Bonjour tout le monde ! bonne année ! Je sais que j'abuse de traîner ainsi.... Je m'en excuse mais il faut savoir que pour ce qui est du texte original il est lui aussi au point mort et du coup, eh bien je me concentre sur les autres projets. Mais ne craignez rien, je n'arrêterai pas en cours de route, nous en verrons la fin... Seulement pas pour le moment ;)

Merci pour les commentaires laissés sur le dernier chapitre :) Laissez moi votre adresse ou envoyez moi un MP que je puisse répondre à tous !

Je vous laisse maintenant à votre lecture.

Chris

Perdu entre deux mondes

Chapitre 13

Les vents du changement

Ecrit par Ashbear et Wayward Tempest

Traduit de l'anglais par ChrisVIII

Linoa observait le paysage qui défilait par la fenêtre du train. Ses pensées étaient cependant bien loin. C'était la première fois qu'elle se sentait réellement seule depuis son réveil. Et elle avait peur. Laguna s'était proposé de l'accompagner mais elle avait décliné l'offre, arguant qu'elle avait besoin de le faire seule. En fait, elle avait plus refusé pour lui que pour elle, sachant que cet endroit ne lui apporterait que de douloureux souvenirs.

Il était temps pour eux de laisser leur passé derrière. La jeune femme sentit le train ralentir tandis qu'une voix annonçait le prochain arrêt en gare. Par réflexe elle agrippa son collier, anxieuse. Mais le bruit familier des deux bagues l'une contre l'autre ne résonna pas. A la place, elle ne sentit que le platine régulier de l'anneau de sa mère. Elle lutta contre les larmes qui menaçaient de tomber à la pensée de sa dernière nuit à Esthar.


"J'ai… trouvé un endroit pour toi Linoa. Un endroit où je te saurai en sécurité." Laguna se grattait la nuque.

Linoa redressa la tête pour le regarder de son lit où elle était allongée. Elle se demanda si la tristesse qu'elle lisait dans ses yeux était le reflet de celle présente dans les siens.

"Je ne sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt… je n'y suis pas allé depuis longtemps. Mais, ça m'est soudainement revenu."

Il s'arrêta et se laissa piéger par ses souvenirs. Quand il revint à la réalité, il vit son regard impatient et s'éclaircit la voix, nerveux.

"J'ai une propriété à Winhill… là où j'habitais avec Raine. Les temps étaient durs et elle avait du mal à boucler ses fins de mois. Alors je me suis fait embaucher comme chasseur de monstres et je l'ai aidée. Puis, une fois fiancés… on a longuement parlé et, euh, elle m'a mis comme copropriétaire." Il ferma les yeux en revivant la scène. "Bon sang, quand on est aussi jeune, on ne pense pas vraiment au futur et aux milles et une choses qui pourraient aller de travers."

La signification des mots qu'il venait de dire lui apparut soudainement et il la trouva en pleurs. Il se maudit de ne pas réfléchir plus souvent.

"Oh, Linoa, je suis désolé. S'il te plait, ne pleure pas. Ce n'est pas ce que je voulais dire."

Linoa secoua la tête.

"Ne t'excuse pas, c'est la vérité." Elle réprima un sanglot et poursuivit. "Laguna, cet endroit est chargé de souvenirs pour toi… des bons et des mauvais. Je ne voudrais pas m'imposer et débarquer au beau milieu. Je ne pourrais pas te faire ça."

"Ecoute-moi." Dit-il s'asseyant près d'elle. "Il m'a fallu des années pour le comprendre mais j'ai appris que ce qui a été fait ne peut être défait. Ca ne sert à rien de vivre dans le passé. On ne peut pas regarder en arrière même si regarder devant est difficile. Cet endroit... je ne sais pas... j'ai l'impression de l'avoir gardé dans un but précis, c'est sûrement le moment. Un nouveau départ pour toi et une page qui se tourne pour moi. Dieu sait que cette maison a besoin de vivre maintenant." Il sourit gentiment et passa un bras sur ses épaules. "Je ne vois personne de mieux placé que toi."

