Abbotsburry.

Petit village de maisons de pierre du Dorset, Abbotsburry paraissait avoir été fondé tout près du littoral, si Harry en jugeait l'arôme iodé du vent qui traversait le village pour venir se répandre dans les collines de calcaire où ses premiers pas de « criminel » commenceraient.

A sa grande satisfaction, il n'avait pas eu besoin de provoquer Burrow davantage pour le maintenir au ministère : les témoignages attestant la présence de Harry Grant à divers endroits du pays semblaient avoir motivé Burrow à rester dans son bureau la plupart du temps. Au moins jusqu'à ce que Harry ait été arrêté ou tué. Malgré ça, Harry ne désespérait pas de trouver des informations chez Burrow car il considérait comme improbable que le chef du Service de la Justice internationale magique ait pu conserver tout renseignement compromettant sur le Culte dans un vulgaire tiroir de son bureau ministériel.

Planté au beau milieu de la route menant jusqu'à Abbotsburry, Harry observa attentivement les alentours. Au sud s'endormait doucement le village, dont les réverbères constitueraient bientôt les seules sources de lumière mais, à l'exception des lampadaires ouvrant le chemin jusqu'à Abbotsburry, tout était noir. La nuit s'était emparée des collines, des arbres et des prairies qui les séparaient de la chaussée, dissimulant le chemin menant au manoir des Burrow.

Durant cette semaine de vagabondages, notamment les premiers jours, Harry avait ressassé sa conversation avec le français, s'attardant surtout sur le manoir « des » Burrow. Avec une certaine appréhension, il avait redouté une présence le soir du cambriolage – comme, par exemple, la femme de Burrow. Mais en posant quelques questions innocentes le jour où l'article de son évasion avait paru dans La Gazette du sorcier, il avait appris qu'il n'existait aucune épouse Burrow. Seulement un fils, sorti de Poudlard depuis deux ans, et possédant sa propre maison. Pas de raison de s'inquiéter, en somme.

La famille Burrow s'éclipsa rapidement de son esprit, cependant. Loïc Matthieu, vêtu tout de noir, venait de faire son apparition, émergeant de l'obscurité de la nuit pour se présenter dans le champ lumineux d'un réverbère – et, ainsi, indiquer sa présence à Harry. Matthieu recula presque aussitôt, mais Harry comprit le message : il aurait pu rejoindre le français en dix secondes s'il avait pris le chemin le plus rapide, mais l'escroc l'invitait au contraire à privilégier les ténèbres nocturnes.

S'écartant de la route, Harry rejoignit l'obscurité bordant la chaussée, qu'il longea ensuite jusqu'à retrouver Loïc Matthieu à proximité d'un petit sentier presque entièrement disparu sous la végétation. A l'évidence, des Moldus empruntaient autrefois le chemin menant au manoir des Burrow, mais les sortilèges placés autour de la propriété avaient mis un terme à ces passages.

− En forme ? demanda Matthieu.

− Il le faut, répondit Harry.

− Ouais, il faut, approuva le français en l'entraînant le long du sentier. En tout cas, tu avais vu juste : des sorciers sont passés hier pour installer diverses protections massaliennes autour de la demeure de Burrow. Le côté positif de la chose, c'est que nous n'aurons aucune difficulté à entrer le mauvais, en revanche, c'est que les protections étaient si basiques à Massalia qu'il est plus que probable que d'autres protections aient été étendues à l'intérieur du manoir.

S'enfonçant entre deux collines, ils arpentèrent le sentier dans une pénombre phénoménale. Harry distinguait très bien la silhouette sombre de Matthieu qui le devançait très légèrement, mais il ne discernait plus rien du paysage les entourant. Comme si le monde ne s'était plus réduit qu'à eux deux et le chemin qu'ils parcouraient.

− C'est un enchantement courant, indiqua le français. Quand des sorciers s'installent dans des régions vallonnées ou plates, ils ont recours à cette protection pour désorienter les indésirables. Les collines qui nous entourent sont parcourues par une petite dizaine de sentiers comme celui-ci et un parfait étranger s'égarerait rapidement. Tu me suis au pas, et tout ira très bien.

Quelque peu déconcerté par la disparition des collines, Harry concentra son regard dans un petit rayon, de sorte à ne jamais perdre le français de son champ de vision. Ils marchèrent ainsi pendant plusieurs minutes, longeant des lignes droites, gravissant de légères pentes ou bifurquant sèchement. A chaque virage, Harry s'interrogeait sur la cause de ces changements de trajectoire : le sentier décrivait-il une courbe ou bien empruntaient-ils un autre petit chemin ? Impossible de le savoir.

