Bonjour à tous! Voici le chapitre 13! Comme toujours, j'espère qu'il vous plaira! J'en profite pour répondre aux reviews anonymes que j'ai reçues sur mon dernier chapitre:
Personne inconnu: Merci beaucoup :) Tes compliments me touchent vraiment! Et je suis contente si tu trouves que les caractères sont respectés (c'est tellement difficile avec eux deux). J'espère que l'histoire continuera à te plaire tout autant!
Natsuki: Ah merci pour ta review! Ça me fait super plaisir de voir que tu as été absorbée par l'histoire et que j'ai réussi à bien développer la psychologie des personnages. Tu n'as pas à être désolée, je trouve ta review très constructive :). Merci d'avoir pris le temps de me donner ton avis en tout cas.
Voilà, je vous souhaite une bonne lecture...
13. Une étrange correspondance
Izaya s'était visiblement endormi, sans même s'en rendre compte. Quand il se réveilla, le lendemain, le téléphone toujours dans la main, il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'il avait passé une nuit complète pour la première fois depuis bien longtemps. Il se sentit alors étrange, mais c'était plutôt une bonne sensation. Emergeant peu à peu, il ne put s'empêcher de sourire en repensant aux évènements de la veille. Il avait réussi à parler avec Shizuo. Même si c'était par écran interposé, même si ce n'était que quelques phrases, il avait réussi. Il inspira alors profondément. Il était sur le bon chemin. Il fallait qu'il continue à s'accrocher comme ça. Parce qu'il ne savait pas combien de temps encore il pourrait tenir mentalement. Alors, chaque pas gagné lui était plus que précieux...
Se réveillant complètement, il finit par quitter son lit avec paresse. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien le matin. Son corps était encore un peu douloureux, mais une bonne nuit de repos avait calmé la plupart de ses courbatures. Tant mieux. Parce qu'il n'allait pas avoir une journée calme aujourd'hui...
Une fois dans la salle de bain, il prit appui sur le lavabo et força son corps à se relever. Il croisa alors son reflet dans le miroir. Il n'avait pas vraiment bonne mine, malgré la nuit qu'il avait passée. Son teint était cireux et ses cernes noires lui ravageaient les yeux. Il soupira et préféra alors détourner le regard. Il avait du mal à supporter sa propre vision... Mais il n'avait pas de temps à perdre avec ce genre de pensées. Il se prépara donc rapidement et alla ensuite dans la cuisine où il se força à avaler un bol de riz avec des œufs. Il allait avoir besoin d'énergie aujourd'hui...
Il y avait quelques jours de ça, Kine lui avait demandé de rechercher des informations pour lui et il était plus que temps qu'Izaya s'y mette. Mais, même si la démarche semblait sincère, ce dernier n'était, malgré tout, pas dupe. Il se doutait bien que c'était là une manière détournée pour Kine de rester en contact avec lui, sans lui mettre trop de pression. D'ailleurs, il ne l'avait pas interrogé une seule fois sur ses progrès. Izaya appréciait beaucoup cette discrétion. Surtout qu'il aimait réellement parler avec lui, même si ce n'était que pour échanger des informations. Cet homme avait toujours été là pour lui... Izaya aurait voulu pouvoir discuter plus franchement avec lui des avancées qu'il faisait. Kine le méritait. Pourtant, Izaya ne mentionna pas une seule fois le nom de Shizuo dans leurs conversations, ni ne parla de sa rééducation. Parce qu'il ne s'en sentait tout simplement pas capable...
Izaya passa alors une bonne partie de la journée, qu'il ne vit pas filer, sur son ordinateur à travailler pour Kine, avant que Celty ne vienne le chercher pour l'emmener à l'hôpital. C'était l'heure de son rendez-vous avec le kiné... Sa rééducation lui occupa alors à nouveau totalement l'esprit, faisant passer le reste de l'après-midi à une vitesse folle. Hitoshi avait été très satisfait des progrès qu'il avait réalisés. Il lui avait même annoncé que la prochaine fois, ils essayeraient un nouvel exercice qui consisterait à avancer avec l'aide d'un déambulateur. Ça permettrait, du coup, de parcourir une plus grande distance que les barres parallèles, mais également de tenter d'autres mouvements plutôt que de marcher tout le temps en ligne droite. Izaya n'avait fait qu'acquiescer à ses paroles. Mais, en toute sincérité, il se sentait déjà fatigué rien qu'à l'idée d'y penser. Cet exercice ne lui disait rien qui vaille et il n'avait pas vraiment hâte d'y être...
Exténué par sa journée, Izaya fut donc bien content lorsque le soir tomba enfin. Après le repas, il décida de s'isoler dans sa chambre et de laisser Celty et Shinra regarder leur émission à la télévision tranquillement. Shinra passait déjà pas mal de son temps avec lui. Izaya ne tenait pas à s'incruster plus que nécessaire dans leur vie de couple. Il le faisait déjà assez comme ça à son goût... Une fois la porte fermée, ses yeux se tournèrent naturellement vers le cahier qui le narguait depuis son bureau. Il soupira. Il ne pouvait toujours pas écrire ce que Shinra lui avait demandé... Il sentait déjà la tension se loger le long de sa colonne vertébrale rien qu'à l'idée de repenser à cette nuit-là...
Il secoua alors la tête, comme si ce simple geste pouvait chasser ses pensées, et s'étira le dos. Il avait mal partout à cause de la rééducation. Un bon massage lui ferait surement du bien. Il quitta alors son fauteuil roulant pour s'assoir plus confortablement sur le lit... Et maintenant? Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire ce soir...? Travailler? Trainer sur l'ordinateur? Il n'avait pas envie de trop réfléchir, juste de se vider l'esprit. Mais, comme à chaque fois qu'il se retrouvait seul, son cerveau ne l'écouta absolument pas et il ne put s'empêcher de songer, malgré lui, à tout ce qu'il prenait soin d'oublier pendant la journée.