Un sourire se forma sur ses lèvres malgré les larmes qui baignaient son visage. Une part d'elle trouvait du réconfort dans ces quelques mots. Qu'il s'agisse d'un geste de gratitude ou de la recherche d'un réconfort physique, elle passa ses bras autour de lui et l'étreignit étroitement. Il fut pris par surprise mais répondit néanmoins au geste. Fallait-il réellement qu'elle parte ? Au fond de lui, il savait que le destin s'amusait de voir les hommes dans des situations impossibles.

Les larmes lui vinrent aux yeux comme il l'entendait sangloter contre lui. Il lui caressa doucement les cheveux et tenta de se montrer fort.

"Les choses… euh… elles finissent toujours par s'arranger à un moment ou un autre…Même si ça paraît mal engagé…Tout ira bien Linoa, je te le promets."

Elle entendit les mots mais leur signification ne lui parvint pas, son esprit ne retenait que la peine. Une part d'elle-même voulait retourner dans le silence et le néant dont on l'avait libérée alors que l'autre voulait courir au sommet d'une montagne et crier au monde qu'elle était revenue, qu'elle était vivante, jusqu'à faire exploser ses poumons. Sa vie avait été scellée sept années auparavant. Maintenant, elle était perdue entre deux mondes séparés par un gouffre sans fond et d'une largeur infinie. Elle avait entendu ces témoignages de personnes qui, après une défaite, avaient ramassé ce qui restait pour se reconstruire une vie. Mais pas comme elle. Elle, elle allait devoir faire comme le reste du monde, elle allait devoir renoncer à sa vie mais aussi… enterrer Linoa Heartilly.


La jeune sorcière fut tirées de ses pensées par les haut-parleurs répétant l'annonce d'un prochain arrêt. Elle tenta de cacher son anxiété tout en sachant que ses mains tremblaient. Elle repoussa une mèche échappée de sa queue de cheval.

Elle avait pris des précautions, au cas où elle aurait rencontré quelqu'un qu'elle connaissait à la gare. Les chances étaient minces, mais elle ne voulait pas prendre de risques. Alors, elle avait reteint ses mèches rouges et attachait maintenant ses cheveux. Quelque chose qu'elle ne faisait que rarement auparavant. Elle portait également une paire de lunettes sans correction et se maquillait légèrement plus qu'elle n'en avait l'habitude. Ce n'était pas un déguisement très élaboré, mais il avait très bien fonctionné quand elle avait eu l'occasion inattendue de le tester le matin même.


Pour la première fois de sa nouvelle vie, elle avait raté le réveil. Elle avait à peine eu le temps de dire au revoir qu'elle courrait déjà à la gare à toute vitesse, une valise à la main et un sac jeté sur l'épaule. Heureusement, la station par elle-même était quasi-déserte, mais le destin fit qu'elle se tapa littéralement dans la seule personne qu'elle devait éviter. La force du choc la vit reculer de plusieurs pas et elle lâcha sa valise. Elle regarda la jeune femme qui se relevait devant elle.

"Oh, mon Dieu !" Dit-elle, se penchant pour l'aider à se redresser. "Ca va ? Je suis tellement désolée !"

"Pas d'inquiétude." Répondit l'autre en rajustant son tailleur. "J'aurais du regarder à droite et à gauche avant de traverser la voie, hein ?" Elle eut un petit rire léger et un sourire amical.

En y repensant, Linoa se demanda si les personnes présentes remarquèrent sa surprise. Son cœur rata un battement comme elle regarda les deux yeux bleus qui lui faisaient face. Elle ne pouvait pas bouger, et elle ne pouvait pas détourner le regard.

Une biche dans les phares d'une voiture.

"Mademoiselle ?" Demanda Elise soudainement inquiète. "Vous êtes sûre que ça va ? Vous vous êtes heurtée la tête ?"

C'était elle. De toutes les personnes présentes à Esthar, il avait fallu qu'elle se tape dans elle. Si elle avait pu produire un son à ce moment là, elle aurait éclaté de rire devant l'ironie de la situation ou alors elle aurait fondu en larmes devant la cruauté du destin. Mais, au lieu de ça, elle n'osait même pas cligner des yeux… Cligner. Attendez… Quelque chose n'allait pas… ses lunettes!

Paniquée, elle se jeta au sol à leur recherche. Elle ne les voyait nulle part alors, elle arrêta ses recherches et attrapa sa valise, prête à partir en courant.

"C'est ce que vous cherchez ?" Entendit-elle.

