Elle avait fini par s'endormir, la tête tendrement posée sur son torse. Elle lui avait chuchoté qu'elle voulait entendre les battements de son coeur. Puis exténuée par tout ce qu'elle avait traversé, elle s'était assoupie dans ses bras aimants. Il caressa son épaule dans un toucher léger, et elle frissonna. Elle bougea les doigts sur sa peau, et ce geste si innocent, éveilla en lui toute une palette de vives sensations. Jamais il n'aurait pu soupçonner cela. Cette perception des sens poussée à son paroxysme. Où, chaque son, chaque souffle, chaque frôlement, dégageait tout un tas d'informations simultanées, allant de la morsure saisissante de son épiderme à fleur de nerfs, aux décharges qui pouvaient s'offrir son corps, de la pointe de ses pieds, jusqu'à la racine de ses cheveux. Jamais il ne s'était senti aussi en vie. Il se souvint de leur conversation dans les écuries de Minas Titrith, et il eut un merveilleux sourire. A ce moment précis, l'idée lui avait déjà effleuré l'esprit. Celle de pouvoir l'étreindre, et peut-être, goûter à ce fruit défendu avec elle …. elle qui avait habillé peu à peu chacune de ses pensées. Et là, en cette nuit fabuleuse, elle était sienne … enfin. Il l'appela doucement, et elle gémit dans son sommeil, maugréant un « Encore un peu s'il te plaît ... » qui l'attendrit. Cependant, il ne voulait pas qu'elle reste dans la nuit ainsi, il savait qu'il pouvait largement réchauffer son corps, mais il voulait lui offrir le luxe d'un couvert, aussi austère soit-il. Il la réveilla, et elle semblait totalement épuisée. Ses gestes étaient indolents, mais ils étaient aussi cruellement teintés de sensualité. Il l'aida à se vêtir correctement, et l'aidant à se relever, il finit par la prendre dans ses bras. Elle ne pesait rien pour lui. Et ils rentrèrent au camps, où les jumeaux montaient la garde. Gimli et Dís, étaient sagement assis près du feu, les jumelles à leurs côtés, ne voulant apparemment pas dormir. Le reste des esclaves avait trouvé refuge dans la tente la plus grande. Elladan vit Legolas en premier, et voyant Elen dans ses bras, un voile d'inquiétude obscurcit son visage. Il s'approcha lestement, et avant qu'il ne pose de question Legolas expliqua « Elle dort. Elle est épuisée, et l'alcool n'a pas du arranger les choses. ». Elladan aiguisa son regard, saisissant une chose, jamais elle ne se laisserait porter de la sorte, sauf si elle était gravement blessée ou hors d'état de marcher. Sauf ! Si bien entendu, la personne qui la portait, avait acquis une intimité suffisante pour se le permettre. Vu que Legolas ne se positionnait pas comme un frère d'armes ou autre, l'elfe comprit. Sa respiration se coupa, et durcissant légèrement son attention, il chuchota en attrapant le bras de l'elfe blond au passage :

« J'espère, Seigneur Legolas, que vous savez ce que vous faites. A présent vous êtes garant de sa sécurité, de son bonheur. Si …

- Si quoi ? Elladan, elle est mienne à présent, et nul ne pourra revenir là-dessus ... » déclara Legolas presque sèchement, ancrant avec fermeté ses yeux clairs dans ceux de l'héritier d'Elrond.

Elladan le relâcha lentement, lisant en son coeur l'amour indéfectible qui l'animait. Le jumeau eut alors une esquisse de sourire, et il le laissa passer.

« Je vais prendre la tente la plus petite si ça ne vous gêne pas, fit Legolas en donnant un regard circulaire sur les gens présents.

- Prenez celle qui vous va le mieux, vous êtes Prince, Legolas, vous pourriez même nous demander de dormir dehors, que nous le ferions ! » Lança Elrohir avec un sourire éloquent.

Legolas hocha la tête, il n'aimait pas vraiment que l'on lui rappelle son titre et son rang, surtout dans des moments pareils. Et là qu'il la tenait endormie dans ses bras, encore moins. Il disparut sous le couvert des toiles tendues, et les jumeaux échangèrent un regard qui en dit long. Il dut réveiller Elen pour qu'elle tienne debout quelques minutes le temps qu'il prépare rapidement un coin pour dormir. Il plaça sa cape au sol, prit des sacoches de voyage et la cape d'Elen pour poser leur tête, et se retournant, il eut une moue souriante quand il vit qu'elle tenait vaillamment debout. Chancelante. Il vint lui murmurer « Allonge-toi, et repose-toi ... », il allait la laisser se reposer, mais elle attrapa sa main dans la sienne. Sans force elle marmonna « Reste s'il te plaît, ne me laisse pas ... ». Touché plus que de raison par ces quelques mots qui trahissaient tant, il vint l'embrasser délicatement, et ils s'installèrent le plus confortablement possible. Elle reprit sa place allongée de quart sur son torse, et passant un bras au-dessus, elle l'enserra tendrement. Voulant le garder avec elle le plus longtemps possible. Si elle n'était pas aussi fatiguée, il l'aurait à nouveau sollicité, car chacun de ses mouvements, aussi candide soit-il, allumait mille brasiers en lui.

Le cri d'un oiseau posé près de la tente la réveilla. Elle sentit, bien avant de le voir à ses côtés, la chaleur qui irradiait de lui. Quand elle ouvrit les paupières, elle le trouva bien assoupi à ses côtés. Elle eut un sourire radieux à la vision qui lui donnait. La tête légèrement tournée vers elle, les traits totalement détendus par le sommeil, la pointe de son oreille gauche se dévoilant légèrement dans sa chevelure dorée. Il avait l'air d'un être surnaturel envoyé par les Valar. Mais dans le fond, n'est-ce pas ce qu'étaient tous les elfes ? Elle osa à peine bouger, ne voulant pas le déranger, pour caresser le fil de sa mâchoire dans un effleurement discret. Jamais elle n'aurait pensé un jour partager autant de choses avec un être tel que lui. Et cette nuit passée, elle n'avait même pas de mots pour la décrire, elle ne pouvait qu'à peine retenir les pleurs de liesse qui ne cessaient de la posséder. Elle se mettrait des gifles tant elle se trouvait niaise pour le coup. Mais voilà ! Les femmes savent pertinemment être godiches quand elles sont amoureuses, et elle ne dérogeait pas à la règle. Même si cela lui déplaisait. En même temps, quand on voyait une bouille d'ange comme celle qui lui faisait face actuellement, difficile de réagir autrement. Elle se mordit la lèvre inférieure avec sensualité, tandis que la fièvre qui l'avait consumé quelques heures auparavant, revenait la tourmenter. Il devait se reposer, elle n'avait pas le droit de le déranger ainsi, surtout après tout ce qu'il avait fait ! Décréta-t-elle en étouffant ses désirs. Elle réussit à se soustraire à son étreinte, figeant ses mouvements à chaque fois qu'une de ses réactions pouvaient signifier son réveil. Puis, ravie d'avoir réussi, elle sortit en vainqueur. Pas peu fière de s'être soustraite à la vigilance d'un elfe. Elle s'étira comme un chat et bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Elle se frotta les yeux, et c'est là qu'elle vit, dans les pénombres de l'aube les jumeaux qui étaient toujours en train de monter la garde. Elle s'approcha d'eux, et déclara, encore un peu endormie :

« Je vais aller me laver, je préfère avertir avant que vous ne mettiez le campement sens dessus dessous, pour me retrouver. Mes affaires sont où ?

