~Guéris-moi~

Résumé : La guerre est finie, elle devrait être heureuse, elle a tout pour. Pourtant, Hermione s'enfonce dans une dépression jour après jour, sans que ses amis ne voient rien. Tous se laissent berner par son bon jeu d'actrice. Tous sauf un. Le dernier auquel elle s'était attendue.

Couple : DM/HG

Rating : K

Disclaimer : C'est Rowling le génie, pas moi.

Pte Note : au lieu de parler de mon abominable retard, je préfère être optimiste et parler des bonnes nouvelles *tentative de détournement de reproches* alors ! ce chapitre fait... 18 pages word. Je me suis dit qu'après autant de temps, fallait que je me rattrape un peu. Et on a presque tous les persos, comme je l'avais promis.

La suite des bonnes nouvelles à la fin, faut les éparpiller, c'est plus sympa ! Ah et un grand merci à Loufoca Granger : si elle avait pas pris de nouvelles, mon chapitre aurait été effacé du "doc manager", vu qu'il y moisissait depuis presque 60 jours. Ca aurait été le drame... Donc merci pour ta persévérance !

Je crois avoir répondu à toutes les reviews mais si c'est pas le cas, hésitez pas à m'engueuler.

RAR :

Nyanna : coucou ! contente que tu aimes cette fic. Elle me donne beaucoup de boulot mais aussi beaucoup de plaisir à écrire :) j'avais l'impression que les persos était légèrement OOC comme on dit mais je me range à ton point de vue : c'est parce qu'ils ont muri :D sérieusement, c'était un vrai pari de faire se rencontrer Draco et Hermione juste après la guerre sans que ça aie l'air bizarre alors si tu trouves que c'est réussi, je suis ravie ! La psychomage seule dans ? Alors là j'en sais vrt rien. Mais je doute d'être la seule à avoir eu cette idée. Après les reviews, c'est vrai que j'ai poussé un coup de gueule (30 ajouts en favoris ou autre pour 2 reviews, c'est trash non ?) mais je t'en voudrais pas de pas reviewer à chaque fois, même si ton petit mot m'a vrt fait plaisir. Merci bcp ! bizzz

Chouky21 : ravie que tu aies aimé ! Lire d'une traite, wahou, ça t'as pris combien de temps, par curiosité ? En tout cas merci beaucoup pour ta review, il n'y a rien de plus motivant. J'espère que la suite te plaira. Bisous

Sandrine : coucou ! Je suis contente que tu te sois décidée à m'écrire. J'espère que ça va te donner envie de le faire pour d'autres auteurs. Pour nous, c'est aussi le moyen de savoir ce que les gens pensent de notre écritures, de nos défauts et donc de nous améliorer. Parfois même, de modifier l'histoire quand les revieweurs ont de bonnes idées ! D'ailleurs si tu as des critiques n'hésite surtout pas, je suis aimes Jade ? Chouette ^^ C'est toujours difficile d'ajouter un nouveau personnage, de lui créer une histoire, un caractère, j'ai toujours peur que ça ne plaise pas. Quant au rapprochement entre Draco et Hermione... J'espère que tu ne vas pas changer d'avis au prochain chapitre car tout va s'accélérer ! Et oui, ta review me donne envie de continuer, évidemment ;) quand on sait que des gens suivent notre histoire, on se dit "allez, j'ai une responsabilité en quelque sorte, continuons !" Donc merci bcp pour ta review, je te laisse lire la suite. Bizzzz

La revieweuse qui n'a pas laissé de pseudo : je me demande comment c'est possible d'ailleurs ! sûr que Hermione et Draco ont besoin l'un de l'autre. Mais ça, Harry ne le sait pas. Tout ce qu'il voit c'est que le couple de son meilleur ami et de sa meilleure amie bat de l'aile et il pense que c'est la faute à Malefoy. Pour le reste... Je garde le suspens, tu verras bien :) j'espère que la suite te plaira et merci de m'avoir laissé un pt mot ! bisous

Anna Malefoy : oui, c'est vrai, souvent les fics commencent directement quand nos héros ont déjà du travail, quelques années plus tard. D'ailleurs j'aimerais pouvoir décrire les cours, leur faire passer plus de temps là bas. J'ai des fois l'impression qu'elle ne sert que de prétexte cette fac. M'enfin, y'a tellement d'autres trucs à dire aussi... Bref, je suis ravie que tu aimes, cette fic me tient vraiment à coeur et tes compliments sont tellements motivants :) merci beaucoup ! Cela dit, si tu as des critiques, tu peux aussi m'en faire part ! Je te laisse lire la suite, bisous

Cath : tout d'un coup ? Waaa... Je suppose que je dois bien le prendre, si ça t'as absorbée autant ! J'espère que le prochain chapitre te fera le même effet. Les reviews comme les tiennes me font toujours super plaisir et me motivent mais ça me mets aussi la pression, argh ! Merci beaucoup pour ta review, bisous

Sasou 5 : erf ! J'espère que tu es remise de tes émotions ! C'est pas du tout mon but de faire déprimer les gens avec cette fic, bien au contraire :s mais voyons les choses du bon côté : si ça t'as émue, ça devait être potable ^^ merci d'avoir "laissé ta trace" ! Je te laisse lire la suite, j'espère que tu aimeras et que tu ne pleureras pas ;) bisous

Anonymette : argh ! Vi je sais j'ai mis du temps, pour ce chapitre, pour le nouveau. J'espère que ça ne va pas te faire trop perdre le fil. Je devrais peut être faire un résumé tiens... C'est quoi ton pseudo enregistré au fait ? Dans ts les cas, voilà un nouveau chapitre, je te laisse lire, tu as assez attendu :s bizz bizzz, merci de ta review !

Lou : intéressante ? j'avoue que c'est la première fois qu'on me dit que ma fic est intéressante ! C'est bien mystérieux tout cela, si tu pouvais m'en dire un peu plus, ça me ferait vraiment plaisir :) Voilà la suite, merci bcp pour ta review. Bizzz bizz

Cline : alors là, c'est la 1ère fois que je tombe sur quelqu'un qui découvre Harry Potter et qui lit des fics en même temps ^^ ça va, ça t'embrouille pas trop ? Et vi, tu as raison, en Français c'est DraGO et non DraCO. J'ai pris ce mauvais penchant en lisant des fics anglaises et des traductions. Et une fois que l'habitude est prise... Merci bcp pour tes conseils de fics, je connaissais La complainte d'une edelweiss mais pas Leave me a chance. Sinon tu peux devenir la femme de Draco, ça sera plus simple. C'est vrai, quand on a un mec, on lui sert de tout ça (psy, médecin, garde du corps et secrétaire) non ? :D Mais je crois qu'il y a de la concurrence et que ça bagarre dur :) Bref ! Merci pour ta review, voilà la suite. J'espère que ça te plaira. Bisous


Previously on Guéris moi : Draco vient manger au Terrier, sur la demande de Mme Weasley. Le repas se déroule sans problèmes mais dans une atmosphère glaciale. Pendant que les Weasley débarrassent, Hermione décide de lui faire faire le tour du propriétaire. Draco apprend que les Weasley ne sont pas au courant de la dépression d'Hermione. Ils se promettent de s'en sortir à deux. Harry les trouve à ce moment, enlacés. Inquiet des sentiments qu'Hermione pourrait avoir -surtout qu'il a eu le temps d'observer leur relation à table- envers Draco, il lui demande de cesser de le voir.


13) L'envol

Dimanche 26 mai

Hermione glissa son bras sous celui d'Harry et ils s'avancèrent vers le Terrier. Rapidement, ils surent qu'ils avaient raison en tombant sur Ron, rouge brique, et Malefoy, d'une froideur glaciale. Tous deux ne les virent pas arriver. Harry et Hermione s'arrêtèrent à quelques mètres pour assister à la joute verbale.

Le caractère de Ron et celui de Malefoy étaient vraiment, vraiment, opposés. Le rouquin ne parvenait pas à rester en place. Il s'agitait sur place, nerveux, agitant les bras, les yeux étincelants de colère et le visage rouge comme dans ses meilleures crises. Incapable de se contenir, sa voix portait bien au-delà du potager des Weasley.

Malefoy restait les mains dans les poches, tranquille, impassible. Son visage ne reflétait qu'un profond ennui et il répondait à Ron de sa voix glaciale et traînante. Hermione songea un instant que Malefoy avait une classe naturelle que Ron ne posséderait jamais. Ce constat l'attrista pour Ron, autant qu'elle fit bondir son cœur, pour Malefoy.

- On ne change pas les gens comme ça ! éructait Ron. Ta famille a toujours donné dans le mal, et elle continuera ! Vous avez léché les bottes de V… Voldemort pendant une année et maintenant, tu essaies de te refaire une image en étant ami avec Hermione ! Tu me dégoûtes ! C'est vous les moins que rien !

- Et en quoi ton avis est-il censé me préoccuper ? répondit tranquillement Draco, après un instant de silence.

Ron le regarda avec haine et tendit un index accusateur vers le blond.

- Je l'avais dit. Tu reste un gamin pourri gâté jusqu'à la moelle, incapable de se remettre en question !

- Et comment peux-tu savoir ça ?

Ron resta interdit quelques secondes.

- Quoi ?

- Comment peux-tu savoir que je ne me remets pas en question ? Tu l'as dit tout à l'heure, nous ne sommes pas amis et nous ne le serons jamais.

Le visage de Ron se figea tour à tour dans une expression d'incompréhension puis de colère et légèrement de honte. Malefoy continuait à l'observer de son air méprisant et badin. Harry et Hermione sentirent qu'il était temps d'intervenir. L'atmosphère était tellement pesante qu'ils en avaient presque mal à l'estomac. Sans se concerter, la jeune fille alla se positionner près de Ron. Harry fit un petit signe de tête à Malefoy, qui, après une grosse hésitation, acquiesça et le suivit. Les deux garçons entrèrent dans la maison, laissant Ron et Hermione seuls dans le jardin. Le rouquin, poings serré, ne détachait pas son regard du Terrier.

- Dire qu'il est chez moi, ce petit fils de pute !

- Ron !

Il baissa soudainement les yeux vers elle et Hermione fut frappée de la haine qu'elle y lisait.

- J'ai essayé de m'y faire ! Je te jure que j'ai essayé ! Mais je ne peux pas ! Tout ce que je vois en lui, c'est le type qui t'a insulté pendant des années ! Celui qui chantait « Weasley est notre roi » quand j'étais gardien ! C'est le fils de celui qui a pourri la vie de mon père pendant des années aussi ! C'est lui qui a tué Fred ! Qui a défiguré Bill !

Hermione soupira et entrelaça ses mains à celles de Ron, qui tremblaient violemment. Son petit ami avait l'air si désespéré, si furieux et si triste qu'elle regretta la pensée qu'elle avait eue plus tôt. Il n'osait plus la regarder dans les yeux, se contentant de fixer un point imaginaire bien au dessus de la tête d'Hermione.

