Elle n'arrivait pas à endormir.
Elle réfléchissait trop.
Qui avait raison, Jedusor ou Francis ?
Jedusor ne lui paraissait pas aussi malsain que le pensait son ami, mais après les vacances, elle pouvait en douter. Francis et Jasson étaient loin d'être dangereux, pourtant c'était précisément ce que lui disait Tom depuis plus d'un an.
Elle soupira sans son lit après s'être retournée de nombreuses fois et finit par se lever. Silencieusement, elle enfila les habits qui trainaient proche d'elle. Un Serdaigle avait un jour emmené un groupe d'amis dans les cuisines de Poudlard et Francis en faisait partie. Elle s'était laissé entrainer malgré le règlement qui l'interdisait, mais n'y était jamais retournée par peur d'être surprise par un professeur ou dénoncée à l'un d'eux par un elfe de maison.
Elle espérait pouvoir retrouver l'endroit, car elle ne se souvenait que vaguement du couloir dans lequel était accroché le tableau. Cela lui changerait les idées. Et puis… elle avait faim.
Heureusement la salle commune de Serpentard ne se trouvant pas loin, elle devrait peu marcher ce qui diminuait les risques de se faire prendre.
Après un bref temps de recherche, elle tomba sur le tableau représentant une coupe de fruit et chatouilla la poire qui était peinte. Celle-ci se mit à rire et laissa apparaitre une poignée de porte.
Quand elle entra, seuls quelques elfes se trouvaient encore là sur les centaines qui travaillaient d'arrache-pied la journée. Ils ne firent pas attention à elle, alors qu'elle entrait lentement, ne sachant pas quoi dire.
Les petites virées nocturnes ne devaient pas être rare, car au bout de la table la plus proche se trouvaient des toasts et de quoi dignement les recouvrir.
Elle s'assit donc sur le banc de la longue table qui, à l'étage au-dessus, était celle des Poufsouffle dans la Grande Salle et commença à se faire des tartines de confiture.
Elle en mangea quelques-unes, se servit un verre de jus de citrouille et prépara une dernière tartine pour le voyage du retour.
Avant de sortir de la salle, elle voulut remercier ou au moins dire au revoir aux elfes, mais elle se rendit compte qu'ils l'avaient totalement ignorée depuis son arrivée et qu'elle aurait l'air idiote de parler ainsi à des esclaves. L'adrénaline réapparue quand se retrouva à nouveau dans les sombres couloirs du château. Elle tenta de l'ignorée en avançant le plus silencieusement possible.
- Emérithe, je peux savoir où tu te rends à cette heure-ci ? demanda une voix derrière elle alors qu'elle était arrivée à mi-chemin.
Elle se figea en la reconnaissant et pria pour qu'il la laisse partir sans trop de problèmes.
- Je me promène, ça ne se voit pas…
- Une promenade dans les couloirs à onze heures n'est pas très réglementaire. Un pique-nique non plus d'ailleurs, ajouta Jedusor en voyant la tartine dans sa main.
- Ah bon ? feinta-t-elle en essayant lentement de le contourner, mais il le vit et se mit en face d'elle pour lui barrer la route.
- Non, répondit-il calmement en lui prenant le bras. Alors je vais te raccompagner jusqu'à la salle commune et communiquer ta faute au professeur Slughorn.
- C'est vraiment nécessaire ? Tom c'est la première fois en plus de cinq ans… Tu peux laisser passer, juste cette fois-ci.
- Non, c'est contre le règlement, expliqua-t-il calmement en lui prenant sa tartine des mains.
- Oh, mais arrête avec le règlement ! Tu ne vas pas me dire que tu ne l'as jamais enfreint !
- Non, c'est précisément pour ça que je suis préfet.
Elle aurait voulu lui répondre par un commentaire sarcastique, mais ils étaient arrivés devant la salle commune. Une fois certain qu'elle était bien rentrée, il repartit avec sa tartine qu'il mangea durant le reste de son heure de surveillance.
Finalement, elle avait peut-être le ventre plein, mais elle n'arriva pas plus à dormir, car la peur que sa faute soit découverte par un professeur persistait.
Elle fut réveillée par les filles de son dortoir et ce fut l'esprit embrumée qu'elle se rendit dans la salle de bain où l'odeur du bubobulb qu'Ariane s'appliquait sur le visage finit par la réveiller totalement.
