Nouveau chapitre, qui apportera quelques évolutions, qu'on espère pour le mieux ;)

Louisa, merci beaucoup. Oui, la mort de Peggy ça m'a touché également, mais j'aimais l'idée que ça offre un déclic à Steve. Qui prend probablement une décision nécessaire pour l'aider à repartir sur de bonnes bases. Reste à voir s'il a fait le bon choix. La réponse à ta question concernant les retrouvailles arrivera très vite ;)

Alice, la décision de Steve peut être surprenant en effet, mais à ce stade il est tellement perdu que ça semble plutôt positif. Merci à toi, en espérant que cette suite te plaira.

Merci également encore une fois à Mikan-Ichigo Hime, SoleilBreton, Barjy et holybleu pour la motivation que vous m'offrez avec vos gentils retours :)

Chapitre 13.

Tony était heureux. Ou en tout cas, il n'était pas malheureux. Il continuait à faire des cauchemars et des crises d'angoisse, mais il apprenait doucement à les gérer. Steve lui manquait encore quand il s'autorisait à penser à lui, alors il gardait dans un coin de la tête l'espoir d'être capable de le récupérer un jour, ça suffisait à apaiser son cœur.

Pour le reste, il avait trouvé un rythme de vie qui lui convenait pour l'instant. C'en était fini des réunions sans fin, de ces décisions qui ne l'intéressaient pas… Pepper s'éclatait tellement plus que lui à gérer tout ça, que la nommer à la tête de Stark Industrie avait été l'idée la plus logique de toute sa vie. Il lui faisait toute confiance pour gérer son argent et son entreprise, parce qu'elle n'était pas du genre à se laisser faire et qu'elle avait une éthique et une conscience qui ne la feraient jamais dévier de la voie nouvellement prise par Tony. L'environnement devait rester l'occupation première de la société, même si des domaines un peu moins honorables devaient toujours être exploités pour faire rentrer l'argent. Qu'importe, même dans ces activités secondaires, Pepper ferait un point d'honneur à limiter les effets négatifs, à l'inverse de nombre de leurs concurrents.

Elle avait été surprise par cette promotion, sans jamais douter pourtant de ses capacités, deux réactions qui avaient confirmé à Tony qu'il avait fait le bon choix. Et une fois qu'elle avait trouvé ses marques, ce qui n'avait pas pris bien longtemps – mais après tout, n'était-ce pas déjà elle qui gérait dans l'ombre bien des choses ? – lui en avait profité pour filer en Californie.

Pour la presse, ce milliardaire dilettante qui se réfugiait dans sa villa cossue de Malibu ne pouvait que s'accorder quelques vacances dissolues. Pourtant, point d'extravagances ou de fêtes endiablées. En fait, Tony passait la plupart de son temps seul. Il sortait bien de temps en temps rejoindre Rhodey dans un bar, mais ils ne faisaient aucun excès, se contentant de passer un bon moment entre potes. Nouvellement affecté à la tête de la base aérienne d'Edwards, Rhodey y avait trop de responsabilités pour songer à se mettre minable. Quant à Tony, s'il passait le plus clair de son temps dans sa grande maison, il n'en débordait pas moins de projets, c'était assez pour lui occuper l'esprit mieux que l'alcool. Dans ces conditions, perdre ses mauvaises habitudes éthyliques s'était fait sans difficulté.

S'il continuait dans son atelier high-tech à améliorer le générateur d'énergie capable de fonctionner à la force hydraulique, qu'il espérait rapidement mettre sur le marché, avec pour objectif à terme de rendre obsolète les centrales nucléaires, s'il continuait à travailler sur de nouvelles prothèses toujours plus performantes destinées à la médecine, il s'occupait principalement de projets pus personnels. Lui qui supportait de plus en plus difficilement la présence humaine, développer ses petits robots c'était sa façon à lui de s'entourer. Il ne le faisait que pour son propre plaisir et n'avait aucun but commercial, c'était justement ce qui était reposant. Bien sûr, ses premiers bébés n'effectuaient que des tâches sommaires et n'étaient guère capable de tenir une conversation intéressante, cela ne l'empêchait pourtant pas de leur parler lui-même toute la journée. Et puis, ils n'étaient que la première phase de son grand projet.

Depuis longtemps déjà, il réfléchissait à une intelligence artificielle autonome capable d'interagir à sa seule voix et de gérer peu à peu tout son quotidien comme l'assistant le plus zélé. Il n'avait jamais eu le temps de s'y consacrer jusque-là, c'était chose faite à présent.

Et quand il ne bricolait pas ses bébés, il passait ses journées à faire de la programmation, et putain, il adorait ça ! C'était tellement plus simple que les interactions humaines. Ici, avec ses joujoux, pas de prise de tête ni de déception. L'être humain, lui compris, Steve compris malgré ses belles qualités, demeurait incompréhensible pour lui alors c'était bon de s'éloigner. Et cela fonctionnait. S'il ne s'était pas encore lui-même pardonné pour ce qu'il avait dit à Steve de même que son incapacité à en assumer ensuite les conséquences, il n'en voulait plus à Steve. Que celui-ci ait trouvé du réconfort dans les bras d'un autre homme paraissait normal, fut un temps il aurait fait de même, que Steve veuille le meilleur pour lui, au point de vouloir le pousser à assumer pour se sentir mieux, quoi que de façon maladroite était tout aussi compréhensible au vu de sa façon permanente d'aider les gens. Dans son cœur, Tony avait pardonné, mais ne se sentait toujours pas prêt à revenir vers lui, parce qu'avoir pardonné ne signifiait pas pour autant qu'il ne doutait pas de pouvoir faire confiance, il craignait une prochaine nouvelle désillusion et devait apprendre à vivre avec cette angoisse. Alors en attendant, ses robots, sa solitude étaient le meilleur remède. Son cœur se soignait peu à peu, mieux, il reprenait confiance en lui pour avoir pu survivre à cette situation et en voir même du positif. Alors oui, clairement, sans que rien ne soit parfait, mais il soupçonnait que la perfection n'était définitivement pas de ce monde, il pouvait se satisfaire d'aller mieux. Et de vouloir se donner les moyens pour que cela s'améliore encore.

