du 15 au 20 octobre 514, Sicile


Berthe pousse un énorme soupir en s'approchant des toilettes. Elle a appris rapidement à détester cet endroit de la fac plus que nul autre. Et encore, aujourd'hui, elle a plutôt de la chance, car il ne pleut pas. Néanmoins les taches d'humidité du plafond continent de goutter sur sa tête alors qu'elle s'approche de la ligne de cabines, se dirigeant vers la seule qui ferme encore à clef.
Enfer et damnation, la clef a disparu. C'est un moindre mal, le sol de la cabine en question étant complètement trempé d'une substance qui, suivant l'opinion de la jeune fille, est très bien telle qu'elle est : non-identifiée.

Se rabattant sur une des cabines au sol encore sec, Berthe secoue de ses cheveux le morceau de plâtre mouillé qui vient de dégringoler du plafond. Puis elle sort de son sac le minimum vital de survie de tous les étudiants : rouleau de papier toilette et savonnette. Avec une grimace, elle enroule une ficelle autour de la clenche et la tire vers elle, afin de garder la porte fermée durant toute la manœuvre, juste au cas où. Les gens ne font pas toujours attention et ouvrent les portes sans frapper. Puis elle fronce le nez. Le précédent – ou la précédente – n'a pas eu la correction de tirer la chasse. Grommelant, elle appuie sur le bouton.
Rien ne se passe.

Pestant contre le manque total d'infrastructures adaptées, elle appuie encore une fois sur le bouton de déclenchement de la chasse d'eau.
Toujours rien.

Elle décroche un coup de poing au réservoir, des fois que ça servirait à quelque chose.
Ce dernier sonne vide.

Pressentant une mauvaise nouvelle, elle ouvre le robinet du lavabo.
Rien.

Même pas un petit gargouillis.

La journée s'annonce très longue.


- Coupure d'eau sur toute la ville, annonce sobrement Smeralda à la pause de midi.
- Heureusement que le café utilise de l'eau en bouteille, remarque Marco avec philosophie.
Pour rien au monde il ne renoncerait à son café d'après-repas. Berthe se tortille sur le tabouret, pas très confortable. Elle n'a pas encore pris l'habitude de manger tous les midis perchée au sommet d'un si haut siège, à se nourrir de pizzas et autres paninis en tous genres.

- Het hen chéénéral, çâ tûre cômpien te temps, hune coûpure t'eau ? demande-t-elle, inquiète.
- Oh, une demi-journée, pas plus, assure Marco. Ils font sans doute des travaux suite aux orages d'il y a deux jours.
- Ça arrive souvent, rien de bien grave, rassure Smeralda.
- Ha pôn ? fait Berthe sans cacher sa surprise. Chêz noûs hà la câpitale hîls prééfiennent troîs choûrs hà l'hâvence quand hil y a hûne coûpure t'eau. Foire même hune seemaine.
- T'es pas à la capitale ici, grogne Marco. Arrête un peu de tout comparer à chez toi, c'est pénible.
- Mais... commence Berthe.
- Nan, il a raison, t'es chiante... soupire Smeralda. La capitale c'est mieux parce que ci, c'est plus joli parce que ça... Madonna, lâche-nous les baskets avec la capitale ! Si ça te plaît pas ici t'avais qu'à pas venir !
- Maîs c'hest chôli hici, se défend Berthe. Hil hy a tes chôlis pâhysaches.

Elle réfléchit quelques instants.
- Het puîs les chens sont châleureux.
- Chaleureux ? fait Marco, intrigué.
- Vouis, répond Berthe. Tans la câpitale les chens hils fous hînfitent pas cômme ça hà poîre le câffé. Het châcun paye poûr sa poâre. Les chens se pâttent pas pour pâyer le câffé des z'haûtres. C'eest plus strîct.
- Vous vous offrez pas le café entre vous ? s'exclame Smeralda, offusquée. Mais quel pays de sauvages !
- Hon se paye peût-hêtre pas le câffé, rétorque Berthe, un peu vexée, maîs hôn coûpe pas l'heau cômme ça sans prééfenir.
- Mais c'est juste un incident temporaire... grogne Marco.

Il fait signe au patron du petit café, pour qu'il monte le son de la radio. Le bulletin d'informations annonce que l'eau courante devrait être rétablie sur la ville d'ici une heure à peine.
Mais Berthe sait très bien que l'heure locale dure bien plus que soixante minutes...


Le soir même, Berthe sacrifie sa dernière bouteille d'eau pour faire sa vaisselle et se laver les mains. Si tout va bien, l'eau sera revenue dans la nuit, et elle pourra prendre sa douche le lendemain.

Se rassurant de ces belles paroles, elle s'endort, serrant contre elle Milou tandis que Karamell, Schnèck et Sprittz se sont installés à leurs points habituels de repos.


