Voici l'un des deux –ou trois- chapitres guimauves qui permettent à chacun –moi en particulier- de récupérer son souffle avant la bataille finale ! Vous verrez, de l'amour, de l'amitié et un profond sentiment de frustration. OKay, motus et bouche cousue, à vous de lire la suite ! –je vais peut-être même la lire avec vous-

Bonne lecture !

- On fait quoi maintenant ? questionna Rose à voix basse.

- Je ne sais pas…, avoua le Gallifréen complètement dépassé.

L'écart les séparant avait -comme qui dirait- fondu comme neige au soleil, leurs mains s'entremêlèrent timidement dans leur détresse silencieuse, leurs regards s'évitèrent dans un silence gêné et particulièrement déroutant. Kate, à qui rien n'échappe –et encore moins ce genre de détails- remarqua la proximité des deux anciens compagnons, et, respectant malgré tout une certaine intimité qui leur était due, elle poussa Jack en retrait, l'évacuant discrètement de la pièce…

- Qu'est-ce que…, s'écria-t-il pris de cours.

- On dégage !

… pour finalement s'éclipser à son tour.

Rose nota cette touche d'attention puis, tout en se rapprochant, elle s'accroupit quelque peu pour atteindre la hauteur du Gallifréen -toujours confortablement installé dans le fauteuil du commandant de bord-.

- Allons Docteur, vous devez bien avoir une idée. Vous avez toujours une idée !

- A quoi bon ? Ce sont justement mes idées qui nous ont fait échouer. Je ne peux pas me battre moi-même, c'est complètement illogique !

- Ce n'est pas vous Docteur. Cet homme ne sera jamais ce que vous êtes…

- Vous ne savez pas qui je suis réellement Rose, ni de quoi je suis capable…, murmura-t-il en fuyant son regard.

Elle l'observa sans mot dire, puis, se rapprochant plus encore, contemplant son visage sévère et mélancolique, elle se risqua à glisser un index le long de sa joue râpeuse, avant de le saisir délicatement par le menton et de l'inciter ainsi à relever ses doux yeux noisette dans sa direction.

- Je vous connais suffisamment bien pour savoir qu'il incarne absolument tout ce que vous rejetez : l'égoïsme, la colère, l'insolence, la vulgarité…

- Tout de même, il vient de mon âme…

- Peu importe d'où il vient ! Peu importe que ce soit votre clone génétique, votre frère ou le livreur de pizza ! Peu importe tout cela… Un homme ne se définit non pas par sa nature ni par ses origines, mais bel et bien par ses actes, oui Docteur ! Ses actes, ses choix et rien d'autre ! C'est en cela que vous vous distinguez tous les deux ! Jamais vous n'auriez agit comme il l'a fait, jamais vous ne vous laisseriez transporté par votre colère, non, vous vous battez trop ardemment contre elle. Jamais vous ne transgresserez à votre profit la règle numéro un d'un voyageur temporel –à savoir ne pas modifier les lignes du temps-! Non, vous n'oseriez jamais obéir à un tel égoïsme ! Ce n'est pas parce que deux hommes sont identiques qu'ils seront tous deux Docteurs ! Je peux certifier qu'il n'y a qu'un seul Gallifréen en droit de porter ce nom, un seul dont la pureté reste sans égale…

Elle stoppa sa tirade un instant, plongeant son doux regard d'ange blond dans le sien, la gorgé nouée par une telle déclaration, un tel épanchement de conviction et de loyauté.

Ainsi, ce fut à voix basse qu'elle conclut, comme si le simple fait d'avouer ce dernier point méritait d'être soufflé avec toute la foi que pouvait humainement faire preuve une femme, comme si elle vénérait cette idée qui n'avait cessé de tourmenter son pauvre cœur solitaire depuis un an déjà…

- Cet homme, c'est vous…

Il releva enfin les yeux vers elle, soufflé par ce discours profond, secoué de tout son être par sa dangereuse proximité, le contact de ses doigts glacés. Il réalisa alors qu'elle était plus belle que jamais, son regard pétillant d'une foi inébranlable, prête à le soutenir quoiqu'il arrive, à le porter sur ses épaules sans jamais réclamer une quelconque redevance, non… Elle était là, à ses côtés, comme toujours, animée par une détermination peu commune, la volonté de se battre pour ce qui était juste, et surtout –ce qui était de loin le plus effrayant- pour lui.

