Hola !
On est dimanche et donc c'est la mise à jour hebdomadaire. Je crois que ce chapitre est le plus long que j'ai publié jusqu'à maintenant, mais sachez que d'autres seront plus longs encore dans ceux à venir ;)
Bonne lecture à tous :)
La nuit était maintenant tombée sur Polis, et avec elle le calme s'était installé pour quelques heures dans la ville si animée en journée. Lexa et Clarke étaient arrivées en fin d'après-midi. A peine avaient-elles franchi les murs de la capitale que la Commandante avait convoqué ses lieutenants de toute urgence. Pour la première fois, Clarke avait été conviée au conseil, ce qui n'avait pas plu à tout le monde à en croire certains regards qu'elle avait reçus. Néanmoins, la jeune fille avait gardé son sang-froid et son aplomb habituels, se contentant de parler quand son avis ou ses connaissances étaient requis. Lexa avait pris le parti de ne pas exposer à ses lieutenants son projet d'intégrer le Peuple du Ciel à la Coalition dans l'immédiat. La nouvelle d'une guerre imminente était une chose difficile à annoncer et avait déjà généré beaucoup de discussions, elle ne voulait pas encore venir ajouter ce genre de débats, car elle ne doutait pas que tous ne seraient pas en accord avec cette idée. De plus, Clarke ne lui avait toujours pas donné de réponse, et elle ne voulait pas la bousculer. Cependant, elle gardait à l'esprit qu'elle devrait lui en parler quand l'occasion se présenterait, car tôt ou tard il faudrait prendre une décision, et le plus tôt serait le mieux.
Il était déjà tard quand les deux jeunes filles rejoignirent la demeure de la Native une fois la réunion terminée. La propriétaire des lieux se chargea elle-même de préparer à manger pendant que Clarke se lavait, heureuse de pouvoir se débarrasser de la crasse accumulée au cours des derniers jours. Une fois qu'elle fut propre, elles mangèrent en silence, dans une ambiance pesante. L'atmosphère était tendue depuis qu'elles avaient quitté le village quelques jours plus tôt pour rejoindre Polis. La blonde préférait croire que tout ceci était simplement dû aux derniers événements et à la menace qui planait sur la fragile paix qui avait été instaurée, mais dans le fond elle savait bien que ce n'était pas le seul problème.
Quand elles eurent terminé de manger, Lexa alla prendre un bain à son tour et proposa à Clarke de l'attendre dans sa chambre. La jeune fille rejoignit la chambre de la brune tandis que cette dernière disparaissait dans la salle de bain. Elle se changea, puis se glissa sous les draps et se couvrit rapidement avec les fourrures qui reposaient sur le lit. Les températures commençaient petit à petit à chuter et les premiers jours de l'automne seraient bientôt là, rapidement suivis par l'hiver. Il ne fallut pas longtemps avant que la fille du Ciel ne s'endorme, épuisée par leur voyage de retour. Néanmoins elle dormait d'un sommeil léger et ouvrit donc les yeux quand Lexa arriva dans la pièce. Ses cheveux mouillés tombaient sur ses épaules et dans son dos en formant de jolies boucles. Ils étaient lâchés, contrairement à d'habitude où des tresses complexes et ouvragées les ornaient, et Clarke réalisa alors que c'était la première fois qu'elle les voyait ainsi. La brune paraissait différente, mais elle était tout aussi belle.
Après avoir déposé ses vêtements sur le sofa, la Native rejoignit l'autre jeune fille dans le lit, mais à la grande surprise de celle-ci, elle conserva une certaine distance entre elles et lui tourna le dos. La blonde ne sut pas comment elle devait interpréter cette attitude, et elle tenta alors un rapprochement. Elle vint se coller dans le dos de Lexa et entoura sa taille de ses bras, puis elle déposa un tendre baiser sur son épaule.
- Pas ce soir, dit la brune sur un ton grave.
- Je ne demande rien de plus que quelques caresses, souffla en toute sincérité la fille du Ciel, sa tête blottie dans le cou de la guerrière.
Sans un mot, la Commandante se dégagea doucement de la prise de la blonde et installa à nouveau une distance entre elles. Cette fois, Clarke fronça les sourcils et se redressa sur un coude dans un geste vif et empreint d'agacement.
- Quand est-ce que tu vas te décider à me dire quel est le problème ?
- Quel problème ? Il n'y en a aucun.
- Ne me prends pas pour une idiote, Lexa. Je vois bien que quelque chose ne va pas depuis qu'on a quitté le village.
- Tu te fais des idées.
- Tu es beaucoup plus distante, affirma la blonde. Quand on s'est retrouvées tu étais attentive et attentionnée, tu ne me lâchais pas d'une semelle, mais le lendemain tu as commencé à m'éviter.
- J'avais eu peur pour toi alors dans les heures qui ont suivi j'étais plus présente que d'habitude, c'est tout.
- Donc si je comprends bien, ton attitude normale c'est d'être distante et je dois m'estimer heureuse quand tu me prêtes un peu d'attention ? Ce n'est pas une relation normale.
Lexa se retourna brusquement vers la jeune fille, un air contrarié sur le visage.
- Ecoute, je ne sais pas comment ton peuple appréhende les relations amoureuses mais visiblement pas comme le mien. J'estime que nous ne sommes pas obligées d'être en permanence collées l'une à l'autre pour nous prouver notre affection.
- Je ne te demande pas qu'on soit collées comme tu dis, je voudrais seulement que tu sois un peu plus chaleureuse dans ta façon de montrer ton affection justement.
- Nous allons nous heurter à un problème de coutumes alors, parce que les Natifs sont rarement très démonstratifs.
- Alors quoi ? Il faut attendre le mariage avant de pouvoir ne serait-ce que se regarder, c'est ça ?
- La tradition veut que les deux amants attendent d'avoir annoncé officiellement leur relation à leur famille pour se donner l'un à l'autre, mais ce n'est pas le problème.
- Merveilleux ! On se croirait revenus au Moyen-Âge.
- Tu pourrais arrêter de nous traiter comme des arriérés dès que je te parle de la moindre de nos coutumes ? répliqua la brune d'un ton sec.
La plus jeune se tut, consciente que ses paroles étaient déplacées.
- Je ne me préoccupe pas de ces traditions, reprit la Native. Si c'était le cas il ne se serait rien passé la dernière fois.
- Alors où est le problème ?
- Je te l'ai dit, il n'y en a pas. Je ne suis pas ce genre de personnes qui ont sans cesse besoin de prouver leurs sentiments par des baisers et des caresses, c'est tout.
Sur ce, Lexa se tourna à nouveau dos à la blonde et se recoucha.
- Je pensais que tu comprendrais qu'après ce que j'ai vécu, j'aie besoin de ton soutien et de ton réconfort, lança la fille du Ciel sur un ton accusateur.
- Clarke… soupira la brune.
- Laisse tomber, répondit sèchement la jeune fille avant de s'allonger à son tour.
La Commandante se redressa à nouveau et découvrit alors que la blonde lui tournait le dos.
- Clarke ?
- Bonne nuit.
La brune poussa un profond soupir et leva les yeux au ciel, puis elle se mit assise.
- Clarke, je t'assure qu'il n'y a aucun problème.
- Si, il y en a un : tu te fiches que j'aille bien ou pas.
- Ce n'est absolument pas vrai.
- Alors tu montres très mal ton inquiétude et ta préoccupation.
- Bon, est-ce que tu pourrais me regarder quand tu me parles ?
A ces mots, Clarke se redressa et fit brusquement volte-face, le regard noir.
- Il n'y a pas une minute tu me tournais le dos en me parlant et ça n'avait pas l'air de te déranger outre mesure.
- Est-ce que tu peux arrêter tes enfantillages, s'il-te-plaît ?
- Ce ne sont pas des enfantillages ! s'énerva la blonde. J'essaye seulement de faire en sorte que les choses se passent bien entre nous.
- Mais comment veux-tu que les choses se passent bien alors que je commence déjà à te mentir après seulement quelques jours ?!
En élevant la voix si soudainement, Lexa fit naître un silence. Mais ce furent surtout ses paroles qui laissèrent Clarke muette. La blonde la dévisagea avec un air d'incompréhension où pouvait également se lire une certaine inquiétude. Après un long moment passé sans qu'aucun mot ne soit échangé et pendant lequel la Native avait soutenu le regard de la fille du Ciel, cette dernière prit enfin la parole :
- De quoi est-ce que tu parles ?
Cette fois la Commandante détourna le regard, incapable de cacher son malaise et son appréhension en pensant à ce qu'elle était sur le point d'annoncer.
- Lexa ? appela la plus jeune pour obtenir une réponse à sa question.
- Je ne t'ai pas dit la vérité concernant Octavia.
Clarke resta silencieuse, attendant visiblement qu'elle poursuive. La brune prit une profonde inspiration avant de planter ses yeux dans ceux de la fille du Ciel qui la regardait avec une angoisse tout juste dissimulée.
- J'ai fait semblant de m'opposer à ce qu'elle aille à Camp Jaha pour que tu ne te méfies pas et qu'elle puisse partir. Je savais qu'elle y tenait, et surtout je savais qu'elle ne démordrait pas de son idée et ne serait bonne à rien tant qu'elle ne serait pas fixée sur l'état de Lincoln. Quand elle a voulu partir en cachette pendant la nuit je ne l'en ai pas empêchée.
- Tu l'as laissée partir ?!
- Je l'ai moi-même envoyée à Camp Jaha pour ramener autant de personnes que possible, dit Lexa en toute honnêteté, d'une voix ferme.
- Tu es complètement inconsciente ! Elle pourrait se faire tuer !
- Elle va réussir et elle sera bientôt de retour, j'ai confiance en elle.
- Oh merveilleux ! Alors si tu as confiance en elle tout va bien, elle reviendra saine et sauve, c'est certain, lança Clarke sur un ton sarcastique et paré d'énervement tout en levant les bras dans un geste colérique.
- La dérision n'est pas le produit d'un esprit fort, Clarke.
- Inutile de te répéter, une fois m'a suffi pour retenir la leçon, asséna la blonde d'un ton cassant.
- Elle voulait y aller, tu la connais suffisamment pour savoir que rien n'aurait pu l'en empêcher.
- Ne te fiche pas de moi ! Tu l'aurais envoyée même si elle n'avait pas voulu y aller pour Lincoln !
- Oui, c'est vrai. Et après ? Elle a clairement exprimé son désir d'être reconnue comme une Native à part entière, et je pense qu'elle le mérite. Mais si c'est vraiment ce qu'elle veut alors elle doit obéir aux ordres.
- Elle est sous mes ordres, pas sous les tiens !
- En tant que Commandante de la Coalition, j'ai autorité sur les soldats de tous les clans.
- Tu oublies que le Peuple du Ciel ne fait pas encore partie de la Coalition, lança Clarke comme une menace.
- Qu'est-ce que je dois comprendre par-là ?
Clarke s'approcha subitement de Lexa, envahissant ainsi son espace privé, mais la brune ne céda pas et la toisa d'un regard noir.
- Je ne t'ai pas encore donné de réponse, il est encore temps pour moi de refuser ton offre.
