tu ne serais pas puceau, par hasard ?
-La ferme ! je m'exclame. Va donc chercher ces pansements.
Mon nouvel allié ricane, mais n'insiste pas. Alors qu'il se dirige vers son sac à dos pour y trouver sa trousse de soins, j'entreprends de retirer les restes du t-shirt en m'efforçant de frotter le moins possible sur les plaies…et de voir le moins de détails compromettants. Bon sang, elle ne pouvait pas mettre un soutif ? Heureusement, je peux la tourner sur le dos, puisque l'avant de son corps est essentiellement intact. Karel a perdu connaissance depuis quelques minutes.
Un cognement sourd retentit à l'entrée du bâtiment, et un conteneur métallique accroché à des fragments de parachute vient rouler dans ma direction. Il s'agit d'un sponsor ! Le cœur battant, je me saisis de la boîte cylindrique à l'épreuve de l'acidité pour y découvrir un tube de crème contre les brûlures. Exactement ce qu'il me fallait.
J'applique avec soin, bien qu'un peu de gêne la pommade sur les plaies. L'effet est pratiquement miraculeux, et le temps que je finisse, les saignements ont complètement cessé. Je panse ensuite de mon mieux les blessures, ce qui utilise toute la réserve de bandages que nous possédions à nous trois. Finalement, j'emmitoufle Karel dans ma couverture et attends son réveil. Pendant ce temps, Clayton allume un feu avec quelques débris de bois trouvés dans le bâtiment.
-Tu vois, raille-t-il, ce n'était pas si difficile.
-Je ne veux plus entendre un mot là-dessus.
-Franchement Malek, t'as quel âge pour que voir les seins d'une fille te mette mal à l'aise ?
-C'est juste que...enfin...je balbutie en évitant son regard.
-Dire que tu vas probablement mourir puceau…c'est pas croyable.
-C'est bon, t'as fini ?
-Ok, je te fiche la paix. Si on ne peut même plus rigoler. Sur une note plus sérieuse, je suppose que tu comptes retrouver ta petite sœur ? Cette gamine timide qui grimpe comme un écureuil ?
-Oui. Et une fois que je l'aurai trouvé, la protéger sera plus important à mes yeux que de décimer les carrières. Tu es conscient de ça ?
-Hé, j'ai jeté mon enfance aux ordures pour protéger mon frère. Je comprends ça, ne t'en fais pas.
Clayton ne parle pas de l'éventuel choix que je devrai faire concernant Elisa et moi. Qui de nous deux aura sa chance de survivre aux Jeux ? Moi ou elle ? Tout comme cette alliance, qui devra éventuellement se terminer dans la violence, je préfère ne pas y penser.
XXXXXXX
Jour 3
Karel revient à elle le lendemain matin. Malgré l'épreuve qu'elle vient de subir, sa première réaction est de s'exclamer que quelqu'un lui a volé ses vêtements. C'est Clayton qui lui explique tout, depuis la perte définitive de son t-shirt et de son manteau aux soins que je lui ai prodigués avec mon cadeau de sponsor. Grâce au ciel, il tait la discussion ridicule qui a suivi.
-C'est bien joli, dit-elle avec agacement, mais je ne vais quand même pas me balader la poitrine à l'air !
À peine dit-elle cela qu'un autre parachute tombe à l'entrée, lui aussi portant le numéro de mon district. Je trouve à l'intérieur une chemise bleue qui s'avère être précisément de la taille de la jeune fille. Probablement que son styliste a été consulté. Quand Clayton exprime son étonnement considérant que je reçois le cadeau destiné à Karel, elle se contente de répondre qu'il y a peu de chance que son mentor lui envoie quoi que ce soit.
-C'est Ekhart, pas vrai ? demande-t-il à notre étonnement à tous les deux.
-Comment tu sais ? demande-t-elle une fois décemment habillée.
-À ton avis ? J'ai étudié les méthodes de tous les vainqueurs de tous les derniers Hunger Games. Il est la principale cause d'échec des tributs du Douze.
-Bon, je dis pour changer de sujet. C'est bien beau tout cela, mais maintenant, quel est le plan ?
Nous passons la journée entière à débattre d'une stratégie. Lorsque l'hymne retentie dans la soirée, aucun mort ne vient s'afficher dans les cieux, et aucune autre averse acide ne tombe. Au final, nous nous entendons sur une chose : les carrières se sont probablement rendues dépendants aux provisions de la corne d'abondance. Je me rappelle de la réaction enfantine de Lothar lorsque les instructeurs nous avaient privés de repas. Il est probable qu'ils aient mis leur camp de base au pied de la tour de métal, là où ils peuvent avoir un accès facile à tout le matériel dont ils pourraient avoir besoin. Et ce serait de là qu'ils lanceraient leurs expéditions de chasse à l'homme.
Il nous est impossible de rester plus longtemps dans ce bâtiment. Après une journée sans carnage et treize tributs encore en vie, il ne va pas s'écouler beaucoup de temps avant que les Juges ne fassent bouger les choses. Autant avancer tant que c'est encore de notre plein gré que nous le faisons.
Au matin du quatrième jour dans l'arène, nous empaquetons nos affaires et partons de nouveau dans le labyrinthe des ruines de cette cité inconnue de l'ancien monde.
« Tu veux un morceau de sucre ? »
Bravo à hana et à MonsterMaster, qui se gagnent tous les deux un cookie. Je vous laisse décider comment vous vous le partagez (j'ai pas dit un cookie par personne, hein).
