Chapitre 13 : Scène de crime

Les pieds dépassant du dossier du fauteuil, la tête en bas, j'expire un petit nuage de fumée. Les cigares de papa sont parfaitement disgusting, mais quand on s'ennuie, qu'il fait froid et qu'il neige, on ne crache pas sur la distraction.

-Allons Gladys, je t'en prie réfléchis un peu ! Y avait-t-il la peste au temps où tu travaillais ici ?

-Laisse donc, Wendy, me conseille Lily. Cette pauvre fille ne sait pas aligner trois mots.

-Je...je... des rats, mais Mrs Rosamund était si bonne avec nous !

-Plait-il ?

-Mrs Rosamund est allée cueillir des champignons, un soir de pleine lune, dans la forêt la plus proche, et elle nous a sauvés ! Dieu bénisse cette femme, s'exprime enfin le fantôme.

-Elle vous a sauvés avec une poignée de truffes, ricané-je.

-Et tout le Chemin de Traverse était infesté ? S'enquiert Lily, très intéressée par l'affaire.

-Le Chemin de Traverse n'existait pas encore, nous habitions Charing Cross Road en harmonie avec les moldus. Mrs Rosamund était une guérisseuse très connue, tout le monde venait chez elle pour boire ses potions magiques qu'elle déguisait en « infusion de simples ». Mon maître l'appréciait beaucoup, il l'invitait souvent à boire le thé dans son boudoir.

-Dis plutôt qu'il se la tapait, je glousse, amusée par la naïveté de cette domestique.

-Voilà qui est intéressant, tu as bien tout noté Wendy ? Notre devoir d'histoire de la magie sera fabuleux, se réjouit Lily en faisant fi de mes paroles moqueuses.

-Oh oui, c'est Bintz qui sera heureux. Merci Gladys tu peux disposer.

Le fantôme de l'ancienne jeune servante du château se retire, se rendant sans doute dans un coin sinistré du château où nul n'aurait la hardiesse de la suivre. Mes oreilles me signalent que quelque individu a allumé le transistor.

-Whisper to me, tell me do you love me true, or is he holding you the way I do ?

Qui est l'imbécile heureux qui profère pareilles paroles ?

Jim Reeves, sur la RITM. He'll have to go. Bah qu'il parte vite, parce que je ne souffrirai pas une parole de plus. Je coupe net la radio d'un geste sec de ma baguette magique.

Un concert de protestations me changer de camp et rétablir Jim en quatrième vitesse.

-Merci ma fille, soupire de bien-être Mémé dans la pièce à côté.

-Merci Wendy, renchérit Lily en roulant son parchemin de devoirs.

Puis, son regard se fait rêveur... Dreams, des Fleetwood mac. Je dois avouer que je commence moi aussi à regarder par la fenêtre avec un air inspiré. Je toussote, et Lily sort de sa léthargie.

-Ah au fait, tu as reçu une lettre d'Alice ? Elle m'en a envoyé une très loquace ce matin par hibou, Me fait-t-elle la conversation, en se frottant les yeux de sommeil.

-Non, elle s'est contentée d'une carte postale pompeuse décorée une jolie tour Eiffel et d'un bref mot « Un petit coucou de France où je passe d'excellentes vacances, l'air est frais mais vivifiant, le décor grandiose. Bonnes fêtes de fin d'année, on se revoit très vite. Bises, Alice J. »

-C'est vrai que ce n'est pas très personnel...

-C'est-à-dire que nous ne sommes pas tellement proches.

-Ah ? Mais on se connait depuis si longtemps ! Proteste Lily, naïve.

-Je ne lui parle que lorsque c'est nécessaire, grincé-je.

-Qu'est-ce que tu es misanthrope !

-Qu'est-ce que tu es niaise !

-C'est la jeunesse qui veut ça, réplique Lily, vexée.

La musique change...et on continue la misère avec Aretha Franklin... Mama mia, l'amour me suit partout comme un petit chien. Cette fois, Lily se lève de son fauteuil et de met à chanter en se déhanchant sur le dancefloor.

-What the hell, je jure avec l'accent du parfait british. On va se bouffer tout le répertoire ?

Ma belle-mère attrape la main de Lily et la fait tournoyer, puis elles enchaînent sur une chorégraphie minable qui me fait rougir de honte.

-Forever forever you'd stay in my heart and I will love you ! Forever and ever we never will part oh how I love you !

-Nan mais je rêve, je vais leur faire la peau à ces connards ! J'entends soudain beugler mon père de son boudoir, pièce adjacente au salon.

