Daydream… or Dead Dream ?

286, rue des Ormes

J'avançais donc d'un pas guilleret, trop heureuse de pouvoir rentrer. J'avais la gorge nouée par l'émotion mais c'était plus de la joie qu'autre chose. Je traversais la route, sans vraiment prendre le temps de regarder de chaque côté. J'étais de plus en plus impatiente à l'idée de revoir mon petit papa qui m'avait tellement manqué. Dans ma tête, je l'imaginais déjà en train d'ouvrir la porte pour me demander où j'étais allée et pourquoi j'avais mis autant de temps, me réprimandant à moitié tout en affichant un sourire moqueur et affectueux.

Je revoyais son visage se dessiner devant mes yeux. Ses cheveux blonds cendrés dont j'avais hérité, coiffés en une mi-queue, retombant sur ses épaules. Quelques mèches éparses se baladant sur son front, marqué par les années passées à la chaleur à force de travailler devant les fours. Ses yeux verts d'eau, dont l'étincelle chaleureuse m'avait tant manqué ces derniers mois, me fixant avec bienveillance, les coins de ses paupières plissés par le sourire tendre qu'il m'offrirait, ouvrant grand les bras pour me faire un câlin. Je me rappelais la sensation de sa barbe contre mes joues lorsqu'il m'embrassait et fermais les yeux à cette idée, l'imaginant me faire un bisou sur le front et me souhaiter bon retour.

Je riais toute seule, les larmes roulant sur mes joues à mesure que j'avançais et ça m'était fichtrement égal. C'était de la joie mêlée à du soulagement et qu'importait que mon père me voit ainsi. Il ne comprendrait sûrement pas et me demanderait ce qui n'allait pas, mais je me loverai dans ses bras tout en lui disant à quel point je l'aimais et qu'il m'avait manqué. Il me prendrait sûrement pour une folle, mais je sais qu'au fond ça lui ferait très plaisir. Et puis nous rentrerions à la maison, bras dessus, bras dessous, comme si tout cela n'avait jamais existé et n'avait juste été qu'un mauvais rêve.

Arrivée devant le petit portail blanc, j'inspirai profondément, essuyant mes larmes d'un revers de manche avant d'abaisser la poignée. A ma très grande surprise, celui-ci était verrouillé. D'habitude on ne le fermait que le soir et je n'avais pas la clé. Qu'à cela ne tienne, vu qu'il m'arrivait à mi-cuisse, je n'avais aucun mal à passer par-dessus comme je le faisais avant. M'enfin cela m'étonnait quand même.

Une fois passée de l'autre côté, je me dirigeai vers la porte d'entrée. Pas de papa à l'horizon, mais ce n'était pas gênant, cela voulait certainement dire qu'il n'était toujours pas rentré de ses courses. Toujours pas de clés en vue, mais j'avais ma petite combine pour rentrer quand même sans me faire repérer. Il m'arrivait souvent de me faufiler dehors alors que le couvre-feu paternel était déjà bien entamé pour aller rejoindre Castiel : je descendais à la cave et passais par la petite fenêtre qui arrivait au niveau du sol qu'on laissait toujours ouverte pour Servanne, notre Bengale. Normalement, je n'aurais aucun mal à rentrer dans la maison et à faire comme si de rien n'était.

J'allais donc directement à l'arrière de la maison, m'assurant que personne ne regardait –il s'agissait de laisser ce « passage secret » secret justement. Toujours à l'affût du moindre témoin, je regardais de chaque côté avant de m'accroupir pour farfouiller dans les buissons à la recherche de l'ouverture. Je remarquais en me baissant que les feuillages étaient différents. Je n'avais pas fait attention, puisque je n'utilisais plus ce subterfuge depuis longtemps, que les végétaux avaient changé. Et puis j'arrivais enfin à la fameuse fenêtre. Objectif atteint. YESSSS !

Mais quelle ne fût pas ma surprise lorsque je vis les barreaux en fer forgé devant la vitre ! Depuis quand ils étaient là ?! Et Servanne ? Comment faisait-elle pour sortir ? Enfin pour un chat comme elle, ce n'était pas vraiment un problème et c'était d'ailleurs une bonne idée ces barreaux, mais je ne me souvenais pas les avoir vus ! D'où ils sortaient ? Et puis la fenêtre était fermée ! Que faire ? PANIQUE A BORD, MON CAPITAINE !

