Et non vous ne rêvez pas ! "5 Secondes" n'est pas finie, elle était juste en pause le temps que j'écrive le chapitre suivant, et aussi que je trouve le temps de le corriger et de vous le publier. J'ai mis 6 mois, mais pas de panique, vous allez encore pouvoir lire un peu de cette histoire.
Mais comme toujours, avant d'attaquer le chapitre, je réponds à vos commentaires :
Plume de Pan : Sache que ton commentaire est un des plus magnifiques que j'ai pu lire, et je t'en remercie. Je suis "contente" si j'ai réussi à choquer, mon but premier était de surprendre. J'espère que la suite te plaira également.
aelcharron : Je suis désolée si je t'ai fait pleurer, mais je me dis que peut-être ma scène est assez réussie. Merci pour ton commentaire, et j'espère que la suite te plaira.
Courtney Ackles : A priori le 4ème film n'aura pas lieu, le studio parle d'une série mais les acteurs ne sont pas chauds du tout. Mais si ça se fait (film ou série), j'espère bien qu'ils vont respecter la fin, aussi cruelle soit-elle. Merci pour ton commentaire, je suis contente si ce chapitre t'a plu, et j'espère qu'il en sera de même pour les autres.
Julie : Et bien si, je continue de lire les commentaires, j'y réponds même ;-) Je comprends que tu veuilles m'étrangler, j'ai tout fait pour semer l'espoir et le supprimer à la fin. La suite est là, j'espère qu'elle te plaira. Merci pour ton commentaire.
CHRISTINA
L'alcool, ça n'était peut-être pas une bonne idée. Pourtant, quand j'ai ouvert la bouteille, il m'a semblé que c'était la meilleure chose à faire, sur le moment. Mais plus maintenant. Je suis encore à moitié endormie, mais je sens que je suis sur le point de me réveiller, et ça ne va pas être une sensation agréable. A propos de sensations, mon corps s'éveille lui aussi, et ça n'a rien d'une partie de plaisir. Mon bras gauche est complètement ankylosé, et les muscles de mon dos et de ma nuque crient au supplice. Et ma tête, n'en parlons même pas. Enfin si, juste quelques mots. J'ai comme l'impression qu'une centaine d'apprentis sont en train de s'entraîner à cogner sur des sacs, et chaque coup génère un écho qui se répercute dans le moindre recoin de ma tête.
Je me force à ouvrir les yeux, en espérant que ça calme le boucan qui règne entre mes deux oreilles. Mais je les referme très vite. La nausée vient de débarquer, et je m'en serais bien passée. Histoire de penser à autre chose – ou en tout cas d'essayer -, j'essaie de remuer mon bras gauche, celui que je ne sens plus. Ça prend du temps, mais au bout de quelques minutes, mes doigts recouvrent quelques sensations, et reconnaissent le tissu élimé de mon canapé. OK, ça y est, je me souviens maintenant. Je me suis endormie après avoir vidé une bouteille de cet alcool dont Matthew m'a parlé. Ah oui, Matthew, je me rappelle maintenant pourquoi j'avais envie de boire. Bref, à en juger par ma position sur ce foutu divan, je me suis endormie dans une position bizarre : sur le dos, la nuque sur l'accoudoir, et la main gauche sous mes fesses. Allez comprendre...
Mon bras droit semblant être épargné par ma cuite nocturne, je le sollicite pour trouver un appui et me redresser. Toujours les yeux fermés, bien évidemment, il ne manquerait plus que je vomisse et que je passe le restant de ma nuit à nettoyer. Ça prend du temps, mais je finis par m'asseoir et lorsque mes pieds touchent enfin le sol, j'ai l'impression de redevenir un petit plus humaine. Doucement, j'entrouvre mes paupières, et j'attends. Petit peu par petit peu, millimètre par millimètre, j'arrive finalement à les ouvrir complètement, et au bout de quelques instants, je comprends une chose.
Le boucan dans ma tête ne vient pas de ma cuite. Non, il vient de ma porte. Quelqu'un prend un malin plaisir à tambouriner dessus, et cette personne a intérêt à avoir une sacrée bonne raison. Sinon, je ne donne pas cher de sa peau.
