Nous arrivâmes à la villa quinze minutes après les enfants Cullen. Je mourrai de faim et Carlisle décida de me préparer à manger. Adossée au plan de travail de la cuisine, je le regardais cuisiner avec des yeux curieux. Il semblait savoir s'y prendre, ses gestes étaient sûrs et précis, bien que parfois trop rapides pour mes yeux d'humains.
- On dirait que tu cuisines souvent, remarquai-je.
- Depuis quelques jours, je me suis mis aux livres de cuisine, expliqua-t-il. Je me doutais que ça pourrait servir. Et les vampires apprennent vite, ajouta-t-il en souriant.
- Je vois ça, répondis-je.
Au bout de quelques minutes seulement de préparation, il enfourna un énorme plat de lasagnes dans le four. Ça avait l'air appétissant, mais je n'arriverais jamais à tout manger.
- Euh... Carlisle ? Tu sais, je ne vais jamais réussir à manger tout ça, je n'ai pas un si grand appétit.
- Ah bon ? S'étonna-t-il. J'en ai fait trop ?
Oui, les bouquins de cuisine le renseignaient sur la manière de préparer les plats, mais il avait encore beaucoup à apprendre pour ce qui était des proportions.
- Et bien, ça aurait sans doute convenu pour sept ou huit personnes... répondis-je, moqueuse.
Il se gratta la tête, un réflexe si humain que j'eus envie de rire.
- Bon, tant pis, je vais congeler ce qui restera.
Il semblait néanmoins très ennuyé par sa maladresse.
- Ça sent vraiment très bon, le complimentai-je.
Il m'adressa un sourire qui découvrit ses étincelantes dents blanches, et je me sentis fondre.
- Merci, je suis content que ce soit réussi, c'est la première fois que je me sers de la cuisine.
- Je m'en doute, je suis d'ailleurs surprise par le fait que le réfrigérateur ne soit pas rempli de poches de sang, ironisai-je.
- Celui-ci, non. Il y en a un autre au sous-sol qui contient des poches d'hémoglobine.
Je le regardai, surprise. Il rit.
- C'est simplement pour les urgences. Le sang chaud est meilleur, c'est pourquoi nous préférons nous abreuver directement à la source.
- Ah oui, c'est logique...
Il rit à nouveau. Trente minutes plus tard, j'étais assise à la grande table ovale de la salle à manger, et je dévorais les lasagnes. Elles étaient très bonnes évidemment. Comment un vampire qui ne buvait que du sang pouvait-il arriver à cuisiner un plat aussi savoureux ? Le vampire-cuisinier était justement assis à côté de moi et me regardait manger en tentant de dissimuler son dégoût. Son expression était très drôle et je ne pus m'empêcher d'éclater de rire.
- C'est succulent, tu sais.
- Je te crois sur parole.
- Comment diable as-tu fait pour manger ton assiette quand tu m'avais invitée au restaurant ?
Il haussa les épaules.
- Je me suis forcé, le simple fait d'être avec toi en valait largement la peine. Très largement.
Je rougis.
- Mais tu peux quand même te nourrir de nourriture normale alors ? Je veux dire, ça ne t'intoxique pas ?
- Et bien... je ne peux rien digérer, et mon organisme ne supporte pas la nourriture humaine, tout ce que j'avale est donc obligé de... ressortir, à un moment ou à un autre.
Beurk.
- Je vois... ou plutôt non, je ne veux pas voir ni même imaginer.
Il tenta tant bien que mal de garder une expression neutre.
- Finis de manger avant que ce ne soit froid.
Je m'exécutai. Une fois que j'eus fini, je me levai et Carlisle prit mon assiette pour l'emmener dans la cuisine. Il revint quelques instants plus tard et nous allâmes jusque dans le salon.
- Alors, que veux-tu faire ?
- Je ne sais pas... Ce que tu veux.
À ce moment, on frappa à la porte.
- Entrez, dit Carlisle.
Les enfants Cullen pénétrèrent dans la pièce, discutant entre eux.
- Je parie sur Edward, disait Bella.