Il se sentait tellement léger qu'il avait même retrouvé un rythme de vie à peu près normale, mangeant à heures fixes, se couchant à des heures raisonnables… tout ce que Jarvis avait essayé sans fin de lui inculquer. Ce même Jarvis qui était inquiet chaque fois qu'il l'appelait pour seulement s'assurer qu'il était toujours en vie comme il le disait. Tony savait que c'était une excuse et que le vieillard aimait à prendre de ses nouvelles, s'intéressants sincèrement à ses projets.

Occupé comme il l'était, Steve avait bien peu de place dans ses pensées et c'était aussi bien. Pourtant, plus d'une fois il avait eu envie de l'appeler, ne se retenant qu'au tout dernier moment, lorsqu'il réalisait qu'il n'avait aucune idée quant à la façon de lui présenter ses excuses après les propos durs qu'il avait eus. D'autant que c'était un peu tard désormais. C'était quelque chose qu'il aurait dû faire bien plus tôt. Alors, chaque fois, il reposait le téléphone tout en se promettant qu'un jour il serait assez fort pour enfin dire tout ce qui devait être dire.

ooOoo

Steve finit de remplir la gamelle de croquettes, caressa un instant le chien puis il referma la cage. Il s'épongea le front du dos de la main en soupirant. En cette fin du mois d'août, il faisait encore une chaleur caniculaire dans ce bled perdu de Louisiane. Mais le pire pour le New Yorkais qu'il était, c'était l'humidité, qui lui laissait l'impression d'être poisseux en permanence.

De retour dans le petit bureau, il salua son responsable, confirma qu'il serait là le lendemain à la première heure pour préparer les animaux avant l'ouverture du centre à des adoptants potentiels, puis il contourna le bâtiment pour monter dans le studio qui se trouvait juste au-dessus, là où il s'était installé trois semaines plus tôt. Il ouvrit une canette de bière et s'assit devant la fenêtre ouverte, d'où passait à peine un souffle d'air pas vraiment rafraîchissant.

Un mois, c'est tout ce qu'il était parvenu à tenir en quittant New York avant de devoir se trouver un travail pour subvenir à ses maigres besoin. Un mois, où il avait fait de la route tous les jours dans sa nouvelle voiture, qui était loin d'être récente mais c'est tout ce qu'il avait pu s'offrir sans trop entamer ses maigres économies, dormant parfois sur le siège arrière, parfois dans des motels choisis au hasard. Il s'arrêtait pour manger quand il avait faim, pour dormir quand il avait sommeil, pour flâner dans la nature ou une quelconque ville quand il en avait envie et pour dessiner quand il était inspiré. En gros, il testait pour la toute première fois la vraie liberté de faire ce qu'il voulait quand il voulait.

Le lendemain de sa visite chez Bruce, il avait donné sa démission à la librairie, convaincu Thor de le remplacer le temps de trouver quelqu'un afin qu'Odin n'est pas à souffrir de sa décision soudaine. Puis il avait vidé son appartement, vendant tout ce qui pouvait l'être, récoltant une petite somme qui ne serait pas du luxe tant ses économies n'étaient pas aussi importantes qu'il avait eu l'audace de l'espérer. Puis la sagesse lui avait dicté d'acheter une voiture, qui serait plus pratique qu'une moto, qu'il avait vendu avec un pincement de cœur. Tout ça avait pris un dizaine de jours, durant lesquels il avait également prévenu chacun de ses amis. Ceux-ci, se disputant entre incrédulité et compréhension, avaient organisé une fête d'adieu la veille de son départ, où quelques larmes avaient coulé. Puis il s'était mis en route, plus sûr que jamais de sa décision.

Après ce premier mois sans responsabilité aucune, il s'était arrêté ici, à Davenport, petite ville au beau milieu de la Louisiane, en découvrant que le bar du coin cherchait un serveur. Trois soirées lui avaient confirmé qu'il n'était pas fait pour ce travail. Mais entretemps, en discutant avec les habitués, il avait appris que l'association s'occupant des animaux errants et blessés dans la région, avant de les proposer à l'adoption, cherchait justement quelqu'un. Grâce à quelques subventions, en plus de tous les bénévoles il y avait un poste rémunéré, à la condition d'être disponible au moindre appel indiquant un animal abandonné. Ça pouvait être le week-end et la nuit, demandant à couvrir parfois pas mal de distance. Steve n'avait pas hésité un instant. Après avoir passé tant d'années à aider les hommes, faire de même avec les animaux était un défi intéressant. D'autant que ces petites boules de poils étaient attachantes.