Le cours de potion l'avait hanté durant toute la journée au point où elle essaya d'occuper son esprit afin de ne plus y penser. Elle fut finalement impatiente d'y être pour pouvoir enfin se débarrasser une bonne fois pour toute de cette boule au ventre. Elle n'avait jamais enfreint le règlement et le peu de fois où s'était arrivé, elle n'avait jamais été surprise en plein délit. C'était pourquoi elle craignait la sentence de Slughorn, mais encore plus son regard sur elle. C'était un professeur qu'elle appréciait énormément et elle ne voulait pas lire sa déception dans ses yeux. Elle avait donc essayé toute la journée de trouver une excuse valable qui expliquerait pourquoi elle avait été en dehors de son dortoir la nuit, mais à chaque fois qu'elle pensait avoir trouvé la justification parfaite, elle se rendait compte qu'elle était absurde après l'avoir répété des dizaines de fois dans sa tête en espérant finalement elle-même y croire.
Alors qu'elle avait pris une bonne avance dans sa potion, Slughorn s'approcha d'elle. Son cœur s'accéléra, imaginant déjà le maitre des potions lui demander de rester pour discuter quand les autres seront partis.
- Miss Emérithe, votre potion m'a l'air parfaite pour le moment, dit-il avec enthousiasme.
- Merci Monsieur.
- Et ne soyez pas trop déçue pour le Felix Felicis, la réconforta-t-il en baissant un peu la voix. Un jour vous serez capable d'en préparer vous-même sans problème, croyez-moi!
Il continua ensuite son inspection auprès des autres élèves pour voir leur avancé.
Lorsque la sonnerie annonçant la fin du cours résonna dans la salle, toute son inquiétude s'évanouit, mais une peur subsistait et elle allait s'en débarrasser une bonne fois pour toute. Elle rattrapa Jedusor qui se trouvait déjà au bout du couloir.
- Tu ne lui as pas dit ?
- J'aurais dû lui dire quelque chose ?
- Tu sais très bien de quoi je parle Jedusor.
- Non je n'ai rien dit, soupira-t-il agacé, j'espère que tu ne me feras pas le regretter …
Elle voulut le remercier, mais il mit fin à la conversation en accélérant le pas.
Il était devenu très distant depuis le début de l'année, ne lui adressant la parole que lorsqu'il était obligé.
Tout ça parce qu'elle n'avait pas voulu lui obéir.
Sa réaction était si excessive…
Elle essayait souvent de le comprendre. Il disait vouloir la protéger, mais ce qu'elle n'arrivait pas à saisir c'était de quoi…
Cependant il arrivait parfois à semer le doute.
Sa vie était, à ses yeux, une catastrophe ! Tout n'était qu'une improvisation, alors que Tom, qui était dans la même situation qu'elle, avait toujours réussi à gérer correctement la sienne. Il lui avait répété à plusieurs reprises que s'il lui demandait de ne plus approcher ses amis, c'était pour sa sécurité, mais elle n'arrivait pas à percevoir quels danger Francis et Jasson pouvaient bien lui apporter !
Finalement, elle avait peut-être meilleur temps de l'écouter lui puisqu'elle était décidément incapable de prendre de bonnes décisions toute seule…
Mais c'était insensé ! Francis et Jasson ! Ils devaient être les seuls personnes à sa connaissance à toujours venir en aide à quelqu'un, même quand la personne avait pu être ingrate avec eux quelques jours avant.
Elle tournait en rond ! A chaque fois qu'elle voyait Jedusor le même dilemme lui venait en tête.
Qui croire ?
Lui ou son propre instinct loin d'être infaillible ?
Elle entra finalement dans la salle pour le cours suivant où elle avait les Sortilèges en commun avec Jasson. Alors que depuis le début de l'année elle faisait souvent l'effort de s'asseoir à côté de lui pour tenter une éventuelle réelle amitié, lui ne faisait aucun effort. Juste un bref salut poli lorsqu'elle s'installait.
Elle déplorait cette situation et souhaitait la changer, mais ne savait pas comment s'y prendre.
Effacer cinq ans de regards froids, du mépris et de totale ignorance était loin d'être facile…
Le cours commença et le silence s'alourdit à mesure que le cours avançait.
Et ce fut toujours dans un profond mutisme qu'ils retrouvèrent Francis. Ils profitèrent de leur pause pour aller prendre l'air et se rendirent au parc faire un tour après être passé à la volière. Le froid de novembre se faisait sentir et ils sortirent leurs écharpes de leur sac.
