Bêta : Nanola
NDA : l'auteur vous informe qu'il n'y aura pas de publication dimanche prochain, ou alors ce sera tard dans la soirée. Pourquoi ? Eh bien parce que l'auteur (moi quoi, j'vais arrêter de me la jouer Alain Delon) va à la YYC de Lyon et ouais ! J'vais pouvoir me gaver de livres, de mangas et de dessins, c'est le bonheur ^^
Chapitre 13
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Les mensonges de sa vie
Il s'avère que Godric Gryffondor était un fervent défenseur des droits des êtres libres. Son armée reçut pour ordre de défendre les frontières de la ville de Traverse et le domaine de Poudlard. Comme nous l'avons expliqué dans un précédent chapitre, ce château avait été créé selon la volonté des quatre Monarques. Quant à Traverse, c'était là que se dressait la Cour Ministérielle Impériale depuis l'établissement de l'An 1.
Gryffondor était persuadé que le Seigneur Noir, dans sa soif de conquête et en raison de son ego démesuré, s'attacherait à faire tomber ces bastions, symboles de paix et de liberté.
L'avenir lui donna raison puisque ce que ce fut effectivement sur le domaine de Poudlard que se déroula la bataille finale.
Les armées du Seigneur des Ténèbres n'étaient pas les plus nombreuses, mais l'homme était un Mage d'une puissance redoutable.
Du côté de Gryffondor, les armées étaient bien entraînées, parfaitement équipées et comptaient dans ses rangs de nombreuses espèces.
La stratégie militaire de Gryffondor était aussi bien plus affirmée que celle de Celui-Dont-On-Ne-Devait-Pas-Prononcer-Le-Nom.
Gryffondor ne se considérait pas comme homme seul. Il faisait confiance à ses troupes qui le lui rendaient bien. Ce fut sans doute ainsi que le Seigneur Noir signa sa chute car lui n'accordait sa confiance à personne et se pensait seul capable de gagner la guerre.
« L'histoire du Monde Libre » - Chapitre 4 – Iason Werner
... ... ...
Draco était allongé dans un petit lit blanc, entouré de rideaux blancs dans une pièce blanche. L'infirmière qui venait de finir de s'occuper du jeune garçon était blanche, elle aussi, en raison de sa pâleur dû à l'écœurement de sa tâche.
Ce n'était pas le fait de s'occuper d'un Loup-garou qui avait dégoûté Poppy Pomfresh. La brave vieille femme avait déjà eu l'occasion d'en soigner et elle n'était pas de nature à être repoussée par les créatures magiques. Non, c'était les traces de violence sur le corps du garçon, son aspect décharné ainsi que les traces de larmes sur ses joues qui l'avaient choquée.
Elle avait lavé en douceur le corps du jeune homme, finissant par ses cheveux qu'elle avait au préalable démêlés par un sort. Et avait poussé un petit cri en découvrant leur blondeur de lune.
« Comment va notre nouveau pensionnaire ? » demanda un vieux Mage à la longue barbe blanche qui s'accordait parfaitement avec le reste de l'infirmerie.
« Aussi bien que peut l'être une pauvre victime comme lui. Cet enfant a été massacré, Albus. Sans compter que les propos d'Abelforth sont exacts, enfin, ce que lui avait dit cet immonde Greyback. C'est effectivement un Monoïque. »
« Oméga, Poppy. C'est ainsi qu'on les nomme dans les meutes. Vous savez s'il est Lycanthrope de naissance ? »
« Impossible à savoir avec exactitude, Albus, mais je dirais que non. L'une des marques de morsure, ici, regardez, vers l'épaule, est légèrement argentée sur ses bords. C'est en général la trace du venin. Comme je doute, vu ce que nous en savons, que ce garçon ait été uni par compagnonnage, je pense qu'il a été transformé par Greyback au cours d'une de ses nombreuses agressions de par le monde. »
Albus hocha la tête, tout en regardant le jeune homme par dessus ses verres en demi-lune.
« Albus, nous avons un problème, n'est-ce pas ? »
« Vous voulez dire en dehors d'avoir à notre charge un enfant agressé, traumatisé, Monoïque et Loup-garou par dessus le marché ? »
« Oui... Vous voyez de quoi je veux parler ? Est-ce vrai qu'il s'appelle Draco ? Regardez ses traits, ses cheveux... Je ne comprends pas comment... C'est impossible, pourtant, non ? Comment cet enfant se serait trouvé ici ? »
« Au contraire, Poppy, vous avez vous-même expliqué tout à l'heure pourquoi cet enfant serait ici. Il est né Monoïque. »
« Mais dans ce cas, pourquoi était-il avec cette meute ? C'est impossible. »
« Ça, je l'ignore. Comme vous l'avez dit, il devait vivre dans un lieu que Greyback a attaqué... Mais en tant que Monoïque, il aurait dû être protégé. Je suis certain que le Temple de Helga n'a pas été attaqué, ce genre d'information aurait été connue de tous ! Quand a-t-il été mordu, d'après vous ? »
« Je dirais entre neuf mois et un an, au vu des cicatrices. »
« Je ne comprends pas comment un Monoïque a pu être mordu sans que le Grand Conseil Impérial ne soit au courant. Il faut que j'en informe les ministres et le représentant des Monoïques. »
« Albus, » reprit l'infirmière. « Cela n'explique pas comment cet enfant a pu se retrouver loin de chez lui ? »
« Poppy, vous imaginez vraiment que si ce que nous croyons est exact, Lucius Malfoy aurait toléré qu'un Monoïque vive dans son manoir ? Que ses nobles amis apprennent que lui, qui se croit si supérieur et puissant, ait pu engendrer ce qu'il considère comme un être inférieur à peine bon pour l'esclavage sexuel, à l'image de nos ancêtres Sylphes ? Voyons, Poppy... »
L'infirmière jeta un regard plein de pitié à l'enfant endormi, les larmes lui montèrent aux yeux.