Son regard se tourna alors vers son téléphone. Hier... Il s'était surpris lui-même à réussir à tenir un semblant de conversation avec Shizu-chan sans céder à la crise de panique qui le menaçait. Ça lui avait fait du bien. Mais est-ce que c'était suffisant? Pas vraiment. Quand il pensait au blond, c'était toujours les mêmes images qui lui revenaient en tête. Une seule conversation ne pouvait pas suffire pour tout effacer... C'était évident. Il le savait depuis le départ, mais une partie de lui aurait préféré que ce soit le contraire...
Il respira fortement et regarda à nouveau son cahier. Une seule question lui occupa alors tout l'esprit : mais qu'est-ce qu'il était en train de faire au juste? Il se sentait tellement perdu. Il voulait avancer, cependant ce n'était pas si simple. Où était la prochaine prise sur cette fichue falaise? Et s'il se trompait et que les rochers n'étaient pas assez solides là où il mettait les mains? Il frissonna légèrement... Il détestait ce sentiment d'impuissance qui ne faisait que grandir en lui au fil des jours. Ce n'était pas normal. Ça devrait être l'inverse normalement, non? Et pourtant... Pourtant, au plus il grimpait le long de cette falaise, au plus il se sentait hésitant.
Il voulait tant retrouver le contrôle de sa vie et chasser toutes ses mauvaises pensées. Mais pour ça, où devait-il s'accrocher maintenant? Il en avait bien une petite idée... mais l'incertitude lui nouait l'estomac. Pourtant, même si sa peur était toujours très présente, il savait, au fond de lui, qu'il avait envie de reparler à Shizuo... Le dernier message du blond lui avait même redonné un peu de confiance.
Izaya joua alors nerveusement avec sa bague. Il ne savait pas dire ce qui le poussait réellement à vouloir reparler à Shizuo – surtout que rien que d'y penser, une boule de stress se formait déjà dans son estomac. Est-ce que c'était son obsession pour Shizu-chan que se manifestait à nouveau ou est-ce que c'était parce qu'il pensait qu'il avait trouvé là une méthode pour reprendre le contrôle de la situation? Il ne le savait pas. Peut-être que c'était un peu des deux. Mais ça lui faisait tellement de bien d'arriver à parler à Shizuo tout en ne cédant pas à la panique qu'il avait envie de réessayer. Peut-être qu'au plus il lui parlerait, au plus il arriverait à passer au-dessus de ses peurs. Peut-être aussi qu'il pourrait réellement réussir à dédiaboliser Shizuo s'il parvenait à avoir plusieurs conversations normales avec lui. Ça devrait bien finir par arriver, non...?
Izaya caressa distraitement son téléphone, presque désespéré à l'idée de ne jamais réussir à se débarrasser de sa peur... Que risquait-il à reprendre contact? L'écran le protégeait. Et s'il énervait Shizuo au point de le faire revenir ici, Celty était dans le salon. Elle pourrait le retenir, Izaya ne devrait pas être blessé... Mais, malgré tout, ses gestes étaient hésitants. Même s'il savait qu'il pouvait le faire – puisqu'il avait réussi à tenir le coup la veille – ça n'en restait pas moins très angoissant. Parce que Shizuo était imprévisible. Izaya ne pouvait pas contrôler ses réactions et ça, c'était extrêmement terrifiant. Mais s'il ne continuait pas sur sa lancée, Izaya savait qu'il vivrait ça comme un échec. Il voulait tant se débarrasser de l'emprise que Shizuo avait sur lui. Il souhaitait enfin être libre. Il désirait juste revivre...
Prenant alors sur lui et porté par les derniers mots de Shizu-chan, qui le rassuraient toujours à chaque fois qu'il y pensait, il alla rapidement dans ses messages. Mais, alors qu'il n'avait plus qu'à écrire ce qu'il voulait lui dire, il se bloqua devant son écran, l'esprit complètement vide... Jusque-là, c'était toujours le blond qui avait initié la conversation. Izaya n'avait eu, à chaque fois, qu'à lui répondre. Mais ici... Il ne voyait pas comment il allait commencer... Il ne pouvait pas juste le saluer ou lui demander comment il allait. Ce serait bizarre... Et, en plus, ça énerverait surement Shizuo. Le blond n'aimerait probablement pas qu'Izaya soit trop familier avec lui. Ce dernier essaya alors de réfléchir à ce qu'il pourrait lui dire. C'était bien plus compliqué que ce qu'il ne l'aurait cru...
Il passa alors nerveusement une main sur sa nuque. Il n'avait jamais eu de vraies conversations avec le blond jusqu'ici. Dans le passé, ils ne s'échangeaient que des insultes à peine voilées et des menaces de mort... Izaya se concentra un long moment. Il devait trouver une approche qu'il lui convienne. Il regarda alors son écran, sans bouger. Il n'y arrivait pas... Et il sentait son angoisse monter en lui de façon sournoise et désagréable. Il ferma alors les yeux et plaça une main sur son ventre. Il s'appliqua à bien respirer. Inspirer, expirer. C'était devenu un automatisme chez lui maintenant. Dès qu'il sentait la panique arriver, il se forçait à faire des exercices de respiration. Même s'il était un peu sceptique au départ, il devait bien reconnaître que c'était assez efficace... Il se calma alors peu à peu. Ses doigts tremblaient toujours, mais c'était gérable. Il inspira une nouvelle fois profondément. Allez, il devait se lancer... Comme hier... Mais il se sentait tellement nerveux!
Dire que la veille, il était persuadé qu'il n'aurait plus la force de reparler à Shizuo et voilà qu'il voulait déjà le refaire moins de vingt-quatre heures après. Ces changements d'humeur le déstabilisaient toujours un peu et il se dit qu'il devait quand même être réellement masochiste pour vouloir retenter l'expérience... Il regarda alors à nouveau son cahier et soupira profondément. Non, cette fois-ci, ça n'avait rien avoir avec une quelconque envie de se faire du mal, bien au contraire. Il avait juste envie – non, besoin! – d'arriver à reprendre le contrôle sur sa relation avec Shizuo! C'était sa seule façon d'arriver à se détacher de ses craintes, il en avait eu la preuve cette nuit. Il ne pouvait donc pas se permettre de lâcher maintenant... Il devait se forcer à lui parler, pour aller encore plus loin!