C'était un job mal payé, mais avec un logement de fonction sur place, si on pouvait appeler logement un studio minuscule avec vu sur le chenil. Cette précarité ne l'avait pas effrayé et chaque jour il prenait plaisir à ce qu'il faisait. Retrouvant du même coup son aisance naturelle, il avait très vite charmé autant ses quelques collègues que les adoptant potentiels qui passaient parfois et ne repartaient plus que rarement désormais sans un chat ou un chien, Steve n'ayant aucun mal à les convaincre que tel animal était fait pour eux.

Le lendemain, pour le deuxième samedi consécutif, il avait organisé, en en parlant avec passion dans toute la ville, des portes ouvertes. Il avait même convaincu la patronne du restaurant le plus apprécié du coin de préparer un buffet pour les visiteurs. On les attirait avec ce genre de choses avant de leur vanter les mérites d'un animal de compagnie. En ce sens, le samedi précédent avait été un succès et Everett Ross, un petit blond tout à fait sympathique et accessoirement le responsable de l'association, ne cachait pas son intention d'en faire un rendez-vous régulier permanent. Même s'il était tout récent ici, Steve était fier de ce succès dont il n'était pas étranger.

Les journées étaient longues et bien rythmées, ne changeant guère de ce qu'il avait connu à New York, mais les soirées étaient bien différentes en revanche. Quand son budget lui permettait un restaurant, il y allait seul et rentrait tôt, mais le plus souvent il restait chez lui. Il n'avait pas fréquenté d'hommes depuis sa soirée avec Thor et Loki, découvrant du même coup avec surprise qu'il n'en éprouvait aucune frustration. Au contraire, c'était même reposant. Il se désintoxiquait lentement de sa vie d'avant, or cette quête effrénée de sexe faisait partie de ce qu'il avait voulu laisser derrière lui. Et cela lui laissait du temps pour faire autre chose.

Après avoir repris le dessin durant son mois sur la route, à présent il peignait à nouveau. Il avait utilisé une partie de son premier salaire à s'équiper en toiles et pinceaux, qui remplissaient agréablement un coin de son studio. L'inspiration était de plus en plus présente après bien des années de vaches maigres et s'il n'avait pas encore l'intention de montrer le résultat à qui que ce soit, il était plutôt satisfait de son travail. Comme vingt ans plus tôt, il en était à espérer pouvoir exposer un jour et pourquoi pas même en vivre. Ça semblait trop beau pour être vrai, mais rêver de la sorte faisait du bien au moral.

Son cœur s'accéléra lorsque son portable tout près de lui vibra. Même s'il gardait la tête froide, la perspective de ce sms, dont il n'ignorait pas l'identité de l'auteur, qu'il ne résisterait pas longtemps à lire était excitante. Le premier était arrivé huit jours plus tôt et depuis il en recevait un chaque soir, à peu près à la même heure, presque comme une routine rassurante. Et s'il le lisait plusieurs fois par jour avec chaque fois la même émotion, il n'y avait toujours pas répondu, mettant au défi son interlocuteur de continuer, testant sa motivation, cherchant lui-même le courage d'assumer ses propres actes.

Pour l'instant, Tony, puisqu'il s'agissait de lui, tenait bon. Steve se faisait l'impression d'être courtisé sans avoir à faire lui-même le moindre effort et il adorait cette sensation.

Il se saisit finalement du téléphone et lu rapidement. Je pense à toi. Rien de follement original, mais Steve aimait justement cette simplicité. A la réflexion, il n'aurait pas voulu une grande déclaration d'entrée de jeu et avait apprécié que cela commence avec seulement quelques mots. Tu me manques. Le lendemain ça avait été Pardon d'avoir tout gâché, puis Je ne suis pas digne de toi. Et cela avait continué ainsi toute la semaine.

S'il n'avait jamais répondu, Steve avait beaucoup réfléchi en revanche. Si une part de lui n'avait jamais perdu espoir de renouer un jour avec Tony, son côté rationnel avait été moins convaincu. A présent en revanche, ça n'apparaissait plus aussi improbable. Mais la vraie question était de savoir s'il en avait vraiment envie. Et la réponse était pleine de nuances. Oui, il en crevait d'envie, parce qu'il n'avait jamais cessé d'aimer Tony malgré tout ce qu'il s'était passé. Mieux, c'était bien loin de lui que ses sentiments s'étaient renforcés, là où avant il n'avait cru qu'à un stupide coup de cœur. Pourtant, il n'était toujours pas prêt. Il aimait n'avoir à penser qu'à lui, sans responsabilité aucune en dehors de ce nouveau travail qui n'était de toute façon que provisoire et qu'il pouvait quitter sur un coup de tête. Il avait envie de voir du pays, faire des rencontres, amicales, et peindre. Il ne voulait pas se résumer à un compagnon incapable de s'assumer. Il ne voulait pas prendre le risque de briser Tony davantage qu'il ne l'était déjà.

Et puis il devait gérer sa honte également. D'avoir remplacé Tony, sinon dans son cœur, au moins dans ses bras à de trop nombreuses reprises. Il devrait en parler s'il envisageait de renouer avec lui, mais ne voyait pas comment trouver une justification à ce qu'il avait fait. S'il était bien amoureux, il aurait dû être capable de patienter, ou mieux, de chercher à le reconquérir, au lieu de tenter vainement de l'effacer de sa mémoire en sautant sur tous ceux qui voulaient bien de lui. S'il avait toujours été fier par le passé de son côté séducteur, à présent il se faisait l'impression d'avoir tout gâché. Sans avoir aucune idée de la façon de tout effacer. Parce que chaque fois que Tony lui écrivait qu'il était désolé, lui-même l'était tout autant sans oser l'avouer. Parce que chaque fois que Tony s'excusait, lui s'en voulait d'avoir fait croire à cet homme décidément idéal qu'il le seul responsable de ce qui n'avait pas fonctionné. Tony avait bien trop à perdre pour foncer tête baissée dans une relation rendue publique, Steve avait simplement pris trop de temps pour le comprendre et ne savait plus désormais comment l'expliquer au principal intéressé.