« Alors le frère aîné soi-disant décédé du jeune Scorpius est devant nous, c'est cela ? »
« C'est une hypothèse plus que probable. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi et comment il est encore en vie. J'aurais pensé que Lucius l'aurait noyé comme un petit bâtard. Ni pourquoi son enlèvement par Greyback est resté inconnu. C'est un véritable mystère que j'ai bien l'intention de lever. Poppy, prévenez-moi quand il sera sur le point de se réveiller, j'aurai plusieurs questions à lui poser. De ses réponses dépendent beaucoup la teneur de mes prochains courriers ainsi que les destinataires. »
« Et qu'allons-nous faire de l'enfant ? »
Le vieux mage caressa sa barbe, ses yeux bleus se mirent à pétiller.
« Pour l'instant, nous le gardons au sein de Poudlard. »
... ... ...
Ce furent les sons qui éveillèrent d'abord sa curiosité. Ou plutôt l'absence quasi totale de son. Puis les différents parfums. Les odeurs de plantes, de potions, de médicaments et de détergeant. Plus les odeurs corporelles de deux personnes, un mâle et une femelle.
Draco se tendit dans son lit. Puis réalisa qu'il était effectivement dans un lit ! Un vrai lit, avec un matelas, des couvertures ! Son cœur s'accéléra. Alors le vieux monsieur gris n'avait pas menti ? Ils n'allaient vraiment pas lui faire de mal ? Petit-Homme se montra prudent. Un lit, c'était aussi l'endroit où les hommes avaient leur coït, à la différence des Werwulfs !
« Nous savons que tu es réveillé, mon garçon, » fit la voix d'une femme, interrompant le fil des pensées de l'adolescent. « Tu peux ouvrir les yeux. Je t'assure que nous te ferons aucun mal. Je m'appelle Poppy Pomfresh, je suis infirmière. »
Draco papillonna des yeux, le cœur battant à tout rompre. Ses yeux d'un gris clair se posèrent avec crainte dans ceux marron d'une vieille femme qui souriait gentiment et d'un homme encore plus âgé qui se tenait à côté d'elle.
La couleur particulière des yeux de l'enfant les confortèrent l'un comme l'autre dans leurs suppositions.
L'adolescent étudiait le vieil homme attentivement, passant de la barbe blanche, au yeux bleus rieurs cachés par des lunettes, la tenue d'un bleu ciel et le haut chapeau typique des notables Mages. Pas que Draco en ait vu beaucoup dans sa jeune vie, mais son père lui avait montré des peintures et des gravures. Le garçon huma l'air.
« Vous êtes le grand frère de celui qui s'appelle Abelforth ? » demanda-t-il timidement avant de baisser les yeux.
Il ne savait pas s'il avait le droit de parler. Le grand Mage était sûrement quelqu'un d'important, son aura le lui disait. Pourtant, le garçon avait été satisfait de constater qu'il pouvait le regarder à loisir dans les yeux. Ce n'était pas un Werwulf, il n'avait pas de réelle ascendance sur lui.
« Oui, c'est exact. Je suis Albus Dumbledore, je suis le directeur de Poudlard. »
« L'école des Mages ? » s'écria Draco en se redressant, les yeux écarquillés.
« Oui, » fit Albus, en souriant. « Tu connais donc ? »
« Oui ! Mon père me parlait souvent de cette école et du Territoire d'Espérance ! C'est incroyable ! Je suis à l'hôpital à Espérance ?! »
Le garçon se tut soudain, comme s'il en avait trop dit ou s'il avait peur de l'éclat de sa propre voix.
« Tu n'es pas dans un hôpital, mais à l'infirmerie de l'école, » l'informa Poppy.
« Je suis à l'école ? » redemanda Draco, clairement dubitatif.
« Oui, mon frère a pensé que tu y serais plus à ta place, pour te remettre de tout ça. Pré-au-Lard n'est pas vraiment pour toi. »
« Oh, » fit simplement Draco, doucement.
« Ne t'inquiète pas. Comme te l'a dit Poppy, personne ne te fera de mal. Ni à Pré-au-Lard, ni ici, nous sommes sur une terre neutre et de paix. Et puis, quelle meilleure place pour un jeune homme qu'une école ? » déclara Dumbledore en lui faisant un clin d'œil.
Draco le regarda, incrédule. Est-ce que le vieil homme était fou ?
« Je suis un Werwulf. »
« Je sais. Tu ne seras pas le premier dans cette école. »
« Il y a des Werwulfs ? » s'écria Draco.
Albus et Poppy ne ratèrent ni l'un ni l'autre la lueur de terreur dans les iris clairs.
« Non, il n'y a aucun Werwulf ici. En général, les Loups-garous qui ont des pouvoirs magiques ne viennent pas à Poudlard, pour plusieurs raisons, l'une d'entre elles étant que les jeunes Lycanthropes préfèrent rester au sein de leur meute. »
Albus préféra passer sous silence le fait que beaucoup de Mages, notamment ceux nés au Royaume de Serpentard, étaient peu enclins à les accepter. Et Poudlard se devait de respecter certaines exigences de ses conseillers d'administration. Pour autant, il ne s'attendait pas à la réflexion du garçon.
« Peut-être, je ne suis pas né dans une meute, mais mon père me disait aussi que les Mages, surtout les Serpentard, n'aimaient pas trop les créatures et encore moins les Werwulfs. »
« Ton père sait beaucoup de choses, » fit Albus.
Draco se mordit les lèvres tout en baissant de nouveau la tête. Albus attendit un instant de voir si l'enfant saisissait la perche qu'il lui tendait mais en voyant le piètre résultat, il se décida à l'interroger.
« Si tu n'es pas né dans un meute, où es-tu né ? »
Draco sembla hésiter. Petit-Homme lui conseillait de se taire. Il s'était un jour fait la promesse que son père n'apprendrait jamais ce qu'il était devenu. Un Lycanthrope, un Oméga, une putain.