Je me lève en retenant un juron, et me dirige en chancelant vers la porte. Les coups ne cessent pas, et lorsque ma main touche enfin la poignée, je suis à deux doigts de retourner sur mes pas, pour aller chercher un couteau dans la cuisine et régler son compte à mon harceleur nocturne.
Mais comme j'ai rangé il y a quelques temps déjà mon identité d'Audacieuse au placard, je me contente d'ouvrir la porte en grand, et d'afficher mon air le plus mauvais, en espérant que ça suffise.
Bon, j'ai bien fait de ne pas aller chercher un couteau.
Devant moi se tient Quatre. Ses yeux bleus irradient littéralement. Et ça n'est pas de colère. Mais de souffrance. Ces yeux là, je les ai déjà vus il y a ce qu'il me semblait une éternité. Peut-être pas assez longtemps en fin de compte.
Le regard qu'il a, c'est celui qu'il avait lorsque je l'ai retrouvé dans son ancienne maison, alors qu'il était à deux doigts d'avaler le sérum d'oubli, pour justement oublier Tris et la souffrance que sa mort avait provoquée en lui. Enfin, je devrais plutôt dire « que sa mort provoque en lui », parce que clairement, il n'y a pas dix mille raisons pour qu'il ait autant l'air d'un petit lapin face à un loup affamé.
Il ne dit rien, ce qui est encore plus inquiétant. Il souffre le martyre et ne sait pas comment l'exprimer. Oui, après tout ce temps à lui avoir servi de béquille, je connais quasiment toutes les expressions corporelles de mon ancien instructeur. Après tout, c'est lui qui m'a appris à lire dans les corps, afin de devenir meilleure au combat. Qui aurait pu penser que ça m'aiderait également à mieux comprendre les personnes qui m'entourent, tout simplement ?
Mine de rien, ma petite analyse ne dure pas très longtemps. De toute façon, je ne suis pas sûre que dans l'état où il est, il puisse faire preuve de beaucoup de patience. Alors je me contente de m'effacer pour le laisser entrer, et de refermer ensuite la porte.
Une fois dans mon appartement, je le regarde aller et venir dans mon petit salon. Un jour, Matthew m'a montré des images d'avant la grande guerre. Dans certaines villes, il y avait des endroits qu'on appelait « zoos », et où des animaux venus des quatre coins de la planète étaient enfermés dans des cages. Les gens payaient pour venir les observer, et ils s'extasiaient devant des créatures qui étaient terrifiées. A l'instant précis, c'est exactement l'impression que j'ai, en regardant Quatre passer d'un côté de mon canapé, puis s'arrêter pour se diriger vers ma cuisine, avant de revenir sur ses pas et esquisser un pas en direction de ma table. On dirait un loup solitaire complètement perdu, qui cherche sa place dans un endroit où il est totalement étranger.
Ce n'est pas la première fois que ce genre d'évènement se produit. Depuis la mort de Tris, Quatre a très souvent eu ce genre de crise, à mi chemin entre l'angoisse et la souffrance. Et je sais que la seule solution pour qu'il se calme et aille un peu mieux, c'est qu'il parle, qu'il évacue ce qui lui fait mal. En général, j'y parviens de deux manières : soit je prends mon mal en patience et j'attends qu'il parvienne à desserrer les lèvres de lui-même soit j'attaque frontalement, je l'agresse, le pousse dans ses derniers retranchements, et je le fais craquer. C'est ce qu'il s'est passé lorsque je l'ai empêché de tout oublier, et même si je sais que c'est efficace, je rechigne clairement à utiliser cette méthode avec lui. Parce que je sais qu'il souffre assez sans en rajouter une couche, même si c'est pour son bien. Et parce qu'aujourd'hui, j'ai moi aussi dit au-revoir à Tris, et que je ne suis vraiment pas en état d'affronter Quatre. La bouteille que j'ai descendue, c'était aussi pour oublier un moment tous ceux que j'ai perdus depuis ma cérémonie du choix.
