Bonsoir bonsoir ! J'avance lentement dans l'écriture en ce moment ;_; Enfin, il me reste 5 chapitres, ça devrait aller.

Note (1) : La version française de HP traduit "Potter stinks" par "A bas Potter", mais je préfère le sens littéral "Potter pue".

Note (2) : Ma manière de réduire les dents de Hermione, sans utiliser la scène du duel devant la salle de classe de Potions.

Merci à Lolitamaguis (tes encouragements me vont droit au coeur), Babylon (Merci merci merci) et Muntittra (contente de te lire) pour leurs reviews anon :)

Précédemment : C'est la rentrée ! Sur le trajet, Harry et Draco atterrissent dans le wagon à bagages et se retrouvent à faire frotti-frotta, de façon assez désespérée. Le lendemain, Draco, transformé en fouine par Maugrey Fol Œil, se réfugie dans le col de Harry sans vraiment réfléchir. La quatrième année commence étrangement...

HIBRIDAE

QUATRIÈME ANNÉE

Chapitre 13 : Champions et Badges

"Fleur forever"

31 octobre 1994 – Grande Salle

– Harry Potter, lut Dumbledore d'une voix forte.

Draco sursauta en entendant ce nom. Trop occupé à fantasmer sur le physique avantageux du champion de Poudlard – Cedric Diggory, Poufsouffle, sixième année – il ne s'était pas aperçu que la Coupe de Feu avait craché un quatrième morceau de parchemin.

Tous les élèves s'étaient déjà levés pour mieux voir Potter, sauf lui.

Draco n'avait aucune idée de ce qu'il se passait. Pourquoi un nouveau nom était-il sorti de la Coupe, alors que Poudlard avait déjà son champion ? Comment Potter avait-il réussi à franchir la Limite d'Âge ? Avec sa Cape d'Invisibilité ?

Mais en fait, Potter avait-il toujours sa Cape ? Snape avait confisqué la Cape d'Invisibilité et la Carte du Maraudeur, en février dernier, n'est-ce pas ? Draco avait beau se creuser la tête, il n'était pas sûr de bien se rappeler...

Certains de ses souvenirs avec Potter se mélangeaient, d'autres étaient idéalisés, d'autres tout bonnement remplacés par des plus récents. Leur dispute devant la Cabane Hurlante, par exemple, lui semblait terriblement lointaine désormais, reléguée au fin fond de sa mémoire pour l'éternité – du moins l'espérait-il. Quand Draco pensait à Potter, c'était la scène dans le train ou l'épisode fouine rebondissante qui lui venaient à l'esprit en premier, pas cette maudite sortie à Pré-au-Lard l'hiver dernier.

Pour en revenir à la Cape, il y avait peu de chances, de toute manière, qu'elle soit capable de déjouer la barrière magique de Dumbledore. Potter avait donc franchi la Limite d'Âge par un autre moyen...

Mais pourquoi Potter voudrait-il participer au Tournoi, en fait ? Draco le connaissait maintenant assez bien pour savoir que le Gryffondor n'aimait pas s'afficher, malgré les histoires incroyables qui lui arrivaient chaque année – être pourchassé par un tueur en série évadé d'Azkaban, affronter un Basilisk dans la Chambre des Secrets, se disputer une pierre philosophale avec un professeur à deux visages et… boire du sang de licorne.

Le cœur de Draco s'arrêta un instant, son propre sang d'humain se figea dans ses veines. Et si c'était vrai, ce que Potter avait dit pendant leur dispute ? Et si c'était à cause du sang de licorne que la mauvaise fortune s'acharnait sur lui ?

Car personne n'était aussi chanceux et malchanceux à la fois que Potter, n'est-ce pas ?

La pierre philosophale, le Basilisk, Sirius Black... on pouvait mettre ça sur le compte de pas de pot. Mais devenir le second champion de Poudlard ! Ce n'était pas anodin. Quelque chose avait poussé Potter à s'inscrire, quelque chose qui lui voulait du mal.

Draco frappa son poing sur la table. Il tenait quelque chose de grand. Tout concordait. Le Tournoi des Trois Sorciers était très dangereux et Potter pourrait facilement y laisser sa demi-vie. Le Gryffondor n'y participerait pas volontairement, Draco en était sûr.