L'espace d'un instant, j'ai pensé m'être trompée de maison, c'était la seule explication logique. La veille -enfin la veille de mon passage dans un autre monde s'entend-, j'avais fait rentrer la minette et il n'y avait pas un seul barreau, je m'en souvenais très bien. Alors, je m'étais relevée d'un bond et retournais en vitesse de l'autre côté du portail avant d'être repérée et d'être prise pour une voleuse-en robe rose, - le truc le plus discret du monde -_-'. Je fixais la plaque numérale. Deux, huit, six.286. Rue des Ormes. Je n'avais donc pas fait erreur, j'étais bien à la bonne adresse (qui oublierait son adresse, non mais franchement ?). Je ne comprenais pas. Et puis, le cœur battant, je regardais le nom sur la boîte aux lettres.

Ce n'était pas le mien.

Je fus prise de vertiges. Je relisais sans cesse ces lettres qui ne ressemblaient en rien à mon nom. Alors, prise de panique, je courus de l'autre côté de la rue et sonnais frénétiquement chez Joana. J'entendis la voix familière de la vieille dame râler et cela m'apaisa quelque peu. Elle ouvrit la porte en pestant tout ce qu'elle pouvait contre ces « jeunes irrespectueux ». Je soupirais de soulagement en la voyant, inchangée, ses grandes lunettes noires sur le nez, des boucles épaisses parsemées de blanc lui tombant dans le dos, me fixant de ses grands yeux brun-vert. Elle m'accueillie avec un « Quoi ? Qu'est-ce que c'est encore ?» pas très aimable.

« C'est moi, c'est Sylfe, tu sais !

-Connais pas. Quel drôle de nom… Fin bon, c'est pourquoi, « Siffle » ? Je la fixais, interloquée. Dépêche-toi, parle ou je ferme la porte !

-Euh oui… euh… je cherchais les mots, mais ils ne voulaient pas venir, comment lui expliquer et quoi lui demander… ? Euh, comment dire ?

-Très vite et en très peu de mots, chuis occupée.

-Est-ce que tu, je veux dire « vous », savez ce qui est arrivé aux gens qui habitent au 286 ?

- Le 286 ? C'est quoi cette question ?

-Je veux dire les gens qui y habitaient avant ?

-Avant quoi ? Ils sont là depuis des lustres et moi aussi, et y a jamais eu de problèmes dans le coin. Mais si des jeunes se mettent à frapper chez les gens pour leur poser des questions bizarres, je ferais mieux de partir. et elle claqua la porte aussi sec. J'eus tout juste le temps de pousser un « attendez » désespéré. Elle rouvrit, me jaugeant d'un air suspicieux. Quoi encore ?

-Est-ce que… Est-ce que le nom de Jocelyn Meunier vous dit quelque chose ? Est-ce qu'il habitait là avant ?

-'Y a jamais eu de Jocelyn Meunier à l'horizon, ni dans cette rue ni dans cette vie, jeune fille. » Et elle ferma définitivement la porte.

Je restais un moment interloquée devant la porte, fixant l'endroit où la tête de Joana se trouvait un instant auparavant. Je ne savais pas trop quoi faire ni trop quoi penser. J'avais la tête vide. Machinalement, mon corps se mit à bouger de lui-même. Sans trop savoir pourquoi, ma main attrapa le téléphone que je venais d'acheter et pianota nerveusement sur l'écran. Je ne savais même pas ce que j'avais écrit… ni à qui… je savais juste que l'idée du moment se résumait à peu près à ça : « HELLLLLLLLLLPPP ! »

Je ne sais trop comment, mais j'avais réussi à retourner à la voiture, cramponnée à mon téléphone comme si c'était la seule chose qui me maintenait en vie. J'avais la tête encore plus vide qu'un pot de Nutella léché en bonne et due forme. Mon vampire de chauffeur se contenta de faire demi-tour et de me ramener chez Tacitamura. Un silence pensant s'était installé dans l'habitacle, seulement interrompu par le ronronnement du moteur. J'étais mal à l'aise et j'avais l'impression de suffoquer. Je baissais la vitre arrière, histoire de m'aérer un peu. Ce n'était pas suffisant pour faire disparaître le malaise mais cela me soulageait un peu. Le vent qui s'engouffrait par la fenêtre faisait virevolter mes cheveux avec force, me cachant le visage par moment. J'inspirais une grande goulée d'air frais et fermais les yeux.

La sensation du vent sur ma peau, de mes cheveux sur mon visage, de la chaleur du soleil sur mon front me détendit et j'eu comme un flash. Une image s'est imposée à moi. Un vieux souvenir. Un souvenir heureux. C'était le souvenir de ma première balade à moto avec Castiel, au tout début de notre relation. Il m'avait emmenée sur route sinueuse, tout en virages et où il fallait que je m'accroche à lui comme une tique à chaque tournant. Je le suspectais d'avoir choisi cette route juste pour ça d'ailleurs et ça n'était pas pour me déplaire, bien au contraire.

