Chapitre 13 :
Dans la Toyota grise d'Antoine, Sacha se sentit un peu mieux, respirant l'air devant sa fenêtre ouverte, les cheveux au vent. Son visage avait peu à peu retrouvé ses couleurs faisant oublier la blancheur extrême provoqué par le léger malaise. Le jeune homme serra ses mains contre son sac en bandoulière posé sur ses genoux, songeant à ce qu'il voulait faire. Il jeta un œil à son beau-père qui était concentré sur la route avant de baisser son regard sur le fameux sac. Il sentait toujours cette sensation de dégoût au fond de lui, l'impression d'être encore plus sale qu'auparavant, ressentant l'émotion qu'il avait vécu dans le dojo auprès de son beau-père lors du combat.
Cela fit dix minutes qu'ils roulaient sur le chemin de la maison et le silence semblait décidé de dominer entre les deux hommes. Le véhicule s'arrêta à un feu tricolore laissant quelques piétons traverser la route alors que Sacha posa son regard sur un couple d'adolescents adossé près d'un muret. Il les observa s'embrasser à perdre haleine avant d'entendre un petit rire joyeux de la jeune fille qui semblait ravie d'être avec son petit ami. Sacha détourna son regard sur le pare-brise, repensant amèrement à Ondine. Cela fit exactement vingt-deux jours qu'ils n'étaient plus ensemble. Vingt-deux jours que Sacha se culpabilisait de n'avoir pas fait plus d'efforts pour retenir Ondine, vingt-deux jours à s'acharner sur ses idées noires, sur le pourquoi et le comment de cette rupture. Et le jeune homme savait douloureusement que c'était en grande partie de sa faute que sa relation avec Ondine était détruite. Et s'en voulait énormément de ne pas avoir su trouver le courage pour aller plus loin avec elle. Maintenant qu'elle était loin de lui, il payait le prix.
Il sentit brusquement le véhicule redémarrer l'obligeant à sortir de ses songes alors qu'il remonta la fenêtre de sa portière. Après avoir tourné dans plusieurs rues, ils arrivèrent dans leur quartier avant que le véhicule se gara devant la maison. Antoine et Sacha sortirent de la voiture tandis que ce dernier attendit patiemment son beau-père qui contourna le véhicule afin d'ouvrir le coffre pour prendre son grand sac de sport. Après cela, Sacha le suivit jusqu'à la porte d'entrée de la maison alors qu'il l'entendit se plaindre d'avoir faim.
« Tiens, ça m'étonne que ta mère ne soit pas encore rentré. »
Sacha qui venait de sortir son portable de son sac, rentra dans le pavillon où Antoine lâcha son sac négligemment au sol alors qu'il regarda l'écran de son cellulaire qui affichait deux appels manqués. Pourquoi sa mère l'avait appelé se demanda le jeune homme avant de déduire que Délia était au courant de sa visite improvisée. Est-ce que Pierre l'avait-il dit ? Sacha soupira grassement, se perdant de nouveau dans ses pensées alors qu'il imagina sa mère en panique à l'idée de savoir son fils avec une arme. Justement, en pensant au revolver… Sacha retira son manteau et son sac avant de rejoindre son beau-père dans la cuisine qui lui avait servi un verre d'eau. Sacha prit quelques gorgées silencieusement avant d'entendre Antoine lui dire qu'il devait aller à la cave pour sortir le linge du lave-linge. Sacha vit le fameux post-it sur le frigo que son beau-père venait de lire comprenant que Délia avait donné des directives si jamais elle n'était pas encore rentrée. Il le vit se diriger vers la porte menant vers le sous-sol avant de profiter de l'occasion pour chercher son sac afin de sortir l'arme à feu. L'objet voulu dans ses mains, il souffla doucement, anxieux alors que ses pas se dirigèrent vers la porte ouverte de la cave. Arrivé devant les escaliers, il descendit lentement dans un silence presque pesant, ayant l'impression d'entendre les battements de son organe vital résonner dans le petit couloir menant au sous-sol. Il avait l'impression que son cœur allait s'arracher de son thorax tellement il le sentait propulser aussi fort. Il poussait de plus en plus frénétiquement, provoquant des sueurs au jeune homme alors qu'il entendit Antoine rire doucement. Ce dernier qui l'avait entendu descendre les escaliers, se tourna vers la pénombre qui camouflait le jeune homme à moitié. Le visage mis caché par la noirceur, il écouta Antoine avec attention.