Linoa se tourna lentement vers elle, comme un enfant prit sur le fait. Elise lui tendit les lunettes. Linoa prit une profonde respiration et se força à agir normalement. De quoi avait-elle peur de toutes façons ? Cette femme ne la connaissait même pas. Elle savait qu'elle ne pourrait pas passer le reste de sa vie à fuir, ça n'était pas une vie… "Prends-les, fais face et passe à autre chose" Elle se rappela les mots que lui répétait sa thérapeute. Elle trouva le courage de tendre le bras et de récupérer ses lunettes.

"Merci…"

Elle les prenant, elle frôla involontairement les doigts d'Elise. Ces doigts appartenant à la même main qui l'avait serré lui cette nuit, … et tant de nuits auparavant.

"Squall…"

Linoa réalisa que non, elle n'était pas encore prête à faire face. Elle prit les lunettes, murmura de nouvelles excuses et partit en courant avant que la femme n'ait le temps de voir les larmes qui brillaient dans ses yeux. Elise resta, confuse et perplexe, se demandant si elle était vraiment si affreuse que ça sans maquillage.


Squall remontait le couloir le regard perdu dans le vague. En fait, ses pas tenaient plus du calvaire que de la promenade alors qu'il se dirigeait avec fatigue vers son bureau. Il n'était de retour que depuis quelques heures, ayant pris le vol de nuit pour Trabia, et était déjà retombé dans sa petite routine. Il avait laissé Elise à Esthar lui confiant le soin de faire les au revoir dont il ne se sentait pas capable. C'était la moindre des choses, ne pas la faire revenir sans raison. Il avait vu dans ses yeux qu'elle n'était pas prête à rentrer, bon sang, si quelqu'un méritait des vacances, c'était bien elle. Elle pouvait se permettre un jour de congé sans penser à la T.G.U. Le travail pour lui, c'était différent. Une part de lui en avait besoin pour éviter de trop penser. Le travail, c'était constant, c'était concret et c'était sans surprise.

"Proviseur Leonhart !"

OK, la plupart du temps.

Il se tourna et vit un des juniors accourir. Il s'arrêta juste à temps pour l'éviter et posa ses mains sur ses genoux pour reprendre son souffle.

"Proviseur… monsieur… il y a … un combat… dehors." Articula-t-il difficilement.

De tous les instructeurs et autres employés présents dans le bâtiment, pourquoi fallait-il que ça tombe sur lui? Gérer les petits problèmes comme celui-ci?

"Où est votre responsable ?"

"Je ne sais pas Monsieur !" Répondit le petit oubliant le protocole. "Elle a dit qu'elle allait aux toilettes et elle est partie avec un gars…"

Squall serra les mâchoires. Tous deux allaient se retrouver le derrière dans la neige, la tête derrière-devant, le temps de le dire. Honnêtement, il avait l'impression que le sens du devoir et de la responsabilité se perdaient.

"Monsieur… s'il vous plaît, dépêchez-vous." Continua le jeune garçon la voix aiguë interrompant ses pensées. "Il a une gunblade !"

Squall vit les yeux effrayés du gamin et dit plus doucement.

"Très bien, très bien, calme-toi je m'en occupe. Montre-moi où ils sont."

Il suivit le garçon à travers les couloirs. S'il avait pris le temps de voir où ils se dirigeaient, il aurait certainement hésité.

Billy Stevens essuya le sang qui coulait de sa lèvre en se redressant. Il se plaça rapidement en position de défense comme le poing de son adversaire s'apprêtait à frapper à nouveau. Il esquiva et profita de l'ouverture pour le frapper au ventre.

Richard Bennett tomba à genoux le souffle coupé. La colère brûlait dans ses yeux comme il regarda l'autre. Le sang bouillonnait à ses tempes et il n'entendait que ça.

"Abandonne." Ordonna Billy, le souffle difficile. "Laisse tomber" Il se détourna et se dirigea vers le cercle formé par les spectateurs.

Richard se releva lentement, un sourire malsain aux lèvres.

"Ce n'est pas fini tant que tu es là Stevens." Il fit un signe à un de ses amis. "Apporte-la Rob."

Le Rob en question lui répondit par un regard effrayé.

"Attends, tu avais dit que tu lui ferais peur c'est tout."

Richard s'approcha et l'attrapa par le col.