Je me laissais envahir par les sensations enivrantes que me procurait ce souvenir, me rappelant les émotions que j'avais eues à ce moment, la joie, la satisfaction, l'excitation, l'exaltation de ce petit « tête-à-dos » sur le bitume. J'entendais presque le moteur rugir à chaque accélération, je sentais mes muscles se contracter légèrement, suivant chaque mouvement de la bécane, souriant à cause de ce petit côté dangereux et aventureux. Je n'étais plus dans la voiture au chauffeur vampire. J'étais derrière Castiel, me cramponnant des toutes mes forces à lui, me plaquant contre son dos, serrant mes cuisses contre les siennes, riant de bonheur. J'étais loin…

…Jusqu'à ce que l'on s'arrête.

J'ouvris les yeux, surprise. Étions-nous déjà arrivés ? Non. Nous étions arrêtés à un feu. Sans plus attendre, je pressais le chauffeur de changer de direction et d'aller à l'adresse que je lui indiquais. Il haussa un sourcil, mais ne pipa mot, se contentant de rentrer la nouvelle destination dans le GPS. L'appareil ne se montra pas très coopératif et ne montrait qu'une espèce de carré vert. Ah les GPS ! J'insistais pour y aller et le vampire finit par céder, bien qu'essayant d'argumenter sur l'inexistence de l'adresse. Mais il finit par s'y plier et me conduisit à l'endroit voulu.

Même si cela faisait des années qu'on ne s'était pas parlé, j'étais persuadée qu'il accepterait de m'aider. Petit à petit, d'autres pensées se formèrent dans mon esprit et je tentais de recoller les morceaux. C'était un peu brouillon et je savais pertinemment que dans ces cas-là, la meilleure personne qui m'aidait à organiser mes pensées c'était Castiel. Et puis peut-être que j'aurais l'occasion de m'excuser pour les mots de la dernière fois… M'enfin, cela ne m'enchantait pas non plus, étant donné que je n'étais pas la seule en tort et que, depuis le temps, qui sait ce qu'il était devenu.

Est-ce qu'il a refait sa vie ?

Non.

Enfin pourquoi pas après tout, ça fait quand même plus d'un an qu'on s'est séparé…

Nooon non non. Impossible, je n'ai pas réussi à l'oublier, MOI, pendant tout ce temps, comment LUI, aurait-il pu y arriver ?

Impensable donc…

A moins que ce petit enfoiré ne tenait pas à moi autant que moi à lui… ce qui était totalement plausible, vu la teneur de notre dernière discussion…

Crétin !

M'enfin, c'est pas comme ça que j'vais réussi à avoir une conversation polie et courtoise si je pars déjà en mode furie… Faut savoir pardonner Sylfounette…

Mouais, m'enfin il a quand même eu le culot de tout me mettre sur le dos et de m'accuser de vouloir le monopoliser et de briser sa carrière. Quelle enflure !

Non, non non. Rester positive, rester zen et positive…Zen… … …

Rhhhaaaa ! Espèce de crétin abruti et nombriliste !

Punaise ! Comment j'ai fait pour l'aimer c'te andouille ?!

Parce qu'il était tellement classe dans sa veste en cuir et qu'il me faisait rire ? Parce qu'il me comprenait et qu'il savait comment me faire plaisir ? Parce que c'était un petit con* mais qu'il était adorable ? Parce que tout avec lui avait un air d'interdit et avait donc une saveur beaucoup plus addictive ? Parce qu'il me faisait l'amour comme personne ?

A cette pensée, je me sentis rougir comme pas permis et c'est vrai que maintenant que j'y pensais, cela faisait des lustres que je ne l'avais pas fait… Et forcément, mon gentil cerveau en vrac n'avait rien trouvé de mieux que de me renvoyer des flashs de souvenirs de ces moments-là…

Tout bien considéré… peut-être qu'une réconciliation sur l'oreiller serait la bienvenue… tout compte fait ?

Moui, je dirais même que cela me paraît être une bonne idée…

Je me mordis la lèvre d'impatience. Avant de me reprendre confuse.

Ah non non non ! Ne pas perdre de vue l'objectif premier ! Comprendre le bordel machiavélique qui se joue avec mon père ! Oui oui oui, c'est ça !

Et ses petites fesses là…huum !

NON ! Sylfe ! Arrête, tu te fais du mal !