« Je viens de recevoir un message de ta mère sur mon répondeur. » Informa-t-il presque moqueur, « Elle dit que tu avais un flingue et que tu allais faire une connerie avec. »
Son rire s'augmenta peu à peu avant de voir le fameux flingue sortir de la pénombre, le faisant stopper dans son éclat. Il blanchit doucement comprenant que Sacha avait son arme à feu dans ses mains, contrôlant la situation à son avantage.
« Mais Sacha qu'est-ce que tu fais ? » S'angoissa-t-il.
Le revolver pointé sur Antoine, Sacha s'avança doucement, le sortant complètement de la pénombre. Devant l'éclairage de la lumière, le visage du jeune homme se forma dans une moue de dégoût et de honte.
« Sérieusement Sacha, rend-moi cet arme. » Risqua Antoine en tendant son bras vers lui.
« Non. » Réagit-il, catégorique, « Putain… T'as détruit ma vie, tu crois vraiment que je vais t'obéir ?! »
Le jeune homme souleva un peu plus le pistolet jusqu'à le pointé sur le front d'Antoine, qui commença à perdre son sang-froid.
« Je ne comprends pas… »
Sacha osa rire jaune avant de riposter calmement et froidement qu'Antoine savait parfaitement de quoi il parlait.
« C'est ta faute si je suis comme ça ! »
Antoine fronça ses sourcils, levant légèrement ses mains vers le jeune homme comprenant que ce dernier pouvait tirer à tout moment.
« Tu as bousillé mon enfance avec tes sales mains… » Murmura rageusement Sacha.
Il l'entendit soupirer, découragé avant de comprendre qu'il allait parler. L'arme toujours pointé sur le front, Sacha fronça ses sourcils face aux propos qu'Antoine allait d'une seconde à l'autre déclarer.
« Oh Sacha baisse ton arme s'il te plaît. » Tenta-t-il, « Je n'ai jamais voulu te faire ça, crois-moi. »
Sacha braqua plus durement le flingue sur le front de son beau-père avant de lui répondre sèchement qu'il n'était impossible pour lui de le croire. Le jeune homme sentait sa colère lui monter de plus en plus en lui, il comprit qu'il était prêt à tuer son beau-père s'il l'envie lui prenait grandement. Il avait tellement envie dans le fond…
OOOOO
Délia accéléra son pas dans la rue de son quartier comprenant que son fils n'était pas à l'arrêt de bus. Elle avait attendu que plusieurs bus passaient, espérant voir son fils sortir de l'un d'eux mais malheureusement ses espoirs furent anéantis. Elle avait décidé de revenir chez elle, se rappelant que son compagnon rentrait de son travail. Elle avait profité sur le chemin de l'appeler mais malheureusement elle fut atterri sur le répondeur et elle avait dû laisser un message pour expliquer la situation. Tandis qu'elle se perdit dans ses songes noires, elle entendit soudainement un klaxon, faisant tourner sa tête vers un véhicule d'une marque courante avant de comprendre que Pierre était au volant. Elle courut vers le véhicule, entra par la portière arrière avant d'entendre Ondine lui demander si elle avait des nouvelles de Sacha.
« Non. Mais normalement Antoine, mon compagnon, est arrivé à la maison. Peut-être qu'il sait quelque chose… »
« D'accord, on va y aller chez vous. »
Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent dans la rue concernée où Délia informa que le véhicule de son compagnon était garé devant le pavillon, faisant comprendre à Pierre et Ondine qu'Antoine était arrivé.
Après que le moteur fut arrêter, ils descendirent rapidement de la voiture, Ondine et Pierre suivant Délia jusqu'au pavillon. Cette dernière ouvrit la porte presque à la volée, avant de chercher du regard son compagnon.
« Antoine ? »
Seul le silence répondait. Ondine et Pierre regardèrent dans les autres pièces avant de confirmer à Délia qu'il n'y avait personne.
« La porte de la cave est ouverte. » Remarqua-t-elle, « Il doit être en bas. »
Délia s'avança vers la porte avant d'entendre une voix familière. Un micro-sourire se forma sur ses lèvres en reconnaissant la voix de son fils avant de comprendre qu'il se passait quelque chose au sous-sol.