"Maintenant Rob !" Gronda-t-il.

Rob lui tendit la gunblade volée dans l'un des dortoirs. Sa main se saisit de la garde et il brandit la lame devant lui.

"Allez Stevens, j'ai dit que je n'avais pas terminé."

Billy soupira.

"Qu'est-ce que tu fais Bennett ? Tu ne sais même pas t'en servir…"

"Y'a un début à tout…" Il releva la lame à hauteur de son adversaire, "je n'ai jamais tué non plus…"

Rob s'interposa.

"Laisse tomber, tu vas nous foutre dans la merde!"

"Ta gueule!" Hurla-t-il avant de charger Billy, immobile, surpris de ce revirement.

La vue troublée par la soudaine montée d'adrénaline, il ne vit pas la personne s'interposer entre eux. Squall évita aisément la lame et attrapa l'arme. Dans le même mouvement, il envoya l'attaquant au sol par un beau coup de pied.

Bennett ouvrit les yeux et vit le proviseur le toiser de toute sa hauteur. Son regard était si pénétrant qu'il baissa les yeux et fixa la neige. Tout le petit monde était tombé dans un silence pesant et personne ne bougea. Des minutes passèrent ainsi, jusqu'à ce que les portes ne s'ouvrent, rompant le charme:

"Qu'est-ce qui se passe ici ? Je vous avais dit" La voix se tut dès qu'elle aperçut l'adulte se tenant au milieu du groupe effrayé de juniors. Elle se mit au garde à vous pour tenter de justifier son erreur. "Monsieur, j'ai dû laissé momentanément mon groupe pour aller aux toilettes, ils avaient ordre de rester calmement dans la classe jusqu'à mon retour!"

"C'est ce que j'ai entendu dire oui." Dit-il avec détachement. "J'ai entendu parler de votre partenaire aussi, il était là pour vous aider ? Est-ce que ce serait une nouvelle règle dont on a oublié de me tenir informé ? Le système de parrainage aurait donc été étendu aux toilettes maintenant ? Vous savez, il va vraiment falloir que je me mette à jour quant aux règles déterminant l'usage des WC, je ne savais même pas qu'ils étaient désormais mixtes !" Il s'était pris à crier à un point ou l'autre de sa phrase et dévisageait maintenant la jeune femme tremblotante qui cherchait désespérément à refouler ses larmes. "Je veux que vous rameniez votre unité à son dortoir. Vous viendrez me faire un rapport complet dans mon bureau, à 14h, accompagnée de celui qui vous a si gentiment assistée."

Elle ne répondit rien, paralysée par la peur. Il marcha vers elle et s'arrêta à quelques centimètres de son visage.

"Me suis-je bien fais comprendre cadet ?"

"Monsieur, oui Monsieur !" Répondit-elle enfin. Elle regarda son unité et essaya de reprendre une voix autoritaire. "Cadets, formez les rangs jusqu'au dortoir! Marche!"

Les cadets obéirent sans discuter, heureux d'échapper à la colère du proviseur. Ils formèrent les rangs et commencèrent leur marche vers les dortoirs. Bennett se releva fissa pour les rejoindre quand une poigne ferme lui enserra l'épaule. Il se tourna et fit face au proviseur, il avait le visage effrayé d'un mouton face à un loup.

"Une fois dans votre chambre, je veux que vous fassiez votre sac. Félicitation cadet, vous venez de gagner le droit de rentrer chez vous."

Les mots résonnèrent dans l'air glacé et Squall vit le garçon se vider de ses couleurs. Il aurait pu le condamner à mort et lire sur ses traits la même panique et franche terreur. Pour les étudiants des Gardens, chez soi, c'était une succession de foyers et familles d'accueil. Chez soi, c'était retourner dans un monde où ils n'avaient pas leur place, où ils étaient seuls, privés de la compréhension et l'amitié qu'ils avaient ici. Ce n'était pas pour rien que les posters de recrutement du SeeD étaient placés en priorité dans les orphelinats. Les Gardens offraient un refuge aux oubliés de la société.

"Monsieur…" Implora-t-il.

Les yeux du proviseur lui conseillèrent de ne même pas tenter de plaider son cas ou contester son autorité.

"Oui Monsieur." Bennett fit demi-tour et entra à son tour, sortant du champ de vision de Squall comme les portes se refermaient.