-Allons allons Franz, rouspète sa mère dans la cuisine dont l'entrée se trouve en face de celle du boudoir.

Je crois qu'elle prépare son fameux râgout de citrouille à la cannelle.

-Ma mie, je crains que malgré sa grossièreté, votre fils ait raison : Ces fils Abercorn méritent la mort la plus lente et douloureuse qui soit, la contredit le fantôme du Comte Theodosius des Bruyères, les sourcils froncés. Il ne faut pas oublier que ce pendard de Comte Ludwig d'Abercorn m'a dépossédé de plusieurs parcelles de MON terrain, de MON bien !

Theodosius est le premier propriétaire de notre beau Château. Il a été empoisonné au cyanure par son voisin, Ludwig, et depuis il maudit chacun de ses descendants.

Qu'il est agréable d'asperger de poison le potager du voisin, faisant ainsi d'innocents légumes l'arme parfaite du crime.

-Des feux d'artifices le soir de Noël, ils me narguent sous mon nez les imbéciles, grogne mon père en ignorant le Comte, faisant craquer les jointures de ses mains (je les entends du salon).

Mon père hait les artifices en tous genres.

-Je peux leur jeter des pétards ? Demande mon frère Doug avec espoir.

-Je peux l'accompagner ? Je rétorque aussitôt, jalouse qu'il ait eu cette brillante idée avant moi.

-Moi aussi ? En rajoute Lily, tout excitée de se divertir.

C'est qu'on s'ennuie, ici.

-Allez-y, et revenez à temps pour le dîner... soupire ma grand-mère.

Lily, mon frère et moi n'en demandons pas plus pour sortir nous dégourdir les pattes. Tout en marchant vers les haies nous séparant des voisins, nous attrapons quelques gnomes et les séquestrons dans des sacs après les avoir ficelés à un pétard. C'est monstrueux. Mais ces satanés gnomes se servent dans notre potager, il fût un temps où l'on pendait pour moins que ça.

Arrivés devant la clôture des Abercorn, nous bataillons pour le statut du meilleur lanceur de l'année. La totalité de nos projectiles lancés, nous mesurons les ravages. C'est une véritable hécatombe. Des bouts de gnomes sont disséminés dans tout le jardin, baignant dans leur sang.

-A gerber, commente mon frère.

-Je confirme, opine Lily.

Un gnome originaire du jardin Abercorn sort de son terrier. Il renifle l'air pollué par l'odeur du sang. Il court à toutes jambes vers la tête la plus proche, observe le sang, s'évanouit. Un autre gnome apparaît, rejoint par un troisième puis un quatrième... tous tournent de l'oeil.

-Rentrons, avant qu'ils reprennent leurs esprits et observent nos visages... ils pourraient avoir l'esprit revanchard, nous conseille Doug, fin stratège.

Je sens un tapotement contre ma cheville. Je me penche et aperçois une pomme de terre armée d'une hache miniature.

-Trop tard... je glisse à mon frère avec un sourire sadique.

Je prends le gnome par les pieds, lui arrache sa hache des mains et commence à le faire tournoyer pour lui faire oublier ses repères.

-Oh-oh...m'interrompt Lily alors que je commence à prendre mon pied.

Une armée de pommes de terres nous fixe de leurs billes noirs. Un gnome plus grand que les autres, sans doute le chef, abat soudainement la main.

Les patates se ruent vers nous.

Nous courons ventre à terre nous réfugier en lieu sûr.

OoOoOoOoOoO

Nous sommes en plein repas, en train de nous empiffrer comme des bêtes. Ca pour un gueuleton, c'est un gueuleton. On a de quoi manger pour dix jours.

-TOUTATIS ? TOUTATIS ! TOUTATIIIIS ! Tempête un mec venu du milieu de la table, visiblement en proie à un stress.

C'est Marcus, l'homme qui s'est pendu parce que son chien Toutatis est mort de vieillesse. L'idiot ne s'était pas rendu compte qu'il avait peur de la mort. Voyez le résultat : il est condamné à vivre éternellement sans son clebs.

-Marcus, tu empiètes sur le pudding, le documente Scarlett, ma soeur.

-Oups pardon, je voulais pas, s'excuse le spectre en poussant son gros derrière loin de la bouffe.

-J'aime mieux ça, réplique Scar.