- Je t'en prie, refuse ma proposition si tu veux, répondit la Native sur un ton sarcastique identique à celui qu'avait employé la blonde un peu plus tôt. Mais quand tu seras seule sans notre soutien, qui t'aidera à libérer tes amis ? Qui se battra à tes côtés contre Pike ? Et qui te protégera contre eux ?
A ces mots, la blonde tressaillit.
- Ne te voile pas la face, ils ne t'ont pas enlevée toi par hasard. Je ne sais pas quel est leur but, mais visiblement tu fais partie de leur plan.
La fille du Ciel resta silencieuse et baissa les yeux en déglutissant.
- Tu as le droit d'être en colère, je le comprends tout à fait. Mais ne lance pas ce genre de menace à la légère, car nous savons toutes les deux que l'intégration du Peuple du Ciel à la Coalition est notre seule chance de gagner cette guerre. Si nous nous divisons, nos deux peuples seront condamnés.
- Tu aurais au moins pu me prévenir, dit Clarke après un court silence. J'aurais compris, et si Octavia et toi vous m'aviez parlé je l'aurais laissée partir.
- Non, tu n'en aurais pas été capable. Aussi forte que tu sois, et même si tu es destinée à être le leader de ton peuple, tu n'es pas encore capable de prendre les décisions qui s'imposent. Tu aurais laissé tes sentiments te contrôler, tu n'aurais pas accepté qu'Octavia aille à Camp Jaha même si tu sais que c'est la plus à même de réaliser cette mission.
Cette fois, Clarke sembla piquée au vif. Elle planta un regard menaçant sur Lexa et parla d'une voix vibrante de colère :
- Visiblement tu te fiches du danger que court Octavia. Comme toujours tu vois les autres comme des outils dont tu peux disposer à ta guise, comme s'il ne s'agissait que de vulgaires pions qu'il te suffit de déplacer.
La Commandante voulut se défendre, mais la blonde ne lui en laissa pas l'occasion et poursuivit :
- Je te préviens… S'il lui arrive quoi que ce soit, tu pourras faire une croix sur moi.
Lexa eut un léger mouvement de recul qui n'échappa pas à la jeune fille aux yeux bleus et qui trahit sa surprise mais aussi et surtout l'impact que de telles paroles avaient eu sur elle. Néanmoins, ce bref moment où elle révéla ses sentiments et ses émotions ne dura pas. En tout juste une seconde, elle avait remis en place son masque impassible de Commandante et toisa alors Clarke avec un regard méprisant tout en parlant d'un ton presque hautain :
- Alors voilà où nous en sommes ? Tu me menaces ? Il faudra faire mieux que ça si tu veux jouer sur ce terrain. J'ai déjà beaucoup trop perdu pour que ce genre de choses m'atteigne encore, je pensais que tu l'avais compris après tout ce que je t'ai confié.
La blonde ne put empêcher sa déception d'apparaître sur son visage, et ce fut à son tour de se reculer sous le coup de la souffrance causée par ces paroles si dures. Pourtant, bien qu'elle ait remarqué sa réaction, Lexa ne s'arrêta pas là. Elle avait été touchée par les propos de Clarke qui avait su appuyer exactement là où il fallait et avait touché un point sensible, si ce n'est le plus sensible, et dans ce genre de situations, la brune était aussi dangereuse qu'un animal blessé qui tentait d'achever son adversaire avant de rendre son dernier souffle.
Elle reprit d'un ton froid, visiblement déterminée à ne pas courber l'échine et à réaffirmer son autorité qu'elle estimait avoir été bafouée.
- Si tu es tellement sûre que j'ai envoyé Octavia tout droit à sa mort et que je ne suis qu'un monstre sans cœur alors tu n'as qu'à partir. La porte est grande ouverte, je ne te retiens pas.
Le bruit sec d'une gifle retentit en même temps qu'elle prononçait ses derniers mots et peu après, ce fut une douleur vive qui s'empara de sa joue. Elle garda la tête tournée sur le côté après avoir reçu le coup et serra brusquement les poings en même temps que ses mâchoires se crispaient.
Cette fois elle n'avait pas besoin de connaître la culture de Clarke pour comprendre la signification de ce geste. La jeune fille était en colère, mais plus que tout elle était blessée et devait probablement se sentir trahie, une fois de plus. Comment aurait-il pu en être autrement ? Qu'espérait-elle après lui avoir clairement dit que sa perte lui importait peu ? D'ailleurs comment avait-elle pu lui dire une chose pareille ? C'était faux, tellement faux. Et pourtant elle avait eu la bêtise de lui dire une telle chose, uniquement parce qu'elle s'était sentie vulnérable. A chaque fois que c'était le cas elle avait ce genre de réactions, elle se braquait immédiatement et sortait les crocs. Elle préférait mordre avant d'être mordue, il en avait toujours été ainsi et quand il s'agissait de ses sentiments, ses réactions étaient encore plus virulentes. L'idée même de pouvoir perdre un être cher la terrorisait, et ce justement parce qu'elle avait déjà trop perdu, alors elle réagissait de la pire façon qui soit en repoussant ceux qui comptaient pour elle, exactement comme elle venait de le faire à l'instant avec Clarke. Seulement cette fois les choses étaient différentes. Elles étaient différentes parce que Clarke était la première personne à laquelle elle parvenait à s'attacher sincèrement depuis la perte de sa famille et de Costia, mais surtout parce qu'en relevant enfin le regard vers elle, elle lut dans ses yeux bleus une douleur qu'elle n'y avait jamais vue auparavant. Même lors de cette terrible nuit, quand quatre mois plus tôt elle avait abandonné la jeune fille et son peuple à leur sort, la peine causée par cette trahison n'avait pas semblé aussi forte que celle qu'elle lisait à présent dans les yeux de Clarke.
Elle aurait voulu parler, lui dire que ses mots avaient dépassé sa pensée, que rien de ce qu'elle venait de dire n'était sincère, qu'elle ne voulait pas la perdre et ne voulait surtout pas qu'elle parte. Mais aucun son ne sortit de sa gorge nouée. Elle aurait voulu crier ses sentiments à Clarke, les lui hurler même. Elle aurait été prête à se mettre à genoux pour implorer son pardon et la supplier d'oublier tout ce qu'elle venait de lui dire. Mais son corps refusa de lui obéir. Elle resta immobile, les yeux rivés dans ceux de la blonde qui devenaient plus brillants à chaque seconde, et bientôt elle vit que la jeune fille était sur le point de pleurer et faisait appel à toute sa volonté pour retenir ses larmes. Pourtant, elle ne bougea toujours pas et resta désespérément silencieuse. La Commandante qu'elle avait appris à être depuis son plus jeune âge avait une fois de plus le dessus sur elle. Elle l'avait toujours et faisait taire ses sentiments, étouffait systématiquement ce qui était une faiblesse et une menace pour le rôle qu'elle occupait auprès de son peuple, la menant ainsi à être cette personne au cœur de pierre qu'elle donnait à voir.
Après ce qui avait semblé durer des heures à Lexa mais n'avait été sans doute qu'un court instant, Clarke prit enfin la parole, prête à craquer et à fondre en larmes à tout instant, et la brune tressaillit en entendant des tremolos dans sa voix :
- Crois-moi, si je n'attendais pas le retour de mes amis, je partirais sur le champ.
Sur ces mots, Clarke se leva précipitamment et quitta la pièce en claquant la porte derrière elle. La seconde d'après, la Native entendit la porte de la chambre qui se trouvait juste à côté de la sienne s'ouvrir puis se refermer tout aussi violemment, puis plus rien.
Plus un bruit, pas même celui de sa respiration qui s'était bloquée dans sa poitrine, pas même celui des pleurs qui s'étaient pourtant sans doute emparés de Clarke dans la pièce voisine. Rien d'autre que le silence, un silence assourdissant et qui lui donnait l'impression que le vacarme se trouvait en fait en elle, là où toutes sortes d'émotions se bousculaient de façon anarchique. Elle sentit que l'air circulait à nouveau normalement dans sa gorge, mais sa respiration était erratique, son souffle saccadé, témoin de son mal-être de l'instant et des regrets qui l'accablaient.
Comment avait-elle pu tenir de tels propos et être aussi cruelle avec celle qu'elle aimait ?
- Clexa -
L'après-midi touchait à sa fin quand la Commandante fut prévenue de l'approche d'un véhicule étrange et que personne n'avait jamais vu. Les gardes en faction sur les murailles avaient envoyé l'un des leurs dès qu'ils avaient repéré l'engin, et celui-ci venait juste d'arriver chez la brune. Cette dernière ordonna au soldat de retourner à son poste et de se préparer à toute éventualité. Elle ne savait pas s'il s'agissait d'ennemis ou pas, ils devaient donc rester sur leurs gardes. Elle monta pour aller prévenir Clarke qui n'avait pas quitté sa chambre depuis la veille et ne lui avait donc pas non plus adressé la parole. Elle frappa puis entra sans attendre de réponse, et voyant les sourcils de la blonde se froncer de mécontentement, elle parla avant qu'elle ne s'indigne d'une telle entrée :
- Un garde vient de me dire qu'un véhicule approchait. Ils l'ont aperçu au sommet de la colline il y a quelques minutes.
Il n'en fallut pas plus à la fille du Ciel pour être convaincue de suivre la brune malgré les derniers événements. Elle se leva précipitamment de son lit et courut jusqu'en bas des escaliers pour rejoindre Lexa qui était partie sans l'attendre.
Le fameux véhicule n'était plus qu'à une dizaine de mètres du mur quand les deux jeunes filles arrivèrent sur les murailles qui surplombaient la grande porte de la ville. Un simple ordre de la part de la Commandante suffit pour que tous les archers présents à portée de voix encochent une flèche et visent l'étrange véhicule métallique.
- Est-ce que tu crois que c'est le même… camion ? demanda la brune d'une voix incertaine, hésitant sur le dernier mot qu'elle n'avait découvert que récemment.
- Non, répondit Clarke avec assurance. C'est le même modèle, mais celui dans lequel j'étais ne pouvait absolument plus être utilisé après avoir heurté l'arbre, et il n'était pas réparable en seulement quelques jours. C'est un autre camion.
Ne sachant pas si elle devait se réjouir de cette nouvelle ou au contraire s'en inquiéter, la Native se raidit. Elle leva le bras, prête à donner l'ordre à ses hommes de tirer si les occupants du véhicule représentaient le moindre danger.
Les visiteurs non identifiés s'arrêtèrent au pied des murailles et alors l'appréhension se fit ressentir chez tous ceux qui se trouvaient là et assistaient à la scène. Mais personne ne sortit du camion pendant de longues secondes, rendant l'attente plus angoissante encore. Quand enfin, la porte du côté conducteur s'ouvrit, la Commandante se raidit en ne reconnaissant pas le brun qui venait de descendre. Elle était sur le point de baisser le bras, ordonnant ainsi aux archers d'abattre l'intrus, quand son geste fut interrompu par la voix de Clarke s'élevant soudainement :
- Jasper !
A peine avait-elle prononcé ce nom que la blonde se dirigea vers les escaliers qui menaient au sommet de la muraille et les dévala. Lexa se rappela alors avoir déjà entendu parler du jeune homme et réalisa qu'il était un ami de la fille du Ciel. Elle ordonna aussitôt qu'on ouvre les portes.