Au loin, sur le chemin du retour, elle vit Hagrid revenir des serres. A son passage tous les élèves s'écartèrent et Marion en eut un petit pincement au cœur.
Depuis l'histoire de la Chambre des Secrets, tous le craignaient et l'évitaient comme la peste.
Pourtant c'était tellement évident qu'il n'était pas le responsable !
Une Acromantula… Depuis quand pétrifiaient-elles leurs victimes ?
Le directeur avait été tellement heureux de trouver un coupable pour ne pas fermer l'école qu'il n'avait pas réfléchi. Ou peut-être que si… Ce fut sans doute pour cela qu'Hagrid n'avait pas été renvoyé de Poudlard. Finalement, devenir garde-chasse était peut-être un dédommagement en échange de sa fausse responsabilité…
Dans tous les cas, les agressions avaient cessées.
Ce qu'elle avait encore davantage de mal à comprendre, c'était la raison qui avait poussé Jedusor à le dénoncer. Il savait qu'il n'était pas coupable, certes être en possession d'une telle créature était interdite, mais de là à soutenir qu'il avait ouvert la Chambre.
Et en plus il n'était même pas à Serpentard… Ah il était beau l'héritier de Salazar !
Non décidément elle ne comprenait pas…
Dans tous les cas, voir Hagrid être traité ainsi l'insupportait. Les adolescents étaient si cruels.
Elle n'aurait jamais pensé un jour avoir de la pitié pour ce demi-géant, elle qui l'avait toujours méprisé.
- Je ne comprends pas pourquoi il est toujours là, marmonna Francis en le regardant.
Elle se tourna vers lui et l'observa, un peu abasourdit par ce jugement qui lui ressemblait si peu.
- Ce n'est pas lui le responsable… Sinon comment expliques-tu le fait que le professeur Dippet et le Ministère accepte qu'il soit toujours ici.
- Il a été arrêté, la créature relâchée et depuis il n'y a plus d'agression. Ceci, est quelque chose de logique.
- Une fille a été tuée et il a été jugé coupable. C'est normal que les gens le craignent, expliqua Jasson.
- Si même les Gryffondors deviennent intolérants, soupira-t-elle.
- Tu dis ça parce que tu n'as jamais eu peur d'être la prochaine victime, dit lentement Jasson.
Francis voulut ajouter quelque chose, mais ils étaient de retour à la Grande Salle et ils se séparèrent, allant chacun à leur table.
C'était un après-midi chaud pour la saison et le match Serdaigle contre Serpentard avait bientôt lieu. Elle se rendait aux gradins, espérant retrouver Maureen et Ariane au milieu de tous ces élèves, malgré le fait qu'elle soit un peu en retard.
OoOoOoO
Marchant tranquillement, elle regardait ses pieds en jaugeant toujours les menaces de Jedusor qui tournaient en boucle. En arrivant près du terrain de Quidditch, elle sortit de ses pensées et releva la tête. Elle vit Francis quelques mètres plus loin. Elle hésita à le rejoindre, se souvenant de son instinct catastrophique qui l'avait toujours menée dans les ennuis et de la mise en garde de Jedusor. Elle accéléra finalement le pas pour arriver à sa hauteur.
Son sourire en la voyant effaça ses doutes.
- Comme ça, on se promène toute seule… commença-t-il la conversation
- Je pourrais te dire la même chose, rigola-t-elle.
- Je les rejoins aux gradins.
Elle hocha la tête et ils continuèrent d'avancer en silence. Elle voulait parler de Jasson avec lui, peut-être réussirait-il à lui donner quelques conseils pour essayer d'améliorer la situation…
- Et tu vois souvent... Jasson ? demanda-t-elle en hésitant de parler de lui.
- Ca fait un moment qu'on n'a pas pris le temps de se retrouver pour discuter. Pourquoi cette question ?
- Pour rien… Pour prendre de ses nouvelles, je le vois rarement.
- Parce qu'il t'évite, soupira-t-il. Jasson est persuadé que tu ne l'aimes pas parce qu'il est… commença-t-il, visiblement gêné du sujet à aborder.
- Un né moldu?
- Tu penses comme eux ? lui demanda-t-il un peu contrarié. Tu ne penses quand même pas que seul l'arbre généalogique compte ?
