Chapitre 13 – Neville et Drago
La foule des élèves envahit le hall à grand bruit, sous la surveillance de Neville. Il se tenait en haut des escaliers, vêtu d'une belle robe gris sombre aux riches broderies, entouré par quatre de ses collègues. Alors que les élèves s'agglutinaient au pied des marches sous l'impulsion des préfets, il croisa les bras nerveusement et glissa un regard vers Drago à sa gauche. Ce dernier lui adressa un sourire en coin et rejeta les épaules en arrière en un geste fier. Il arborait une confiance en lui qui lui conférait une autorité certaine, tandis que lui, Neville, aurait transplané très loin d'ici si cela était seulement possible.
La silhouette translucide du Baron Sanglant apparut en glissant à travers un mur et se posta dans un coin, l'air sévère. Aussitôt, les murmures se turent tandis que l'attention des jeunes élèves se portait sur Neville, qui se racla la gorge et parcourut l'assemblée du regard. Il savait qu'il allait surprendre les étudiants, tout comme la journaliste de la Gazette du Sorcier qui était discrètement postée près de l'entrée. Neville n'était pas habitué à être sous le feu des projecteurs. Sa grand-mère aurait été fière de lui. C'était son heure de gloire, et pourtant il aurait préféré qu'elle n'arrive jamais, pas à un tel prix. Depuis qu'il avait appris la nouvelle, trois jours plus tôt, il n'arrivait pas à se réjouir. Les souvenirs de l'enterrement et les heures passées au ministère à témoigner étaient encore frais dans sa mémoire.
Il finit par prendre la parole d'une voix forte, priant de tout cœur pour ne pas rougir sous l'effet d'une telle exposition publique. Merlin, il était trop jeune pour ça…
-Mes chers élèves, j'espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d'année et que vos vacances ont été reposantes.
Il marqua une pause, conscient que tous étaient suspendus à ses mots, puis reprit :
-Comme vous l'avez appris par les journaux et par les hiboux qui ont été envoyé à vos familles, le directeur Harry Potter a été assassiné.
Aussitôt, les murmures reprirent, tandis que quelques regards se portaient sur le maître des potions. Ce dernier resta stoïque, arborant une expression hautaine sur son visage blême.
-Je sais que cette nouvelle est bouleversante, et que c'est la deuxième fois cette année que nous perdons un directeur. Quatre directeurs ont été directeurs de cette école depuis que je suis né, quatre sorciers d'exceptions qui ont marqué l'histoire du monde magique. Il s'agit d'Albus Dumbledore, de Severus Rogue, de Minerva McGonagall et d'Harry Potter.
Une salve d'applaudissements l'interrompit, tandis que la journaliste de la Gazette, Elsa Skeeter, prenait une photo des élèves rendant hommage à leurs regrettés directeurs. Neville tourna la tête vers ses collègues et surpris le petit professeur Flitwick qui essuyait une larme de sa main ridée. Il sentit sa gorge se serrer mais le silence revint rapidement. Il devait reprendre son discours.
-Harry Potter était non seulement un homme exceptionnel, mais il était aussi mon ami. C'est ainsi avec une grande tristesse que j'ai accepté de reprendre son poste en tant que directeur de Poudlard.
Aussitôt, des exclamations retentirent et mademoiselle Skeeter agita son appareil photo avec ravissement, tandis que sa plume à papote bondissait. Mécontent de toute cette agitation, le Baron Sanglant voleta vers le pied des escaliers et pris son air le plus sévère. Le calme revint instantanément.
-Je suis conscient du grand honneur qui m'est fait, et je vous promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour être à la hauteur de mes prédécesseurs. Je tiens également à apporter publiquement toute ma confiance au professeur Malefoy et au professeur Ginny Potter, qui ont été la cible d'attaques injustifiées et diffamantes dans les journaux.
La journaliste émit une exclamation indignée dont Neville ne tint pas compte.
-Je peux vous assurer personnellement que si l'un ou l'autre avait commis cet effroyable geste, il ne se trouverait pas entre les murs de ce château mais à la prison des sorciers en attente de son procès. Soyez surs que le ministère met tout en œuvre pour découvrir qui est le criminel. En attendant, je ne tolèrerai pas que quiconque ne remette leur autorité en question. Pour finir, le professeur Potter me remplacera en tant que directeur de la maison Gryffondor.