Les battants commençaient tout juste à s'écarter quand Clarke arriva en bas, mais elle n'attendit pas plus et se faufila par le petit interstice déjà ouvert. Pendant qu'elle descendait, les autres étaient sortis du camion. Un large sourire se dessina sur ses traits quand elle reconnut non seulement Octavia, mais aussi Lincoln et Monty. Elle courut dans leur direction et se précipita vers la brune qui était la plus proche d'elle. Elle la prit dans ses bras et la serra contre elle pour se prouver qu'elle était bien là. Octavia ne sembla pas surprise par cet accueil et elle lui rendit son étreinte sans hésiter.
- Ne refais plus jamais un truc pareil, souffla la blonde d'une voix parée d'une inquiétude tout juste soulagée.
La plus jeune s'autorisa un léger sourire, attendrie et touchée par cette marque d'affection de la part de son amie.
Elles se séparèrent après un long moment passé dans les bras l'une de l'autre, et alors Clarke constata que Monty et Lincoln s'étaient approchés. Elle se précipita vers le premier et chacun exprima à l'autre sa joie en échangeant une étreinte sincère et chaleureuse, ainsi que quelques paroles. Une fois ces retrouvailles terminées, la blonde se tourna cette fois vers Lincoln qui lui offrit l'un de ses sourires sereins, ceux dont lui seul avait le secret. Ils échangèrent une accolade tout aussi longue que celles qu'elle avait partagées avec ses amis, chose qui ne s'était jamais produite jusqu'à présent.
Quand ils se séparèrent, le regard de Clarke se posa cette fois sur Jasper. Le jeune homme était resté à l'écart et les toisait d'un regard noir, elle en particulier. La jeune fille sentit son cœur se serrer à ce constat, réalisant alors que même après tout ce temps, il ne semblait pas lui avoir pardonné. Au contraire, sa rancœur paraissait plus grande encore que lorsqu'elle avait dû affronter l'image de son ami tenant dans ses bras le corps sans vie de Maya, le visage inondé de larmes. Il avait changé depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus, plus de quatre mois plus tôt, mais pas seulement physiquement. Au-delà de ses cheveux qui étaient maintenant très courts, presque rasés, c'était lui-même qui semblait être différent. Cette joie et cette bonne humeur qu'elle lui connaissait semblaient avoir complètement disparu.
Elle se risqua à faire un pas vers lui, mais alors le jeune homme recula, faisant naître un air triste sur le visage de la blonde.
- Jasper…
Il ne dit rien, se contentant de continuer à la fixer d'un regard maintenant devenu encore plus hostile. Sans doute le fait qu'elle ait quitté Camp Jaha n'avait pas aidé ceux qui lui en voulaient déjà comme Jasper à lui pardonner, et elle prenait maintenant conscience que la route vers un éventuel retour à l'amitié qu'ils avaient partagée serait longue, s'il était seulement possible de retrouver ce lien qui semblait avoir été brisé à tout jamais.
Clarke s'apprêtait à parler mais une voix venant de derrière elle s'éleva, grave, ferme, la voix d'une personne habituée à être obéie dans l'instant :
- Je pense que des soins s'imposent.
Tous se tournèrent vers Lexa qui approchait maintenant du petit groupe, entourée de deux gardes à la carrure imposante. D'un simple mouvement de tête, elle désigna Jasper. Son pansement de fortune ne lui avait pas échappé, et elle ne doutait pas que la blessure qu'il portait au cou nécessitait d'être soignée.
L'un des deux gardes qui accompagnaient la brune s'approcha de Jasper de quelques pas et lui fit un signe pour l'inciter à le suivre, mais le jeune homme ne bougea pas.
- Il va vous emmener auprès d'un soigneur, dit la Commandante.
Le fils du Ciel sembla hésiter encore un instant, et finalement il emboita le pas au guerrier. Mais ils furent bien vite arrêtés.
- Attendez !
L'attention se concentra sur Octavia qui retourna vers le camion, suivie par Lincoln. Ils ouvrirent les portes à l'arrière du véhicule et entrèrent, puis ils ressortirent quelques secondes plus tard, accompagnés de Raven. Quand elle la vit, un sourire commença à éclairer le visage de Clarke. Mais quand la brune approcha et qu'elle constata dans quel état elle était, son sourire disparut immédiatement.
- Qu'est-ce qu'elle a ? s'inquiéta-t-elle.
- C'est compliqué... On t'expliquera.
Octavia se tourna vers Lexa.
- Il vaudrait mieux qu'un garde reste avec elle.
- Elle ne craint rien à l'intérieur des murs de la ville.
- Ce n'est pas pour elle que j'ai peur. C'est pour ceux qui l'entourent.
La Commandante resta un instant dubitative, puis elle hocha la tête et d'un simple geste accompagnés de quelques mots en Trigedasleng, elle indiqua au guerrier de rester à l'infirmerie.
- Je les accompagne, déclara Monty.
Chacun s'accorda à penser que c'était plus prudent, et ils le remercièrent par des regards reconnaissants.
Une fois qu'ils furent tous partis, Octavia s'adressa cette fois à la blonde qui était toujours abattue après les retrouvailles plus que délicates avec Jasper:
- Clarke, il faut que je te parle.
La jeune fille se fit immédiatement plus attentive, et l'expression de tristesse qui paraît son visage céda la place à un air plus sérieux et préoccupé. Si les choses commençaient de cette façon, cela n'annonçait rien de bon, elle le savait. Octavia et elle s'éloignèrent quelque peu pour plus d'intimité, et alors pour ne pas rester à rien faire, Lincoln retourna au camion pour y récupérer les armes qui s'y trouvaient. Il en profita pour retirer les clés qui étaient toujours sur le contact bien que le moteur ait été coupé.
Quand il revint vers Lexa qui attendait on ne sait quoi, toujours au même endroit que celui où elle s'était arrêtée en arrivant, il inclina légèrement la tête en signe de salutation et surtout de respect.
- Heda, souffla-t-il pour accompagner son geste.
- Je suis heureuse de te revoir sain et sauf, Linkon.
Le jeune homme sembla surpris, et alors la Commandante s'expliqua :
- Avec la guerre qui se prépare, la perte d'un guerrier tel que toi aurait été un sérieux handicap.
Lincoln inclina à nouveau la tête, cette fois pour exprimer sa gratitude après ce compliment déguisé.
Estimant qu'il était toujours sous le commandement de la brune bien qu'il ait été chassé par son propre peuple et qu'il soit depuis considéré comme un traitre, le jeune homme se plaça aux côtés de celle-ci, remplaçant ainsi d'une certaine façon le garde qui avait accompagné ses trois amis à l'infirmerie. Les bras croisés devant lui, il imita Lexa en fixant Octavia et Clarke qui se trouvaient à l'écart et échangeaient à voix basses.
Après quelques minutes, les deux Natifs virent un air abattu se peindre sur les traits de la blonde qui leur faisait face, et surtout ses épaules s'affaissèrent de façon notable. Elle semblait tout à coup porter le poids du monde sur ses épaules. Octavia la prit dans ses bras et passa une main dans son dos dans un geste qui se voulait réconfortant, mais rien ne semblait pouvoir soulager la peine qui se lisait maintenant sur le visage de Clarke. Un simple regard en biais suffit à Lincoln pour voir que la Commandante paraissait soucieuse, et il prit alors l'initiative de lui expliquer la situation sans entrer dans les détails :
- Okteivia a réussi à s'infiltrer dans le camp et à libérer ceux d'entre nous qui avaient été emprisonnés. Mais tout ne s'est passé comme prévu et nous avons été repérés. Trois d'entre nous sont restés sur place et ont fait diversion pour nous permettre de nous enfuir, dont la mère de Klark.
Lexa resta silencieuse mais le jeune homme la vit déglutir difficilement. Il était évident qu'elle était touchée par cette nouvelle car elle savait quel impact elle aurait sur la blonde, mais pour rien au monde elle n'aurait laissé paraître quoi que ce soit. Elle était Heda, elle ne montrait pas ses sentiments, jamais.
Après quelques instants, Clarke et Octavia se séparèrent finalement et rejoignirent les trois Natifs qui attendaient patiemment. La blonde renifla doucement, signe qu'elle retenait difficilement ses larmes, mais elle ne craqua pas et garda la tête haute bien que ses yeux soient devenus brillants. Bientôt, son regard se posa sur la main droite de Lincoln qui portait une blessure qui ressemblait à une morsure. Fronçant les sourcils, elle s'approcha.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda-t-elle en indiquant la plaie.
- Raven m'a mordue.
Clarke ouvrit de grands yeux mais ne posa aucune question. Octavia lui avait promis des explications pour plus tard et elle ne doutait pas qu'elle tiendrait parole, aussi préféra-t-elle se concentrer sur le plus urgent.
- Il faut nettoyer la plaie. Le risque d'infection est particulièrement élevé avec les morsures humaines.
- Allons à l'infirmerie, proposa Lexa.
La blonde lui lança un regard réprobateur. Elle n'appréciait pas qu'elle s'immisce dans ces retrouvailles qui étaient déjà compliquées, elle aurait voulu qu'elle les laisse entre eux. Mais elle n'était pas seulement Lexa, celle à qui elle en voulait pour avoir eu des paroles si dures à son égard la veille, elle était aussi Commandante, et à ce titre elle se devait d'assurer l'accueil des invités et surtout de ne pas laisser n'importe qui vagabonder librement et sans surveillance dans la capitale, Clarke le savait bien. Octavia assura que Jasper reviendrait pour déplacer le camion et l'amener dans la ville une fois qu'il aurait été soigné, et alors ils se dirigèrent vers la porte pour pénétrer à l'intérieur des murs.
Alors qu'ils venaient de franchir les murailles, ils virent un enfant courir dans leur direction. A mesure qu'il approchait, Clarke reconnut Nymen, le petit garçon qu'elle avait rencontré lors de la veillée. Arrivé à leur hauteur, il parla en Trigedasleng à une vitesse affolante, visiblement paniqué. La blonde ne maîtrisait pas encore suffisamment la langue pour comprendre ce qu'il disait, mais Lexa, Octavia et Lincoln semblèrent tout à coup inquiets et préoccupés. La Commandante répondit au petit garçon qui repartit d'où il venait en courant aussi vite que ses jambes d'enfant le lui permettaient.
- Il y a un problème à l'infirmerie, Lya a besoin d'aide.
Clarke devina que la femme en question, la mère de Nymen, était soigneuse, et alors d'un simple signe de tête elle indiqua à Lexa de les guider.
Quelques minutes plus tard, après avoir couru à travers les rues de Polis, ils arrivaient tous à l'infirmerie. Ils entrèrent pour découvrir à l'intérieur une scène de chaos.
Nymen, qui était arrivé peu avant eux, s'était réfugié dans les bras de sa mère qui tentait visiblement de le protéger. Et pour cause. Alors que Monty faisait de son mieux pour calmer Raven qui semblait hors d'elle pour une raison inconnue, Jasper était aux prises avec le guerrier qui les avait accompagnés. Il ne fallut pas longtemps à Octavia et Lincoln pour comprendre ce qu'il s'était passé : Raven avait sûrement fait une crise, le soldat natif avait sans doute voulu la maîtriser ou peut-être même s'en prendre à elle, et les autres jeunes hommes s'étaient donc interposés.