Et crotte, finalement, je crois que je sais pourquoi je l'aimais…c'est parce que c'était le seul à me mettre dans des états pareils… Rhhhaaaa ! Comment je peux être aussi faible face à lui !

Crétin ! Crétin crétin crétin ! Mais je l'aimais. Zut ! Chuis foutue…

...

Tiens… ? Aurais-je donc utilisé le passé ? « Je l'aimais » ? Cela voudrait-il dire que ce n'est plus le cas ? Alors pourquoi j'ai repensé à tout ça ?

Je restais un moment perplexe. Mon pauvre cortex était en train de griller sévère. A tel point que j'en avais oublié l'essentiel. Mon père. M'enfin, cela ne servait pas à grand de se triturer les lobes tant que je n'avais pas le rouquin à disposition pour m'aider à comprendre.

Arrivés devant le lieu indiqué, je fus tout étonnée de trouver l'entrée du fameux parc et pas le moindre immeuble à la place. Le vampire m'adressa un regard qui signifiait « je te l'avais bien dit » à travers le rétro et se contenta de baisser sa fenêtre avant d'allumer une cigarette. Je fixais l'entrée, à la recherche d'une quelconque plaque qui indiquerait la date de construction du parc. Je demandais au chauffeur de faire le tour et j'observais chaque entrée de la même manière. Peut-être que j'aurais plus d'informations en rentrant directement dans le parc ?

Mieux ! Au coin de la rue qui menait à une des entrées du parc, il y avait une médiathèque. Je demandais au chauffeur de m'y déposer et de m'attendre. Telle une furie, je m'engouffrais dans le bâtiment, arrachant presque des mains les codes d'accès à la dame de l'accueil. Je m'installais au premier poste disponible et entrepris des recherches.

Tiens ? Comment c'est possible ? Le parc daterait de 1852 ? Mais ? Comment ? Je ne me suis pourtant pas trompée, c'est bien son adresse…
Enfin, j'aurais pu comprendre qu'il n'y soit plus et qu'ils aient construit le parc après, genre dans l'année, mais là… c'est pas logique !

Je tapais frénétiquement dans la barre de recherche le nom et l'adresse de Castiel. Et à part ce foutu carré vert, pas de Castiel à l'horizon. Bizarre autant qu'étrange… J'effaçais l'adresse en prenant soin de laisser son nom et lançais une nouvelle recherche. J'eus plus de résultats qu'escompté et j'entrepris de faire défiler la page. Rien de très probant jusques là. Et puis sur le quatrième ou cinquième lien, un article parlait de musique et « Castiel » était dans les termes associés. Je cliquais et tombais sur un blog dédié au groupe de rock du moment. C'était un peu difficile de naviguer et trouver ce que j'avais vu à l'origine mais à force de persévérance –et surtout à grand coup de 'ctrl+F'- j'arrivais sur une page où il y avait le lien d'une vidéo.

Je m'assurais de mettre le son et de bien brancher le casque mis à disposition avant de lancer la vidéo. Des flashs de lumières et un bon, très bon riff de guitare qui démarre suivi par les percussions et la voix mélodieuse du chanteur. Mon cœur se serra en entendant cette voix sortie d'outre-tombe, la voix de son meilleur ami. Je plaquais une main sur ma bouche tandis qu'une larme chaude roula le long de mon nez. Quelques autres flashs de lumière, une mise en scène dynamique et des images diverses filaient sous mes yeux et puis… enfin. Enfin des images du groupe.

J'aurais reconnu entre mille ces fossettes sur ces joues, même avec ces jeux de lumières infâmes qui me cachaient son visage, c'était bien lui. Cette façon de jouer, de promener ses doigts sur les cordes, ça ne pouvait être que lui… Je ne pus réprimer un sourire fier derrière ma paume, mais la douleur dans ma poitrine était bien trop présente pour que je me réjouisse totalement de sa réussite. J'arrêtais le clip et tentais tant bien que mal de ravaler mes larmes. J'étais tellement heureuse qu'il ait réalisé son rêve, mais je ne digérais toujours pas qu'il m'ait sacrifiée pour y parvenir.

Je continuais distraitement de naviguer sur le blog, à la recherche d'informations, mais c'était tellement brouillon et girly que j'avais du mal à faire le tri. Il y avait pas mal de discussions et de commentaires énamourés que ça en devenait presque écœurant… et puis au détour d'une image il y avait un autre lien. Celui de la page officielle du groupe. Je cliquais.

Alors que je lisais l'introduction, mon téléphone vibra. Au début, je n'y fis pas attention, trop absorbée que j'étais par ma lecture. Et puis, l'appareil vibra de plus belle et je finis par décrocher. C'était Tacitamura. Je lui répondis distraitement, toujours en pleine lecture, cliquant sur les liens proposés, faisant défiler les images tout en lui parlant.