Loredana se masse les tempes. Les trois premiers rapports d'autopsie viennent d'arriver sur son bureau. Elle ne sait toujours pas pourquoi ni comment elle s'est retrouvée chargée d'enquête sur la tragédie de la villa Ravenswood. Voilà un mystère bien épais, sans compter les dizaines d'autres affaires similaires qui, pour une raison quelconque, s'entassent sur son bureau à elle au lieu d'être confiées aux commissariats de secteur.

D'abord, ces morts tués par une nouvelle attaque de type acier, que le légiste a nommée « dard-acier » en attente de mieux. Les différences entre les attaques sont expliquées par les différences entre les individus voire les espèces utilisant ladite attaque. Sûr de lui et de ses connaissances scientifiques, le légiste a intégré ladite attaque dans la base de données japonaises. Pourtant, malgré l'assurance du médecin et ses nombreuses preuves, ladite attaque n'a pas encore été soumise à approbation aux yeux de la communauté scientifique internationale. C'est quelque chose d'étrange qui mérite d'être noté. Bien des attaques de capsumons sont recensées suite à une légende ou un on-dit, pourquoi pas le « dard-acier » dont les effets sont bien connus ?
Prenant des notes dans un fichier texte bien caché sur son disque dur, Loredana continue sa réflexion. Sans doute, finalement, Rosa n'avait pas si tort que ça ?

Elle arrive au second point de sa réflexion. Elle a lu en détail les rapports au sujet de la persistance de morceaux de corps de capsumon tant que le capsumon en question est vivant. Rosa avait raison. Ce n'est pas valable pour les éléments utilisés en combat. L'université de Kiev en a fait l'expérience. Il n'y a aucune raison pour que les projectiles métalliques d'une attaque de type acier restent aussi longtemps dans les plaies des victimes, à fortiori, il n'y a aucune raison pour qu'elles ne se dissolvent pas dans les casiers des pièces à conviction de la police.
Donc, ce ne sont pas des capsumons qui attaquent les humains au hasard à-travers l'île.

Troisième point de sa réflexion, par un curieux effet du sort, tous les cas similaires sont regroupés sur le seul commissariat de Palerme au lieu d'être répartis en fonction de la zone où les crimes sont perpétrés. Car ce sont bien des crimes, et il y a certainement un lien entre eux. Quelqu'un veut que l'enquête piétine. Un quelqu'un suffisamment important pour pouvoir donner des ordres aux forces de l'ordre siciliennes. Quelqu'un qui peut faire mentir un médecin légiste.

Avec une grimace, Loredana doit se rendre l'évidence : il y a sans doute de la mafia là-dessous. Ce n'est pas possible autrement. Elle a donc les mains liées et tout ce qu'elle peut faire, c'est se comporter stupidement, obéir à ce qui lui est indirectement suggéré, et enterrer les affaires faute de preuves ou de moyens humains.
Elle refuse de se comporter ainsi.
Il y a forcément une autre solution.
Elle regrette un peu d'avoir rétrogradé Rosa mais d'un autre côté, n'est-ce pas le meilleur moyen de lui sauver la vie ?

Quelqu'un frappe doucement à la porte.
- Entrez.
- Ménage.
- Ah, c'est vous, Clio. Entrez, entrez...
Loredana se lève poliment de son siège et range celui-ci sur son bureau, laissant le champ libre pour passer un coup de balai sur le sol.
- Toujours à fouiner dans ce qu'il ne faut pas... murmure Clio.
- Je vous demande pardon ?

Les yeux de Loredana se rétrécissent. Clio soupire et ferme la porte, puis elle tourne ses yeux sans âge vers la patronne de la place.
- Vous êtes sûre de vouloir savoir ?
- Pourquoi me demandez-vous cela ?


Clio secoue la tête. Avec cette humaine, il va falloir jouer cartes sur table, finalement.
- Je sais ce qui se trame ici.
- Vraiment ?
La vieille pokémone eau/psy réfléchit quelques instants.
- Je suis la femme de ménage. Je vois tout. J'entends tout. Et je sais quand je dois parler et quand je dois me taire.
- Je pense que le moment est venu de parler, n'est-ce pas ?

Elle acquiesce de la tête.
- Il y a beaucoup de personnes vendues dans ce commissariat.
- Je sais.
- Je pourrais vous donner des noms, mais ça ne vous avancera à rien.
- J'ai des suspicions...
- ...qui sont justes pour la plupart.

Un instant de silence s'installe.
- C'est tout ce que vous aviez à me dire ? grogne Loredana.
- Vous avez le choix entre deux destinées, répond Clio, le regard vague. Vous pouvez rester dans les rangs, et vivre. Ou vous pouvez tenter de renverser la vapeur, de faire votre devoir, et de mourir en martyr.
- Croyez-vous que je sois du genre à faire demi-tour ? grogne l'agent de police.
- Non, bien entendu, répond Clio. Mais je tenais à vous prévenir.
- Merci. Ce n'était pas nécessaire, mais merci.
- Je pourrais vous dire ce qui se trame, mais... est-ce bien nécessaire ?
- Que voulez-vous dire ?

