Bon, alors oubliez ce que j'ai dit, ce n'est pas encore pour ce chapitre. À la place vous avez un chapitre tout fluffy et feel-good.
Ririte : ça y est tout est monté ! Oui Fili et Thorin ont évolué, et ils vont continuer d'évoluer !
Chapitre 13
Le samedi après-midi, après avoir (globalement) récupéré de sa cuite du vendredi soir, Fili trouva Thorin dans la cuisine.
« Salut, dit-il. Je sais que Kili est puni et tout, mais est-ce que je peux l'emmener pour une leçon de vélo ? Il ne sait pas en faire. »
Thorin réfléchit un moment, puis hocha la tête.
« Je crois qu'on peut considérer ça comme du travail, dit-il.
- Génial, dit Fili. On sera de retour avant la nuit. »
Il passa dans le salon, où Kili regardait un documentaire sur – les dinosaures, apparemment, ce qui n'était pas une surprise, parce que depuis qu'il avait rencontré Kili Fili avait découvert qu'un bon tiers des documentaires semblaient être sur les dinosaures.
« Salut, gamin, dit-il. Un peu de vélo ? »
Kili se leva immédiatement, éteignant la télé.
« Est-ce que j'ai besoin, euh. »
Il regarda autour de lui pendant un moment.
« Est-ce que je dois porter ça ? »
Il désigna son sweater et son jean.
« Ouais, c'est bon, dit Fili. L'avantage des vélos, c'est qu'on a pas besoin de beaucoup d'équipement. Hum, mais peut-être qu'une veste de visiblité pourrait être utile. Oh, et ça. »
Il tendit un casque à Kili.
« Pour que tu ne t'ouvres pas le crâne, dit-il. »
Kili prit le casque, commençant à avoir l'air nerveux. Fili se mit à rire.
« Ça n'arrivera pas, dit-il. Je fais du vélo depuis des années et je ne me suis encore rien cassé. »
Kili se dandina, détournant le regard.
« Mais je suis vraiment maladroit, moi, dit-il. Je n'arrête pas de me blesser. »
Fili ouvrit la bouche pour répondre, puis réalisa ce que Kili disait vraiment. Ça avait l'air de quelque chose qu'il avait déjà dit, plusieurs fois. Un mensonge facile.
« Ouais, eh bien, dit-il. »
Réalisant qu'il avait l'air furieux, il s'arrêta, respirant profondément.
« Tu vas t'en sortir, dit-il en se forçant à sourire. On n'ira pas sur la route, OK ? Tu ne peux pas te faire grand-chose dans le parc. D'accord ?
- Ouais, OK, dit Kili. »
Il le suivit à l'extérieur.
Il faisait un froid vif dehors, sec et ensoleillé. Janvier avait cédé la place à Février, et la pluie terrible qui avait causé tant de problèmes mardi n'était plus qu'un souvenir, le faible soleil d'hiver pâle et bas dans un ciel glacial et sans nuages. Ils emmenèrent leurs vélos jusqu'au terrain de jeu, puis Fili appuya le sien contre un arbre et fit signe à Kili.
« OK, dit-il. Monte. Je tiendrai l'arrière. On verra comment tu t'en sors. »
Kili enfila son casque – puis attacha les lanières, lorsque Fili le lui dit – et passa une jambe au-dessus du vélo. Il n'avait pas l'air particulièrement ravi d'apprendre à en faire, mais Fili était à peu près sûr que quand il saurait, il en serait content. Quel ado de seize ans ne voulait pas un peu d'indépendance, après tout ?
« D'accord, dit Fili. »
Il tendit la main pour agripper l'arrière de la selle. C'était un peu délicat de tenir le vélo sans frôler Kili, mais les fesses du gamin étaient assez maigres pour que Fili s'en sorte.
« Je te tiens, d'accord ? Je te laisserai pas tomber. Mets les pieds sur les pédales.
- OK, dit Kili. »
Il posa un pied sur la pédale du haut, puis inspira profondément et souleva son autre pied du sol. Fili s'accrocha à la selle, et ils restèrent comme ça un moment.