- Logiquement dans la tente où tu as dormi, répondit Elladan avec un large sourire.

- Ho … je vois … fit Elenluinë déçue. Tu pourrais s'il te plaît me prêter de quoi faire ?

- Oui Bereniell attends ! Je vais te chercher cela de suite ! Fit Elrohir avec bienveillance, il délaissa son frère et se faufila dans une autre tente discrètement.

- Tu as passé une bonne nuit ? Demanda Elladan d'un air innocent.

- Oui … répondit Elenluinë qui ne put empêcher ses yeux de briller, et ce stupide sourire s'implanter sur son visage. Ce qui eut l'effet de pigmenter ses joues de rouge.

- A ce que je vois il a été à la hauteur … fit Elladan avec un sourire amusé.

- Elladan ! s'indigna Elen qui devint totalement cramoisie.

- Quoi ? Rétorqua-t-il en haussant les épaule nonchalamment. Tôt ou tard il fallait bien que ça se produise, vous n'alliez pas vous tourner autours indéfiniment...

- On ne se tournait pas autours !

- A d'autres ! Je crois que j'ai vu son petit manège bien avant toi ! Quand un elfe commence à requérir la présence d'une personne en particulier, c'est qu'il y a forcément anguille sous roche.

- Merci de comparer son attachement à mon égard à un stupide poisson ! Lança Elen qui jonglait entre amusement et agacement.

- Qui est un poisson ? Demanda Elrohir en revenant vers eux, en tendant un savon, une brosse à cheveux et une serviette à son amie.

- Elladan ! Il en a l'air ce matin, ! Et d'un poisson pas frais en plus ! Balança Elen avec un radieux sourire, en tirant la langue outrageusement au concerné. Voyant qu'il allait répliquer, elle fit en partant agilement. Aller ! Le décrassage m'appelle ! »

Elrohir l'étudia quelques secondes, puis réalisant ce que son frère savait, il fit hésitant :

« Elle ….. ?

- Oui, répondit sombrement Elladan. Et tout c'est bien passé. Je crois qu'il va falloir que nous acceptions qu'elle s'intéresse résolument à un autre elfe que nous, Elrohir. Cet attachement qui nous liait, va me manquer …. avoua-t-il soudainement, ce qui interloqua son frère.

- Moi qui pensais être le seul a avoir un instinct de protection et possessif aussi poussés, je me trompais.

- Crois-tu que nous sommes à ce point si dissemblables mon frère ? » Demanda Elladan en ancrant son regard bleu-gris dans celui de son jumeau.

Cette question demeura sans réponse, tant elle était évidente. Ils entendirent un bruit de tissu derrière eux, et l'une des deux jumelles sortit doucement, apparemment réveillée par leur discussion. Elladan eut un charmant sourire, et il continua un peu amusé par l'ironie du sort :

« Mais …. tu sais ce que l'on dit, une porte se ferme, une autre s'ouvre …. je crois que cette vie a encore beaucoup de surprises à nous offrir ! »

La belle femme à la peau ambrée vint vers eux, et s'accroupissant près du feu qui se mourrait, elle se concentra et leur dit « bonjour » dans un Commun impeccable. Ce qui afficha un sourire tout aussi niais que celui qu'avait Elen quelques minutes plus tôt, sur leurs visages parfaits.


Cette dernière retourna à l'endroit qu'elle avait trouvé la veille, et refaisant la même chose, elle se glissa dans les ondes fraîches, utilisant cette fois-ci le savon tant espéré. Elle se lava longuement, créant un précipité blanchâtre et des bulles autours d'elle. Sa masse de cheveux devenant un monticule de bulles timides, qui disparut quand elle plongea la tête sous l'eau. Quand elle remonta à la surface, elle eut un sourire radieux tandis que des images de la nuit passée lui revenait. En regardant les lumières de l'aurore filtrer au travers des futaies, elle porta ses doigts à ses lèvres, et les laissa errer dessus quelques secondes. Son corps frémissant sous le souvenir de sa tendre bouche sur la sienne.

« Tu rêves éveillée ?! »

Son coeur fit un bond énorme dans sa poitrine tant la surprise fut grande. Elle braqua un regard noir sur l'intrus qui venait de parasiter ses douces pensées, et elle répliqua :

« Et toi ? Tu ne dors pas ?

- Pourquoi dormir alors que des événements enchanteurs se déroulent dès l'aube dis-moi ?

- Tu manques de repos c'est certain ! Pour dire des âneries pareilles ! Fit-elle en souriant et lui jetant une gerbe d'eau qu'il évita souplement. Infernal que tu es !

- Oui, d'ailleurs, je ne compte pas m'améliorer avec le temps ! lança-t-il léger en se déshabillant d'un air enjoué

- Qu'est-ce … qu'est-ce que tu fais ?! Fit Elen devenant rouge de gêne.

- Ça se voit non ? Mois aussi je compte bien me laver un peu !

- Mais … mais …. ici ? Balbutia-t-elle totalement paniquée.

- Oui ? Pourquoi pas ? Le lieu est parfait puisque tu y es ! »

Et pendant qu'ils discutaient, il enlevait petit à petit toutes ses affaires, et quand il enleva ses chausses et ses pantalons, elle se tourna vivement, transie d'appréhension. Il fronça les sourcils, totalement amusé, ne comprenant pas son comportement, puis se plongea dans l'eau à sa suite. Elle ne lui fit face que quand il fut à ses côtés.

« Je .. je vais sortir ... » dit-elle alors totalement bouleversée.

Il la retint, et voyant la crainte qui s'insinuait peu à peu sur son visage, il sut qu'elle ne jouait pas. Très préoccupé il demanda :

« Elen ? Qui a-t-il ? Nous avons tant partagé cette nuit, que ce genre d'intimité ne devrait pas te gêner ….

- La nuit mon corps est moins visible … Legolas …. » avoua-t-elle honteusement.

Elle tremblait, mais ce n'était pas de froid. Il comprit de suite. Elle avait toujours peur d'être vue, et surtout par lui. Il soupira, et ordonna d'une voix douce :

« Montre-moi ... »

Ses yeux sombres s'agrandirent sous la surprise, et elle commença à reculer d'épouvante. Il lui prit le poignet gauche, et d'une main ferme il déclara :

« Tu ne partiras pas, et je ne partirais pas, tant que tu ne m'auras pas montré !

- Tu paries ? Je pourrais me servir de mon pouvoir sur toi ! Lâcha-t-elle réagissant sous l'affolement.

- Tu oserais faire cela ? »

Elle ne répondit pas, tant elle savait qu'en effet elle ne le pourrait pas. Elle respirait vite et fort, sa phobie n'était pas feinte.

« Tingylia … je t'en prie … Fais-moi confiance. Ne t'ai-je pas prouvé cette nuit que je t'aimais ? Et de ce fait, que j'aimais tout ce qui te faisait ? »

Elle hocha la tête lentement, mais ce qu'il lui demandait là, semblait au-dessus de ses forces. Il l'attira vers lui, et la serrant tendrement, elle sentit ses craintes fondre peu à peu.