« Je suis né loin d'ici, dans un village d'Hommes qui n'existe plus depuis que Greyback l'a détruit, » murmura-t-il, la gorge serrée.
« Abelforth nous a dit que tu t'appelais Draco, c'est exact ? » demanda Poppy, s'attirant un hochement de tête en réponse. « Draco comment ? »
Draco se renfrogna sur son lit.
« Draco tout court. J'ai oublié mon nom de famille. »
« Pourquoi ne veux-tu pas nous dire ton nom ? » voulut savoir à son tour Dumbledore. « Tu ne veux pas que l'on puisse faire des recherches ? Tu ne voudrais pas revoir ta famille ? »
L'enfant secoua sa tête blonde, les mèches volant autour de sa tête. Il en sembla surprit et les prit entre ses doigts. Son regard gris-bleuté se posa sur ses mains, son corps, découvrant qu'il était propre et vêtu d'un pyjama neuf. La surprise s'inscrivit sur ses traits, vite effacée par une immense tristesse.
« Non, » murmura-t-il avec peine. « Non, je ne sais pas si mon père est encore vivant, et je ne veux pas qu'il voit ce que je suis... »
Une larme coula sur sa joue, serrant le cœur de Poppy.
« Et que serais-tu devenu de si honteux ? » fit Dumbledore, très doucement, comme pour ne pas l'effrayer.
Le garçon renifla et s'essuya le visage de son bras.
« Vous savez bien, » dit-il dans un souffle douloureux. « Je suis devenu un monstre. »
« Les Loups-garous ne sont pas des monstres, » le contredit aussitôt Albus.
Draco haussa les épaules.
« Si, ceux de ma meute l'étaient. Et c'est Greyback qui m'a mordu. Et puis moi... » Sa voix se brisa, il renifla encore, étouffa un sanglot. « Moi, j'étais encore moins qu'eux... j'étais rien du tout... J'étais juste... juste... »
« Un Oméga ? » l'aida le vieil Homme alors que le garçon sanglotait.
« Oui ! Oui, un Oméga ! » s'exclama l'enfant. « Vous savez pas ce que c'est, vous, que d'être un Oméga ! »
Dumbledore s'avança et s'assit sur le lit à côté de Draco. Il attendit un peu qu'il se calme avant de se remettre à parler.
« Draco, je pense que c'est plutôt toi qui as une vision déformée de ce qu'est un Oméga au sein d'une meute. Je dois t'avouer que j'ai toujours été très intéressé par ton espèce. Je suis né à Gryffondor, vois-tu, et dans mon Royaume, il y a beaucoup de Werwulfs, comme nous les appelons parfois. Bien que ce terme soit plus utilisé par les habitants de Poufsouffle. » Une petite étincelle de victoire illumina les yeux bleus du Mage en voyant la mine déconfite du gamin. « Je compte quelques Loups-garous parmi mes amis et je me plais parfois à croire que je connais bien les Lycanthropes. Les Lycanthropes sains, Draco, pas comme ceux que tu as fréquentés jusqu'à présent. Les Omégas sont très protégés au sein d'une vraie meute, ils sont très appréciés. »
Le garçon eut comme un éclat de rire sans joie.
« Appréciés, hein ? Comme c'est joliment dit, » se moqua-t-il. « Moi aussi, monsieur, les mâles de ma meute m'appréciaient beaucoup, plus que ce que je n'aurais jamais voulu. »
Draco remonta ses genoux cachés sous le drap contre sa poitrine, regardant le Mage et l'infirmière tour à tour. Il ne cachait pas ses larmes et ne faisait rien pour les retenir.
« Vous savez ce qu'ils m'ont fait, pas vrai ? Greyback s'en est vanté... Mais en fait, vous savez rien du tout, vous savez pas ce que ça fait que de vivre ça, de voir ses amies être torturées et mourir ! » Il se mit à crier soudain. « Vous savez pas ce que c'est que d'être à ma place, battu, possédé, tous les jours ! Par tous les mâles ! Espérer mourir et que ce jour n'arrive jamais ! Vous savez pas ce que ça fait que d'être utilisé ! Que d'être engrossé et de perdre son bébé ! »
Il se jeta sur son oreiller, pleurant et hurlant ses mois de souffrances.
Une main apaisante se posa sur son épaule mince. Bien que cela lui apporta un peu de réconfort, cela n'avait rien à voir avec celle d'un mâle dominant. Cette constatation, qui fit gémir Compagnon-Loup, fit redoubler les larmes de Draco.
Par les Éléments, il était pire qu'un monstre, pire que le dernier des êtres pathétiques de ce monde ! Le soutien du vieil homme était moins important pour lui que celui que lui avait parfois apporté les êtres abjects de son ancienne meute ? Il était devenu fou, finalement.
« Non, tu as raison, Draco, je ne sais pas ce que c'est, » murmura Albus tandis que Poppy essuyait discrètement ses larmes devant la détresse de l'enfant. « Je savais, bien sûr, ce que cela signifiait d'être un Oméga, j'ignorais par contre si toi, tu le savais. Mais c'est donc le cas. »
« Je... Je l'ignorais aussi, » leur parvint la voix étouffée de Draco, la tête dans son oreiller.
Dumbledore et Pomfresh se regardèrent, attentifs aux paroles du jeune homme et un brin surpris. Se pouvait-il vraiment qu'Albus ait raison ? Que le garçon ignorait tout de sa condition ?
« Je l'ai compris quand... Quand j'ai perdu l'enfant, » pleura Draco un peu plus fort.
Poppy s'approcha à son tour, de l'autre côté du lit.