- Ron… Draco Malefoy n'est pas responsable de la mort de Fred… Tu le sais aussi bien que moi, dit Hermione d'une voix douce.

Elle venait soudainement de comprendre que ce n'était pas Malefoy qui posait un problème à Ron. C'était ce qu'il représentait. La mort de son frère, l'un de ses préférés, les horreurs de la guerre, le statut de sa famille, le malaise de ce grand benêt roux, tellement gauche… Hermione avait l'impression que voir Malefoy avait fait remonter tous ses souvenirs enfouis, presque reniés. A la fin de la guerre, Ron s'était relevé plus vite que personne. Il avait pris soin de ses parents. De George bien sûr. Comme s'il avait le besoin irrésistible de s'occuper pour ne pas penser. Et maintenant, ce deuil qu'il n'avait pas pu faire revenait le hanter violemment. La mort se rappelait à son bon souvenir par la personne de Draco Malefoy.

Hermione serra doucement Ron dans ses bras.

- C'était top tôt, je suis désolée, murmura-t-elle. Il n'aurait pas dû venir.

Ron répondit presque violemment à son étreinte. Sa confiance en lui n'avait jamais été aussi grande, depuis qu'il était entré chez les Canons… Mais Hermione… Sa belle, sa merveilleuse Hermione… Chaque homme était un concurrent potentiel car il ne pouvait décemment pas être le seul à savoir à point elle était fabuleuse… Alors que Malefoy lui tourne autour, même s'il n'avait jamais eu une réputation de tombeur, c'en était trop. Et même s'il ne lui tournait pas autour, comme le soutenaient Harry et Ginny, il était une menace quand même.

- Ma Mione, je te reconnais bien là, chuchota Ron au creux de son oreille. La pourfendeuse des causes perdues. La guerre est à peine finie que tu essaies déjà de réconcilier tout le monde, pour éviter que ça se reproduise.

Il se détacha doucement d'elle et la regarda dans les yeux, amoureusement. Elle avait l'air étonnée. Il ne prenait même plus mal le fait qu'elle semblait parfois intriguée quand il avait des avis profonds.

- Je comprends ce que tu veux faire avec Malefoy. Mais tu l'as dit toi même, c'est trop tôt.

Il y avait tellement de tendresse et d'amour dans sa voix… Ron la regardait comme si elle était la chose la plus merveilleuse au monde… Hermione avait attendu ça pendant des mois… Et voilà que ça ne lui faisait plus rien. Son cœur était comme vide, anesthésié.

- Je te laisse retenter le coup dans deux ou trois ans, mais d'ici là, coupe les ponts avec Malefoy… S'il te plaît, poursuivit le rouquin.

Ron posa ses lèvres sur celles d'Hermione, dans un baiser tendre et amoureux. Son cœur ne se réanima pas. Oppressée par la culpabilité et le remord, elle sentit une vague de détresse bouleverser son être comme jamais. Pourquoi elle ne ressentait plus rien, à part cet affreux sentiment de trahison ? Ron l'observa à nouveau, d'un air un peu plus suppliant.

- Hein Mione ? Tu peux faire ça ? Le revoir dans quelques années ?

La Gryffondor resta figée. Les mots se coinçaient dans sa bouche, les pensées se bousculaient dans sa tête. Les larmes dévalaient son visage. Le doute l'assaillait, l'étouffait et elle avait l'impression que ces larmes étaient un concentré de culpabilité qu'elle ne pouvait plus contenir.

- Désolée, hoqueta la jeune fille en s'essuyant les yeux, je… Toute cette tension m'a un peu retournée…

Ron sourit avec indulgence mais il attendait toujours sa réponse. Hermione inspira longuement et parvint à sourire, malgré cette douleur qui la ravageait de l'intérieur. Dire qu'il y a à peine dix minutes, elle était pleinement heureuse et promettait à Malefoy de ne pas l'abandonner. Son coeur se serra plus que jamais. Elle songea à ce qu'avait dit Harry, aux priorités qu'elle devait avoir : son couple, non ? Leurs huit années d'amitié... Les Weasley qui étaient sa seconde famille... Et puis... Elle pourrait peut-être négocier par la suite, si c'était trop difficile.

- Laisse moi y réfléchir d'accord. C'est une décision... difficile, murmura Hermione d'une voix blanche.

Ron ne s'en rendit pas compte et sourit, ravi. Il enlaça à nouveau sa petite amie. Entre ses bras puissants, protégée par un homme qui l'aimait, elle aurait dû sourire. Mais elle pleurait. Quand ils rentrèrent au Terrier, bien plus tard, Malefoy était parti.


Mercredi 29 mai

Harry monta lentement les escaliers de son immeuble. Il aurait pu transplaner, c'est vrai, mais il avait besoin de prendre l'air et de réfléchir. L'air absent, il salua sa voisine de palier, une vieille dame très gentille mais à tendance commère, et glissa sa clé dans la serrure.

Harry ouvrit la porte et sentit aussitôt l'odeur du chocolat lui chatouiller les narines. Il sourit, claqua la porte et déposa sa veste sur le porte manteau. Ginny était venue passer la nuit chez lui. Elle lui faisait cette surprise de régulièrement et il adorait ça. La rouquine avait convaincu Mac Gonagall de la laisser passer la nuit au Terrier –officiellement- de temps en temps, sous couvert de soutenir sa mère. En réalité, la jeune Weasley avait surtout besoin de s'échapper de Poudlard pour voir Harry, quand l'atmosphère devenait trop étouffante. Etre une héroïne de guerre était un statut à double tranchant : ce n'était pas très amusant tout le temps mais cela lui permettait d'avoir des passes droits, dont elle se servait sans scrupules.

- Tu ne crois pas que tu devrais réviser pour tes ASPICS au lieu de faire la cuisine ? s'enquit le survivant, en rejoignant sa petite amie.

- Oh ! Je ne t'avais pas entendu rentrer ! s'exclama Ginny, l'air rayonnant.

Elle se pendit à son cou et s'empara aussitôt des lèvres du brun. Harry la serra contre elle et répondit à son baiser. Ils se séparèrent et se regardèrent les yeux dans les yeux, amoureusement.

- Je suis content que tu ne puisses pas attendre le week-end pour me voir, chuchota Harry. Et puis être rien que tous les deux, ailleurs qu'au Terrier, c'est assez sympa.

- Je dirais pas mieux, s'amusa Ginny. Tu es plus agréable que mes frères !

- T'en a six Gin'. Je suis pas sûr que ce soit un compliment, répondit Harry, amusé.

Harry s'était trompé. Il en avait compté un de trop. Le visage de Ginny se ferma un bref instant. Fred… Ron lui avait dit que la douleur partirait, avec le temps. Mais elle demeurait, là, bien tapie dans son cœur. Harry, de son côté, songea que c'était à ce moment là, après la bataille, qu'Hermione avait commencé à changer, doucement, imperceptiblement.

- Harry ? Ca va ? s'enquit Ginny en l'observant les sourcils froncés. Tu as l'air préoccupé…

Le brun cessa de fixer le vide et adressa une moue à sa petite amie.

- Je… J'ai vu un truc qui m'a… perturbé la semaine dernière… fit-il, hésitant.

Peut être que Ginny était au courant de quelque chose que lui ignorait. Cette idée lui faisait du mal, Hermione était aussi sa meilleure amie après tout. Mais après s'être posé la question pendant trois jours, il ne voyait que Ginny à qui confier ça. Ca lui pesait. Il en avait marre de s'interroger. Il savait qu'Hermione ne lui répondrait pas et Ron… Ce n'était même pas la peine de lui parler de ça, il serait entré dans une colère monstre.

- Hé ! reprit Ginny, en retournant à son gâteau au chocolat. Tu peux tout me dire tu sais ! Tant que tu m'annonces pas que t'as vu Malefoy peloter ma mère dimanche dernier !

Harry lui fit un sourire crispé et passa la main dans ses cheveux.

- Non, c'est pas ça, Gin', mais tu y es presque… répondit-il, d'une voix lasse.

- Oh Merlin ! Malefoy a peloté mon père ? s'exclama la rouquine.

Harry ne put s'empêcher de sourire. Il trempa son doigt dans le mélange que Ginny préparait et goûta. Ca manquait de sucre. Il le fit remarquer à la rouquine qui s'empressa d'en rajouter une bonne dose.

- Non, non, c'est pas ça ! En fait, après le repas, Hermione est allé faire le tour de la maison avec Malefoy, tu te souviens ?

Ginny hocha la tête, concentrée sur son plat, touillant vigoureusement pour mélanger les ingrédients.

- Au bout d'un moment, je les ai suivis et je les ai découverts, enlacés…

Ginny redressa brusquement la tête et lui adressa un regard étonné.

- Oui, je sais ce que tu vas dire, ils sont amis et tout… Mais je te jure, Gin', il y avait quelque chose. Je ne peux pas te dire quoi mais… On aurait dit… je sais pas… Plus que des amis…

- Hermione et Malefoy ? répéta Ginny, d'un air incrédule, laissant tomber sa cuiller dans le plat.

- Ouais… Je… J'ai peur qu'il y ait quelque chose entre eux.

- Harry c'est ridicule ! Je sais qu'ils se sont pas mal rapprochés, mais de là à…

- Tu n'étais pas là ! coupa Harry, l'air brusquement nerveux. Ils avaient l'air si paisibles, si heureux comme ça… Quand je te dis qu'ils étaient enlacés, ils étaient carrément collés l'un à l'autre ! Malefoy tenait Hermione par la taille, il avait sa main sur ses cheveux et la tête posée sur la sienne. Il avait fermé les yeux Gin' ! On aurait dit qu'il… Qu'il se repaissait d'Hermione !

Ginny referma la bouche et se frotta doucement les yeux, tandis qu'Harry s'était mis à refaire les cents pas dans la cuisine. Son irritation était revenue.

- Et… Et Hermione ?

- C'est ça le pire ! s'exclama Harry, freinant brusquement sa course. Elle avait les mains posées sur le dos de Malefoy, la tête sur sa poitrine ! Je… Elle… Elle avait un air indéfinissable ! Mais je ne l'ai jamais vue ainsi avec Ron ! Ils n'avaient l'air de former plus qu'une personne, dans leur bulle, isolés du monde !

- Merlin, Harry, pourquoi tu ne m'en a pas parlé avant ? s'écria Ginny en prenant les mains de son petit ami dans les siennes, pour le calmer.

- Je… Je me disais qu'Hermione t'avait peut être dit quelque chose… C'est… C'est le cas ?

- Non… Non, je t'assure… Et je m'en souviendrais si elle avait dit quoi que ce soit !