Neville ignora du mieux qu'il put l'expression furieuse de la préfère de Gryffondor, qui regardait Ginny avec dégoût, et clôtura son discours en enjoignant les élèves à se rendre dans la Grande Salle pour le repas. Dès que les enfants se dispersèrent, Neville poussa un soupir de soulagement et se tourna vers ses collègues.
-Ça va, je n'ai rien oublié ?
-C'était très bien, répondit le professeur Flitwick avec un sourire rassurant. Ne vous en faites pas, vous serez très bien à ce poste.
-Merci, répondit Neville, son visage s'éclairant sous le compliment. Mais… l'enseignement me manquera. Je continuerai de m'occuper des serres avec mon successeur, ça c'est sûr ! Et je mettrai des plantes dans mon bureau. D'ailleurs, il est très étrange, ce bureau. Harry ne tient pas en place dans son tableau, il veut savoir qui l'a assassiné.
-Nous voulons tous le savoir, répondit Ginny sombrement.
Elle posa une main sur l'épaule de Neville et le remercia pour son soutien. Drago approuva d'un signe de tête, sous le regard inquisiteur des directeurs de Serdaigle et Pousfouffle. L'ensemble du corps professoral n'avait eu que peu d'informations sur le surprenant meurtre et sur les raisons qui poussaient le nouveau directeur à accorder sa confiance à leurs deux collègues.
Personne ne remettait sa parole en doute car tous savaient que Neville était un ami de l'Elu depuis leur scolarité et qu'il avait combattu Voldemort à ses côtés, tout comme Ginny. Personne ne prenait au sérieux les élucubrations de la Gazette, selon laquelle Ginny aurait aidé Drago a assassiné son mari car ils entretenaient une liaison. La simple idée d'une liaison entre les deux collègues était risible, tout comme l'idée d'une héroïne de guerre tuant l'Elu.
En revanche nul n'avait de mal à imaginer le fils Malefoy en assassin. Selon les dires, s'il n'avait pas encore rejoins sa famille derrière les barreaux, c'était uniquement par manque de preuve. En effet, Harry Potter ne semblait pas avoir été succombé à un Avada Kedavra, et l'étude des baguettes des invités présents ce soir là n'avait révélé aucun sortilège impardonnable. Le Chicaneur et la Gazette, pour une fois d'accord sur un sujet, avançaient une thèse selon laquelle le fils Malefoy, maître des potions renommé, aurait empoisonné Potter avec un philtre indétectable à l'analyse.
Bien sûr, l'affaire avait ébranlé le monde magique. Elle était prise très au sérieux par les aurors, qui voulaient savoir qui avait assassiné l'un des leurs. Ainsi, Ginny, Drago et Neville avaient passé de longues heures à être interrogés. Ginny avait raconté avoir suivi Harry hors du salon où dansaient les invités et s'être disputé avec lui dans la cuisine, puis être partie aux toilettes. Lorsqu'elle était revenue, son mari était mort et Drago était déjà là, figé. Drago affirmait avoir trouvé le corps du jeune homme alors que la cuisine était vide. Il n'avait vu personne et jurait sur tous les mages qu'il était innocent. Quant à Neville, il avait répondu avec la plus grande prudence aux insinuations des aurors concernant les relations tendues entre les trois protagonistes. Il savait que Drago était le coupable tout désigné. Oui, mais Drago n'était pas un assassin. Harry lui-même en avait été convaincu.
En l'absence de preuves, les aurors avaient bien dû laisser les suspects retourner à Poudlard.
Après le repas, Neville se rendit dans son bureau d'un pas lourd. Il était impressionné par cette pièce qui avait connu de si célèbres et brillants directeurs... Les murs étaient recouverts de leurs portraits qui dormaient profondément, y compris celui de Harry. Avec un soupir, il s'installa à son fauteuil et saisit une pile de lettres auxquelles il devait répondre. Il les avait classé en deux tas. D'un côté, il y a avait les messages envoyées par ses amis et ses connaissances pour le féliciter de son nouveau poste et lui transmettre leurs condoléances. De l'autre se trouvait une haute pile de missives furieuses et inquiètes provenant des parents d'élève, réclamant la suspension des professeurs soupçonnés dans le meurtre. Neville ne savait pas encore comment il allait gérer cette situation, aussi commença-t-il par répondre aux lettres amicales.