Il eut alors une idée et attrapa son téléphone, avant de commencer à taper quelques mots. Il n'avait jamais eu l'intention de revenir là-dessus auparavant, mais maintenant... Maintenant, il se disait que ça ne lui ferait pas de mal de clarifier la situation directement avec lui, sans l'intermédiaire de Shinra ou de Celty... Et puis, c'était une bonne façon de lancer la conversation. Mais le sujet était un peu délicat... Pourvu que Shizuo ne s'énerve pas... Les mains tremblantes et la respiration difficile, il se força alors à envoyer son message. Il se décida un peu plus rapidement que la veille, même si c'était tout autant angoissant. L'air se fit plus froid, ce qui augmenta ses tremblements. Les yeux rivés sur son téléphone, il se mit à attendre nerveusement, ne pouvant, de toute façon, rien faire d'autre...
A plusieurs centaines de mètres de là, Shizuo inspira profondément la fumée de sa cigarette, gardant les yeux rivés sur Shiroi. Il était tard, il n'y avait quasiment plus personne dans le parc. C'était sans doute ça qui avait enfin décidé son chien à s'éloigner un peu de lui et à dégourdir ses pattes. Shizuo le regardait courir dans l'herbe, soulagé de voir que ses blessures semblaient être totalement guéries à présent... L'air était frais, mais pas désagréable pour autant. Il s'assit alors sur un banc. Il se sentait bien. Ces derniers temps, toutes ses tensions semblaient avoir disparues. Ses problèmes étaient pourtant loin d'être résolus et sa culpabilité n'était pas prête de s'envoler, mais ça n'avait plus autant d'importance qu'avant. Parce que, désormais, il savait qu'il y avait encore une chance pour que ce soit réparable.
Parler avec Izaya avait été bizarre. Shizuo s'était senti assez maladroit, mais il était content, parce que ça s'était bien passé. Même si, maintenant, il ne savait pas très bien comment il devait agir. Il aurait bien voulu continuer à parler avec lui. Avec le retour d'Izaya, Shizuo avait compris qu'ils avaient besoin de mettre les choses au clair. Ils ne pouvaient pas passer à autre chose sans se confronter au moins une fois l'un à l'autre. Mais depuis que Shizuo avait vu à quel point Izaya avait peur de lui, il n'osait pas faire le premier pas.
De manière générale, Shizuo se sentait perdu. Ce n'était pas une sensation qu'il côtoyait souvent. Et ça le perturbait. Il ne savait vraiment pas comment agir avec Izaya et il ne pouvait se confier à personne. Aujourd'hui, il avait eu envie de parler de cet échange de messages avec Tom, mais il s'était retenu. Parce qu'il savait que ce dernier ne comprendrait pas. Et il ne pouvait pas vraiment le blâmer pour ça. De l'extérieur, ça devait paraître bizarre. Ouais, peut-être. Mais Shizuo se fichait pas mal de ce que les autres pensaient de lui et de sa relation avec Izaya. Tant pis si ça l'obligeait du coup à tout garder pour lui. Il ne voulait, de toute façon, pas se disputer avec Tom. Il connaissait son avis sur la question, mais pour rien au monde il n'avait envie d'arrêter de parler avec Izaya – la conversation de la veille lui ayant laissé un goût d'inachevé – même s'il ne savait pas comment s'y prendre. Et il avait l'impression que ce sentiment était réciproque.
Comme pour confirmer ses dires, son téléphone vibra dans sa poche. Une seule fois. C'était un message. Espérant que cela vienne de la puce, Shizuo attrapa sans attendre son portable et le déverrouilla. Ses yeux tombèrent alors tout de suite sur les mots d'Izaya, ce qui lui procura un étrange sentiment de joie. Izaya revenait vers lui une nouvelle fois. C'était vraiment bon signe...
« Même si tu t'en doutes déjà, je voulais te dire moi-même que j'y n'étais pour rien dans la dégradation de ton appartement et encore moins dans l'attaque qui a suivi. »
Tout en lisant ce message, Shizuo tira à nouveau sur sa cigarette. Izaya avait quand même une drôle de façon de s'exprimer. L'ancien barman ne comprenait pas très bien non plus pourquoi il revenait là-dessus. Shizuo n'avait plus aucun doute sur ce sujet depuis bien longtemps. Mais bon, en soi, ce n'était pas si désagréable que ça d'avoir la confirmation par Izaya. Ouais, pour une fois qu'il lui disait clairement les choses, il n'allait pas s'en plaindre. Il ne tarda alors pas à lui répondre.
« Je sais. Si ça avait été toi, t'aurais été plus subtil. »
Quand le message s'afficha sur son écran, Izaya sursauta malgré lui. Grimaçant de sa propre réaction, qu'il ne supportait pas, il lut rapidement sa réponse. Etrangement, il ne put alors s'empêcher de sourire légèrement. Malgré tout ce qui s'était passé entre eux, Shizuo le connaissait toujours aussi bien. Parce qu'effectivement, s'il avait voulu attaquer Shizuo après son retour à Ikebukuro, il ne s'y serait pas pris de cette façon-là. Il aurait, au contraire, tout fait pour que le blond ne puisse pas le soupçonner.
Mais son sourire ne resta pas longtemps affiché sur son visage. Très vite, de légers frissons parcoururent son corps. Ça y était, la conversation était lancée. Le plus dur était fait, non? Il n'avait plus qu'à lui répondre... Il respira profondément, essayant de rester calme, avant d'écrire à nouveau.
« Tu as su réparer les dégâts? »
« Ouais. Kadota a fait du bon boulot. »
Le message lui vint rapidement, ce qui donna une étrange sensation à Izaya. C'était difficile à gérer pour lui. C'était trop instantané. En plus, ça lui faisait vraiment bizarre de discuter comme ça avec Shizuo. C'était presque... normal... et, en même temps, c'était forcé. Izaya sentait bien qu'il cherchait désespérément une façon de communiquer avec lui. Mais là, il se sentait bloqué. Il avait cru que ce serait plus facile une fois la conversation lancée. Cependant, il voyait déjà ses limites après seulement quelques phrases... Il n'arrivait vraiment pas à savoir ce qu'il pouvait bien répondre à ça. Comment relancer la conversation? D'ailleurs, de quoi pouvait-on bien parler avec une personne qu'on avait haï pendant dix longues années...? Heureusement, ce fut le blond qui renvoya un message quelques secondes plus tard, coupant court aux réflexions angoissantes du brun.