La femme de ménage fait quelques mouvements de son balai, puis s'arrête, fixant Loredana intensément.
- Si je vous révèle ce qui se trame réellement, vous allez en mourir de frustration, de ne rien pouvoir faire, ou pire, vous allez vous mettre dans une situation embarrassante.
- Parlez, ou je vous boucle pour entrave à la justice !
Clio glousse.
- Je sais que vous n'allez pas faire ça. Mais je vous dirai juste cela : Cosa Nostra.

Loredana étouffe un juron.
- J'en étais sûre !
- Et vous savez ce qui arrive dans ce genre de situation...
- Oui, je sais...
Clio regarde Loredana faire les cent pas en grinçant des dents. Lestement, elle passe un coup de balai entre deux aller-retour.
- Vengeances personnelles ? suggère Loredana.
- Non, c'est quelque chose d'autre...

Clio ferme à demi les yeux. Une légère aura bleuté l'entoure.
- Quelque chose de plus grand. Un plan sur plusieurs années.
- Et que puis-je faire pour les arrêter ?
Clio secoue la tête. Elle s'attendait à cette question.
- Et vous en sortir vivante ? Pas grand chose. Mais si vous tenez absolument à parvenir à un résultat quelconque, il vous faudra absolument virer Rosa.
- Pardon ?
- Non seulement la virer des forces de police, mais également la jeter hors de votre appartement.

Elle regarde la commissaire plisser les yeux en réfléchissant.
- Pour la protéger, bien sûr... murmure Loredana. Personne ne se doutera qu'elle travaille pour moi si nous n'avons plus aucun contact...
- Exactement, appuie Clio.
- Combien de temps pensez-vous...
- Ce n'est pas à moi d'en décider. Je ne me mêle pas des affaires des humains, habituellement. Je me contente de donner un simple coup de pouce.
- Un simple coup de pouce ? Habituellement ? Les affaires humaines ?

La compréhension illumine soudain le visage de Loredana.
- Veuillez garder ce renseignement pour vous, murmure Clio.
- Vous êtes...
Clio fait un geste ; Loredana perd sa voix.
- J'ai les moyens de vous faire garder le silence, murmure Clio. Mais je déteste user de la force brute. Je ne me mêle pas de vos affaires, vous ne vous mêlez pas des miennes. Compris ?
Loredana acquiesce silencieusement de la tête, les yeux écarquillées de terreur.
- Bien.

Clio relâche l'humaine et recule de deux pas. Elle reprend son balai et achève de nettoyer le bureau.
- Je ne me mêle pas des affaires des humains, rappelle Clio. Aussi longtemps qu'ils ne se mêlent pas des miennes. Mais si vous avez besoin de parler, ou de conseils, je serai toujours là.
Elle ferme doucement la porte derrière elle. Aussitôt, une jeune recrue se précipite vers elle, la mobilisant comme compagnie pour la pause-café.

Clio sourit tristement. Elle déteste être coincée entre les « bons flics » comme Loredana et les « mauvais flics » comme ce jeune membre de la Cosa Nostra.


- Gottverdammi norch a mol !
La résidence étudiante, perchée au sommet de sa colline, est réveillée de bon matin par les hurlements d'une Berthe de très mauvaises humeur dégageant une très mauvaise odeur. Une fille de la capitale, lorsqu'elle ne peut pas prendre sa douche, sent aussi mauvais qu'une fille de la campagne. Et s'il y a bien une chose que Berthe déteste, c'est sentir mauvais.
Elle ne se félicite qu'à moitié d'avoir gardé en réserve la dernière chasse d'eau, appliquant le « si c'est jaune c'est pour le trône, si c'est marron c'est pour le siphon » lorsqu'elle est frappée de plein fouet par l'odeur immonde et lourde d'ammoniac et d'urée qui s'échappe de la sale de bains. Trop, c'est trop. Berthe est une demoiselle de la ville, que diable, pas une fermière !

En tempête, accompagnée de Schnèck, Berthe descend jusqu'à la loge du concierge, et y frappe de toute la force de son poing masculin. La porte met trop de temps à s'ouvrir, à son goût.
- L'heau reefient quând ?
Le concierge bat des paupières, mal réveillé, et se gratte la tête.
- Euh, bonjour, déjà, dit-il.
Il bâille largement.
- Et ça serait gentil de parler plus doucement.

Lentement, en détachant bien les syllabes, ce qui a pour effet de faire ressortir encore plus son accent, Berthe explique la situation au gardien.
- Ah, l'eau... je sais pas. Ça devrait revenir dans la journée, je pense.
- Poûrquoi helle hest pâs reefenue tâns la nûit ?
- Mais les gens ne travaillent pas après dix-sept heures, voyons.