Dans ces conditions, il n'avait aucune intention de se précipiter. Alors il laissait à Tony un tout petit peu de place, lui consacrant quelques minutes chaque soir et c'était parfait de la sorte.

Reposant son téléphone, estimant que quelques minutes étaient passées, il finit sa bière avant d'enfiler un vieux tee-shirt tâché puis il fut devant sa dernière toile, pinceau à la main.

ooOoo

Quelques jours plus tard, Steve se promenait dans le parc près de l'association avec deux chiens – il faisait ces promenades chaque fois qu'il avait du temps dans la journée, ce qui lui plaisait autant qu'aux animaux – quand son téléphone sonna. Voyant le nom de Tony s'afficher, il hésita à ignorer l'appel avant de comprendre qu'il était temps de faire face pour ne pas ensuite regretter. Profitant qu'il n'y avait personne alentour, il lâcha les chiens et s'assit sur un banc avant de respirer profondément et enfin, les mains tremblant légèrement, il décrocha.

- Tony, dit-il simplement.

- Steve.

Les secondes suivantes, il n'y eut rien d'autre, Steve se contentant d'écouter la respiration à l'autre bout du fil, comme il l'avait fait durant cette seule nuit qu'ils avaient passée ensemble.

Plus courageux que lui, Tony reprit finalement la parole.

- J'ai cru que tu avais peut-être changé de numéro, comme je n'ai pas eu de réponse à mes messages… Et ensuite, je me suis dit que je méritais ce silence après tout.

- Je suis désolé, je… ne savais absolument pas quoi dire.

- Je comprends. Comment vas-tu ?

Steve prit un instant pour regarder ce qui l'entourait. Les arbres, qui offraient une ombre bienvenue, le ciel bleu, les deux chiens qui jouaient tranquillement, les quelques passants au loin qui marchaient sans se presser… La paix. C'était tellement agréable. La réponse parût alors évidente.

- Bien. Très bien même.

- Tant mieux. Je suis content de le savoir. J'ai su que tu avais quitté la ville.

- Tu m'espionnes ? demanda Steve d'un ton qu'il se força à rendre léger.

- Oh non, sinon je saurais également où tu es à cet instant. Pepper a parlé à Bucky il y a quelques semaines.

- Comment va-t-elle ? s'enquit Steve, sautant sur la première occasion pour évoquer un sujet qui ne les concernait pas directement.

- Elle va bien, répondit Tony, qui n'était certainement pas dupe. Elle a rencontré quelqu'un.

- Oh, tant mieux !

Et c'était sincère, si elle était casée, Steve n'avait plus de raison de la considérer comme une rivale et c'était une idée agréable à présent qu'il était loin du milliardaire. Même si au fond de lui il détestait cette jalousie, que la jeune femme ne méritait certainement pas.

Le silence suivant fut nettement plus long et Steve en ressentit une grande tristesse. Avant, c'était facile pour eux de faire la conversation, de rire. Tout semblait terriblement compliqué à présent. Il se refusait à réfléchir à ce que cela pouvait signifier. Alors ce fut lui cette fois qui s'obligea à reprendre la parole.

- Et toi, qu'est-ce que tu deviens ? C'est bizarre de ne pas te voir mentionné dans la presse, comme si tu t'étais assagi.

- Je suis presque vexé que tu sembles en douter. Moi aussi je suis parti. Je suis en Californie, je travaille beaucoup. Pepper gère l'entreprise et moi je me consacre à ce qui me tient vraiment à cœur. On aurait dû faire ça bien plus tôt.

- Alors, nous deux ça aura eu un effet bénéfique en fin de compte. On a pris ensuite des décisions qui semblent nous convenir.

- Est-ce qu'il y a encore un nous deux dans ce qui semble nous convenir ?

Steve enleva ses lunettes de soleil pour se frotter les yeux. Finalement, il préférait le moment où ils étaient trop gênés pour vraiment parler.

- J'espère que oui, dit-il finalement très lentement, mais c'est encore prématuré.

- C'est ce que je pense aussi. En fait, ça me fait plaisir de te parler, mais je comprends que je ne suis prêt à t'avoir en face de moi. Je suis encore trop honteux par rapport à ce qui s'est passé la dernière, ce que j'ai dit… Je suis tellement désolé. J'étais mal à l'aise, je me sentais en danger et je n'ai trouvé que l'attaque pour en sortir. Ça ou les blagues de merde, c'est toujours comme ça que je fonctionne.

- Oui, ça je m'en suis rendu compte, sourit tristement Steve. J'ai voulu t'aider, mais tu ne m'as jamais laissé approcher. J'ai pas envie de passer mon temps à lutter, pour l'instant je ne me sens pas assez fort pour ça.

- Je comprends. J'en suis au même point, je voudrais qu'on ne se cache pas, mais en même temps je ne me sens pas de tout révéler.

- Alors, on en est toujours là, constata Steve, se voyant confirmé ce qu'il soupçonnait chaque fois qu'il y pensait. Pardon de ne pas avoir été capable de l'accepter avant…

- Donnons-nous du temps, confirma Tony. En attendant, est-ce que je peux t'appeler parfois ?