- Pareil, fit Rosalie.
- Alice, dit simplement Jasper.
- Et moi aussi, continua Emmett en tirant la langue à Rosalie.
Quelques secondes plus tard, Alice et Edward étaient assis face à face, un jeu d'échec disposé entre eux.
- Alice a défié Edward, annonça Jasper avec un sourire amusé.
- Ah, dit Carlisle. Esmée, tu sais jouer aux échecs ?
- Oui... J'ai appris quand j'étais petite.
- Et bien, si tu veux bien regarder, tu risques de trouver cela intéressant.
Intéressant ? Encore un autre jeu auquel les vampires jouaient d'une manière inhabituelle ? Je me rappelai des livres que j'avais lu quelques années auparavant, la saga Harry Potter. Dans ces livres, les personnages jouaient à une version sorcier des échecs, et les pièces se déplaçaient toutes seules pour se combattre, sur simple ordre du joueur. Mais je ne pensais pas que ce serait pareil ici. Edward m'adressa un sourire amusé, il avait entendu mes pensées. Rosalie et Bella s'appuyèrent contre le mur, Jasper s'assit sur une chaise et Emmett resta debout. Ils semblaient avoir l'habitude de ce genre de défi. Je m'assis dans le canapé et Carlisle s'installa à mes côtés.
- Allez, jouez, s'impatienta Emmett.
- Honneur aux blancs, dit Edward à Alice.
Celle-ci déplaça un pion, puis regarda Edward. Ce dernier fronça les sourcils et se figea. Mais environ deux secondes plus tard, un sourire triomphant apparut sur son visage et il déplaça un de ses pions. Ce fut au tour d'Alice de froncer les sourcils. Elle bougea un second pion, et j'entendis un sifflement étonné.
- Wah, s'étonna Emmett, c'est la première fois que trois pièces sont déplacées alors que vous jouez l'un contre l'autre !
- Ne les déconcentre pas Emmett, intervint Jasper, ça s'annonce bien.
Emmett ricana et se tut. Je reportai mon attention sur Edward. Sourcils à nouveau froncés, il semblait réfléchir intensément. Quant à Alice, elle le regardait avec une moue amusée. Une poignée de secondes s'écoula et il renversa son roi, montrant qu'il abandonnait.
- OUAIIIIIIS ! s'exclama Alice.
Elle sauta dans les bras de Jasper qui la fit tournoyer, criant sa victoire.
La partie avait duré à peine une minute. Je compris brusquement le pourquoi de la situation : Alice voyait à l'avance les coups d'Edward, mais lui lisait dans son esprit la stratégie qu'elle envisageait. La partie se jouait donc mentalement. Edward avait lu dans les pensées d'Alice, et avait comprit qu'il n'avait aucune chance de gagner.
- Allez, par ici la monnaie, réclama Emmett.
Le reste de la soirée se déroula dans la même ambiance joyeuse. J'étais assise dans le canapé sur les genoux de Carlisle. A côté étaient installés Edward et Bella, Jasper sur l'accoudoir et Alice par terre. Edward avait allumé la télévision et zappé avant de s'arrêter sur un film d'horreur mettant en scène des vampires. Evidemment, ils trouvaient cela très drôle.
- Ridicule ! s'exclama Edward quand l'un des vampires mourut après avoir reçu un pieux dans le coeur.
Emmett, assis dans l'autre canapé avec Rosalie, se leva pour mimer la mort du vampire, sous un éclat de rire général.
- C'est toujours comme ça ? Chuchotai-je à l'intention de Carlisle alors qu'Emmett se roulait par terre, les yeux exorbités, la langue pendante.
- Non, ils font attention comme tu es là, répondit-il. Emmett est plutôt calme par rapport à d'habitude, ajouta-t-il avec un éclat rieur dans les yeux.
- Je vois... répondis-je, amusée.
Le film prit fin sur la victoire des humains contre les vampires (ce qui ne manqua pas de faire rire les Cullen puisque les vampires du film furent réduits en cendre par la lumière du soleil). Je baillai, fatiguée. Il était tard.
