13.

L'amiral de la Flotte Indépendante eut un regard noir sur celui qui venait d'entrer dans son bureau.

- Votre esclandre est intolérable, capitaine Rheindenbach. De quel droit avez-vous osé parler ainsi au commandant Zéro ? !

- C'était une conversation privée, répondit posément le jeune homme bien que ses mains triturent fébrilement la casquette sur ses genoux.

- Vous avez hurlé au milieu du Mess des Officiers. On aurait pu vous entendre jusque dans les oubliettes si nous en avions ! siffla Luar Hoddong. Vous n'avez eu aucune retenue. Ce comportement est inadmissible et exige des excuses ! Le commandant Zéro n'est pas responsable de tous les membres de sa famille !

- Mes propos ont un peu dépassé ma pensée, reconnut Alérian. Ma réaction a été épidermique.

- Elle a surtout été irrespectueuse et hors de tout fondement, gronda l'amiral.

- De quoi ? s'étrangla le jeune homme. Ce Triter a tiré sur ma mère !

- Pas du tout !

- J'ai lu les archives des Erguls, enfin celles qu'ils ont récupérées de leur alliée Illumidas, cette Gamalthine !

- Et je pense qu'ils vous ont sciemment trompé, poursuivit Luar Hoddong. Diviser pour régner est l'un des plus vieux adages des univers. Et vous formiez un duo bien trop uni avec le commandant Zéro. On peut dire qu'ils ont réussi.

- Comment pouvez-vous affirmer que ce Triter n'est pas l'assassin de ma mère ? chuinta Alérian.

- Tout a été si confus lors de cette double exécution. J'ai fait fouiller les archives de la Terre. C'est un Illumidas qui a blessé votre mère et balafré son amie. Quant à ce Triter qui était le sous-fifre des Illumidas c'est un soldat Tokarguien qu'il a abattu. Ce militaire était un ami de votre père d'ailleurs. Je ne nierai pas que ce Triter a eu une participation active dans la double exécution, qu'il a sûrement mis tout en œuvre pour identifier et trouver cette Rose, mais le commandant Zéro n'y est de toute façon pour rien !

- Allez-vous me renvoyer ? préféra interroger le jeune homme.

- Je n'ai pas encore décidé. Cela dépendra de vos excuses et de la façon dont les commandant Zéro les acceptera ou non. Je ne vous retiens plus, capitaine Rheindenbach.

Alérian se leva, salua et quitta le bureau, croisant la secrétaire de l'amiral.

- Le commandant Zéro attend dans un autre salon, il souhaiterait que vous le receviez. Je n'ai pas voulu qu'il risque de croiser le gosse.

- Vous avez bien fait, qu'il entre.


Contrairement à ses habitudes, Warius ne se perdit pas en formules de politesse, rentrant directement dans le vif du sujet.

- J'espère que vous n'avez pas trop cassé Alérian ?

- Vous vous inquiétez pour lui ? Les rôles sont inversés !

- Le gamin est très mal. Je n'ai jamais vu quelqu'un dans une telle détresse. Oui, je conçois les pires appréhensions quant à ses réactions. Et il a vraiment cru aux rapports falsifiés dans les archives de la Ruche Originelle.

- Vous avez visionné les fichiers que je vous ai transférés.

- Je voulais comprendre. Alie réagit au quart de tour quand il s'agit de ses parents !

- C'est peu de le dire, grommela Luar Hoddong. Mais cela n'implique nullement que vous ayez à faire les frais de son coup de sang. Vous n'avez pas à supporter ses insultes, vous êtes son supérieur et son ami !

- Alérian a subi beaucoup de choses en peu de temps, reprit Warius. Il a été grièvement blessé par celui qu'il prenait pour son père. Il a dû se remettre de ces blessures, accepter la greffe de cette nouvelle main et supporter longtemps la crainte de perdre son œil. Pour finir il a fait feu sur ce qu'il pensait être la prison de son père et de ses amis. Et durant tout le voyage de retour il a gardé pour lui ce qu'il avait découvert dans les archives des Erguls !

- Ce n'étaient toujours pas des raisons pour vous injurier en plein Mess ! aboya l'amiral de la Flotte Indépendante.

- Il a cru à cet éhonté détournement de rapports…

- Ce qui était le but des Erguls. Ils devaient espérer que le gosse irait encore plus loin dans sa virulence, voire qu'il vous agresserait physiquement !

- Possible, admit Warius. Si j'avais su que Triter avait été mêlé de si près au drame de ses parents, lui et moi en aurions parlé beaucoup plus tôt ! Maintenant, le mal est fait.

- Le capitaine Rheindenbach vous fera des excuses. S'il ne s'exécutait pas, là je sévirai !

- Je vous sais gré de lui laisser une chance, fit Warius, soulagé.

- Je n'ignore moi non plus rien des épreuves traversées par ce jeune homme. Mais je ne peux tolérer qu'il injurie un supérieur.

- Je vais aller le voir, conclut Warius en prenant congé.