13 – Des rumeurs véridiques
Il y avait déjà plusieurs semaines que Nuriel partageait la vie de famille de Telrea et de Boromir. Après quelques jours sous les soins de la femme du Capitaine général, Nuriel se vit offrir de rester avec eux jusqu'à ce que les choses s'améliorent en terre du milieu. Malheureusement, ça ne semblait pas le cas et Nuriel désespérait de se rendre à la cité pour rencontrer le magicien gris comme le lui avait suggéré le Seigneur Elrond avant de quitter Imladris.
Seulement, avec tous les problèmes qu'il y avait un peu partout, c'était devenu presque impossible de circuler librement sur les routes. Boromir avait strictement interdit à sa famille de s'aventurer hors de leur domaine. De plus, avec la loi concernant les étrangers, il était hors de question que Nuriel se rende à Minas Tirith. La gitane était déçue, mais comprenait la situation.
Mais un malaise s'installa chez ses sauveteurs lorsqu'elle remarqua les absences prolongées du chef de la famille. Telrea était toujours seule à s'occuper des enfants même si Faramir venait la visiter régulièrement pour s'assurer que tout allait bien. Parfois, Cerris passait pour donner des nouvelles et faire du potinage sur ce qui se passait à la cité. Il était le seul lien de Telrea avec la cité. Il était comme un vieil oncle qui rendait visite à sa famille pour divertir les plus jeunes de ses histoires et ses souvenirs. Mais dans le cas de Cerris, c'était plutôt pour s'assurer que Telrea ne manquait de rien.
Les problèmes avec les orcs occupaient tous les hommes disponibles à la cité et l'attaque d'Osgiliath avait fait beaucoup jaser. C'est à ce moment-là que Denethor envoya son fils chez les elfes pour un conseil suite à la découverte de l'anneau. Nuriel avait été très ébranlé par la nouvelle et elle connaissait l'histoire de l'anneau de pouvoir et des conséquences d'en être trop près. Mais Boromir étant le Capitaine en chef et que l'ordre venait directement de l'Intendant, il n'eut d'autre choix que de partir pour Fondcomb. Nuriel sentit la peine de Telrea et se promit de tout faire pour l'appuyer durant cette longue absence.
Elle prit en charge les travaux de la maison et soulageait Telrea de certaines tâches qui l'épuisait inutilement. Elle avait besoin de toutes ses forces pour bien rendre à terme la vie qui grandissait en elle. Telrea n'en faisait qu'à sa tête et continuait de se démener de façon à mettre la vie de son enfant en danger. Nuriel n'eut d'autre choix que d'intervenir de façon dure et brusque pour lui faire prendre conscience de ce qu'elle faisait.
- Ça suffit Telrea… Vous êtes en train de tuer votre bébé… dit Nuriel sévèrement.
- Je ne suis pas en train de le tuer… mais si je ne fais rien, je vais devenir folle. J'ai besoin de bouger, de m'occuper tu comprends… dit Telrea en pliant des draps qu'elle venait de rentrer de l'extérieur.
- Je comprends très bien ce que vous me dites, mais vous avez besoin d'en faire moins. Vous n'êtes plus seule je vous ferai remarquer. Dit Nuriel en prenant dans ses bras le drap pour obliger Telrea à s'asseoir un peu.
Telrea soupira lourdement et regarda la femme-elfe d'un air boudeur. Elle savait très bien qu'elle avait raison et accepta de s'arrêter un peu. Nuriel en profita pour faire du thé et jeter un œil dehors pour voir ce que faisaient les enfants. Ce fut à ce moment qu'elle vit un cavalier approcher de la maison et sourit en coin en reconnaissant Cerris. Nuriel laissa à Telrea le soin d'accueil l'homme pendant qu'elle préparait plus de thé.
- Heureuse de te revoir Cerris. Que nous vaut l'honneur de ta visite? Demanda Telrea en sachant très bien qu'il venait s'informer au nom de sa tante.
- Comme d'habitude tu le sais bien. Roswen…
- Et bien tu pourras lui dire que tout va bien pour nous. Mais ta visite ne devait avoir lieu que dans quelques semaines et connaissant ma tante, elle a eu vent de quelque chose que je dois savoir. Alors Cerris, dit moi la vérité, qu'est ce qui se passe? Demanda Telrea en invitant l'homme à entrer dans la maison le sourire aux lèvres.
- Tu as raison Telrea, ta tante a cru bon de te faire savoir ce qu'elle a appris récemment. Les nouvelles ne sont pas très bonnes en dehors du Gondor. Dit Cerris tristement.