« D'accord, si tu essayais de pédaler un peu ? demanda Fili. Lentement. Je te maintiendrai debout. »
Kili hocha la tête et s'exécuta. Ils avancèrent de quelques centimètres, puis commencèrent à aller un peu plus vite, jusqu'à ce que Fili réalise que Kili maintenait le vélo stable tout seul. Il lâcha et recula, et Kili s'éloigna lentement de lui, vacillant un peu mais sans plus.
« Tu t'en sors super bien ! lui lança Fili. »
Ce qui, bien sûr, poussa Kili à regarder par-dessus son épaule avec surprise – apparemment il n'avait pas réalisé qu'il avait laissé Fili derrière lui – et un moment plus tard il vacilla plus violemment et quitta le chemin pour foncer dans un arbre.
« Merde, dit Fili. »
Il courut pour l'aider à se relever, se retenant tout juste d'agripper Kili.
« Hé, ça va ? »
Kili avait roulé de façon à être assis dans l'herbe, et il avait l'air un peu vide.
« Désolé, dit-il. Je suis vraiment nul.
- Absurde, dit Fili. Tu ne veux pas savoir combien d'années il m'a fallu pour apprendre à faire du vélo. »
Kili leva les yeux avec un air d'appréhension.
« Des années ? dit-il.
- Oh, ça ne te prendra pas aussi longtemps, dit Fili. »
Il s'assit dans l'herbe avec Kili.
« C'est seulement parce que j'étais gosse. Ils sont pas connus pour leur dextérité, les gosses. »
Il sourit à Kili.
« J'ai eu un tricycle d'abord, un bleu avec une tête de lapin dessus. Ma mère me courait après dans le jardin.
- Elle te courait après ? demanda Kili, l'air inquiet.
- Ouais, dit Fili. »
Il sourit à ce souvenir.
« Elle agitait les bras dans tous les sens et faisait semblant d'être un monstre. Elle avait des cheveux formidables, tu vois, ils étaient vraiment longs et bouclés, et elle les tirait sur son visage pour que sa tête ait l'air énorme et elle disait où est cet enfant ? Où est cet enfant ? C'était... »
Il secoua la tête.
« C'était brillant, dit-il enfin. »
Kili le regardait, pas tout à fait directement, mais pas tout à fait en biais, non plus.
« Est-ce que tu étais triste quand elle est morte ? demanda-t-il. »
Fili setourna pour le regarder en fronçant les sourcils. Normalement, quand les gens demandaient quelque chose – et en général ils avaient juste l'air mal à l'aise et changeaient de sujet – ils demandaient quand elle était morte, ou parfois comment. Personne ne lui avait jamais demandé s'il avait été triste. Pourquoi en auraient-ils seulement besoin ?
« Euh, ouais, dit-il. Bien sûr que j'étais triste. »
Kili se retira un peu en lui-même, se tournant pour fixer le chemin.
« Ouais, dit-il. Bien sûr. Désolé.
- Non, dit Fili, se souvenant à qui il parlait, c'est... Tu sais quoi, c'est pas grave. D'en parler, je veux dire. Ouais, j'étais triste. Putain, je suis resté plutôt bouleversé pendant un long moment. Je l'aimais tellement, tu sais ? Je veux dire, j'aime Oncle Thorin, aussi, plus que quiconque qui soit encore vivant, mais quand même. »
Il tripota l'herbe à ses pieds, arrachant des brins et les faisant tournoyer entre ses doigts.
« C'était ma maman, tu vois ? »
Kili fronça les sourcils, sans regarder dans la direction de Fili.
« Ma maman n'était pas comme ça, dit-il. »
Fili se redressa légèrement. Il n'avait pas entendu grand-chose de la vie de Kili, bien sûr – quasiment rien, même – mais il n'avait pas entendu un seul mot sur sa mère, pas un. Il avait en quelque sorte supposé qu'elle était morte quand Kili était bébé. Mais il avait apparemment eu tort de le penser, et maintenant il brûlait soudain de curiosité tout en cherchant désespérément à ne pas être trop insistant, ce qui ferait se refermer Kili.