Ils s'observèrent un instant, perplexes et inquiets tous les deux. Harry prit doucement la rouquine dans ses bras et elle se laissa aller contre son torse, un soupir s'échappant de ses lèvres. Ils restèrent enlacés un moment, le cœur battant. Ginny savoura l'instant. Sa sixième année avait été un tel cauchemar ! Ne pas savoir où était Harry, ce qu'il faisait, s'il était en bonne santé… S'il était vivant tout simplement… La peur lui avait rongé le cœur, de nuit comme de jour, pendant une longue année. Alors l'avoir dans ses bras, tout bêtement, était maintenant un vrai bonheur. Le monde sorcier se reconstruisait et eux avançaient ensemble, pour faire leur deuil, tourner la page…

Et Malefoy lui-même semblait vouloir avancer, Hermione à ses côtés. Sauf que d'après la rouquine, c'était tout sauf une bonne idée.

- Ginny ? Est-ce que tu accepterais de parler à Mione ? demanda soudainement Harry.

- A propos de Malefoy ?

- Oui. J'ai essayé de me faire à cette idée mais… Je sens qu'elle va gâcher son histoire avec Ron si ça continue, acheva le Survivant dans un soupir.

- C'est vrai que d'après ce que tu m'as raconté, on devrait vraiment se méfier de Malefoy. Enfin… De mon côté, je n'ai jamais eu confiance en lui. Cette amitié bizarre avec Hermione m'a toujours semblée curieuse. Je n'ai pas dit à Mione ce que j'en pensais mais… J'ai une bonne raison de le faire maintenant. Je lui enverrais une lettre.

- Merci Gin'.

Harry se détacha de la rouquine, l'embrassa et l'observa, attendrie. Il était heureux qu'elle le soutienne sur cette idée. Ginny était comme lui, c'était quelqu'un guidée par ses intuitions… Et pas par sa raison, comme l'était Hermione.

- Oublions ça, tu viens m'aider ! décida ensuite Ginny.

Harry accepta et ils terminèrent le gâteau ensemble. Le Survivant insista pour faire le reste du repas et Ginny s'éclipsa, pour revenir habillée d'une très jolie robe. Très jolie et très courte. Ils s'installèrent pour dîner, un repas aux chandelles improvisé. D'allusions en allusions, de caresses en caresses, de coups d'œils coquins en clins d'œils mutins, ils ne pensèrent même pas à goûter le fameux gâteau au chocolat.


Vendredi 31 mai

La bibliothèque universitaire était très calme à cette époque de l'année. Il n'y avait jamais eu autant d'étudiants, les partiels approchaient, et la concentration se lisait sur tous les visages. Certains avaient raté leur premier semestre et espéraient avoir de meilleures notes au second pour valider leur année. D'autres savaient dès la première année que leur parcours devait être sans fautes s'ils voulaient accéder aux spécialités les plus demandées. Il y avait aussi ceux qui tentaient de se concentrer mais dont la vie familiale éclipsait la vie étudiante… Jade en faisait partie.

Assisse seule à une table, la jeune fille réfléchissait, le menton posé dans la paume de sa main. Elle avait la désagréable sensation qu'après avoir réussi à reconstruire sa vie, à près de 5 000 kilomètres de chez elle, on avait brusquement décidé de lui rappeler son passé. Passé qu'elle aurait volontiers enterré, jusqu'au centre de la terre pour qu'il lui foute la paix. Disons jusqu'à la fin de sa vie.

Tout à coup, un sac atterrit violemment sur la table. Jade eu un sursaut si brusque qu'elle se cogna.

- Pardon. Je t'ai fais peur ? demanda Hermione d'un ton léger en s'asseyant face à elle.

- Malefoy a une sale influence sur toi, Mione, grogna son amie.

Hermione grimaça et ses yeux, fuyants, tombèrent sur le parchemin que Jade tenait du bout des doigts, avant qu'elle arrive.

- C'est quoi ça ? demanda Hermione, en désignant la lettre d'un signe de tête.

Elle tendit la main mais Jade fut plus rapide qu'elle. La jeune fille mit la lettre bien à l'abri sur ses genoux.

- T'es très forte en détournement de conversation. Mais ça prend pas avec moi, fit la brunette avec un sourire malicieux. Pourquoi cette grimace à l'évocation de ce délicieux Draco Malefoy ?

- Je te réponds uniquement si tu me dis qui t'écris et pourquoi, rétorqua Hermione d'un ton tout aussi sucré.

Le visage de Jade se rembrunit. Comme par un effet de miroir, le sourire d'Hermione disparu et ses traits devinrent plus graves.

- Allez… Tu ne vas pas garder ça pour toi toute ta vie… Et sans vouloir me jeter des fleurs, je suis souvent de bon conseil… ajouta Hermione d'une voix plus douce.

Jade hésitait, visiblement. C'était tellement bizarre de la voir avec un air mal à l'aise, les yeux fuyants, la bouche pincée... C'était tellement pas elle.

- Okay… admis finalement Jade. Mais tu commences !

Hermione fit la grimace mais acquiesça. Son cœur s'emballa et elle le maudit. Cela lui faisait mal. Et cela ne devrait pas être le cas. Jusqu'à aujourd'hui, Hermione n'y avait pas trop pensé. Mais le dire à voix haute, devant Jade, rendait sa promesse vraie. Réelle. Plus moyen de fuir.

- Je vais arrêter de voir Malefoy, murmura la jeune fille.

Elle avait baissé la tête sans s'en rendre compte. Le silence de Jade, en face, était éloquent.

- Quoi ? Comment ça ? T'as plus envie de continuer à flirtouiller avec lui ?

- On ne flirte pas ! répondit Hermione, par automatisme.

- Ouais, si tu veux. Tu ne veux plus fréquenter Malefoy avec les plus nobles intentions du monde ? reprit Jade, moqueuse.

Hermione lui adressa un regard noir et son amie fit une moue d'excuse.

- Ron m'a proposé d'arrêter de le voir pour le moment. De reprendre contact avec Malefoy dans deux ou trois ans. Je crois que je vais accepter, reprit l'ancienne Gryffondor.

L'expression de pure stupeur qu'afficha Jade aurait fait rire Hermione si l'affreux doute qui tiraillait son cœur depuis ce fameux moment ne revenait pas à l'assaut, plus violent que jamais.

- Et… J'ai discuté avec Harry quand Malefoy est venu manger chez les Weasley, poursuivit Hermione, vu que son amie continuait à la regarder bouche-bée. Il pense que je mets mon couple et ma relation avec eux en danger si je continue de le voir. Tu… Tu crois qu'il a raison ?

Hermione passa sous silence le fait que Ginny, dans sa dernière lettre, lui avait sorti plus ou moins le même discours. Elle savait que même si son amie et Harry étaient ensemble, jamais ils n'auraient comploté derrière son dos. Jade, interloquée, scruta Hermione pendant un instant pour voir si elle plaisantait. Comme ce n'était pas le cas, elle se laissa aller dans un grand éclat de rire.

- Mione, enfin ! Tu te fiches de qui ? Évidemment que tu mets ton couple en danger ! Et fais pas l'innocente, t'es la première à le savoir ! T'adores chercher Malefoy, faire des sous-entendus et tu adores tout autant qu'il rentre dans ton jeu. Il te plaît, tu lui plais mais vous continuez au lieu de t'occuper de tes problèmes avec Ron.

- Quelle belle image tu as de moi, fit Hermione au bout de quelques secondes, grimaçante.

- Je te juge pas Mione, ce n'est qu'un constat.

Jade scrutait attentivement le visage de son amie. Pas besoin d'être psychomage pour comprendre que la pression de ses amis acculait Hermione à prendre une décision contre sa volonté.

- T'es certaine de ton choix alors ? soupira Jade.

Hermione eut envie de dire « non ». « Jamais ». « Pas le moindre du monde ». Mais elle répondit oui.

- Si tu veux mon avis, Mione, tu te mens à toi-même. Malefoy est ton médicament, quoi que puisse en dire Ron. Arrêter de le voir, je trouve ça carrément dangereux.

Hermione ne répondit pas. Ses mains se tordaient nerveusement sous la table. Jade avait raison. Elle le savait. Elle n'était pas sortie major de promo à Poudlard pour rien. Mais l'ancienne Gryffondor refoula ses sentiments. Elle osa regarder Jade dans les yeux et haussa les épaules l'air de dire que c'était un sacrifice nécessaire pour ses amis et son petit-ami. Ses lèvres formèrent une ébauche de sourire.

- Et toi alors ? reprit Hermione, qui n'avait pas oublié leur deal.

- Ce sont juste mes parents qui m'écrivent, grimaça Jade, comprenant qu'Hermione voulait clore la conversation.

- Et ?

- Ils veulent que j'assiste à la grande réunion de famille qui a lieu traditionnellement à la fin de l'année scolaire. Garden Party avec robes de cocktails, présence des meilleurs partis du pays, orchestre, buffet d'un chef étoilé et un budget équivalent au PIB du Burkina Faso… Tu vois le genre ?

- Heu… Oui, à peu près. Mais quel est le problème ? Je sais que vous êtes fâchés mais…

- Le problème ! Je vais te le dire, quel est le problème ! Ils ne m'ont pas écrit depuis octobre ! Ils n'ont pas pris une seule nouvelle ! Je n'ai même pas passé Noël avec eux ! Ils ont prétendu devant ma famille que j'étais au ski avec des amis à Courchevel.

Jade lâcha un ricanement sans joie. Hermione lui fit signe de se calmer : entre les rangées de livres, des têtes commençaient à se tourner vers eux. Et si les journaux ne pouvaient pas parler d'Hermione Granger, ils pouvaient très bien dégoter un truc sordide sur l'amie d'Hermione Granger. Et ça, il était hors de question que cela arrive.

Jade le comprit et se pencha vers Hermione, pour reprendre d'un ton plus bas.

- Je pensais qu'ils m'écrivaient pour savoir comment se passait mon année, si je me plaisais en Angleterre mais non. Tout ce qu'ils veulent, c'est que je vienne faire bonne figure à leur Garden Party à la con ! Des rumeurs courent soit disant. Alors il faut que je viennes, que je sourie, que je parle avec tout le monde en affirmant que ma vie est merveilleuse et que j'adore Londres.

- Tu dois tenir ton rang, acheva Hermione d'un sourire triste.

C'était si ironique de pouvoir utiliser ce mot vieillot au 21ème siècle. Les deux amies, partageant le même avis sans avoir à l'exprimer, se sourirent.

- Qu'est ce que tu vas faire ? demanda Hermione.

- 'Sais pas. Mes parents ont coupé les ponts car ils veulent protéger la réputation de la famille. Pour ça, ils ont quand même besoin de moi… Mais après neuf mois en Angleterre… Je réalise que moi, je n'ai plus besoin d'eux.

- Tu veux dire que tu es tentée de rompre avec ta famille ? demanda lentement Hermione. Définitivement ?