« Tu sais qui est derrière tout ça? »
Shizuo ne posa pas cette question par hasard. A vrai dire, il avait saisi cette occasion pour le faire parce que c'était une interrogation qu'il avait depuis longtemps. Et s'il y avait bien quelqu'un qui pouvait lui répondre, c'était Izaya. En même temps, cette demande n'avait également rien d'anodin, l'ancien barman était très curieux de voir ce que la puce allait lui dire en retour.
Ouais, en toute franchise, Shizuo n'avait pas de problème à parler avec l'informateur – il le voulait même – mais, ça ne l'empêchait pas de rester sur ses gardes. Sa culpabilité ne lui avait jamais fait oublier qui était réellement Izaya. Même si Shizuo le voyait d'une façon plus humaine désormais, il se souvenait, malgré tout, très bien de toutes ses manipulations et tous les mensonges qu'il lui avait débités. Shizuo savait qu'il restait une possibilité, même si Izaya avait vraiment peur de lui, que ce dernier tente de le manipuler à un moment ou à un autre. Alors oui, Shizuo voulait bien essayer de lui faire enfin confiance, mais il n'en devenait pas naïf pour autant. Au moindre mensonge, il stopperait net toutes conversations avec lui. Parce qu'il ne voulait vraiment pas retomber dans l'ancienne dynamique de leur relation. Il n'accepterait jamais non plus d'être manipulé par Izaya, peu importe ce qu'il s'était passé entre eux.
De son côté, Izaya hésitait sur les informations à lui donner. Même s'il avait quelques pistes sérieuses, il ne savait pas qui était le coupable. Il pourrait surement le découvrir en s'y penchant plus longuement, mais il n'en éprouvait pas le besoin actuellement. Il était trop absorbé par ses problèmes pour s'intéresser à ça. Cette tentative de vengeance ne l'inquiétait pas en plus. Tant que Shizuo n'y était pas mêlé bien sûr...
« Je ne sais pas avec certitude. J'ai juste quelques soupçons, mais rien de concret. »
Shizuo expira lentement la fumée de sa cigarette, tout en sondant sa réponse... Ouais, il avait l'impression qu'il lui disait la vérité. Si ce n'était que des soupçons, alors il préférait ne pas insister. Il y avait trop de risques qu'il s'énerve sur quelqu'un d'innocent. Ça n'en valait pas le coup...
Absorbé par sa conversation, il ne releva les yeux de son écran que lorsqu'il sentit quelque chose d'humide lui toucher la main. Il vit alors que Shiroi était revenu près de lui. Il lui sourit et le caressa doucement. Il était tellement content et soulagé de voir tous les progrès que son chien avait accompli en si peu de temps. Le blond avait même l'impression que Shiroi n'avait plus du tout peur de lui à présent... Il ne put alors s'empêcher de penser qu'il aimerait qu'il en soit de même avec Izaya... Merde, cet échange par messages était peut-être sa seule chance d'y parvenir. Avec de la patience et en lui montrant qu'il ne s'en prendrait plus jamais physiquement à lui, peut-être qu'il pourrait arriver à faire comprendre à Izaya qu'il n'avait plus à avoir peur...
Mais Shizuo n'était pas stupide. Malheureusement, il savait bien que ce serait beaucoup plus dur de calmer les peurs d'Izaya que celles de Shiroi. Parce qu'ici, c'était lui qui avait blessé Izaya. Et parce que, malgré toutes les promesses qu'il pourrait lui faire, il n'était pas réellement persuadé d'arriver à ne plus s'énerver sur lui en toute circonstance. Non... Qu'il ne lui fasse plus jamais mal, ce n'était malheureusement pas quelque chose dont il ne pouvait pas être absolument sûr.
Il soupira alors et finit par lui répondre, tout en continuant à caresser Shiroi.
« Je vois. Et sinon, comment est-ce que tu vas? »
Izaya lut assez vite ces mots, le coeur battant fortement et le souffle court. Shizu-chan avait mis du temps avant de lui répondre, ce qui n'avait fait qu'accentuer ses angoisses. Il n'avait alors pas pu s'empêcher de s'imaginer tout et n'importe quoi. Mais c'était bon, il lui avait répondu... La boule au ventre, Izaya serra alors ses doigts autour de son téléphone pour les empêcher de trembler davantage. Il n'aimait pas trop ce qu'il lisait... Shizu-chan lui demandait-il réellement comment est-ce qu'il allait? Izaya trouvait sa question trop directe. Le blond ne tournait clairement pas autour du pot. L'informateur n'en était pas vraiment étonné ceci dit, Shizu-chan allant toujours droit au but, contrairement à lui qui préférait obtenir ce qu'il voulait de manière détournée. Mais ça ne lui plaisait quand même pas...
Izaya posa sa tête contre le mur, pratiquant ses exercices de respiration. Non, il n'allait pas céder à la panique, même si un profond malaise rampait le long de son ventre... Il pouvait le faire... Ce n'était qu'une simple question après tout... Allez, il s'en sortait bien jusqu'ici. Mais il n'y avait rien à faire, cette question le dérangeait beaucoup... C'était peut-être banal vu de l'extérieur, cependant c'était très dur pour lui d'arriver à se confier à Shizuo, surtout sur cet aspect-là... Plus que tout, il voulait lui dire qu'il allait bien, parce que c'était Shizuo quand même. Mais il savait aussi que le blond ne supporterait plus aucun mensonge de sa part. Cette conversation, c'était un peu comme un test. Et ça, Izaya était persuadé qu'ils le voyaient tous les deux de cette façon-là. Après tout, l'informateur connaissait bien le blond lui aussi. Shizuo acceptait de lui parler, mais ce n'était surement pas sans condition. Si Izaya n'était pas foutu d'être honnête avec lui, l'ancien barman ne ferait peut-être plus l'effort de rester calme...