« On va faire ça petit à petit si tu le souhaites. Si ça devient trop dur, on arrête. D'accord ? »

Un autre hochement de tête, et il la vit resserrer son étreinte sur le pauvre savon malmené, tandis qu'il la conduisait pas à pas vers le rivage, chaque avancée dévoilant peu à peu sa peau à la lumière du jour naissant. Oui, son corps était marqué, et Legolas ne put contenir une expression de colère face à tout ceci. Elle avait de l'eau jusqu'à la taille, et il la voyait de dos. Elrond avait fait un travail remarquable, car elles étaient toutes belles, même si il était dur de dire cela. Elles ressemblaient à des griffures nettes sur sa peau. Pas de trou, de crevasse, bien que sans la magie elfique, certaines le seraient sûrement devenues. Il la vit trembler de plus en plus fort, et au son de sa respiration, il sut qu'elle était à la limite de se sentir mal. Il sourit tendrement, et se rapprochant, il en embrassa une. Ce qui la figea et la fit ressembler à un bloc de pierre de suite. Puis il descendit et en embrassa une autre. Elen perdait pied, le combat était rude entre sa peur viscérale, et l'attention de sa bouche aimante sur ce qu'elle détestait le plus en elle. Et quand il se plaqua à elle, la serrant tendrement contre lui, l'afflux de sang dans ses tempes fut tel, qu'elle faillit sombrer. Il la retourna lentement, et le regard brillant il déclara :

« Tu vois …. tout ce que tu es ... »

Et elle ne trouva pas de mots à lui offrir en retour. Elle trouva fébrilement ses lèvres, et l'embrassa du bout des siennes. Il la tira à sa suite dans les ondes, et lui prenant le savon il fit amusé :

« Bon, ce n'est pas tout, mais avec tous ces batifolages, j'en oublie le plus important moi ! »

L'ourlet des lèvres d'Elenluinë s'incurva gracieusement, réellement conquise par tout ce qu'il était. Les elfes étaient réellement des créatures merveilleuses. Pleins de défauts dans leur perfection, mais terriblement attachants. Elle le regarda évoluer dans les ondes, et tous ses gestes semblaient presque surnaturels tant ils étaient légers, voir aériens dans le liquide clair. Elle l'observait, totalement conquise par ce qu'elle voyait, puis, redescendant un peu sur terre, elle en profita qu'il plonge la tête sous l'eau pour sortir prestement. Elle attrapa la serviette et s'enroula vivement dedans. Elle en profita pour se sécher, tout en réfléchissant. Il fallait qu'elle reprenne la route, mais elle n'était plus seule à présent. Elle s'habilla, lorgnant d'un oeil critique ses vêtements poussiéreux et tachés de sang. Elle en avait de rechange normalement, deux tenues en tout et pour tout. Il fallait qu'elle prenne un peu plus soin de ses affaires avant de partir. Elle entendit Legolas sortir derrière elle, et totalement à l'aise, il vint à ses côtés comme si de rien n'était. Elle lui coula presque un regard noir, tant elle aurait aimé ressentir une telle liberté. Sa nudité ne la gênait pas, elle en avait vu d'autres à suivre les hommes pendant les campagnes. Bien que les Seigneurs fassent très attention à la pudeur des Dames quand elles étaient présentes, ce n'était pas le cas des soldats. Non, là c'était juste son stupide complexe d'infériorité qui la minait. Bon il fallait quand même qu'elle se l'admette, ce n'était pas le pire des spectacles à contempler qu'il lui offrait. Elle soupira, se sentant totalement idiote. Il riva son attention sur elle tandis qu'il reboutonnait sa tunique, et il fit d'un seul coup :

« Si tu te voyais, telle que je te vois …. ces ombres disparaîtraient de ton regard …. »

Elle se renfrogna, lui en voulant un peu qu'il puisse si facilement lire en elle. Elle haussa les épaules et dit simplement « Tu m'énerves ... ». Et il eut un petit rire agréable à souhait, qui finit de la vaincre. Elle lui passa à côté, et il lui prit la main. Qu'elle enleva aussitôt. Donc, il la lui reprit de plus belle, en la tirant fortement contre lui au point de la coller à son bras. Elle leva les yeux aux ciel, et il eut un magnifique sourire victorieux accroché au lèvre. Non en fait, c'était décidé, elle le détestait en réalité ! Et elle faillit rire toute seule de ses pensées absurdes.

Ils arrivèrent au campement, et la femme qui s'était levée essayait de discuter avec Elrohir. Bizarrement, cette image froissa Elen, sans qu'elle puisse se l'expliquer. Il tourna un regard vers elle, et s'excusant auprès de sa nouvelle amie, il déclara :

« Je voudrais te parler Bereniell ….

- Je vous laisse, je vais voir Elladan pour la suite des opérations, dit alors Legolas en lui collant un rapide baiser sur la tempe, puis il alla rejoindre l'autre jumeau.

- Oui ? » Demanda Elen plutôt perplexe.

Elrohir eut un curieux mouvement de tête vers les autres, puis jaugeant qu'ils étaient assez loin, il lui murmura :

« Quoi qu'il advienne Bereniell, sache que tu seras toujours la bienvenue. Et que, malgré moi, tu resteras à jamais un être particulier en mon coeur.

- Elrohir …. murmura-t-elle confuse. Pourquoi me dire cela ?

- Je voulais simplement que tu le saches.

- Tu ne dis jamais les choses à la légère Rohir, je te connais trop ! Fit-elle suspicieuse.

- Disons que je ne peux m'empêcher de m'inquiéter de ton devenir affectif …. déclara-t-il sincère en ancrant son regard gris dans le sien.

- Occupe-toi plutôt du tiens Rohir ! S'il te plaît ! Je sais ce que tu penses, ce que TOUT le monde pense ! Mais ce choix nous appartient, à lui et à moi ! Et après cette nuit, crois-moi, vous aurez beau faire, je sais que ma place est à ses côtés ! » des flammes singulières vinrent animer son regard, et il sut qu'il avait dépassé les limites.

Il soupira, puis l'air embarrassé il hocha la tête silencieusement, et s'en retourna auprès de l'ancienne esclave, qui les étudiait de loin. Elen se doutait qu'elle se posait tout un tas de questions les concernant, mais très honnêtement, aujourd'hui elle n'en avait cure. Etait-ce trop demander de lui laisser goûter son bonheur en toute quiétude ? Elle alla sous la tente, se changea, et appréciant d'être totalement propre, elle prit ses ustensiles de nettoyage et alla faire ce qu'elle devait faire. Le soleil était à présent bien levé, et il fallait qu'elle étudie les cartes.

Elle était penchée sur ses outils de travail, soufflant par intermittence sur une mèche de cheveux rebelle qui ne cessait de lui tomber sur le visage. Assise en tailleur sur le sable, ses affaires séchant un peu plus loin, elle s'était un peu retirée du brouhahas du petit campement pour réfléchir. Elle s'étira et se passa une main sur la nuque, cette position n'était pas des plus confortable. Elle prit un compas et fit des mouvements avec sur la carte.

« Alors … si mes calculs sont bons .. il me faudrait à peu près cinq jours pour arriver là-bas … impossible avec le nombre que l'on est, sans assez de chevaux en plus ….et je ne sais pas à quoi m'attendre là-bas ….