Jade haussa les épaules. Elle n'était sûre de rien. Ce n'était pas une décision que l'on prenait à la légère. Et puis, elle avait beau se cacher la vérité, le luxe dans lequel elle avait vécu lui manquait. Jade avait l'impression de vieillir deux fois plus vite en étant obligée de travailler à côté de ses études pour payer son loyer.

- J'aimerais pouvoir t'aider, murmura Hermione.

C'était un monde qu'elle ne connaissait pas alors la jeune fille évitait de donner son avis. Ses parents, exilés pendant une année en Australie, étaient finalement revenus mais… Hermione n'avait pas réellement imaginé ne jamais les revoir. Est-ce que Jade pouvait vraiment s'en sortir, sans argent, sans famille, sans relations ?

- Tu m'aides déjà Mione, fit son amie, coupant court à ses pensées. Tu es là, et c'est tout ce qui m'importe.

Elles se sourirent une nouvelle fois puis Hermione sortit son livre d'initiation à l'anatomie du corps humain. Jade lui adressa un salut militaire, comprenant qu'il était temps de travailler.

Pour elle plus que pour Hermione d'ailleurs. Jade pressentait, plus qu'elle savait, qu'il n'y aurait pas de deuxième année en Médicomagie pour son amie. Cette perspective l'attristait –la fac sans Hermione deviendrait soudainement terne- et la réjouissait en même temps : si Hermione avait le courage d'arrêter ses études pour suivre sa voie, sans se plier au diktat du « pas d'étude, pas de travail, pas de statut social », Jade était persuadée que son amie y trouverait son bonheur.


Samedi 1er juin

Narcissa Malefoy inspira longuement l'air marin des côtes italiennes. Merlin que ce séjour lui était bénéfique ! Elle ne regrettait pas un seul instant d'être venue tenir compagnie à sa tante. Et se changer les idées, par la même occasion.

Dans la grande villa au style romain, elle avait ses propres appartements. Rosalia était une descendante Black tout de même. Il était impensable que ses invités n'aient pas leur propre salle de bain, leur propre bureau et leur propre chambre, aussi grande qu'un studio.

Narcissa songea avec regrets aux vacances qu'elle avait passées avec Lucius ici.

- Tu penses à lui n'est ce pas ? lui demanda une voix douce.

Narcissa se retourna et sourit à sa tante. Vêtue d'un délicat kimono bleu en soie, elle semblait sortir du lit mais son teint était pourtant frais et lumineux. Elle tendit un verre de jus d'orange pressé à Narcissa, qui l'accepta avec un sourire reconnaissant. Les deux femmes s'accoudèrent à la balustrade et observèrent la crique, au dessus de laquelle la villa était construite.

L'air marin était délicieux, le soleil chauffait déjà la terrasse, les oiseaux piaillaient gaiement et le bruit des vagues était délicieusement apaisant. Narcissa songea soudainement à la possibilité de s'installer ici définitivement. D'ailleurs elle devait venir pour un mois et cela faisait maintenant trois mois qu'elle logeait chez Rosalia ! Puis la question de sa tante lui revint en mémoire.

- Oui, je pense à lui. Ca m'arrive de temps en temps. Quand on a vécu près de trente ans avec quelqu'un, c'est difficile de le chasser brusquement de sa vie.

- Je comprends. Tu… Tu ne comptes pas revenir sur ta décision ?

- Non, je ne crois pas. Et puis si jamais je change d'avis, j'ai quinze ans pour y réfléchir, fit Narcissa d'un ton qui se voulait léger mais qui restait emprunt de tristesse.

Rosalia acquiesça. Elle compatissait au sort de sa nièce mais elle ne pouvait s'empêcher de se féliciter d'avoir échappé à tout ça. Sa mère s'était mariée avec un Black. Mais un Black modéré, qui avait profité de son statut d'ambassadeur pour s'installer aux quatre coins du monde. Partout, sauf en Angleterre. Ils avaient échappé à la guerre. Et elle, elle avait adopté la même technique en épousant certes un Sang Pur, mais un Sang Pur italien et éclairé.

Ils s'étaient installés sur les côtes de l'Adriatique pour élever leurs deux enfants, maintenant adultes. Et puis l'année dernière son cher époux, son meilleur ami, son amant était décédé d'un brusque arrêt cardiaque. Comme ça, sans prévenir. Et elle s'était retrouvée seule. Sa famille et ses amis l'avaient soutenue mais il lui manquait terriblement. La venue de Narcissa avait vraiment été une bénédiction. Ensemble, les deux femmes avaient pansé leurs plaies.

- Draco arrivera en fin de matinée ? demanda Rosalia, pour se sortir de ses souvenirs douloureux, pour elle autant que pour Narcissa.

- Oui. Ce matin, il se consacre aux révisions pour ses examens de Médicomagie.

- Il ne voulait pas être Attrapeur professionnel ? s'étonna Rosalia, après un temps de réflexion.

- Il a passé le concours pour entrer à l'Ecole Internationale des Attrapeurs Professionnels mais il a été refusé, soupira Narcissa, avec une moue délicate. N'évoque pas ce sujet avec lui, s'il te plaît. C'est… plutôt tabou…

- Bien sûr.

Les deux femmes laissèrent divaguer leurs pensées, comme les oiseaux qui se laissaient porter par les courants d'air chauds de l'Adriatique. Rosalia aimait les voir planer. Son mari disait toujours qu'il admirait ces oiseaux car ils étaient plus libres que le plus puissant des sorciers. L'esprit de Narcissa, lui, était plein de tissus, de dentelles, de patrons et autres aiguilles. Elle se souvient brusquement que monter une entreprise, ce n'était pas pour les flemmards. Il était temps de se mettre au travail.

- Veux-tu voir mes nouveaux croquis ? demanda-t-elle à sa tante. J'ai terminé ta robe pour la Garden Party des Tompson.

- Oh, oui. Avec plaisir !

Elles se retrouvèrent dans la chambre de Narcissa. Sa tante, après avoir admiré le modèle proposé et apporté quelques modifications, se prêta au jeu des mesures. Rosalia laissa ensuite sa nièce travailler jusqu'à midi et demie, heure où deux invitées de choix firent leur entrée. Narcissa, habillée et maquillée avec toute la grâce dont elle était capable, les rejoignit. Resplendissante.

Quelques minutes plus tard, le carillon retentit une nouvelle fois et Narcissa s'empressa d'aller ouvrir : dans les familles de la noblesse, la coutume voulait qu'on transplane devant la porte de son hôte, avant de frapper. Courtoisie élémentaire. "La poudre de Cheminette, c'est bon pour les pauvres qui aiment se salir, comme les Weasley" disait souvent Lucius. Draco se tenait sur le seuil, aussi classe que pouvaient l'être les Blacks et les Malefoy. Narcissa remarqua à ce moment là que son fils n'était pas la copie conforme de son mari. Moins en tout cas. Ses cheveux attachés en catogan lui donnaient un air de sauvageon. Sa mâchoire et les traits de son visage s'étaient durcis et affirmés ces dernières années. Et il y avait nonchalance stupéfiante dans son attitude alors que Lucius restait toujours digne et distant.

Mais c'était son fils, son fils unique, et elle l'aimait. Elle lui sourit tendrement.

- Mère, comment allez-vous ? demanda Draco, en lui rendant son sourire.

Narcissa le serra dans ses bras. Elle observa quelques instants encore ce fils si différent et si semblable à son mari.

- Très bien, mon chéri. J'ai terminé mes croquis, ta tante a accepté d'être ma première cliente. Et toi, comment vas-tu ? Tes révisions avancent-elles ?

- Il le faut bien, répondit laconiquement Draco. Tante Rosalia, tu es ravissante !

- Bonjour Draco. Tu n'es pas trop mal non plus, plaisanta-t-elle.

Ils échangèrent quelques banalités sur la famille, en évitant soigneusement de parler de Lucius, et l'actualité.

Puis Rosalia conduisit ses deux hôtes vers la terrasse.

- Nous avons des invitées aujourd'hui, chuchota Narcissa à son fils.

- Comme c'est curieux, tu ne m'en avait pas parlé, grimaça Draco, qui comprit immédiatement où sa mère voulait en venir.

Narcissa lui adressa un petit sourire contrit et ils débouchèrent sur la terrasse, inondée de soleil. Une table richement décorée avait été dressée sous une immense tonnelle. Un majordome se tenait en retrait, derrière deux femmes habillées avec goût. Assisses sur des confortables fauteuils d'extérieur, elles admiraient le paysage. Draco se laissa guider vers les deux invitées.

Soudain, il réalisa qu'il connaissait la plus jeune. Blonde, l'air délicat voire fragile, de ravissants yeux en amande, cintrée dans une belle robe d'été faite sur mesure… Astoria Greengrass. D'un an sa cadette et qui terminait sa scolarité à Poudlard.

Elle lui adressa un sourire amusé. Draco fit d'abord un baise main à sa mère puis à la jeune fille, dont le sourire s'agrandit.

- Bonjour Draco, nous sommes ravies de vous revoir, déclara Madame Greengrass, avec toute la solennité dont étaient capables les aristocrates.

Après un échange de politesse et une nouvelle discussion sur l'actualité, l'apéritif fut servit. La Garden Party des Tompson les occupa longtemps. Astoria semblait se désintéresser du sujet et elle entama la conversation avec Draco. Quelques banalités, pour apprendre à faire connaissance. Elle le questionna longuement sur la Médicomagie. Ce domaine semblait l'intéresser. Il lui demanda à son tour quels étaient ses projets. Draco redoubla d'attention envers la jeune fille, en se rendant compte que leurs mères respectives abordaient le fameux sujet. Mais il n'avait pas la moindre idée de comment il était arrivé dans la discussion.

- Bien sûr, nos enfants sont promis depuis l'enfance. Vous savez que de mon côté, j'aimerais assurer mes engagements… Mais mon mari est d'un autre avis, disait Madame Grenngrass.

- Je comprends très bien, répondit Narcissa d'une voix apaisante. Mais la famille Malefoy a plus d'une ressource, vous savez… Certes, mon mari a été condamné mais moi et Draco avons été blanchis. D'ailleurs je suppose que vous avez lu les journaux mais Hermione Granger est devenue l'une de ses amies.

- Oui, bien sûr, la Gazette du Sorcier en a beaucoup parlé. Mais n'est pas une Sang… Mêlée ? demanda Mme Greengrass, après un moment d'hésitation.

- C'est un problème effectivement. Mais Granger est une héroïne de guerre avant d'être une Sang-Mêlée... Depuis l'officialisation de leur amitié, le nom des Malefoy a retrouvé l'intégralité de son prestige.

C'était faux, tous le savaient mais personne n'aurait osé contredire Narcissa.

- Certains noms ne perdent jamais de leur prestige, qu'importe les circonstances, ajouta même Mme Greengrass, sur l'air de la complicité.

Narcissa acquiesça d'un air entendu mais Draco sentit qu'intérieurement, sa mère rayonnait. Pour le moment, tout se passait pour le mieux.