Inspirant profondément, Izaya écrivit alors sa réponse d'un geste tremblant. Il n'aimait pas cette sensation d'être mis à nue, encore moins cette impression d'être placé au pied du mur. Mais c'était malheureusement le prix à payer s'il voulait avancer. Il savait parfaitement qu'il ne pouvait désormais plus se servir de Shizuo comme avant. Il était obligé de lui donner quelque chose en retour s'il voulait que ces conversations se poursuivent. Et comme c'était actuellement le seul moyen qu'il voyait pour aller mieux, il se força à prendre sur lui et lui répondit donc honnêtement, tout en essayant d'ignorer ce froid qui lui gelait de plus en plus les poumons.
« Pas très bien, mais ça pourrait être pire. »
Shizuo écrasa alors sa cigarette, mal à l'aise. Même si c'était ce qu'il voulait, cette sincérité était un peu déroutante. Et puis merde, c'était vraiment bizarre de parler avec la puce, encore plus de le voir être aussi franc avec lui. Enfin, c'était sans doute ce dont ils avaient besoin tous les deux pour arriver à avancer. Il passa alors une main sur sa nuque, essayant de calmer la tension qui s'y installait doucement. Etre honnête et parler franchement de ce qui s'était passé entre eux deux et des conséquences, c'était vraiment ce que voulait Shizuo. Ça ne servait à rien de faire l'autruche après tout. Alors, même si c'était un sujet compliqué, il décida de continuer là-dessus.
« Shinra m'a dit que tu avançais bien dans ta rééducation. Tu devrais être content, non? Tu en es où? »
Izaya ressentit immédiatement de désagréables picotements parcourir ses jambes rien qu'en lisant cette phrase. Il ne se sentait plus au pied du mur là, il avait carrément l'impression d'être comprimé contre les briques. Ses tremblement s'intensifièrent sans qu'il ne puisse rien y faire. Sa respiration se fit haletante et sa tête se mit à tourner. Il sentit son estomac chuter douloureusement dans son ventre. Pourquoi... Pourquoi est-ce que Shizuo se montrait-il aussi direct? Il ne pouvait pas gérer ça... C'était trop brutal... Beaucoup trop brutal... Il se sentait mal, il avait l'impression d'étouffer. Shizuo l'étouffait. Ce dernier devait s'éloigner... et ne surtout pas venir s'immiscer de force dans ses problèmes... Il pouvait l'accepter venant de Shinra, mais pas de Shizuo... Non, c'était trop... il ne trouvait pas de mot, mais c'était juste trop...
« Tu tiens vraiment à parler de ça? »
« Ouais. »
Shizuo grogna. Merde, il avait répondu trop vite. Mais putain, il n'avait pas l'habitude de devoir réfléchir avant de répondre à quelqu'un!
« Mais je veux pas te forcer. »
Il renvoya ce message, avant de passer nerveusement une main dans ses cheveux. Ça ne lui ressemblait pas tout ça. Il avait la désagréable impression de marcher sur des oeufs et c'était vraiment pénible! Mais il ne voulait pas brusquer Izaya... Putain, c'était quand même bien plus facile de se montrer patient avec Shiroi qu'avec la puce...
De son côté, Izaya plissa légèrement les yeux. Décidément, il n'aimait pas du tout la tournure que prenait la conversation. Il sentait qu'il se mettait sur la défensive. Parler de son état actuel était toujours délicat pour lui, mais c'était encore pire avec Shizuo. Même si, soi-disant, il ne voulait pas le forcer, Izaya se sentait malgré tout bel et bien obligé de se dévoiler, de se mettre à nue. Il avait peur de la réaction de Shizuo s'il refusait de lui répondre, ce qui, du coup, lui donnait l'impression de ne pas avoir le choix et il ne supportait pas ça... Le malaise qu'il ressentait ne cessa alors de s'agrandir jusqu'à prendre toute la place dans sa poitrine, l'empêchant de respirer normalement...
« Tu veux peut-être des détails pour déculpabiliser? À moins que ça ne t'amuse de savoir que je ne peux toujours pas remarcher? »
La phrase partit presque d'elle-même, avant qu'il ne puisse s'arrêter, tant il étouffait. Il en eut alors le souffle coupé. Il n'aurait pas dû lui envoyer ça! Mais ça avait été plus fort que lui... Sa respiration se fit alors de plus en plus lourde, le forçant à chercher péniblement son oxygène. C'était insupportable... Sa main gauche s'agrippa désespérément à son pantalon, ses ongles s'enfonçant légèrement dans sa chair à travers le tissu. Son autre main essayait de tenir tant bien que mal son téléphone... Il ne se sentait vraiment pas bien... Et la réponse, qui ne tarda pas à venir, ne fit qu'empirer son mal-être.
« Non putain! Ferme ta sale bouche et arrête de raconter de la merde! »
En lisant ces mots, un air glacial s'infiltra dans ses poumons. Sa gorge se serra. Izaya laissa alors échapper un faible gémissement. Il sentait la peur monter dans sa poitrine. Les premiers signes d'une crise de panique se firent ressentir... Il avait l'impression que chaque respiration lui brûlait la gorge... Il transpirait, il se sentait fiévreux... Il avait mis Shizuo en colère. Même en faisant attention, il avait réussi à l'énerver. Il ressentait toute l'agressivité du blond à travers l'écran. Une horrible envie de vomir lui prit alors le ventre. Il laissa retomber son téléphone sur les draps, comme s'il s'était brûlé. Il avait été présomptueux. Il ne pouvait pas parler avec Shizuo sans ressentir cette peur qui le dévorait de l'intérieur... C'était juste impossible qu'ils puissent avoir une conversation normale...
Ses mains s'accrochèrent violemment à ses cheveux. Il avait envie de les tirer fortement, de se les arracher, de se faire du mal... Il avait encore fait n'importe quoi! Tout son corps tremblait. Non... il devait absolument se calmer... Il sentait son coeur lui remonter dans la poitrine. Merde... il allait réellement vomir... Il se força alors à respirer longuement, espérant faire passer cette sensation plus que désagréable. Il voulait juste que tout s'arrête... que tout s'arrête...