Mais quelque chose, le sang de licorne maudit, avait pris le contrôle de son corps et l'avait forcé à mettre son nom dans la Coupe de Feu. Et le sang argenté qui coulait dans les veines de Potter avait perturbé la Limite d'Âge, conçue pour les humains, pas pour les créatures magiques...

Pendant trois glorieuses secondes, Draco se vit se lever, retourner dans son dortoir et envoyer un message par P.d.C à Potter pour lui demander des explications. Il voulait savoir ce qu'il se passait.

Puis il croisa le regard de Maugrey Fol Oeil et repensa à sa transformation en fouine. Sous sa forme de petit mammifère blanc et terrifié, Draco avait sauté dans le col de Potter sans aucune espèce d'amour-propre. Devant tout le monde. Après s'être moqué des Weasleys, la famille adoptive du Survivant.

Écrire à Potter… non, l'humiliation que Draco avait subie le premier jour de classe était encore trop fraîche.

Alors, comme tous les autres, il resta à sa place et regarda Potter rejoindre les trois autres champions dans la pièce voisine.

xXxxXxxXx

13 novembre 1994 – Dortoir de Serpentard

Draco passa la nuit à élaborer les badges. L'idée était stupide, voire absurde, mais après le débat dans la Salle Commune ce soir-là, Draco devait prouver aux autres Serpentards que c'était Diggory qu'il soutenait, pas Potter.

– Je n'en reviens pas de dire ça, mais nous allons encourager un Poufsouffle, cette année, avait dit Daphné Greengrass en faisant la moue.

– Personnellement, je soutiens Krum, avait clamé Millicent avec sérieux.

– Moi aussi, avait renchéri Blaise, d'un ton libidineux.

– Pas pour la même raison que moi, avait répondu Millicent d'un ton pincé. Il m'a l'air d'être le plus débrouillard.

– Krum se débrouille comme un chef dans bien des domaines, j'en suis sûr… avait susurré Blaise.

– Blaise, tu es en chaleur, avait rétorqué Millicent, et tu n'es même pas attiré par les hommes. Pansy, je suppose que tu n'as pas changé d'avis ?

– Fleur forever, avait souri l'autre sorcière. C'est la seule fille, je me dois de croire en elle. Tout est trop souvent une affaire d'hommes.

– Personne ne soutient notre propre école ? avait demandé Théodore, surpris.

Tout le monde s'était tourné vers lui. Théo était un garçon taciturne, qui tolérait la compagnie de ses camarades de Maison tant que personne ne le forçait pas à participer activement aux discussions. Il était rare qu'il s'exprime.

– Moi, je soutiens Poudlard ! avait fanfaronné Draco en se redressant dans son fauteuil, voyant là l'occasion de se démarquer de ses camarades.

– Diggory ou… Potter ? avait demandé Gregory avec un rire gras.

– On a deux champions, Draco, c'est lequel que tu soutiens, alors ? avait lourdement insisté Vincent, en donnant un coup de coude amusé à Gregory.

Draco avait à peine rougi devant les moqueries de Greg et Vincent. Depuis que tous les élèves de Poudlard, ou presque, l'avaient vu se jeter sur Potter sous sa forme de fouine, le respect n'existait plus. Même ses deux plus fidèles amis avaient pris l'habitude de se foutre de sa gueule.

– Diggory, bien sûr, avait craché Draco, en levant le menton.

– Je le croirai quand je le verrai, avait doucement déclaré Théodore, qui ne parlait pas beaucoup mais à qui, visiblement, rien n'échappait.

Se rappelait-il de la fois, plus d'un an plus tôt, où Draco n'arrivait pas à réviser parce qu'il pensait à Potter ? Draco, lui, s'en rappelait.

C'était le premier dimanche de la troisième année. Draco était assis à son bureau devant son manuel d'Arithmancie et il voyait Potter dans toutes les formules, il l'entendait dans tous les schémas. Dans ses souvenirs, il s'était plaint à haute voix de ne pas réussir à se concentrer. Théo était le seul autre occupant du dortoir à ce moment-là. Mais Draco avait-il explicitement mentionné Potter ?

Non, Théo ne pouvait pas se souvenir de ce moment banal, Draco était simplement paranoïaque.

– Tu auras ta preuve demain alors, Théodore, avait lancé le blond avant de se retirer dans leur dortoir, son nouveau projet se formant rapidement dans son esprit.