- Allez les enfants ! Il est l'heure d'aller au lit ! Dit Carlisle d'un ton joyeux.
Ils ouvrirent grand les yeux, choqués.
- Papa, tu plaisantes j'espère ? Demanda Emmett.
- Oui, répondit-il avec un sourire moqueur.
- Ahaa, très drôle...
Edward s'esclaffa, et ses frères et sœurs suivirent.
- On fait quoi maintenant ? demanda Bella aux autres.
- On peut aller chasser, dit Edward.
- Jasper et moi, on en vient, objecta Alice.
- Ça n'empêche pas d'y retourner, fit remarquer Rosalie.
Alice interrogea Jasper du regard et ils acquiescèrent tout deux. J'avais déjà remarqué qu'ils semblaient se comprendre parfaitement, sans avoir besoin d'user de mots.
- Ne faîtes pas de bêtises, recommanda Carlisle en regardant Emmett.
- Ne t'inquiètes pas Carlisle, dit Rosalie, je le surveille.
- J'ai pas besoin d'être surveillé, marmonna l'intéressé.
Carlisle haussa les sourcils :
- Aurais-tu oublié la fois où tu as déraciné quatre arbres en te battant contre un ours ?
Je regardai Emmett, surprise. Je savais que les vampires étaient forts, mais quand même... Il remarqua ma surprise, et me fit un clin d'oeil.
- Je serais sage, promis.
Il sortirent donc et Carlisle et moi montâmes dans sa chambre.
- Tu as passé une bonne soirée ? Me demanda-t-il légèrement inquiet.
- Très bonne, oui, répondis-je avec un grand sourire. Tu as une famille merveilleuse.
Il sourit également, soulagé.
- J'ai de la chance de les avoir, comme j'ai de la chance de t'avoir.
- Mmmh... Je pense que c'est moi la plus chanceuse...
Il rit.
- Disons que nous sommes chanceux tous les deux, d'accord ?
- Ça marche !
Je me mis en pyjama dans la salle de bain. Elle était d'ailleurs impressionante, munie d'une baignoire qui ressemblait plus à une petite piscine, d'une douche également imposante, d'un lavabo en marbre et dont les robinets étaient en argent et d'une armoire pleine de serviettes douces et moelleuses. Je rejoignis Carlisle qui m'attendait assis sur le lit et l'enlaçai. Il déposa un baiser sur mon front et me serra contre lui. Je fermai les yeux, me laissai bercer dans ses bras et somnolai.
- Tu devrais te coucher Esmée, murmura-t-il à mon oreille au bout de quelques minutes.
- Mgnmgmgn.
Il rit doucement, écarta les couvertures et me déposa sur le lit. J'ouvris les yeux et tapotai la place à côté de moi. Il s'allongea et je me serrai contre lui.
Le lendemain matin, je me réveillai tard. Bizarrement, le matelas me parut moins confortable que la veille au soir. Me redressant, je constatai que j'étais par terre. Ah oui. J'avais oublié ma tendance à tomber du lit quand je dormais à un endroit auquel je n'étais pas habituée. M'étirant, je vis que j'étais seule. Carlisle avait du descendre. Je regardai ma montre. Onze heures. Je me levai, et c'est alors que je l'aperçu. Un frisson de dégoût me parcouru de la tête aux pieds. Quelle horreur ! Bondissant sur le lit, je hurlai de toute mes forces. Aussitôt, la porte s'ouvrit sur un Carlisle affolé et je me jetai dans ses bras, horrifiée.
- Esmée ?! Que se passe-t-il ? S'écria-t-il.
M'agrippant à lui, je désignai l'affreuse chose noire et velue qui rampait sur le sol. Interloqué, il considéra un moment la petite bête qui se dirigeait vers la fenêtre.
- Esmée, ce n'est qu'une araignée, souffla-t-il.
Il me tenait toujours dans ses bras. J'enfouis ma tête dans son cou et m'expliquai :
- Je déteste les araignées. Quand j'étais petite, Jacob en a mis une dans mon bol de lait un matin, et depuis ce jour j'ai une peur bleue de ces sales bestioles.