Sans perdre de temps, ils se précipitèrent vers Monty qui semblait en difficulté et ne parvenait plus à maintenir la mécanicienne contre le mur où il l'avait plaquée. Octavia saisit le bras droit de la jeune fille pendant que Lincoln prenait le gauche, et ils la ramenèrent violemment contre le mur, permettant ainsi à leur ami de relâcher sa prise.
Pendant ce temps, Clarke avait volé au secours de Jasper qui venait juste d'être immobilisé par son adversaire et se trouvait maintenant face contre terre.
- Lâchez-le ! ordonna la blonde.
Le Natif n'en fit rien. Au contraire, il augmenta la pression qu'il exerçait sur le dos de sa victime avec son genou. Clarke dégaina l'épée qu'elle avait pris l'habitude de toujours avoir avec elle, et alors qu'elle s'apprêtait à placer la lame sous le cou du soldat, Lexa intervint :
- Fais ce qu'elle dit, ordonna-t-elle d'un ton ferme au guerrier.
Le concerné leva les yeux vers sa Commandante et sans une seconde d'hésitation, il libéra Jasper et se mit debout. Aussitôt, Clarke voulut aider son ami à se relever, mais celui-ci retira vivement son bras d'un geste empreint de colère. La blonde adopta un air attristé face à cette réaction, mais rapidement ses yeux se portèrent sur le pansement que portait le jeune homme au cou et où des tâches rouges commençaient à se former.
- Jasper, tu saignes !
- Il y a plus important.
Sur ces paroles lâchées d'un ton froid, le brun reporta son attention sur Raven.
Même à eux deux, Octavia et Lincoln éprouvaient les plus grandes difficultés à la maîtriser. Ils la maintenaient tant bien que mal dos à un mur, mais la brune continuait à se débattre comme un beau diable tout en poussant des cris gutturaux. Cette scène rappela exactement à Clarke le sevrage de Lincoln. Quand elle était arrivée dans le vaisseau et avait trouvé le jeune homme il était dans le même état, tout aussi sauvage et violent. Mais alors qu'elle tentait de réfléchir pour trouver une solution, Raven se mit tout à coup à se frapper brutalement la tête contre le mur. Par chance, celui-ci était en fait une simple cloison de métal, elle ne pouvait donc pas se blesser sérieusement, mais il n'en restait pas moins que cette réaction n'annonçait rien de bon. De toute évidence elle n'allait pas se calmer aussi facilement.
- Raven ! appela Octavia. Ça suffit !
Mais ses tentatives pour ramener son amie à la raison étaient vaines. La jeune fille n'était plus elle-même et son seul but à cet instant était de se libérer de cette immobilité à laquelle on la contraignait.
- Arrête !
Raven poussa un long cri qui se termina en ce qui s'apparentait à une plainte étouffée. Pour autant, elle ne cessa pas de heurter violemment le mur avec sa tête, et la situation devenait maintenant critique.
- Clarke, fais quelque chose ! s'exclama Monty qui regardait la scène, impuissant, les yeux écarquillés aussi bien de peur que d'inquiétude.
La jeune fille resta immobile. Elle avait compris depuis longtemps quelle était la raison de cette crise, mais elle n'avait géré ce genre de sevrage qu'une seule fois, et sa mère avait été là au moins à un moment. Cette fois elle était seule, et elle ne savait pas comment s'y prendre. Elle sentit la panique l'envahir et fit de son mieux pour la réprimer et garder la tête froide. La blonde ferma un bref instant les yeux pour retrouver son calme, puis elle prit une grande inspiration.
- Pour l'instant il faut seulement attendre que ça se calme, il n'y a rien d'autre à faire. Elle fait un syndrome de sevrage, c'est normal qu'elle passe par-là et ce ne sera sûrement pas sa seule crise.
- Elle en a déjà faite une sur la route quand on venait ici, dit Monty. C'est pour ça qu'on l'avait mise derrière.
- A quand remonte la dernière dose qu'elle a prise ?
- Elle venait d'en avoir une quand on a quitté Camp Jaha, indiqua Lincoln tandis qu'il tenait toujours la mécanicienne. Il nous a fallu presque deux jours pour arriver ici.
- Ça risque d'être sa crise la plus violente, souffla la blonde sur un ton préoccupé. On doit se préparer à la réanimer, elle pourrait faire un arrêt.
Se souvenant que le cœur de son compagnon s'était arrêté à plusieurs reprises et que la dernière fois le massage cardiaque n'avait pas suffi, Octavia s'adressa à Jasper :
- Donne à Clarke une des matraques qu'on a prises, elle en aura peut-être besoin.
Le jeune homme sembla hésiter, mais il se décida finalement à faire ce qu'on lui disait. Il tendit la matraque à la blonde sans même la regarder, mais Clarke n'y prêta pas attention.
- Le mieux serait de l'attacher, commença la jeune leader en regardant autour d'elle pour trouver quelque chose qui soit adapté. Elle va sûrement-
- Clarke, qu'est-ce qui se passe ?
En entendant la voix de Monty, la jeune fille reporta son attention sur Raven et vit alors qu'elle semblait tout à coup plus calme. Ou plutôt trop calme. La brune avait soudainement arrêté de se débattre et elle ne bougeait presque plus. Sa tête était lourdement retombée vers l'avant et ce subit relâchement ne présageait rien de bon.
- Allongez-la, vite ! ordonna la blonde.
Octavia et Lincoln s'exécutèrent et installèrent la mécanicienne sur le lit le plus proche. Alors qu'ils venaient de l'allonger, elle fut soudainement prise de tremblements qui se transformèrent bientôt en convulsions de plus en plus violentes. Clarke s'empressa de basculer la jeune fille sur le côté pour éviter qu'elle ne s'étouffe, et alors une épaisse mousse blanche commença à sortir de sa bouche, mélange de salive et de bile.
- Lya, je vais avoir besoin d'aide !
La soigneuse s'approcha immédiatement du lit où se trouvait Raven, mais son fils resta accroché à elle, la suppliant de ne pas le laisser. Elle tenta de lui parler calmement pour le convaincre de la laisser faire son travail, mais alors l'enfant s'agrippa désespérément à elle en pleurant. Pendant ce temps, Clarke dégageait du mieux qu'elle pouvait les voies respiratoires de son amie en retirant la mousse qu'elle crachait, mais ses nerfs étant déjà mis à rude épreuve, elle finit par perdre patience :
- Faites-le sortir !
Le petit garçon sursauta à peine et prêta tout juste attention à ces propos, continuant à pleurer pour ne pas que sa mère le lâche. Aucun des survivants de l'Arche ne réagit à la demande de Clarke, et après quelques secondes de flottement, ce fut finalement Lexa qui s'en chargea.
- Naimen, calme-toi, dit-elle dans sa langue maternelle, d'une voix douce inhabituelle et qui en aurait certainement surpris plus d'un si la situation n'avait pas été ce qu'elle était.
L'enfant ne lâcha pas sa mère, mais la brune continua à lui souffler des paroles à voix basse sur le même ton pour tenter de le rassurer. Il se calma petit à petit, et après quelques instants il accepta enfin de lâcher Lya et se réfugia alors dans les bras de la Commandante. Tous regardèrent avec stupeur cette dernière porter le petit garçon avec une certaine tendresse et sortir de l'infirmerie, suivie de près par le guerrier qui était resté jusque-là à l'écart. Tous sauf Clarke qui était concentrée sur sa tâche.
Raven avait cessé de convulser, mais cette fois elle ne bougeait plus du tout, et ce n'était pas plus rassurant. Sans perdre une seconde, la blonde la remit sur le dos et commença un massage cardiaque. Nyko lui avait dit que tous les Faucheurs que les Natifs avaient tenté de ramener à eux étaient morts de la même façon, le schéma était donc visiblement toujours le même. Il fallait qu'elle parvienne à maintenir son amie en vie jusqu'à ce que son organisme soit débarrassé de toute trace de la substance qui était responsable de son état, seulement alors elle serait sauvée.
Donnant des impulsions à un rythme régulier pour faire circuler le sang, Clarke compta jusqu'à trente, puis elle s'arrêta et pratiqua un bouche-à-bouche. Elle reprit ensuite le massage cardiaque et continua ainsi en enchaînant plusieurs séries, toujours de la même manière.
- Lya, appela la blonde sans arrêter ce qu'elle faisait. Occupe-toi de Jasper, il est blessé.
- Je vais bien, assura l'intéressé.
- Jasper, tu as besoin de soins.
- Non, j'ai tenu jusque-là.
- Mais ta plaie est à nouveau ouverte et je doute que vous l'ayez soignée correctement, alors fais ce que je te dis !
Le jeune homme lui lança un regard assassin, mais il fut sans doute convaincu par le ton employé par la blonde puisque quand la soigneuse s'approcha timidement de lui, il se laissa guider dans un endroit à l'écart de toute l'agitation ambiante.
Pendant tout le temps où elle avait parlé, Clarke n'avait jamais interrompu sa tâche. Pourtant, Raven ne respirait toujours pas.
- Pourquoi ça ne fonctionne pas ? commença à s'inquiéter Monty.
- Qu'est-ce qui se passe ? renchérit Octavia. Pour Lincoln ça avait marché.
- La première fois, mais pas la deuxième.
Clarke cessa soudain le massage et s'empara de la matraqua qu'elle avait posée sur le bord du lit.
- Reculez-vous tous. Octavia, lâche-la.
La brune, qui avait posé ses mains sur le bras de la jeune fille toujours inconsciente, obéit. La blonde empoigna fermement ce qui était à la base une arme mais allait lui servir à sauver une vie. Si toute fois elle y parvenait.
Elle plaça l'extrémité de la matraque sur le thorax de Raven et envoya une décharge. Le corps de la mécanicienne s'arc-bouta en étant traversé par l'électricité, puis il retomba lourdement, mais la brune n'avait toujours aucune réaction. Clarke fit une deuxième et une troisième tentative, mais il n'y avait toujours aucun résultat. Ils étaient tous de plus en plus inquiets et Octavia avait maintenant ses ongles plantés dans la peau du bras de Lincoln qu'elle avait saisi à deux mains.
- Allez, Raven !
La blonde avait beau crier, la quatrième décharge ne fut pas plus efficace que les précédentes. Octavia faisait de son mieux pour garder son sang-froid, mais plus les secondes passaient et plus elle sentait les larmes envahir ses yeux, tentant de franchir la barrière de ses paupières pour couler sur ses joues. Elle se mordit la lèvre inférieure pour se contrôler et alors elle s'aperçut que Lincoln était aussi crispé qu'elle.
- Allez !
Cette fois Clarke avait presque hurlé, et elle mit toute sa colère et son désespoir de se voir si impuissante dans une cinquième tentative. La matraque envoya une décharge dans le corps de Raven qui fut alors violemment soulevé du lit. La jeune fille retomba de tout son poids sur le lit, et tous restèrent figés, dans l'attente d'un résultat. Il s'écoula tout juste une seconde, mais pour chacun ce fut la plus longue de toute leur vie, et finalement Raven ouvrit soudainement les yeux en inspirant aussi fort que si elle venait de remonter à la surface de l'eau après y avoir passé plusieurs minutes. Sa respiration était irrégulière et laborieuse, mais au moins l'air entrait-il dans ses poumons sans qu'aucune aide ne soit nécessaire. Des sourires apparurent sur le visage de tous ceux qui étaient présents, et alors Clarke prit la main de son amie dans la sienne.
