Taïaut !
John fixait Elisabeth, ses mâchoires étaient si serrées qu'Elisabeth était certaine qu'il allait avoir besoin d'un petit rendez-vous chez le dentiste (enfin, si les dentistes avaient existé mais il faudrait encore petites dizaines d'années pour que cela soit le cas, ce qui réjouissait fort Elisabeth, saletés d'humains, bien fait pour leurs dents, pensa-t-elle). Le leader de New Lantéan avait désormais tout du militaire froid et décidé, adieu le sourire charmeur et les yeux pétillants. La transformation était saisissante.
- Et bien ? demanda Elisabeth sur un ton victorieux.
Le sourire de John réapparut soudain. Elisabeth fronça les sourcils, qu'allait donc encore lui inventer ce diable d'humain ?
- Et ce qui a été perdu ? Finit enfin par lâcher John
- Pardon ? Balbutia Elisabeth.
John fit un geste vague de la main.
- Votre Prophétie parle de ce qui a été perdu, de quoi s'agit-il ?
Elisabeth plissa les yeux et ce fut à son tour de serrer les dents. Oooooh, le petit impertinent qui utilisait SAProphétie contre elle, tout ça pour ne pas avoir à répondre à sa question !
- Il s'agit d'une source de pouvoir incroyable, John Sheppard, un pouvoir tel qu'aucun humain n'en a jamais vu, un pouvoir qui --
- Ok, ok, je crois que j'ai compris, soupira John. Et donc, notre … amour, est sensé retrouver cette fameuse source de pouvoir, c'est ça ?
Elisabeth voyait très bien où ce petit malotrus voulait en venir : détourner l'attention de tous, évincer sa question. S'il croyait qu'elle allait tomber dans un piège aussi grossier, elle, Sorcière de Weir ! Ah ! C'était risible, vraiment. Elle aurait la réponse à sa question, qu'il le veuille ou non !
- A quoi est-ce qu'elle ressemble votre source de pouvoir ? Continuait Sheppard. Je veux dire, si je dois la retrouver, oh, pardon, si nous devons la retrouver, peut-être serait-il bon de savoir à quoi elle ressemble ; alors, animal, végétal ou minéral ?
- Le Potentia ne ressemble à rien que vous ayez déjà vu, John Sheppard, nul être humain n'a jamais porté les yeux sur lui ; il est --
- Le Potentia ? La coupa Teyla. Vous voulez parler du Potentia de la Communauté des Quinze ?
oOo
Il était tard lorsque enfin la jeune femme entra sous la tente qu'elle partageait avec sa cousine. Elle était fatiguée mais satisfaite. Elle avait pu le toucher une fois encore et ce souvenir la faisait frissonner. Ils avaient attendu depuis si longtemps. Depuis trop longtemps. Mais bientôt, très bientôt cette attente allait cesser et c'était elle qui allait redonner à --
La pièce s'éclaira soudainement et elle sursauta en voyant qu'elle n'était pas seule dans la tente. Allina était debout près de son bureau, ses yeux rougis, des larmes coulant encore sur son visage. Et à ses côtés, tranquillement installé dans un fauteuil, se trouvait Sheppard qui réglait la luminosité de la lampe à huile. Il se tourna vers la jeune femme, tout sourire.
- Bonsoir Sanir … c'est bien ça n'est-ce pas ? Sanir ?
Sanir ne parvenait pas à quitter des yeux le visage de sa cousine ravagé par les larmes. Elle hocha la tête en silence.
- Bien, Sanir, j'aurais quelques questions à vous poser alors si vous vouliez bien vous --
Mais Sanir n'écoutait plus Sheppard. FUIR ! Criait son cerveau. Et la surprise passée, elle se précipita dehors. Allina cria son nom et Sanir tomba – au sens littéral du terme – dans les bras de Lorne.
- Pressée de nous quitter ? Lui demanda t-il en la poussant sans grand ménagement à l'intérieur de la tente.
- OHPARJANUS, Sanir ! Qu'as tu fais ? Cria Allina.
Sanir releva le menton et fit face à Allina qui sanglotait à nouveau.
- Rien que je regrette, dit elle froidement. Et comment oses tu prononcer le nom de Janus toi qui n'a jamais fait pour lui !
Sheppard se leva et se planta devant Sanir. La jeune femme soutint son regard.