A plusieurs centaines de mètres de là, Shizuo tremblait également. Mais lui, c'était de colère. Il n'avait pas supporté les paroles d'Izaya, mais c'était surtout contre lui-même qu'il était fâché. Il n'aurait pas dû lui répondre comme ça. Mais putain, il avait tellement eu l'impression de revoir la puce d'autrefois, qui le faisait chier rien que par sa présence, il avait entendu sans peine sa voix désagréable lui sortir ces mots. Merde, ce n'était pas une excuse. Il aurait dû prendre sur lui... Mais il n'allait pas non plus s'empêcher d'être lui-même juste pour apaiser les craintes stupides d'Izaya! Putain, il se sentait de plus en plus perdu sur la façon dont il devait agir. Il n'avait rien dit de mal, même s'il savait qu'il n'aurait pas dû répondre aussi sèchement. Mais prendre des gants, avec qui que ce soit d'ailleurs, ce n'était vraiment pas son truc!
Il attendit alors, dans un grand état de tension, que son téléphone vibre à nouveau. Mais, aucun message ne lui parvint. Au bout de dix minutes à regarder stupidement son écran, il grogna, de mauvaise humeur. Génial! Il lui avait surement encore fait peur. Putain! Mais ce n'était que de simples mots! Et il n'allait certainement pas s'excuser pour ça! A Izaya aussi d'arriver à gérer ça! C'était sa façon de fonctionner! Il ne pouvait pas non plus changer du tout au tout! Soupirant fortement, il finit par se relever et décida de rentrer.
« Allez viens, Shiroi. »
Il avança alors à grands pas en direction de son appartement. Il ne se sentait pas bien et il commençait à en avoir marre de tout ça. Marre de se prendre autant la tête parce qu'il ne savait pas comment communiquer avec Izaya...
Dès qu'il fut chez lui, il donna à manger à son chien et alla dans sa cuisine. Il ouvrit son frigo, peu inspiré. Mais il devait bien manger. Il sortit alors quelques légumes et commença à préparer son repas. Il essayait de se concentrer sur ce qu'il faisait, pour se changer les idées, mais son regard ne cessait de se poser sur son téléphone à intervalles réguliers. Merde! Pourquoi tout devait-il être toujours aussi compliqué avec cette foutue puce? Décidément, il n'arriverait jamais à le comprendre.
Rageusement, il s'assit alors à table et commença à manger. Mais il ne supportait pas ce silence. Ils avaient tellement bien commencé tous les deux. Ça ne pouvait pas s'arrêter comme ça, pas déjà, pas de façon aussi stupide. Ce n'était rien, en plus, ce qu'ils s'étaient dit! Merde, ça montrait bien à quel point ils étaient tous deux irritables et tendus. Un rien pouvait faire dérailler ce semblant de normalité qu'ils essayaient d'installer entre eux depuis hier soir. Mais Shizuo ne voulait pas perdre ce faible lien qui se créait lentement. C'était important. Il sentait qu'il avait encore besoin de lui parler pour réussir à aller mieux. Rien ne serait jamais réglé s'ils stoppaient là leurs interactions. Il soupira alors fortement, prit sur lui et attrapa son téléphone pour renvoyer un message.
« Aucun de tes mots ne me fera jamais déculpabiliser. »
Il grogna tout en reprenant son repas. Il n'arrivait vraiment pas à savoir comment il devait s'y prendre avec Izaya. Il se sentait terriblement maladroit. Mais, surtout, il se rendait compte à quel point il y avait encore beaucoup de tension entre eux deux. L'écran adoucissait un peu ce sentiment, mais ne pouvait pas l'effacer totalement... Merde... Après tout, c'était la première fois qu'ils essayaient réellement de se parler, c'était normal que ça ne se passe pas si bien que ça, non? Ils devaient tous les deux arriver à trouver leurs marques. Et c'était tellement difficile après ce qu'il s'était passé lors de leur dernier combat...
Mais Shizuo n'avait vraiment pas envie que ce maigre contact entre eux s'arrête, pas maintenant, pas avoir leur échange de la veille qui lui avait donné tant d'espoir. Sinon, il avait l'impression que la situation allait complètement dégénérer et qu'Izaya lui échapperait pour toujours... Merde, c'était ce qu'il avait toujours voulu pourtant, mais là... Il y avait encore trop de choses à régler entre eux... Sans doute que sa démarche était égoïste, mais Shizuo voulait plus que tout arriver à enfin passer à autre chose au lieu d'être toujours bloqué sur ce qu'il lui avait fait cette putain de nuit-là et sur la peur qu'il lui inspirait désormais. Et pour ça, il n'avait pas le choix que de se confronter à la puce... Enfin, c'était sa vision des choses en tout cas...
Mais, alors que Shizuo essayait d'y voir plus clair, Izaya, de son côté, peinait à calmer sa crise de panique naissante. Lorsque son téléphone vibra à nouveau, sa boule au ventre se durcit et il hésita à le regarder. Mais il avait trop besoin de savoir. Le souffle court, il l'attrapa alors et lut les mots de Shizuo. Lentement et plusieurs fois. Ses angoisses se calmèrent alors un peu. Shizu-chan ne semblait plus énervé et était même revenu vers lui... Il respira fortement et essaya de prendre sur lui. Il pouvait le faire. Ce n'était qu'un autre combat contre lui-même... Allez, il devait arrêter de se laisser enfermer continuellement dans sa peur. Il devait se forcer à continuer cet échange. Ce n'était qu'en se confrontant à Shizuo qu'il pourrait aller mieux, non? Mais il ne se sentait pas bien, comme s'il était malade. Depuis qu'il avait commencé à lui parler, il avait l'impression de passer brusquement d'un sentiment à un autre et c'était vraiment difficile à gérer... Les mains toujours tremblantes, il parvint néanmoins à lui répondre.