- Bien sûr ! Avec plaisir. Je suis heureux de te parler. Tu me manques.

- A moi aussi. C'est fou que ce soit aussi compliqué pour nous, alors que c'est si simple pour le commun des mortels.

- Ça me décevrait qu'on soit comme le commun des mortels. Tony, il faut que je te laisse maintenant.

- D'accord.

La voix était triste et Steve dut se faire violence pour lui dire au revoir. Quand il raccrocha, il se sentait passablement déprimé. C'était agréable de parler avec lui, mais effectivement, il n'aurait pas été contre un peu plus de simplicité.

ooOoo

Il y eut quelques autres coups de fil durant les jours suivants. Ils avaient trouvé leurs marques, parlant de leurs journées, n'abordant jamais l'avenir, parce que c'était là que le bas blessait.

Un soir, Tony avait appelé plus tard que d'habitude et semblait fatigué. Steve, qui était allongé sur le canapé qui lui servait aussi de lit, gain de place oblige, chercha à l'interroger, mais comprit très vite que son compagnon avait un but bien précis avec cette conversation, alors il se tut et attendit. Le silence, confortable, dura longtemps entre deux banalités de la part du milliardaire, jusqu'à ce qu'enfin il ne se lance. Steve ne bougeait pas, osant à peine respirer, ne voulant pas l'interrompre parce qu'il avait deviné que l'instant était grave.

- Je dors plus depuis qu'on a commencé à se parler, commença effectivement Tony. Tu me rappelles tous les mauvais choix que j'ai pu faire. Toi tu t'assumes, tu es fier de ce que tu es… Moi j'ai toujours passé mon temps à sauver les apparences. Ça a pris tellement d'importance que je ne sais plus faire autrement. Tout maîtriser, tout le temps… Mais il y a eu une fois où j'ai pas eu mon mot à dire, où on s'est servi de moi…

Steve se redressa vivement, le cœur battant la chamade. Se pouvait-il que…

- Quand on m'a enlevé en Afghanistan, les premiers temps j'ai cru que j'allais maîtriser la situation, qu'on allait vite me retrouver grâce à mon argent, que je pourrais amadouer mes ravisseurs avec ma langue bien pendue. J'en ai vite été pour mes frais. La plupart de mes gardes ne parlaient pas Anglais, alors je parlais dans le vide. Ma cellule était minuscule… J'étais dans le noir, avec presque rien à manger. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, mais j'étais tout de suite moins combattif ensuite. C'est ce qu'ils avaient voulu faire, casser mon moral, pour que je sois plus coopératif. Parce qu'il avait des projets pour moi. Ils voulaient que je leur fabrique des armes ou que j'améliore celles qu'ils avaient déjà. Ils m'ont filé un assistant, un pauvre bougre qu'ils retenaient depuis plus longtemps que moi. Yinsen. On est devenus amis durant toutes ces semaines à collaborer ensemble. On coopérait le minimum, travaillant plus lentement qu'on aurait pu, sabotant tout ce qu'on pouvait… Mais celui qu'on a identifié comme le chef de ces mercenaires est arrivé et lui a compris qu'on se fichait d'eux. Les privations ont repris et la torture psychologique. Je peux t'assurer que c'est pas évident de garder la tête froide quand tous les jours on braque une arme sur ta tempe et qu'on appuie sur la gâchette après de longues minutes. L'arme n'était jamais chargée, mais comment en être sûr ? J'avais la trouille. Tout le temps. Et plus guère d'espoir qu'on me retrouve après tout ce temps.

Steve se rappelait parfaitement de cette période. Après plusieurs mois sans nouvelle, les médias avaient eux aussi pensé qu'il n'y avait plus guère de chance de retrouver le milliardaire. Tous avaient peu à peu cessé de parler de lui, comme si le sujet n'intéressait plus personne. Il n'osait imaginer ce que ça faisait de le vivre depuis l'autre côté… Pourtant, il ne dit rien, par peur de voir Tony se refermer.

- Yinsen et moi on a compris qu'on ne pouvait compter que sur nous-mêmes et qu'il fallait qu'on s'enfuie. Alors on s'est fabriqués quelques armes de fortune et on a décidé de passer à l'action quand il est apparu qu'on ne leur servait plus à grand-chose et qu'ils n'allaient pas tarder à se débarrasser de nous. On a placé des explosifs artisanaux un peu partout, on a tiré dans le tas et on a filé vers la sortie. C'était une horreur, il y avait des coups de feu partout, des cris… Yinsen a été touché et quand j'ai voulu l'aider, il m'a dit de partir et de tout faire sauter ensuite. Je sais qu'il avait raison, qu'en l'aidant on aurait été rattrapés alors que moi seul j'avais une chance… Pourtant, j'aurais dû essayer. Mais je crevais de trouille, alors je n'ai pas réfléchi et j'ai juste filé comme il me l'avait dit… On était planqués dans un réseau de grottes, avec la réaction en chaîne de nos quelques explosions, tout s'est effondré. Et je me suis retrouvé tout seul au milieu du désert, sans une goutte d'eau. J'ai erré presque deux jours, avec la conviction que j'allais mourir, que Yinsen s'était sacrifié pour rien… Jusqu'à ce qu'une équipe, dirigée par Rhodey, ne me localise. Lui et Pepper n'avaient jamais abandonné, continuant à me chercher…

Tony s'interrompit et Steve se demanda s'il n'allait pas se mettre à pleurer, ce qui n'aurait pas été si improbable vu le contexte. A cet instant, il regretta comme jamais de ne pas être à ses côtés, pour pouvoir le prendre dans ses bras et tenter de l'apaiser. Mais Tony semblait tout de même tenir bon et reprit la parole, d'un ton pourtant misérable.