« Tu étais enceint de combien ? »
« Je sais pas non plus, » renifla Draco en sortant son visage de l'oreiller humide. « Je crois que je suis tombé enceint vers le début du mois de juillet... » il passa une main tremblante sur son visage. « Et j'ai... j'ai perdu le bébé il y a plus d'une lune. »
Pomfresh le regarda tendrement. Il tendit sa main et la posa sur la joue de l'enfant.
« Draco, je ne sais pas si ce que je vais te dire va te consoler de cette perte ou au moins te rassurer, mais je t'ai bien examiné et je peux t'assurer que tu ne gardes aucune séquelle au niveau de la poche monoïquale. »
Le garçon fronça ses sourcils d'or. Puis sa voix trembla, fluette et rauque tout à la fois.
« Est-ce... Est-ce que je suis encore enceint ? »
Son cœur menaçait d'exploser dans sa poitrine en attendant la réponse. Ce qui l'effrayait sans doute le plus était la dualité des sentiments qui bataillaient dans son cœur.
Petit-Homme refusait l'idée-même de porter un enfant. Un enfant Lycanthrope, issu d'accouplements qu'il n'avait pas désirés. Il était un garçon, il rejetait l'hypothèse qu'un être grandisse en son sein, plus encore un enfant de cette meute qui lui rappellerait, jour après jour, l'enfer qu'il avait subi et tout ce qu'il avait perdu en cette nuit maudite.
Compagnon-Loup, lui, voulait son louveteau. Il en avait perdu un. Bien qu'il soit de Fenrir l'infâme, il l'avait porté en lui. Il voulait un autre bébé, un de son presque compagnon Daniel. Celui qui serait devenu son compagnon si son plan avait fonctionné. Daniel n'était plus. Avoir une bébé de lui dans son ventre serait comme une petite part de l'homme qui avait pris soin de lui durant ces mois d'horreur. Celui qui l'avait sauvé.
Poppy étudia les yeux clairs tourmentés.
« Non, tu n'es pas enceint. Mais tu le pourras de nouveau un jour. »
Draco fondit en larmes. Compagnon-Loup pleurait cette perte ultime, Petit-Homme pleurait de joie.
« Je ne veux pas être enceint, je refuse d'être encore possédé par un mâle ! » affirma Draco aux milieux de ses larmes avec une fausse conviction.
Car au moment même où ses paroles franchissaient ses lèvres, Compagnon-Loup hurla sa désapprobation et sa peur ! Il lui fallait un mâle ! Il avait besoin d'un dominant ! L'angoisse de sa partie lupine arracha un gémissement à l'adolescent.
« Calme-toi mon garçon, tu trembles de panique, » dit Dumbledore. « Poppy, une potion calmante, je vous prie. »
L'infirmière se leva et revint peu de temps après avec la potion demandée. Draco la but sans rechigner. Il aurait pris n'importe quoi pour calmer son stress. Il s'adossa un instant contre la tête de lit puis finit par s'allonger, épuisé.
« Draco, tu ne veux toujours pas nous dire d'où tu viens ? » redemanda Albus.
« Non, » répondit dans un souffle le jeune blond.
« Ton père doit te rechercher. Je suis même étonné que nous ne soyons pas au courant de ta perte. »
Draco ferma les yeux tout en émettant un son entre le sanglot et le ricanement méprisant.
« Oh, parce que vous connaissez tous les villages que Greyback a attaqués ? Vous savez tout sur ceux qu'il a kidnappés ? J'en doute. »
« Tu as raison, une fois de plus, bien que nous communiquons entre Royaumes et que je suis très souvent présent à Traverse. Néanmoins, le Monde Libre n'ignorait pas les exactions de Greyback et de sa meute de sauvages. C'est un Loup-garou particulièrement connu, malheureusement. Nous faisions souvent le point sur les villages victimes de raid et nous savions aussi qu'il prenait parfois des prisonniers. Les soldats ou les survivants retrouvaient en général certains corps, à plusieurs kilomètres des lieux d'attaques. D'autres jamais. »
Le vieux Mage s'interrompit un instant devant les larmes silencieuses du gamin. Nul doute qu'il devait penser à ses fameuses amies qu'il avait évoquées tout à l'heure et qui étaient décédées devant lui.
« Il est certain que ces disparitions sont passées inaperçues pour l'ensemble du Monde Libre, même si nous savions que dans la meute de Greyback, parfois des prisonnières devaient s'y trouver. Je dis bien prisonnières car je n'ai pas connaissance qu'il ait déjà enlevé de jeunes garçons lors de ses raids meurtriers. Bien sûr, je ne suis pas au courant de tout. »
Il sembla à Draco que le Mage sembla assez désappointé de ce fait.
« Cependant, ton enlèvement aurait dû être signalé. Je ne comprends toujours pas d'ailleurs comment même tu as pu être enlevé. Tu as environ quatorze ans, non ? Quand as-tu été kidnappé ? »
« J'ai quinze ans, » murmura Draco, très mal à l'aise par les propos du vieillard. « J'en avais quatorze quand il m'a pris. C'était en hiver. »
« Et tu étais chez toi, dans ton village ? »
Draco acquiesça, la boule au ventre, devant l'air dubitatif du Mage. La peur qu'il connaissait bien sur la nature de ses origines refit une violente surface. Il eut soudain la certitude que certaines de ses questions allaient trouver réponses. Et il n'était pas sûr du tout d'y être prêt.
« Draco... Sais-tu ce que sont les Omégas ? Leur particularité physique ? »
« Ils... sont capables d'avoir des enfants, de les porter, » répondit-il.
« Oui. Ils ne peuvent concevoir une descendance que de cette manière, » renchérit Dumbledore. « Comme d'autres créatures que, j'en suis sûr, tu connais. »
L'enfant déglutit, il regarda Pomfresh alors que ses lèvres se mettaient à trembler.
« Vous avez dit que j'avais une poche monoïquale... Les Omégas sont comme des Monoïques, c'est cela ? »
« Non... pas exactement... » fit Albus.
Poppy lui jeta un bref regard.