- Raven ?
L'intéressée tourna lentement la tête dans sa direction, les yeux mi-clos, et la regarda avec un air absent.
- Tu m'entends ?
La mécanicienne resta silencieuse, tentant visiblement de réguler sa respiration anarchique. La blonde l'observa quelques instants, soucieuse, et alors qu'elle s'apprêtait à parler, elle fut coupée.
- Après tout ce temps… j'imaginais pas nos retrouvailles comme ça.
Il y eut un court temps de flottement avant qu'un rire nerveux et saccadé ne s'échappe de la gorge de Clarke qui fut rapidement imitée par Octavia dont les épaules s'affaissèrent subitement quand la tension accumulée dans ses muscles se relâcha. Ils étaient tous heureux de voir que même après ce qu'elle venait de vivre, Raven n'avait rien perdu de son humour. Un faible sourire se dessina sur les lèvres de cette dernière, puis elle ferma les yeux, visiblement épuisée.
- On va s'occuper de toi, lui dit la blonde. Tu es tirée d'affaire maintenant.
Son amie se contenta de hocher la tête en gardant les paupières closes.
Clarke eut un sourire à la fois soulagé et triste, car ce qu'elle venait de dire était vrai seulement en partie : la jeune fille avait été sauvée pour cette fois, mais il était impossible de dire si une nouvelle crise ne surviendrait pas, et avec elle un nouvel arrêt cardiaque qui mettrait une fois de plus sa vie en danger.
- Clexa -
Clarke sortit de l'infirmerie en poussant un profond soupir. Raven avait fini par s'endormir, épuisée par ce qu'elle venait de surmonter. La blonde était restée encore un peu pour s'assurer que tout allait bien et avait ensuite donné ses instructions à Lya, la chargeant de surveiller la brune et de la prévenir s'il y avait le moindre problème. Bien que Clarke lui ait dit qu'il faudrait sans doute du temps pour que la mécanicienne ne sorte du profond sommeil où elle avait sombré, Octavia avait tenu à rester auprès d'elle jusqu'à son réveil, et Lincoln était donc resté aussi. Monty quant à lui, avait préféré rester avec Jasper qui devait attendre que le cataplasme qu'avait appliqué Lya sur sa plaie ne fasse effet. Ce fut donc seule que la blonde sortit pour aller dire à Nymen qu'il pouvait rejoindre sa mère.
Quand elle arriva dehors, elle fut surprise de trouver Lexa assise à même le sol, dos au mur du petit bâtiment qui accueillait l'infirmerie, Nymen installé sur ses genoux. Ils discutaient calmement en Trigedasleng, et la guerrière était sans doute en train de conter au petit garçon quelques-uns de ses exploits au combat à en croire le regard pétillant de celui-ci et son air absorbé. Clarke s'approcha doucement et signala sa présence en se raclant la gorge. La Commandante l'avait déjà entendue, mais elle avait attendu qu'elle les rejoigne pour mettre l'enfant debout et se lever à son tour. Dès que Nymen aperçut la blonde, il se réfugia derrière Lexa en se cachant derrière ses jambes. Un air triste se peignit sur les traits de la fille du Ciel, ce qui n'échappa pas à la brune. Cette dernière s'accroupit face à l'enfant et lui dit quelques mots que Clarke ne parvint pas à comprendre. Le garçon jeta un regard méfiant à la jeune fille aux yeux bleus, et finalement, il fit un pas vers elle. Néanmoins, il garda ses distances, toujours quelque peu effrayé.
- Je suis désolée, Nymen, commença la blonde. Ce n'était pas contre toi que j'étais énervée. J'ai eu peur pour mon amie alors j'ai crié.
- Qu'est-ce qu'elle a ton amie ?
Clarke fut heureuse de voir qu'il acceptait de lui parler, et après quelques secondes de réflexion pour savoir ce qu'elle allait lui dire, elle répondit :
- Elle est malade. Mais je l'ai soignée, maintenant ça va mieux.
- Alors personne va mourir ?
La blonde eut un temps d'arrêt face à une telle question de la part d'un enfant si jeune, mais elle se ressaisit rapidement.
- Non Nymen, personne ne va mourir.
Sur ces quelques mots, l'enfant s'approcha et tendit ses bras vers elle. Comprenant sa demande implicite, Clarke se baissa et lui offrit avec plaisir une étreinte chaleureuse et sincère. Elle fut prise au dépourvu en voyant avec quel empressement le garçon entourait son cou de ses petits bras, comme si elle risquait de disparaître à tout moment. Mais le premier instant de surprise passé, elle se laissa aller et le serra contre elle avec un sourire.
Après quelques instants sans qu'aucun des deux ne bouge, Clarke réalisa qu'elle ne pouvait pas le retenir plus longtemps.
- Ta maman a terminé, tu devrais aller la voir.
Elle déposa Nymen au sol et alors celui-ci resserra brièvement son étreinte avant de la lâcher, comme pour lui dire au revoir. Puis, après lui avoir offert un large sourire, il s'éloigna et la blonde le regarda courir pour rejoindre l'infirmerie.
Lexa avait assisté à toute la scène sans dire un mot, et si elle s'était écoutée, elle aurait souri. Mais étant ce qu'elle était, elle garda un air impassible et s'approcha simplement de la fille du Ciel pour s'adresser à elle :
- Tu as semblé surprise qu'il évoque ainsi la mort.
Clarke tourna la tête vers la brune mais ne répondit pas, se contentant d'un hochement de tête approbateur. Elle n'avait aucun envie de parler avec la Native.
- Comme beaucoup d'autres, il a été confronté à la mort très tôt, ce qui explique qu'il en parle de façon si spontanée. Son père était un guerrier, il est mort il y a quelques mois.
L'air de la blonde se fit plus triste en entendant cela.
- Que s'est-il passé ?
Cette question sembla embarrasser Lexa qui détourna le regard.
- Il est mort au combat, c'est tout.
La gêne de la Commandante n'échappa pas à Clarke, et cette fois-ci, son air se fit plus grave quand elle demanda :
- Il faisait partie des trois cents hommes que tu avais envoyés pour nous tuer, c'est ça ?
La Native resta muette, mais cette absence de réponse en était déjà une en soi.
Le silence se prolongea, pesant. La blonde pinça les lèvres et fit de son mieux pour faire bonne figure, bien que la tâche s'avère plus difficile encore qu'elle ne l'aurait cru. Où qu'elle aille, ses démons et ses crimes semblaient la pourchasser, avides du moindre petit bonheur qu'elle pouvait connaître, prêts à la tailler en pièce et à la mettre à nouveau à genoux à la moindre occasion.
Après quelques instants, Lexa prit la parole :
- Tu peux dire à tes amis qu'ils sont les bienvenus chez moi.
- Octavia veut veiller sur Raven jusqu'à son réveil et Lincoln reste avec elle. Jasper ne peut pas quitter l'infirmerie pour l'instant et connaissant Monty, il restera avec lui tant qu'il ne pourra pas partir. De toute façon je doute que l'un d'entre eux accepte de dormir chez toi.
La brune fronça les sourcils, mais Clarke ne parvint pas à savoir si elle était davantage blessée ou contrariée.
- Rentrons dans ce cas, dit-elle pour ne pas perdre la face.
- Non. Je vais rester un peu avec eux.
Une nouvelle fois, la Commandante défaillit. Néanmoins cette fois la blonde en était certaine, c'était bien de la déception qu'elle vit passer dans son regard, pendant un court instant seulement cependant.
- Est-ce que je dois t'attendre pour le repas ?
- Non.
Cette réponse avait été tout aussi sèche que la précédente et désarçonna une fois de plus Lexa.
- Ne m'attends pas du tout, je ne sais pas si je rentrerai ce soir. Je vais peut-être rester ici avec eux.
La Native déglutit péniblement, les mâchoires crispées, mais elle se força tout de même à répondre :
- Comme tu voudras. Mais si tu veux rentrer, sache que tu seras la bienvenue.
- Ce n'est pas ce que tu disais hier soir.
Sur ces paroles lancées d'un ton glacial, Clarke tourna les talons et rejoignit ses amis. La brune la regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'elle disparaisse à l'intérieur du bâtiment, et alors elle leva les yeux en pinçant les lèvres pour empêcher des larmes difficilement contenues de couler. Elle n'avait que ce qu'elle méritait après tout, et ne pouvait s'en prendre qu'à elle. Mais même en sachant cela, la douleur provoquée par un tel rejet n'en était pas moins vive.
Après quelques instants qui lui furent nécessaires pour retrouver une certaine contenance, elle quitta à son tour les lieux. Le cœur lourd et le pas traînant, elle prit la direction de sa maison en gardant le secret espoir que Clarke change d'avis et ne décide finalement de rentrer plutôt que de passer la nuit à l'infirmerie.
- Clexa -
Lexa rentra chez elle sans bruit et referma délicatement la porte derrière elle. La maison était vide et même si tous les habitants dormaient depuis longtemps ce n'était pas par crainte de réveiller les occupants des maisons voisines qu'elle était aussi discrète, elle avait seulement horreur de se déplacer bruyamment. Les nombreuses années passées à s'entraîner l'avaient rendue silencieuse comme une ombre, si bien qu'aujourd'hui quelles que soient les circonstances, elle appliquait ce qu'elle avait appris pour ne pas être entendue.
Après la discussion qu'elle avait eue avec Clarke, elle avait finalement changé d'avis et avait préféré aller se promener plutôt que de rentrer chez elle. Elle avait rejoint les bords de la rivière qui longeait la ville et avait marché des heures durant, se perdant dans ses pensées et tentant sans succès d'apaiser son esprit tourmenté. Elle était rongée par le remord et il lui semblait qu'elle avait rarement culpabilisé à ce point. Elle aurait voulu pouvoir revenir en arrière, retourner à ce moment où la veille, elle avait eu des paroles si dures envers Clarke. Malheureusement c'était impossible. Comment avait-elle pu être aussi stupide ?
Après des années passées à errer avec pour seule motivation celle d'être la Commandante que tous attendaient et sur qui tout le monde comptait, elle avait enfin rencontré quelqu'un capable de faire à nouveau battre son cœur endormi depuis si longtemps, depuis trop longtemps même. La blonde, dont la beauté lui avait coupé le souffle lors de leur première rencontre, avait su l'aimer comme personne ne l'avait jamais fait, elle l'avait aimée comme personne d'autre n'en serait jamais capable. Là où tout le monde voyait une guerrière cruelle et impitoyable, qu'aucun sentiment ne semblait pouvoir atteindre, n'exprimant jamais ses émotions si bien qu'on aurait pu croire qu'elle n'en avait pas, Clarke elle, avait su voir plus. Elle avait su la percer à jour et persévérer jusqu'à découvrir ce qu'elle avait d'autre à offrir, elle avait regardé au-delà de ce qu'elle donnait à voir au premier abord. Mise à part sa famille, Costia avait été la seule personne capable de faire cela, et pourtant les sentiments qu'elle avait eus à son égard lui semblaient à présent ridicules en comparaison de ceux qui s'étaient développées au contact de la blonde.