« Ouais ? demanda-t-il soigneusement. Elle était comment ? »
Kili fronça davantage les sourcils.
« Elle... commença-t-il avant de soudain hausser les épaules. C'est sans importance. »
Fili se rassit avec déception. En même temps, d'une certaine façon, il n'était pas sûr de vouloir savoir. Comment est-ce qu'une personne finissait avec un type comme le père de Kili ? Finissait par avoir un gosse avec un type comme ça ? Il n'y avait aucune trace de la naissance de Kili, aucun certificat de naissance – pourquoi ? Et si elle avait survécu assez longtemps pour que Kili se souvienne d'elle, pourquoi est-ce qu'elle ne l'avait pas juste pris et quitté le père de Kili ? Elle devait sûrement avoir su quel enfoiré c'était ? Ou – est-ce que le père de Kili l'avait tuée ? Bordel. Cette idée lui donna un peu la nausée.
Puis une autre idée frappa Fili qui le fit se sentir encore pire. Il réalisa qu'il avait supposé tout ce temps, sans vraiment y penser, que Kili leur était apparenté par sa mère. Mais le nom de famille de Kili – le nom qui avait attiré l'attention de Thorin sur lui en premier lieu – sûrement ce nom devait venir de son père. Le même père qui était derrière la litanie d'os brisés à laquelle Fili ne pouvait même pas penser sans sentir les élans de rage dans son ventre.
Putain. C'était le type qui leur était apparenté d'une façon ou d'une autre. Pas la mère de Kili. Le père de Kili.
« Euh, dit Kili. Est-ce que ça va ?
- Quoi ? »
Fili réalisa soudain que Kili le fixait.
« Oh, euh, ouais. Désolé. Je pensais à autre chose. »
Il se secoua.
« Alors, tu es prêt à réessayer ? »
Kili hocha la tête et se releva.
« Et si je retombe ?
- Alors je t'achèterai une glace sur le chemin du retour, dit Fili avec un grand sourire. »
Kili sembla un peu incertain à ce sujet.
« C'est – tu plaisantes ? dit-il. Il fait vraiment froid.
- Ouais, je plaisante, petit génie, dit Fili sans cesser de sourire. Je suis hilarant, pas vrai ? »
Et Kili lui sourit. C'était un sourire un peu confus, ouais, mais les sourires étaient assez rares de la part du gamin pour que Fili se sente plutôt fier de lui. Il montra le vélo du doigt, et Kili le ramassa et commença à le pousser jusqu'au début du chemin. Fili le regarda avancer pendant un moment.
« Ouais, dit-il dans sa barbe. Je suis le champion de la comédie. »
Puis il s'empressa de le rejoindre.
Il fallut encore quelques faux départs – et trois chutes de plus – mais au final, Kili sembla comprendre comment ça fonctionnait. La deuxième fois que Kili tomba au lieu de s'arrêter, Fili pensa à lui dire comment marchaient les freins, et cela sembla être l'information dont Kili avait besoin pour lui permettre d'avancer plus rapidement, évitant ainsi le vacillement périlleux. Il était encore lent, pour sûr, mais le temps que le soleil frôle la cime des arbres, il avait réussi à faire un circuit autour du terrain de jeu sans mettre les pieds au sol une seule fois. Lorsqu'il revint vers Fili, son visage était rouge et avait une sorte de lueur étouffée, semblant indiquer qu'il se serait illuminé s'il avait pensé que c'était permis.
« J'ai réussi, dit-il.
- Et comment, dit Fili. »
Il leva la main pour lui en taper cinq, puis réalisé que ce n'était pas la meilleure idée qu'il ait eue, et s'empressa de la rabaisser.
« OK, tu veux voir si tu peux aller vite ?
- Euh, dit Kili avec un regard inquiet. Vite comment ?