- Tu soliloques maintenant ? Demanda Elladan qu'elle n'avait, naturellement pas, entendu venir.

- Oui …. fit-elle en fixant toujours la carte. Elle prit ses notes, et soupira longuement. Ces données vont me rendre dingues ! Fichu voyage qui n'en finit pas ! Et ce désert ! Il est pire que tout ! »

Elladan vint à ses côtés, et s'asseyant près d'elle, il regarda ce qu'elle avait tracé à la va-vite.

« Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il en pointant un doigt sur une tache aux formes vallonnées.

- Je dirais une montagne ou un amas de roches y ressemblant. Ce qui serait for bien, en sachant qu'il est à mi-chemin du point que je dois atteindre …

- Que Nous devons atteindre Elenluinë … Elle fixa des yeux ronds sur lui. Père nous a demandé de veiller sur toi, et de te ramener saine et sauve.

- Là que vous avez trouvé votre âme-soeur tout les deux ? Ce serait stupide ….

- Cesse donc de raconter des bêtises ! Se défendit Elladan quelque peu gêné.

- Je sais ce que j'ai vu Elladan ! Bref …. si vous voulez venir, venez, mais je trouve que cette idée est idiote !
- Pas plus que de partir seule dans le désert ! »

La remontrance, bien que dite doucement, était bien cinglante. Elle la prit en plein visage. Serrant le poing elle déclara :

« Je me suis excusée pour cela …. n'est-ce point suffisant ? »

Ils se fixèrent du regard un moment, et cela aurait pu durer très longtemps si Legolas n'était pas intervenu quelques secondes après. Ce dernier se figea en les voyant ainsi, palpant la tension qui planait dans l'air. Elladan riva son attention sur le nouvel arrivant, et soupirant il fit abdiquant totalement :

« De toutes façons, tu n'en fais qu'à ta tête. Et sur tous les sujets possibles. Au final, il te faut toujours passer par des épreuves pas croyables pour évoluer un tant soit peu.

- Ô excuse-moi de ne pas avoir vécu plus de mille ans, et de ne pas être immortelle pour pouvoir bénéficier de ta sagesse ! Les elfes … toujours enclins à juger les Hommes … mais vous oubliez un détail qui a son importance, nous ne pouvons voir la vie comme vous autres. Car pour nous, elle a une fin !

- Justement par les Valar ! S'emporta soudainement Elladan. Ne comprends-tu pas ce que je veux te dire ?!

- Si …. plus que tu ne peux le croire même. Tu .. Vous ne me laissez pas le droit de faire mes expériences, parce que vous avez peur de me perdre … Elrond et vous-même avez, en un sens, complotés pour me préserver soit-disant …. et …, elle donna un regard plein d'amour à Legolas tout en continuant, voilà où votre sagesse a pu me conduire. Je ne le regrette pas, mais quand est-ce que vous comprendrez que la vie des Hommes est incontrôlable ? Parce que nous la ressentons plus abruptement que vous. Parce que nos sens sont plus instinctifs de par leur statut d'éphémère. Cet état de fait nous fait voir le monde plus violemment, car nous ressentons au centuple ce qui nous advient et ce qui nous entoure. Et je crois qu'ils sont très rares, les Elfes qui le comprennent …. Est-ce que je t'en veux pour autant Elladan ? De voir la vie telle que tu la souhaites, ou plutôt, comme ton immortalité te fait l'entrevoir ? Vous ai-je déjà rabaissé, rabroué, parce que votre vision diffère de la mienne ? »

Elle plongea son regard constellé de soleils bleus, brillants en ces secondes, dans les bleu-gris du jumeau à son côté. Elladan ne sut que répondre. Il savait qu'elle avait raison, mais les souvenirs de leur mère étaient si profondément ancré en eux, qu'ils ne pouvaient réagir autrement. Ils s'en voudraient à jamais si ils la perdaient ainsi. Elle avait réussi à atteindre son coeur elfique, et sévèrement touché, il la prit dans ses bras fermement, et glissa à son oreille :

« Promets-moi, de ne plus partir seule ainsi. C'est tout ce que je te demande …. »

Son étreinte bien que fraternelle, se teintait d'une chose novatrice, qu'elle n'avait jamais décelé chez lui. La crainte. La vraie. Celle que l'on ressent quand l'existence d'un être aimé est en danger. Elle referma ses bras sur lui, et répondit :

« Oui … je te le promets …. »

Il frémit entre ses bras, réellement bouleversé pour le coup, ce qui la saisit plus que tout. Il se sépara d'elle, et avec un sourire il déclara :

« De toutes façons je n'ai jamais réussi à te tenir rancune pour quoi que ce soi ! Je t'aime trop pour cela Bereniell ! »

Elle rougit ostensiblement, ne s'attendant pas à cela de sa part. Puis elle regarda Legolas, dont le visage arborait un magnifique sourire indescriptible. Elle planta son attention sur la carte posée à même le sol devant elle, et elle soupira longuement.

« Je ne sais pas quoi faire, et je crois que c'est bien la première fois de ma vie que ça m'arrive.

- Tant mieux cela prouve que tu réfléchis ! Lança Legolas sur un ton enjoué, totalement taquin.

- Ha ha ha … attends, je me tiens les côtes de rire deux secondes ! » Rétorqua-t-elle avec un magnifique sourire carnassier.

Legolas vint s'asseoir à sa droite, et étudiant la chose à son tour, il fronça les sourcils. Il planta un doigt sur la côte où une croix à l'encre avait été dessinée, et demanda :

« Qu'est-ce que c'est ?

- En fait, je ne sais pas vraiment. Rien n'est écrit là-dessus, je sais juste que je dois aller là. Je n'arrive pas à me rappeler si je l'ai vu en rêve, ou si c'est un pressentiment que j'ai …

- Le médaillon ? Questionna Elladan quelque peu inquiet.

- Oui …. comme je disais, je ne me l'explique pas. De plus, le chemin est long, et ce qui me chagrine le plus, c'est que je ne suis plus seule. Je pourrai demander aux autres de rester ici …

- Ils ne vont pas attendre sagement … tu es garante de leur sécurité à présent Elen … fit Legolas très sérieux.

- Ha tient donc ? Et en quel honneur je te prie ? Je ne suis pas leur mère !

- Tu les as libéré. En faisant cela, que ça te plaise ou non, ils ont une dette envers toi. Et je doute qu'ils veuillent se retrouver seuls, sans défense, alors que d'autres marchands d'esclaves pourraient leur tomber dessus. Et imagines ce qu'il adviendra d'eux si ils s'aperçoivent qu'ils se sont échappés … expliqua l'elfe blond en la regardant fixement.

- C'est bien ma veine ! S'exclama-t-elle réellement ennuyée pour le coup. Oui, elle n'avait pas pensé à cela, du tout même. Elle soupira, et se couchant sur le dos, rivant son attention sur les frondaisons d'un vert foncé saisissant d'où filtrait une faible lumière, elle réfléchit. Faisant une grimace elle continua à haute voix, alors maintenant je suis quoi ? Chef d'une escouade d'esclaves en vadrouille ?

- On pourrait le dire ainsi, fit Elladan avec un petit rire. Mais, vu tes origines, le passif de tes ancêtres, ma pauvre Bereniell, je pense que le rôle de Reine te siéra mieux !