- Sans compter que nous conservons encore un capital et un magnifique appartement en plein cœur de Londres. Et nos divers biens éparpillés de par le monde n'ont pas encore été recensés. Et… Oh ! Je n'ai pas eu le temps de vous en parler dans nos correspondances, ajouta Narcissa d'un air surpris.

Draco savait très bien que ce n'était pas un oubli mais que Narcissa avançait stratégiquement ses pions. Sa surprise était feinte, son air modeste était feint, seul le plaisir qu'elle éprouvait à montrer que leur famille se relevait de la guerre était authentique.

- J'ai l'intention de créer ma propre marque de vêtements haute couture. J'ai trouvé des investisseurs et une boutique très bien située sur le Chemin de Traverse.

- Vous ne m'en aviez pas parlé, mère, dit soudain Draco, d'un ton teinté de reproche.

- Je voulais te réserver cette surprise pour aujourd'hui. Je suis tellement heureuse de faire bientôt partie du cercle des femmes qui mènent leur entreprise. C'est vraiment excitant !

Mme Greengrass, visiblement très intéressée, lui demanda des précisions sur le projet. Draco soupira intérieurement. Dire qu'il y a quelques mois, sa mère était persuadé qu'une femme qui travaille était la pire des infamies. Et voilà que maintenant, elle présentait ça comme un avantage indéniable pour maintenir le mariage entre lui et Astoria. Décidément, la capacité d'adaptation des Malefoy l'impressionnait toujours.

Rosalia, Narcissa et Mme Greengrass continuèrent le repas tout en discutant de la future boutique Malefoy. Astoria restait silencieuse, apparemment plongée dans ses pensées et picorait sans son assiette. Sa mère lui demandait de temps à autre son avis et elle répondait poliment. Pas de doute, ils avaient été élevés de la même manière. Quand elle croisait le regard de Draco, elle ne laissait apparaître aucun trouble et portait une coupe de champagne à ses lèvres, tranquillement.

Draco ne put s'empêcher de faire la comparaison entre Astoria -respectueuse, d'une beauté froide et classique- à Hermione l'effrontée, l'insoumise, au caractère de feu.

Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, un sentiment qu'il connaissait bien vint lui chatouiller le bas ventre.

- Oh ! Quel merveilleux vacherin ! s'exclama soudainement Mme Greengrass.

Le majordome venait d'apporter un magnifique gâteau.

- Il a été spécialement commandé au chef Pierangelini, approuva Rosalia. J'adore ce qu'il fait.

Les trois femmes avaient déjà beaucoup bu de champagne et l'ambiance s'en ressentait. Le dessert ne tarda pas à être englouti.

Pour le café, Astoria et Draco eurent l'autorisation de se retirer. « Laissez parler les grandes personnes », disait Lucius Malefoy en son temps, ce qui avait au moins le mérite d'être clair.

Draco proposa une ballade dans la crique à Astoria. Elle avait l'air d'être plutôt amusante pour une aristo.

- C'est vraiment une ravissante villa ! entendirent-ils alors qu'ils quittaient la terrasse.

- Vous pouvez venir passer un week-end, si vous le souhaitez, renchérit Rosalia. Avec Astoria, bien entendu, c'est une enfant charmante !

La ballade fut en effet beaucoup moins ennuyeuse que Draco ne l'avait prédit. Ils se tutoyèrent sans s'embarrasser des formules de politesse ampoulées. Et Astoria, une fois éloignée de sa mère, était une jeune fille intelligente et vive. D'après lui, elle ne manquait pas de dynamisme et elle était d'une compagnie agréable. Mais Draco se demanda un instant comment se serait passée son après midi si c'était Granger qu'il avait amenée dans cette belle crique.

Sur le chemin du retour, alors que la conversation se tarissait, Draco osa aborder le sujet que deux futurs époux ne sont jamais censés avoir. Pas chez les Sangs-Purs en tout cas. Il ne savait pas d'où ça lui venait mais ces derniers temps, si se sentait d'humeur très... Indisciplinée.

- Astoria ? Tu penses que ce mariage a des chances d'aboutir ?

La jeune fille lui adressa un regard étonné.

- Réponds moi franchement s'il te plaît. Je… J'aimerais juste savoir ce qu'il en est, ajouta Draco d'un ton moins préemptoire.

- Hé bien… Je… Je crois que ma mère aimerait beaucoup, répondit lentement Astoria, après un long moment de silence, uniquement ponctué par le cri des cigales. Elle a toujours voulu prendre le nom de Malefoy quand elle était plus jeune… Mais mon père y est opposé. Il pense que votre famille… heu…

- Est finie ? proposa Draco, pour mettre fin à son embarras.

- C'est ça, acquiesça Astoria, avec un sourire d'excuse. Il sera difficile à convaincre mais je crois que ta mère a vraiment des arguments et… La mienne a raison, un nom Sang Pur (elle mima des guillemets en prononçant ce mot, ce que Draco trouva tout à fait appréciable) ne perd pas aussi facilement sa légitimité. Si cela arrive, c'est généralement provisoire. Sauf dans certains cas particuliers.

- Donc ton père pourrait maintenir l'arrangement ?

- C'est possible. Tout dépend de ce qu'il va se passer ces douze prochains mois. Et… Et de l'état de...

- De notre fortune, acheva Draco. Merci de m'avoir parlé franchement.

Ils marchèrent en silence vers la villa. Le soleil tapait rude et les embruns de la mer ne suffisaient pas à les rafraîchir.

- Et toi ? demanda soudainement Astoria. Est ce que ce mariage te convient ?

Draco l'observa, surpris à son tour. Elle soutenait son regard, fière.

- Tu as été honnête, je le serais aussi. Non, cela ne me convient pas. Rien à voir avec toi, c'est juste l'idée d'un mariage arrangé qui me rebute. C'est tellement... moyenâgeux, ajouta-t-il avec un rictus méprisant.

Astoria baissa la tête, songeuse. Draco Malefoy était un peu comme on lui avait décrit : un air impassible, froid et distant au premier abord. Et beau, indéniablement. Ils feraient un joli couple, dans le sens premier du terme. Mais il était aussi assez gentil, courtois et… surprenant. Elle ne s'y attendait pas et le trouble qu'elle ressentait s'accentua.

- Tu partages mon avis ? demanda alors Draco.

Elle observa un instant son visage d'albâtre. Quel dommage que leurs familles aient imposé une éducation basée sur l'absence de sentiments. Draco Malefoy serait sans doute encore plus beau si on pouvait déceler une émotion dans ses yeux, ou sur son visage. Astoria haussa légèrement les épaules.

- L'idée d'un mariage arrangé ne me plaît pas. Mais j'ai des amies qui sont parfaitement heureuses et qui sont tombées amoureuses de leur mari. Si le projet n'est pas imposé, si j'ai le temps de faire la connaissance de mon futur mari et que cela me convient... Ma foi, pourquoi pas, finit-elle par avouer.

- Je vois, fit simplement Draco.

- Faire connaissance lors d'une partie de billard est pour moi le meilleur moyen de bien commencer.

La petite Greengrass était bien entreprenante. Draco ne pouvait que comprendre que c'était une invitation à la revoir. A faire plus ample connaissance. Et que de toute évidence, il ne lui déplaisait pas. Amusé par son audace, il choisit de ne rien lui proposer. Peut-être qu'elle ferait le premier pas. Ca serait amusant. Ils rentrèrent dans la villa, heureux de retrouver un peu d'air frais. Leurs mères et Rosalia jouaient à un jeu de société… Avec un invité –Draco aurait parlé de squatteur- en plus.

- Salut vieux ! Enfin rentré ! s'exclama Blaise dès qu'il l'aperçu.

Les yeux du métisse s'attardèrent sur Astoria, qui soutint son regard. Le sourire en coin de Blaise s'accentua tandis que la blonde l'observait froidement.

- Blaise est passé dire bonjour, c'est vraiment charmant de sa part, fit Narcissa à son fils.

- Ah et vous avez les salutations de mes parents, bien entendu, ajouta Blaise.

Narcissa acquiesça et lui demanda de leur rendre le bonjour. Draco leva les yeux au ciel. Si même Blaise se mettait à soutenir les projets de sa mère pour redorer leur image… Quoique le métisse faisait plus probablement ça pour l'emmerder…

Il proposa sa place à Astoria, qui accepta non sans le défier du regard, et les deux amis s'isolèrent dans le salon.

- Sûr que c'est pas le même panache que Granger, mais y'a du potentiel, commenta Blaise, en débouchant une bouteille de Whisky Pur Fur, comme s'il était chez lui. D'ailleurs en parlant de ça, je suis venu te voir à ce sujet.

Draco le regarda sans comprendre et accepta le verre que lui tendait son ami. Dans le même temps, il se rendit compte que cela faisait longtemps qu'il n'avait pas bu. Qu'il ne s'était pas bourré la gueule pour parler clairement. Il y a quelques mois, sa journée débutait souvent par un petit verre…

- Skeeter junior fouine, continua Blaise d'un air agacé, face au manque de réaction de Draco.

- En quoi est-ce nouveau ?

- Elle fouine dans mes affaires ! Tu t'en rends pas compte car ton statut d'ami de Grangy te protège plus ou moins maintenant… Mais Skeeter essaye t'avoir des infos sur toi en m'approchant… Et ça, c'est mauvais pour mon business !

- Ton business ! On peut en parler de ton business, mon vieux ! assena Draco, sans aucune pitié. Qu'est ce que tu n'arrêtais pas de dire, à Poudlard, déjà ? « Moi je ferais pas ça, gnagnagna », « je reprendrais pas le boulot de mon père, je vaux mieux que ça, blablabla » « tremper dans ses affaires, c'est…

- Ca va, Draco.

Blaise Zabini n'avait jamais un ton posé. Ironique souvent, séducteur aussi. Mais calme et froid, jamais. Draco s'interrompit immédiatement. Il comprit qu'il avait tapé là où ça faisait mal. Son ami n'était pas du genre à le montrer. Mais ces derniers temps, le masque parfait et lisse du bon Sang Pur qu'il était semblait s'affaiblir.

- Qu'est ce que je peux faire pour toi ? demanda Draco.

Il sentit que Blaise lui était reconnaissant de ne pas s'aventurer dans le foireux « tu veux qu'on en parle ? ».

- Envoie Granger aux fesses de Skeeter. Ou vas-y toi même plutôt !

Draco haussa les épaules.

- Je veux bien essayer mais si tu te souviens bien, personne ne peut raisonner cette harpie.

- Essaie au moins, on verra après.

Ils burent en silence puis Draco reprit.

- Je ne suis pas censé t'en parler mais Kingsley va peut être étendre la loi de protection de la vie privée des anciens combattants aux enfants de Mangemorts… annonça-t-il nonchalamment.

Il était rare que Blaise Zabini semble stupéfait par quoi que ce soit. Mais quand ça arrivait, c'était des plus comiques.

