A/N:DERNIER CHAPITRE ! \o/ 'fin, il y a encore un épilogue derrière, hein !

Shi Tsu Michaelis: Merci d'avoir pris le temps de poster une review par chapitre, c'est très gentil à toi. ^.^ Personnellement, je pense que la "relation" (si on peut encore appeler cela ainsi~) que partagent le Chapelier et Alice est particulièrement destructrice, surtout du côté du Chapelier. J'aurais d'ailleurs plutôt tendance à dire que ses sentiments relèvent plus de l'obsession que de l'amour: il prend beaucoup plus qu'il ne donne. Cela devrait d'ailleurs se confirmer dans ce chapitre~ Quant au Griffon, j'ai été voir de quoi avait l'air le personnage auquel tu disais qu'il ressemblait, et je dois avouer que je ne peux qu'être d'accord avec toi ! Et je suis très contente que tu aimes ce personnage, car je l'affectionne aussi tout particulièrement (peut-être bien parce c'est un des seuls qui veut véritablement aider Alice).

Bonne lecture~


SWEET DREAMS

Chapitre 13: Confession

Alice Liddell avait affronté beaucoup de situations difficiles jusque là, pour la plupart relativement dangereuses. Elle avait été entraînée de force dans un monde inconnu par un Chapelier Fou qui s'enflammait à la simple pensée d'une tasse de thé, avait subi les avances douteuses de plusieurs personnages dont elle ne souhaitait pas citer le nom, s'était perdue, seule, dans deux endroits où certaines créatures n'attendaient que sa venue pour faire une dégustation dans les règles de l'art, et elle était parvenue à garder ce qu'elle avait de plus précieux : sa vie, sa virginité, et pour la plupart du temps, son calme (ce qui relevait de l'exploit, en un sens). Dans l'ensemble, elle était assez fière d'elle, et ne pouvait que saluer le courage dont elle avait fait preuve.

Cependant, maintenant qu'elle était là, miraculeusement habillée d'une robe élégante et parfaitement à sa taille (une fois de plus, elle ne préféra pas songer au comment ni au pourquoi), dans l'immense salle où la Reine Rouge recevait ses sujets, elle se sentit minuscule. Et ridicule. Elle était mal à l'aise, aussi. Bref, elle n'était pas dans l'état le plus joyeux qu'elle ait connu, bien au contraire. Il fallait dire que la façon dont tous les regards étaient dirigés vers elle ne l'aidait en rien. Elle était au centre de l'attention, en face de la Reine Rouge et son immense trône surélevé (comme si elle ne se sentait pas assez petite comme cela !), et derrière elle se trouvait le Griffon, de nouveau enchaîné (bien que tous sachent que cela ne changeait strictement rien à la situation), accompagné du Valet de Cœur, qui le surveillait distraitement, tandis que le Chapelier Fou ne cessait de remettre son costume et son chapeau en place par de grands gestes nerveux; le Lièvre de Mars se tenait à ses côtés, contrastant avec son ami par son immobilité presque rigide, et son visage ne trahissant aucune émotion. Elle pouvait aussi apercevoir le Lapin Blanc, qui serrait contre lui une grande trompette; elle en déduit qu'il devait être le page de la Reine Rouge dans cette étrange mascarade.

Elle releva la tête, trouvant finalement la force de poser les yeux sur la Reine Rouge. Elle fut un instant surprise, découvrant une femme aux traits fins, qui respirait la féminité et la grâce. Cependant, son regard sévère et ses sourcils froncés venaient contrarier l'impression presque douce qu'elle dégageait, la rendant soudainement imposante. Il n'y avait pas de place pour l'empathie ou la pitié dans ce visage perpétuellement revêche. Elle se tenait fièrement, la façon dont se tiennent les personnes de pouvoir, qui se savent influentes. L'espace d'un instant, elle crut voir ses yeux noirs s'adoucir, mais elle ne su si c'était encore là un tour de sa facétieuse imagination ou non. Elle préféra se relever de toute sa hauteur (ce qui n'était pas grand-chose, elle l'admettait volontiers), chassant la nervosité de sa posture. Il n'était plus question d'hésiter; elle devait rentrer chez elle. Et pour cela, elle avait besoin de la Reine Rouge, qu'elle le veuille ou non.

« Alice Liddell, ici présente, a demandé une audience à Sa Majesté. Veuillez expliquer vos motifs. »

La voix fluette du Lapin trahissait une certaine inquiétude, mais il se plia au protocole (elle fut d'ailleurs surprise qu'il y en ait un) de manière exemplaire.