- Quelle longueur fait un bout de fil ? demanda Fili en allant chercher son propre vélo. On fait la course jusqu'à l'autre côté. Prêt ?
- Euh, dit Kili. »
Mais Fili n'attendit pas qu'il se dégonfle.
« À vos marques, prêt, partez ! cria-t-il. »
Et il commença à pédaler. Il fut lent à démarrer – délibérément – mais il fallut quand même un certain temps à Kili pour comprendre et se lancer, et il dut alors pédaler furieusement pour le rattraper. Fili sourit pour lui-même et accéléra – mais pas au point de laisser Kili derrière lui – et vers la moitié du terrain, il laissa Kili le dépasser.
« Merde, tu vas me battre, cria-t-il tandis que Kili accélérait. »
Il venait de baisser la tête et de commencer à pédaler plus vite lui-même – après tout, il ne voulait pas être battu d'une trop grande marge – quand Kili sembla soudain perdre le contrôle de son vélo et s'envola, atterrissant lourdement sur l'herbe à un ou deux mètres du vélo tombé.
« Oh, merde, marmonna Fili. »
Il s'empressa d'arrêter son vélo à côté de celui de Kili, bondissant et se précipitant vers Kili, allongé sur le dos dans l'herbe.
« Hé, ça va ? »
Kili le fixa, les joues rouges.
« Wow, dit-il. C'était rapide.
- Tu l'as dit, répondit Fili en commençant à se détendre. Pratiquement un nouveau record du monde. »
Il se laissa tomber sur l'herbe à côté de Kili et roula de façon à être sur le dos.
« Tu apprends vite, hein ? »
Kili haussa les épaules. Il fixait le ciel avec une étrange expression sur le visage, comme s'il souriait bien qu'il n'y ait pas de véritable sourire. Au bout d'un moment, cependant, il tourna la tête pour regarder Fili.
« Est-ce que c'est bien ? demanda-t-il.
- Est-ce que quoi est bien ? demanda Fili. »
Il se renfonça un peu plus dans sa veste chaude. S'allonger dans l'herbe était une activité d'été, vraiment. Kili fit un geste qui sembla englober le terrain de jeu entier.
« Ça, dit-il. Tout ça.
- Tu veux dire passer un bon moment ? demanda Fili. Ouais, Kili. C'est bien de passer un bon moment. En fait, je t'y encourage. Tu me rends vraiment heureux. »
Il eut un large sourire.
« Tu vois ? »
Kili se retourna pour fixer de nouveau le ciel, mais maintenant il avait un léger froncement de sourcils sur le visage.
« Pourquoi ? demanda-t-il.
- On n'en a pas déjà parlé ? dit Fili. C'est agréable quand tes amis s'amusent. On est amis, ergo, ça me rend heureux que tu passes un bon moment.
- C'est vrai ? demanda Kili. Je ne savais pas qu'on était amis.
- Bien sûr qu'on l'est, dit Fili. »
Puis il pensa soudain que ce n'était peut-être pas bien. Il voulait être ami avec Kili, c'était une chose – mais est-ce que Kili voulait être ami avec lui ?
« Je veux dire, si ça te convient.
- Je, euh, dit Kili. Je – hum, je veux dire – je n'ai pas – je ne sais pas... »
Il s'arrêta, s'étranglant à moitié sur un mot, puis regarda Fili en biais.
« Est-ce que je dois faire quelque chose ?
- Et si tu faisais en sorte de t'amuser autant que possible, dit Fili. Tu crois que tu peux faire ça ? »
Kili détourna les yeux. Il ne répondit pas, et Fili n'insista pas, se contentant de se retourner pour regarder de nouveau le ciel. C'était agréable. Relaxant. De juste passer du temps ensemble.
Au bout d'un moment, cependant, froid prit le pas sur relaxant, et Fili s'assit avec un grognement.
« OK, j'arrête là, dit-il. Il va bientôt faire nuit, de toute façon. »
Il se leva et tendit la main pour aider Kili à se lever, puis marqua une pause, sur le point de la retirer de nouveau. Mais Kili fit une sorte de demi-geste comme s'il allait tendre la main vers celle de Fili, et Fili s'interrompit, le bras tendu, réfléchissant.