Squall soupira de frustration et se massa les tempes de sa main libre. Il regarda la gunblade qu'il tenait toujours et la jeta au sol où elle atterrit dans un bruit sourd. Il en avait marre de se voir confier le destin des autres. Il ne comprenait pas pourquoi il échouait toujours en position d'autorité. Ne voyaient-ils donc pas dans ses actes passés qu'il n'était pas doué pour ça ?

Quelque chose de froid tombant sur son bras le fit frissonner. Il baissa les yeux et réalisa qu'il avait laissé son blouson à l'intérieur. Ses yeux suivirent un autre flocon qui atterrit sur sa main avant de fondre aussitôt. Une voix familière lui revint en mémoire, sans raison apparente.

Regardez! Regardez! Un cadeau des fées !

Il prit alors conscience pour la première fois de l'endroit où il se trouvait. Son souffle se bloqua comme la peur s'emparait de lui. Après toutes ces années passées à éviter cette place, le destin avait fini par gagner et l'avait ramené face à son passé.

Le terrain de basket.

L'endroit où il aurait pu changer le cours des évènements qui avaient bouleversé sa vie et celle des autres.

Et où il n'avait rien fait.

Il n'y avait pas posé le pied depuis son arrivée à Trabia. Tout ce qu'il avait pu faire, c'était regardé le terrain par les fenêtres et même ainsi il ne se sentait pas en sécurité. La douleur, les souvenirs, la peine, ça le rongeait. S'il avait une chance de changer le passé, il commencerait ici.

Hey, ça vous dirait d'aller voir l'orphelinat d'Edéa ?

"Non Zell." Souffla-t-il la voix brisée comme la scène se rejouait sous ses yeux, tel un vieux film. "Rentrons à Balamb, … elle y sera en sécurité."

On pourrait trouver un indice…

"Ok, Irvine, d'accord. Mais avant, il faut ramener Linoa au Garden. Elle n'a rien à voir avec cette histoire, elle n'a pas à se battre… elle ne veut pas se battre."

Un indice ? Tu veux dire genre pourquoi la gouvernante est devenue méchante? Continua Quistis, ignorant son intervention.

Squall secoua la tête. Il savait que ce n'était pas vrai. Leurs silhouettes transparentes étaient face à lui, les fantômes des erreurs d'un lointain passé. Et pourtant, quand il voyait Linoa debout, là, face à lui, il ne voulait qu'une chose, croire au mirage.

Peu importe ce que l'on trouvera là-bas, ça ne changera en rien le présent. Mais … je veux y aller moi aussi. Je ne sais pas ce qu'on trouvera, mais, allons-y. Direction l'orphelinat d'Edéa ! S'entendit-il dire.

"Egoïste hein ? Tu ne la voyais pas? Tu ne voyais pas son regard ?"

Alors, ça y est, c'est la guerre.

Elle était maintenant face à lui, effrayée et apeurée. Il avait envie de la réconforter et de la prendre dans ses bras comme il ne l'avait jamais fait quand il en avait eu l'occasion.

"Non, pas pour toi Linoa. Pas toi. On va te ramener à Timber où tu seras en sécurité. J'ai eu tort de te laisser venir jusque là avec nous. Ne viens pas avec moi… s'il te plait."

Vous n'avez peur de rien…

"Oh si ! Je ne suis qu'un lâche. Je laisse tomber tous ceux qui comptent sur moi. Tu devrais fuir Linoa. T'éloigner de moi autant que possible." Les larmes lui piquaient les yeux. Sa première réaction fut de les essuyer, mais il eut peur de mettre fin à l'illusion.

Avant qu'il n'ait pu se retenir, il s'avança vers elle. Le reste du groupe s'effaça, il s'arrêta à quelques centimètres de l'illusion. Mon Dieu, elle avait l'air si réelle.

j'ai peur, parfois…Quand on est tous ensemble…J'ai l'impression qu'on est… sur la même longueur d'onde… Tu sais…

Squall ferma finalement les yeux, se concentrant sur le son de sa voix.

Mais quand le combat commence… C'est différent. Chacun va à son rythme et …

"Tu te sens à l'écart." Sa voix tremblait.

Je me sens à l'écart. J'essaie de vous rattraper, mais c'est inutile… Où êtes-vous ? Je n'entends rien… Et quand je vous retrouve, je me demande … Tout le monde va bien? Est-ce que vous m'attendiez ?