- Je comprends. Tu n'as pas de chance, celle-ci est plutôt intrépide. Habituellement, les animaux et les insectes nous évitent le plus possible. En fait, c'est même la première fois que je vois une araignée dans la maison.
Je devais être maudite. Il me reposa par terre, et alla ouvrir la fenêtre. L'araignée ne se fit pas prier et s'enfuit en caracolant sur ses petites pattes. Carlisle referma et revint vers moi pour m'enlacer.
- Ça va mieux ? Elle est partie.
- Oui, tu m'as sauvé la vie.
Il eut un petit rire.
- C'est quand même un comble que tu aies peur d'une simple araignée alors que tu es dans une maison pleine de vampires, observa-t-il.
- Oui, et bien, ce n'est pas la même chose... éludai-je en allant ramasser la grosse couette qui était tombée par terre cette nuit en même temps que moi.
Carlisle du le deviner, car il prit la parole :
- Tu étais agitée cette nuit, je t'ai empêchée de tomber deux ou trois fois, mais tu semblais plus calme quand je suis descendu.
- Désolée, je ne suis pas habituée à ce lit, ça me fait toujours ça, m'excusai-je avec un petit sourire.
Il allait répondre quand mon ventre gargouilla.
- Ah ! Fit-il. Je crois qu'un petit-déjeuner s'impose.
Nous descendîmes donc et je me retrouvai bientôt attablée devant un bol de lait, un verre de jus d'orange, une montagne de petits pains et diverses confitures. Je regardai Carlisle. Il m'avait amené tout ça en un temps record et semblait très content de lui.
- Tu sais Carlisle, je vais finir par prendre du poids si tu me gaves comme ça, dis-je, moqueuse.
Il fit la moue et je ne pus retenir un éclat de rire. Je pris ensuite un petit pain et de la confiture de fraise, avant de demander :
- Où sont tes enfants ?
- Les garçons se bagarrent dans le jardin et Alice et Rosalie ont kidnappé Bella pour une sortie shopping à Seattle.
- J'imagine qu'elle n'aime pas trop le shopping alors, ironisai-je.
- Non, admit-il, elle déteste ça et cela a le don d'agacer Alice. Ton téléphone portable est en train de sonner, reprit-il.
Il disparut et environ trois secondes plus tard, il me tendait mon téléphone.
- C'est mon père, dis-je en voyant le nom qui s'affichait sur l'écran.
Je décrochai.
- Allô Billy ?
- Oui Esmée ? C'est toi ?
Non, le pape.
- Oui c'est moi Billy, comment vas-tu ?
- Bien merci, et toi ? Je t'appelle parce qu'il y a un repas demain midi chez Harry Clearwater. Il y aura moi, Jacob, Harry et sa femme, ainsi que la meute au complet. Je sais que je te préviens au dernier moment, mais ce sera sûrement bien, tu peux venir ?
Je regardai Carlisle, qui avait tout entendu du fait de son ouïe fine. Aller à La Push était une bonne idée, voire une nécéssité car cela faisait plusieurs semaines à présent que je cachais ma relation avec Carlisle à mon père, mais j'aurais préféré passer la journée avec mon vampire. Il me manquait quand il n'était pas avec moi.
- Ne te gênes pas pour moi, chuchota Carlisle. Vas-y, il est normal de passer un peu de temps avec sa famille.
Evidemment, si je décidais de ne pas y aller, il se sentirait coupable.
- Esmée ? Appela Billy à l'autre bout du fil.
- Oui, répondis-je. C'est d'accord je vais venir. C'est à quelle heure ?
- Vers midi, je suis content que tu viennes, ça fait un moment qu'on ne s'est pas vus.
- Moi aussi, à demain Billy.
Je raccrochai et regardai tristement Carlisle. Il me prit la main.
- Tu vas t'amuser Esmée, tu verras.
- Je sais, répondis-je. Mais j'aurais préféré être avec toi.
Il soupira.