Son fiancé, assis à côté d'elle, disparaît derrière un poulet rôti. Il le tient fermement et en arrache sauvagement la viande avec les dents, avalant goulûment le tout. Doug tend une main désepérée pour atteindre le plat de steak, mais déjà, mon père empale le dernier à son couteau. Tandis que les hommes se disputent la viande fraîche, nous les femmes préférons les légumes et le fromage, plus sains pour notre ligne.

-Des pommes de terre ? Propose aimablement Gaga en tendant la casserole encore bouillante à Lily.

Elle frémit, puis déglutit difficilement. Les patates ont la même gueule que les gnomes avec lesquels nous venons juste d'entrer en guerre. Un ennemi est un peu comme un égal, auquel il faudrait prouver sa supériorité. Annibal Lecter n'aurait fait qu'une bouchée de ces être égaux, les aurait peut-être assaisonnés d'un peu de sel et de poivre. Un chef sioux aurait conservé la peau grisâtre en guise de scalpe. Mais pas Lily, Lily est une personne magnanime. Je suis certaine qu'elle n'aurait pas hésité à rendre leur liberté à ces potatoes si elle n'avait pas été notre invité.

-Un bièraubeurre ? Interroge Frankenstein, interrompant le fil de mes pensées.

-C'est pour moi, je réponds en levant le doigt. Merci, garçon.

La classe, le Majordome a accepté de jouer les serveurs ce soir. J'ai l'impression de passer une soirée dans la haute bourgeoisie.

-Un sirop aux orties pour Mademoiselle, ajoute-t-il en déposant un grand verre empli d'une substance verte aux gros morceaux jaunes gluants devant Lily.

-Oh... miam, on dirait que j'ai encore bien choisi, ironise-t-elle, dégoûtée, au bord de la nausée.

Après les pommes de terre, voilà qu'on lui sert un breuvage infect. Je suis sûre qu'ils le font exprès pour garder les bonnes victuailles pour eux. Radins. Grippe-sous.

-J'ai dû confondre avec la morve d'écureuil, marmonne le Majordome.

-Ca existe ?

-Tiens, ça vaut mieux pour toi, réplique mon frère en lui tendant un verre d'eau.

Economique, passe-partout. Un coup de maître. J'incline respectueusement la tête vers Douglas.

-Et un thé noir pour Madame, continue Frankenstein les yeux soudain pétillants en lissant sa cravate.

-Pas plutôt un filtre d'amour ?

-Wendy, proteste Scarlett alors que Grand-mère Mariska boit une gorgée de thé en gloussant comme une dinde.

-Roh je taquine, je taquine...

Il n'empêche que Frankenstein le Majordome éprouve de tendres sentiments pour la doyenne de la famille et que ceux-ci sont partagés.

Que les intrigues à la Cour sont passionnantes ! La dernière en date a été l'idylle de mon frère avec l'une des filles du quartier. J'avais gagé qu'elle ne durerait pas plus de trois mois. Je m'étais leurrée.

Doug n'a pas tenu trois semaines.

-Le dessert ! Le dessert ! Scandent Gaga et Roger, mon beauf, en frappant de la fourchette sur la table.

-On reconnaît tout de suite les gros, les raille mon père en perdant son langage aristocrate.

-J'aurais pas dit mieux, ricane Scarlett.

-Normal, t'es aussi svelte que mon petit doigt, la charrie mon frère.

Tiffany coupe les protestations de sa mère en accourant à toutes jambes chez François.

-Pépé, Pépé, tu as vu ma poupée ?

-Un peu que je l'ai vue, puisque c'est moi qui l'ai achetée, grince-t-il. Le prix de trois pains frais et un rôti de boeuf.

-Et voilà, le Père Noël n'est plus qu'un mythe, il a perdu toute sa magie grâce à Pépé qui ne sait pas tenir sa langue, soupire Doug en récoltant des regards condescendants de la tablée.

Le pauvre a eu un rappel à la réalité assez... perturbant. Assez pour traumatiser un gosse de douze ans. Et dire qu'il était déjà en deuxième année. L'intelligence ne vole pas bien haut chez les Balzary.

-Pépé, prends ma poupée elle a peur, murmure Tiff en jetant un regard de biche effrayée au Comte qui regarde par la fenêtre d'un air malfaisant.

Lui, il fomente un plan pour nuire aux voisins.

-Oh oui pépé, prends la jolie poupée, je minaude.

Mon père me jette un regard mauvais et prend la poupée du bout des ongles d'un air dégoûté.