« Tout va bien ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

-…Non… pas vraiment, répondis-je distraitement. Je l'écoutais à peine soupirer, visiblement soulagée que j'aie répondu. Je continuais de regarder les articles annexes et n'écoutais que d'une oreille mon interlocutrice.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

-…

-Sylfe ?

-Hein ? Quoi ?

-Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Oh ! Euh… Je sais pas trop c'est bizarre… Chuis allée chez mon père ce matin, mais… comment dire ? 'Fin c'était étrange je l'ai pas trouvé, genre nulle part et … j'ai eu beau cherché ou demander c'était pas lui, et c'était pas moi non plus ! Je comprends pas ! Et j'ai eu beau vérifier, c'était pas moi, enfin nous… enfin tu vois ?! Et puis… j'me suis dit que je devais aller voir Castiel, mais il était pas là non plus, je l'ai pas trouvé !
J'ai marqué une pause dans l'attente d'une réponse du succube mais rien. J'étais en train de me demander si elle comprendrait quelque chose au charabia que je lui servais et si elle était toujours au bout du fil. Alors je repris d'une voix mal assurée :
Et chuis allée chez lui mais, il était pas là… ! J'veux dire même son immeuble avait disparu ! Y'a un parc qui date de 1852 à la place ! J'y comprends plus rien ! lâchais-je, prise de panique.

- Ah.

-Quoi « ah » ? Comment ça « ah » ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu sais quelque chose n'est-ce pas ?!

-Hey ! Du calme ! … Je pense…

-Tu penses ?!

- Je pense avoir une idée mais je ne suis pas sûre…

-De quoi donc ? Tu n'es pas sûre de quoi ? Développe, s'il te plaît ?

-Écoute ce serait trop long à expliquer, on en discutera ce soir… Mais pour faire court, tout ce que je peux te dire c'est que ça a possiblement un rapport avec le portail.

-« Possiblement »? Et c'est quoi cette histoire de portail ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

-C'est beaucoup trop long et beaucoup trop complexe pour en parler au téléphone…

-Alors fait simple et court et dis moi !

-Impossible ! Ce n'est pas une notion facile à résumer, mais en gros ça reprend l'idée d'univers parallèles.

-Qu'est-ce que c'est que ce délire ? Arrête de baratiner et réponds bon sang !

- On en reparle ce soir. Sept heures. tut…tut…

-Nan ! Maintenant ! Tu m'entends ! TACI ! Punaise ! »

Je m'escrimais contre le téléphone, montant de plus en plus le ton, malgré les coups d'œil hostiles des gens autour, sachant pertinemment qu'elle avait raccroché. Je me sentais tellement trahie, tellement blessée. Je pensais que Tacitamura, elle, au moins ne me cacherait rien, parce qu'elle n'était pas assez scrupuleuse pour garder des secrets et que tout ça ne l'intéressait pas ! J'avais tort !

Rhhhaaaa ! Bordel ! C'est pas possible ça !

Quelle bande de menteurs hypocrites et de salauds !

Je déteste ces gens ! Je déteste Eldarya ! Je les hais ! Tous ! Tous autant qu'ils sont !

Tous toujours à me cacher des trucs !

A tout faire dans mon dos pour ne me mettre face aux faits accomplis qu'au dernier moment !

Quelle bande de… de … !

Rhaaa !

De rage, je recomposais le numéro de Tacitamura, prête à lui vomir le fond de ma pensée et me répandre en injures, jouant frénétiquement de la roulette de ma souris pour me défouler lorsque mes yeux s'arrêtèrent net sur un mot en particulier.

« Concert annulé : le guitariste du groupe à succès rejoint sa compagne enceinte.

« Compagne » ? L'enfoiré ! Histoire d'en rajouter une couche, il fallait qu'il s'y mette aussi ! Je continuais pourtant de lire, toujours aussi folle de rage.

Le jeune couple a accueilli leur premier enfant…

Tch ! Allez vous faire foutre !

Bla
Bla
Bla
Ci-dessous, le guitariste et sa compagne, lors des Grammy Awards 2014. »

Je scrollais jusqu'à voir l'encadré en entier dont l'image ne mit pas longtemps à charger. J'en lâchais mon téléphone de stupéfaction, cillant à peine lorsque l'appareil alla se fracasser contre le sol dans un bruit sourd.

*Quand Sylfe emploie ce terme, la connotation derrière est affectueuse et gentiment moqueuse.