- Moi aussi Esmée. Mais je te l'ai déjà dit, il ne serait pas bien que tu délaisses ta famille pour ma seule personne.
- Oui, je sais que tu as raison. Mais c'est dur. Et puis…
Il me jeta un regard interrogateur.
- J'ai trop tardé, il faut que je parle à mon père de notre relation.
- Oh, oui c'est vrai. Cela t'inquiète ?
- Oui, il… enfin il ne vous a pas en très haute estime, tu t'en doutes. Il va mal le prendre c'est certain, et cela va finir en dispute.
- Il s'inquiétera pour toi, c'est normal. Les gens normaux cherchent à nous éviter habituellement. Et toi, tu le devrais encore plus, puisque tu sais que nous sommes des vampires.
- Mais je sais aussi que vous n'êtes pas des „méchants", et je t'aime, donc j'ai envie de passer un maximum de temps avec toi et ta famille.
Il me fit un sourire tendre.
- Je t'aime aussi Esmée, tu n'imagines pas ce que tu as apporté dans ma vie. Ou ma mort, dans un sens.
Après le petit-déjeuner, je m'habillai, dit au revoir aux garçons qui interrompirent leur „entraînement" comme avait dit Jasper, et Carlisle me ramena chez moi. J'avais pas mal de travail, la vie de prof n'était pas si tranquille ! J'eus cependant du mal à me concentrer, car Carlisle me regardait avec un tel intérêt et une telle intensité que c'en était déstabilisant. Je ne comprenais pas en quoi il pouvait être intéressé et lui dit qu'il pouvait allumer la télévision s'il s'ennuyait, mais il répondit qu'il aimait me voir travailler et qu'il ne voulait pas me déranger. Rougissante, je repris ma tâche en essayant de focaliser mon attention sur mon ordinateur. Mais au bout d'un moment, je laissai tomber.
- Je n'y arrive pas, dis-je à Carlisle.
- Veux-tu que je te laisse ? demanda-t-il en parfait gentleman.
- Non.
Je m'approchai de lui et l'enlaçai. Il déposa un baiser sur ma joue, mais je tournai le visage vers le sien et il m'embrassa tendrement. Il me relâcha au bout de quelques instants, j'étais à bout de souffle, comme d'habitude. Ce qu'il embrasse bien, je ne m'en lasserais jamais, pensai-je intérieurement. De pareilles pensées auraient semblées puériles dites à haute voix, mais elles étaient véritables. Le fait que Carlisle soit avec moi, qu'il me parle et qu'il me comprenne me comblait, mais ses baisers m'emmenaient dans une autre dimension.
Il me laissa plus tard dans la soirée, il devait effectuer un service de nuit à l'hôpital car le médecin devant s'en charger normalement était malade. Je me couchai tôt, voulant être en forme pour le jour suivant qui serait rude, mais eus du mal à m'endormir.
Le lendemain matin, je reçus un appel de Julia qui me raconta en détail sa soirée avec Mark. Tout s'était bien passé, elle était ravie.
- On doit se revoir aujourd'hui, disait-elle, il m'emmène au cinéma !
- Ça s'annonce bien alors, tu sais ce que vous allez voir ?
- Non, il veut me faire la surprise !
Elle continua à parler encore un moment, toute excitée, je pouvais à peine placer un mot. Puis, elle me demanda comment s'était passée ma soirée chez les Cullen. Je lui racontai donc dans les grandes lignes.
- Ils forment une famille très unie, ça fait plaisir à voir.
- Que c'est chou ! Tu es la nouvelle maman alors !
- Hum, oulà, ne nous précipitons pas, ris-je.
- Oh, je suis sûre que ça finira comme ça, affirma-t-elle.
