Merci à Sissi1789 et Divergente-EH pour leur review.

Dernier chapitre. N'hésitez pas à laisser des comms pour ce final.

Bonne lecture.


Partie 13


SARA

Eric s'était enfin endormi, je l'observais depuis des heures espérant trouver le sommeil. Je m'étais levée une première fois pour Thomas puis une deuxième pour soulager ma vessie. Je finis par ressortir du lit, mal en point. Je me sentais lasse et tourmentée. J'enfilai sans faire de bruit mon peignoir de chambre pour regagner la cuisine. Peut-être qu'un bon lait chaud me ferait du bien mais en passant devant la porte d'entrée, j'eus la sensation que l'on m'appelait.

La minute suivante j'étais à l'extérieur, cherchant d'où provenait cet appel. Mes pas me guidèrent jusque devant la tombe de ma fille. Une tombe fleurie et protégée par le porte-bonheur de Tull. Mes pieds s'écorchaient sur les débris au sol mais je m'en fichais, j'étais complètement anéantie. Je m'agenouillai, incapable de tenir debout face à la certitude de sa mort. Je ne voyais plus que son nom gravé sur la pierre. Le chagrin me happa comme un torrent déchainé, je ne pouvais lutter. Je me retrouvai recroquevillée, allongée près de ma fille chérie.

-N'aies pas peur, je suis là maintenant, sanglotai-je.

Je voulais qu'elle revienne, qu'elle soit dans mes bras, qu'elle connaisse son frère et qu'elle raccommode le cœur de son père.

Pourquoi ? Pourquoi ?

Une question vaine qui resta sans réponse.

J'eus une envie violente de la rejoindre. Heureusement le visage de Thomas s'imposa à moi et me ramena à la raison. Je me mis à rêver d'une vie à quatre, une vie qui nous aurait épargnés, une vie telle qu'elle aurait dû être et je m'endormis le sourire aux lèvres.

Je me sentis vaguement soulevée, volant dans les airs, réconfortée par une chaleur familière. Je voulus ouvrir les yeux mais quelque chose en moi se refusait à revenir à la réalité. Je voulais continuer à nager dans cette plénitude qui me soulageait le cœur…

Mais finalement je fus rappelée au monde des vivants par des pleurs ténus. J'ouvris les yeux, confuse. J'étais dans les bras d'Eric, il me maintenait fermement contre lui, assis sur le bord de notre lit. Je me calai un peu plus contre son cou pour refermer les yeux et oublier encore quelques instants la douleur de la vie. Thomas se rappela à moi avec plus de force. L'aube pointait, il avait faim, il était réglé comme une horloge.

Je m'éloignai à contrecœur de mon havre de paix, toujours assise sur ses cuisses, entourée de ses bras. Puis je fixai Thomas avec tendresse tandis que ma poitrine me picotait, annonciateur de lait en surplus. Je n'osai regarder vers Eric, gênée qu'il m'ait trouvée endormie à même le sol. Il embrassa ma joue et me libéra.

Quand Thomas fut rassasié et changé, je me rallongeai près de mon époux. Il s'était rendormi, affichant une paix qui me fit envie. Je m'endormis à mon tour mais la paix ne souhaitait pas m'octroyer ses biens-faits.

OoooO

Le long du trajet jusqu'au château, je me rendis compte de l'angoisse qui me tenaillait. Angoisse accentuée par le silence d'Eric. Thomas dormait dans un panier confectionné par son père. Il y était confortablement installé et bien au chaud. Eric le tenait bien fermement, perdu dans ses pensées. J'attrapai alors son bras pour le ramener vers moi. Je lui jetai un œil inquiet.

-Tout va bien se passer, m'assura-t-il.

Je hochai la tête, reprenant de l'assurance. J'avais, comme Eric, revêtu ma tenue de Chasseur, je n'étais bien qu'ainsi accoutré. Nos pas se firent plus rapides et quand l'entrée du château se matérialisa, je me fis violence pour ne pas faire demi-tour. Eric paraissait serein, déterminé, cela me conforta dans ma décision. J'avais eu raison de lui proposer cette solution. Nous saluâmes les gardes en faction, traversâmes le grand hall avant d'être arrêtés par Tull. Il s'étonna de nous voir ici tous les trois de si bon matin.