Après un moment qui parut extraordinairement long à Harry, Matthieu ralentit sensiblement puis s'immobilisa. Il paraissait très calme, mais Harry ne comprit pas tout de suite pourquoi. Il n'y avait absolument rien, autour d'eux et du chemin et pourtant, le français tira tranquillement sa baguette magique pour donner un petit coup sec juste devant lui, à hauteur d'épaule. Un petit bruit creux résultat du mouvement.

Un grincement s'éleva alors, et Harry vit une petite planche de bois pivoter à la manière d'une porte. L'ouverture laissa alors apparaître une tête de réduite, de laquelle jaillissait une lumière tremblotante par les yeux, les oreilles et la bouche.

− Qui est là ? interrogea la tête de réduite d'une voix grêle.

Matthieu recula très légèrement pour revenir à hauteur de Harry.

− Je dois reconnaître que Burrow est malin, murmura-t-il.

− Qu'est-ce qui se passe ? demanda Harry sur le même ton.

− C'est un majordome, répondit le français en désignant la tête réduite. Il n'ouvrira que si l'un de nous lui donne son nom, mais il y a un hic : l'identité que nous lui donnerons sera transmise à une plume qui inscrira le nom dès qu'il aura été prononcé… et je doute sincèrement que Burrow ait laissé cette plume dans son manoir.

Harry sentit la frustration grandir. Il était convaincu que Burrow gardait précieusement sa plume avec lui. Si l'un des deux cambrioleurs donnait son identité, il rappliquerait instantanément avec une armée d'Aurors ou d'agents du Culte de l'Ombre. Ils ne pouvaient pas non plus se faire passer pour Altimor Pearce ou se présenter sous une fausse identité, car Burrow se méfierait également – d'autant que Pearce était sûrement au ministère.

Bien évidemment, ils pourraient partir à la recherche d'un sorcier du Culte comme le rédacteur-en-chef actuel de La Gazette du sorcier, mais Harry n'avait aucune garantie que cet homme et Burrow soient amis. Dans son autre époque, Lupin n'avait fait référence qu'à l'amitié de Pearce et du rédacteur-en-chef, laissant Burrow de côté.

− Au pire, je me présente, dit Matthieu.

− Quoi ? s'insurgea Harry.

− Réfléchis, gamin. Si je me présente, nous pourrons entrer. Les protections suivantes seront faciles à contourner et nous pourrons accéder aux informations que tu recherches si nous agissons rapidement, nous serons déjà loin quand Burrow se ramènera avec les Aurors. Je n'aurai plus qu'à retourner en France…

Harry n'osait pas le dire à voix haute, mais l'idée et le scénario proposés par Matthieu était d'une naïveté dont il aurait eu franchement honte. Cependant, le mot « France » déclencha tout un mécanisme dans son esprit. Il avait momentanément oublié que Matthieu était français, malgré son léger accent révélateur… Sauf que lui aussi, avait le nom d'un étranger en mémoire – un étranger qui faisait partie du Culte, d'ailleurs.

S'avançant vers le « majordome » à la tête réduite, Harry inspira un grand coup :

− Sebastian Oïstov, dit-il.

La petite porte du perchoir de la tête réduite se referma. Dans un silence de suspens, Harry lança un bref regard à son acolyte du soir, qui s'était avancé et se tenait à présent immobile en fixant un point invisible. Alors, dans une légère série de grincements, le paysage réapparut en même temps qu'un gros portail ouvrait ses battants de chêne massif.

De hauts murs de pierre lisse et blanc apparurent rapidement de chaque côté du portail, qui s'ouvrait lentement et révélait au même rythme une longue allée de petits cailloux blancs bordée de vastes pelouses. Des vasques et des fontaines étaient disséminées dans le jardin, tout comme de nombreux parterres de fleurs. Harry plissa le front en apercevant tous ces massifs fleuris, mais Matthieu pénétra dans la propriété et il s'empressa de l'y suivre. Dès les premiers pas, cependant, Harry comprit que quelque chose clochait.

Visiblement confiant, Matthieu l'entraîna sur une dizaine de mètres sans un regard, ni un mot. Pourtant, Harry ne manqua pas de remarquer le manoir ne se rapprochait pas plus surprenant encore, le grand bâtiment se dressant à l'autre bout de l'allée reculait à chaque fois que Harry et le français faisaient un pas dans sa direction.