« Albus, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, » dit-elle précipitamment.
« Les Omégas ne sont pas comme des Monoïques, » poursuivit pourtant l'homme. « Ce sont des Monoïques. »
Draco poussa un gémissement sourd.
« Non, vous mentez. »
Les larmes dévalaient ses joues creuses, ses mains se cramponnaient au drap blanc.
« Vous mentez... Je ne suis pas un Monoïque... Mon père et ma mère ne m'ont rien dit, personne n'a dit que j'étais Monoïque... » pleura-t-il.
« Draco, je suis vraiment désolé, mais c'est la vérité. Et si tu me dis que c'est Greyback qui t'a transformé alors... Tu ne savais vraiment pas ? Pourtant chaque naissance dans le Monde Libre est soumise au test monoïque, je... »
« Non ! » cria Draco. « Non, vous m'entendez ?! C'était ma mère ! C'était ma maman ! Vous mentez, vous mentez ! »
Poppy se pencha vers lui, tenta de le calmer, en vain. En désespoir de cause et devant l'état du garçon, elle leva sa baguette, le replongeant dans le sommeil.
... ... ...
Cela faisait au moins une heure qu'il était réveillé. Il regardait le plafond blanc. Tout dans cette pièce était blanc. Il n'aimait pas le blanc.
Dumbledore était parti. L'infirmière lui avait porté de la soupe pour son dîner, qu'il avait fini par avaler, la salant de ses larmes. La dernière fois qu'il avait mangé de la soupe, c'était avec sa famille.
Poppy était gentille, elle ne lui avait pas posé d'autres questions sur ses origines. Elle avait compris qu'il ne voulait pas en reparler.
Il s'appellerait pour toujours Draco, simplement Draco. Il n'était pas un Bones, ne l'avait jamais été. Son père lui avait menti. Il ne voulait pas croire que sa mère ait été au courant de la supercherie de sa naissance, du mensonge qu'était sa vie. Après tout, sa mère n'avait pas de secret pour lui, ni pour personne, pas de pièce interdite, de bureau remplit de documents qu'il n'avait pas le droit de lire, ni même de toucher.
Et puis, ses souvenirs affluaient. Les récits de sa naissance, sa mère qui avait été endormie, s'était réveillée sans lui à ses côtés. C'était son père qui l'avait apporté à sa maman, son père qui l'avait présenté à sa femme comme l'enfant à qui elle avait donné naissance. Son père qui justifiait ses traits, la couleur de ses cheveux et de ses yeux en disant qu'ils venaient de sa famille. Son père qui avait voulu partir précipitamment de Helga. Helga, là où se dressait le Temple des Monoïques.
C'était son père, le menteur.
Peut-être que c'était pour cela que l'homme était différent avec lui et avec ses sœurs ? Parce qu'il n'était pas de son sang ou parce qu'il avait peur qu'il soit un Monoïque ?
Est-ce que son père l'avait kidnappé au Temple ?
Draco avait du mal à y croire, le Temple était protégé, tout le monde le savait.
Alors où l'avait-il trouvé ? D'où venait-il ?
Ces questions le torturaient.
Mais il était heureux de n'avoir rien dit à Dumbledore. Il ne dirait pas d'où il venait, il ne voulait plus jamais revoir son père mais plus pour les mêmes raisons. À son immense chagrin d'origine étaient venues s'ajouter de la colère, de la rancœur.
Il réagit à peine quand le paravent de son lit fut tiré, dévoilant le directeur de l'école. Il n'en fut pas surpris, il l'avait senti arriver.
« Poppy m'a dit que tu ne dormais pas. Tu te sens mieux, Draco ? »
« Oui, merci, monsieur. Je suis désolé de vous avoir crié dessus ce matin. »
« C'est moi qui suis désolé. J'ai bien peur d'avoir été un peu brusque dans mes révélations. Tu ne veux toujours pas nous dire d'où tu viens ? »
« Non. »
« Bien... Je respecte ton choix, bien sûr. J'ai parlé avec l'ensemble des professeurs, tout à l'heure avant le dîner. Nous avons convenu que tu pourrais rester ici le temps qu'il sera nécessaire pour trouver une solution à ton cas. Tu ne peux pas en effet finir ta scolarité à Poudlard. Bien que tu possèdes de la magie de naissance, tes pouvoirs sont purement d'ordre monoïques. Or le règlement de l'école est très stricts : seuls les élèves Mages ayant des pouvoirs magiques leur permettant d'accéder à tous les cours sont acceptés. »
« Ne vous inquiétez pas, monsieur, je partirai dès demain si vous le voulez. Mais madame Pomfresh ne veut pas que je quitte encore mon lit. »
Le vieux Mage sourit avec indulgence tout en regardant le gamin effondré par dessus ses verres en demi-lune.
« Non, Draco, tu ne partiras ni demain, ni le jour suivant. Nous sommes en période hivernale et tu es un enfant. Tu resteras ici, à Poudlard, en attendant que nous trouvions une autre solution pour toi. Je te disais juste que tu ne pourras pas rester jusqu'à tes dix-huit ans, tout simplement. »
Le soulagement évident qui traversa le visage de l'enfant lui fit plaisir à voir. Il n'allait pas s'échapper durant la nuit, c'était déjà ça.