C'était difficile à dire, étant donné la situation compliquée. Evidemment Julia n'était pas au courant de la véritable nature des Cullen, et il était hors de question de lui en parler. Mais je m'inquiétais de l'avenir. Comment Carlisle, le vampire, et moi, l'humaine, pouvions-nous espérer rester ensemble à long terme ? Lui était immortel, plus beau qu'un dieu, et ne vieillissait pas. Moi par contre, j'allais vieillir, inévitablement. Et un jour je mourrais, alors que Carlisle serait toujours aussi jeune. Probablement m'aurait-il quittée bien avant d'ailleurs. La seule solution que je voyais était la transformation. Moi vampire, plus rien ne pourrait nous séparer. L'idée ne m'effrayait pas, mais je me doutais que Carlisle aurait du mal à l'accepter. Le connaissant, il se sentirait coupable de ma volonté d'être changée en vampire. Il avait déjà du mal à ne pas culpabiliser du fait que je sois tombée amoureuse de lui...
Ce serait aussi compliqué du côté de Billy et Jacob. Mon père, et mon frère. Eux qui détestaient cordialement les vampires auraient des difficultés à accepter que j'en fréquente un, alors que je sois transformée ! J'avais déjà décidé de révéler ma relation avec Carlisle à Billy aujourd'hui. Je m'y prendrais sans doute après le repas et je profiterais d'un moment où je serais seule avec lui. Je ne voulais pas gâcher la fête et n'étais pas suffisament folle pour dire une chose pareille en la présence d'une meute de loups-garous anti-vampires. Oui, cela allait être une dure journée mais il fallait que j'agisse.
- Esmée ? Tu es là ?
- Oh, oui pardon Julia, j'étais dans la lune. Que disais-tu ?
- Je te demandais ce que tu faisais aujourd'hui.
- Et bien, je vais à La Push, je suis invitée à manger.
- Oh d'accord ! Amuse-toi bien alors !
- Oui, toi aussi, bon film !
Je raccrochai en soupirant. Mon estomac se tordit à la pensée de la confrontation que j'allais avoir avec Billy. Quand l'heure fut venue, je pris mon sac à main et descendit jusqu'à ma voiture. J'arrivais rapidement à la réserve et me garai devant la maison de Harry. Je ne l'avais pas revu depuis le jour où j'avais assité à la transformation de Jacob. Ce dernier sortit d'ailleurs m'accueillir avec un grand sourire.
- Salut Esmée ! Viens, entre !
Je le suivis à l'intérieur. Dans la pièce principale avait été installée une grande table en bois à laquelle étaient attablés mon père, Sue, la femme de Harry, et cinq jeunes Indiens : Sam Uley, Jared, et Paul que je connaissais de vue, ainsi qu'Embry Call et Quil Ateara qui étaient les deux meilleurs amis de Jacob. C'était donc eux qui formaient la meute de loups de La Push. Ils me saluèrent tous joyeusement et Billy m'invita à m'asseoir. Les conversations portaient sur tout et rien, et je m'y mélai sans difficulté. Harry arriva bientôt, il me dit bonjour et posa un énorme plat de pâtes à la bolognaise sur la table et aussitôt, les cinq loups-garous se ruèrent dessus, se battant pour avoir la plus grosse part.
- Pousse-toi de là Paul, grogna Quil. T'es pas tout seul !
- Toi non plus ! Regarde tout ce que t'a pris !
- Calmez-vous les enfants ! Il y en a un autre, dit Harry en arrivant avec un second plat. Et laissez-en pour les autres.
Prévenant, Jacob me passa le plat après s'être servi et j'observai les loups engloutir leur assiette en moins de deux minutes, tandis que je n'avais même pas avalé le quart de la mienne.
- Aaah, soupira Jacob, c'était bon.
- Ouais, approuva Embry, mais j'en reprendrais bien un peu. Tu manges tout ce que tu as Esmée ? Demanda-til en me regardant avec espoir.
Je rigolai et répondit :
- Désolée Embry, mais il faut que je me nourrisse moi aussi.
- Oui je sais bien, mais si jamais tu n'as plus faim, n'hésites pas !
Je ris à nouveau. Billy et Harry discutaient du tournoi de base-ball, et les autres plaisantaient à propos d'un pari qui incluait Paul. Apparemment, il avait une nette tendance à s'énerver régulièrement pour tout et n'importe quoi, et ses compagnons pariaient sur quand sa prochaine perte de contrôle aurait lieu.