-Nous venons nous entretenir avec le Roi et la Reine au sujet de notre départ, lui annonça Eric.

Il accusa le coup, nous dévisageant avec intensité.

-Vous allez me manquer.

Il nous donna une franche accolade à chacun avant de se pencher vers Thomas pour lui sourire. Cela me bouleversa, ses sourires étaient si rares.

-On se reverra, petit guerrier.

Il nous guida à travers les couloirs et nous fit patienter dans la salle d'armes où nos pairs terminaient leur petit-déjeuner.

-Je vais prévenir sa Majesté le Roi, la Reine dort encore, le petit Prince lui a donné du fil à retordre cette nuit avec ses dents.

Il quitta la pièce sans cérémonie. Un silence se fit progressivement dans entre ces murs. Tous ces visages que je connaissais mélangés à d'autres visages inconnus de soldats de la garde royale nous dévisageaient avec réserve. Eric ne s'en laissa pas compter et avança vers eux avec confiance pour s'incruster entre deux camarades.

-Nous venons vous dire au revoir les amis.

Il y eut des murmures. Eric me tendit le bras pour que je le rejoigne. Je ne me fis pas prier, ignorant les regards pesants. Une fois installée, des assiettes bien garnies se retrouvèrent devant nous. Il n'y eut pas d'effusion, de questions, de colère, de disputes. Juste un bon repas et quelque attention sur notre fils. Nous étions dans notre élément et toutes les tensions se dispersèrent.

Tull revint enfin après une bonne demi-heure, il se pencha vers nous :

-Le Roi vous attend dans son cabinet pour une audience particulière.

Nous nous levâmes, conscients de l'instant.

En arrivant devant William, je perdis de ma fougue face à son visage d'une pâleur inhabituelle. Tull avait pris en charge notre fils et s'en était allé se promener dans le grand jardin. Nous saluâmes notre Roi avec déférence et affection. Il nous peina à nous sourire et nous invita à nous asseoir.

-Vous semblez éreinté Majesté, lui fis-je remarquer.

-Les joies de la paternité, répliqua-t-il, vous savez ce que c'est.

-Oui, confirma Eric, les nuits sont courtes.

-Surtout pour moi ! Le contredis-je en lui jetant un œil mécontent.

Il gratta le haut de son crâne, contrit.

-C'est vrai que je ne me lève pas souvent, corrigea-t-il.

-Hum ! Grognai-je, en boudant à demi.

William esquissa un vague sourire qu'il réprima aussitôt.

-Qu'est-ce qui vous amène de si bon matin ?

-Nous aurions aimé vous en parler en présence de la Reine, suggéra Eric.

William se renferma instantanément ce qui m'alerta.

-Elle dort.

-Nous le savons, tempérai-je. Nous ferons sans elle.

-Alors ? S'impatienta-t-il.

Je remarquai enfin son désarroi. La tristesse s'incrustait de nouveau sur ses traits.

-Qu'y-a-t-il, Majesté ? Est-ce le petit William ? Est-il malade ?

Mon cœur s'était brutalement serré à cette idée.

-Non, rassurez-vous Sara. Il va très bien.

Quel soulagement. Les larmes m'en vinrent aux yeux. J'étais fatiguée et encore très émue par mon épanchement de cette nuit auprès de ma fille. Le Roi m'observa avec étonnement puis émotion.

-Je vous remercie de votre sollicitude envers mon fils. Vous êtes la marraine idéale, je ne regrette pas ce choix.

Cette confession me toucha en plein cœur et un flot de larmes se déversa sur mes joues. Je me levai prestement et pris congés rapidement en m'excusant auprès du Roi. Je sortis de la pièce, complètement anéantie.

« Mon filleul adoré. Tu vas me manquer. »

Je fis quelques pas avant de m'adosser contre un mur en pierre.

-Sara ?