Draco battit des paupières, désorienté. Un coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'il était quatre heures du matin. Il s'était endormi à son bureau. Sa nuque le lançait et il avait le bras droit ankylosé.

Avec une fascination morbide, il le souleva et le laissa retomber plusieurs fois. Puis un reflet brillant attira son attention et il oublia tout de son membre engourdi. Les badges !

Draco se dépêcha de fignoler son invention et il s'écroula finalement dans son lit une demi-heure plus tard.

Le lendemain matin, Draco distribua les badges dans la Salle Commune. La plupart des Serpentards acceptèrent de les porter. Draco espérait que les badges convaincraient Théodore et les autres qu'il soutenait le vrai champion de Poudlard.

Car lui n'y croyait pas.

xXx

Devant la salle de classe de Potions

– Ça te plaît, Potter ? dit Malfoy, quand il vit les Gryffondors approcher.

Harry le regarda avec curiosité. Au petit-déjeuner, il avait vu pas mal d'élèves arborer le même gros badge flashy que Malfoy mais il ne savait toujours pas ce qui était écrit dessus. Si on en croyait le sourire prétentieux du blond, c'était Malfoy qui les avait créés. Et si on en croyait ses impressionnantes cernes bleues, il avait passé la nuit à les confectionner.

Le badge disait « Vive Diggory ». Harry renifla. Depuis que son nom était sorti de la Coupe de Feu deux semaines plus tôt, bon nombre d'élèves avait déjà montré un sentiment similaire. Même Ron ne lui parlait plus. Si Malfoy croyait que sa petite création allait l'intimider ou le démoraliser...

Après s'être assuré que Harry avait lu le message inscrit sur son badge, Malfoy appuya dessus et les mots s'effacèrent, remplacés par un très élégant « Potter pue » (1).

Harry le regarda, éberlué. Potter pue ? Sérieusement ? Il avait moins envie de se mettre en colère que de rire. Merlin, Malfoy était vraiment ridicule, parfois. Hermione fit un pas en avant, une réplique bien sentie lui démangeant probablement la langue, mais Harry l'arrêta d'un geste nonchalant.

Il fit un pas vers Malfoy, qui déglutit sonorement, puis un deuxième et un troisième pas. Quand il fut face au blond, il lui murmura dans le creux de l'oreille, d'une voix volontairement sensuelle :

– Je ne crois pas que je pue, Malfoy, cela voudrait dire que tu aimes sniffer des mauvaises odeurs…

Le Serpentard frissonna, ses paupières se fermèrent une seconde, palpitantes – ne demandant qu'à être embrassées – et Harry sut qu'il ne s'était pas imaginé des choses, pendant les vacances de Noël de troisième année.

Malfoy aimait réellement le renifler. Malfoy aimait son odeur. Harry profita de leur proximité accidentelle pour humer l'autre garçon avec hésitation, cherchant à comprendre pourquoi le blond, l'année dernière, passait tant de temps le nez fourré dans son cou.

Malfoy sentait bon. Sa peau avait un parfum familier, rassurant… Harry ferma les yeux, comme pour effacer le reste du monde, sauf la présence frémissante et silencieuse de Malfoy…

Il repensa au petit corps tout chaud de la fouine, blotti contre son cou…

– Malfoy et Potter, dit une voix doucereuse derrière eux.

Les deux garçons sursautèrent si violemment que leurs mentons s'entrechoquèrent. Ils s'écartèrent, comme s'ils venaient de se brûler.

– Que se passe-t-il ? demanda Snape.

Pour une fois, Serpentards et Gryffondors étaient d'accord :

– Rien, professeur, dirent-ils en chœur, certains d'un ton blasé, d'autres d'un ton goguenard. Simplement Potter et Malfoy qui se cherchent des noises.

Du coin de l'œil, Harry vit Ron hausser des épaules avec un sourire méchant. Visiblement, ce n'était toujours pas ce jour-là qu'ils allaient se réconcilier.

Les lèvres de Snape se retroussèrent, dans une lamentable imitation de sourire.

Pendant le cours de Potions, Harry imagina toutes les horreurs qu'il aimerait faire subir à Snape pour les avoir interrompus. Rationnellement, il savait que son petit moment avec Malfoy n'aurait guère pu durer plus longtemps, les autres élèves auraient fini par s'interposer.