- Seth et Leah ne sont pas là ? Demandai-je à Sue.
- Non, ils sont chez leur grand-mère, ils ne sont pas au courant pour... tout ça, répondit-elle avec un sourire crispé.
J'acquiesçai. Seth et Leah étaient les enfants de Harry et Sue. Seth était un garçon qui devait avoir quinze ans environ et Leah en avait dix-neuf. Cela faisait longtemps que je ne les avais pas vus, et je les connaissais depuis toujours, Billy et Harry étant de bons amis. Je me souvenais encore d'avoir donné le biberon à Seth quand il était bébé. Mais il était normal qu'ils ne soient au courant de rien, les secrets de La Push étaient bien gardés. Sue avait néanmoins l'air inquiète, pour une raison que j'ignorais.
Le repas se poursuivit dans la bonne humeur, et Harry me demanda comment se passait mon travail au lycée. L'attention générale se porta alors sur moi et je répondis comme si de rien n'était que tout allait bien.
- Tu as les Cullen en cours, c'est bien ça ? Me demanda Sam.
- Oui, en effet.
- Et ça te fait pas flipper ? Enchaîna Quil.
- Euh non, en fait ils n'ont pas l'air si dangereux, répondis-je légèrement sur la défensive. Et puis... ils sont bons élèves, ajoutai-je en espérant détendre l'atmosphère.
Cela marcha, ils rirent tous.
- Tu m'étonnes, dit Jared, ils doivent connaître le programme par cœur à force d'aller au lycée !
- Moi je pourrais pas, ce qu'ils doivent s'ennuyer les buveurs de sang ! S'exclama Embry.
- C'est clair, approuva Paul. Moi je m'ennuie déjà alors que je sèche quasiment tous les cours ! Une petite bataille ce serait pas de refus d'ailleurs, ça ferait un peu d'action...
- On ne plaisante pas avec ça Paul, le réprimanda Billy.
Mais Jacob en rajouta une couche sans tenir compte de l'intervention de son père :
- On a qu'à prier pour que les Cullen rompent le traité !
- On pourrait enfin leur régler leur compte et on serait tranquilles, continua Jared, provoquant le rire des autres.
Je posai bruyamment mon verre sur la table, tremblante. Du calme Esmée, tout va bien.
- Ça va Esmée ? S'inquiéta Jacob.
- Oui, ne t'en fais pas, le rassurai-je avec un petit sourire. Je préfèrerais simplement qu'on évite ce sujet.
- Oh, t'inquiètes pas, dit Paul, se méprenant sur la raison de mon anxiété, si ça arrivait on gagnerait largement, on est plus fort que ces sales sangsues.
Je dus lutter pour ne rien dire, ne rien laisser paraître. Ah ! S'ils avaient su ce qui me liait désormais aux Cullen ! Mais ils ne tarderaient pas à le savoir, car j'allais bientôt tout dire à Billy et lui-même s'empresserait sûrement de tout raconter au Conseil des Anciens et à la meute. Je me demandai comment ils me considèreraient après cela. Ma famille allait-elle me tourner le dos ? S'ils font cela, ils seront vraiment stupides, et je ne céderais pas s'ils essaient de me convaincre de couper les ponts avec les Cullen.
Une fois que le dessert eut été englouti, les loups se levèrent en disant qu'ils avaient des "trucs de loups" à faire, et je me proposai pour raccompagner Billy chez lui. Nous discutâmes donc de tout et de rien tandis que je poussais son fauteuil jusqu'à la maison en briques rouges. Nous arrivâmes quelques minutes plus tard, les deux maisons n'étaient pas très éloignées. Billy alluma le poste de télévision et me demanda si j'avais envie de quelque chose. C'était le moment.
- Non merci... Ecoute Billy, j'ai quelque chose à te dire.
- Ah ? Fit-il, surpris. Je t'écoute, qu'y a-t-il ?
- Tu risques de ne pas être très content... En fait... j'ai rencontré quelqu'un.