« Est-ce que tu – veux un coup de main ? demanda-t-il. Je veux dire, tu n'es pas obligé. »
Kili fixa encore la main de Fili quelques secondes, puis fronça les sourcils.
« Ouais,dit-il,je... »
Il tendit une main hésitante. Ses doigts frôlèrent ceux de Fili, et Fili les saisit, essayant d'être doux mais ferme. Les doigts de Kili étaient froids comme de la glace, et sa main donnait une impression de fragilité, encore ridiculement osseuse même après une semaine de nourriture convenable, si bien que Fili eut soudain l'idée irrationnelle que s'il agrippait trop fort, il pourrait l'écraser. Alors il ne le fit pas. Il ne serra pas, n'essaya pas de hisser Kili sur ses pieds. Il resta juste debout là, la main de Kili dans la sienne, et au bout d'un moment, Kili se mit debout, s'appuyant fortement sur Fili. Une fois debout, il retira sa main, et Fili le lâcha, se sentant légèrement étourdi, comme si tout était arrivé sur un autre plan d'existence.
« Est-ce que ça a été ? demanda-t-il. Tu n'es pas obligé de dire oui. »
Kili enroula ses bras autour de lui-même et fronça les sourcils en direction de l'herbe.
« Je ne... commença-t-il. »
Puis il rentra la tête dans les épaules.
« Je vais – je vais chercher le vélo, marmonna t-il en se détournant. »
Fili le regarda partir. Ce n'était pas une réponse. Mais maintenant il y avait une question, et Fili pensa que peut-être c'était un progrès.
Quand ils rentrèrent, Thorin était assis à la table de la cuisine, lisant le papier. Il leva les yeux et leur fit un signe de tête quand ils entrèrent dans la pièce.
« Et comment s'est passée la leçon ? demanda-t-il.
- C'était brillant, dit Fili. Kili va faire le tour de France plus tard. »
Thorin eut un sourire indulgent, et Kili eut une sorte de demi-sourire aussi, même s'il était assez évident à l'expression de son visage qu'il ne savait pas ce qu'était le Tour de France.
« Dîner ? demanda Fili. Je meurs de faim.
- Je pensais qu'on mangerait de la pizza, dit Thorin. J'ai déjà commandé.
- Oh, oui, mon fils, dit Fili en s'asseyant. Qu'est-ce que tu as pris ?
- Je ne savais pas ce qu'aimait Kili, alors j'ai commandé plusieurs choses différentes, dit Thorin. »
Il sortit le menu, mais avant qu'il ne puisse expliquer, la sonnerie retentit.
« Super timing, dit Fili en se levant d'un bond. Je suis teeeeeellement prêt pour une pizza. »
Quand il ouvrit la porte, cependant, il s'arrêta et fixa avec émerveillement ce qui se trouvait devant lui. Le livreur de pizzas était presque invisible derrière l'énorme pile de boîtes qu'il portait.
« Hum, dit Fili.
- Écu-de-Chêne ? demanda le livreur. »
Une main apparut de derrière les boîtes, tendant un reçu, que Fili saisit.
« Je vous dirais bien ce que j'ai amené, mais on serait là toute la nuit.
- Euh, ouais, merci, dit Fili, laissant le livreur lui déposer les boîtes dans les bras. Euh, vous pourriez fermer la porte ? Je ne veux pas faire tomber ça. »
Dès que la porte fut refermée, il se retourna – lentement, en gardant à l'œil les boîtes au sommet de la pile – et se dirigea vers la cuisine.
« Thorin, cria-t-il. Est-ce que tu as commandé toute la pizzeria? »
Un moment plus tard, le poids dans ses bras diminua légèrement, et il vit Thorin, porter une belle moitié de la pile et fronçant les sourcils vers lui.
« Je n'avais pas réalisé qu'il y en avait tant, dit-il.