- Granger et Potter l'ont convaincu de proposer cet aménagement au Conseil. Il devrait être examiné la semaine prochaine.

- Ils n'accepteront jamais ça ! s'exclama Blaise.

- Kingsley n'est pas un homme stupide. Cette loi a des chances de passer car elle serait soutenue par beaucoup d'intellectuels… L'idée qu'il faut repartir sur de nouvelles bases, éviter les erreurs du passé et ne pas faire porter le fardeau de la stupidité des parents aux enfants, blablabla, acheva Draco en vidant son verre.

Blaise secoua la tête sans rien dire et se resservit une rasade de Whisky.

- Les gens ont adoré voir les anciens Mangemorts et enfants de Mangemorts traînés dans la boue. Voir leurs sinistres secrets révélés sur la place publique lors des procès. Ils ont suivi avec un intérêt morbide la déchéance de familles de Sang Pur, comme la tienne. Moi je pense que cet aménagement ne passera pas. Quoi que Granger puisse te foutre dans le crâne…

- Qu'est ce que tu sous-entend ? siffla Draco, ses yeux soudainement orageux

- Que tu as changé, fit Blaise en haussant les épaules, peu impressionné. Tu commences à raisonner comme elle…

- Si tu le dit…

Draco s'enfonça dans le fauteuil. Les médicaments rendaient son caractère instable. Et par conséquent, ses discussions avec Blaise pas toujours agréables. Soudain, il se rendit compte qu'il était encore dans une position de fuite. Ses mâchoires se contractèrent. S'il devait arrêter de se conduire comme un lâche, il fallait commencer par les plus petites choses.

- Qu'est ce que tu veux dire Blaise ? reprit Draco.

- Granger ne te rendra pas la famille que tu as perdu et les amis que tu as abandonnés, répondit son ami, après un moment d'hésitation.

- Granger, c'est Granger. C'est particulier. Et je n'ai pas abandonné mes amis.

- Tu ne vois plus personne d'autre que moi… J'ai bouffé avec Pansy et Théo cette semaine. Ils ne comprennent pas. Et Pansy en souffre.

- Je t'ai dit que je ne voulais plus entendre parler d'eux ! Ils font partie d'un passé qui me dégoûte et que je veux oublier !

- Tu es prêt à renier tout ce qu'il s'est passé à Poudlard pour elle ?

- Cesse de tout ramener à elle. Ca n'a rien à voir, Zabini ! Je veux une nouvelle vie ! Une vie où je n'aurais pas honte de mon nom, de ce que je suis, de ce que j'ai fait… Ou pas fait, plutôt ! Je suis un Malefoy… Et un Malefoy vaut mieux que ça !

- Amen ! lança Blaise en remplissant le verre de son ami.

Ils burent en silence, chacun dans ses pensées. Le métisse ne voulait pas l'avouer mais il trouvait que Draco avait de l'audace. Ca avait toujours été un lâche, un poltron. Draco lui-même le savait. Mais il semblait se remettre en question, être prêt à se battre pour avoir mieux, lui qui avait toujours tout eu.

Et surtout, Draco semblait s'être mis ce coup de pied au cul dont il avait bien besoin. C'est sans doute Granger et son foutu optimisme qui l'avaient persuadé qu'il pouvait être quelqu'un d'autre, faire autre chose. Blaise développa longuement cette idée. Il songea à son propre cas. Les enfants de Sangs-Purs se voient imposer une trajectoire, un avenir alors qu'ils savent à peine marcher. Vouloir se défaire de ce carcan, c'est une idée tentante. Idéaliste. Le faire devient plus compliqué. Il faut une sacrée dose de courage, de soutien et savoir se remettre en question. Des choses dont lui ne serait pas capable.

- Je comprends, fit le métisse, au bout de cinq minutes ou quinze minutes ou une demie heure, il ne pouvait pas le dire. Mais si ta décision est irréversible, va au moins faire de vrais adieux à Pansy. Elle en a besoin.

- J'irais, répondit Draco après une longue hésitation. Je ne peux pas te dire quand, mais j'irais.

Ils vidèrent leurs verres, un peu hébétés. C'est toujours perturbant de voir les gens qu'on a côtoyé pendant toute leur adolescence changer. Certains grandissent plus vite, d'autres régressent, surtout après la guerre. Et petit à petit, les différences entre les amis inséparables d'autrefois s'accentuent au point de les séparer demain. Mais Draco pouvait se féliciter d'une chose : ça n'arriverait pas entre Blaise et lui.

- On sort ce soir ? lança Draco, tout à coup.

- Aaaaah ! Enfin ! Depuis le temps que t'as pas tiré ton coup ! Granger t'as pas castré finalement ! s'exclama Blaise en bondissant de son siège.

Draco lui envoya la première chose qui lui tomba sous la main. A savoir une petite lampe de bureau magique. Blaise l'esquiva agilement et ricana. Abandonnant toute fierté, le blond se leva également et se lança à la poursuite de Blaise, qui hurlait des insinuations sur la libido de son ami. Ils écumèrent à peu près toutes les pièces de la villa dans leur course poursuite.

Comme lorsqu'ils étaient jeunes et encore à peu près insouciants, dans le manoir Malefoy.


Hermione se retourna une énième fois dans le lit. Elle n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il faisait chaud, l'air était moite et étouffant. Elle repoussa son drap et se cogna à Ron. La jeune sorcière soupira d'exaspération. Non seulement elle avait trop chaud mais en plus, Ron s'était encore endormi au milieu du lit.

Hermione se leva et se dirigea vers sa petite cuisine. Elle se servit un verre de jus de fruit et s'assit à la table. Son corps ne trouvait pas le repos à cause de la chaleur et son esprit était occupé par un blond agaçant et... Et... Et voilà, il revenait encore au centre de ses pensées. Hermione laissa échapper un grognement d'exaspération.

Elle était d'autant plus furieuse contre elle-même que, ce soir là, quand Ron l'avait embrassée, Hermione s'était demandé quel goût pouvaient avoir les lèvres de Malefoy. Quand il l'avait caressée, elle s'était interrogée sur l'effet que pourraient avoir les mains de Malefoy sur son corps.

Quand Ron avait dégrafé son soutien gorge, elle avait fermé les yeux pour imaginer le visage de Malefoy refléter du désir. Quand pour donner le change, Hermione avait passé ses petites mains sur le torse de Ron, c'était une peau d'albâtre qu'elle imaginait.

C'est à ce moment qu'Hermione avait prit sa décision. Il était temps de l'appliquer. Brusquement, elle prit un parchemin et une plume. Elle écrivit à toute vitesse et une fois la lettre achevée, se sentit soulagée. Hermione cacha la lettre dans son journal pour l'envoyer demain à la première heure.

Oui, sa décision était prise. Elle allait dire à Malefoy qu'ils ne pouvaient pas continuer comme ça. Qu'ils devaient arrêter leur petit jeu. Elle savait que c'était risqué et son cœur anticipait le moment fatidique en battant irrégulièrement. Hermione allait abandonner Malefoy... Cette idée la dégoûtait. Mais en continuant ainsi, elle allait devenir folle.

Et avant tout, il fallait qu'elle termine quelque chose. Il fallait que Malefoy vole. Pour de vrai. Et maintenant qu'elle le connaissait mieux, Hermione pensait avoir trouvé la solution.

Elle le ferait voler avant de risquer son « amitié » avec Malefoy.

La jeune fille calma ses inquiétudes et ses pensées avec quelques médicaments. Elle resta quelques minutes dans une semi insconcience avant de s'endormir.


Dimanche 2 juin

Quand Draco avait reçu le message de Granger, il avait tout de suite senti que quelque chose n'allait pas. C'était peut être dans son écriture plus serrée que d'habitude. Ou dans son ton plus sec. Ou alors dans les tâches d'encre qui parsemaient le parchemin. Elle n'en laissait jamais d'habitude. Draco froissa la lettre, se leva de son immense canapé beige et se servit un verre. Granger lui avait donné rendez-vous cet après midi, en pleine campagne anglaise. A l'écart. Loin des regards. Pourquoi donc ? Un sourire étira ses lèvres alors que l'imagination du jeune homme vagabondait. Mais si son esprit était occupé par des pensées fort agréables, son ventre noué lui prouvait bien que son intuition l'avertissait.

A quinze heure, comme prévu, Draco transplana. C'était un très bel endroit. Une vaste plaine, à l'herbe verte comme seule peut l'être l'herbe anglaise. Une forêt s'étalait vers l'est, à perte de vue. Le vent faisait doucement onduler les branches des arbres. Ce bruissement l'apaisa immédiatement. Il vit tout de suite Granger, postée à une centaine de mètres de lui. Elle avait l'air stressée, il le voyait à sa raideur de sa posture. Le tableau était très curieux : la petite Granger perdue dans cette immensité de verdure, seule.

Il s'avança vers elle. Quand Hermione cessa de s'intéresser à ses ongles et qu'elle vit Draco, son sourire se crispa.

Draco remarqua enfin ce qui semblait tant la troubler : un balai posé à ses pieds, elle ne cessait d'y jeter des coups d'œil furtif. Il s'arrêta net, à quelques mètres de la jeune fille.

- C'est juste pour ça que tu m'a donné rendez-vous Granger ? s'enquit l'ancien Serpentard, poli mais glacial. J'espérais un programme plus… épicé…

Son sourire se fit moqueur. Hermione se pencha et ramassa le balai.

- Désolé Malefoy. L'effort avant le réconfort.

- Tiens donc, c'est une offre ?

- Ne rêve pas ! Je suis là pour te faire monter sur ce putain de balai, rien d'autre !

Sa voix était hachée, son visage pâle, ses yeux fuyants. Elle n'avait vraiment pas l'air normale. Draco fronça les sourcils. Si elle voulait jouer à la méchante, il pouvait sans efforts la surpasser. Il avait beaucoup plus d'expérience dans ce domaine.

- Je ne reçois d'ordre de personne Granger. Je monterai sur ce balai si j'en ai envie.

Hermione soupira et se dandina d'un pied sur l'autre. Evidemment que ça n'allait pas être une partie de plaisir. Mais avant de dire à Malefoy qu'ils ne pouvaient plus se voir, elle voulait qu'il vole. Peu importe le temps que ça prendrait.

- Il y a juste toi et moi ! Je ne te jugerais pas, Malefoy ! Fais ça pour moi...

- Donne moi une seule bonne raison...

- Les inscriptions pour le concours ton école s'achèvent dans dix jours, récita Hermione.

- Et qui te dit que j'ai envie de retenter ce concours ?

- Tu te fous de ma gueule ? s'énerva Hermione, en haussant la voix. Tu vas pas me faire croire que tu veux rester en Médicomagie ! Je suis la première à savoir que c'est absolument pas ton truc ! Si tu retentes pas ce concours, qu'est ce que tu vas faire hein ?