« Vous entendez ? Sacha est avec Antoine. »
Le métis et la rousse tendirent légèrement leurs oreilles vers la cave où ils perçurent deux voix masculines.
« Je ne comprends pas trop ce qu'ils disent… » Intervint Ondine, « Est-ce qu'Antoine sait que Sacha à une arme ? »
Pierre écarquilla ses yeux avant d'informer les deux femmes qu'il y avait le sac de Sacha à l'entrée tout en parcourant les quelques mètres qui le séparait de l'objet en question. Il fouilla à l'intérieur en avouant qu'il avait vu l'arme dans le sac.
« Le flingue n'est plus là. »
Tous les trois s'échangèrent un regard remplis de sous-entendus avant de comprendre qu'il se passait quelque chose de grave dans la cave. Sacha avait l'arme et il était avec Antoine…
« Oh mon Dieu… » Murmura Délia avant de descendre au sous-sol, suivit des deux jeunes.
OOOOO
« J'étais avec une fille bien, et toi avec tes gestes dégelasses, tu m'as fait écœurer de pouvoir prendre du plaisir avec elle. »
« Sacha, on peut toujours essayer de… »
« Arrête de parler ! » Cria-t-il, les larmes aux bords des yeux, « J'ai honte d'être ce que je suis, et c'est à cause de toi. »
L'arme toujours braqué sur Antoine, Sacha s'avança de plus en plus, faisant reculer doucement son beau-père alors que soudainement la voix de Délia résonna dans la pièce. Sacha se retourna vivement avant de remettre son arme devant Antoine.
« Maman… »
Sacha était déstabilisé par sa présence et il ne voulait pas qu'elle le découvre anéanti, qu'elle le voit complètement détruit et prêt à tirer une balle entre les deux yeux de son compagnon. Il vit dans la pénombre deux silhouettes avant de comprendre que Pierre était là. Il le vit s'avancer vers lui, essayant de le convaincre de poser l'arme à terre.
« Non. » Répondit Sacha sous le visage angoissée de sa mère, « Tu ne peux pas comprendre ce que cet ordure m'a fait… »
Sacha posa une nouvelle fois ses orbes marron foncés sur son beau-père avant de jeter un coup d'œil à sa mère. Il soupira discrètement avant de sentir une larme lui menacer de rouler sur sa joue.
« S'il te plaît Sacha écoute Pierre, pourquoi tu réagis comme cela ? » Insista Délia.
Elle n'était au courant de rien, pensa Sacha. Sa mère ne savait rien de ce qu'il s'était passé sous son propre toit. Elle était pure, elle était innocente, pourquoi devait-elle subir tout cela ? Sacha repensa à la conversation qu'il avait eue avec Richie sur le secret de ce dernier. Il avait réussi à dévoiler à sa mère, pourquoi lui il ne pourrait pas essayer de le faire ? Il jeta un nouveau coup d'œil vers sa chère mère avant d'ouvrir la bouche, prêt à tout divulguer.
« J-je… »
Soudainement il entendit d'autres pas avant de croiser les orbes bleus de son ex, comprenant qu'elle était la deuxième silhouette qui était camouflée dans la pénombre. Il avait l'impression de se sentir coincer, d'être dans une cage…
Une larme coula subitement, faisant éclater ses émotions enfouis. Qu'est-ce qu'Ondine faisait là ? Pourquoi était-elle là au moment où il avait décidé de révéler son secret à sa mère ? Une autre larme roula sur sa joue avant d'obliger de pointé plus férocement vers son beau-père sous les exclamations de peurs des personnes présentes.
Et tant pis si Pierre et Ondine sauront son secret. Il savait désormais qu'il ne sera plus jamais avec la rousse alors autant qu'elle le sache aussi.
« Maman, j-je… »
Il ne savait pas comment expliqué à Délia qu'Antoine avait fait des choses malsaines avec lui. Qu'il l'avait forcé à garder le silence durant plusieurs années… Sacha posa son regard d'un air insistant sur son beau-père alors que ses yeux étaient remplis de mélancolie.
« Il a… Il a fait des choses pas nettes, tu vois ? »
Qu'est-ce que c'était dur de lui dire. Comment sa mère allait réagir ? Et Pierre ? Et Ondine ? Il soupira grassement avant de glisser sa main dans ses cheveux, toujours l'arme braqué sur Antoine.