Elle soupira, ennuyée de la tournure que la conversation prenait. Elle avait toujours essayé de garder Francis en dehors de ces préjugés dont elle était imprégnée. Ces préjugés qui étaient la seule chose qui lui restait de son père et dont elle arrivait difficilement à se séparer. Ne la voyant pas réagir il prit son silence pour une affirmation.
- Tu me déçois. Je t'ai toujours défendue en pensant que tu étais différente.
- Et moi je ne te l'ai jamais dit en ne voulant justement pas te décevoir. Si j'avais été différente je n'aurais pas été envoyée à Serpentard.
- J'espérais qu'au moins tu contesterais, que tu essayerais de me prouver que tu n'es pas comme ça. La Marion que je connais, elle n'a pas cette manière de penser.
- Je n'ai jamais eu d'autre manière de penser ! Et c'est faux, je n'accorde pas autant d'importance à l'ascendance des gens que certains. Nous sommes amis, je suis venue toute les semaines vous voir, Jasson et toi, lorsque vous étiez pétrifiés ! Et si j'avais su que vous douteriez de notre amitié pour de stupides préjugés, je ne serais jamais venue ! s'énerva-t-elle en repartant au château.
Il resta immobile un moment à fixer dans le vide l'endroit où elle se trouvait quelques secondes avant, ne comprenant pas ce changement d'humeur.
- Tu… es venue toutes les semaines ? répéta-t-il ahuri.
Elle devint rouge tomate en réalisant ce qu'elle venait de lui révéler. Après tous ses efforts pour qu'il ne soit pas au courant, elle s'était lâchement dénoncée sous l'emprise de la colère.
- Je suis désolé, balbutia-t-il en marchant vers elle. Je ne savais pas… L'infirmière ne nous l'a jamais dit…
- C'est parce que je venais quand il n'y avait personne…
- Mais… Pourquoi ? demanda-t-il sans cacher son incompréhension.
Elle haussa les épaules et se rendit aux gradins, le match n'allait pas tarder à commencer et elle se voyait mal expliquer à Francis qu'elle avait honte d'être vue à l'infirmerie.
Elle aurait pu lui donner des explications durant des heures, il n'en aurait jamais compris la raison.
Ces pensées sur la pureté du sang le dépassaient totalement. Et parfois, elle l'enviait.
Elle aurait tellement voulu s'en débarrasser !
Mais elle en était incapable.
Ils marchèrent côte à côte en silence jusqu'au terrain. Lorsque le temps de se séparer pour monter chacun dans leurs gradins fut venu, Marion partit lentement du côté des verts et argent, mais elle sentit la main de Francis prendre la sienne pour la retenir.
- Ça te dit de regarder le match avec moi ? lui demanda-t-il timidement pour se faire pardonner. Bien sûre je comprendrais que tu veuilles le regarder avec ceux de ta maison… essaya-t-il de se rattraper en voyant son silence.
- Non, non, répondit-elle lentement, au contraire c'est une très bonne idée.
Un sourire se dessina sur ses lèvres et elle le lui rendit, heureuse de leur réconciliation.
Ils montèrent dans les gradins des Serdaigles et elle se laissa guider par Francis à l'avant. Les élèves lui lançaient des regards méprisants à la vue de son écharpe, mais son ami n'avait pas l'air de les remarquer. Il s'arrêta vers un groupe de quatre garçons qu'il lui présenta immédiatement et lui expliqua que son cousin jouait dans l'équipe. Les garçons l'examinèrent soucieux jusqu'à que Francis leur fit comprendre d'un simple regard que c'était son amie et qu'ils devaient la considérer comme telle.
Le match commença au coup de sifflet, mettant fin à la tension presque palpable et en moins de dix minutes Serpentard avait déjà marqué deux buts.
- Du coup, tu n'oses pas trop soutenir ton équipe vu ta position, se moqua gentiment Francis.
- Qui t'as dit que je soutenais Serpentard ? répondit-elle d'une voix provoquante.
Les garçons tournèrent la tête d'un coup vers elle, les yeux écarquillés.
- Si Serpentard gagne le premier match on va en entendre parler dans la salle commune jusqu'au prochain, rigola-t-elle. Ne pensez surtout pas qu'ils sont insupportables qu'avec les autres maisons, moi aussi je dois supporter leurs vantardises et s'en est vite exaspérant.
- Donc tu es pour Serdaigle, conclut-il.
- Je n'irai pas jusqu'à dire ça…
- Si, si, affirma Francis en souriant. Tu es pour Serdaigle !