-Une chanson dou-ceuh que me chantait mon pépé ! Je chante joyeusement. En suçant mon pou-ceuh je m'endormais tendrement !

-Toi tu vas t'en prendre une, m'avertit mon père en crissant des dents.

-Bien sûr, je réponds pleine de sarcasme en croquant dans une meringue. Avec le joli poupon dans les bras...

-Petite effrontée...susurre mon père d'une voix calme. Tu vas comprendre ta peine...

Je croise ses yeux sombres et cruels. Cet homme est capable des pires tortures. Je déglutis difficilement puis baisse la tête, penaude.

-Alors on la ramène plus ? Savoure mon père.

Je serre les dents. La rébellion est intérieure.

-Muffins ? Nous propose une Lily pacifiste en nous tendant un panier.

-Trinquons à nous, aux Balzary ! Promeut mon père en levant son verre de vin rouge.

-A la nôtre ! Renchérissons-nous en coeur en entrechoquant nos verres.

-Et à nos invités, ajoute Gaga la main sur le coeur, alors que j'incline la tête avec approbation.

-Merci de m'avoir évité un réveillon chez les Dursley, réplique Lily avec une note de tristesse dans la voix, tripotant le nécessaire à lettres que je lui ai offert.

J'ai oublié de lui préciser que ce sont des beuglantes.

OoOoOoOoOoO

Le trente-et-un décembre, huit heures du matin. Les yeux injectés de sang, je lis le cadran de mon réveil.

Lily vient de s'endormir.

Il m'aura fallu plus de dix heures pour la coucher. Je suis épuisée. Cette fille est increvable. Elle était tellement « excited » de faire la bringue ce soir qu'elle tenait plus en place.

Enfin, je l'ai calmée. Elle dort à point fermés.

C'est tout nouveau pour elle, à Poudlard la nonne se couche à vingt deux heures maximum.

L'an dernier avec Diego on glandait jusqu'à minuit dans nos dortoirs respectifs puis les loups sortaient de leur tanière et on allait faire les quatre cent coups dans les couloirs, sous le pif de Rusard.

Souvent, on finissait la nuit dans son bureau.

Parfois, les Maraudeurs se joignaient à nous.

On était loin des neufs heures de sommeil des pieuses du dortoir.

Tout ça pour dire que Lily depuis qu'elle est chez moi goûte à un plaisir nouveau, un plaisir interdit, un plaisir qui causera sa perte. La décadence de Lily est amorcée et ce grâce à moi.

Je ris de Lily mais cette année je me couche en même temps qu'elle. Je ne dors pas immédiatement mais j'ai rien d'autre à faire, Diego passant ses soirées, sans doute, à quelque messe noire où il célèbre son futur maître.

J'ouvre ma porte d'un coup de pied et me laisse glisser sur la rampe d'escalier. Seule Mère-grand siège dans la cuisine. Je récupère un croûton de pain et me mets à en arracher la mie comme une sauvage. Faut pas avoir peur de se casser une dent. Je jette le reste par la fenêtre où une volée d'oiseaux affamés se jettent dessus et ouvre le garde manger pour attraper un croissant.

-Laisse ça à ton père, goinfre ! Me reproche Mariska.

-Il est pas là, je lui réponds en engloutissant d'une bouchée la moitié de la viennoiserie.

-Il est sorti promener le chien, annonce-t-elle comme si elle m'apprenait un secret que j'ignorait jusqu'alors.

-Comme cous les chours, je baragouine, la bouche pleine.

-Cette fois il ne reviendra pas avant ce soir.

-God, mais quelle perte, j'ironise.

-Il va rendre une petite visite funèbre, susurre grand-mère, l'oeil sournois.

Mais qu'est-ce qu'elle me chante là ?

-Il est allé rendre visite à ta mère... continue-t-elle. Ce sera comme ça pendant toute la semaine.

-Je sais, c'est la semaine de l'anniversaire de sa mort, il nous fait le coup tous les ans, je rétorque d'un ton que je veux blasé.

-Tu ne t'es jamais demandé pourquoi ton père avait séjourné en prison ? Demande soudain Mémé d'une voix pleine de sadisme.

-Non et je préfère ne rien savoir, je lui réponds sèchement.

J'ai pas envie d'apprendre que mon père est un meurtrier ou pire, un sectaire de chez Voldemort. Je préfère rester dans l'ignorance.

-Tu préfères préserver ton innocence... mon enfant, il va bien falloir grandir, me sermonne Mariska.

Allez, qu'on en finisse.