- Oui, je suis fière d'avoir fait ce que j'ai fais, car grâce à moi notre famille retrouvera bientôt de nouveau la place qui est la sienne au sein de la Communauté des Quinze ! J'ai réussi là où nos pères, et leurs pères avant eux, ont échoué.
Sanir éclata d'un rire sinistre. Elle tourna les yeux vers Sheppard.
- Et ce petit bonhomme, toujours à se plaindre et à geindre, à donner des ordres, incapable d'un mot gentil, d'une attention … Oui, ce pathétique exemplaire de l'être humain aura enfin été utile à quelque chose !
John ne dit rien et personne n'aurait pu interpréter le masque figé de son visage.
- Quels sont les plans de Kolya ? Demanda t-il à la jeune femme.
Sanir le fixait, menton relevé en signe de défi. John l'agrippa par les épaules et la secoua violemment.
- Je ne me répéterai pas une troisième fois Sanir : quels sont les plans de Kolya ?
Sanir lui adressa un sourire sinistre.
- Si vous parlez des plans qu'il a pour votre … ami, ils ont déjà été exécutés ; quant à ceux qu'il a pour les habitants de ce minable camp, ne vous inquiétez donc pas, vous découvrirez bien assez tôt ce qu'il en est.
John la relâcha. Il connaissait bien l'éclair qui luisait dans les yeux de Sanir, il l'avait déjà vu maintes fois : dans les yeux de ces émissaires des Ancêtres, de Janus ou d'un autre, ces fanatiques qui disaient tous prêcher la parole divine, la seule méritant d'être respectée et qui tuaient femmes et enfants au nom de cette même parole.
Sanir ne dirait rien. Elle se laisserait tuer pour avoir l'honneur d'être le martyr de la Sainte Parole de son idole.
- Lorne, enfermez-moi cette folle … je ne veux plus en entendre parler.
Evan acquiesça d'un signe de tête et empoigna Sanir. Les hurlements de la jeune femme pouvaient être entendus dans tout le camp. John se tourna vers Allina qui ne pleurait plus mais était manifestement dévastée par ce qu'avait fait sa cousine.
Lorsque Teyla leur avait dit ce qu'était le Potentia – une relique sacrée qui avait été pendant des siècles la responsabilité d'une communauté composée de quinze familles ayant juré de la protéger au péril de leur vie – et que justement, les descendantes de ces familles avaient trouvé refuge à New Lantéan en raison des persécutions des Géniis, John avait senti son cœur se gonfler d'espoir. Las, ce que Sanir venait de leur apprendre ne laissait guère de doute sur le sort de Rodney : il était mort entre les mains du Wraith Blanc. Et le cœur de John avait terminé de se briser …
Car bien entendu, Elisabeth la Rouge avait raison, il aimait Rodney, comme un fou ! Et c'était aussi un fou qui entendait bien détruire une fois pour toute, l'empire Génii. Même si cela signifiait trouver la mort.
De toute manière, comme le disait cette stupide Prophétie, il n'était plus rien, alors pourquoi continuer à vivre ?
oOo
- Ahahahahaha ! S'écria Rodney, triomphalement, lorsque la porte de sa prison s'entrebâilla.
Il lui avait fallu du temps (et la perte de trois autres ongles !) pour réussir à briser un des ressorts de son lit (si l'on pouvait appeler ça un lit, son pauvre dos ne se remettrait jamais de ces mésaventures). Rodney avait ensuite jouer avec ce qui était visiblement le mécanisme de la porte (mi mécanique et – beurk ! – mi organique) et enfin, celle-ci avait daigné s'ouvrir !
Rodney regarda la porte d'un air dégoûté. Si ce vaisseau était en partie organique, ce n'était pas de la sève qui dégoulinait le long de l'entrebâillement mais de la bave, ou alors une sorte de -- Ok, ok, ne surtout pas penser à ce que pouvait être ce truc ! Rodney se glissa (avec force contorsions pour éviter de toucher aux parois) entre la porte et le mur et s'enfonça dans le couloir qu'il avait emprunté quelques heures plus tôt en compagnie des deux frères Wraiths.
Il fallait bien qu'il reconnaisse qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il faisait ; il n'était pas John Sheppard, qui lui semblait ne jamais être à cours de plans, même si Rodney trouvaient généralement ces derniers complètement stupides.