Elle porta la main à sa joue droite, caressant la cicatrice de son visage avec un index pensif.

« Une reine hein ?! Dit-elle avec un sombre rictus. Une reine balafrée …. génial ! Le serpent qui se mord la queue. Dois-je vous rappeler que ça c'est mal fini pour elle ? Que cette femme, possédée par son pouvoir, est devenue folle ? »

Les deux elfes se donnèrent un regard entendu, et réellement soucieux pour le coup, ils ne surent que répondre. Legolas savait que cette option était toujours possible, mais elle avait un atout que son aïeule n'avait pas. Il eut un charmant sourire, et plantant ses magnifiques yeux clairs dans les siens, en se penchant légèrement au-dessus d'elle, il la rassura :

« Peut-être, mais toi tu as une chose qu'elle n'avait pas. Tu nous as Nous …. et tu m'as Moi surtout. »

Il vint effleurer ses lèvres des siennes, sous le regard un peu embarrassé d'Elladan. Il savait que les elfes sylvestres pouvaient être différents, ils étaient d'ailleurs plus facilement enclin à écouter leurs sentiments par exemple. Et Legolas, avec ces années auprès des Hommes, avait développé toute une palette d'attentions, d'égards et de gestes, qu'eux-même n'octroyaient pas aussi aisément. En tant que frères d'armes oui, mais en ce qui concernait les sentiments intimes et profonds, ils différaient totalement sur leur façon de faire. Leur père en était le parfait exemple, ainsi que leurs cousins de la Lothlórien. Elle caressa la joue de l'elfe qui avait conquis son coeur, et elle répondit :

« Oui .. je sais. Mais cela ne résout pas mon plus gros problème !

- Qui est ? Demanda Legolas surpris.

- Comment je vais faire bouger ce petit monde à travers le désert, sans eau, sans nourriture, sans monture …..

- Utilises ta magie ! S'exclama Elladan animé par un trait de lucidité commun aux siens.

- Es-tu fou ?! Rétorqua Elenluinë en se redressant vivement, braquant sur lui des yeux ahuris. Je ne sais même pas comment ça fonctionne exactement ! Imagine que … que .. je sais pas moi, j'appelle des animaux carnivores par accident, ou pire, des Oliphants !

- Tu exagères toujours ! Dit Elladan amusé par sa réaction. Je suis certain que tu y arriveras. Ce serait bien que tu te fasses un peu confiance Bereniell ….

- J'ai confiance quand je domine le sujet … là y a trop de variables qui entrent en jeu. Y a pas que des bêbêtes sympathiques dans ces contrées ….

- Oui mais si tu n'essayes pas, de toutes manières nous sommes coincés … déclara Legolas en voulant l'encourager en ce sens.

- Hey, en tant qu'amant tu dois pas être de mon côté toi normalement? Lança-t-elle cynique.

- Ne rabroue pas ce pauvre Legolas, il n'y est pour rien, dit Elladan en riant un peu. Plus sérieusement, nous n'avons que cette option Elen. Ou repartir ... »

Elle resta assise et muette de longues secondes. Cette idée ne lui plaisait pas. Elle savait que ce que renfermait ce médaillon n'était pas que bonté, et elle avait peur de déclencher quelque chose de néfaste sans le vouloir. Car il ne s'agissait pas que d'elle dans cette histoire. Mais comme Elanor l'avait dit, elles faisaient toutes parties les unes des autres. Quel esprit pourrait bien se dévoiler aujourd'hui ? Avait-elle le moyen de choisir, d'orienter ses envies sur l'ancêtre qu'elle voulait invoquer ? Y répondrait-elle seulement ? Elle se renfrogna, Gandalf aurait été le bienvenu en cet instants. Ses pensées allèrent vers lui, où est-ce qu'il se cachait encore ce magicien de malheur ? Ils avaient vraiment besoin de lui là. Vaincue par la logique qui la coinçait, elle hocha la tête et déclara dépitée :

« Soit .. je le ferai ... »

Ellladan vint lui claquer une bise sur la joue, et fit enthousiaste tout en se relevant :

« Bien ! Nous allons plier le campements, et attendre ce soir pour partir !

- Que les chevaux se reposent bien surtout …. » la voix d'Elen s'éleva presque comme un murmure.

Elle le regarda s'éloigner, et grincheuse, elle rangea ses affaires, récupéra les habits qui étaient presque totalement secs, et elle regarda Legolas qui se levait à son tour. Son air était grave, car il savait ce qu'ils lui demandaient. Et pour l'avoir éprouvé avec elle, le pouvoir qu'ils souhaitaient utiliser. Elle frissonna à cette idée. Il vint l'enlacer tendrement, et dans un attitude très protectrice il chuchota :

« Nous ferons attention … si je vois que quelque chose de se déroule pas comme convenue, je t'arrêterai …. »


Ils braquaient tous des yeux attentifs sur elle, ce qui évidemment, ne l'aidait pas. Elle s'assit près des cendres froides, dont l'odeur lui chatouillait les narines, et fermant les yeux, elle essaya de se faire une image claire des animaux qu'elle voulait appeler. Les dromadaires seraient très bien. Sauf que, elle ne savait pas si il y en avait aux alentours, et pire, elle savait encore moins jusqu'où son pouvoir pouvait porter. L'animal apparut dans son esprit clairement, et étant d'un seul coup totalement coupée du monde, elle les appela. « Venez à moi, j'ai besoin d'aide ... »le message était simple, il ne fallait pas que ce soit confus, ça elle le savait, pour l'avoir utilisé nombre de fois avec les chevaux. Ces derniers d'ailleurs bougèrent les oreilles comme si ils avaient entendu quelque chose au loin, mais rien de plus. Elle rouvrit les yeux, et l'insistance des regards était toujours la même. Elle aurait bien voulu disparaître là. Avant que l'un d'eux ne demande quoi que ce soit, elle déclara « Voilà c'est fait ! ». Ils eurent tous la même réaction, c'est à dire regarder un peu partout pour voir si cela avait bien fonctionné. Mais à part le bruit des animaux alentours, rien. Elle soupira et réellement vexée par son échec, elle se releva, haussant les épaules elle alla s'occuper de son cheval. Nul n'osa lui dire quoi que ce soit, se doutant que cette invocation ratée devait l'ennuyer. Ils ne surent pas combien de temps s'écoula, mais le soleil commençait sa longue descente vers le seuil de la terre, quand un bruit sourd se fit entendre. Il ressemblait à un orage au loin, et tous fixèrent les yeux vers le ciel, s'attendant à y voir de gros nuages noirs. Il n'y eut qu'un bleu azur pour accueillir leur inspection. La terre sous leurs pieds se mit à vrombir, provoquant une petite panique au sein du groupe, qui par pur réflexe, se recentra près du feu éteint, en un cercle presque parfait. Oreilles et regards attentifs au moindre bruit, au moindre geste. Des arbres au loin se mirent à tanguer gracieusement, et les animaux de la forêt émirent des cris d'alarmes assourdissants. Les oiseaux s'envolaient, les singes sautaient de branche en branche, totalement excités par ce qu'il se produisait. Les vrombissements devinrent plus forts, et le bruit de tonnerre ne cessait d'avancer vers eux. Il y eut un fracas énorme quand une masse claire défonça tout sur son passage, dans un ballets de cris bestiaux et de souffles rauques. Puis, d'un seul coup, tout se figea, et ils se trouvèrent devant une centaines de tête de camélidés qui les fixaient intensément de leurs yeux noirs et placides. Plus qu'interloquée par le nombre ahurissant qui avait répondu à son appel, elle faillit partir dans un rire nerveux. Un nuage de poussière blanchâtre les envahissait, et la pellicule fine mit quelque temps à retoucher terre. Les dromadaires attendaient là, plantés comme des végétaux, attendant patiemment la suite. Elen bougea en premier, et s'avançant vers eux elle s'exclama :