Je décide d'employer une technique inédite. Il est déjà tard – ou tôt, ça dépend de quel point de vue on se place -, et je n'ai pas envie d'attendre. Alors j'abandonne mon loup en cage quelques instants, pour me diriger vers ma cuisine. Je fouille un peu dans mon placard, et je reviens dans mon salon pour déposer sur la table une nouvelle bouteille et deux verres. Je les remplis tous les deux du liquide ambré de la bouteille et alors que Quatre passe à côté de moi, je pose ma main sur son torse et l'arrête net.
— Stop, je lui dis simplement.
Il me fusille littéralement du regard. Encore plus quand je lui tends un verre en lui ordonnant de boire.
— Toi et moi, on sait que tu ne pourras pas aller mieux tant que tu n'auras pas craché tout ce qui te fais mal à cet instant précis. Et comme je n'ai pas envie de te forcer ou d'attendre, j'utilise une autre technique. L'alcool te rend bavard. Alors bois. Tu nous rendras service à tous les deux.
Nouvelle salve de regard assassin. J'ai l'habitude. Je ne flanche pas. Il y a longtemps que l'association « peur » et « Quatre » a changé : je n'ai plus peur DE lui, mais POUR lui. C'est mon ami, et à la mort de Tris, j'ai promis à son cadavre de veiller sur lui. Et je suis trop butée pour renoncer à ma promesse.
Notre duel oculaire dure deux bonnes minutes. Mais il finit par flancher, attraper le verre et le descendre d'un trait. Mauvaise idée. J'ai juste le temps de me pencher sur le côté pour esquiver tandis qu'il recrache tout ce qu'il venait d'avaler.
— Mais c'est quoi ce truc ? ! beugle-t-il entre deux quintes de toux.
— Du whisky, je lui réponds en remplissant de nouveau son verre. C'est fait à partir de blé. Enfin, d'après ce que Matthew m'a raconté. Et ça ne se boit pas cul sec. Pas sur une autre grande quantité en tout cas. Ça se déguste gorgée par gorgée. Comme ça.
J'attrape mon verre et en avale une bonne lampée. Oui, je sais, je lui ai dit « gorgée ». Mais moi j'ai l'habitude.
Mine de rien, il m'obéit et avale la totalité de son verre, par petite quantité cette fois-ci. Il grimace encore, mais attrape la bouteille et va s'asseoir sur mon canapé avant de se resservir. Je finis mon verre et le rejoins, en prenant soin de m'asseoir à distance de lui. Quand Quatre est dans cet état, il ne supporte aucun contact physique. Même une simple main sur l'épaule. En fait, en y repensant, il aurait pu me faire très mal lorsque je l'ai pris dans mes bras.
J'attends qu'il en soit à son deuxième verre – le premier ne compte pas vu qu'il l'a quasiment recraché dans son intégralité – pour me resservir à mon tour. J'ai pris de l'avance sur lui, avant qu'il arrive. Il ne me faudra pas grand-chose pour être saoule de nouveau. Et il vaut mieux que j'ai les idées claires pour le moment où les vannes vont s'ouvrir chez lui.
Ce qui se produit aux alentours du quatrième ou cinquième verre. Cinq petits mots, une toute petite phrase. Mais qui en dit long.
— J'ai rêvé de Tris.
Et plus rien. J'attends un peu, au cas où ça soit juste une amorce. Mais rien d'autre ne vient. Ce qui signifie qu'il attend que je dise quelque chose. Alors je m'exécute.
— C'est normal. Et ça n'est pas la première fois.
— Je sais. Mais ça semblait si... réel. Quand je me suis réveillé, j'avais encore l'impression d'avoir ma main posée sur elle. Sur son corps chaud...
— Oh là ! C'était pas un rêve sexuel j'espère...
Pas de réponse. Enfin, en dehors d'un léger rosissement de ses joues. Zut, j'ai visé juste. Mais bon, c'est normal qu'il rêve d'elle de cette manière. C'était sa petite amie.