− Heu… dit Harry.

− Ne t'arrête pas, protesta Matthieu d'un ton ferme.

A l'évidence, le français savait parfaitement ce qu'il faisait.

− Que sont des enchantements, pour toi ? interrogea Matthieu.

− Heu… répéta Harry. Des protections, pour la plupart du temps.

− C'est vrai, reconnut le français, mais c'est bien plus que ça. Dans la société actuelle et, donc, dans l'esprit de la communauté sorcière internationale, un enchantement est un acte magique employé par un sorcier pour s'assurer une protection immobilière, mobilière, matérielle ou même physique. Une maison, une chaise, un portrait ou une jambe, par exemple… Et qu'est-ce que Massalia ?

Harry fronça les sourcils, perplexe. Visiblement, Matthieu cherchait à améliorer sa perception des choses, mais il le faisait d'une bien étrange manière.

− Compare Poudlard, Beauxbâtons ou encore Durmstrang à Massalia, l'invita le français.

Curieusement, l'association des trois écoles les plus prestigieuses d'Europe illuminèrent un détail dans l'esprit de Harry.

− Le Tournoi des Trois Sorciers, dit-il pour lui-même.

− Exactement, approuva Matthieu. Poudlard, Beauxbâtons et Durmstrang présentant chacun un champion destiné à relever des défis… mais pas Massalia. L'histoire de Massalia est aussi riche que celle de ces trois collègues. Ce n'est pas parce que les étudiants y sont dotés de capacités hors-norme qu'elle n'a jamais été conviée au Tournoi des Trois Sorciers, c'est parce qu'elle refuse d'appartenir au monde « normal ».

− Donc… les enchantements de Massalia ne seraient pas des enchantements du monde « normal » ? dit Harry, un peu déconcerté.

Matthieu hocha la tête en guise de négation.

− Un enchantement reste un enchantement, dit-il. Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est que Massalia joue de son côté « marginal ». Pour un sorcier lambda, un enchantement protège une maison. C'est une sécurité inerte et durable. A Massalia, on t'enseigne que les enchantements doivent être beaucoup plus : une chose immobile est facile à atteindre, alors que quelque chose de mobile, de changeant, est plus complexe à saisir.

Harry resta silencieux, le temps d'assimiler les révélations de Matthieu.

− Donc, le manoir ne bouge pas réellement ? demanda-t-il.

− Si, il recule à chaque pas que nous faisons, dit Matthieu. Ou plutôt, que je fais. L'enchantement relie le manoir à l'allée. Allée que j'ai touchée le premier. Aussi surdoués soient-ils, les élèves et les professeurs de Massalia ont eux aussi des accès d'étourderies : l'enchantement n'a jamais été prévu pour protéger de plusieurs intrus.

− Il n'empêche que nous ne rattraperons pas le manoir… objecta Harry.

− Qui a dit que nous cherchons à rattraper le manoir ? lança Matthieu d'un air malicieux. Sais-tu pourquoi toutes les personnes présentes dans le parc de Massalia ne sont pas entrées dans le palais ? Parce que le palais reculait à chaque pas qu'ils faisaient, mais les géants ont pu l'atteindre…

− …parce que l'enchantement a été conçu contre les sorciers ? suggéra Harry.

− Conçu à échelle humaine, en vérité, rectifia le français. Arrêtons-nous ici, ça devrait suffire.

Harry s'immobilisa. Le manoir était aussi éloigné d'eux qu'au moment où ils étaient entrés pourtant, le français ne paraissait guère soucieux.

− Sais-tu pourquoi nous n'avons pas besoin de rattraper le manoir ? demanda-t-il.

− Non, dit Harry, intrigué.

− Parce que c'est lui qui va nous rattraper, expliqua Matthieu. Etant donné qu'il recule chaque fois que j'avance, il se rapprochera de toi chaque fois que je reculerai. A ce moment-là, il faudra que tu ouvres la porte. C'est notre seule chance d'entrer et de neutraliser l'enchantement. Tu as compris ?

− Oui, oui, assura Harry, assez bluffé.

Matthieu s'éloigna en direction du portail. Comme il l'avait annoncé, le manoir se rapprocha aussitôt de Harry à mesure que le français s'avançait vers la sortie. Si l'escroc n'avait rien dit à Harry, celui-ci doutait qu'il aurait su comment contourner cette étrange protection mais l'heure n'était pas à la supposition. Dès son entrée, Matthieu paraissait avoir calculé précisément la distance séparant le portail du bâtiment, car lorsqu'il atteignit les battants, Harry n'eut plus qu'à tendre la main pour saisir la poignée.