Toutefois, il lui était beaucoup plus facile de haïr Snape que de se demander ce qu'il lui était passé par la tête dans le couloir. Malfoy créait des badges qui l'insultaient et Harry le sniffait en retour, en agitant la queue ? Ce n'était pas comme ça que les choses marchaient, normalement.

Tandis qu'il remuait son chaudron, Harry s'aperçut que Malfoy et lui étaient les cibles de coups d'œil gênés ou railleurs. Cela l'agaça un peu plus. La scène dans le couloir n'avait rien eu de drôle. Malfoy et lui n'étaient pas un duo comique.

Harry essaya de se mettre à la place des autres, de revoir la scène d'un point de vue extérieur. De quoi Malfoy et lui avaient-ils eu l'air ? Est-ce qu'on aurait dit que Harry susurrait des méchancetés à l'oreille du Serpentard et que ce dernier tentait de contenir sa rage ?

Ou est-ce que tout le monde avait senti la tension sexuelle, ou pire encore, la douloureuse mélancolie qui vibrait entre eux ?

xXx

Placard à balais quelconque

Après le cours de Potions, Harry devait rejoindre les autres Champions pour l'Examen des Baguettes mais, sans trop comprendre comment, il se retrouva coincé dans un placard à balais avec Rita Skeeter.

Le Gryffondor jeta un coup d'œil à ce que la Plume à Papote de la journaliste venait d'écrire :

Des larmes remplissent ces yeux d'un vert étonnant lorsque nous en venons à parler de ses parents dont il ne garde presque aucun souvenir.

– Il n'y a PAS de larmes dans mes yeux ! s'indigna Harry.

La porte du placard à balais s'ouvrit à ce moment-là. Pendant une seconde insensée, Harry crut que Malfoy avait entendu son exclamation et qu'il venait vérifier si oui ou non il y avait des larmes dans ses yeux.

Évidemment, ce n'était pas Malfoy qui se tenait sur le seuil.

– Dumbledore ! s'écria Skeeter d'un air enchanté, en rangeant brusquement sa plume et son parchemin dans son sac en peau de crocodile. Comment allez-vous ? J'espère que vous avez lu ce que j'ai écrit cet été sur la réunion de la Confédération internationale des mages et sorciers ?

– Merveilleusement fielleux, répondit Dumbledore. J'ai particulièrement apprécié la formule que vous avez employée à mon sujet : « un vieil ahuri d'un autre âge ».

Tandis que le Directeur et Rita Skeeter échangeaient des piques sur un ton badin, comme s'ils avaient pour habitude de se chamailler dans des placards à balais, Harry resta silencieux, assis sur sa boîte en carton.

Il pensait encore aux énormités que la Plume à Papote avait osé écrire.

Une horrible cicatrice, souvenir d'un passé tragique, défigure le visage par ailleurs charmant de Harry Potter...

Oui, parfois, la nuit, il m'arrive encore de pleurer en pensant à mes parents, je n'ai aucune honte à l'avouer...

Toutes ces phrases grandiloquentes résonnaient dans son crâne avec une voix narquoise, étrangement familière mais qu'il n'arrivait pas à remettre.

Draco Malfoy.

Maintenant que Harry y pensait, c'était évident. Si la Plume à Papote pouvait parler, elle aurait forcément la voix de Malfoy. Harry ne connaissait personne d'autre qui vouait un tel amour pour le drama.

Merlin, Malfoy adorerait cette plume.

Pendant une seconde, Harry s'imagina commander une Plume à Papote par Hibou Postal et la lui offrir, comme ça, sans raison, simplement parce que ce serait amusant. Puis il se rappela du moment gênant que Malfoy et lui avaient vécu dans le couloir deux heures auparavant, de l'épisode de la fouine rebondissante, de leur rencontre dans le Poudlard Express, de leur dispute devant la Cabane Hurlante...

En fait, Malfoy devrait se passer de Plume à Papote.

– … remettre cette conversation à plus tard. L'Examen des Baguettes est sur le point de commencer et il ne pourra pas se dérouler normalement si l'un de nos champions est caché dans un placard à balais, dit Dumbledore d'une voix plaisante.

Harry se leva et, sans un regard pour Skeeter, il se hâta de rejoindre les autres champions.