— Je ne voulais pas dire... ça. Mais la dernière fois que je l'ai touchée, elle était déjà... morte. Son corps était froid. Et jusqu'à cette nuit, c'était la dernière sensation que j'avais d'elle. C'est pour ça que ça me semblait si réel.
Logique. Son subconscient a reproduit dans son rêve ce qu'il souhaitait le plus. Et quoi de mieux comme souvenir que la chaleur d'un corps plutôt que le froid cruel de la mort ?
— Et euh... je bafouille pour essayer d'avancer. Il ne se passait que ça, dans ton rêve ? Tu la touchais seulement ?
— Non.
OK. Un simple mot. J'attrape la bouteille et lui ressert un énième verre, probablement le sixième. Et je remplis également le mien. J'ai arrêté de compter, me concernant.
Il regarde le liquide accrocher la lumière de la pièce, puis porte le verre à sa bouche et avale tout d'un seul coup. Tant pis pour mon conseil. Il va avoir mal au crâne demain. Enfin, tout à l'heure.
— En fait, j'ai tout revécu, mais depuis le moment où elle est entrée dans le couloir, avec le sérum de mort. J'ai vu tout ce qu'elle a traversé et enduré, et quand David lui a tiré dessus. Sauf que dans mon rêve, elle entrait dans la salle avec son arme. Alors qu'on a retrouvé son pistolet dans le couloir, loin de son corps. Dans mon rêve, elle se défendait et lui tirait dessus, si bien qu'elle n'était que blessée grièvement, pas mortellement. Et elle parvenait à ramper jusqu'au couloir, où Caleb la récupérait et l'emmenait à l'hôpital.
La machine est lancée : les mots coulent comme un torrent, impossibles à arrêter. Il me raconte tout avec une multitude de détails. Je suis présente dans son rêve : celle qui l'aide à tenir, qui lui annonce que Tris est vivante finalement, qu'elle est sortie du coma. La mort d'Uriah est présente également, et mon cœur se serre à ce souvenir.
Puis son débit commence à ralentir, il arrive vers la fin. Tris et lui sont enfin réunis, ensemble, dans un petit nid douillet pas très loin de moi, pour que je puisse veiller sur eux. Je suis touchée qu'il rêve de moi de cette manière, c'est une belle preuve de l'estime qu'il me porte. Mais je ne suis pas sûre qu'il se rende compte de l'aveu qu'il vient de me faire. Quatre n'est pas du genre à se dévoiler ainsi, l'alcool y est clairement pour quelque chose. Et je m'en veux un peu d'avoir aidé à ce qu'il se saoule. C'est un peu comme si j'avais attendu qu'il dorme pour le déshabiller. Il faudra que je m'excuse auprès de lui, une fois qu'il aura décuvé. Demain je pense.
Les derniers mots lui viennent difficilement. Il m'épargne les détails – ce dont je lui suis gré -, mais ça concerne clairement un moment très intime avec Tris. Les derniers mots qu'elle lui adresse dans son rêve me font monter les larmes aux yeux. Ce qui me donne une excuse idéale pour remplir mon verre une dernière fois avant de le vider cul sec. Oui, moi aussi, j'aurais très mal au crâne demain. Enfin, tout à l'heure. Ça va être sympa au boulot...
Voilà, c'est fini. Quatre m'a tout raconté, il a vidé son sac. C'est à mon tour de parler. Mais pour lui dire quoi ? L'alcool m'embrume l'esprit, atténue mes réflexes. Bon sang Christina, secoue-toi ! Il est venu jusqu'à chez toi pour avoir ton aide. Pense à ta promesse, nom d'un chien !
— C'était un chouette rêve, je finis par articuler. Moi aussi, j'aurais bien aimé qu'il soit vrai.
Il me regarde d'un air bizarre, et je comprends que ce n'est pas en disant ça que je vais l'aider. Allez ma fille, oublie l'alcool et ce que tu veux oublier en buvant, et concentre-toi.
— Je pense que ton subconscient voulait t'aider, en te donnant un souvenir plus agréable que le corps froid de Tris.