Il bâille encore une fois et se frotte les yeux.
- Écoute, on est vendredi. Les ouvriers vont travailler jusqu'à ce soir dix-sept heures et si ça n'est pas réparé d'ici là, ils vont sans doute travailler à mi-temps samedi et dimanche. Enfin, peut-être. Lundi soir, disons, l'eau devrait être revenue. Pourquoi, tu veux une bouteille pour pouvoir boire ? Je peux t'en passer une, c'est pas ce qui manque.
- Che feûx pas poîre, che feûx meuh lâfer !
- Utilise du déodorant...

Et sur ces belles paroles, le gardien lui ferme la porte au nez.
Furieuse, Berthe se précipite vers la supérette la plus proche pour acheter un pack d'eau, histoire de pouvoir se laver au moins le visage et les mains, et avoir l'air un tant soit peu présentable lors des leçons du jour.
Avec la professeur Petronilla Battagliola.
À croire que cette dernière enseigne toutes les matières en sciences de la Terre !


- Alors ça, c'est vraiment, mais vraiment, stupide, grogne Ma'ame Capone.
Fiorangela tourne la tête. Sa mère est au téléphone, grimaçant de tout son mieux.
- Et concernant l'antiquité ? Elle est intacte, au moins ?
L'interlocuteur répond quelque chose, ce à quoi Ma'ame Capone grogne encore.
- Bon, soupire la vieille dame, c'est au moins ça de pris.

Elle raccroche.
- Que se passe-t-il, maman ? demande Fiorangela, intriguée.
- Il se passe, ma fille, que j'ai des problèmes sur l'un de mes chantiers d'extraction d'antiquités. Ces idiots on reniflé un gros objet de métal, et ont creusé sans se poser de questions. Ils ont tapé dans la canalisation qui alimente tout Messine en eau !

Mi-amusée mi-choquée, Fiorangela presse ses deux mains sur sa bouche, pour éviter que tout son impromptu ne s'en échappe.
- Résultat, tout le chantier est inondé, impossible de récupérer l'énorme truc de métal pour le moment, et il a fallu vider les lieux pour éviter les ouvriers de la ville venus travailler sur place ! Tu parles d'argent foutu en l'air !

Pestant contre ces imbéciles qu'elle emploie, Ma'ame Capone retourne s'installer dans son coin préféré de sa villa. Si son fils n'avait pas été aussi radin, elle aurait pu payer des spécialistes et des employés de mairie pour éviter l'incident en se procurant le plan des canalisations de la zone. Mais non, il fallait que son incapable de rejeton gaspille les fonds de la Team Rocket à la poursuite de Mewtwo au lieu de donner sa part des bénéfices à sa mère, l'ex-Madame Boss.

Madame Boss. Comme ce nom sonne étrangement dans la tête de Ma'ame Capone...


Berthe arrive dans le bureau de la professeur Battagliola un peu en retard, c'est-à-dire, traduit en heure locale, assez en avance. La professeur n'a pas l'air perturbée par la coupure d'eau – elle a l'air perturbée tout court. Sous les yeux ébahis de Berthe, un petit gâteau entre les dents, les bras levés et frappant le sol du talon, la professeur Battagliola danse le flamenco.
- Ah Berthe ma belle, te voilà !
- Ho nôn, me foîlà pâs !

Berthe tente de s'esquiver. Peine perdue.
- Allez viens, ma belle, je vais t'apprendre à danser !
La blonde grosse Alsacienne jette un regard suppliant aux thésardes hilares, groupées dans un coin du bureau, et qui font de leur mieux pour se faire oublier.
- Viens ma belle, insiste la prof. Lève le talon ! Plus haut ! Frappe plus fort le pied par terre ! Suis-moi maintenant ! Nous allons danser dans les couloirs !

Berthe fait mine de suivre la vieille professeur ; au bout de quelques mètres, elle fait demi-tour et se précipite dans le bureau dont elle ferme la porte. Essoufflée et rouge, elle s'adosse au battant.
- Qu'hêst-ce queuh c'hest queuh ceuh pâyis deuh cînclés ?
- C'est la prof ! répond une thésarde hilare.
- Hil lui hârrife quoî ?
- Oh, rien de dramatique... répond la thésarde en essuyant des larmes de rire. C'est juste que le professeur du bureau d'à-côté a eu le malheur de tirer sa chaise sans la soulever. Alors elle se venge en faisant du bruit.
- Heîn ?
Berthe ouvre des yeux ahuris. Décidément, la journée s'annonce longue, très longue.

Dans le couloir, les talons de la professeur Battagliola, soixante-cinq ans au compteur, continuent de frapper le sol au rythme d'un flamenco endiablé.
- Maîson te fous...