Telrea le regarda tristement et attendit qu'il poursuivre la conversation. Nuriel arrivait au même moment avec un plateau de thé pour tout le monde et même une collation pour les enfants. Cerris prit une gorgée de thé et leur dit :
- Un voyageur de passage en provenance du Rohan a parlé de l'attaque des orcs sur le Westfold. Le peuple du Rohan se fait massacrer par eux sans raison. Le roi ne fait rien pour leur venir en aide. Apparemment, il ne semble plus lui-même. Il n'a plus aucune autorité sur son peuple. Le jeune maréchal de la marche fait ce qu'il peut, mais…
- Et le prince Theodred? Ne peut-il pas prendre la relève de son père? Demanda Nuriel
- Le jeune prince Theodred a été tué par les orcs dans une embuscade du côté de l'Isen. C'est le jeune Maréchal qui l'a retrouvé, mais trop tard pour le sauver. Les orcs retrouvées sur place portaient la main blanche de Saroumane. Il se serait joint aux forces du mal. Dit Cerris tristement.
Nuriel avait pâli considérablement. Elle avait du mal à respirer et Telrea s'en rendit compte. Elle savait que la gitane venait du Rohan et qu'elle connaissait la famille royale de Medusel. Telrea sentait que la pauvre Nuriel était ébranlée par la nouvelle et lui dit :
- Tu connaissais le Prince Theodred? Demanda Telrea
- Je l'ai rencontré à plusieurs reprises, mais je connaissais mieux le jeune Maréchal…
- Alors, il vient d'hériter de la succession du roi. Si le roi meurt, c'est lui le nouveau roi. Dit Cerris.
Nuriel sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Les paroles de Farah lui revinrent en mémoire et elle baissa les yeux. Cerris fronça les sourcils à son attitude et lui demanda :
- Vous ne semblez pas bien Lady Nuriel. Est-ce que ça va?
- Oui ça va… merci pour les nouvelles… dit Nuriel difficilement.
Telrea ne fit aucun commentaire, mais elle comprit que sa compagne connaissait le jeune Maréchal peut-être plus que ce qu'elle voulait le faire croire. Elle regarda Cerris qui ajouta ensuite :
- Avec tous les problèmes qu'il y a en terre du milieu, il n'est pas dit qu'il survivra la guerre qui se prépare. Ce sera une guerre sanglante soyez en sur. Personne ne sera épargné et le Gondor encore moins. Dit l'homme.
- Mais le Gondor est fort? Son armée est la meilleure…
- Telrea, tu crois vraiment que le Gondor est fort sans son Capitaine en chef? Tu sais aussi bien que moi que Boromir est le Gondor et sans lui, il n'y a plus de Gondor. Le jeune Capitaine Faramir à la confiance de ses hommes, de son frère et du peuple. Mais il n'a pas celle de son père l'Intendant. Ajouta Cerris tristement.
Telrea s'appuya lourdement sur son siège découragé. Cerris se pencha vers elle pour serrer sa main dans la sienne sous le regard compréhensif de Nuriel et il lui dit :
- Allons Telrea, il ne faut pas perdre espoir. Nous ne sommes pas encore en guerre.
- Mais ça viendra et peut-être plus vite que tu ne le crois. Dit Telrea
- Peut-être as-tu raison, mais pour l'instant, c'est le Rohan qui risque de subir le plus de dommages. Médusel est sans défense, ce qui indique que les orcs vont profiter de leurs faiblesses en hommes pour les attaquer et renverser le roi…
- Et les Cavaliers de la marche? Ils sont fidèles au roi! Ils n'abandonneront pas…
- Ils ont été bannis d'Edoras par le roi lui-même et par décret. Ils auraient désobéi au roi apparemment. Selon le voyageur de passage à l'auberge, le conseiller du roi aurait une influence énorme sur lui. Eomer du Rohan et les cavaliers de la marche ont été bannis pour avoir porté assistance à la compagnie du Prince. Sans eux, les chances de survie des Rohirrims sont pratiquement nulles. Finis par dire Cerris.
Nuriel ferma les yeux en pensant à Eomer et ne put retenir un commentaire que seul Telrea comprit.
- Oh non… Eomer… dit elle presque en larmes.
Telrea surveillait du coin de l'œil la gitane et se promit d'avoir une bonne discussion avec elle. Elle en savait beaucoup plus sur ce qui se passait en Rohan qu'elle ne le prétendait. Mais pour ne pas l'embarrasser davantage, elle dit à Cerris avec bonne humeur :
- Tu resteras bien diner avec nous Cerris. Les enfants seront contents de pouvoir entendre tes histoires. Dit Telrea en se levant de sa place.
- Oui, je veux bien. Merci Telrea. Dit Cerris en souriant.
Telrea approuva de la tête et pendant que l'homme sortit dehors pour voir les enfants, elle fit signe à Nuriel de la suivre. C'était le moment ou jamais de savoir ce qu'elle lui cachait.