« Tu ne devrais pas culpabiliser pour ça. Je t'ai poussé à le faire. »
« Et? Ça justifie ma violence? »
Izaya passa lentement un doigt sur ses lèvres, la respiration toujours un peu saccadée. Il ne s'attendait clairement pas à cette réponse. Décidément... L'imprévisibilité de Shizu-chan était toujours d'actualité... Enfin, au moins, elle permettait d'apaiser un peu la tension qui parasitait son corps. Comme s'il sentait que la tempête était passée. Même s'il était toujours très nerveux, il parvint à reprendre un semblant de contrôle sur lui et continua la conversation, parvenant à faire comme si la peur ne lui gelait pas le ventre.
« Mais tu penses que je le méritais, non? »
L'ancien barman souffla devant cette question. Putain, Izaya était vraiment chiant avec ses phrases à la con! Et il le mettait dans une situation vraiment désagréable. Merde, il le cherchait, non? Shizuo n'allait certainement pas lui mentir pour lui faire plaisir.
« Ouais. Avec toute la merde que t'as foutue autour de toi, tu le méritais. Mais ça change rien au fait que je n'aurais jamais dû céder à la violence. »
Malgré sa nervosité, Izaya ricana légèrement, se surprenant lui-même. Mais cette réponse lui plaisait. Au moins, Shizu-chan était honnête avec lui et ça lui faisait du bien. Oui, ça lui faisait du bien parce qu'il ne ressentait aucune pitié dans ses propos et c'était exactement ce dont il avait besoin. Mais la fin du message... Izaya pouvait sentir toute la culpabilité de l'ancien barman à travers ces mots. C'était tellement étrange... Eux qui se cherchaient sans aucune hésitation autrefois... Izaya qui le poussait à bout avec amusement, Shizuo qui lui lançait n'importe quel objet avec force et précision. Et maintenant... Izaya avait peur, Shizuo culpabilisait...
L'informateur se mit alors à rire. Il rigola longuement, sa voix s'élevant dans les aigües de façon incontrôlable. C'était nerveux, il n'arrivait pas à s'arrêter. Mais comment avaient-ils pu tomber aussi bas tous les deux? Izaya se souvenait sans peine de leur rencontre. A cette époque, leur haine était amusante. Toutes ces courses poursuites, ça avait été un jeu, un simple jeu. Mais avec les années, les sentiments d'Izaya pour Shizuo s'étaient tordus. Jusqu'à devenir cette haine intense proche du dégoût. Et son obsession pour lui n'avait fait qu'accroître également, s'incrustant si profondément en lui qu'elle en avait été douloureuse.
Mais qu'en était-il de tout ça à présent? Izaya le haïssait-il toujours autant? Au-delà de sa peur, que ressentait-il exactement pour Shizuo? Il savait qu'il s'était trompé sur lui, que ce dernier était humain. Mais, pour autant, est-ce que ça pouvait faire disparaitre dix années de profonds ressentiments? Izaya ne le savait pas. Quand il pensait au blond, il ne ressentait que de la peur, il n'arrivait pas à voir plus loin que ça. Est-ce que c'était pareil pour Shizuo? Est-ce que sa culpabilité dépassait la haine qu'il éprouvait à son égard?
Un sourire tordu s'afficha alors sur son visage. Leur relation ne ressemblait vraiment à rien. Mais Izaya y voyait pourtant étrangement clair ce soir. Malgré ce que Shizuo lui avait affirmé, sans doute qu'il avait besoin d'avoir des détails sur son état pour pouvoir passer au-dessus de sa culpabilité, tout comme Izaya avait besoin de lui parler pour passer au-dessus de sa peur... Il passa alors nerveusement une main sur ses jambes, sentant naitre en lui l'envie d'enfoncer à nouveau ses ongles dans cette chaire si faible... Peut-être qu'il devait bien ça à Shizuo... Peut-être qu''il pouvait réussir à parler de lui-même de son était s'il ne se sentait pas obligé de le faire... Oui, peut-être...
« Il n'y a pas de raison de revenir là-dessus. Je ne t'en veux pas, tu devrais en faire de même. »
Après avoir envoyé ces mots, Izaya serra ses doigts fortement sur ses jambes. Il avait vraiment l'impression de marcher en permanence sur une corde raide avec Shizuo. Aujourd'hui, plus que jamais, il se rendait compte que chaque mot utilisé pouvait être une bombe potentielle. Sa tête se mit à nouveau à tourner, il manquait d'air. Cette conversation était tellement difficile... Mais il s'accrochait. Parce qu'il ne pouvait pas se permettre de céder.
« T'es bizarre puce. T'as enfin la preuve que je suis un monstre et tu n'en fais rien? »
Izaya soupira. Décidément, il n'y avait pas que lui qui avait du mal à avancer... Il secoua légèrement la tête. Shizu-chan, Shizu-chan... Tu n'as donc rien compris à ce que je t'ai dit hier?
« Je t'ai dit que je m'étais trompé, non? Tu n'es pas un monstre. »
Les mains de Shizuo furent prises d'un spasme involontaire en lisant ces mots. Il avait supposé qu'Izaya disait qu'il s'était trompé par rapport à sa manière d'agir avec lui, mais jamais il n'aurait pu croire que sa pensée aille aussi loin. Izaya... Il ferma les yeux un moment. Tu n'es pas un monstre... Merde! Jamais il n'aurait cru que la puce puisse lui dire ça un jour... Pourquoi maintenant? Pourquoi avait-il fallu qu'il soit trop tard pour qu'Izaya lui lâche ces mots-là? Putain, ça n'avait strictement aucun sens!
Il passa une main sur son visage. Il avait mal... Ça le brûlait de l'intérieur. Il ne savait pas quoi répondre à ça. Il se sentait totalement pris de court. Il avait envie de lui hurler dessus, de crier haut et fort que ce n'était pas à Izaya de décider s'il était un monstre ou non. Il voulait le secouer aussi, lui dire qu'il ne devrait pas excuser aussi facilement ce qui s'était passé ce soir-là... Il souhaitait tellement de choses, mais au final, il se contenta de simples mots, parce que c'était tout ce qu'il pouvait lui dire.