Il était en plein travail lorsque Drago vint lui rendre visite. Il s'avança dans la pièce, les mains dans les poches, et observa son ami.
-Neville Londubat, directeur de Poudlard, qui l'aurait cru ? Lança-t-il d'une voix amusée.
Neville lui répondit par un sourire mi-timide, mi-fier et fit apparaître un siège à son attention. Il poussa sur le côté les feuilles de parchemin et servit deux verres.
-Je ne l'aurais jamais imaginé pendant ma scolarité, c'est sûr, répondit-il songeusement. Je n'étais qu'un élève maladroit, timide et pas très doué pour les cours. Ma grand-mère n'en croirait pas ses yeux...
Drago balaya l'air de la main d'un air impatienté.
-Je plaisantais, ne te dévalorise pas. Tu es un enseignant compétent, tu as une bonne réputation et les gens t'aiment bien. Tout l'inverse de moi.
-Wahou, Drago Malefoy qui fait un compliment ! Mais tu es aussi un bon prof.
-Non, mes élèves restent des quiches malgré tous mes efforts.
Sur ces bonnes paroles, Drago avala une longue gorgée d'alcool. Pensivement, il considéra le liquide ambré qui emplissait son verre. Il avait visiblement quelque chose à confesser, Neville pouvait le dire à la façon dont il fronçait les sourcils.
-Tu sais, Ginny boit beaucoup. Plus encore depuis...
Drago poussa un long soupir et jaugea son ami du regard. Neville se trémoussa dans son siège mais ne dit mot, conscient que le maître des potions s'apprêtait à se confier à lui. Après avoir vérifié que les tableaux dormaient profondément dans leur cadre, Drago reprit d'une voix basse.
-Je ne devrais pas te le dire maintenant que tu es notre patron, mais tu es mon seul vrai ami, et je susi inquiet. Tu l'as vu après le meurtre, elle était complètement hébétée, presque déconnectée de la réalité. Mais cela n'a pas duré.
-Elle a l'air d'avoir retrouvé un comportement normal...
-Elle est douée pour maintenir les apparences. J'ai passé la nuit avec elle, et...
A cette révélation, Neville fit un bond dans son fauteuil et poussa une exclamation de surprise. Il tendit un doigt accusateur vers son interlocuteur.
-Je le savais !
-Bien sûr que tu le savais, répliqua Drago avec impatience, c'est pour ça que je peux t'en parler.
-Depuis combien de temps... ?
-Quelques temps. Écoute, ce n'est pas cela l'important. Tout le monde finira par le savoir de toute façon, il suffit de lire – et de croire – les journaux.
Neville fit une moue qui en disait long sur ce qu'il pensait. A son avis, il valait bien mieux que cette liaison reste une rumeur car une officialisation les mettrait tous dans de beaux draps. Cela constituait un mobile, sans parler du scandale qui en résulterait. Lui-même avait eu le temps de se faire à l'idée, bien que la confirmation le rende particulièrement mal à l'aise. Ginny et Drago étaient ses amis, certes, mais des amis qui devaient être heureux...séparément. Son allégeance avait toujours été à Harry.
-Mieux vaux pas, répondit-il sombrement. Donc, Ginny... ?
-Oui. Ginny m'inquiète. A mon avis elle essaie de noyer son chagrin, ou plus exactement sa culpabilité, dans l'alcool et dans la magie.
-Dans la magie ?
-Elle passe son temps le nez plongé dans des manuels obscurs de magie avancée. Elle essaie de nouveaux maléfices. Et si tu veux mon avis, ses élèves vont souffrir à la rentrée. Déjà qu'elle n'est pas tendre avec eux ! En plus je crois bien qu'elle a coupé les ponds avec sa famille. Du moins, elle ne répond pas à leurs lettres. Ecoute, je ne crois pas qu'il faille faire quoi que ce soit, mais je vais la surveiller. C'est une sorcière puissante et déterminée. Quand elle a décidé quelque chose, elle va jusqu'au bout.
-Qu'est-ce que tu essaies de me dire ? S'enquit Neville d'une voix lente. Quand tu parles de culpabilité, de détermination... Tu crois que c'est elle la coupable ?
Drago réfuta cette idée d'un signe de tête.
-Non, mais je ne crois pas qu'elle soit vraiment triste de sa disparition. En cela réside sa culpabilité : elle s'en veut pour son comportement envers Potter avant sa mort, pour son histoire avec moi, elle est perdue tout simplement. Elle l'est depuis un moment.