-Qui est le malheureux ? Je l'interroge, espérant que je fais fausse piste.

Ses yeux jette soudain des éclairs.

-Le médecin chargé du cas de ta mère...

-Il... il l'a assassiné ? Je balbutie, horrifiée.

-Non mais il l'a joliment amoché, me dit-elle de son accent de l'est.

J'expire bruyamment.

-Vois-tu, ce facétieux médecin avait laissé ta mère partir très tôt de la maternité, croyant qu'elle se portait à merveille. Malheureusement elle est décédée dans les jours qui ont suivi, mais St-Mangouste s'en est lavé les mains puisqu'elle ne séjournait plus à l'hôpital... Ton père a voulu venger ta mère et a rendu une petite visite au médecin... Défiguré, qu'on nous a appris par la suite, Termine-t-elle en reprenant son souffle.

Eh bien ! Toute une histoire...

-BONJOUR ! Nous salue Lily avec un grand sourire.

Ah, on peut dire qu'elle tombe à pic pour nous éviter les larmoyantes répliques comme « oh, grand-mère, papa n'était donc pas coupable du crime dont tout le monde l'accuse, il en a commis un moindre ! » « oui ma chérie, pardonne-lui tous ses péchés et que dieu te garde » « oh grand-mère, comment pourrais-je jamais lui en vouloir ? » Bref, et tout le monde s'embrasse et est heureux comme au doux pays des bisounours. Merci, je passe mon tour.

Hinhin, et dire que je croyais Lily endormie pour de longues heures.

-T'as l'air de péter le feu, la raillé-je.

Elle se sert dans le garde-manger, prenant le dernier croissant.

Elle a fait beaucoup de progrès depuis le début des vacances. Elle se serait laissée mourir de faim la première semaine.

-On fait quoi ce matin ? Demande-t-elle, le sourire aux lèvres.

-Pourquoi pas un bavboule géant, je vais prévenir les autres pour un tournoi ?

-Non pitié, on en a fait un il y a deux jours, geint-elle.

-Tu as une meilleure idée ?

Quelques heures plus tard, Lily et moi nous pomponnons devant le miroir de la salle de bain.

-Je me demande bien pourquoi je fais tant d'effort, je grince en effilant ma plus jolie jupe bohème.

-Pour plaire à un certain garçon ? Propose Lily avec un clin d'oeil complice.

-Pour plaire à que dalle, je peste en observant mes formes, pour ne pas dire ma graisse, outrageusement généreuses.

-Oh je t'en prie, ne nous fais pas un complexe de poids, s'exaspère-t-elle, mince comme un clou.

-Vous avez perdu du poids depuis quinze jour, intervient nul autre que la balance.

-Pas étonnant, vu comme on est rationnés...

-Tu viens, on va demander à ta belle-mère ce qu'elle a prévu pour nous emmener chez James, propose Lily enthousiasmée.

Quelques minutes plus tard, la voilà pâle d'inquiétude. Je m'exclame, pas certaine d'avoir bien entendu :

-WAS ?

-Je ne débourserais pas UNE NOISE pour de la poudre de Cheminette ou un vieux coton-tige portoloin dégoûtant, démerde toi avec ton permis ! Me crache ma belle-mère au visage.

En voilà une de bonne humeur ce soir dites-moi. Mon père n'est toujours pas rentré de son « recueillement », ce doit être ça.

-Tous des rapiats dans cette famille ! AVARES ! J'accuse en pointant du doigt.

-Qu'est-ce qu'on fait alors ? Demande Lily, impatiente.

Déjà, c'est pas moi qui vais nous faire transplaner, je tiens à rester entière.

-T'avais qu'à naître avant, parce que compte pas sûr moi pour risquer ma peau pour cette foutue fête, je grince des dents, de mauvais poil.

C'est l'autre, là, avec ses plans merdiques. Et Lily n'a toujours pas son permis de transplanage, étant trop jeune. Maintenant elle le paye.

-Trouve une solution Wendy !

Elle frappe du pied, attendant que je lui ponde une idée toute belle tout chaude dans la seconde.

-La semaine dernière j'ai été payée en nature... nous chuchote la voyante de la famille, toute énigmatique.

-Ah oui ? Interroge Lily en haussant un sourcil. Poursuivez Mariska.

-Tapis perses.

-Et que doit-on comprendre ? Que tu t'es faite avoir comme une bleue et qu'en plus tu t'en vante ? Je rétorque, mauvaise.

Ma grand-mère m'insulte en roumain pour mon insolence.