Bon sang ! Mais pourquoi fallait-il qu'il pense à Sheppard ? Ce type n'était même pas capable de sauver sa paire de chaussures alors sauver le monde (et accessoirement Rodney …) ? Bon ok, c'était parce que cet idiot avait perdu ses bottes qu'ils avaient pu trouver une faille dans la défense du Wraith Blanc mais quand même … Sheppard était un être détestable, point. Et on ne pense pas à ce que l'on déteste lorsque l'on est en pleine tentative d'évasion !
Rodney arriva à un croisement.
Hu, gauche, droite, tout droit, ou rebrousser chemin ? Que faire, que faire … Ah, là, sur la gauche, de la lumière. Oui, mais, est-ce bon signe ou mauvais signe ? Un seul moyen de le savoir malheureusement … Rodney prit le couloir de gauche.
Et tomba nez à nez avec un de ses plus grands cauchemars.
Ca ne devait pas faire plus d'une cinquantaine de centimètres de long, d'une couleur bleue irisée, mandibules cliquetantes et une longue queue fouettant le sol derrière lui. Et ce n'était pas seul … Ooooh que non : des dizaines de paires d'yeux noirs le fixaient.
Les Gardiens bloquaient le couloir devant lui.
oOo
John avait réuni un conseil de guerre. Y siégeaient Teyla, Ronon, Lorne et Carson, mais aussi le commandeur Caldwell et ses hommes, Cadman, Ladon Radim et bien entendu, Elisabeth la Rouge (dont John essayait d'ignorer la présence).
Ladon expliquait où ils en étaient du processus de fusion.
- Nous aurons bientôt terminé. Il ne faut qu'une proportion infime de Cristaux Bleus et nous en avons plus qu'il n'en faut pour nous préparer à une première offensive ; le reste dépendra des hommes d'Hallings, mais je n'ai aucune crainte, ce sont non seulement des hommes d'armes accomplis mais aussi d'excellents forgerons. Nous aurons alors toutes les armes qu'il nous faut : épées, glaives, couteaux et bien entendu, pointes de flèches et d'arbalètes. Nous devrions pouvoir être prêts dans un jour ou de--
- Je vous donne jusqu'à demain midi, l'interrompit John.
Ladon ouvrit la bouche pour contester mais lorsqu'il vit la détermination sur le visage de Sheppard, il acquiesça.
- Nous serons prêts demain midi.
- Bien. Teyla ?
- Nous avons passé le mot et votre message passe actuellement de villages en villages John, bientôt, nous aurons une armée à nos côtés. Nos alliés nous envoient leurs troupes. Flora, Reine de Larus, sera là en personne.
John sourit à la pensée de Flora, la sœur aînée de la jeune Harmony qui était finalement montée sur le trône après avoir renversé Mardola, sa cadette (ah, les histoires de famille !) puis se tourna vers Caldwell.
- Et vous Commandeur, que nous offrez vous pour sauver votre pays ? Que ferez vous pour venger votre Princesse ?
Caldwell fut sur ses pieds d'un bond et avant que qui que ce soit ait pu réagir, il avait sorti son épée et s'était agenouillé aux pieds de Sheppard. Il déposa son épée devant John.
- Je mets mon épée et celle de mes hommes à votre service et à celui de votre cause, puis il se releva et leva son arme. SUS AUX GENIIS ! Cria t-il.
Et chacun sorti son arme, la leva et reprit en cœur ce cri de guerre. Ronon serra une Teyla en larmes dans ses bras, Lorne échangeait des accolades (toute masculine) avec Markkham et Stackhouse. Chacun faisait, à sa manière, connaître sa joie d'avoir enfin à en découdre avec leur ennemi de toujours.
Mais pour John, le monde ne connaîtrait plus jamais de joie.
Son amour était mort. Et son âme n'aspirait qu'à connaître le même repos.
Une main se posa sur son épaule. John leva les yeux vers Elisabeth la Rouge qui lui souriait avec compassion. Elle devait être contente après tout, elle avait la réponse à sa foutue question, même s'il ne l'avait pas exprimé à haute voix. La Sorcière serra son épaule.
- Ne désespérez pas, John Sheppard, l'histoire n'est pas encore finie, qui sait ce qui peut encore arriver …
A suivre …