- Quand je suis rentré, j'ai localisé la famille de Yinsen et je les ai fait venir aux Etats-Unis, je les ai installés dans une maison confortable, je les aide financièrement… J'essaie maladroitement de rembourser ma dette, même si je sais que ça ne suffira jamais. J'ai arrêté la vente d'armes… J'essaie d'être digne de cette seconde chance qu'on m'a accordée. Mais je continue à rêver de là-bas, à faire des crises d'angoisse. Et je ne veux pas qu'on me voit dans ces moments-là, toi pas plus que les autres.

Tony fut secoué d'un petit rire triste avant de reprendre.

- Alors, je suis moins sexy tout à coup, hein ? J'ai peur des espaces fermés depuis ces grottes, j'ai souvent la trouille quand j'y repense et en prime j'ai laissé un homme mourir tout seul… Tu m'étonnes que je me dissimule. Qui pourrait encore avoir envie de moi en sachant tout cela ?

- Moi ! s'écria Steve. Tony, merci pour tout ça. Ça explique tellement de choses.

- C'est ce que je me suis dit. Mais ça n'a pas été facile. J'ai eu peur que tu sois déçu, que tu raccroches avant la fin.

- Tu plaisantes ? N'ai jamais honte d'être qui tu es. Je suis fier de toi.

Tony soupira, semblant soulagé. Et Steve était effectivement ravi d'avoir eu ces informations, qui renforçait l'idée que Tony était un homme qui méritait qu'on s'intéresse à lui pour ce qu'il était vraiment, pas juste pour son argent ou son pouvoir. Qu'il culpabilise, qu'il soit traumatisé, confirmait quel homme bien il était. Pourtant, Steve n'était toujours pas prêt, ce qu'il devait lui comprendre faire avec la même honnêteté.

- Ça va nous permettre de repartir sur de bonnes bases. Mais, j'ai encore besoin de temps. C'est pas toi, c'est vraiment moi. Je suis en pleine remise en question et pour l'instant je ne veux m'occuper que de moi.

- C'est aussi bien, dit Tony. Je n'aurais pas voulu que tu ne reviennes que par pitié. Et puis, j'aime ce qu'on partage en ce moment. On discute, y a pas de prise de tête… Ça me va. Pour le reste, on a le temps.

Steve était soulagé de cette réaction. Ce qui se passait était sain et plutôt encourageant pour la suite. Aussi, quand il raccrocha après quelques banalités échangées, il n'avait plus de doute. Ça prendrait peut-être encore un peu de temps, mais il y aurait bientôt à nouveau un Tony et lui.

Ce constat lui fit tellement de bien qu'il ne dormit pas cette nuit-là, peignant des heures durant avec un plaisir renouvelé.

ooOoo

Au mois de novembre, Steve était depuis quelques semaines au Nouveau-Mexique. Après la Louisiane, il avait repris la route quelques jours, ravi de retrouver les mêmes sensations qu'au début de son périple, puis il avait très sérieusement envisagé d'aller retrouver Tony, mais d'un commun accord ils avaient préféré se laisser encore du temps. De son propre aveu, Tony préférait se débarrasser seul de ses démons. C'était aussi bien à la vérité. S'il savait que ça ne durerait pas toujours, Steve aimait sa nouvelle vie sans beaucoup de responsabilité.

Mieux, quand il avait envoyé un mail à ses amis pour les informer de son nouveau point de chute, Erik lui avait donné à tout hasard les coordonnés d'un ami galeriste à Albuquerque, Scott Lang, qui semblait avoir du nez pour découvrir de nouveaux artistes. Cette rencontre avait porté ses fruits et Steve avait pu exposer plusieurs de ses tableaux dans sa galerie, les moins personnels – c'eut été bizarre de justifier le pourquoi des portraits de Tony – ainsi qu'avoir l'avis d'un professionnel sur son travail. S'il n'avait guère l'espoir de gagner sa vie avec sa peinture, il était tout de même extrêmement fier qu'on lui trouve un certain talent. D'autant que peu après, deux de ses toiles avaient été achetées.

Ce soir-là, après que Scott l'ait emmené boire un verre pour fêter ça – lui glissant au passage qu'il serait ravi de continuer la fête dans sa chambre, ce que Steve avait refusé sans la moindre hésitation – il s'était retrouvé dans son petit appartement tout seul, heureux de cette réussite, et réalisa combien il aurait voulu célébrer cela avec Tony. D'autant que celui-ci, travaillant sur un nouveau mystérieux projet qui l'occupait tout particulièrement, était moins joignable depuis quelques jours. Il respectait cela, mais ne s'en sentait pas moins horriblement seul.

A son arrivée à Albuquerque, il avait trouvé une place dans un magasin communautaire, où il faisait de belles rencontres et était apprécié pour sa gentillesse et sa simplicité. C'était un mi-temps payé le minimum, mais à ce stade il s'en fichait. Tony lors de certains de ses coups de fil lui brossait le tableau de ce que serait leur vie à deux et dans ces moments-là Steve réalisait combien l'argent de Tony lui faciliterait la vie. Mais ensuite, il culpabilisait en se souvenant que tant d'autres n'avaient pas cette chance. Alors, même s'il ferait toujours en sorte que cet argent soit bien employé pour aider les autres, s'il devait se serrer la ceinture d'ici là, c'était le moins qu'il puisse faire. Cela ne l'empêchait pas d'être heureux. D'autant qu'il ne s'ennuyait pas.