- Mais c'est très bien, ça ! De qui s'agit-il ?
- Justement, c'est à ce propos que tu ne vas pas être content. Je sais que tu as de nombreux préjugés contre eux, mais je t'assure qu'ils sont très gentils et presque normaux si on oublie leur nature...
Mon père palissait à vue d'oeil.
- Esmée, je t'en prie, dis-moi que tu plaisantes.
- Non, je suis tout à fait sérieuse Billy, repris-je en affermissant ma voix. Je… Je sors avec le docteur Carlisle Cullen.
Il me regardait, figé, les yeux exorbités. Puis, il explosa.
- Tu... Tu... NON ! hurla-til. Esmée ! Tu es devenue folle ?! C'est un vampire ! Tu sais qu'ils sont dangereux ! Je t'avais prévenu de rester loin d'eux, et toi tu fais exactement le contraire !
- Billy s'il te plait calme-toi, dis-je doucement. Je ne risque absolument rien, je te le jure.
Il respira un grand coup et reprit, tentant de maîtriser sa colère.
- Tu ne sais pas ce que tu risques, ils ne sont pas humains Esmée, je refuse que tu sois approchée de trop près par de tels monstres !
Evidemment, je savais qu'il réagirait comme cela, que j'aurais beaucoup de mal à le convaincre. Ses paroles me blesserent néanmoins.
- Carlisle n'est pas un monstre, je t'en prie essaie de comprendre, je suis tombée amoureuse de lui et je sais qu'on peut lui faire confiance. À lui et à sa famille.
- Esmée, il t'a embobinée, c'est clair comme de l'eau de roche ! Il finira par te faire du mal, ce n'est qu'une question de temps. Je t'interdis de le revoir !
- Billy, je ne te demandes pas la permission, rétorquai-je d'une voix sèche. Je suis adulte et je fais ce que je veux. Je te l'ai dit parce que tu es mon père, mais tu ne m'empêcheras pas de faire ce dont j'ai envie.
- N'agis pas sur un coup de tête ! Tu vaux mieux que ça ! Mieux que lui ! C'est un monstre sans âme, il ne devrait même pas exister !
Je le fixai, stupéfaite. Je savais qu'il n'aimait pas les Cullen, mais je me sentie insultée.
- Tu penses peut-être que je n'y ai pas réfléchi ? M'énervai-je. Et bien si ! J'y ai réfléchi pendant des heures et j'en suis arrivée à la conclusion qu'ils étaient bons. Si tu veux tout savoir, cela fait plusieurs semaines que je sors avec lui, et je ne te le disais pas parce que je savais très bien que tu réagirais comme ça ! Je le connais mieux que toi, je sais mieux que toi s'il est digne de confiance ! Je connais son histoire ! Et les vampires ne sont pas plus des monstres que les loups-garous !
- ÇA SUFFIT ! Tonna-t-il. Tu dis n'importe quoi ! Il t'a rendue complètement folle !
Je partis sans même répondre, en claquant la porte. Mes mains tremblaient tant j'étais furieuse. Comment pouvait-il croire que je m'étais faite manipuler ? Je savais qu'il considérait les vampires comme des créatures forcément mauvaises, mais j'étais quand même sa fille ! Il ne voulait même pas essayer de comprendre ! Il ne voulait même pas essayer de les tolérer ! Il est bien trop ancré dans ses préjugés, songeai-je.J'arrivai à ma voiture et claquai rageusement la portière. J'aperçus Harry sortir de la maison et me faire un signe. Billy l'a déjà prévenu ou quoi ? Je démarrai sans attendre sur les chapeaux de roues. Je roulai aussi vite que possible vers la maison des Cullen et c'est seulement après avoir quitté la réserve que des larmes de fureur coulèrent sur mes joues.
Alors ? Comment l'avez-vous trouvé ce chapitre 13 ? J'espère que vous avez aimé, et je vous remercie une fois de plus pour vos nombreuses reviews ! Je vous souhaite en cette période de fête un joyeux noël et une bonne année 2013 !
=)