« Ne dis pas ça. J'en suis un. Et c'est pas discutable. »
Izaya resta immobile devant ce message. Il comprit alors réellement, pour la première fois depuis deux ans, qu'il n'était pas le seul à encore souffrir de leur dernier combat et ce constat le rendit étrangement triste. Son regard se perdit à travers la fenêtre. La nuit était en train de tomber... Combien de fois Izaya n'avait-il pas attendu pile ce moment-là pour sortir et aller trainer à Ikebukuro dans l'espoir de tomber sur Shizuo? Ses doigts se refermèrent en poings, agrippant les pans de son pantalon. Quel gâchis... Merde, il donnerait vraiment tout pour pouvoir revenir en arrière!
Il respira fortement, avant de se focaliser à nouveau sur son écran. Que devait-il répondre à ça? Il ne pouvait pas réconforter Shizuo. Ce n'était pas sa place. Ça n'aurait aucun sens. Et il n'en avait, de toute façon, pas la force. Parce que, quand il fermait les yeux, il voyait toujours Shizuo sous son plus mauvais jour. Si semblable à une bête... à un traqueur qui voulait en finir au plus vite avec sa proie... Il souffla longuement, comme pour se remettre les idées en place, avant de lui renvoyer un message, qui n'avait peut-être pas beaucoup de sens juste après le dernier envoyé, mais qu'importe. Ça en avait pour lui.
« C'est vrai que ma rééducation se passe bien. Je vais même commencer un nouvel exercice la prochaine fois. C'est difficile et douloureux, mais ce n'est pas irréversible, alors je m'accroche. »
Shizuo fut plus qu'étonné de recevoir un tel message. Mais pourquoi revenait-il avec ça? Quel était le rapport avec ce qu'il venait de lui dire? Il grogna. Décidément, il avait du mal à suivre Izaya. Est-ce qu'il essayait de le soulager en disant ça? Mouais, c'était bizarre, surtout venant de la puce. Mais il n'allait pas s'en plaindre parce que, au moins, il avait eu sa réponse.
« Bien. Continue comme ça. »
Merde, il était tellement maladroit, mais il ne voyait pas ce qu'il pouvait dire d'autre... Cette situation était vraiment étrange... mais pas si désagréable que ça en fin de compte. Même s'il ne se sentait pas très bien, jamais il n'aurait cru pouvoir parler avec Izaya de cette manière-là avant. Honnêtement, ce n'était pas aussi catastrophique que ce qu'il aurait cru... Et ces mots... Tu n'es pas un monstre... Il avait encore du mal à croire qu'Izaya les ait réellement écrits.
Il inspira profondément. Est-ce que la puce le pensait réellement? Putain, pourquoi est-ce que ça lui faisait autant d'effet? Pourquoi est-ce que ça le faisait se sentir... triste en fait...? Et puis... est-ce qu'il pouvait se permettre de lui faire confiance sur un sujet aussi important? Merde, mais qu'est-ce qu'ils étaient en train de faire tous les deux? Se parler, s'excuser... Que cherchaient-ils à atteindre? Que voulait Izaya...?
Il finit par quitter la cuisine, décidant de tout ranger plus tard, et se laissa presque tomber sur son divan. Il ne savait pas ce qu'il devait penser de tout ça. Il était juste perdu et confus comme jamais il ne l'avait été...
Tous les deux restèrent alors un moment immobile, pensifs. Ce silence ne fut, cependant, pas dérangeant. La tension retombait doucement, comme si le coup d'éclat de tout à l'heure n'était plus qu'un mauvais souvenir. Cette mise à plat, même un peu forcée, avait été nécessaire, ils le savaient...
Couché dans son lit, Izaya regarda fixement le plafond. Sa respiration se fit lentement plus régulière. Pour la première fois depuis son retour, son esprit n'était pas uniquement focalisé sur la peur lorsqu'il pensa à Shizuo. Peut-être que ce qu'il retrouverait derrière cette peur quand tout serait fini, ce n'était pas de la haine, mais bien des regrets. Il en goutait déjà le goût amer ce soir. Ce qui s'était passé cette nuit-là avait eu un plus grand impact sur Shizu-chan qu'il ne l'aurait cru... Ce dernier devait s'en vouloir à un point inimaginable...
A ce moment-là, Izaya ne put s'empêcher de douter. Leurs sentiments respectifs étaient tellement ancrés profondément en eux qu'il n'était pas sûr qu'ils puissent parvenir un jour à s'en défaire. Ne faisaient-ils pas fausse route en essayant de les supprimer? Ils n'auraient peut-être pas le choix d'apprendre à vivre avec ça. Peut-être qu'Izaya aurait toujours peur de Shizuo, parce qu'une agression pareille, même provoquée, était difficile à oublier. Et, pour les mêmes raisons, peut-être que Shizuo ne pourrait jamais se le pardonner. Mais ce constat était bien trop amer pour Izaya, lui qui voulait tant y croire.
Il inspira alors profondément, avant de lui renvoyer un message. Sans aucun filtre. Sans aucun faux-semblants.
« Je suis fatigué... Mais est-ce que je peux à nouveau te parler demain? »
Son coeur se mit à battre un peu plus fort lorsque le message fut envoyé. Ce genre de question... C'était la première fois qu'il se dévoilait autant à quelqu'un d'autre. Ça allait bien au-delà du fait de dire s'il allait bien ou non ou même de parler de sa rééducation. Là, il lui faisait clairement comprendre qu'il voulait continuer leurs discussions. C'était une demande ouverte... Izaya n'aimait pas agir comme ça, il se sentait vulnérable. Il se mettait dans une position où il pouvait être rejeté, mais il sentait que c'était nécessaire. Pour que Shizuo puisse donner son accord. Et pour qu'ils puissent essayer d'enfin partir tous les deux dans la même direction...
« Oui, tu peux. »
Juste trois mots. Trois mots francs et directs qui voulaient tout dire...
Premier chapitre à être consacré 100% au Shizaya! Bon, il a fallu attendre le chapitre 13, mais j'espère que ça vous a plu :).
A suivre: Si c'était à refaire