Draco ne répondit pas. Il se demanda ce que Granger avait derrière la tête. C'était vraiment trop bizarre. Lui dire de venir, lui faire cette vilaine surprise et lui hurler dessus... Non, ce n'était pas du Granger. Même du Granger défoncée aux médicaments. Et encore, il voyait qu'aujourd'hui, elle n'avait rien pris.

Voyant qu'il ne répondait pas, Hermione sentit une vague de colère monter en elle. Il se croyait à ce point supérieur pour ne pas daigner lui répondre ? Il pensait qu'elle n'en valait même pas la peine ? Merlin qu'il était arrogant, à l'observer comme une bête curieuse, mains dans les poches, comme si rien ne le concernait ! Les dernières barrières d'Hermione, déjà très mises à mal par son stress, cédèrent et elle ricana d'un air mauvais.

- Ah ! Voilà ! Je le savais ! Tu fuis ! Tu fuis encore et toujours ! Evidemment que tu pourrais être reçu, seulement il faudrait que tu te bouges le cul ! Il faudrait que tu travailles mais ça, Monsieur Malefoy n'en a pas envie !

Draco avait rarement vu Granger quand elle était de mauvaise foi et, surtout, quand elle assénait des vérités blessantes les unes derrières les autres. Il inspira et tenta de se calmer. Quelle sale petite garce ! Il avait envie de lui jeter un Doloris pour oser le juger, le traiter de la sorte.

Ils restèrent un instant face à face, s'envoyant des regards meurtriers. Comme avant. La tension était palpable. Leurs apprioris et leurs blessures enfouies avaient refait surface. Hermione, complexée dans son rôle de Miss Je Sais Tout, dont on se moque, que l'on écoute pas, qui n'a que d'importance à travers Harry Potter. Draco dans le rôle du mec odieux, trouillard en qui personne ne croit car tous le pensent trop mauvais pour changer. Il se mit automatiquement en mode défensif.

- Ne parles pas de choses que tu ne connais pas, répondit finalement l'ancien Serpentard, glacial.

Son regard était si dédaigneux, son ton si distant qu'Hermione en eu un coup au coeur.

- Tu m'emmerdes Malefoy ! hurla-t-elle soudainement, se surprenant elle-même. Tout ce que je veux c'est que tu surmontes ta peur ! Ce n'est pas en refusant de monter sur cette saloperie de balai que tu finiras attrapeur ! Alors arrête de te regarder le nombril et monte !

Il la regarda sans bouger, un masque inexpressif sur le visage. Cela ne fit qu'augmenter la colère de l'ancienne Gryffondor. Elle agita le balai devant elle, presque comme une folle prise d'une crise de démence.

- MONTE ! hurla Hermione. T'es un mec oui ou merde ? Arrêtes de te chercher des excuses pour te ramasser une nouvelle fois à tes concours ! Aie un peu de courage une fois dans ta vie ! Et MONTE ! Tu penses être aussi bon qu'Harry ? Alors prouve le moi !

Draco lui renvoya un regard indéfinissable mais sa rancœur était tellement perceptible qu'Hermione se sentit trembler. Elle s'énervait rarement. Mais quand c'était le cas, elle pouvait hurler à s'en briser les cordes vocales, à en trembler.

- MONTE ! hurla une troisième fois Hermione.

- Va te faire foutre Granger !

- J'irais pas avec toi ! T'es bien trop stupide !

- T'es complètement psychotique ma pauvre !

- Je suis psychotique et j'assume ! C'est mieux qu'être un putain de trouillard !

- Retourne bouffer tes livres Granger !

- Je t'emmerde, blond peroxydé ! hurla Hermione.

- Epouvantail !

- Alcoolique !

Ils étaient tous les deux au bord de la crise de nerfs. La situation avait dégénéré tellement rapidement... Il n'en fallait plus beaucoup avant qu'ils se sautent à la gorge.

- MONTE ! reprit Hermione, de plus belle.

- Je vais monter Granger et après je ne veux plus t'entendre prononcer le moindre putain de mot, lâcha Draco d'une voix mauvaise et inhabituellement élevée.

Il s'approcha, plein de rage et de colère, à grands pas. Hermione, qui n'avait jamais aimé cet aspect de lui, manqua de reculer mais son instinct de Gryffondor l'en empêcha. Malefoy était effrayant. Et pendant un instant, elle se rappela que celui qu'elle venait de rendre fou furieux avait vécu avec des Mangemorts et le Mage Noir pendant une année. Elle lui envoya le balai à la figure de toutes ses forces mais heureusement, il avait encore ses réflexes et l'attrapa au vol.

Draco la jaugea un instant, les yeux étincelants de colère. Puis, en quelques secondes, il monta sur le balai et décolla tellement vite que les cheveux d'Hermione se soulevèrent et se répartirent en vrac autour de son visage. Impatiente, elle chassa les mèches devant ses yeux et leva la tête. Draco était déjà haut. Il était monté presque à la verticale et un instant, elle eu peur qu'il fasse une bêtise.

Mais quand elle comprit qu'il volait, qu'il volait vraiment, un sourire illumina son visage. Son coeur bondit dans sa poitirine et la joie qui l'étreignit était si forte que la jeune fille en avait les larmes aux yeux.

- Hé bien, tu vois quand tu veux ! s'écria Hermione, passant d'une colère bouillonnante à un bonheur exubérant.

Draco ne pouvait pas l'entendre, vu l'altitude à laquelle il se trouvait. En décollant, il avait sentit une vague de soulagement, de bonheur et d'adrénaline se décharger dans ses veines. Le vent sifflait à ses oreilles, le paysage s'étalait sous ses pieds, comme s'il en était le maître.

Il était libre. Il se sentait libre. Libre et vivant. Draco se laissa aller, ne pensant à rien d'autre que ces délicieuses sensations. Emerveillé, il fit des descentes en chandelle, des loopings, des virages serrés… Tout revenait à une vitesse prodigieuse. Comme si son corps avait pris les commandes maintenant qu'il était débarrassé des entraves de son cerveau alambiqué.

Il osa de plus en plus des figures risquées. Il y arrivait. Il volait. Il aimait.

Hermione, émerveillée, le suivait des yeux, tête levée, main en visière. Malefoy allait parfois si vite qu'elle avait l'impression qu'il se confondait avec le ciel. La jeune fille fut forcée d'admettre qu'elle avait réellement sous estimé son talent. Elle n'avait jamais fait que regarder l'équipe de Gryffondor, encourager Harry et Ron lors des matchs… Mais Malefoy possédait un style personnel absolument bluffant. Hermione n'y connaissait rien en Quidditch et en balais mais elle voyait que sa manière de se diriger était fluide, sûre, dynamique.

Ses mouvements étaient précis, il savait exactement ce qu'il faisait. La nonchalance qui caractérisait Malefoy se remarquait même dans sa manière de voler. Oui, c'était cela. Une maîtrise visible combinée à une attitude presque dédaigneuse, comme si les piqués qu'il enchaînait pouvaient être réalisés par n'importe qui.

Le ventre d'Hermione, ce traître, fit quelques loopings lui aussi. Elle se frappa le front dans sa paume de main quand son esprit lui chuchota que sur un balai, Draco était diaboliquement attirant et que ça lui donnait plein d'idées inavouables.

Hermione leva à nouveau les yeux vers le ciel et vit Draco s'approcher à toute vitesse. Elle pensa qu'il allait se poser auprès d'elle. Mais l'ancien Serpentard ne ralentit pas alors même qu'il se stabilisait à un mètre cinquante du sol. Il se dirigeait droit vers elle et Hermione, tétanisée, se demanda comment il allait s'arrêter. Quand il fut assez proche, Draco lui adressa un sourire moqueur et Hermione comprit qu'il n'allait pas s'arrêter du tout. Une fraction de seconde plus tard, elle sentit une bouffée de vent parcourir tout son corps, un bras vigoureux lui enserrer la taille et son estomac fit un triple looping.

- Accroche toi, Granger ! s'écria Draco.

Comment avait-il fait ça ? Sans même s'arrêter, à une vitesse fulgurante, Malefoy l'avait littéralement attrapée et posée sur le balai derrière lui, en amazone. Son bras la maintenait toujours en place. Quand Hermione vit qu'ils étaient déjà à une trentaine de mètres du sol, elle s'empressa de s'asseoir sur le balai à califourchon et enserra la taille de Draco de ses deux bras, de toute la force dont elle était capable. Son bras droit maintenant libre, le jeune homme se concentra sur le manche de son balai. Voler à deux n'était pas la même chose que voler en solo, et il avait besoin de maîtriser parfaitement le balai.

Hermione n'avait pas fermé les yeux. Elle regardait le sol, les yeux exorbités, comme hypnotisée. Ce n'était pas de la peur mais la jeune sorcière n'était plus habituée à ressentir autant de choses. Ses médicaments l'anesthésiaient mais cet après-midi là, elle n'en avait pas pris et une palette de sensations s'offraient à elle, si puissantes qu'Hermione en oubliait de respirer.

- Regarde Granger ! Regarde un peu ! s'écria Draco devant elle.

Elle ne faisait que ça mais sa voix était comme coupée. Elle ne pu que hocher sa tête. Malefoy les rapprochait d'une forêt. Il descendit jusqu'à frôler la cime des arbres. Curieusement, Hermione n'était pas effrayée. Elle laissa même échapper un petit rire quand leurs pieds frôlèrent les feuilles. Ils allaient vite mais c'était comme une délicate caresse. La vitesse commençait à la griser plutôt qu'à l'apeurer et elle se détendit. Hermione se redressa sur le balai, se décolla légèrement de Draco et releva la tête, pour admirer la forêt. Ses cheveux volaient au vent, ses joues rosissaient. Merlin qu'elle se sentait bien.

- On descend ? demanda Draco, qui avait senti le changement de comportement de la jeune fille derrière lui.

Hermione jeta un coup d'œil sur les trouées qui apparaissaient entre les arbres. Il voulait faire du raze motte dans une forêt ? Son esprit lui hurla non, son cœur battant et excité pensa oui.

C'est ce dernier qui eu le dessus.

- Vas-y ! s'entendit-elle répondre.

- T'es sûre ?

- Vas-y, je te dit ! répéta Hermione, la voix aigüe mais décidée.

- Tiens toi bien !

Elle raffermit sa prise sur la taille de Draco et, comme hypnotisée, regarda le balai amorcer une descente rapide. Ils passèrent à travers les branches des arbres, des feuilles s'accrochèrent sur leurs cheveux, quelques branches leur fouettèrent le visage. Mais Draco maîtrisait la trajectoire d'une main de maître. Il stabilisa le balai à deux mètres du sol et ils volèrent à toute allure sous les arbres. Ils débouchèrent sur un étang et Draco abaissa le balai pour qu'ils frôlent presque l'eau. Hermione observa leur reflet dans l'eau, époustouflée. L'adrénaline la faisait frissonner jusqu'au bout des doigts de pieds. C'était tellement grisant, exaltant, enivrant !