Les yeux fermés, Berthe ouvre le robinet de la salle de bains. Elle soupire alors qu'aucun son ne se fait entendre. La coupure dure, dure, dure, et ses règles viennent de commencer, rendant la situation encore plus désagréable. Cuisiner sur un minuscule réchaud à gaz avec de l'eau en bouteille, passe encore. Faire sa vaisselle avec de l'eau en bouteille, voilà qui est plus dérangeant.

En croisant les doigts pour que la coupure d'eau ne dure pas, Berthe tire la chasse. C'est avec un pincement bizarre au cœur qu'elle écoute l'eau clapoter, suivie par un silence pesant au lieu de l'habituel « pscht » du réservoir qui se remplit. Miséricorde, quel pays de sauvages.
Elle se lave les mains avec un gel désinfectant sans eau, se nettoie le visage comme elle le peut, et tresse ses cheveux très serrés. Elle essaye de ne pas trop renifler son linge, et se promet de changer son pyjama, même si c'est pas le jour, dès qu'elle peut à nouveau prendre une douche. Elle déteste transpirer, elle déteste sentir la transpiration, elle déteste plus encore devoir se coucher sans pouvoir se laver.
Elle commence à peine à somnoler, que des gargouillis en provenance des tuyaux la tirent du lit. Aussitôt elle bondit, ouvre en grand les robinets de la douche, prête à bondir sous l'eau, froide ou bouillante, dès que la première goutte aura jailli.

Un quart d'heure plus tard, dépitée, toujours sans eau et toujours sans douche, elle tire les couvertures par-dessus sa tête pour tenter de dormir un peu. Elle se promet de se lever à l'aube, juste au cas où.


Le soleil vient à peine de se lever, et Berthe est déjà en train de tambouriner à la porte du concierge-gardien de la résidence. L'eau n'est toujours pas revenue. Il est impensable que les ouvriers n'aient pas travaillé de nuit, dans l'esprit rigoureusement germanique de la grosse blonde. C'est un gardien de nuit un peu blasé, les yeux bouffis par la fatigue, qui lui ouvre.
- Qu'y a-t-il ?
- L'heau !
- C'est pas ma faute, pas la peine de me crier dessus.
- Hil faût hencôre cômpien te têmps ?
- Si on en croit les dernières informations, il y aurait toute une canalisation à changer, et ça devrait être réglé vers midi.
- Houî, maîs mîti te quêl choûr ?

Le gardien se contente de secouer la tête et de fermer la porte au nez de Berthe, ce qui a pour seul effet de la rendre encore plus furieuse. C'est donc avec une énergie peu commune qu'elle descend la rue pour se rendre au marché du bord de mer, choisir avec soin les légumes frais cueillis le matin même dans les champs et sous les serres. Le point positif de cette coupure d'eau, c'est que pour une fois, les laitues ne sont pas détrempées par les maraîchers qui cherchent à donner un aspect de fraîcheur à leurs légumes.
La pluie commence à tomber.

Berthe se précipite de toute la lenteur de ses quatre-vingt-cinq kilos (et demi) pour remonter la rue, et mettre sur le balcon sa bassine à lessive. Avec de la chance, elle parviendra à récupérer assez d'eau pour se laver un peu, et tirer la chasse avec l'eau de son bain improvisé.
Au moment où elle installe la bassine sur le balcon, la pluie cesse de tomber.

Pleurant de frustration, Berthe lave ses légumes et fait sa cuisine avec l'avant-dernière de ses bouteilles d'eau. Si seulement elle vivait près d'un lac, au lieu du bord de mer, elle pourrait aller s'y laver ou y faire sa lessive ! Mais le sort s'acharne sadiquement sur la ville. Messine est un port de la Méditerranée, les rivières sont à sec sauf en cas d'orage, et la canalisation qui approvisionne la ville en eau est rompue. Berthe ne serait pas étonnée d'apprendre qu'il s'agit d'un coup de la mafia locale, creusant un peu n'importe où les fondations de ses villas de luxe.


Dans une petite maison blanche accrochée à la colline quelque part en Sicile, Ma'ame Capone se fait lire le journal par sa fille Fiorangela. Elle a réussi à impressionner sa fille suffisamment pour obtenir qu'elle ne laisse le Spiritomb en-dehors de sa capsule qu'une après-midi par semaine, sous surveillance étroite. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est déjà un bon début. Avec le temps, peut-être parviendra-t-elle à persuader sa fille de se débarrasser de l'inquiétant spectre.
- La ville de Messine est toujours sans eau, annonce Fiorangela. Ils n'ont toujours pas réparé la canalisation.