-Votre...histoire, commença Neville d'un ton hésitant, c'est sérieux ? C'est...romantique ? Je veux dire, tu as l'air très attaché à elle.
Drago faillit s'étouffer. Après avoir toussé quelques fois, il se redressa sur son siège et pris un air dédaigneux.
-Bien sûr que non. Tu me connais, je crois. Tu m'as déjà vu être attaché à une femme ? Je me sens concerné, c'est tout.
-Oh, je t'en prie, Drago ! Répondit Neville avec impatience. Je sais aussi que tu es quelqu'un de sensible, qui s'attache aux gens. Pas à beaucoup, certes, mais quand même.
Le maître des potions haussa les épaules et s'enfonça dans son siège, l'air renfrogné. Il se mit à regarder son verre comme si c'était l'objet le plus important au monde, sous l'œil incisif de son ami. Ce dernier finit par comprendre qu'il n'en tirerait rien de plus et se décida à relancer la conversation sur un autre sujet.
-J'ai quelque chose à te demander.
Aussitôt, l'attention de Drago se reporta sur son collègue qui paraissait étrangement nerveux.
-Je t'écoute.
-Ma femme m'a appris que...commença Neville, qu'elle...enfin que...
-Prends ton temps, surtout, railla Drago.
Neville le foudroya du regard, se racla la gorge puis lâcha à toute allure :
-Je vais être papa. Hannah est enceinte.
Sa nervosité disparut dès qu'il vit la comique expression de surprise qu'arborait Drago, ses yeux pâles écarquillés et sa bouche entrouverte.
-Tu...papa ? Finit-il par répondre, d'une voix rauque. Tu vas avoir un bébé ? Un petit machin avec des petits bras qui braille et qui porte des couches ?
Neville approuva d'un signe de tête amusé, tandis que son interlocuteur se remettait doucement de sa surprise.
-Wahou. Eh bien...félicitations, mon ami. Comment est-ce que vous allez faire, avec ton nouveau poste ?
-Je ne sais pas encore. Peut-être que le conseil d'administration acceptera que ma famille vienne vivre ici, au moins jusqu'à ce que mon enfant soit scolarisé. On verra. Avec Hannah on voudrait savoir si...si tu serais d'accord pour être le parrain du petit machin avec des petits bras qui braille et qui porte des couches ?
Drago s'étouffa à nouveau avec la gorgée d'alcool qu'il était en train de boire, sous le rire de son ami.
-Moi, parrain ? Tu es fou ! J'accepte, bien sûr, j'en serai honoré mais...tu es fou ! Je serai bien incapable de m'en occuper !
-Je suis sur que tu seras un très bon parrain. Je sais à quel point la famille est importante pour toi, elle l'est pour nous deux. D'ailleurs un jour tu auras sans doute ton propre enfant !
A ces mots, Drago se renfrogna et murmura qu'il en doutait. Un silence pensif s'ensuivit, durant lequel chacun réfléchit à toutes ces nouveautés dans leurs vies. La mort de Potter, le nouveau directeur, la liaison de Drago et Ginny, le bébé de Neville... Drago comprit que tout était un peu flou dans sa tête. La vie l'avait habitué à plus de calme ces dernières années.
Trois coups furent alors frappés à la porte, qui s'ouvrit sur la préfète-en-chef. Elle paraissait bouleversée.
-Professeurs, dit-elle d'une voix tremblante, vous devriez me suivre. Il s'est passé...venez.
Après avoir échangé un regard interloqué, les deux hommes suivirent la préfète dans les couloirs vides. Ils arrivèrent bientôt près des toilettes du deuxième étage. Le fantôme de Mimi Geignarde flottait là, sanglotant. Ses pleurs augmentèrent sensiblement lorsqu'elle reconnut les deux arrivants, et en particulier Drago.
-Mimi, commença Neville, que s'est-il...
-Regardez le mur, interrompit la préfète de Serpentard d'un ton impérieux.
Les deux professeurs obéirent et furent figés par la stupeur. Sur le mur apparaissaient des lettres brillantes, formant des mots qu'ils ne croyaient pas lire à nouveau un jour.
« La Chambre des Secrets a été ouverte.
Ennemis de l'héritier, prenez garde. »