« Comme je te l'ai dit, Poudlard a déjà eu comme élève un Loup-garou, même si personne ne le savait, enfin, à part les enseignants et les amis proches du jeune homme en question. Bien que je le regrette, nous ne pouvons faire comme avec Remus, parce que toute l'école est déjà au courant de ta présence en nos murs. Mais ce n'est pas grave. Les nuits de pleine lune, tu pourras aller aux abords de la forêt interdite avec le professeur Brûlopot qui est l'enseignant au soin des créatures magiques, ou avec Ogg, notre garde chasse. Je tiens à ce que tu sois accompagné et que tu ne t'éloignes pas trop. La forêt interdite est une forêt sombre qui compte beaucoup de créatures qui n'existent que dans les Terres Arides en dehors d'elle. Si tu en ressens le besoin, tu pourras te transformer d'autres nuits, à conditions de nous en informer. »
Le garçon hocha la tête, heureux d'apprendre qu'il pourrait se transformer quand il le désirerait. Cela l'étonnait toujours un peu mais contrairement à Morag, qui haïssait être en loup, ou même Megan et Hannah qui ne le faisaient que si elles y étaient obligées, lui aimait se transformer. Certes, les premières fois avaient été très douloureuses et difficiles, mais maintenant qu'il s'y était habitué, il aimait le faire régulièrement.
« Où est-ce que j'irai, après ? » demanda Draco.
« Je ne sais pas encore. Je dois informer le représentant des Monoïques de ta présence, ainsi que le responsable du temple de Helga. »
« J'irai au Temple ? » fit Draco, les yeux exorbités.
L'idée lui causait autant de frayeur qu'une étrange joie sourde.
« Non, » répondit Dumbledore, ruinant les vagues espérances indécises du garçon. « Tu es un Oméga, désormais. Tu ne peux plus être présenté. Et je doute que les Monoïques accepteront un Werwulf. Cela ne s'est jamais produit, à ma connaissance. Les Loups-garous peuvent choisir un compagnon Monoïque et le transformer ensuite en Oméga dans leur meute. Mais les rares Omégas nés dans une meute ne vont jamais au Temple. Ils trouvent leur compagnon uniquement parmi les Lycanthropes. »
« Je ne veux pas de compagnon ! » déclara une nouvelle fois Draco, faisait fi des cris de protestation de Compagnon-Loup.
« Cela n'est pas de mon ressort, » éluda Albus. « Je vais aussi prendre contact avec mon ami Remus et l'Alpha de sa meute, pour avoir leur opinion. »
De nouveau, les yeux de Draco se remplirent de terreur.
« Je ne veux pas retourner dans une meute ! »
« Calme-toi, Draco. Une fois encore, ce n'est pas ce que j'ai dit. Je veux simplement prendre conseil auprès d'eux. Je vais faire aussi une déclaration de ta découverte pour la Cour Ministérielle de Traverse. Quand tout le monde sera informé de ta situation, nous aviserons. Tu es mineur, je vais demander à être nommé comme ton tuteur le temps pour nous de trouver la meilleure solution pour toi. Je dois t'informer aussi que Greyback va être jugé par le Tribunal Impérial, ta capture sera mentionnée, à charge dans le dossier. Tu as bien dit que des jeunes filles étaient avec toi, n'est-ce pas ? »
« Oui, » murmura Draco.
« Est-ce que tu pourrais écrire ton témoignage ? Je ne pense pas que te rendre à Traverse soit une bonne idée. »
« Je ne veux pas dire leur nom, » déclara simplement Draco.
Albus sembla un instant contrarié. Le garçon en agissant ainsi ne facilitait pas la tâche de la découverte de son identité.
« Monsieur ? » chuchota l'adolescent, timide.
« Oui ? »
« Est-ce que... vous avez une idée de la façon dont mon père a pu me trouver ? Je sais bien que ce n'étaient pas mes vrais parents, impossible. Alors d'où je viens ? Comment il m'a trouvé ? »
« Je l'ignore aussi, surtout que tu ne veux rien me dire sur tes origines. »
« Je ne veux pas revoir mon père, mais je ne veux pas non plus qu'il ait des ennuis. S'il m'a volé à mes parents, il risque d'en avoir, et je le refuse, malgré tout ce qu'il a fait. »
« Tout ce qu'il a fait ? » s'étonna Albus.
« Oui, » s'exclama Draco avec virulence. « C'est de sa faute si j'en suis là ! S'il ne m'avait pas pris, j'aurais été au Temple ! Fenrir ne m'aurait jamais mordu ! Je n'aurai jamais vécu tout ça ! C'est de sa faute et je le déteste ! »
Dumbledore le regarda avec bienveillance.
« Oh non, Draco, tu ne le détestes pas. Tu l'aimes, au contraire, sinon tu ne chercherais pas à le protéger. Lui seul pourrait pourtant t'apporter des réponses sûres. »
« Si, je le déteste ! » insista Draco.
« Si cela apaise un peu ton chagrin de le croire, pourquoi pas, » concéda Albus. « Avec le temps, ta colère s'apaisera, j'en suis sûr. Pour répondre à ta question, non, il n'aurait jamais pu t'enlever au Temple. J'en déduis que ou il t'a pris dans ta famille, juste après ta naissance et avant même que le Médicomage ne te décèle en tant que Monoïque, ou que ta famille d'origine t'a confié à lui, volontairement. Il reste aussi la possibilité qu'il t'ait trouvé, soit devant le Temple, soit dans un autre lieu où les parents abandonnent leur enfant monoïque, dans les Royaumes de Serdaigle, Serpentard et Gryffondor. Mais de ce que j'en sais, en général les abandons se font plutôt au Temple lui-même. »
Le garçon ouvrit de grands yeux choqués. Bien sûr, il avait envisagé ces hypothèses, mais les entendre énoncées aussi froidement et calmement, c'était autre chose. Il connaissait bien Peter. Malgré ses défauts, il ne voyait pas son père voler un nourrisson à peine né à ses parents. Restait donc la théorie de l'abandon. Les larmes lui montèrent aux yeux. Ses parents adoptifs étaient sans doute morts tous les deux, quant à ses parents biologiques, ils n'avaient pas voulu de lui.
« Beaucoup de bébés monoïques sont abandonnés ? »
« D'après mes sources, cela dépend. Les Monoïques nés à Poufsouffle et Gryffondor restent le plus souvent dans leur famille d'origine pendant leur enfance, sauf si elles sont trop pauvres. Ils ne rejoignent le Temple que pendant le temps consacré à leur éducation et enfin de façon totale quand ils ont quatorze ans. Ceux de Serdaigle sont le plus souvent confiés au Temple peu après leur naissance. Les véritables abandons viennent généralement du Royaume de Serpentard. »
« Encore eux, » fit Draco d'une voix misérable.