Ouvrant la porte d'entrée, il attendit que Matthieu revienne vers lui au pas de course, visiblement convaincu qu'il était grand temps qu'ils accélèrent le mouvement.

− Tu comprends, maintenant ? lança-t-il. Les sorciers et les sorcières de Massalia ne sont pas plus intelligents, ni plus puissants, que toi et moi. On leur enseigne simplement à regarder les choses différemment, à considérer que n'importe quel sortilège peut être détourné, amélioré ou dénaturé. Certains développent certes des capacités bien supérieures à la moyenne, mais ces facultés hors-du-commun ne leur assurent pas pour autant une invulnérabilité totale.

Ils pénétrèrent dans un grand hall plongé dans l'obscurité. Malgré la pénombre, Harry distinguait une table ronde au beau milieu de la pièce, ainsi que les bras d'un double escalier qui longeaient les murs de gauche et de droite pour se rejoindre au fond, au-dessus d'un rideau derrière lequel se cachait probablement une porte. L'endroit leur paraissait d'une propreté étincelante, comme si les rares passages de Burrow cette dernière semaine n'avaient été motivés que par les tâches ménagères.

Cependant, Harry repensait à un détail qui l'avait déjà surpris : les massifs de fleurs.

− Burrow a un elfe de maison, murmura-t-il.

Vu la fortune accumulée par Burrow et la propreté de la demeure, Harry n'avait aucun doute sur la présence d'un serviteur. Il imaginait très mal Burrow rentrer chez lui pour s'adonner à des tâches ménagères et du jardinage, en outre.

− Un elfe de maison… ou pire, chuchota Matthieu. Suis-moi, mais surveille tes arrières. C'est maintenant que les problèmes peuvent nous tomber dessus sans s'annoncer.

L'avertissement de Matthieu n'était guère rassurant, mais Harry sortit sa baguette magique et emboîta fermement le pas au français, qui snoba littéralement le rideau au fond du hall pour s'avancer vers le bras gauche du double escalier. Qu'est-ce que l'escroc entendait par « …ou pire » ? Harry l'ignorait, mais il aurait préféré que Matthieu ne prononce jamais ces mots car dès qu'ils montèrent sur la première marche, il se sentit observé.

Gravissant les marches, ils s'arrêtèrent devant une porte que Matthieu observa attentivement, avant de tourner la poignée sans plus d'hésitation. Le suivant dans un long couloir traversant le manoir sur toute sa largeur, Harry ne put s'empêcher de se retourner plusieurs fois tandis qu'ils remontaient le corridor. Ce qu'il prenait pour un accès de paranoïa commençait à devenir une véritable psychose : il était persuadé qu'on les observait, et pourtant il n'y avait personne.

Tentant de se ressaisir, il manqua de percuter Matthieu lorsque celui-ci s'arrêta sèchement devant une porte qu'il examina plus longuement que la précédente. D'un coup de baguette magique, il fit jaillir une petite lueur bleutée qui flotta un court instant à l'extrémité de la baguette avant de se diriger vers la serrure. Elle s'était introduite par l'ouverture depuis quelques secondes lorsque, brusquement, elle réapparut avec la force d'une balle de fusil pour frapper Matthieu à la hanche et le faire tomber à la renverse.

− Ca va ? murmura Harry, inquiet, en lui proposant sa main pour l'aider à se relever.

− Rien de casser, affirma Matthieu en se relevant. Par contre, nous allons avoir un problème avec cette porte : les protections qui l'entourent me sont inconnues et je ne parviens pas à identifier la magie employée. Or, il s'agit là du bureau personnel de Burrow…

− Comment vous le savez ? s'étonna Harry.

− Tout s'achète, dans mon monde, dit Matthieu avec un sourire. Y compris les plans du manoir d'un responsable du Service de la Justice magique internationale. Et puis, les installations massaliennes ne sont arrivées qu'hier, et ça fait une semaine que j'espionne le manoir.

Harry hocha vaguement la tête.

− Comment on va faire, alors ? demanda-t-il.

− Nous avons deux solutions : détruire la porte et déclencher une alarme qui rameutera Burrow, les Aurors ou les responsables de la chute de Massalia soit nous trouvons un autre passage, perdons du temps et prenons le risque de découvrir que cet autre passage est également protégé par ce sortilège.