Quelques heures plus tard, Ollivander avait déclaré les quatre baguettes magiques en bon état, Rita Skeeter avait eu son lot de photos officielles et Harry avait envie de parler avec un ami. Il descendit dans la Grande Salle, en espérant y trouver Hermione et manger avec elle, mais la sorcière n'était pas assise à leur Table.

Ah, mais oui, Hermione lui avait dit qu'elle comptait sauter le repas et aller à l'Infirmerie pour discuter de la taille de ses dents avec Madame Pomfresh. Harry était sûr qu'elle allait réussir à convaincre l'infirmière. Hermione était aussi têtue que lui, peut-être même plus. Elle ne quitterait pas l'Infirmerie sans avoir obtenu ce qu'elle désirait (2).

Harry allait donc dîner seul. Il s'assit au bout de la table et mangea sans appétit, les yeux dans le vague et le vague à l'âme.

Sur le chemin du retour vers la Tour de Gryffondor, il songea au Sortilège d'Attraction qu'il n'arrivait pas à maîtriser, mais surtout à Draco Malfoy.

Envers et contre tout, Harry aurait aimé lui raconter son après-midi : l'entretien surréaliste avec Skeeter dans le cagibi, l'Examen des Baguettes et ses sous-entendus salaces – « je l'ai cirée la nuit dernière », avait quand même dit Cedric ! –, l'embarrassante séance photo qui avait suivi.

Il savait à quel moment Malfoy hausserait un sourcil, à quel moment il ricanerait et à quel moment il lèverait les yeux au ciel. En passant le trou du portrait, Harry rit tout seul des réactions excessives que Malfoy avait dans son imagination.

Au final, même s'il n'avait pas accès au vrai Draco Malfoy, Harry pouvait imaginer ses mimiques et ses petits commentaires sarcastiques. C'était déjà mieux que rien. C'était un peu comme être avec Malfoy.

En fait, pas du tout, réalisa-t-il avec un pincement au cœur. C'était comme avoir un ami imaginaire. Un petit-ami imaginaire.

C'était triste.

Harry monta les escaliers vers le dortoir en se sentant misérable. Quand il poussa la porte et tomba sur Ron, il crut qu'il allait s'effondrer et se mettre à pleurer d'énervement en tapant des poings par terre. La vie était trop injuste avec lui, merde.

– Tu as du courrier, dit Ron d'un ton sec comme du pain rassis, avant de sortir du dortoir.

Harry faillit le suivre – pour lui faire entendre raison ou pour lui taper dessus, il ne savait même pas – mais il préféra finalement ouvrir la lettre posée sur son oreiller. Cela faisait tout de même deux semaines qu'il attendait la réponse de Sirius.

Peux-tu te trouver seul devant la cheminée de la tour de Gryffondor à une heure du matin, dans la nuit du 21 au 22 novembre ? écrivait Sirius et cette phrase était comme un shooter d'espoir et de lumière.

Enfin une bonne nouvelle ! Parler à son parrain était un projet comme Harry aimerait en avoir plus souvent : simple, heureux, normal, tout le contraire, en fait, de la première tâche du Tournoi des Trois Sorciers, qui aurait lieu le 24 novembre.

Quand Harry pensait à la première tâche, rien ne lui venait à l'esprit. Il ne savait pas du tout à quoi s'attendre.

C'était comme avoir onze ans, apprendre qu'on allait être réparti dans une Maison et qu'on allait partager un dortoir avec des inconnus pendant sept ans.

Non, tout compte fait, concourir accidentellement au Tournoi des Trois Sorciers, c'était bien pire qu'être un Première Année avant la Répartition. Pas parce qu'il risquait de mourir – maintenant, Harry était plus ou moins en paix avec cette notion-là – mais parce que cette fois-ci, il n'avait pas Ron à ses côtés.

Sans son meilleur ami, Harry se sentait plus seul que jamais.

Avec irritation, l'adolescent se rendit compte que la Plume à Papote avait tapé plus juste qu'il ne voulait l'admettre : il était un gamin pleurnichard qui s'apitoyait sur son sort.

Cette désagréable illumination eut le mérite de le sortir de sa déprime. Il préférerait immigrer sur Mars plutôt que donner raison à Rita Skeeter. Ce soir-là, au lieu de se morfondre, roulé en boule dans son lit, il allait être productif. Il allait prendre des initiatives.