- Tu as littéralement demandé une de chaque, n'est-ce pas ? dit Fili. »
Honnêtement, Thorin était comme un foutu gosse de cinq ans parfois.
Thorin haussa les épaules.
« Nous n'aurons pas besoin de cuisiner pendant quelques jours, dit-il, ouvrant la voie vers la cuisine.
- Quelques semaines, peut-être, marmonna Fili avant de le suivre. »
Quand toutes les boîtes de pizza furent étalées dans la cuisine avec le couvercle ouvert, cependant, Fili changea d'avis sur l'idiotie de Thorin. C'était plutôt du génie. Kili était assis là avec des yeux comme des soucoupes, la mâchoire légèrement suspendue comme un personnage de cartoon. Fili n'aurait pas été surpris s'il s'était mis à baver sur-le-champ.
« Qu'est-ce qui te plairait ? demanda Thorin.
- Euh, dit – ou plutôt couina – Kili. Je ne – je ne sais pas... »
Fili haussa les épaules et se servit une part de pizza quatre fromages.
« N'oublie pas de manger de la salade, dit Thorin. Il n'y aura pas de scorbut sous mon toit. »
Fili roula des yeux, mais servit de la salade à Kili et lui-même. Il attaqua avec appétit, et ce fut seulement après avoir fini sa part de pizza qu'il s'aperçut que Kili ne mangeait pas. Il lui jeta un regard pour le voir fixer sa salade comme s'il pensait qu'elle allait le mordre.
« Hé, dit Fili. Quelque chose ne va pas ? Tu es allergique aux tomates ou quelque chose ? »
Kili lui jeta un regard, puis – plus discrètement – à Thorin.
« Je crois que la salade est moisie, murmura-t-il à Fili. Est-ce que je dois la manger quand même ?
- Moisie ? »
Fili fronça les sourcils et inspecta la salade de Kili.
« Je ne vois pas de moisi. Où est le moisi ? »
Kili saisit sa fourchette et piqua silencieusement le résidu de feta émiettée attaché à une feuille de laitue.
« C'est tout blanc, dit-il en murmurant toujours. »
Fili ne put s'empêcher de rire à ces mots.
« C'est de la feta, petit génie, dit-il. »
Kili lui adressa un regard neutre, et Fili haussa les sourcils.
« Du fromage ? dit-il. Tu connais le fromage, pas vrai ? Je veux dire, tu ne viens pas réellement de Mars.
- Oh, dit Kili. »
Il leva les yeux vers Thorin, puis détourna rapidement le regard.
« Ce n'est pas – ouais, bien sûr. Ouais, du fromage.
- Kili, dit Thorin, as-tu déjà mangé de la feta ?
- Euh, dit Kili, j'ai mangé du fromage. D'habitude, il est – jaune.
- Du cheddar, dit Fili. Tu as mangé du cheddar.
- Euh, dit Kili. Ouais, OK.
- Il y a beaucoup de fromages différents, dit Thorin. »
Il croisa les mains et observa Kili de l'autre côté de la table.
« Le cheddar en est un. La feta en est un autre. Certains fromages sont en effet moisi – délibérément, pour le goût – mais la feta n'en fait pas partie.
- OK, dit Kili. »
Il n'avait pas l'air très convaincu, cependant.
« Essaie juste, dit Fili. Vois si tu aimes ça. Sinon, je te ferai de la salade sans feta.
- Tu aimes ça, toi ? demanda Kili en regardant Fili du coin de l'œil.
- Je te demande si toi, tu aimes ça, dit Fili. »
Parce qu'il avait compris le jeu de Kili, maintenant, oh oui.
Kili resta assis à fixer son assiette quelques secondes, mais finalement il reprit sa fourchette et ramassa quelques miettes de feta. Il marqua une pause avant d'ouvrir la bouche, comme s'il se préparait au pire. Puis il mit la fourchette dans sa bouche avec une grimace.
Et s'arrêta.