- Rose je…, commença-t-il alors sous le charme.

Que pouvait-il bien lui dire ? Qu'elle lui avait manqué ? Qu'il regrettait de ne pas être revenu ? Qu'il ne se pardonnerait jamais de l'avoir perdue ? Qu'il serait prêt à tout pour que leur vie redevienne comme auparavant ? Qu'il la serrerait volontiers dans ses bras toute une éternité si cela avait été possible ? Qu'il n'avait jamais été plus malheureux que lors de cette dernière rencontre en Norvège ?…

C'était bien trop long, bien trop rébarbatif et bien trop ennuyeux, tandis qu'un seul geste pouvait tout résumer. Oui, un seul contact, une seule caresse, un seul baiser… Devait-il passer à l'acte ? Devait-il enfin libérer le poids si pesant qui torturait chaque jour, chaque heure, chaque minute sa pauvre âme tourmentée ? En avait-il seulement le droit ? En tant que Seigneur du Temps, il ne pouvait…

Il ne pouvait tout simplement pas y résister, non pas cette fois, pas après l'avoir perdue si longtemps. Il se pencha alors sur elle, saisissant avec tendresse son doux visage à deux mains, et, sans quitter ses yeux chocolat –des yeux capables de le faire fondre de bonheur comme de chagrin-, il cessa de respirer, les cœurs en proie à un battement anarchique, ses lèvres se rapprochant dangereusement des siennes.

Rose ferma imperceptiblement les paupières, les genoux sur le point de céder, attendant ardemment qu'il brise enfin cette frontière d'amour platonique, ce mur de pudeur et de timidité –un mur de quelques millimètres à peine, et pourtant une véritable forteresse !- cet écart qu'ils s'étaient tous deux imposés dès le début cette aventure… de leur aventure.

Il était sur le point de franchir ce nouveau cap, de sceller ce lien plus fort et plus profond lorsque –et oui, ce serait mal connaître l'auteur- la porte du cockpit s'ouvrit soudainement, laissant apparaître une Kate Wilson portant une toque de grand chef et un Capitaine Harkness vêtu d'une veste immaculée de cuisinier.

- On a trouvé de quoi manger ! expliqua alors la jeune femme fière de sa splendide découverte. J'imagine qu'après tout ce remue-ménage, vous êtes sans doute affamés, pas vrai ?

Les deux compagnons s'observèrent alors, un sourire gêné aux lèvres, puis, reprenant leurs distances habituelles, ils hochèrent la tête, maudissant malgré tout le mauvais sort –et Kate par la même occasion- qui semblait prendre un malin plaisir à les torturer de la sorte.

- Bon, et bien dans ce cas : A table ! conclut la jeune DJ d'un ton théâtral.


Le Docteur et Rose d'un côté, Jack et Kate de l'autre. Une petite table couverte d'une nappe à carreaux, dressée avec soin et coquetterie, des assiettes et des couverts en plastiques digne d'un pique-nique de ce nom, une bouteille de rosée et un plateau de fromage. Qui aurait réellement pu imaginer que la fin de l'Univers se préparait à l'extérieur de ce petit vaisseau spatiale dénommé La Surprise ? –hommage à Master and Commander, pour les amateurs de cinéma-.

- Des œufs ? Du bacon ? De la salade ? Des steaks ? Mais bon sang où avez-vous déniché tout cela ? s'interloqua le Docteur, la bouche pleine de charcuterie.

- En fait c'est simple, commença Kate.

- On cherchait des renseignements, enchaîna Jack.

- Des infos sur le Maître ou bien le Dark Doctor…

- Et comme ce vaisseau était le leur…

- On s'est dit qu'une petite visite ne serait une si mauvaise idée.

- On a découvert un journal de bord dans la chambre du Maître.

- Un journal qui relatait comment le Docteur était parvenu à le faire évader, et puis la provenance du vaisseau…

- Qui est en réalité un vaisseau spatial pirate venu faire du business sur Terre.

- Et appréhendé grâce à Torchwood, du temps où Harold Saxon présidait cette organisation.

- Comment a-t-il été arrêté dans cette autre dimension ? s'interloqua alors le Docteur. Etre à la tête de Torchwood devait lui offrir protection rapprochée des plus efficaces.

- Euhm… ça c'est grâce à moi, signala timidement Rose.