Sa décision prise, Harry se jeta sur sa malle et la fouilla maladivement, à la recherche de son vieux Parchemin de Communication. Il avait arrêté de l'utiliser après sa dispute avec Malfoy en février dernier mais il ne s'était pas senti de le jeter.

Harry finit par retrouver le morceau de parchemin enchanté dans son exemplaire de Vadrouilles avec les goules. Il ne cilla même pas en voyant le nom de l'ouvrage. Pour une raison inexplicable, il retrouvait sans arrêt des livres de Gilderoy Lockhart dans sa valise.

Harry déplia son P.d.C avec avidité. Le papier était noir de messages. Il fallait croire que ses amis continuaient de l'inclure dans leurs conversations écrites même s'il ne répondait plus depuis longtemps. Cette vision lui mit un peu de baume au cœur et certains messages le firent rire franchement.

Après une minute émotion / Friendship is Magic, Harry se mit à examiner attentivement le papier, mais il ne vit l'écriture pointue de Malfoy nulle part. Bien qu'il n'avait pas eu grand espoir du contraire, il ne put s'empêcher d'être un peu déçu.

Il effaça son P.d.C d'un coup de baguette irrité et attrapa la plume la plus proche. Il écrivit le D de « Draco Malfoy », commença à tracer le r, puis il s'arrêta, soudain hésitant.

Que comptait-il écrire, en fait ?

« Hey, et si on faisait comme si on ne s'était pas hurlé dessus cet hiver ? Je propose qu'on reprenne nos activités du train le plus tôt possible. PS : sois beau et tais-toi. PPS : je plaisante, j'aime bien ta bouche insolente. »

« J'ai toujours autant envie de t'embrasser, POURQUOI TU AS REFUSÉ QU'ON S'EMBRASSE DANS LE WAGON A BAGAGES ? CA ME REND FOU »

« Ça te plairait, une Plume à Papote ? C'est une plume qui écrit comme tu parles, genre beaucoup et avec condescendance. »

« Tu sens bon, Malfoy, du coup je vais fabriquer des badges ''Malfoy sent bon'' et on pourra créer un club de gens qui sentent bons et même tourner un clip musical. Sauf que tu ne sais pas ce qu'est un clip musical, n'est-ce pas ? »

« Je me sens seul sans toi, merde »

« Tu crois que ta forme d'Animagus serait une fouine ? Ça t'irait bien. C'est un compliment, hein. Enfin, je crois. »

« La première tâche me terrorise, ça me détendrait si tu me faisais des vannes bêtes et méchantes ou MIEUX si tu trouvais un moyen d'y aller à ma place (stp ?) Je te dédommagerai en nature évidemment »

« Est-ce que ton père faisait vraiment partie des crétins qui humiliaient la famille de Moldus, à la Coupe du Monde ? Et tu penses vraiment ce que tu as dit à propos de Hermione, qu'elle risque d'être prise pour cible à cause de son "statut de sang" (quelle connerie, ce truc) ? »

« Tu sais que Cedric Diggory a ciré sa baguette avec application la nuit dernière ? Elle brillait, elle était toute lisse, toute raide. Ses mots, pas les miens. »

« Je ne pensais pas ce que je t'ai dit à Pré-au-Lard. Ce n'est pas ta faute si ma vie est si compliquée. J'étais paumé. »

« Très spirituels, tes badges, Malfoy. Pour un enfant de cinq ans, tu es d'une maturité exceptionnelle. »

« Ma vie est nulle, sans toi. »

« Si tu étais un Détraqueur, je voudrais quand même t'embrasser. Osef la perte de mon âme. »

Harry n'écrivit rien de tout cela, évidemment. Surtout pas la dernière phrase de drague bidon qui était moins drôle que déprimante.

Il replia le Parchemin avec minutie en prenant garde à ne pas verser une seule larme. Il était toujours aussi prêt à prendre une fusée pour Mars.

Harry enfila son pyjama et se mit au lit en pensant à la première tâche. Si seulement Ron et Malfoy le soutenaient, il affronterait gorgones, manticores et dragons, armé d'une épée en mousse et d'un bouclier en papier mâché.

A Suivre...

Prochain chapitre en ligne le 11 juin : La première tâche approche, on retrouve Firenze et Harry a vraiment besoin de Draco.

N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette fanfic ! Amour.