Ma'ame Capone grogne.
- J'ai pu récupérer mon antiquité. C'est tout ce qui importe.
- C'est quand même toute une ville qui est privée d'eau, Maman. Tu n'as donc pas de cœur ?
- Si j'ai un cœur, et j'ai aussi un esprit pratique, rétorque l'ancienne cheffe de la Team Rocket. Pourquoi ça t'intéresse tant que ça, la coupure d'eau sur Messine ? Tu comptais y aller faire un tour ? Tu peux pas attendre une semaine ou deux qu'ils réparent ?
Fiorangela grogne et replie le journal. Ma'ame Capone fronce le nez et secoue la tête.
C'était tellement plus simple, avant qu'elle laisse les rênes à son fils.

Un demi-sourire éclaire son visage. Repenser à la façon dont elle a mis sur pieds cette tentacule de la mafia, en plein cœur de l'Asie, lui rappelle également pourquoi elle a décidé de confier l'organisation à son fils. Trop peu d'heures de sommeil, et sa beauté ruinée prématurément. C'était bien cher payé pour les quelques millions, le presque milliard, que ça lui a rapporté. Beaucoup d'argent, peu d'amour, et pas le temps de s'occuper de son fils.
Elle hausse les épaules. De toutes façons, le blanc-bec auquel elle a donné naissance n'aurait pas mérité qu'elle perde son temps avec lui.


Berthe soupire et se laisse tomber sur son lit. Personne dans la ville ne panique, personne ne se rue sur l'eau en bouteille ou dans la montagne à la recherche des sources sauvages. Comme si c'était parfaitement normal de ne pas avoir d'eau pendant plusieurs jours. Dans le couloir en face, quelque chose émet des gargouillis et des bruits de brassage d'eau en permanence, ce qui rajoute à sa frustration. Elle tourne en rond dans sa chambre comme un lion en cage, jusqu'à ce qu'un bruit aisément reconnaissable en provenance de la salle de bains lui indique que l'eau est est revenue et que le réservoir de la chasse d'eau est en cours de remplissage. Elle ne fait ni une ni deux et se précipite, encore à moitié habillée, sous la douche. Peu importe s'il y a encore un peu de sable dans les premières dizaines de litres qui arrivent jusqu'aux robinets. Elle remplit également toutes les bouteilles vides qu'il lui reste – parce qu'on ne sait jamais – ainsi que ses casseroles, puis sa bassine pour la lessive. Silencieusement elle peste contre ce pays de sauvages qui laisse la populace au sec durant quarante-trois heures. Avec entrain, elle brasse son linge dans l'eau savonneuse, puis le laisse à tremper avec un produit désinfectant à base d'oxygène actif. Elle se détend enfin et se laisse aller à une petite sieste.

Des bruits étranges la réveillent. Comme si quelqu'un frappait sur des tuyaux, ou quelque chose de similaire. Se secouant, elle s'apprête à rincer sa lessive, mais...


- C'hest quoî ceuh pâzard ?! Y'ha téécha plus t'eaû ?
- Mais je t'en prie du calme !
Berthe grogne. Se faire tutoyer par le gardien est la dernière chose à laquelle elle s'attendait.
- C'est juste un petit délai, tu comprends ?
- Quoî cômmeuh téélais ?
- Et bien, il se trouve que la pompe, tu sais, le machin qui envoie l'eau dans les tuyaux...
- Cheuh suîs pâs huneuh pête !
- Et bien, la pompe est tombée en panne... les ouvriers sont en train d'essayer de la réparer...
- Cômpien te teemps ?
- Oh, pas grand-chose... une petite demi-heure...

La petite demi-heure s'étire sur toute l'après-midi.


La tête dans ses mains, Loredana laisse échapper des larmes de rage envers elle-même. Elle s'en veut horriblement de s'en être pris à sa compagne, devant témoins qui plus est. Maintenant la voilà rétrogradée aux procès-verbaux. Sans compter ce que Clio lui a dit...
Elle enlève ses lentilles de contact et les range dans leur boîte. Elle a les yeux rougis et gonflés. Elle a honte de son comportement, honte d'avoir laissé le stress l'emporter sur la confiance sans borne qu'elle est censée placer en Rosa. Il est toujours difficile de séparer vie privée et vie professionnelle. C'est encore plus vrai dans son cas. Rosa est la seule personne de tout le commissariat en qui elle peut avoir entièrement confiance, et c'est la seule personne dont elle doit à présent se séparer, pour leur sécurité à toutes les deux. Elle ne peut pas garder Rosa à ses côtés à présent que tous les officiers de tous les rangs sont au courant de ses suspicions à l'encontre du médecin légiste.