- Je suis pour la maison qui joue contre Serpentard, ce ne sera pas toujours Serdaigle !
- Et lorsque vous jouez contre Gryffondor ?
- Je ne les soutiens pas véritablement…
Francis éclata de rire.
- Quand Jasson saura que non seulement tu es venue le voir à l'infirmerie, mais qu'en plus tu le soutiens secrètement pendant ses matchs, il sera obligé d'avouer qu'il s'était trompé !
Elle n'osa pas lui dire qu'à la base c'était lui qu'elle venait voir à l'infirmerie et qu'elle ne soutenait aucunes véritables équipes. Bien sûre qu'elle était pour Serpentard, mais entendre les fanfaronnades des fans de Quidditch l'énervaient, au point qu'elle espérait voir une autre équipe gagner pour être épargnée. Mais à la fin de l'année, elle était déçue lorsque ce n'était pas sa maison qui remportait la coupe.
- Tu es sûre que le Choixpeau ne s'est pas trompée en te mettant à Serpentard ? demanda timidement un garçon blond dont elle ne se souvenait déjà plus le nom.
Elle réfléchit un instant. Elle n'y avait jamais vraiment pensé. Il était vrai que le Choixpeau avait hésité à la mettre à Serpentard et maintenant qu'elle y réfléchissait, elle s'imaginait très bien à Serdaigle avec Francis. Mais en pensant à tous les Sang-de-Bourbe avec qui elle aurait dû partager la salle commune, pire, peut-être même son dortoir ! Quel horreur ! Non décidément elle ne se voyait nul-part ailleurs que chez Salazar.
Tout le monde la regardait désormais et particulièrement Francis, qui avait l'air intéressé par sa réponse.
- Il est vrai qu'être à Serdaigle ne m'aurait pas déplu…pesa-t-elle ses mots.
Francis la regarda fièrement en lui lançant un regard qui disait « Je t'avais bien dit que tu étais différente des autres Serpents ! » Elle n'osa rien répondre en espérant que personne ne lui pose la question…
- Et pour quelle raison c'est à Serpentard qu'il t'a envoyé ?
Raté… Il commençait à être bien trop curieux à son gout celui-là. La dispute était toute fraiche, ça pouvait déraper à n'importe quel moment.
- C'est là que sont allés mes parents et l'éducation que j'ai reçue a sans doute dû jouer un rôle…
Un poursuiveur de l'équipe de Serdaigle égalisa, que Merlin merci, et mit fin à la conversation. Les acclamations fusèrent de toute part et elle sourit en croisant les bras sur la barrière.
- J'aurai voulu que tu sois une Serdaigle, confessa Francis avec un sourire triste.
Il s'était installé à ses côtés et fixait le point où se tenait un batteur quelques secondes auparavant. Elle se tourna vers lui, bouleversée par sa déclaration.
- Mise-à part les cours et la salle commune, je ne vois pas ce que ça aurait changé, essaya-t-elle de le réconforter.
- Beaucoup de chose, murmura-t-il plus pour lui-même.
Les Serdaigles encouragèrent leur équipe. Elle retourna la tête vers le terrain pour voir où en était le match.
Les poursuiveurs venaient de se disposer en triangle et fonçaient contre le but, forçant ainsi les deux Serpentard à s'écarter pour ne pas tomber de leurs balais.
D'un revers de batte, Adrien envoya un Cognard sur le poursuiveur qui tenait le Souafle. Il roula vers le bas pour éviter le Cognard se retrouvant ainsi suspendu à son balai par les pieds et les mains, mais lâcha le Souafle qui fut rattrapé par un joueur en vert.
Il traversa à une vitesse incroyable le terrain, entouré des autres poursuiveurs et d'un batteur pour le protéger et s'approcha dangereusement du but quand les Serdaigles acclamèrent leurs joueurs.
L'attrapeur tenait la petite balle d'or dans sa main droite et retournait au sol.
Le gradin se vida avec une rapidité déconcertante, les élèves se précipitant sur le terrain pour féliciter les joueurs.
Lorsqu'elle arriva en bas, elle se retourna vers Francis avant de prendre la direction du château.
- Fêtez bien votre victoire ! lui cria-t-elle.
- Et toi, profites de la tranquillité de votre défaite ! plaisanta-t-il.
Elle sourit et se dépêcha de rentrer pour éviter de prendre froid, l'esprit léger. Les moments où elle ne se prenait pas la tête étaient rares ces temps-ci, et ce match en compagnie de son ami lui avait fait du bien.