« Comme vous le savez probablement, je suis une étrangère. »

Elle s'adressa directement à la Reine Rouge, ignorant l'expression surprise du Lapin, et l'exclamation angoissée du Chapelier. La Reine Rouge hocha la tête, visiblement amusée par sa franchise et son audace.

« J'ai été amenée ici de force par une tierce personne – tous notèrent son refus de dénoncer le Chapelier, bien que personne n'ignore qu'il soit le seul capable d'un tel acte –, et, sans vouloir vous insulter, je ne souhaite pas rester dans ce monde. J'aimerai retourner d'où je viens. »

Cela ressemblait plus à un ordre qu'à une requête, et tous retinrent leur souffle, redoutant le tempérament volatile de leur souveraine. La Reine Rouge garda le silence un moment, avant de finalement daigner lui répondre.

« Je n'ai pas de réelle raison de te retenir, ni de t'empêcher de regagner ton monde, mais… »

Il y avait un 'mais'. Bien sûr qu'il y avait un 'mais'. Il y avait toujours un 'mais' ! Elle retint un soupir d'agacement.

« Quelque chose dans cette histoire m'ennuie. »

Elle haussa un sourcil.

« Ah oui ? Quelle partie, exactement ? »

La Reine Rouge ne releva pas son ton impertinent, préférant esquisser un geste distrait de la main.

« Ce n'est pas toi qui m'intéresse, Alice Liddell. »

Elle se demanda un instant si elle devait se sentir vexée devant cette manière désinvolte de la mettre de côté. Après tout, elle était la première concernée dans cette histoire, non ? Elle était celle que l'on balançait dans un monde inconnu sans aucun égard, celle de qui on se jouait, et celle qui subissait la folie qui semblait faire partie intégrante de ce monde ! Cependant, lorsqu'elle vit la Reine Rouge se redresser sur son siège, et diriger un regard glacial (elle était quasiment sûre que la régente était en fait capable de geler n'importe quel objet d'un seul coup d'œil !) sur nul autre que le Chapelier Fou, elle ne pu contenir le soulagement qui l'assaillit en sachant qu'elle n'était pas celle qui subirait la colère de la souveraine du Pays des Merveilles. Elle ignorait ce qu'avait exactement fait le Chapelier pour susciter une telle réaction, mais elle était quasiment sûre que c'était mérité.

Elle retourna d'un pas tremblant vers les bancs en bois où les autres personnes présentes étaient assises. Le Chapelier Fou se leva, enleva son chapeau, joua avec quelques instants, avant de le remettre sur sa tête, et d'avancer vers la Reine Rouge. Son regard jaune pâle se posa sur Alice, et il s'immobilisa. Il attendit qu'elle soit à sa hauteur, triturant de ses grands doigts un des boutons de sa veste. Elle lui lança un regard interrogateur, la curiosité la poussant à s'arrêter devant lui. Il pencha la tête sur le côté, sa main retombant mollement à ses côtés. Ils se dévisagèrent; elle, ne sachant comment réagir, et lui, passant d'émotion en émotion à une vitesse affolante, la couleur changeante de ses yeux seule signe de son agitation.

Soudain, il se pencha vers elle, sa main se posant sur sa tête en un geste tendre. Elle crut un instant qu'il allait l'embrasser, la couleur bleu violet de ses yeux ne lui annonçant rien de bon. Cependant, il se contenta d'effleurer son oreille de ses lèvres en un geste aérien, et elle mit un moment à saisir ce qu'il lui avait murmuré. Le temps qu'elle reprenne ses esprits, il l'avait déjà lâché, et s'en allait d'un pas tranquille vers la Reine Rouge. Sa nervosité avait laissé place à un calme terrifiant, et elle porta la main à son oreille, complètement troublée.

« Je ne regrette rien. »

Ses paroles résonnèrent en elle, et plus que jamais, elle prit conscience qu'elle ne pourrait probablement plus jamais revenir en arrière.

« Alice ? »

La voix douce du Griffon la tira de sa torpeur, et elle s'empressa de le rejoindre et de s'asseoir à ses côtés. Il lui lança un regard inquiet.

« Quelque chose ne va pas ? »

Elle remit ses cheveux en place derrière son oreille.

« N-non… C'est juste que… »

Elle s'interrompit, ses yeux se posant sur le dos tourné du Chapelier Fou.

« Juste que ? »

Elle secoua la tête.

« …Ce n'est rien.

-Alice—

-Chapelier Fou. Ne te lasses-tu donc jamais de causer le trouble dans mon royaume ? »

La voix pleine d'autorité et d'agacement fit tiquer la plupart des personnes présentes, mais le principal concerné se contenta d'hausser les épaules.