« C'est plutôt …. fascinant …. »

Tous portèrent leur attention vers elle, complètements abasourdis par ce prodige. Elle s'approcha d'un des animaux, et avec prudence, elle vint flatter l'encolure beige qui était la plus près. Elle donna un regard circulaire, et déclara à voix haute « Merci pour votre aide, mais une dizaine d'entre vous suffiront. » les animaux se regardèrent les uns les autres, puis ils tournèrent les talons, et allèrent manger les verdures qui se cachaient dans la forêt qui était à portée de dents. Elen regarda ses amis, et demanda :

« Une dizaine c'est largement suffisant non ? »

Ils hochèrent la tête, toujours silencieux sous leur surprise, et elle commença à prendre les affaires, comme si de rien n'était. Personne n'ouvrait la bouche, comme si ils avaient été frappé de mutisme. Les esclaves ne cessaient de l'épier avec des expressions de crainte, et cela commençait à lui peser. Au bout de longues heures, tout était prêt. Regardant la forêt, elle eut un pincement au coeur de la quitter, car ici ils avaient de quoi survivre, là où ils s'aventuraient, nul ne savait ce qui les attendait. Ils utilisèrent des cordes pour harnacher les dromadaires, et il ne fut pas aisé de les canaliser pour leur faire porter leurs tentes, vivres etc … Elen dut souvent utiliser sa magie pour que tout se passe dans le calme. Elle ne le dit évidemment pas, mais cela lui drainait pas mal d'énergie. Ils se mirent en route quand le soleil disparut derrière les hautes dunes qui assiégeaient la naissance de la forêt. Les ombres longilignes de leurs montures se découpant comme des spectres faméliques étreignant le sable blanc. Direction plein Ouest. Elen espérait atteindre les montagnes vues sur la carte dans les deux jours maximum. Là-bas, ils pourraient peut-être se reposer un peu, et trouver de l'eau. Elle prit la tête du cortège, étrangement silencieuse alors que derrière, tous s'étaient mis à reparler gaiement. Elle leva les yeux vers le ciel, se repérant aux étoiles, ne voulant pas dévier de sa route, elle sortit sa boussole pour être sûre, et réconfortée par les indications, elle la remit dans sa poche. Legolas vint à sa hauteur, et elle fut étonnée de ne pas voir Gimli derrière lui.

« Dís lui a souligné que ce serait mieux qu'ils voyagent ensemble ... » fit Legolas devant son regard interrogateur. Elle se tourna prestement, et elle vit les deux Nains sur le dos d'un dromadaire, essayant par tous les moyens de ne pas tomber. Elle faillit partir dans un fou rire affreux, mais elle se retint, ils le prendraient sûrement mal. Cependant, les voir dans cette posture, se gueulant dessus à qui mieux mieux parce que ça ne se passait pas aussi facilement que prévu, avait quelque chose de rafraîchissant et d'indéniablement bienfaisant. Elle reporta son attention vers l'avant, et s'aperçut que Legolas la fixait sans un mot. Elle coula un regard vers lui, et demanda :

« Quelque chose ne va pas ?

- Ta magie est … vraiment particulière …

- Oui, et dangereuse, on aurait pu se faire aplatir par cette harde !

- Peut-être mais cela ne c'est pas produit. Tu es toujours trop dure avec toi-même …

- Et toi peut-être pas assez Legolas, fit-elle en le défiant ouvertement.

- Qui sait … nous nous équilibrons en ce cas. N'est-ce pas l'harmonie qui se dévoile quand tout est équilibre ? » Répondit-il finement avec un beau sourire.

Elle leva les yeux au ciel. Fallait-il qu'elle lui avoue que quand il était comme ça, elle le trouvait tout bonnement adorable ? Elle ne répondit pas, le laissant gagner avec grâce cette manche. Décidément elle avait oublié comme il n'était pas forcément aisé de vivre à leur contact. Et encore, elle n'était pas à Fondcombe ou la Lothlórien. Là-bas ce serait bien pire. Parfois elle trouvait les elfes très étranges, presque éthérés dans leurs gestes, leurs paroles, leurs jeux d'esprit. La finesse de Legolas, lui avait de suite plu. Ils marchèrent dès-lors en silence, n'ayant pas besoin de parler pour être ensemble. Ils s'arrêtèrent à l'aube naissante, et montèrent leur campement pour vite s'abriter des rigueurs du désert. Ils avaient quitté les immensités des dunes, pour un sol un peu plus dur, mais caillouteux. Quelques touffes d'herbes sèches poussaient ça et là. Ils lâchèrent leurs montures pour qu'elles aillent manger un peu, et ils leur donnèrent un peu à boire. Elen grimaça devant la faible quantité d'eau qu'ils avaient, et elle eut peur pour la suite. Elle espéra que sa carte ne les envoyait pas à la mort.