Entre quelques heures de bénévolat dans un centre pour femmes battues et sa peinture, surtout que Scott lui avait demandé quelques nouvelles toiles à exposer, il était bien occupé. Comme quoi, ne pas passer toutes ses soirées dans des bars à chercher à se dégotter des amants lui laissait du temps pour des choses bien plus constructives. Cette absence de vie intime ne lui manquait étonnamment pas le moins du monde. Au départ, il y avait vu une certaine nécessité pour se racheter une conduite, aujourd'hui il voulait tout simplement être fidèle à Tony. Ils n'avaient pourtant jamais abordé ce sujet en particulier et peut-être que Tony lui-même allait voir ailleurs tant qu'ils ne s'étaient pas retrouvés. S'il n'en était pas jaloux – après tout, il n'avait pas vraiment été le petit ami idéal et ne pouvait pas exiger grand-chose dans ce domaine – lui-même ne désirait aucun autre homme.

Un matin peu après, il était dans le café se trouvant dans sa rue, à attendre l'arrivée de Scott qui, acceptant parfaitement qu'il résiste à ses avances, était devenu un bon ami. Il bavarda un instant avec Natasha, la serveuse qui était là chaque matin, avec son sourire et ses attentions pour chacun, puis feuilleta le journal du jour. Il ne regardait les pages qui se succédaient que d'un œil, pas vraiment attentif, quand un nom attira son attention. Que la presse parle de Sam Wilson n'avait rien d'exceptionnel, après tout son dernier film était un véritable succès et on murmurait déjà son nom pour les prochains Oscars. Steve n'avait que peu de nouvelles de Bucky, celui-là même qui avait le mieux compris et accepté son besoin de s'éloigner un temps, mais pour ce qu'il en savait tout semblait rouler entre les deux hommes, aussi Steve appréciait-il lire quelques lignes sur le compagnon de son ami et se réjouissait de sa réussite. Il espérait juste à chaque fois que cette réussite justement ne serait pas un frein à cette relation qui pour l'instant restait secrète. Steve n'aurait pas voulu que Bucky perde l'homme qu'il aimait pour une simple carrière.

Pourtant, quand il lut plus attentivement le titre qu'il avait sous les yeux, le jeune homme réalisa qu'il s'en était fait pour rien. L'article le lui confirma rapidement. Deux jours plus tôt, à la surprise de tous, Sam avait profité d'un festival de cinéma où chaque années on décernait un prix à un film mettant en avant les minorités, LGBT inclus, pour faire son coming-out, se disant fier de s'assumer et espérant apporter sa maigre pierre à l'édifice du changement. Le reste du papier n'était guère intéressant, l'auteur se contentant d'émettre quelques hypothèses quant à la suite de sa carrière suite à cet aveu courageux.

La photo qui illustrait le tout en revanche valait son pesant d'or pour Steve. Un cliché de paparazzi, d'une qualité douteuse, prise peu après l'annonce, montrait Sam en compagnie d'un homme inconnu tandis qu'ils se faufilaient dans une voiture. Si l'inconnu était de dos, Steve reconnu sans la silhouette athlétique et les cheveux longs de Bucky. Il sourit en caressant le cliché du bout des doigts. Que de changements dans la vie de son ami… Et il n'était même pas avec lui pour le soutenir et lui exprimer sa fierté. Bien sûr, il pouvait lui envoyer un sms, mais ce n'était tout de même pas la même chose.

C'est alors que pour la toute première fois, il réalisa combien ses amis lui manquaient. Tous à son désir d'aller de l'avant, il avait égoïstement tout lâché. Il n'avait aucune idée de la façon dont évoluait la relation de Bruce et Clint, n'avait rien su des derniers bouleversements dans la vie de Bucky qui avaient mené à cette annonce sûrement mûrement réfléchie, ne savait pas si Darcy était toujours aussi heureuse avec Jane… C'était une conséquence qu'il n'avait pas ignoré tandis qu'il quittait New York et généralement il s'interdisait à trop penser à eux pour éviter d'avoir des regrets. Mais aujourd'hui, il comprit que prétendre qu'il parvenait était heureux de la sorte ne signifiait aucunement que c'était vrai.

Il avait toujours su qu'un déclic seul le ferait rentrer, il comprit à cet instant que c'était le moment et il s'en sentit parfaitement serein. Il ne regrettait nullement ce qu'il avait fait, ce temps passé loin de ses habitudes, mais il était temps.

Il resta encore quelques jours pour que l'épicerie lui trouve un remplaçant, il promit à Scott, qui avait encore annoncé avoir vendu quelques œuvres à de riches clients, de revenir avec quelques tableaux au plus vite, puis il entassa ses maigres possessions dans sa voiture et prit la route de New York. Tony, quand il le lui avait annoncé, avait encouragé ce projet, même si lui-même était toujours en Californie. Retrouver le milliardaire serait l'étape suivante, mais il était New Yorkais dans l'âme, il devait commencer par là.

Il pleura lors de ses retrouvailles avec Bucky. Son presque frère lui avait manqué plus qu'il n'avait voulu se l'avouer. Ce fut également l'occasion de rencontrer enfin Sam et avoir du même coup la confirmation que Bucky avait effectivement trouvé la perle rare. Pour l'instant, les conséquences sur son travail ne se faisaient pas encore sentir, mais il était tout à fait prêt à en assumer les retombées pour simplement avoir Bucky à son bras lors des soirées officielles. C'était une très belle preuve d'amour qui semblait rendre son ami tout chose.