Un simple regard de sa part suffisait à faire bondir son cœur et à déclencher l'envol d'une nuée de papillons dans son ventre. Sa voix était le son le plus doux qu'il lui ait été donné d'entendre, et ses rires étaient rares, mais c'était justement ce qui les rendait si précieux. Lexa aurait voulu pouvoir les enfermer dans une boîte, comme un trésor, pour pouvoir les écouter encore et encore. Ses yeux d'un bleu semblable à celui d'un ciel d'été dépourvu de nuages étaient pour elle la plus grande merveille qui n'ait jamais existé sur cette terre. Ses baisers enfin, étaient sans doute l'arme la plus redoutable qu'elle possédait contre elle. Ses lèvres étaient aussi douces que du coton et quand elles dansaient avec les siennes, elle avait l'impression que le monde aurait pu s'écrouler autour d'elle sans même qu'elle s'en aperçoive. Tout chez elle l'enchantait et c'était non seulement tout cela qui l'avait charmée, mais aussi ce qu'elle était. Un parfait mélange entre force et douceur, à la fois courageuse et raisonnable. Elle faisait preuve d'une détermination à toute épreuve mais savait faire des concessions quand les circonstances l'exigeaient. Elle était curieuse et toujours avide de nouvelles connaissances, son esprit était ouvert mais critique et elle n'hésitait pas à s'exprimer et à donner son avis. Sa force de caractère n'avait d'égal que l'entêtement maladif dont elle faisait parfois preuve, mais malgré tout elle restait une jeune fille intelligente et réfléchie. Tout chez elle plaisait à Lexa, jusque dans ses moindres défauts. Même cette désagréable habitude qu'elle avait de la contredire et de s'opposer à elle et qu'elle avait démontrée dès leur première confrontation lui plaisait.
Clarke était tout ce dont elle avait besoin, elle était tout pour elle. Et pourtant elle l'avait blessée de la pire façon qui soit en prétendant que sa perte ne l'attristerait pas. Depuis la mort des êtres qui comptaient le plus à ses yeux, elle n'avait eu de cesse de faire taire le moindre sentiment à l'égard de qui que ce soit. Elle avait étouffé toutes ses émotions, s'efforçant de ne jamais développer le moindre attachement. Cette faiblesse lui avait coûté cher une fois, elle ne voulait pas laisser une telle chose se reproduire. En tant que Commandante elle se devait d'être forte et de protéger son peuple, et pour cela elle ne pouvait pas se permettre d'avoir le moindre point faible. Pour cette raison, elle avait passé les dernières années seule, s'isolant du mieux qu'elle pouvait et se coupant de tout sentiment. Pourtant, cela n'avait pas suffi. Une fois de plus elle avait perdu deux êtres chers. Anya avait péri, puis Gustus s'en était allé, et sa mort n'en avait été que plus douloureuse puisque causée par sa propre main. A nouveau, sa fonction lui avait arraché des personnes qui comptaient pour elle, et elle ne doutait pas qu'Anya et Gustus ne seraient pas les derniers. A présent la simple idée de perdre un être cher ou d'être abandonnée la terrifiait, et c'était cette peur qui l'avait poussée à rejeter Clarke comme elle l'avait fait. Elle avait perdu tous ses moyens quand la jeune fille l'avait menacée de partir et la seule défense qu'elle avait trouvée pour se protéger et ne pas laisser sa faiblesse transparaître avait été de répliquer par l'agressivité, perdant ainsi celle qu'elle aimait.
Clarke avait peut-être finalement raison. Elle était peut-être réellement une barbare, une sauvage, un monstre aux émotions et aux sentiments dégénérés par des pertes trop nombreuses et trop douloureuses.
Après s'être torturée pendant de longues heures tout en arpentant les rives du cours d'eau, la Commandante avait finalement décidé de rentrer. Elle n'était pas fatiguée et ne doutait pas qu'il lui serait impossible de trouver le sommeil, préoccupée comme elle l'était, mais son corps et ses muscles eux, imploraient sa pitié et demandaient un peu de repos après une si longue marche, d'autant que la nuit précédente avait déjà été vide de sommeil. La nuit était déjà tombée depuis longtemps, et c'est donc dans l'obscurité et le calme nocturnes que Lexa était rentrée chez elle.
Une fois arrivée, elle monta à l'étage d'un pas las puis parcourut le couloir. Mais alors qu'elle allait entrer dans sa chambre, elle se figea, la main sur la poignée de la porte. Là, à seulement quelques mètres d'elle, un léger bruit se faisait entendre. Dans un premier temps elle ne reconnut pas les sons étouffés qui semblaient provenir de la chambre que Costia avait un jour occupée. Espérait-elle tant découvrir que Clarke avait finalement décidé de rentrer qu'elle imaginait l'entendre ? Pourtant elle en était certaine, elle ne rêvait pas. Elle se concentra davantage et s'approcha de la porte en tendant l'oreille et alors, après quelques secondes, elle reconnut des sanglots. Sa gorge et son cœur se serrèrent en reconnaissant les pleurs de Clarke qu'elle avait malheureusement déjà eu l'occasion d'entendre. Elle s'apprêtait à ouvrir la porte mais stoppa son geste. Elle ne savait pas quel accueil elle allait recevoir, mais la blonde allait sans doute la repousser une fois de plus et refuser son réconfort. Sa main était toujours suspendue dans les airs, prête à saisir la poignée, attendant qu'on lui en donne l'ordre. Elle se mordit la lèvre inférieure, pétrifiée par la peur d'être une fois de plus rejetée, mais quand un sanglot plus fort que les autres arriva à ses oreilles, ses dernières hésitations furent réduites à néant.
La brune ouvrit la porte avec précautions et passa la tête à l'intérieur. Elle découvrit Clarke étendue sur son lit, dos à elle, mais fut surprise qu'elle ne l'ait pas chassée dès qu'elle était entrée, car elle avait intentionnellement fait du bruit pour signaler sa présence. Voyant que la jeune fille n'avait aucune réaction, elle fit un pas en avant et referma derrière elle.
- Clarke ?
Elle n'obtint aucune réponse et les pleurs continuèrent. Elle ne put dire si c'était justement ces pleurs qui empêchaient la blonde de répondre ou si elle ne voulait tout simplement pas lui parler, aussi avança-t-elle encore de quelques pas jusqu'à arriver au lit. Une fois à côté de la blonde, Lexa tendit une main vers elle dans l'intention de la poser sur son épaule, mais elle se ravisa finalement et laissa retomber son bras le long de son corps. Son cœur était si serré que la sensation en devenait douloureuse. Pourtant, elle ne savait pas quoi faire. Elle restait là, immobile, les bras ballants, comme si elle était tout à coup incapable de bouger. Elle aurait voulu embrasser la blonde, la prendre dans ses bras, faire tout son possible pour apaiser le malheur qui semblait l'accabler, mais elle doutait que ce soit la solution. Si Clarke la rejetait à nouveau, elle ne savait pas comment elle réagirait cette fois. Qui aurait pu dire si elle s'entêterait et chercherait à se faire pardonner pour cette énième erreur qu'elle avait commise, ou si elle serait à nouveau agressive ? Elle-même n'en avait pas la moindre idée.
La situation resta la même pendant d'interminables minutes. Lexa regardait Clarke qui n'arrêtait pas de pleurer et dont le visage était couvert de larmes. La Commandante hésita encore un instant. Elle n'avait pas menti à la jeune fille en disant qu'elle n'était pas une personne démonstrative. Les gestes tendres, les démonstrations d'affection, toutes ces preuves de l'amour que l'on pouvait porter à quelqu'un, elle les avait connues bien sûr, mais elle en avait été privée quand sa famille et Costia avaient été tués. Même avant cela, ayant été élevée depuis sa plus tendre enfance pour devenir une guerrière, elle n'y avait jamais été habituée. Cependant, elle prenait petit à petit conscience que c'était une chose dont elle avait besoin, comme tout être humain, et surtout dont Clarke avait besoin, et à cet instant plus que jamais.
Balayant ses derniers doutes, elle commença à détacher l'épaulière qui représentait son statut mais qui n'avait plus aucune valeur dans l'intimité de cet instant. Elle la retira et la déposa au sol avec un bruit sourd et réalisa alors qu'elle se sentait plus légère, aussi bien au sens propre qu'au figuré. Débarrassée de l'imposante protection et par la même occasion de sa fonction, elle retira ses bottes avant de venir s'allonger dans le dos de la blonde. Elle se colla au plus près du corps tremblant de la jeune fille et agité de soubresauts provoqués par ses sanglots, et quand elle fut tout contre elle, elle passa un bras autour de sa taille et la serra dans une étreinte douce et chaleureuse qui la surprit elle-même tant ce genre de gestes était inhabituel pour elle. Cependant, ce qui la surprit encore plus fut de constater que la blonde ne la repoussait pas. Au contraire, elle s'était davantage recroquevillée sur elle-même, ramenant ses jambes contre son torse et saisissant brusquement la main que la Native avait posée sur son ventre, comme pour la retenir, comme pour s'accrocher à elle et s'assurer qu'elle ne partirait pas, qu'elle resterait aussi longtemps qu'elle en aurait besoin. Face à cet appel à l'aide silencieux et cette demande informulée de rester auprès d'elle, Lexa resserra son étreinte autour de Clarke et vint poser sa tête sur son épaule.
- Je reste là, chuchota-t-elle à son oreille. Je ne te laisse pas seule, je te le promets.
Les minutes défilèrent. La plus jeune continua à pleurer, ses sanglots se faisant par moment plus suffocants, sans doute lorsque la cause de ses larmes lui revenait à l'esprit. Lorsqu'elle semblait paniquer et s'affoler, quand son souffle lui manquait, Lexa la serrait plus fort contre elle et lui murmurait des mots rassurants, lui promettant inlassablement de ne pas partir. La brune ne versa pas une larme, mais ce n'était pas l'envie qui lui en manquait, car voir Clarke dans cet état lui brisait le cœur, et si elle ne pleurait pas à l'extérieur, à l'intérieur des cris de lamentation résonnaient, assourdissants. Pourtant elle les faisait taire à chaque fois que la jeune fille perdait ses moyens et se laissait submerger par les sanglots. Dans ces moments, la blonde se raccrochait plus fort à la main rassurante de la Native, elle s'y accrochait comme à une bouée l'aidant à rester à la surface et la sauvant de la noyade.
Envolée la force dont elle faisait toujours preuve, disparus les nerfs à toute épreuve. A cet instant c'était une jeune fille frêle et fragile que Lexa tenait dans ses bras, presque une enfant en quête de réconfort. C'était comme si toutes les fondations de Clarke s'étaient effondrées en même temps, et avec elles les barrières qu'elle avait érigées depuis son arrivée sur Terre, depuis la mort de son père même. Elle était maintenant sans défense, vulnérable comme elle ne l'avait jamais été, à la merci de toutes les souffrances gardées trop longtemps en elle, de tous les traumatismes qu'elle avait connus, des toutes les épreuves qu'elle avait déjà traversées dans sa courte vie qui lui avait pourtant suffi pour endurer toutes sortes de douleurs, qu'elles soient physiques ou psychologiques. Elle venait d'être emportée par le raz-de-marée de ses émotions et de ses souffrances inavouées, subissant le revers de tout ce qu'elle avait vécu au cours des derniers mois. Elle s'était élevée au sommet, gagnant la place de leader, et même d'héroïne ou encore de légende aux yeux de certains, mais elle venait de tomber, et la chute était dure, encore plus qu'elle ne l'aurait imaginée.