Il se retourna dans sa direction, surpris, et la dévisagea un instant sans rien commenter, impressionné il est vrai de constater que la jeune Tyler avait stoppé un Seigneur du Temps –un vrai, un pur, un dur !-.

- Vraiment ?

- Oui, vous me connaissez, à moi toute seule j'annihile une armé de Daleks !… alors un Gallifréen de pacotille qui désire prendre le contrôle de l'espèce humaine en les poussant à la dépression nerveuse grâce au sang d'un Paroxymore… c'est carrément du gâteau !

Le Docteur ne put s'empêcher de sourire, amusé et admiratif à la fois de sa compagne toujours pourvue de sa témérité et de sa débrouillardise habituelle. Kate profita de l'instant pour lever son verre de rosé et déclarer joyeusement, comme si il s'avérait normal de porter un toast pour une occasion comme celle-ci :

- Trinquons à l'équipe des quatre fous qui ont fermement décidé de s'opposer à l'Armée des Seigneurs du Temps et à leur dictateur en chef : le Dark Doctor.

Le Gallifréen haussa un sourcil, notant bien évidemment la subtilité du geste. Après avoir passé deux ans chez de fins psychologues, Kate possédait une capacité peu commune à déceler les failles de chacun, et en l'occurrence, ce toast était un test infaillible visant à révéler l'appréhension et la peur de ceux qui redoutaient de se battre contre l'impossible.

- Les fous du Roi, approuva l'extraterrestre en levant également son verre et en l'entrechoquant avec le sien.

Rose sourit et l'imita sans trop réfléchir. Ne restait que Jack, qui, malgré son charisme naturel et son assurance légendaire, ne put réprimer une certaine hésitation, calculant les risques qu'ils avaient de tous finir en morceaux, puis, il haussa les épaules et partagea le toast avec enthousiasme.

Et voilà, un pacte de solidarité venait d'être scellé, comme cela, tout naturellement, sans que quiconque n'en souligne réellement l'importance, sans que quiconque n'émette la moindre objection ou ne fuit le regard de ses compagnons.

- Et donc on est tombé sur la cuisine, continua alors Jack.

- Avec une énorme chambre froide ! précisa la jeune Wilson.

- On s'est dit qu'un petit repas ne serait pas de trop après les quelques évènements de la journée.

- Surtout pour Rose qui n'avaient pas mangé depuis des jours et…

Kate s'interrompit soudainement, observant son amie bouche bée, la tête plongée dans la paume de sa main, les yeux clos et la respiration ralentie…

- Et en manque de sommeil visiblement, conclut-elle un tantinet désappointée.

Chacun se fit soudainement silencieux, contemplant la jeune femme avec un attendrissement tout particulier. Ces derniers jours en cellule et sous la torture du Dark Doctor avaient sans aucun doute été plus qu'éprouvants. Rien d'étonnant à sa somnolence actuelle. Le Docteur passa un bras par-dessus ses épaules et, l'attirant dans le creux de ses bras, il l'appela d'une voix douce et posée, la fixant de ce regard chocolat qui ferait fondre n'importe quelle créature féminine digne d'un tant soit peu de discernement :

- Rose ?

La jeune femme fronça les sourcils et sursauta, réalisant alors sa situation quelque peu embarrassante. Elle se redressa et s'excusa, les joue rougie de honte :

- Je vous demande pardon. Je suis complètement exténuée.

- Depuis combien de temps n'avez-vous pas dormi ? l'interrogea alors le Docteur préoccupé.

- Deux jours.

- Un peu de repos s'impose.

- Mais je…

- Ordre du Docteur, ajouta-t-il aussitôt pour couper court à toute rébellion éventuelle.

La jeune femme haussa les épaules puis acquiesça finalement et se leva de sa chaise, un sourire fatigué, le visage étrangement pâle :

- Bonne nuit.

Elle posa une main vagabonde sur l'épaule du Gallifréen puis sortit de la petite salle à manger en quête d'un lit d'un douillet et d'une couette tout ce qu'il y a de plus moelleux. Dormir… encore dormir… le sommeil accaparait chacune de ses pensées, alourdissait chacun de ses mouvements, lui occasionnant de terribles nausées. Elle trouva finalement son bonheur : une chambre chauffée, vue sur l'espace, un lit à la belle étoile… que pouvait-on rêver de plus ? Elle s'effondra sans plus réfléchir sur le matelas, son esprit d'aventurière emporté par l'épuisement de ces dernières quarante-huit heures.