Cette fois sa décision était prise.
Et au diable les mises en gardes de Jedusor, elle n'y repenserait plus !
Elle passa rapidement au dortoir pour poser son manteau avant d'aller manger. En arrivant dans la Grande Salle il était impossible de ne pas entendre quelques groupes de Serdaigle chanter leur victoire avec un verre de jus de citrouille dans la main.
A sa table par contre on pouvait voir quelques visages déçus surtout du côté des jeunes élèves et alla s'asseoir près des ceux de son années.
- Samira, la salua Jedusor d'une voix douce pensant lui faire oublier leurs petits conflits.
- Jedusor, répondit-elle impassiblement.
Avant qu'il ait le temps de prononcer un mot supplémentaire elle se détourna complétement de lui au profit de Maureen qui la gronda gentiment pour sa disparition. Elle regretta immédiatement son comportement, après tout, il l'avait toujours aidée…
Les plats apparurent et il se servit un peu rudement, ne maitrisant pas tout à fait sa colère et sa frustration de voir Emérithe l'ignorer. Il prévoyait déjà de quelle façon il allait la coincer en sortant de table pour lui expliquer qu'on n'ignorait pas ainsi Tom Jedusor sans conséquences et encore moins ses ordres.
- Où étais-tu passée ? On t'avait gardé une place… continua de l'importuner Maureen.
- Je vous ai cherché un moment, mais comme le match était sur le point de commencer, il y avait trop de monde et je ne vous ai pas trouvé.
- Sans doute parce que tu ne les as pas cherchées dans le bon gradin, l'informa Tom d'une voix dégagée, mais ses yeux onyx étaient chargés de menaces.
Le repas se passa dans une ambiance un peu tendue. Marion peinait à maintenir son masque d'indifférence. Elle se força à manger et essaya d'écouter Maureen et Ariane discuter du match pour oublier la peur qui lui tiraillait l'estomac. Elle sentait peser le regard lourd de reproche de Tom et craignait les représailles qui ne manqueraient pas de tomber. Quand les deux équipes de Quidditch de l'après-midi entrèrent dans la Grande Salle après s'être douchées et changées, ils furent accueillis par des applaudissements. Lorsque Caume passa devant elle pour aller s'asseoir, elle en profita pour lui adresser des félicitations, malgré leur défaite. Il la remercia d'un sourire radieux avant d'être attiré par un ami un peu plus loin.
Dès que le directeur fit signe que le repas était terminé, elle se leva dans les premiers et se dirigea vers les cachots. S'excusant vaguement auprès de ses amies. Elle lâcha son masque de parfaite Serpentard réservé à Jedusor au bout de quelques mètres et laissa de côté sa démarche fière pour une plus hésitante.
Tom s'était levé juste après elle, intimant d'un regard brûlant tous ses amis de ne pas le suivre. Il partit à son tour d'un pas énervé en direction des cachots et la rattrapa rapidement. Il lui empoigna violemment le bras et desserra à peine quand il la vit grimacer et l'emmena dans un couloir moins fréquenté.
- Je t'avais pourtant avertie que si tu ne m'obéissais pas, je le saurai, persifla-t-il glacialement en tentant de faire tomber l'apparence tranquille qu'elle essayait de garder.
- Je n'ai jamais dit que j'allais t'obéir.
Il éclata d'un rire tranchant qui agrandit son malaise.
- C'est une belle manière de me remercier pour toute les fois où je t'ai aidée. J'ai même été jusqu'à ignorer mon devoir de préfet pour que tu gardes une belle image auprès de ton très cher professeur.
- Je ne t'ai jamais obligé à le faire.
- Non, mais imagine deux secondes si je ne l'avais pas fait. Tu es seule Emérithe, comment penses-tu te trouver un travail correct dans deux ans sans quelqu'un pour te pistonner ?
Elle ne répondit rien tout en continuant d'éviter son regard. Il avait raison, elle le savait, mais jamais elle ne l'avouerait. Sa colère disparue un peu, laissant sa place à des remords.
Elle aurait voulu s'excuser, mais son orgueil l'en empêchait. Jedusor dut le comprendre car il la lâcha et ils terminèrent le chemin jusqu'à la salle commune côte à côte, en silence.
En s'asseyant à côté de Jasson un lundi matin, elle eut la surprise de le voir la saluer avec le sourire pendant que le professeur de Sortilèges expliquait le programme d'aujourd'hui.