Les quelques jours suivants, tandis qu'il squattait le canapé de son meilleur ami, confirmèrent que chacun de ses amis allait aussi bien qu'il avait pu l'espérer. Si Bruce prenait toujours son temps pour chaque nouvelle étape, il était comblé, la main de Clint dans la sienne, quand Steve les rejoignit au restaurant où ils avaient prévu de se retrouver. Darcy était absolument épanouie auprès de Jane. Erik restait fidèle à lui-même, heureux tout seul, entre ses photos et l'association, ne désirant rien d'autre. Certains n'étaient pas fait pour la vie à deux et Steve ne doutait pas qu'Erik était de ceux-là tant il était joyeux et souriant.

Son retour à de La main tendue ne se fit pas sans émotions. C'était la première fois qu'il voyait le résultat des travaux et le résultat fut à la hauteur de ce qu'il avait imaginé. Les locaux dans le bâtiment d'origine, qui étaient en cours de rénovation au moment de son départ, avaient fait peau neuve, permettant aux bénévoles de travailler dans des conditions bien plus agréables. Le matériel était du denier cri, le réaménagement permettant plus de fonctionnalité. Mais la vraie découverte vint avec le bâtiment voisin acheté grâce à Tony. Réservé à l'accueil de jeunes ayant besoin d'un refuge d'urgence, il offrait quelques studios, une salle commune et une cuisine. Il y avait suffisamment de place pour pouvoir les garder plus que quelques jours en cas de besoin pour ensuite, comme avant, essayer de les lancer dans le monde.

Bruce, qui lui faisait faire le tour du propriétaire, semblait épanoui. Avec un peu d'argent, les soucis de savoir comment gérer la suite s'étaient envolés et c'était inestimable.

- C'est génial Bruce ! Tu as l'air de gérer ça aussi bien que tout le reste.

- C'est beaucoup plus simple avec des moyens. On a même des nouveaux bénévoles. Pepper elle-même nous aide à l'occasion. Elle a un sens inné de l'organisation. Et les gens lui mangent dans la main, c'est hallucinant. Elle nous a organisé des interventions dans des lycées du coin, on y parle prévention et acceptation, tu sais, la routine. Ça a clashé avec certains parents qui nous accusé de faire de la propagande, la routine là aussi malheureusement, mais ça aussi elle le gère.

- Je pensais qu'avec ses nouvelles responsabilités chez Stark Industries elle n'aurait plus de temps pour nous.

- Cette femme est une machine. Et puis, elle surveille ses investissements.

- Ses investissements ? demanda Steve.

Et alors, il comprit. Pourquoi régulièrement au téléphone Tony demandait des nouvelles de l'association ou de Bruce, alors que lui-même n'était plus sur place. Pourquoi Pepper continuait à s'investir une fois sa mission concernant le gala terminée. Et cela expliquait également cette façon d'avoir vu les choses en grand ici, sans vraiment compter. Les fonds levés n'y auraient pas suffi sur le long terme. Steve y avait vaguement songé depuis qu'il était arrivé, mais la remarque de Bruce avait finalement tout confirmé.

- Stark Industries continue à vous donner de l'argent, c'est ça ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Tous ces mois loin de vous, je n'ai pas cessé de me culpabiliser de vous avoir lâché, même si tu avais été le premier à m'encourager à le faire, et je me demandais si l'argent qu'on avait eu suffirait finalement. Le savoir m'aurait évité de m'inquiéter.

S'il eut l'air gêné par le tournant que prenait la conversation, Bruce eut le mérite de ne pas nier.

- Tony est venu m'annoncer la mise en place d'une rente mensuelle juste avant de quitter la ville. Et il m'a fait promettre de ne rien te dire. Il ne voulait pas que tu penses qu'il ne le faisait que pour te récupérer. Je suppose que ça n'a pas d'importance que tu le saches à présent puisqu'apparemment vous vous êtes rapprochés.

- Pourquoi il ne me l'a pas dit cet idiot, murmura Steve en secouant la tête.

Encore une fois, Tony et son goût du secret. Ceci dit, il ne lui en voulait pas le moins du monde et comprenait même sa démarche, mais à mesure qu'ils s'étaient rabiboché, il aurait apprécié que Tony se décide à le mettre dans la confidence.

Il se détesta pour cette réaction, mais cette nouvelle provoqua surtout une vague d'affection pour le milliardaire. Il confirmait que malgré les apparences, il se préoccupait réellement des autres. Qu'il était le genre d'homme que Steve avait toujours voulu avoir. Et à deux, ils pourraient faire de grandes choses.

En revenant ici, il savait que ça serait la première étape dans ce retour à sa vie normale avant ensuite de retrouver Tony. Cela ne l'empêchait d'être surpris par l'envie soudaine d'être très vite auprès de lui. Tony lui manquait depuis des mois, mais cela n'avait jamais été avec une telle intensité.

Après avoir squatté le canapé de Bucky depuis son arrivée, Steve obtint de Bruce de laisser ses affaires dans sa chambre d'amis en attendant de se chercher un chez lui. Puis, après avoir assuré ses proches qu'il ne partait que quelques jours, il avait filé, avec un peine un sac à dos contenant quelques vêtements, en Californie.

A suivre…