Elle osa se pencher et ses doigts dessinèrent des courbes sur la surface de l'eau. Elle vit Draco lui jeter un coup d'œil surprit et éclata de rire. Le jeune homme, stupéfait des réactions d'Hermione, se sentit encore plus léger lorsqu'il vit le sourire qui illuminait son visage.

Rien que pour la tester d'avantage, Draco vira brusquement à droite. Hermione poussa un petit cri avant de recommencer à rire.

- Tu le fais exprès, sale petit serpent, je le sais !

Elle lui donna quelques petits coups de poings dans le dos, juste pour la forme. Elle savait pertinemment qu'il ne sentirait presque rien.

- Courageux les Gryffondors mais pas très robustes, se moqua-t-il.

Il fit brusquement demi tour pour revenir flâner au-dessus de l'eau. Draco sortit sa baguette puis, lâchant d'une main le manche du balai, il découpa une fleur de nénuphar. Et la tendit à Hermione. Elle cessa de rire. Elle prit tout doucement la fleur et sentit son cœur se serrer. C'était… Adorable… Et tellement peu Malefoy… Ce garçon était décidément plein de surprises.

- Merci, murmura-t-elle si faiblement que Draco ne l'entendit probablement pas.

Elle glissa la fleur dans une poche de sa robe de sorcière pour ne pas la perdre. L'étang touchant à sa fin, ils s'élevèrent à nouveau, passèrent sur les roseaux et rejoignirent la forêt. Quelques mètres plus tard, ils atteignaient une clairière.

- Attention on remonte ! cria Draco.

Hermione enserra sa taille et sentit son cœur et son estomac se soulever alors que Draco montait en chandelle. Ils étaient presque à la verticale et elle ne savait pas comment ils faisaient pour tenir sur le balai. Mais c'était l'expérience la plus formidable, la plus grisante, la plus excitante de toute la vie. Elle osa regarder vers le sol et fut prise de vertige en raison de leur vitesse et de la hauteur. Hermione enfouit son visage dans le dos de Draco.

Ils terminèrent leur ballade en quelques minutes et Draco amorça une descente bien plus douce que toutes celles qu'ils avaient faites jusqu'ici. Ils s'immobilisèrent à quelques mètres du sol puis le balai descendit verticalement et leurs pieds touchèrent le sol.

Tous deux restèrent immobiles quelques secondes. Hermione demeurait accrochée au jeune homme qui, s'il ne trouvait pas ce contact désagréable, commença à penser que l'adrénaline laissait peu à peu place à un autre sentiment bien plus troublant et inhabituel.

- Tu peux descendre Granger, lui fit Draco d'un air narquois.

- Oh… Oui. Pardon ! fit la jeune fille d'une petite voix.

Elle descendit du balai et manqua de se casser la figure. Draco ricana et mis pied à terre lui aussi.

- Je… Je… balbutia Hermione en tentant de retrouver son équilibre.

Draco, amusé, regarda le petit bout de femme qui levait des yeux brillants vers lui. Ses cheveux ne ressemblaient plus à rien. Ils étaient redevenus ébouriffés, comme en première année, une vraie crinière. Quelques feuilles y étaient accrochées.

Ses lèvres étaient bleutées par le froid et Draco s'en voulu un moment d'avoir volé trop vite et trop longtemps.

- J'ai adoré… haleta Hermione. J'ai… J'ai cru que j'allais mourir… Ou vomir… Ou les deux en fait… Mais c'était… Wahou…

Elle se tut pour reprendre son souffle. Draco, gêné par l'éclat d'admiration qui brillait dans les prunelles de l'ancienne Gryffondor, leva sa tête vers le ciel. Il ne savait pas comment elle avait réussi ce miracle. Mais il avait volé. Vraiment volé. Et il avait adoré. Tellement adoré, cela lui avait tellement manqué, que c'en était presque douloureux.

Il se rendit compte avec horreur que cette vague de bonheur qui le submergeait le mettait à fleur de peau. Il avait envie de pleurer. Pleurer comme un gosse. Laisser toute cette abominable année derrière lui. Les rumeurs, le déshonneur, le procès, la vente du manoir, la dépression de sa mère, son échec pour l'école d'Attrapeurs…

Il se détacha de ces mauvais souvenirs pour regarder Granger, maintenant assisse par terre. Elle lui adressa un regard brillant de bonheur. Draco en eu un coup au cœur. La jeune fille avait un regard tellement vide et absent ces derniers temps. Il en avait presque oublié ce pétillement, cette joie de vivre qui pouvaient transparaître dans les prunelles noisettes d'Hermione. Cela éclairait son visage et la rendait incroyablement belle. Il remarqua ensuite les deux larmes qui s'accrochaient à ses longs cils. Ce constat lui porta un second coup au cœur.

- Tu pleures Granger ? demanda-t-il abruptement.

- Oh… Non…

Elle essuya les deux larmes d'un geste négligent, du revers de la main. Son sourire éclatant demeurait scotché à ses lèvres.

- Excuse moi. C'est l'émotion. C'est bête hein ? C'était tellement… Fantastique ! Incroyable ! Je me suis sentie tellement vivante !

Elle s'arrêta pour reprendre son souffle et laissa échapper un rire nerveux. Draco eu soudainement envie de la prendre dans ses bras et de goûter à ces lèvres encore bleutées, passer la main dans ses cheveux décoiffés, sentir ce corps, ce petit corps, ce corps si frêle, tout contre lui.

Son visage se ferma instantanément. Il ne pouvait pas et ne devait pas penser à des choses pareilles.

Hermione, toujours grisée, ne remarqua pas que Draco s'était rembrunit.

- J'ai eu l'impression qu'une autre personne prenait possession de mon cerveau ! Je n'avais même pas peur, j'étais juste… Comme hypnotisée… Tu voles très bien, Malefoy, acheva-t-elle, d'un ton plus sérieux.

Draco ne répondit pas. C'était exactement ça. Hermione décrivait parfaitement les sensations qu'il éprouvait quand il volait. Le sensation de liberté, l'adrénaline qui fuse dans les veines, la délicieuse sensation qu'il n'y a plus que soi même et le ciel... Il s'obstina à regarder le balai, comme s'il l'examinait, pour ne pas avoir à croiser ce regard une nouvelle fois. Granger n'était pas du genre à jacasser comme ça. Sauf quand elle était heureuse. Elle lui avait dit une fois. Et l'idée qu'il ait pu la rendre heureuse le chamboulait de l'intérieur. C'était un peu trop pour lui. Trop en une seule fois.

- Tu sais, Ron a essayé des centaines de fois de me faire monter sur un balai. Seule ou avec lui. Mais je n'ai jamais voulu… Je ne sais pas pourquoi, j'ai toujours vu le vol comme quelque chose de dangereux… poursuivit Hermione.

- Weasley, c'est Weasley. J'ai autrement plus de classe et de prestance, rien que ça, ça a du te convaincre, répondit Draco en lui adressant son rictus supérieur.

- Tu ne m'a pas vraiment demandé mon avis !

- Faut mettre les gens au pied du mur parfois, fit-il en prenant le ton aigu qu'avait Hermione lorsqu'elle faisait la leçon.

Le rire d'Hermione sonna délicieusement bien à ses oreilles. Trop bien. La jeune fille leva le visage vers le ciel, yeux fermés, humant l'air à pleins poumons, comme si elle regrettait déjà de ne plus être à trente mètres du sol. Le soleil baignait son visage trop pâle et trop maigre et couvrait ses cheveux de fils d'or.

Draco sentit l'envie de fuir. Et il céda. Il remonta sur son balai et fila dans le ciel. Hermione, maintenant allongée dans l'herbe, l'observa évoluer. Elle ne s'offusquait jamais du manque de manières de l'ancien Serpentard. Il était comme ça, ce n'était pas dirigé contre elle.

Quand il revint, Hermione lui proposa d'aller boire un verre au Magic Bar. Elle avait dégrisé en quelque sorte. Et le moment était arrivé. Il fallait lui dire. Sa petite voix intérieure lui hurlait de profiter de cette soirée, de ne pas la gâcher. Mais peut être que ça serait plus facile comme ça.

Ils transplanèrent peu après et s'installèrent sur l'une de leurs banquettes favorites, au Magic Bar. Draco commanda un Whisky Pur Feu pour lui, un Cosmo pour Hermione. Mais il avait déjà remarqué que la jeune fille n'était plus du tout dans le même état d'esprit qu'il y a une demie-heure.

Elle semblait tendue. Non, en réalité, Granger avait presque l'air maladive. L'impression qui avait saisi Draco à la lecture de sa lettre lui revint.

Hermione prit directement une longue gorgée de son Cosmopolitan. On y était. Il fallait le faire. Il fallait lui dire. Merlin savait qu'elle n'en avait pas envie. Mais son couple était en jeu. En réalité, c'était bien plus que cela. C'était son amitié avec Harry et avec les Weasley, sa seconde famille.

Elle allait lui dire et tout rentrerait dans l'ordre.

Mais Hermione aurait dû savoir que le destin aime se moquer des âmes perdues. En refusant de faire marche arrière, l'ancienne Gryffondor ne se doutait pas un seul instant qu'elle allait se précipiter vers le point de non retour.


Erf ! Voilà une bonne chose de faite. Jvais aller me coucher maintenant :s en plus j'ai pas les moyens de bien me chauffer et j'ai l'impression que mes doigts vont tomber ! Quelqu'un a déjà écrit avec des gants ?

J'attends vos remarques sur ce chapitre, un peu angoissée je dois avouer, car on avance sacrément vite et on passe aux choses sérieuses. Trop tôt ? Trop vite ? Et notre Draco qui revole ? Ca me perturbe. Sinon désolée pour le petit dialogue entre Draco et Hermione un chouilla vulgaire mais pour une fois, je trouvais que ça leur allait bien.

J'espère qu'Astoria était crédible, même si j'ai préféré ne pas trop développer pour sa première apparition. Idem pour la petite incursion rapide dans la vie de Blaise et Jade. J'y reviendrais, c'est sûr, mais je songe sérieusement à une petite apparition de Pansy. Ca vous botterais ?

La suite des bonnes nouvelles, comme prévu : le chapitre suivant n'arrivera pas dans six mois, c'est promis, juré, car il est déjà presque achevé. Autrement, vous aurez le droit de spammer ma boite mail des tracts publicitaires de l'uMP (l'horreur). Je suis plus motivée sous la menace ^^ Et 3ème bonne nouvelle : le prochain chapitre sera du Draco/Hermione pur. En bien ou en mal, ça je vous dirais pas, mouhaha !

Je file, jvais mettre mes gants et je vous souhaite une bonne survie pour novembre et décembre. Que la joie de l'approche de Noel puisse vous réchauffer !

Bisous bisous

Morgane