« Ce salopard… Il m'a forcé à faire des choses horribles. »
Le dite salopard était silencieux, sachant dorénavant qu'aucune chance était de son côté. Il baissa son regard honteusement avant de voir sa compagne froncés ses sourcils.
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
Sacha déglutit lentement, n'osant plus regarder sa mère en face. Il bredouilla une réponse avant de soupirer une nouvelle fois. Pourquoi il n'arrivait pas à le dire, bon sang !
« Tu te souviens de l'article que tu as lu, sur la petite Clara. »
Délia acquiesça doucement doutant le pire alors que Pierre et Ondine écoutèrent attentivement ce que Sacha allait dire.
« Et bien c'est ce qui s'est passé, sauf qu'au lieu de Clara, c'était moi. »
Le visage de Délia se décomposa dans une exclamation dans un « oh non... » étouffé avant que des larmes ruisselèrent sur ses joues. Elle observa son compagnon, ne sachant plus trop quoi penser, réalisant ce que son fils venait de dire.
« T'as osé abuser de mon fils ! » S'indigna-t-elle.
Ondine et Pierre qui essayaient de deviner ce qui se passait s'exclamèrent en concert d'un air surpris, comprenant maintenant certaines réactions que Sacha avait l'habitude de faire.
« Comment tu as fait une chose pareille ?! » S'offusqua-t-elle avant de réaliser que son fils avait toujours l'arme braqué sur Antoine, « Chéri, il faut que tu lâches ce revolver. »
Sacha tourna sa tête de gauche à droite faisant comprendre à sa mère qu'il ne voulait pas déposer son arme.
« Je crois que je vais le buter. » Déclara-t-il, de moins en moins sûr.
Délia lança un appel au secours dans un regard échangé avec Ondine, la faisant comprendre que cette dernière pouvait essayer de dissuader Sacha de faire une bêtise.
« Sacha ? » Intervint Ondine en s'approchant doucement de lui.
Le concerné posa ses deux orbes marron-noir sur la rousse, lui faisant remonter des souvenirs sur les moments qu'il avait passé avec la jeune femme.
« Ça ne sert à rien de braquer ton arme sur lui, Sacha. Ce n'est pas en le tuant que ça va effacer ce qu'il a pu te faire subir. »
Doucement, elle avança vers le jeune homme qui hésita de plus en plus alors qu'il baissa légèrement, sans se rendre compte, le revolver.
« Oui, il t'a fait des choses malsaines, mais ne t'obliges pas à faire quelque chose que tu risques de regretter. Il n'en vaut vraiment pas la peine que tu salisses tes mains pour lui. »
Complètement perdu, Sacha versa silencieusement de nouvelles larmes avant d'abaisser complètement son arme et de sentir Pierre la retirer de sa main rapidement sous les soupirs de soulagement des trois autres personnes. Complètement désemparé, Sacha sanglota dans les bras d'Ondine qui semblait être sous le choc, autant que Pierre et Délia. Cette dernière jaugea négativement Antoine qui devenait à présent son ex-conjoint. Elle lui ordonna de faire ses valises et de quitter le plus rapidement les lieux, malgré son choc face à cette nouvelle. Elle avait encore du mal à croire qu'elle avait vécu avec un pédophile. Oui c'était un pédophile pensa amèrement Délia avant de poser tristement son regard sur son fils qui pleurait chaudement dans les bras de son ex. Elle s'avança vers lui alors que Pierre lui demanda ce qu'il devait faire du revolver.
« Oh, je ne plus voir d'armes ici. Faites en ce que vous voulez. »
Arrivé à la hauteur d'Ondine et de Sacha, elle caressa doucement la joue de ce dernier lui disant plusieurs fois pardon de n'avoir rien vu. Ondine se détacha de son ex, laissant Délia prendre le relais alors qu'elle se mit à l'écart auprès de Pierre. Silencieusement, Délia et Sacha se serrèrent dans les bras sous les regards des deux amis qui réalisaient réellement ce qui venait de se passer.
« Je suis désolée, tellement désolée… »
Délia embrassa son fils sur le front, sentant toujours Sacha se contracter dans ses bras, alors qu'elle se jura à voix haute que plus personne n'aurait le droit de lui faire du mal.