Harry observa la porte, l'air contrit. Comme l'avait dit Matthieu, trouver un autre chemin pour accéder au bureau leur ferait perdre un temps précieux, d'autant qu'ils n'avaient pas la moindre certitude que Sebastian Oïstov était toléré dans l'enceinte de la propriété de Burrow. Néanmoins, détruire la porte pouvait toujours se révéler efficace et rapide, ils alerteraient Burrow or, il leur faudrait sûrement plus que cinq secondes pour trouver les documents qui serviraient à Harry pour faire plonger le responsable du Service de la Justice magique internationale…

− Et par une fenêtre ? demanda-t-il soudainement.

Matthieu haussa les sourcils, assez surpris.

− C'est une idée, admit-il.

Il plongea une main dans sa poche et en sortit un petit sachet contenant apparemment de la poudre.

− Nous avons déjà pris trop de temps, déclara-t-il. Pendant que je récolte tous les objets que nous revendrons, ton rôle va être d'accéder au bureau. Exploite ton idée. Quand tu auras atteint la fenêtre, verse un peu de cette poudre dessus pour savoir si elle est piégée. Si elle l'est, préviens-moi si non, contente-toi simplement d'ouvrir la porte pour que je puisse entrer.

− Y a pas de risque, au moins ?

− Non, assura Matthieu. Le sortilège protégeant la porte empêche une entrée, pas une sortie.

Pour quelqu'un ne reconnaissant pas un sortilège, le français paraissait très sûr de lui. Harry, cependant, n'insista pas, se contentant de lui demander son opinion sur une porte voisine du bureau personnel de Burrow. Assuré que rien n'en protégeait la poignée, Harry entra dans un grand salon aux plafonds hauts, le parquet sombre ciré avec le plus grand soin, modestement meublé. Il aurait préféré trouver une chambre, mais les nappes, napperons et les rideaux lui seraient quand même utiles.

Glissant le sac de tissu donné par Matthieu dans une poche, Harry pointa sa baguette magique sur les rideaux. Un grand bruit de déchirure précéda la chute des grands morceaux de tissus. Harry ouvrit la fenêtre avec un moment d'hésitation, craignant de faire preuve d'imprudence, mais il ne se passa rien l'air frais de la nuit s'engouffra en lui caressant le visage. Ramassant les rideaux, il les balança par la fenêtre. Il recommença avec la nappe, juste au cas où les rideaux s'avéreraient trop courts.

Le « matériel » prêt, il ressortit de la chambre, longea le couloir et descendit le double escalier. Il avait atteint les premières lames de parquet lorsque, dans un cliquetis de chaînes, son attention se porta vers le rideau sombre qui paraissait dissimuler une porte. Il aurait pu s'agir d'un son tout à fait banal, si le cliquetis n'avait pas été agressif, comme si quelqu'un s'était débattu avec des chaînes pour finalement abandonner dans un élan de rage.

Tout en sachant parfaitement qu'il n'avait pas de temps à perdre, Harry s'écarta de sa trajectoire initiale d'un pas précautionneux, s'avançant vers le rideau sombre. L'accès était probablement protégé par un enchantement, sauf que Harry ne comptait pas franchir la porte dissimulée : il voulait simplement vérifier qu'il n'avait rien imaginé ! C'était une erreur, il le savait – il aurait dû rester concentrer sur sa tâche actuelle, mais il se refusait de partir sans avoir eu la confirmation à son soupçon : à savoir que quelqu'un était retenu prisonnier.

A quelques centimètres du rideau, il tendit prudemment sa baguette magique pour écarter le rideau – et découvrir qu'il n'y avait rien, derrière le morceau d'étoffe, à l'exception d'un pan de mur identique aux autres murs du hall d'entrée du manoir.

Quelque chose de froid, cependant, rafraîchit considérablement le bout de ses doigts armés. Tournant les yeux en direction de sa main levée, il remarqua qu'une étrange substance s'écoulait du rideau un liquide sombre comme de l'encre, qui se répandit sur toute sa peau à une vitesse phénoménale. Harry rompit brutalement le contact de la baguette magique avec le « rideau ».

La substance se volatilisa instantanément de sa main, comme si elle n'avait été qu'une illusion. Une seconde plus tard, cependant, une main identique à celle de Harry jaillit du rideau pour le saisir par le col et l'entraîner dans le morceau d'étoffe avant même qu'il ait pu prononcer le moindre mot, le moindre cri, le moindre son…