Fili attendit, se sentant bizarrement excité. C'était bizarre, non ? D'être excité de voir quelqu'un manger du fromage ?
Puis Kili mâcha un peu, et déglutit, et cligna des yeux.
« Wow, dit-il.
- Ouais ? dit Fili avec un grand sourire à Thorin. C'était bon ?
- Euh, dit Kili. Combien – combien de fromages y a-t-il ?
- Des millions, dit Fili d'un ton léger. Il y a, genre, le brie et le wensleydale et le gorgonzola et le stilton, et, euh, l'edam et, et le camember... »
Il s'interrompit, cherchant de l'aide auprès de Thorin.
« Le caerphilly, proposa Thorin.
- Oui ! dit Fili en s'échauffant. Et le cheshire. Bordel, si tu aimes la feta, tu vas adorer le cheshire. Oooh, et le fromage fumé, miam. »
Kili le fixa, commençant à avoir l'air un peu dépassé.
« Je ne savais pas, dit-il.
- La mozzarella, dit Fili en réfléchissant toujours, et le parmesan, faut pas oublier le parmesan. Et – Hé, ça va ?
- Ouais, dit Kili – mais il s'enfonçait dans sa chaise, les mains posées sur ses genoux. Ouais, désolé. Je ne – je ne savais pas.
- Eh bien, disons juste qu'il y a beaucoup de fromages, dit Thorin. Mais pour l'instant, si tu te concentrais sur la nourriture que tu as devant toi ?
- Oui, dit Kili, merci. »
Il resta immobile un moment, encore enfoncé dans sa chaise, l'air tendu. Mais il sembla ensuite se secouer, et se redressa, tendant la main vers sa fourchette. Il embrocha soigneusement un bloc de feta, le plaçant dans sa bouche et fermant brièvement les yeux.
« Merci, répéta-t-il après avoir avalé. »
Thorin sourit.
« Il n'y a vraiment pas de quoi. »
Ils mangèrent tous assez de pizza pour nourrir cinq mille personnes – entamant à peine ce que Thorin avait acheté – puis Thorin déclara que puisque la punition de Kili était officiellement finie, il pouvait choisir ce qu'ils regarderaient à la télé – à condition, bien sûr, que ce ne soit pas interdit aux moins de 18 ans. Thorin sortit le programme télé du journal et l'étala sur la table, faisant signe à Kili de venir y jeter un œil. Mais Kili se contenta de rester debout et son regard passa de Thorin à Fili, un air hésitant sur le visage.
« Tu ne veux pas regarder la télé ? demanda Fili. Tu n'es pas obligé.
- Je, euh, dit Kili, euh, il y avait – la semaine dernière on a vu – il y avait une baleine. Mais je me suis endormi.
- Le truc d'Attenborough ? demanda Fili. Blue Planet, ajouta-t-il quand Thorin lui lança un regard perplexe. Tu sais que tu peux choisir autre chose si tu veux, par contre ? Ça n'a pas besoin d'être un documentaire.
- J'ai juste – je me suis endormi, dit Kili. Je n'ai pas – non, c'est, c'est sans importance. »
Il détourna soudain le regard, rentrant la tête dans les épaules comme s'il regrettait d'avoir dit quoi que ce soit.
« C'est pas au programme, dit Fili en jetant un œil à la liste. Hé, Thorin, tu n'avais pas un DVD, par contre ? »
Thorin se dirigeait déjà vers la porte de la cuisine. Une minute ou deux plus tard, il réapparut, brandissant triomphalement un coffret DVD.
« Ça ? Demanda-t-il. »
Fili roula des yeux. Thorin était complètement ignorant en ce qui concernait la télé, même la très bonne télé, comme Attenborough. Il saisit le coffret et l'inspecta.
« Ouais, dit-il. Brillant. »
Il le tendit à Kili.
« Et si tu allais le mettre ? demanda-t-il. »
Kili prit le coffret et se dirigea vers le salon. Fili le regarda partir puis se retourna pour voir Thorin en faire autant, un froncement de sourcils songeur sur le visage.