Quelques minutes ? Des heures ? Plusieurs jours ? Lexa était incapable de dire depuis combien de temps elle était là à bercer Clarke pour tenter d'apaiser son mal-être. Quand enfin la blonde prit la parole, elle sursauta presque, prise par surprise. Sa voix était entrecoupée de sanglots et rauque d'avoir trop pleuré, mais elle parvint tout de même à parler :
- Je ne suis pas aussi forte que toi. Si je la perds je ne pourrai pas me relever, ce sera trop cette fois.
La Native n'eut pas besoin de plus d'explications pour comprendre que la blonde parlait de sa mère. Elle ne connaissait pas tous les détails, mais d'après ce que lui avait dit Lincoln, la situation était plus que délicate pour ceux restés à Camp Jaha. La mère de Clarke était peut-être déjà morte à l'heure actuelle, et si ce n'était pas le cas peut-être la tragédie arriverait-elle dans les jours à venir. Il était impossible de savoir si elle allait bien ou même si elle était en vie, et cette incertitude était la souffrance de trop après tout ce qu'elle avait déjà traversé récemment.
- Je serai là pour t'aider. Je te soutiendrai et tu t'appuieras sur moi pour te remettre debout.
Sur ces mots prononcés d'une voix aussi douce que possible, Lexa blottit sa tête dans le cou de la blonde et tenta de lui communiquer du mieux qu'elle le pouvait son soutien sans condition.
Elles restèrent encore longtemps ainsi, et finalement petit à petit, les larmes se tarirent. Bientôt, Clarke n'eut plus la force de pleurer. Sa gorge lui faisait mal d'avoir été trop serrée par les sanglots et ce pendant trop longtemps, et sa poitrine était encore secouée par sa respiration qui restait saccadée, mais elle se calmait progressivement. Quand ses yeux se fermèrent enfin et que ses peines et ses souffrances la quittèrent pour quelques heures, balayées par le sommeil qui s'empara d'elle, le ciel commençait à devenir plus clair à l'Est. Lexa ajusta sa prise sur la blonde si fragile à cet instant et se cala contre elle avant de tomber elle aussi de fatigue et de la rejoindre pour quelques heures de quiétude bien méritées.
- Clexa -
Octavia avait veillé toute la nuit et Lincoln en avait fait autant pour ne pas la laisser seule. Voulant rejoindre Polis au plus vite, ils avaient dormi tout juste quelques heures la nuit précédente, juste assez pour que Jasper soit suffisamment reposé pour conduire, et ils étaient donc épuisés. Lincoln venait de quitter l'infirmerie pour accompagner Lya qui était allée chercher à manger pour tout le monde, et la brune était donc maintenant seule au chevet de Raven. Assise sur un tabouret et adossée à un mur, elle luttait de toutes ses forces contre le sommeil qui tentait de l'emporter avec lui. Dès que sa tête basculait à l'avant, elle se redressait en sursautant et tentait de se réveiller du mieux qu'elle le pouvait. Mais à chaque fois, quelques secondes plus tard le même scénario se répétait.
Après avoir failli s'endormir pour la énième fois, elle pensait ne pas pouvoir résister plus longtemps, mais alors du mouvement attira son attention. Raven venait de bouger, et visiblement elle commençait à se réveiller. L'adolescente sauta sur ses pieds, tout à coup parfaitement éveillée, et rejoignit la mécanicienne, et alors elle constata qu'elle tentait effectivement d'ouvrir les yeux, non sans difficulté. La jeune fille étendue laissa son regard vagabonder à travers la pièce en attendant que sa vision devienne plus nette. Quand enfin ce fut fait, elle s'arrêta sur le visage d'Octavia qui la regardait en souriant.
- Hey, chuchota la plus jeune pour ne pas réveiller Jasper, Monty et Nymen qui dormaient tous les trois dans la pièce voisine.
Un faible sourire étira les lèvres de Raven. Elle sentit une douleur lancinante dans sa gorge quand elle déglutit, mais elle n'y prêta pas attention et s'humecta les lèvres avant de répondre d'une voix érayée :
- Hey, Pocahontas…
Ce simple surnom eut le don d'élargir le sourire de la jeune fille qui lui faisait face : Raven était bel et bien de retour.
- On est où ? demanda-t-elle en grimaçant, sa gorge la faisant souffrir.
- A Polis.
Voyant qu'elle fronçait les sourcils, Octavia précisa :
- C'est la capitale des Natifs.
Un air plus confus encore se peignit sur les traits de la mécanicienne.
- C'est une longue histoire. On va attendre que tu sois plus en forme pour tout te raconter, d'accord ?
Raven se contenta de hocher la tête, préférant parler le moins possible.
A cet instant, Lya et Lincoln arrivèrent, les bras chargés de victuailles. Ils remarquèrent immédiatement que la brune était réveillée, et alors le jeune homme s'empressa de poser ce qu'il tenait pour la rejoindre.
- Comment te sens-tu ?
L'intéressée lui offrit un sourire reconnaissant. Lincoln était si différent des autres Natifs : alors qu'elle n'avait pas hésité à le torturer quand Finn risquait de mourir, victime du poison qui couvrait la lame qui l'avait blessé, il avait été capable de lui pardonner et aujourd'hui il la traitait comme si rien de tout cela n'avait eu lieu. Elle voulut répondre mais grimaça.
- Je crois qu'elle a mal à la gorge. Il faudrait éviter de la faire parler, dit Octavia.
- Tu as soif ? demanda le compagnon de cette dernière.
Raven fit oui de la tête, et alors il alla récupérer l'une des gourdes d'eau que Lya et lui venaient de ramener. La soigneuse lui donna un verre qu'il remplit, puis il retourna auprès de la malade. Avec l'aide d'Octavia, il la mit assise avec toutes les précautions du monde, puis il l'aida à s'appuyer contre lui pour rester droite et lui donna le verre. La brune avala le contenu d'une traite et Octavia récupéra alors le récipient.
- Merci.
Lincoln lui répondit par un sourire bienveillant puis l'aida à s'allonger à nouveau.
- Tu as besoin de repos, tu devrais dormir. Lya ? appela-t-il en se tournant vers l'intéressée. Tu pourrais préparer un calmant, s'il-te-plaît ?
- Aucun problème, je m'en charge.
La soigneuse s'affaira, et pendant ce temps Octavia prit la main de son amie dans la sienne et lui caressa le front avec douceur.
- Tu reviens de loin toi.
- Tu pensais pas… pouvoir te débarrasser de moi… aussi facilement quand même ? souffla la mécanicienne malgré la douleur qui irradiait dans sa gorge à chacun de ses mots.
- J'avais oublié à quel point tu pouvais être résistante quand tu voulais. J'espérais que cette fois soit la bonne, mais tu nous lâcheras jamais, plaisanta l'adolescente, ce qui arracha un faible sourire à son amie.
Quelques instants plus tard, Lya revint avec la préparation qu'elle venait de terminer.
- Ça va sûrement vous faire dormir, dit-elle à l'intention de Raven.
- Elle en a besoin, dit Lincoln.
Craignant que sa gorge douloureuse ne l'empêche d'avaler quelque chose de consistant, la soigneuse versa quelques gouttes du remède dans une sorte de jus de fruits qui faisait partie de la nourriture qui avait été ramenée, puis elle fit boire à la brune. Une fois la boisson avalée, Raven s'étendit à nouveau et se relâcha complètement, priant pour que le sommeil vienne rapidement et soulage la douleur.
- Même si le plus dur est derrière toi, les prochains jours ne vont pas être faciles, lui dit Lincoln, préférant être franc avec elle.
Voyant l'air dépité et abattu affiché par la mécanicienne, il s'empressa d'ajouter :
- Mais on sera là. Tu ne seras pas toute seule, on t'aidera à surmonter ça.
- Lincoln est passé par-là, il sera le mieux placé pour t'aider, dit Octavia.
Raven se força à leur sourire dans un remerciement silencieux, mais il était évident qu'elle n'en menait pas large et qu'apprendre que son calvaire n'était pas terminé ne l'avait pas aidée à se sentir mieux.
- Dors maintenant, lui dit la jeune guerrière d'une voix apaisante.
La jeune fille hocha la tête et ferma les yeux sans lâcher la main de son amie. Peu de temps après, elle sombrait dans un sommeil plus ou moins forcé et ses doigts se desserraient jusqu'à relâcher complètement leur prise et retomber mollement sur le lit. Seulement alors, Octavia et Lincoln s'autorisèrent à manger et à prendre enfin un peu de repos.
- Clexa -
A l'autre bout de la ville, c'était Clarke qui venait de se réveiller. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser où elle était et se souvenir ce qui s'était passé. Quand ce fut fait, elle fut surprise de réaliser que les bras de Lexa l'entouraient toujours avec la même force que lorsqu'elle s'était endormie. Mais ce qui l'étonna le plus fut de constater qu'elle se sentait bien dans cette position. Même après tout ce qui avait pu être dit, après les mots qu'elle lui avait jetés au visage, la brune ne perdait pas cet effet apaisant qu'elle avait sur elle.
Une mèche de cheveux tombait sur son visage et lui chatouillait la joue, aussi voulut-elle l'écarter. Mais elle eut beau prendre toutes les précautions du monde pour ne pas réveiller Lexa, dès qu'elle bougea elle sut que la Native venait du sortir du sommeil en entendant sa respiration qui avait changé de rythme, devenant tout à coup moins régulière et moins calme. Bien qu'elles soient maintenant toutes les deux réveillées, aucun mot ne fut échangé.
Le silence perdura jusqu'à ce que la brune se lève. Elle enfila ses bottes et récupéra son épaulière qu'elle avait abandonnée la veille, puis se mit debout, et Clarke comprit alors qu'elle allait quitter la pièce sans dire quoi que ce soit. Elle se retourna vivement et en une seconde elle était assise sur le bord du lit.
- Lexa, il faut qu'on parle.
La concernée s'arrêta alors qu'elle était sur le point de partir vers la porte. Lentement, elle se tourna pour faire face à la blonde, et elle planta alors ses yeux verts émeraude dans les siens dont la couleur était pareille à l'azur.
- J'imagine que cette fois tu ne pourras pas me pardonner, et je le comprends. J'ai dépassé les bornes et si tu pars et que tu ne veux plus jamais me revoir j'aurai tout ce que je mérite. Je voudrais seulement que tu envisages l'éventualité de ne pas détruire les relations diplomatiques entre nos deux peuples. Je sais que je t'ai blessée et je le regrette, je suis sincèrement désolée, mais-
- Tais-toi.
Clarke s'était levée pour se porter à la hauteur de la brune et elle venait de poser ses doigts sur sa bouche pour l'arrêter. La Commandante obéit à l'ordre qui lui avait été donné et demeura silencieuse.
- Je sais que tu as souffert, Lexa. Je sais ce que tu as traversé, je sais que tu as perdu des êtres chers. Tu m'as raconté tout ce que tu avais vécu, et je t'en suis vraiment reconnaissante. J'ai été sincèrement touchée de voir que tu me faisais suffisamment confiance pour me confier des moments de ta vie si douloureux. Mais tout ça ne te donne pas le droit de me parler comme tu l'as fait. Moi aussi j'ai mes problèmes, et moi aussi j'ai traversé des moments difficiles, et pour autant je ne t'ai jamais dit de telles choses.