Elle sait que la seule chose qu'il lui reste à faire, c'est de virer Rosa au vu et au su de tout le monde, la jeter hors de leur appartement commun, et lui confier une mission de recherche secrète. Elles ne pourront plus alors se voir pendant un mois ou deux, peut-être trois, le temps que les gens oublient. Ce n'est que lorsque les gens auront oublié qu'elle pourra entrer à nouveau en contact avec Rosa pour échanger les dernières informations.
Son poing s'abat sur la table. Ses joues sont barbouillées des paillettes noires de son mascara soit-disant waterproof. Pourquoi a-t-elle choisi cette carrière professionnelle ? Pourquoi a-t-elle toujours refusé de se laisser acheter par la mafia ? Voilà où ça l'a amenée. Rompre avec sa Rosa bien-aimée, se retrouver seule contre tous, se battre contre un ennemi invisible et bien trop puissant pour elle, et sans doute, mourir en martyr. Elle n'a pas les moyens de lutter. Elle n'est pas assez forte pour ça. Si seulement elle pouvait avoir un monstre puissant, une sorte de super-monstre capable d'éviter toutes les attaques, de lire dans l'esprit des gens, de répandre la destruction sur les criminels sans pour autant se faire prendre...

Elle a un sourire amer. Il y avait eu une rumeur à ce sujet quand elle était petite fille, toute petite fille, elle ne se souvient plus très bien. Des scientifiques au Japon auraient créé un monstre imbattable et assoiffé de sang, qui se serait ensuite enfui dans la nature. Mais ce n'est qu'une rumeur. Une chose pareille ne peut pas être vraie, malheureusement. Elle aurait su, elle, trouver une utilité publique à une telle arme.
Silencieusement, elle regarde le fond de sa tasse à café, dans laquelle elle avait rajouté une bonne dose de liqueur de citron. Cela ne lui ressemble pas, de vouloir à tout prix abattre les criminels sans aucun respect des lois. Certes elle a toujours eu la satisfaction du travail accompli, mais elle a toujours refusé de s'éloigner des voies de la Loi. C'est la première fois qu'une pareille idée lui vient.

Finalement, c'est sans doute Rosa qui avait raison. Faire son boulot, le faire bien, et si cela ne permet pas de mettre un terme aux agissements des criminels, tant pis.
De rage, elle jette la tasse contre un mur.


Le lendemain dimanche matin, Berthe est réveillée à l'aube par un Milou impatient de jouer avec elle et qui s'est échappé de sa capsule. Grognant, elle se lève pour aller aux toilettes. Pas très réveillée, elle oublie de tirer la chasse, puis ouvre le robinet qui émet un gargouillis sans laisser échapper la moindre goutte d'eau.
Le juron qu'elle laisse échapper fait frémir d'indignation toute la résidence, ainsi que le troupeau de moutons qui étaient tranquillement en train de brouter sous les fenêtres, dans les jardins. Aussitôt, la voix familière du gardien, dérangé sans doute par les meuglements de la grosse blonde, lui répond :
- Le problème sera résolu courant de la semaine !

Silencieusement, Berthe s'approche du mur blanc, froid comme un mur d'hôpital, et lui fait face. Résolument, elle le frappe du front, plusieurs fois, jusqu'à en avoir mal à la tête. Puis, courageusement, elle saisit son panier à commissions, ayant deux-trois petites choses à aller chercher sur un autre marché que celui du samedi.
Dans les rues, les fidèles qui se rendent à l'église ont les yeux cernés de noir. Leur teint est terreux, leurs dents sont jaunes. Ils sentent le clochard, et ne sont pas mieux habillés. Telle grande dame a les cheveux qui tiennent en place uniquement à cause de la couche de graisse qui s'y trouve. Tel homme en complet-veston a sa chemise mouchetée de sauce tomate. Tels enfants sont noirs de terre et de crasse. Berthe frissonne. On dirait des zombies. Ils en ont l'odeur. C'est d'un glauque absolu. Elle en a le cœur au bord des lèvres.

Le nez plissé et le regard fuyant, elle parvient à faire l'aller-retour entre le marché du dimanche matin et la résidence étudiante. Alors qu'elle parvient en vue du bâtiment, ses pieds émettent un bruit étrange, une sorte de « splotch splotch ». Pas plus intriguée que ça, elle baisse les yeux, et constate que ses chaussures sont mouillées. D'un air absent, elle suit des yeux la petite rivière, remontant la pente du regard. Puis quelque chose fait « tilt » dans sa tête.

De l'eau.
De l'eau dans la rue.
De l'eau dans la rue en provenance de la zone de travaux au milieu de la route. Sans doute une canalisation rompue ou quelque chose comme ça. Mais de l'eau propre tout de même, assez propre du moins pour laver du linge et évacuer le contenu des toilettes. Peut-être que si elle revient avec sa bassine à lessive, elle pourra récupérer le précieux liquide.
À moins que...
À moins que le retour de l'eau dans la canalisation rompue ne signifie également le retour de l'eau dans les tuyaux de la résidence ?