— Merci pour l'analyse, mais ça je l'avais déjà compris.
— Ne m'agresse pas ! je lui réplique, en sachant pertinemment que c'est moi qui suis en train de l'agresser à cet instant précis. Ton rêve était à la fois agréable et cruel, mais il n'en reste pas moins un rêve. Quelque chose qui n'a existé que dans ton esprit, le temps de quelques heures. Et je pense aussi que ton subconscient a essayé de t'envoyer un message.
— Ah ouais ? ! Et lequel ? Que j'aurais beau tout faire, jamais je ne me sentirais mieux, et elle viendra toujours me hanter ? C'est ça que toi et mon esprit, vous essayez de me faire comprendre ? ! Parce que vous croyez que je ne le sais déjà pas ? !
Aie. Finalement, l'affrontement entre lui et moi aura bien lieu. J'ai plus qu'à essayer de le calmer.
— Non, je réponds. Enfin, si, je sais que tu sais déjà ça, mais ça n'était pas ce que je voulais dire. Si j'ai bien suivi ce que tu m'as raconté, Tris ne t'a pas seulement dit qu'elle était désolée de t'avoir abandonné, hein ? Elle t'a aussi demandé de promettre quelque chose, n'est-ce pas ?
— Oui, mais...
— Oui, mais non, tu n'as pas à dire que ça ne compte pas. Je pense que justement, de tout ton rêve, c'est le plus important. Tu as fait une promesse à Tris, mais surtout à toi en fait. Tout au fond de ta grande carcasse d'instructeur, il y a une petite part de Quatre qui sait que la vie continue et qu'il faut que tu fasses de même.
— Parce que je fais quoi, à ton avis, depuis qu'elle est morte ?
— Tu survis.
— Y'a une différence ?
— Oui, et de taille. Tu manges, tu bois, tu bosses, tu dors. Et c'est tout. Avant cet après-midi et la tyrolienne des Audacieux, ça faisait combien de temps que tu n'avais pas vu Cara, Zeke, Shauna et tous les autres, hein ? C'est quand la dernière fois que tu as discuté avec eux pour autre chose que des banalités ?
— Longtemps, c'est vrai. Mais je vois d'autres personnes, et...
— Ah oui ? Et qui ?
— Evelyn.
— Ah oui, ta mère. Qui est revenue du Bureau i peine deux jours. Qui d'autre ?
— Johanna.
— Ah oui, ta patronne. Qui est souvent partie d'ailleurs. Quelqu'un d'autre ?
— Toi.
— Moi, ça ne compte pas. Je suis ta béquille, je fais presque partie de toi.
— Tu veux en venir où alors ? !
Ça me coûte de dire ça, mais pourtant, je le dois.
— Il serait peut-être temps que tu te rapproches de tes autres amis, je finis par lui dire. Que tu te raccroches un peu moins à moi, et que tu t'ouvres un peu plus aux autres. Je pense que ça t'aidera à trouver un nouvel équilibre.
Je voudrais éviter de croiser son regard, mais malheureusement, je ne suis pas ainsi. J'aime regarder les gens dans les yeux. Mais ce que je vois dans ceux de Quatre me fait mal. Parce que je lui ai fait mal.
— Tu aurais dû me dire plus tôt que mes visites te dérangeaient, finit-il par murmurer, les dents serrées. Ou plutôt, j'aurais dû me rendre compte que tu voulais être tranquille avec Matthew.
— Matthew ? Merde, non Quatre, ce n'est pas ce que je voulais dire. En plus, il n'y a plus rien entre lui et moi, alors bon... Et même si ça avait été le cas, tu es plus important pour moi qu'il ne l'était. OK, il est sympa, et mignon, et ... enfin, bref. Mais tu es mon ami, depuis longtemps. Ça compte plus que tout... ce que nous avons échangé, lui et moi.
— Alors pourquoi tu me rejettes ? ! Et ne me dis pas le contraire, c'est exactement ce que tu viens de dire.