- Tu n'aurais pas dû-
- Non, laisse-moi finir.
La brune se tut à contrecœur pour laisser l'autre jeune fille poursuivre.
- J'ai eu tort de te dire que je partirais s'il arrivait quelque chose à Octavia. J'aurais déjà dû avoir honte de te menacer, mais en plus une telle menace… Je… Je regrette ce que je t'ai dit. J'étais terrorisée, j'avais peur de perdre une fois de plus un être cher, alors j'ai parlé sans réfléchir et sans penser aux conséquences. C'est normal que tu te sois énervée et que tu aies été blessée.
Lexa voulut parler mais une fois de plus, Clarke ne lui en laissa pas le temps.
- Non, ne me dis pas que je me trompe. Je sais que mes paroles t'ont blessée, parce que je me suis mise à ta place après coup et j'ai réalisé que c'est ce que j'aurais ressenti si tu m'avais dit ça, et d'ailleurs tu m'as montré à quel point je t'avais fait mal avec ce que tu m'as dit après. Ce n'était qu'un juste retour des choses. Je maintiens que tu n'aurais jamais dû en arriver à de telles paroles, mais après ce que je t'ai dit je ne peux pas te blâmer. Mais… Tu m'as menti, Lexa.
Entendant sa voix qui avait tout à coup tremblé, la Native se raidit.
- Tu as envoyé l'une de mes amis dans une mission suicide où elle aurait pu se faire tuer. Par chance elle est revenue indemne et elle a même pu ramener des gens avec elle, mais elle aurait pu mourir, tu comprends ?
La Commandante resta muette, mais elle continua à soutenir le regard de Clarke dont elle voyait les yeux devenir un peu plus brillants.
- Tu dis que je ne suis pas capable de voir quels sacrifices valent la peine d'être faits, et tu as peut-être raison. Mais je suis capable de t'entendre. Même si nous ne sommes pas toujours d'accord, je suis capable de t'écouter et de prendre en compte ton point de vue. Tu l'as dit toi-même, Octavia serait allée à Camp Jaha quoi qu'il arrive, tu le savais, et pourtant tu m'as menti. Tu aurais dû me parler.
Après ces derniers mots, la blonde s'arrêta un instant. Alors qu'elle était déjà proche de Lexa, elle s'approcha encore davantage d'elle, jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres, et à sa grande surprise, la guerrière ne se déroba pas à cette proximité. Pourtant elle pouvait voir tout ce qu'éveillait en elle ce qu'elle venait de lui dire, elle pouvait presque entendre la tempête qui devait probablement faire rage en elle à cet instant.
- L'amour n'est pas une guerre, Lexa.
Elle eut peine à reconnaître sa propre voix qui avait été un murmure tout juste audible. Elle vit que la Native n'avait pas bougé, cependant quelque chose de nouveau et d'indéfinissable venait d'apparaître dans ses yeux.
Depuis longtemps déjà Clarke tentait de mettre des mots sur son ressenti vis-à-vis de cette relation qui était née entre elle et la brune dès le premier regard, et enfin elle y parvenait. Les choses avaient toujours été complexes entre elles et leurs rapports avaient rapidement pris des allures d'affrontement, sans doute en raison de leur nature profonde qui les obligeait chacune à s'opposer à l'autre. L'une venait de la Terre, l'autre du Ciel, comment aurait-il pu en être autrement ? Et pourtant, contre toute attente, des sentiments étaient nés. En quelques jours à peine, elles s'étaient apprivoisées et étaient allées jusqu'à échanger un baiser. Mais les choses avaient franchi un nouveau cap et avaient réellement commencé à évoluer à partir de l'arrivée de Clarke à Polis. Dès le début de son séjour, elle avait pu découvrir une toute nouvelle Lexa. Elle avait appris à connaître de nouveaux aspects de la personnalité de la brune dont elle n'aurait pas soupçonné l'existence. Et ce qu'elle avait découvert lui avait plu, bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Par la suite, tout s'était accéléré. Les sentiments s'étaient subitement embrasés, devenant alors étouffants, jusqu'à ce qu'il devienne impossible de les contenir plus longtemps. Néanmoins, leur relation était toujours restée la même : depuis tout ce temps elles se livraient une guerre sans merci.
Aujourd'hui Clarke était fatiguée, il était temps que tout cela cesse. Elle ne pourrait pas se battre sur tous les fronts, d'un côté contre Pike et ses partisans, et de l'autre contre Lexa qui refusait de faire la paix avec ses sentiments et sa propre affection pour la brune qu'elle ne parvenait pas à gérer.
- On ne peut pas continuer comme ça. On doit toutes les deux accepter qu'aimer quelqu'un ne veut pas dire devoir se battre contre cette personne et contre les sentiments qu'on a à son égard comme on l'a fait jusqu'à maintenant.
Ses paroles semblèrent toucher la Native qui parut éprouver les plus grandes difficultés à simplement soutenir le regard de la blonde. Ses yeux s'étaient à leur tour voilés de larmes et quand elle parla, ce fut d'une voix tremblante, une voix de petite fille effrayée :
- Tu me fais ressentir des choses que je n'ai jamais ressenties jusqu'à maintenant. J'ai l'impression que tu peux lire en moi comme dans un livre ouvert. Quand que tu me regardes, je me sens plus vulnérable que si je faisais fasse à toute une armée sans la moindre arme pour me défendre. Tu me connais suffisamment pour savoir que je déteste que quelqu'un ait ce pouvoir sur moi, et toi tu l'as.
Clarke mit quelques instants à répondre, prenant le temps de bien choisir ses mots pour ne pas risquer de braquer Lexa. Elle savait que cette conversation était cruciale. Si les choses dérapaient encore il n'y aurait pas de retour en arrière possible cette fois. Après avoir pris une profonde inspiration pour se donner du courage mais également pour retenir les larmes qui menaçaient de la submerger, elle prit la parole :
- Si tu exprimes ta vulnérabilité avec moi alors tu n'auras pas à en avoir peur. Tu peux être toi-même quand nous sommes seules, tu peux abandonner ce rôle que tu es obligée d'endosser tout le reste du temps. Je suis là pour te soutenir quand ça ne va, pas pour ajouter une pression supplémentaire à celle que tu subis déjà. Si je représente seulement une gêne et une responsabilité qui vient s'ajouter à toutes les autres alors c'est inutile qu'on continue.
- Je te déteste de me rendre si faible ! s'écria soudain la brune, faisant alors sursauter l'autre jeune fille. Je te déteste de me faire t'aimer !
Elle était sur le point de pleurer mais parvenait encore à se contrôler. La blonde néanmoins, fut incapable d'en faire autant. Une première larme coula lentement sur son visage tandis qu'elle répondait :
- Aimer n'est pas être faible, surtout dans ton cas. Même après tout ce que tu as enduré tu es encore capable d'éprouver des sentiments, c'est la preuve que ton cœur est bien plus fort que tu ne le penses et que tu es bien plus humaine que tu ne veux bien le faire croire.
La Commandante ne répondit pas, les mâchoires crispées et les poings serrés pour contenir au mieux les perles salées qui s'accumulaient dans ses yeux et menaçaient d'avoir raison d'elle à tout instant. Elle ne voulait pas parler, elle craignait qu'au moindre mot elle craque et fonde en larmes. Alors ce fut Clarke qui prit la parole :
- Je sais déjà ce que je veux, maintenant c'est à toi de prendre une décision. Mais cette fois, je t'en supplie…
Sa voix se perdit dans sa gorge serrée, mais elle se reprit tant bien que mal et termina sa phrase restée inachevée :
- Fais ce choix avec ton cœur, pas avec ta tête.
Cette fois, Lexa fut incapable de maîtriser davantage ses réactions. Son expression se décomposa et les larmes dégringolèrent sur ses joues, comme une manifestation silencieuse de toutes les émotions contradictoires qu'elle gardait en elle depuis des semaines. En moins d'une seconde, elle posa sa main droite sur le visage de Clarke et l'attira subitement à elle avant que ses lèvres ne viennent s'écraser sur les siennes dans un baiser trop longtemps retenu. La blonde se colla à la brune sans attendre et glissa ses mains dans son dos pour se rapprocher encore un peu plus d'elle. La vague d'émotions qui les submergea fut étourdissante de par sa puissance. Ce fut comme si la Terre et le Ciel se rencontraient pour la première fois dans un formidable choc et tentaient à tout prix de ne faire plus qu'un. Leur baiser eut tôt fait de se transformer en une danse endiablée et enivrante, et quand finalement elles se séparèrent, elles étaient toutes deux à bout de souffle.
Elles avaient rarement connu un moment d'une telle force, pour ainsi dire jamais. Les sentiments qu'elles éprouvaient l'une envers l'autre sans jamais se les être avoués par des mots étaient beaux, mais ils pouvaient aussi être brutaux, et à cet instant elles ressentaient toute la violence dont ils pouvaient faire preuve. Il n'y avait pas que le baiser qui leur avait volé leur souffle, mais aussi tout ce qu'elles ressentaient et n'avaient jamais su dire.
Leur front appuyé l'un contre l'autre, elles faisaient de leur mieux pour retrouver leurs esprits et calmer les larmes qui étaient parvenues à se frayer un chemin pour former de fins sillons sur leur visage à toutes les deux. Après quelques instants, quand enfin leur respiration furent un peu plus régulières, Lexa s'avança à nouveau vers Clarke, mais elle ne l'embrassa pas cette fois. Du bout de son nez, elle caressa celui de la blonde, dans un geste d'une tendresse rare mais plus sincère que jamais. La plus jeune lui rendit cette caresse qui bien qu'enfantine au premier abord, n'en était pas moins chargée d'émotions.
- Nou bants, beja, souffla la Native d'une voix tout juste audible.
Ne comprenant pas ce qu'elle venait de dire, la blonde ne répondit pas, attendant qu'elle traduise, ce qu'elle fit quelques secondes plus tard :
- Ne pars pas, s'il-te-plaît.
- Je ne partirai pas. Je reste ici, avec toi.
Elles étaient toujours collées l'une à l'autre, si bien que la fille du Ciel sentit la Native se relâcher subitement, apparemment soulagée par sa réponse. Néanmoins elle ne perdit pas de temps et s'empressa de poursuivre :
- Mais alors promets-moi qu'à partir de maintenant tu me parleras, chuchota-t-elle d'une voix basse. Promets-moi que tu ne me mentiras plus.
- Même si je te dis tout, la décision finale me reviendra toujours, tu le sais. Je peux essayer de m'ouvrir à toi, mais je ne pourrai jamais renier ma fonction de Commandante.
- Je sais. Mais parle-moi, ne t'enferme plus dans le silence. Maintenant c'est nous deux, tu n'es plus seule. Plus de mensonge, plus de non-dit. Promets-le-moi.
Elles avaient maintenant toutes les deux les yeux fermés et leur front se touchaient toujours. Ce fut dans un souffle qu'après un moment de silence, Lexa répondit :
- Tu as ma parole.
Des hauts et des bas pour le Clexa, mais comme vous pouvez le voir ce chapitre ne se termine pas si mal que ça finalement et les choses se sont arrangées entre Clarke et Lexa ;)
J'espère que ce chapitre vous aura plu !
A bientôt :)