« En fait, » continua Dumbledore. « Dans ce Royaume, nous savons que certains parents n'hésitent pas à tuer leur enfant qui porte ce qu'ils considèrent comme une tare. C'est illégal, bien sûr, les règles de l'Empire l'interdisent formellement. Mais certains le font encore. »
Draco hocha la tête, dépité. Il ne saurait sans doute jamais qui était ses parents biologiques. Ils l'avaient abandonné, de toute façon. Ils ne voudraient certainement pas savoir ce qu'il était devenu. Au moins, ils n'avaient pas voulu le tuer. Sans doute devait-il être né à Serpentard ou Serdaigle.
« Bien. Je vais te laisser te reposer, je me doute que tu dois en avoir grandement besoin. Quand madame Pomfresh le décidera, tu pourras sortir de l'infirmerie et alors, je demanderai à l'un de nos préfets de te faire visiter le château. »
Le garçon hocha la tête. Alors que Dumbledore allait s'en aller, il l'appela.
« Monsieur ! Je vais dormir ici, après ? Comment ça va se passer pour moi ? »
« Nous verrons, mon garçon, nous verrons. J'ai plusieurs courriers urgents à écrire, le reste attendra ta guérison, » sourit Albus.
Il tira le rideau et sortit de la pièce pour se diriger vers son bureau. Il était en train de rédiger l'un des parchemins en question quand les personnes qu'il avait convoquées arrivèrent enfin.
« Alors, Albus ? » demanda Minerva McGonagall en prenant un fauteuil.
« Alors nous avons plusieurs nouvelles intéressantes. »
« Intéressantes, vraiment ? » susurra un homme sombre vêtu de noir. « Vous pensez réellement qu'héberger un Loup-garou soit une nouvelle intéressante ? Je crains dans ce cas que nous ne partagions pas la même notion de ce terme. »
« Oh, c'est bon, Snape, arrête de faire ta mauvaise tête ! Un Lycanthrope sain n'a jamais mangé personne, je suis bien placé pour le savoir ! » fit un autre homme aux cheveux noirs et aux yeux gris rieurs.
« Venant de toi, rien d'étonnant, sac à puces. D'ailleurs, comment se fait-il que nous soyons aussi nombreux dans ce bureau ! Je pensais que seuls les directeurs de maisons seraient convoqués, » râla Severus Snape.
« Étant donné la nature de ce garçon, je pense au contraire que Sirius et moi-même avons parfaitement notre place, ne vous en déplaise, monsieur le directeur de maison ! » lança avec un soupçon de mépris un vieil homme pour le moins estropié à qui il manquait un membre et le nez.
« Voyons, voyons, inutile de s'énerver » tenta d'apaiser un tout petit homme à la voie fluette qui servait tout le monde en thé. « Albus, une rondelle de citron, je présume ? »
« Merci, Filius. Severus, mon garçon, je vous en prie, ne vous énervez pas inutilement, en effet. Notre cher professeur Brûlopot a parfaitement raison : en tant qu'enseignant en soins aux créatures magiques ou en défenses contre les forces du mal, le professeur Black et lui ont naturellement leur place parmi nous pour cette réunion. »
« Justement, Albus, qu'avez-vous découvert sur cet enfant ? » intervint une femme rondelette à la tenue improbable.
« Ma chère Pomona, je crains que ce petit refuse de nous apporter beaucoup d'aide, » répondit Dumbledore en s'asseyant à son tour autour de la table ronde où s'étaient installés les professeurs, tous devant une tasse de thé fumante. « Poppy et moi avons toutefois réussi à lui tirer certains vers du nez. Nous savons qu'il a été capturé et transformé par Greyback durant l'hiver dernier. Cela fait donc un an maximum. C'est logique, il n'aurait sans doute pas pu survivre bien plus, d'autant que Greyback a voulu le mettre enceint et ensuite, une fois fait, l'a donné en pâture aux autre mâles. »
Des moues écœurés et des cris d'indignation lui firent face.
« Albus, en tant qu'Oméga, ce qu'a fait Greyback est la pire des atrocités. Le représentant des Loups-garous à Traverse doit en être informé. Azkaban est encore trop tendre pour ce monstre, » claqua la voix de Sirius.
« Je sais. »
« Il est tombé enceint ? » voulut savoir Minerva.
« Oui. Il a perdu l'enfant a environ trois mois et demi de grossesse, peut-être quatre. Il n'est pas très précis dans les dates, ce qui est normal, je me doute qu'il avait d'autres préoccupations que celle de tenir un calendrier. Ce qui va compliquer nos recherches, c'est qu'il ignorait totalement être un Monoïque. »
Cette fois les exclamations qui fusèrent furent étonnées.
« C'est impossible ! » s'écria Brûlopot.
« Pourtant, c'est le cas. Mais je pense pouvoir vous expliquer ce qui s'est passé. Poppy et moi sommes quasiment certains de l'origine biologique du garçon. Elle a fait un prélèvement sanguin et va le comparer à l'échantillon d'un de nos étudiants que nous avons déjà en notre possession. »
Les autres professeurs écoutaient attentivement dans un silence à peine perturbés par les bruits de mastication du professeur Flitwick qui mâchonnait une tartelette aux noix.