« Et voilà que maintenant, tu entraînes Alice Liddell de force dans notre monde, sans songer aux conséquences ? Cela va beaucoup trop loin, Chapelier Fou. J'aurais dû prendre des mesures à ton encontre il y a de cela bien longtemps. »

Le Chapelier émit un rire léger.

« Ah oui ? Et qu'auriez-vous fait ? Vous m'auriez enfermé dans votre petit labyrinthe, comme ce cher Griffon ? Quelle solution efficace ! Le voilà maintenant ici, en votre présence, sans que vous ou vos petits soldats ne puissent rien y faire. C'est tout simplement pathétique, pour ne pas dire—

-Assez ! »

L'exclamation coléreuse de la Reine Rouge résonna dans la salle d'audience, laissant derrière elle un lourd silence. La souveraine prit quelques minutes pour se calmer, avant de reprendre.

« Pourquoi as-tu amené Alice Liddell ici ? »

Il lui lança un regard incrédule.

« C'est évident, non ? Parce que j'ai besoin d'elle !

-Et tu l'as bien sûr fait en sachant que cela représentait un danger pour l'équilibre de notre monde ? »

De nouveau, un haussement d'épaule.

« Quelle importance ? »

En temps normal, Alice se serait demandé jusqu'où l'inconscience et la stupidité pouvaient aller, et divaguerait probablement sur le fait que le Chapelier Fou n'avait aucune limite, quel que soit le domaine concerné. Cependant, à cet instant, tout ce qu'elle pouvait ressentir, c'était cette inquiétude, cet espèce de malaise qui la rongeait depuis que le Chapelier lui avait murmuré ces quelques mots déstabilisants. Elle se rapprocha du Griffon, ses doigts s'accrochant à sa manche. Il lui lança un regard curieux, mais ne la questionna pas.

« J'ai entendu parler d'un phénomène intéressant, Chapelier Fou. »

Le changement de sujet déstabilisa l'audience, mais l'accusé répondit de manière visiblement désintéressée.

« Ah, vraiment ? »

Un sourire carnassier vint étirer les lèvres rouges de la Reine.

« Il semblerait que les Ombres cherchent par tous les moyens à venir jusqu'ici. »

La forme du Chapelier se tendit.

« Comme si elles venaient chercher quelque chose qui leur appartient… »

Il serra les poings.

« Ou devrais-je dire quelqu'un ? »

Son regard brûlant se posa sur la Reine, et elle ne pu retenir le mouvement de recul instinctif face à la haine affichée ouvertement par le Chapelier.

« Quelle théorie intéressante, Votre Majesté. »

Il sembla cracher son honorifique.

« Mais en quoi cela me concerne-t-il ? »

Elle fronça les sourcils, visiblement contrariée face au sourire soudainement candide qu'il afficha.

« Ne fais pas l'innocent, Chapelier Fou. Les Ombres ne se manifestent qu'à une seule occasion. »

Cette sensation d'étouffement…

L'audience retint son souffle, certains commençants à comprendre les dessous de toute cette histoire.

« Or, comment aurais-tu pu savoir le moment exact où un tel événement se produirait ? »

Puis un soulagement immense…

Un sourire se dessina lentement sur les lèvres du Chapelier, mais la Reine ne le vit pas, trop occupée à continuer son raisonnement.

« Comment aurais-tu pu savoir où trouver Alice Liddell à cet instant précis ? »

Une obscurité bienvenue…

Ses épaules furent secouées de soubresauts, et une de ses mains vint cacher sa bouche.

« Comment aurais-tu pu être en mesure de te trouver où il fallait ? »

Elle était libre…

Son rire éclata finalement, et il s'empressa d'applaudir la Reine Rouge avec entrain.

« Tout cela ne peut s'expliquer que d'une seule manière, n'est-ce pas ? Mais vous le savez ! Bien sûr que vous le savez ! Après tout, une personne aussi intelligente que vous ! »

Elle flottait dans cette vaste immensité…

L'incrédulité s'empara des traits de la Reine Rouge.

« C'est toi qui as… »

Rien que ce vide à parcourir…

Il rit de nouveau, et tous se glacèrent d'effroi, comme s'ils savaient que les paroles qui allaient franchir ses lèvres n'apporteraient que malheur.

« De mes propres mains, je l'ai fait. »

Rien que ce vide…

Il se tourna vers la jeune fille, qui s'accrochait désespérément au Griffon. Ses yeux bleu violet brillaient, illuminés par la folie.

« J'ai tué Alice Liddell. »