Elle regardait la plaine aride qui s'étendait à perte de vue, les vents chauds balayaient le sol en soulevant des vagues de poussières vaporeuses. Elle aimait cette contrée, d'une beauté sauvagement mortelle. En un sens, si en accord avec une partie de son âme. Assise à l'entrée de la plus grande tente qu'ils avaient monté, elle avait les cheveux légèrement décoiffés à chaque bourrasque chaleureuse. Sa crinière noire dansant dans l'espace, telle une herbe folle chahutée par les courants. Legolas la regardait tendrement, il ne pouvait le nier lui aussi, elle semblait se fondre dans ces décors envoûtants et dangereux. Si il avait rencontré Acharniel à son époque, peut-être que sa folie l'aurait tout autant hypnotisé. Il savait qu'il était différent des siens aujourd'hui, ce simple amour, cette simple pensée, le lui prouvait. Aucun membre de son peuple ne s'aventurerait jusqu'ici, aux frontières de la Folie. Tant dans ce désert carnassier, que pour son attachement à cette mortelle. Cependant, ce qu'il sentait se soulever, se vriller, se tordre en lui, avait la cruelle délicatesse de le faire vibrer. De lui faire ressentir la Vie, telle qu'il ne l'avait jamais éprouvé. Il faisait très chaud, et tous étaient plus ou moins abattus par ces températures extrêmes. L'héritier de Thranduil coula un regard posé sur les gens qui étaient avec eux. Il eut un terrible sourire en voyant Gimli se faire totalement mené par le bout du nez par cette femme Naine, qui avait le tempérament de la couleur de ses cheveux. C'était une brave femme, courageuse, entêtée, et il nota, totalement conquise par son ami, même si jamais elle ne le dirait. Il hésita, ne voulant pas déranger la femme qui faisait battre son coeur à tout rompre, mais au final, il était comme aimanté. Il se leva, et sans un bruit vint s'asseoir à son côté. Elle glissa une main discrète dans la sienne, et posant simplement la tête sur son épaule, elle laissa couler le temps ainsi. Ne voulant à première vues pas parler, il la laissa tranquille. Il la vit fermer les paupières, essayant de se reposer légèrement. Devant les autres elle ne céderait pas à une position plus confortable d'elle-même. Il la fit bouger, et l'accompagnant il la fit s'allonger et poser sa tête sur sa cuisse. Elle se recroquevilla un peu, et totalement vaincue par l'ardeur de l'atmosphère sèche et la fatigue, elle s'octroya un peu de repos, sachant que Legolas veillerait sur elle, quoi qu'il advienne. La soirée arriva dans un crépuscule flamboyant qui émut tous les voyageurs, et ils reprirent la route une fois qu'Elen eut encore une fois tout étudié. Ils marchèrent dans le froid de la nuit. Elladan et Elrohir supervisaient à merveille le déplacement des troupes, et elle les en remercia. A l'aube du deuxième jour, le soleil dévoila une ombre immense à quelques kilomètres devant eux, et, poussée par une vigueur renouvelée, elle hâta Vailima vers le lieu tant recherché. Ils lancèrent leurs montures dans un petit trot, et arrivèrent assez rapidement. Une fois sur place, elle sauta de cheval, et se précipita dans l'inspection des lieux. La chose qui s'érigeait devant elle, surgissant du sable comme un monstre de pierre, n'était pas une montagne, ni même un amas de roche, bien que sa forme soit particulière. Elen se tourna et commença à marcher de long en large, tentant de comprendre. Les autres arrivèrent tandis qu'elle lorgnait une bande horizontale des plus particulière. Elladan, Elrohir et Legolas vinrent vers elle, tout aussi perplexes. Il y avait plusieurs éminences sablonneuses, d'un ocre profond, et les lignes, malgré l'usure du temps, étaient droites et épurées. Puis, Elen vit une pierre immense posée à la verticale, et se dirigea droit dessus. L'étrange édifice de roches quasi friables, faisait au moins une vingtaine de mètres de superficie. Elle se posta devant la stèle, et bouche bée, elle se figea devant ce qu'elle vit. Les trois elfes vinrent sur ses traces, et Elladan s'exclama dans une moue de fascination :

« Incroyable ! Bereniell ! C'est toi ! »

Elle fronça les sourcils devant l'œuvre qui avait été sculptée dans la roche. Elle représentait une reine, dessinée de profil, dont la tête était ceinte d'une couronne majestueuse. Il y avait des chars et des chevaux, des scènes de bataille, d'exécutions. Mais aussi des instants de liesse, avec des gens qui brisaient leur chaînes d'esclaves partout où elle passait. Elen jeta un rapide coup d'oeil aux êtres qui les suivaient docilement, et elle déglutit avec effort. Etait-elle en train de reproduire exactement ce que son aïeule avait fait ? Cette pensée la paralysa. Puis un bas-relief attira son attention, elle se pencha pour le voir dans les premières lueurs de l'aube, et elle épousseta le bas qui avait été en partie camouflé par le sable. Là son regard s'agrandit d'épouvante, elle se recula de quelques pas, et en prenant cette retraite nécessaire, elle comprit où ils étaient.

« Elen ? demanda Legolas troublé tandis que les jumeaux regardaient la fresque avec grande attention.

- C'est … c'est …. là que tout à commencé Legola …. , il vint à ses côtés, et il regarda là où elle posait les yeux. Elle fit un mouvement ample du bras, et expliqua, c'est un palais ! Et je suis certaine qu'il y a une ville en dessous. C'est … là qu'elle a tué le roi et pris le pouvoir. Que … Niphredil a perdu la vie …. »

Un courant glacial lui traversa le corps, et elle plaqua ses bras contre sa poitrine, essayant de se réchauffer. Legolas perçut son malaise, et l'enserra d'un de ses bras, il chuchota « Ça va aller Tingylia ».

« Hey venez voir ! Héla Elrohir dissimulé dans une alcôve un peu plus loin. Ils le rejoignirent, et il avait l'air des plus heureux. Regardez ça ! Un puits ! ».

En effet, caché dans un moignon de bâtisse, un puits était dégagé, se raccordant sûrement à l'ancien. Le seau était sec, ce qui voulait dire que personne n'était venu récemment, mais cela ne voulait rien dire.

« Je comprends mieux pour quoi la stèle est dépourvu d'ensablement, des gens viennent ici, et doivent honorer la mémoire de ton ancêtre … après tout ce temps … murmura presque Elladan.

- Qu'elle idée ! Fit Elen avec un rictus.

- Il n'y a rien de tout blanc ou tout noir Elen … dit Legolas en regardant le cite.

- Elle a été rongée par son désir de vengeance et de pouvoir, mais elle a fait également beaucoup de bien. Elle a libéré les esclaves, offert un royaume où les femmes étaient libres. Et d'après ce que tu as vu, nul ne souffrait de la faim ou de la pauvreté. Imagines un peu l'avancée qu'elle avait sur d'autres peuplades ! Si la magie qui coule dans tes veines, et donc, les siennes, ne l'avait pas à ce point corrompue, tu régnerais peut-être à présent sur un grand royaume ! Expliqua Elladan quelque peu envoûté par l'histoire de cette souveraine despotique.

- Et je ne vous aurai pas rencontré ! Pire, je serai peut-être devenue moi-même quelqu'un de vil, qui aurait pu mettre ses dons aux services de Sauron ! N'oubliez pas que j'ai du sang de Saroumane également dans les veines ! Suis-je donc la seule a qui cela pose une réelle épouvante ? Ne comprenez-vous pas que j'ai peur de cela ?! Que plus je me rapproche du but, plus je crains de succomber …. finit-elle par avouer d'une petite voix.

- Non Bereniell, cela ne se fera pas, car ton esprit est plus fort que tout ceci. Et que, même si tu as, ou, as eu des moments d'égarements, tu es toujours restée fidèle à tes principes ! » Déclara Elrohir fermement.

Dans sa bouche, en effet, ça avait l'air très simple. Mais elle, elle n'oubliait pas Edoras, ni le marché aux esclaves, ni même encore, son altercation avec les orques lors de son retour à Minas Tirith. Elle prit le seau, et le plongeant dans le puits, elle fut soulagée d'entendre le « plouf » caractéristique. Cette citerne aurait pu être vide. Elle remonta vivement le bac empli d'eau, et la regardant elle eut un faible sourire, elle avait l'air potable et fraîche. Elle demanda en changeant de sujet :

« Nous avons des bacs ou autre dans ce que vous avez récupéré, j'avoue ne pas avoir fait attention.

- Oui Bereniell, attends ! » Fit Elladan en retournant voir les autres qui commençaient déjà à établir le campement, Elrohir sur ses talons.

Une fois qu'ils furent partis, elle sentit Legolas venir dans son dos, et posant son menton sur son épaule, il murmura :

« Que j'aimerai un peu de quiétude à tes côtés ….

- Moi aussi … j'aime cette aventure, mais il est vrai qu'elle m'épuise à force.