— Je me suis mal exprimée... Avant que tu n'arrives, je me suis déjà descendue une bouteille comme celle qu'on vient de finir, alors je ne suis pas très fraîche. En fait, ce que je voulais dire, ça n'est pas d'arrêter de me voir, c'est de me voir moins souvent et les autres un peu plus. D'équilibrer entre nous. Réponds moi franchement : combien de fois t'ai-je proposé de venir avec moi voir Zeke et Shauna, et combien de fois as-tu refusé ?
— J'ai mes raisons...
— Oui, et je les connais. Tu as du mal à cotoyer Zeke parce que tu te sens toujours coupable de la mort d'Uriah. Mais c'est comme tout le reste, Quatre : du passé. Zeke ne t'en veux pas. Comme moi je n'en ai pas voulu à Tris d'avoir dû tuer Will. Ça s'appelle le pardon. Et ça marche dans les deux sens. Et je pense que c'est ça, ton problème.
Je reprends mon souffle, parce que ça y est, je crois que je tiens le conseil que je dois lui donner.
— Il faut que tu arrêtes de te sentir coupable. Tu as réussi à pardonner aux autres – enfin à presque tout le monde -, mais quand il s'agit de toi, ta rancœur est à son maximum. Tu te reproches d'avoir abandonné Tris ce soir-là, et d'avoir participé à l'explosion qui a tué Uriah sans oublier la balle que s'est prise Shauna et plus que tout, tu penses qu'à cause de tout ça, tu n'as pas le droit d'être heureux, voire même d'avoir envie de l'être. Mais tout ça, Quatre, ce sont des conneries. Tes reproches, en fait, c'est juste pour masquer ta peur de peut-être un jour, parvenir à être heureux. Alors je vais te dire un truc que m'a dit un instructeur hyper peau de vache il y a quasiment deux ans : affronte ta peur, sinon tu n'as rien à faire ici.
Bon, ce ne sont pas exactement les mots qu'il nous avait répétés inlassablement lorsque nous étions des initiés. Mais l'idée est la même, et j'espère qu'il va la comprendre.
Au final, il ne dit rien. Il reste figé comme ça, à regarder son verre vide, perdu dans ses pensées. Et je ne peux rien faire d'autre pour lui, à part attendre.
Au bout d'un long moment, il se redresse, et pose sur moi un regard vitreux.
— Je suis tellement fatigué, me dit-il, d'une voix éteinte. Je ne sais plus...
— Alors dors, je l'interromps. Prends le canapé. Moi j'ai mon lit. Je te réveillerai un peu plus tôt demain pour que tu puisses repasser chez toi avant d'aller au travail.
Je ne lui ai pas laissé le temps de parler plus. Parce que quand il m'a dit qu'il était fatigué, j'ai bien compris que l'alcool faisait son œuvre, et brouillait ses pensées. Mieux vaut qu'il dorme, et qu'il repense à tout ce que je lui ai dit à tête reposée. Enfin, s'il se souvient de cette soirée...
Je me lève et l'incite à s'allonger, puis le laisse le temps d'aller chercher une couverture dans ma chambre. Quand je reviens, il dort déjà, à moitié affalé sur les coussins. Je peine à lui enlever ses chaussures et à mettre la totalité de sa grande carcasse sur le divan, avant de déplier le plaid sur lui.
Sa respiration est profonde, et paisible. Il devait être épuisé. Quoiqu'il n'y a rien d'étonnant : entre son rêve et l'alcool, il avait de quoi être à bout. Je le regarde quelques instants, et soudain, je comprends une chose. Ainsi endormi, il a l'air vraiment humain, et fragile aussi. Le masque qu'il porte d'habitude disparait, et je vois ce qui a poussé Tris à vouloir le protéger.
Lorsqu'on connait bien Tobias Eaton, on ne peut que vouloir le voir enfin heureux.
Voilà, avec ce chapitre, j'ai amorcé la seconde partie de l'histoire, à savoir la réalité de Tobias, Christina et des autres. J'espère qu'il vous a plu. Et aussi que malgré mes délais de publication, et mon parti pris, vous allez continuer à me lire et me suivre.
Merci pour le temps que vous accorderez à cette histoire 3