« Ça va ? demanda Fili. »
Thorin lui jeta un regard.
« Je m'interroge sur son père, dit-il. Comment il a pu – faire ce qu'il a fait.
- Ouais, dit Fili. Hé, Thorin – c'est son père, pourtant, pas vrai ? C'est à lui qu'on est apparenté ? »
Le froncement de sourcils de Thorin s'intensifia.
« Je suppose que oui, dit-il.
- Merde, marmonna Fili. »
Thorin se tourna vers lui et le prit par les épaules.
« Ça ne veut rien dire, dit-il. Ni sur toi, ni sur moi. Peu importe qui était cet homme, ses actions ne sont pas les nôtres.
- Ça me fait me sentir sale, pourtant, dit Fili. D'avoir quelqu'un comme ça dans notre famille.
- Penses-tu que Kili est sale parce qu'il est encore plus proche de lui ? demanda Thorin.
- Bien sûr que non, dit Fili. C'est pas comme si c'était la faute de Kili.
- Exactement, dit Thorin. »
Il soupira.
« J'ai réfléchi à cela, dit-il. Réfléchi et réfléchi. Nous ne pouvons pas ignorer la vérité. Mais cet homme est mort, et Kili est vivant. C'est tout ce qui compte, maintenant. »
Kili apparut soudain dans l'embrasure de la cuisine, l'air nerveux. Il tenait un DVD dans les mains, soigneusement, comme si c'était un papillon.
« Hum, je ne peux pas – je ne sais pas ouvrir le truc, dit-il. »
Fili éclata de rire, soulagé de voir l'atmosphère lourde s'alléger.
« Viens, alors, dit-il. Je vais te montrer. »
Ils regardèrent quatre épisodes de Blue Planet à la suite – Kili scotché à l'écran pendant tout ce temps – puis Thorin annonça qu'il allait se coucher. Après une tournée de bonne nuit, Fili et Kili se retrouvèrent seuls dans le salon. Le DVD était en pause, mais Kili ne le remit pas en route. Il resta assis là, fixant le vide avec un air pensif sur le visage.
Fili attendit un moment, mais quand rien ne se produisit, il commença à se sentir agité.
« Hé, dit-il. Tour de contrôle au Major Kili. Tout va bien là-dedans ? »
Kili sursauta légèrement et lui jeta un regard de côté.
« Désolé, dit-il. Est-ce que je dois... »
Il saisit la télécommande, mais Fili secoua la tête.
« Non, hé, dit-il. Je me demandais juste à quoi tu pensais. Ça avait l'air plutôt sérieux.
- Je, euh, dit Kili. J'étais juste... »
Il fronça les sourcils en regardant ses mains pendant quelques instants.
« C'était sympa, dit-il. Aujourd'hui, je veux dire.
- Ouais, pas mal, hein ? dit Fili. Mais je ne sais pas si je pourrai jamais regarder une pizza de la même façon.
- Ouais, dit Kili comme s'il n'écoutait pas vraiment.
- Tu as passé une bonne journée, alors ? dit Fili. Un bon moment ? »
Kili se retourna et le regarda – en face, absolument pas de biais.
« Ouais, dit-il en fronçant légèrement les sourcils. »
Fili se surprit à s'illuminer sans vraiment en avoir l'intention.
« Cool, dit-il. »
Kili fronça davantage les sourcils, et se retourna pour regarder l'écran figé. Il n'avait pas l'air malheureux, cela dit. Juste pensif. Et Fili le laissa penser – pendant un moment, en tout cas. Mais il se dit que trop penser n'avait jamais fait de bien à personne, alors au bout d'un moment il tendit la main et récupéra la télécommande.
« Donc, dit-il, calamar ? »
Kili hocha la tête, et Fili relança le DVD, s'installant tandis que la narration familière commençait.
Ouais, pensa-t-il. Ç'avait vraiment été une bonne journée.
(-)
Voilà, je vous l'avais promis, un chapitre feel-good et fluffy et ça fait du bien au milieu de tout ça !