« Je pense qu'il est né à Serpentard, dans une famille où cette naissance était la pire honte imaginable. Je suis même fort surpris qu'il soit encore en vie, pour vous dire la vérité. J'imagine que quelqu'un a sauvé l'enfant de la mort, en le prenant et en l'amenant au Temple de Helga. Mais lors de ce périple, ou à Helga même, l'enfant a de nouveau changé de mains, pour finir dans celles des personnes que ce garçon considérait jusqu'à il y a peu comme ses véritables parents. »
« Comment pouvez-vous affirmer cela ? »
« Oh, Severus, quand vous le verrez, vous comprendrez, soyez-en assuré. Nous savons donc qu'il a été kidnappé il y a environ un an. J'ai déjà écrit le courrier explicatif pour la Cour Impériale. La brigade des Aurors a été alertée. Bien sûr, une enquête sera menée. Dans chaque Royaume, les attaques recensées durant la période hivernale nous seront retransmises. Il n'a pas été enlevé seul, mais en compagnie d'autres jeunes filles. Il en parle toujours au pluriel, elles devaient donc être au moins deux. Sans doute même trois. »
« Pourquoi dites-vous cela, Albus ? » couina le professeur Flitwick en projetant quelques miettes de pâte brisée.
« Parce que si la meute de Greyback a échoué, ce n'est pas par hasard. Abelforth et le conseil du village savait que sa meute venait vers eux. Ils en avaient été informés et l'attendaient de pieds fermes. »
« Comment ? » s'exclamèrent plusieurs professeurs.
« Pourquoi nous n'avons pas été informé de cela, nous aussi ! » s'écria Severus.
« En fait, il y a quelques semaines de cela, Abelforth a eu des clients de passages. Un couple de Werwulfs. Ils ont discuté avec lui. Ils s'étaient échappés de la meute et fuyaient devant elle. Nous ne pouvons plus les contacter pour leur dire qu'ils ne risquent plus rien, ils ne sont restés qu'une nuit à la Tête de sanglier. L'homme disait qu'il avait une cachette et qu'ils y resteraient tout l'hiver. Abelforth ne leur a pas demandé où c'était. Je doute qu'ils le lui auraient dit de toute façon. La jeune fille lui avait parlé d'autres prisonniers. Un jeune mâle et une femelle. Mais seul le garçon était encore en vie. »
« Vous lui avez parlé de ces fuyards ? »
« Non, Sirius. Pas encore. Je le ferai, bien évidemment. » Albus soupira tout en caressant sa barbe blanche. « Je suis aussi prêt à parier qu'il vient du Royaume de Poufsouffle. Demain matin, nous lui ferons passer le test du Choixpeau. Pomona, votre présence me sera précieuse. »
« Bien sûr, Albus. »
« Et qu'adviendra-t-il des ou de la personne qui l'a enlevé ? »
« Ses parents, vous voulez dire, Sirius ? Je ne sais pas. Tout dépendra de leur version des faits. Les recherches prendront malheureusement du temps. Vous devez vous douter que le garçon ne sera sans doute plus là quand nous saurons d'où il vient.
Sirius et le professeur Brûlopot acquiescèrent, d'un air sombre.
« La nature Oméga de l'enfant a été enclenchée de la pire façon, » déclara le vieux mage au nez manquant d'une voix lugubre. « Greyback mériterait qu'on lui coupe les couilles, 'scusez mon langage ! Est-ce que Lupin et sa meute sont prévenus ? Quand vont-ils venir le chercher ? »
« Vous mettez la calèche avant le Sombral, mon ami. J'attendais d'en savoir plus avant d'écrire à la meute de Remus. Sirius, puis-je vous confier la tâche de ce courrier ? Pour ma part, j'écrirai à l'Alpha pour lui expliquer la situation. Je ne doute pas que Gideon acceptera ce pauvre louveteau, mais il me faut d'abord son accord avant de pouvoir l'annoncer officiellement. J'ai aussi averti le Conseil des Monoïques à Helga, et leur représentant de Traverse. Nous devons attendre leur accord et la façon dont le garçon sera confié à sa nouvelle meute. Il était né Monoïque, nous ne pouvons pas faire autrement qu'avoir leur aval sur sa destinée. »
« Étrange destinée que ce gamin vit depuis sa naissance, » murmura Snape, un doigt sur ses lèvres.
À ce moment-là, un coup frappé à la porte du bureau d'Albus leur fit lever la tête. Poppy Pomfresh pénétra dans le bureau et sans ambages, prit une chaise restante pour s'asseoir à la table elle aussi.
« Des nouvelles, Poppy ? »
« Oui, Albus. J'ai les résultats du test. C'est positif. »
Le vieux Mage sourit d'un air pensif.
« Qu'est-ce à dire, Albus ? »
« C'est à dire, Severus, que je peux dès maintenant vous donnez le nom complet de ce garçon, bien que lui-même l'ignore et qu'il ne faudra le révéler à personne. Comme je vous le disais, si ses parents biologiques apprennent son existence, je ne suis pas sûr qu'ils le prennent bien. Surtout son père. Bien que son visage fera parler derrière lui, les élèves et son jeune frère ne devront en aucun cas partager notre connaissance. Un peu de soupçon, mais pas de certitude. »
« Et si ses parents le réclament ? » intervint Pomona.
« Oh, soyez bien certaine qu'ils ne le feront pas. Et quand bien même, les responsables Monoïque et Lycanthrope de Traverse opposeront leur droit de veto.
« Mais qui est donc ce garçon ? » demanda Filius, les yeux dévorés par la curiosité.
« Draco Malfoy, premier-né déclaré décédé à la naissance par son père, il y a quinze ans. »
Severus Snape pâlit atrocement alors que de nouveau, des exclamation fusaient.
La réunion se termina, chacun regagnant ses quartiers. Le maître des Potions fut le dernier à quitter le bureau directorial, mais une fois fait, il marcha d'un pas alerte en direction des cachots. Il s'engouffra dans ses appartements et se dirigea non moins rapidement vers son bureau en bois sombre. Prenant une plume et un parchemin, l'homme réfléchit brièvement. Sa lettre devrait contenir les bons mots et parvenir au Manoir Malfoy d'ici au lendemain soir au plus tard.
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À suivre
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