Après quelques minutes de théorie sur le sortilège « Aguamenti », ils purent passer à la pratique.
Elle regarda le plus discrètement possible Jasson, concentré à lancer le sort.
- Tu fais toujours parti de l'équipe de Quidditch ? demanda-t-elle pour essayer de commencer la conversation tout en s'entrainant à viser le bol avec le petit jet d'eau qui sortait de sa baguette.
Il la regarda un moment, un peu perdu de la voir s'intéresser à lui et répondit finalement.
- Oui, je suis même capitaine de l'équipe cette année.
- Et bien… Félicitations, répondit-elle maladroitement.
- Merci…
Alors que ses premiers sorts étaient proches du résultat souhaité, elle remarqua qu'il peinait à présent à le reproduire. Il n'était plus aussi concentré qu'avant et elle s'en voulut de l'avoir dérangé pendant qu'il travaillait. N'osant plus lui adresser la parole, ils restèrent silencieux un moment.
Lorsque finalement il réussit son sort, il s'appuya contre le dossier de sa chaise et joua avec sa baguette en observant les autres élèves. Il la regarda un moment travailler en hésitant à lui parler.
Elle ne lui avait jamais adressé la parole, alors pourquoi maintenant ?
Attendait-elle qu'il relance la conversation puisqu'elle avait fait le premier pas ?
Ou était-ce juste une politesse ?
Il en avait assez de cette situation, depuis trop longtemps il l'avait laissée s'envenimer.
Il avait toujours su que Marion était quelqu'un de bon, le fait d'être impénétrable était peut-être un indice qui prouvait qu'elle cachait des choses. Des choses qui semblaient la ronger de l'intérieur, et ce fut pour cela qu'il avait toujours essayé de rester son ami.
Elle avait voulu lui faire croire qu'elle le détestait, mais si c'était le cas, pourquoi s'asseoir toute les semaines à côté de lui ?
Il la vit poser sa baguette sur la table et jouer avec l'eau dans son bol.
- Francis m'a dit que tu avais regardé le dernier match avec lui, se lança-t-il à lui parler.
- Oui, c'était plutôt tendu dans les gradins, heureusement que Serdaigle à gagner. Je n'en serais pas sortie indemne sinon, plaisanta-t-elle.
Il rigola et Marion sentit son visage chauffer. Il sourit malgré lui en voyant ses joues rougir alors qu'il voulait à tout prix éviter de la mettre mal à l'aise.
- Ce n'était pas très malin de sa part, il aurait pu choisir un autre match que celui qui opposait vos maisons.
Elle haussa des épaules pour dire que ça ne l'avait pas dérangé et le professeur de Sortilège reprit la parole.
Francis lui avait donc parlé du match…
Lui avait-il aussi raconté leur discussion ?
Embarrassée à l'idée qu'il sache qu'elle était venue le voir à l'infirmerie, elle essaya de lire la page demandée par leur enseignant, mais une douleur dans les tempes apparues au bout de quelques paragraphes.
La sonnerie retentit, elle écrivit les devoirs qui lui restaient à faire pour le prochain cours de Sortilège et sortit de la classe après un bref signe de main à Jasson.
Elle entra dans les toilettes et fut surprise de n'y trouver personne pendant une pause. Ce ne fut qu'en s'approchant des lavabos après être sortie de la cabine qu'elle se rappela pourquoi. Celles du deuxième étage étaient hantées par Brook depuis le début de l'année. Le fantôme l'observait avec mépris pendant qu'elle se lavait les mains. Elle profita de l'eau fraiche pour se rafraichir le visage en espérant que ça calmerait son mal de tête qui apparaissait de plus en plus en fin de journée.
Brook la fixait toujours et elle leva la tête pour la regarder. Une question la turlupinait depuis un moment, mais elle hésitait à la lui poser.
Mais après tout elle n'était plus rien, que pouvait-elle bien lui faire si elle le prenait mal ?
- Brook… Qu'est-ce qu'il t'a tué? demanda-t-elle sans détour.
- Fiches le camp ! lança-t-elle méchamment.
Elle sursauta en entendant quelqu'un venir et sans réfléchir, elle s'enferma dans une des cabines.
- Oh… Bonjour Tom, ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vu… Susurra le fantôme d'une voix aigüe.
Elle tressaillit en entendant le nom de la personne qui venait d'entrer. Elle essaya de monter sur les toilettes sans bruit, pour qu'il ne voie pas ses pieds et entreprit de trouver un moyen de sortir sans être vue.