"Est-ce que tout le monde va bien ?"

Il retint un sanglot, il y avait tellement d'ironie dans ses mots. Avait-elle seulement pensé que ça pouvait être elle l'absent une fois le combat fini ?

Il se retrouva submergé par les émotions, plus qu'il ne pouvait en supporter. Il tendit le bras vers le mirage, voulant sentir sa peau sous ses doigts. Mais il ne trouva rien d'autre que de l'air. L'image se déforma et se dissipa comme de la fumée. Ses jambes refusèrent de le porter plus longtemps et il tomba lourdement à genoux sur le terrain, il le réalisa à peine. L'expérience le laissait vide et indifférent. Il leva son visage vers le ciel et accueillit les flocons sur son visage. Ses cheveux étaient déjà complètement recouverts. Il referma les yeux, insensible au froid. La seule douleur qu'il ressentait venait de savoir qu'elle était partie, et que le temps jouait avec lui. Il n'aidait pas à apaiser la peine comme les docteurs et ses amis avaient promis. Tout ce qu'il faisait, c'était creuser l'absence chaque jour un peu plus, les éloigner l'un de l'autre à chaque seconde qui passait.

"Tu me manques." Murmura-t-il doucement.


Il regarda au dehors par la grande baie vitrée de son bureau. La ville d'Esthar était animée des pas affairés de ses habitants. Cependant, les lumières et les bruits ne parvenaient pas à le tirer de ses pensées.

Laguna se demanda si elle était maintenant arrivée. … Si son voyage s'était passé sans encombre. Est-ce qu'elle allait bien ? Bon sang, il aurait dû l'accompagner. Pourtant, il savait qu'il n'aurait fait qu'accroître le danger. Elle pouvait se fondre dans la foule seule mais lui, il aurait du mal à faire incognito.

Il espérait qu'elle se souviendrait de l'appeler une fois rentrée. Il serait incapable de se concentrer sur son travail avant d'être rassuré. Machinalement, il caressa l'objet métallique qu'il tenait dans sa main.

Je veux que tu prennes ça Laguna.

La bague de Squall brillait dans la faible lumière. Il l'avait prise dans le creux de sa main pour la voir de plus près. Il avait secoué la tête.

Linoa…

Elle avait les yeux tristes et il avait lu en eux plus de peine qu'elle n'aurait dû en connaître à son âge.

Elle ne m'appartient pas. Je n'ai pas le droit de la garder et… elle devrait rester dans sa famille.

Tu, tu en es sûre ?

Elle avait essuyé ses larmes.

Je dois aller de l'avant non ? Si je dois recommencer ma vie, je dois laisser le passé. Alors, je laisse le passé derrière moi. Linoa avait refermé les doigts de Laguna sur la bague. S'il te plait, garde-la. Un jour peut-être tu auras l'occasion de la lui rendre.

Il l'avait regardé encore un peu avant d'acquiescer lentement.

Je comprends. Ne crains rien, j'en prendrai soin.



"Mademoiselle ?"

"Mademoiselle ? C'est le dernier arrêt avant Deling. C'est bien votre arrêt ?"

Linoa revint sur terre en entendant la voix. Elle regarda bêtement l'employé impatient.

"Oui, excusez-moi, je crois que je rêvais." Elle chercha à contrôler sa peur.

En vérité, elle avait peur de descendre de ce train. Cherchant dans le compartiment au-dessus d'elle, elle en sortit fébrilement son sac à dos et le plaça sur son épaule. Elle remonta lentement le wagon tout en sentant le regard insistant de l'employé derrière elle.

Une fois sur la plate-forme, seule sa valise déjà descendue l'accueillit. La station était déserte. Son anxiété grandissait à mesure qu'elle se rapprochait de la sortie, elle voulait briser ce silence. Quand elle passa les doubles portes, elle fut éblouie par le soleil et laissa le temps à ses yeux de s'ajuster. Un petit chemin de terre s'étendait devant elle. Elle avait un peu moins d'un kilomètre à faire pour arriver à Winhill. Le vent souffla gentiment dans les arbres avoisinants. Elle prit une profonde inspiration et se lança sur le chemin.

Premier pas de sa nouvelle vie.