- Quand tout sera fini, nous profiterons des bois de l'Eryn Lasgalen, des arbres millénaires, des sources et des fraîcheurs des sous-bois. Le chant des eldar s'élevant dans les feuillages comme si les arbres eux-mêmes fredonnaient …

- J'ai vu il y a longtemps la Lothlórien, je sais que ton père et Celeborn ont unis leur royaume respectif. D'ailleurs … qui prendra la tête de cette région, ton père ou Celeborn ?

- Je n'en sais rien, connaissant mon père, il est for probable qu'il veuille rester souverain de la partie Nord-Est de la forêt, ce qui serait normal, ne serait-ce qu'en mémoire de mon grand-père, Oropher.

- Et toi ?

- Moi ?

- Oui .. tu deviendras roi toi aussi ? Demanda-t-elle, la poitrine serrée d'une certaine appréhension.

- Je ne pense pas, car mon père est un souverain exigeant, il est possible qu'il me répudie juste parce que je suis avec toi. »

Elle se retourna vivement à ses mots. Elle contempla quelque secondes ses cheveux et son visage elfiques devenant de plus en plus clairs au soleil levant. Une tristesse indescriptible l'empoignant.

« Je ne mérite pas que tu délaisses ton royaume Legolas. Tu as tant à faire …

- Oui, et je peux les faire avec toi à mes côtés. Il n'a pas le droit de me le refuser.

- Il est roi ! Il peut tout te demander !

- Crois-tu ? Et que fera-t-il d'un fils mort si il me sépare de t …. »

La main d'Elen était venue se plaquer vivement sur sa bouche, scellant à jamais ses paroles. Les larmes aux yeux elle eut du mal à articuler :

« Ne redis plus jamais ça … tu entends ?! » Elle le libéra, et possédée par une envie soudaine, elle vint l'embrasser. D'abord timidement, puis avec plus en plus d'ardeur, la peur de le perdre dominant tous ses instincts.

Elle se plaqua contre lui, et il lui attrapa la nuque en répondant à sa sollicitation. La main d'Elen atteignit ses cheveux d'or, et elle se délecta de leur soyeuse douceur. Leurs corps tendrement serrés l'un contre l'autre, éveillant en eux des feux intimes inavouables. Un raclement de gorge les coupa, et Elen, grognant quelque peu, tourna la tête de trois quart pour voir qui venait les interrompre. Les jumeaux, aidés des deux Nains, qui tenaient des bacs et autres seaux pour les remplir. Elle posa son front contre l'épaule de Legolas, frustrée à souhait, et légèrement rouge, elle prit le seau du puits vivement et commença la distribution. Legolas plaqua son nez contre sa chevelure, et lui chuchota « Ce n'est que partie remise mon amour ... », et elle se sentit fondre, bien évidemment. Il lui fallut toute la discipline du monde pour ne pas tout laisser et le rejoindre alors qu'il allait aider au campement. Cette journée là, ils burent et mangèrent comme il le fallait. Puis ils se reposèrent longuement. Elen n'arrivant pas à décrocher son regard des vestiges presque antiques qui s'élevaient à leurs côtés. Acharniel la faisait s'interroger. Comment avec tant de possibilités, avait-elle pu finir aussi stupidement ? Puis un éclair de lucidité s'offrit son esprit. Ce n'était pas tant la magie qu'elle recelait dans ses veines qui l'avait perdue … mais l'amour qu'elle portait à sa fille et son époux. La trahison qu'elle ressentit en cet instant, avait du totalement l'anéantir, oblitérant à jamais la faible humanité qui persistait en elle.


Le lendemain ils repartirent, toujours plein Ouest. A l'aube du quatrième jour, un bruit réconfortant et agréable s'éleva dans un doux murmure. Le lent va et vient des vagues sur les rivages soupirait comme une ancestrale berceuse, et les airs saturés d'embruns ravirent leur odorat. Une fois les pieds presque au bord de l'eau, les trois elfes se postèrent le regard porté vers le lointain, totalement hypnotisés par les ressacs qui les accueillaient. Ils l'entendaient, l'appel au loin, celui qui depuis leur naissance, attendait patiemment d'être reconnu. Elenluinë les laissa à ce recueillement plutôt singulier, puis elle aperçut sur leur droite, un autre édifice en ruines. Elle lança Vailima en avant et une fois sur les lieux, elle s'aperçut que c'étaient les vestiges de ce qu'avait du être un port. Acharniel avait conquis une vaste bande de terre au travers des déserts et des plaines desséchées. L'île étant son lieu de vie, elle avait du faire bâtir un espace portuaire de part et d'autre du bras de mer. Elen riva alors son regard sur l'horizon, là où le liquide outre-mer et le ciel coloré des nuances encore pourpre de la nuit, se liaient. Elle la vit enfin. Mamelon discret effleurant l'onde frémissante de la grande mer. C'est à ce moment qu'elle porta machinalement le regard vers les colonnes et autres statues présentes. Celle d'un grand albatros se tenait sur un pilier, dont la dimension paraissait ne correspondre à rien de logique dans tout ce qui se tenait là. Elle vit sur sa vision périphérique à droite, les elfes qui la rejoignaient. Elle recula de quelques pas, et tandis qu'ils allaient lui parler, ses yeux s'agrandirent de surprise, des larmes d'émotions intenses, habillant ses cils noirs. La statue de l'albatros avait un trou à la place du coeur, et l'étoile d'Eärendil, se tenait pile en son centre. Dans les griffes de la constellation du Lion. De là où elle était, l'envergure de l'oiseau de marbre oblitérait sa vision, masquant l'horizon à sa vue. De ce fait, l'impression qu'il touchait le Nord et le Sud de concert, était bien réelle. Elle murmura alors, dans une attitude presque béate « Aux naissances des jours du dixième mois, suivez l'étoile d'Eärendil, jusque dans les griffes du Lion. Là où les colosses veillent, ses ailes toucheront le Nord et le Sud en un même endroit. De là, empruntez la route dorée qui vous mènera à Tol Dîrhîn, l'île aux milles morts. »

Derrière la statue qui sembla d'un seul coup flamboyer dans les premiers rayons du soleil, le jour se leva, et Elen se retourna pour voir les flots. En myriades de constellations dorées, semblable à des écailles, la route se dessina sous leurs yeux peu à peu, au fur et à mesure que l'astre entamait son ascension. Les pleurs muets glissèrent sur ses joues, et elle s'exclama « J'ai réussi … je l'ai trouvé ! ». Et ses amis ressentirent une joie et une admiration sans limite. Comble du bonheur, Elen découvrit sur la mer paisible, un point blanc se détachant sur l'horizon. Et cette tâche claire se rapprochait de plus en plus, à une vitesse constante, filant sur l'eau comme un oiseau. Leur coeur des elfes faillit se rompre à la vu de ce miracle. Toutes voiles dehors, un bateau blanc et fin comme un cygne, fendait les flots à vive allure pour les rejoindre. Quand il fut à une dizaine de mètres, il ralentit et finit par venir se poser délicatement sur la rive, avec la grâce d'une mouette caressant l'écume. Puis, dans les rayons d'or du soleil, une silhouette toute de blanc vêtue se dévoila à leurs yeux ébahis. Et Elen bredouilla presque, tellement la confusion et la félicité s'offraient son être dans une confrontation douce amère.

« Gandalf ?... Mais que ... que faites-vous ici ? »