Blanche-Neige se tenait devant moi, inquiète.

-J'ai besoin de votre aide, Majesté.

-Tout ce que vous voudrez.

Je pris mon courage à deux mains.

-Donnez-moi la force de partir loin du petit William, m'effondrai-je.

Elle resta figée telle une statue grecque. Mon cœur se morcelait encore à l'idée de perdre un autre enfant. J'étais inconsolable. Je m'étais montrée présomptueuse en croyant que ce serait plus simple. En fait cette séparation était atroce et je supposai que Blanche-Neige m'en voudrait éternellement ce que je comprenais après tout ce qu'elle avait fait pour nous.

-Vous partez ?

Je ne sus comment, j'avais entendu sa voix à travers ma désolation.

-Il le faut.

Je me laissai glisser contre le sol et serrai mes bras autour de ma poitrine pour ne pas me briser définitivement.

-Non, rien ne vous y oblige, paniqua-t-elle.

Elle vint s'asseoir à mes côtés.

-Vous allez salir votre robe.

-Peu m'importe ! Ne partez pas, je vous en prie. Je ne le supporterai pas.

-Ne me rendez pas les choses plus difficiles.

-William a besoin de vous, vous êtes sa marraine.

Je pris ma tête entre mes mains.

-Je le sais. Et je l'aime autant que j'aime mon fils et ma fille, n'en doutez jamais. Mais je dois partir pour votre bien Majesté.

Elle garda le silence un long moment. Mes larmes diminuèrent, je les séchai avec ma manche jusqu'à ce que la Reine me tende son mouchoir. Je pus enfin découvrir ce que je lui avais infligé. Ses yeux bleus avaient perdu leur éclat, ils exprimaient une mort dans une lente agonie.

-Mon bien ?

-Nous vous avons trop sollicitée, vous avez porté à bout de bras notre chagrin. Cela vous a affectée à un degré inimaginable. Nous nous en voulons terriblement. Vous avez tant fait pour nous et en remerciement nous avons semé le chaos dans votre vie.

Elle devint pâle tel un fantôme.

-Je suis votre amie, il est normal que je sois à vos côtés quoi qu'il m'en coûte.

-Non, refusai-je. Nous avons abusé de cette amitié à vos dépends. J'ai compris que j'en étais responsable, j'ai privé Eric de ma présence et il m'a remplacée par vous. Vous avez porté mon deuil, vous avez ravivé vos liens avec lui et cela s'est impacté sur votre famille. Notre Roi est malheureux, je viens de le comprendre. Il ne doit pas payer pour mes erreurs. Vous nous avez donné votre amitié, vous nous avez accordé votre confiance et grâce à vous ma Reine, je suis une mère. Je vous en serai gré éternellement.

Elle fixait le mur d'en face, hagarde. Je serrai une de ses mains pour lui manifester toute ma gratitude.

-Mais pour notre bien à tous, nous devons mettre de la distance entre nous. Il faut réapprendre à être heureux. Vous comprenez ?

Eric et William venait de sortir du cabinet et se dirigeaient vers nous. Elle se leva brusquement et s'en alla loin de nous sans un mot. Eric s'agenouilla devant moi, soucieux.

-Ne pleure pas mon amour.

Je pleurais encore ? Décidément.

-Nous devons partir, décrétai-je.

Il m'aida à me relever et me serra très fort. Je retrouvai la force nécessaire pour surmonter cette séparation.

-Je dois aller voir Pippa avant. Tu m'accordes dix minutes ? Je te rejoins dans le grand jardin.

Je hochai la tête, compréhensive. Il se hâta de rejoindre les cuisines. William se rapprocha de moi et m'étreignit brièvement.

-Je vous souhaite d'aller mieux. Et je vous remercie.

Cette étreinte était étrange, incongrue mais tellement réconfortante. Il reprit contenance mais ses yeux restèrent brillants d'émotion.

-Je vais aller rejoindre ma femme. Je pense qu'elle aura besoin de moi. Venez avec moi, vous pourrez dire au revoir à Will.