Toute joyeuse, Berthe offre son plus beau sourire au concierge-gardien lorsque ce dernier lui ouvre la porte.
- Halôrs l'heau hest reefenue ?
- Non.
- Co... cômment ? Maîs... het l'heau pleîn la rûe ?
- Ah, c'est sans doute que l'eau est revenue, que la canalisation est réparée, mais qu'il y a une pompe quelque part qui est défectueuse. Tu sais, la résidence est l'un des points les plus hauts de la ville...
- Scheisse !
- Chaï... quoi ?
- Çâ veut tire « meerde » hen hâllemand.
- Ici on dit « quelle couille »...
- Halors quêlle coûille !
- Voilà.
- Saînte mèère pâtience...
Désespérée, Berthe retourne s'enfermer dans sa chambre en compagnie de ses capsumon.


- Ch'hai l'împression te fîfre tans le téésert. Pas foûs ?
Milou lèche affectueusement la main de sa dresseuse, puis il pousse un jappement de surprise et de dégoût au contact de la saveur immonde du gel désinfectant pour les mains.
- Cârter l'heau te la lêssife pour tîrer la chasse, c'hest pas hun peu hexagéré ? Pahys te cînclés !

Un son qui commence à être familier se fait entendre dans les tuyaux.
- Ah pen c'hest pas trôp tôt ! Che fais poûfoir fînir ma lêssife.
Il ne lui vient pas un seul instant à l'idée que l'eau dont elle se sert pour sa lessive provient de la citerne de la résidence, enfin remplie par les ouvriers communaux prenant en pitié les jeunes gens qui y ont élu demeure. Aussi n'en jure-t-elle que plus fort encore lorsque, vers sept heures du soir, elle se rend compte qu'il n'y a à nouveau plus d'eau.

Elle a beau être physiquement aussi forte qu'un homme, elle a beau faire trois fois le volume d'une jeune fille normale, elle n'en reste pas moins une femme, une femme qui est dans la mauvaise période, une femme qui a absolument besoin de se laver pour être fraîche le lendemain lundi. Elle est peut-être une femme légalement adulte, elle n'en reste pas moins une étudiante qui a toujours vécu chez ses parents auparavant, une étudiante perdue en pays étranger dont elle ne parle que difficilement la langue, une étudiante enfin vivant seule pour la première fois de sa vie et devant faire face seule à des problèmes qu'elle n'imaginait pas devoir affronter un jour. Arrivant au bout de sa capacité à gérer le stress, elle se laisse glisser en bas de son lit, referme ses bras autour du cou de Schnèck, et pleure le plus silencieusement qu'elle peut, tandis que Karamell lui lisse les cheveux de son bec et que Schprittz ronronne doucement dans son oreille.


Les yeux de Loredana sont affreusement cernés. Elle ne rentre plus guère à son appartement que pour se laver et changer de vêtements. Elle dort la tête sur son bureau, par petites siestes de une heure toutes les trois ou quatre heures. Elle refuse d'affronter le regard de Rosa alors que cette dernière empaquète ses affaires et se prépare à déménager à l'autre bout de la ville. Pour éviter de faire face à ses regards pleins de reproches, Loredana a entamé une vicieuse relation avec l'eau-de-vie de citron, relation qui est en train peu à peu de tourner à la dépendance. Fusillant du regard la bouteille presque vide, la commissaire de police soupire et reprend le texte qu'elle était en train de lire.

C'est une fausse lettre de licenciement. Pour les archives, une vraie sera signée par Rosa et par elle. Mais pour Rosa, ce sera une lettre d'ordre de mission. L'ordre de partir travailler comme secrétaire au département d'Histoire de l'université de la ville de Palerme. L'ordre de faire des recherches secrètes sur les différentes armes d'avant le Cataclysme, ainsi que de passer au peigne fin les archives de police et les comptes-rendus de procès de l'époque. Tout cela afin de trouver s'il y a une corrélation entre la situation actuelle et d'éventuelles situations passées. C'est la seule piste de recherche qu'il leur reste. Impossible de trouver dans les fichiers de la police les empreintes digitales ou l'ADN qui ont pu être analysés. Si Clio a raison, si c'est effectivement la mafia qui est derrière tout ça, passer par les voies légales prendra des siècles avant de résoudre l'affaire.

Loredana renifle. Elle ne s'était jamais éloignée des voies légales auparavant. Elle n'aurait jamais pensé, avant, devoir se séparer de Rosa. Certes leur amour est très mal accepté sous ces latitudes, mais malgré tout, elle avait toujours pensé qu'ensemble elles parviendraient à franchir tous les obstacles. Elle n'avait jamais pris en compte les difficultés professionnelles dans l'équation.
Sans Rosa, elle est perdue.


Le soleil s'est couché depuis un certain temps déjà, lorsque le bruit familier dans la tuyauterie tire Berthe de l'état presque catatonique dans lequel elle s'était plongée. Bien que ces gargouillements sonnent la fin de la crise, Berthe en restera marquée et gardera l'habitude de conserver une vingtaine de litres d'eau en bouteille au fond de son placard.


Fin du chapitre


Chapitre inspiré par Don't cry for pain de Ana Johnson.