- Mmm, oui. Dis-moi Mimi, avec qui parlais-tu ?
- Une Serpentard indiscrète…
- Et tu pourrais me dire à quoi elle ressemble s'il-te-plait.
Elle entendit Jedusor se retourner vers les cabines, après une courte description. Avec ses cheveux assez significatifs, il était facile de la reconnaitre. Maudite soit cette Mimi ! On ne pouvait vraiment pas lui faire confiance à celle-là, pas étonnant que quelqu'un l'ai tuée…
- Emérithe sort de là !
Elle sentit son cœur louper un battement en entendant son nom et les pas faisant des allers et retours devant les cabines. Ils s'arrêtèrent et une ombre vint s'installer sous la porte. Doucement, la poignée descendit. Elle se mordit la lèvre, ce n'était plus qu'une question de temps. En entendant le nom de Jedusor, elle avait réagi instinctivement, mais finalement, elle n'avait rien fait de mal… Et en y repensant, elle n'avait aucune raison de devoir le craindre pour avoir été aux toilettes.
- Si tu ne sors pas, je fais sauter la porte !
- Et c'est réglementaire ça, de détruire un morceau de Poudlard ? lâcha-t-elle ironiquement.
Elle l'entendit soupirer d'agacement et elle descendit des toilettes. De toute façon, elle finirait par sortir, et il serait là à l'attendre. Plus elle repoussait ce moment, pire ce serait. Elle ouvrit la porte de la cabine et la referma derrière elle, mais le regretta vite en se retrouvant devant le regard froid de Jedusor.
- Je peux savoir ce que tu faisais ?
Il tentait de retenir sa fureur, sa baguette en main tendue vers elle tremblait, ce qui ne la rassura guère. Pourquoi une telle réaction pour quelque chose d'aussi insignifiant ? Décidément, plus le temps passait, moins elle le comprenait…
- D'après toi Jedusor ! Qu'est-ce qu'on fait quand on est aux toilettes ! réussit-elle à troquer sa peur contre de la rage.
- Dans les toilettes de Mimi Geignarde ? Ne te fous pas de ma gueule Emérithe, je ne suis vraiment pas d'humeur à te supporter !
- Celles du troisième étage sont bondées à la pause, pourquoi j'aurais dû attendre alors qu'à l'étage d'en dessous il n'y a personne ! De toute façon, je ne sais même pas pourquoi j'essaie de trouver des excuses, finit-elle en faisant mine de partir, mais il la retint.
- Je t'interdis de venir dans ces toilettes !
- Mais pour qui te prends-tu ? Tu n'as rien à m'interdire !
- Il y a eu un meurtre i peine sept mois pile où tu te tiens Sam, soupira-t-il d'une voix douce en brisant le mètre qui les séparait, Tout ce que je souhaite, c'est qu'il ne t'arrive pas la même chose… Alors évite cette pièce du château, s'il te plait.
Cette explication clarifia sa soudaine colère, mais était-ce pourtant la vérité…
S'inquiétait-il réellement pour elle ou essayait-il de la manipuler une fois de plus ?
- Je croyais que le coupable avait été arrêté, tenta-t-elle de continuer la conversation tout en essayant de retrouver une respiration régulière, mais Tom ne cessait de s'avancer.
- Mais il est toujours à Poudlard… Souffla-t-il en se rapprochant encore un peu plus d'elle.
Mal à l'aise face à cette soudaine proximité et ce changement de caractère, elle recula, mais se retrouva coincée contre la porte de la cabine dans laquelle elle était enfermée quelques minutes auparavant. Il continua à avancer et ce ne fut que lorsqu'elle sentit son souffle contre son visage qu'il s'arrêta. Il la regarda dans les yeux et leva la main. Son angoisse qui n'était pas parti augmenta, elle ferma les yeux, retint sa respiration et baissa instinctivement la tête, attendant le coup. Mais rien ne vint. Des doigts lui levèrent délicatement la tête et, ne s'attendant pas un geste si doux, elle ouvrit les yeux. Il lui remit doucement une mèche derrière l'oreille, puis, lentement, lui caressa la joue. Elle tressaillit malgré elle à se contacte, réveillant les anciens papillonnements du soir de Noël dans son ventre.
Fier de lui, un sourire satisfait apparut un bref instant sur son visage et il recula, ramassa ses affaires et s'en alla.