-Je doute que…

Il glissa son bras sous le mien et m'entraina avec lui.

-Vous le regretterez si vous ne le faites pas.

Il avait raison. Je le suivis donc et pendant que nous progressions vers les étages, il m'interrogea sur notre prochaine destination.

-Nous n'en savons rien, mais nous serons très éloignés, peut-être vers le sud.

-J'espère que vous y trouverez la paix.

Je détaillai ses traits las.

-Je l'espère aussi pour vous.

Nous croisâmes des servantes, je fronçai les sourcils devant leur air de connivence stupide.

-N'y prêtez pas attention, la jalousie suscite souvent la médisance et la méchanceté, bientôt tout cela ne sera qu'un lointain souvenir, me rassura William.

En entrant dans la chambre royale, nous trouvâmes la Reine enfilant de beaux habits au Prince. Il s'illumina en me reconnaissant et tenta quelques pas vers moi. Sa mère lâcha sa main et il s'élança vers moi, tomba une première fois puis recommença. Accroupie, je tendais mes bras dans sa direction. Il accomplit ses premiers pas sous l'œil émerveillé de ses parents et du mien.

Quel moment ce fut ! Quelle joie immense qui contrecarra toute cette tristesse. Nous nous enthousiasmions sur ses prouesses et il riait aux éclats dans mes bras.

C'était cela aussi l'existence : les petits bonheurs, l'amitié, l'amour.

Il fallait laisser une chance à la vie pour espérer une guérison, pour panser ses plaies et retrouver confiance.

Il fallait aller de l'avant et parfois certains sacrifices étaient nécessaires.

-Nous nous reverrons, je te le promets, l'embrassai-je avec adoration.

OoooO

Je hélai Tull qui profitait de cette belle journée à l'ombre d'un arbre. Il veillait sur mon fils avec bienveillance. Je m'assis à ses côtés. Thomas dormait paisiblement mais il ne tarderait pas à réclamer de quoi se sustenter. Mon regard parcourut les environs, je voulais garder cet endroit en mémoire, parce qu'il me rappelait ma promenade avec la Reine il y a plusieurs mois. Elle m'avait offert la fertilité qui me manquait cruellement. Je perçus l'attention accrue de Tull sur moi.

-Cela n'a pas été facile, constata-t-il.

-Non, en effet, répondis-je en cueillant une marguerite non loin.

Je la fis tourner entre mes doigts.

-Tu vas me manquer.

Je me concentrai sur lui mais il examinait le ciel.

-Nous reviendrons dans quelques années, tâche d'être heureux et de te trouver une femme.

-Ce n'est pas gagné.

Il se redressa, Eric arrivait vers nous, contrarié. Il prit place près de nous.

-Pippa m'en veut, grommela-t-il.

-A quoi t'attendais-tu ? Le questionna Tull.

Eric soupira. Il fixait le sol, en proie à une vive introspection.

-Je m'occuperai d'elle, ne t'en fais pas, lui assura notre ami en se levant. Je vous laisse. Faites bon voyage et à bientôt.

Nous le regardâmes s'éloigner, le cœur lourd. Nous laissions beaucoup de choses derrière nous en partant.

-Il est temps, dis-je.

Eric attrapa l'anse du panier et nous prîmes le chemin du départ. Après quelques pas, il s'immobilisa et se retourna en direction des fenêtres de la chambre royale. Nous ne voyions rien au travers des rideaux pourtant nous sentions sa présence derrière.

-Je m'en veux, et je n'ai pas pu lui dire, se désola-t-il.

Je caressai sa barbe de ma main, ramenant son visage vers moi.

-Elle le sait. Elle comprend, n'aie aucun doute.

Il ferma les yeux, peu convaincu.

-Si je t'assure. Regarde.

Je fis un léger signe du menton en direction des fenêtres et tout mal-être s'évapora de son visage en découvrant Blanche-Neige sur son balcon nous faisant un signe d'adieu. William et le prince se joignirent à elle.

Ce fut d'un cœur plus léger que nous partîmes vers notre destin


A bientôt pour une autre fic.

Clarisse