Au-delà des couleurs – Livre I, Chapitre 10
Celui qui était visé
Le cauchemar de Ron (partie 2)
Février 1994 – Château de Poudlard
Les heures qui suivirent la victoire de Gryffondor contre Serdaigle ne furent qu'euphorie et ravissement. La maison de Godric se maintenait ainsi en bonne position pour espérer remporter la coupe de Quidditch. Les jumeaux Weasley avaient organisé une fête endiablée dans la salle commune avec la bienveillance du professeur McGonagall mais pour le moment, et lorsque Harry revint de son petit rendez-vous secret avec Cedric avec les joues rouges et l'air rêveur, celle-ci battait toujours son plein.
D'ailleurs, les cris de joie redoublèrent lorsque leur Saint-Attrapeur daigna faire son apparition. Des bras l'attirèrent au milieu de la salle commune surpeuplée de fans hystériques, et bientôt Harry se retrouva avec un gobelet de Whisky Pur Feu et une assiette pleine de sucreries de chez Honeydukes.
― Mais comment vous avez réussi à vous procurer tout ça ? s'étonna Angelina Johnson en se doutant bien que la réponse n'aurait rien d'innocent,
― Fred, George et moi-même avons bénéficié d'une aide providentielle, répondit Fred dont les yeux s'étaient faits vitreux à cause de l'hydromel mélangé au Whisky Pur Feu.
Angelina toisa Fred d'un air sceptique et méfiant avant de hausser les épaules et de disparaître dans la foule. Harry ne put empêcher un sourire en se doutant que Lunard et ses complices n'y étaient certainement pas pour rien.
Une seule personne ne semblait être d'humeur festive, occupant une table qui croulait déjà sous les livres et les parchemins et qui se recouvrait petit à petit de friandises et de boissons. Plongée dans son travail, Hermione n'avait pas l'air de remarquer que sa table se transformait petit à petit en confiserie et continuait à gratter rageusement sur ses parchemins.
― Hé, Hermione, ça va ? fit Harry en se matérialisant près d'elle comme s'il apparaissait de nulle part.
― Comme quelqu'un qui va passer ses BUSES, répondit l'intéressée d'une voix étrangement aiguë et rêveuse. Je m'y prends maintenant, ça me fera moins de travail le moment venu, ajouta-t-elle en sentant la perplexité de son ami.
― Oh, je vois.
Tu parles, Charles ! Harry voyait surtout qu'une fois en cinquième année, tout ce qu'il verrait d'Hermione serait son nom sur la liste des élèves autorisés à se présenter aux examens.
― Tu as pu venir voir le match ?
― Le match ? Oh ! Oui, bien sûr ! Magnifique victoire et superbe Patronus, même si ce n'était que les sbires de Malfoy.
― En fait, je pense qu'involontairement, ils m'ont servi d'entraînement « en situation ». Peut-être que je devrais remercier la Blonde des Cachots pour son idée lumineuse.
― Je peux m'en occuper pour toi, si tu veux ! fit Hermione avec empressement. Je veux dire, j'ai déjà de l'encre et du parchemin.
Harry haussa un sourcil. Il avait remarqué déjà que la jeune fille se comportait bizarrement depuis quelques temps... et qu'elle ne semblait plus vouer une haine viscérale à Malfoy comme ce fut le cas en deuxième année.
― Si ça te tient à cœur, après tout... tu viens faire un peu la fête ?
― Je ne peux pas Harry. Il faut que je termine cette lecture et... et de toute façon, Ron ne veut pas de ma présence ici.
― Oui mais ce n'est pas Ron qui a remporté le match, c'est moi. Alors je t'invite à venir boire au moins un jus de citrouille.
Mais comme un fait exprès, Ron choisit ce moment précis pour apparaître avec une assiette pleine de friandises et foudroyer Hermione du regard.
― Tu n'as pas peur qu'elle empoisonne ta boisson comme elle aurait pu le faire pour se débarrasser de Croûtard ?
L'épuisement aidant, Hermione fondit alors en larmes et s'échappa vers le dortoir des filles. Excédé, Harry se tourna lentement vers Ron et le fusilla du regard.
― Vraiment Ron, ne pourrais-tu pas la laisser tranquille un peu ?
― Non ! Si seulement elle avait un peu de compassion pour Croûtard... elle se comporte comme s'il était juste parti au ski !
― D'un autre côté, ce n'est jamais que la suite logique du règne animal. On n'a jamais entendu un morceau de fromage se plaindre d'être poursuivi par des rats.
La fête donnée en l'honneur de la victoire de Gryffondor dura jusqu'à environ une heure du matin, lorsque le professeur McGonagall débarqua dans la salle commune tous bigoudis dehors pour exiger que chacun aille se coucher. Bien que physiquement épuisé, Harry se glissa dans son lit mais ne parvint pas à trouver le sommeil, contrairement à Ron qui ronflait déjà comme un bienheureux. Le brun sortit alors la précieuse carte de Fred et George et après avoir rabattu la couverture au-dessus de sa tête, il se mit à parcourir le parchemin enchanté.
Il constata d'abord qu'effectivement, Newt Scamander se trouvait dans la salle commune de Poufsouffle où il y faisait les cent pas. Puis son regard dériva vers les cachots et la salle commune de Serpentard... où un nom attira son attention.
Romea Black.
L'esprit encore un peu embrumé par la fête, Harry peina à réfléchir de façon logique. Ses pensées divaguèrent vers Pré-au-Lard où Cedric et lui avaient passé un agréable moment aux Trois Balais. De son rendez-vous, il se rappela ensuite la conversation qu'il avait surprise quelques semaines plus tôt au même endroit et se figea lorsqu'il parvint à la conclusion que cette Romea Black n'était autre que Romi Desrosiers, préfète de Serpentard et fille illégitime de Sirius Black.
Le souffle de Harry se saccada. Même si la seule fois où ils s'étaient parlé remontait au début de l'année, le brun voyait parfaitement à quoi ressemblait la jeune fille. Grande, rousse, la beau très blanche, un port de reine et la tête haute, il lui arrivait souvent de se promener dans les couloirs avec un chat noir sur l'épaule. Elle était une élève discrète mais Harry savait aussi que Malfoy la craignait, toujours est-il qu'il n'osait pas la provoquer. Peut-être parce qu'il savait des choses que tout le monde ignorait ? Ou bien peut-être qu'il existait une hiérarchie chez les partisans du Seigneur des Ténèbres et que Malfoy Père était tombé en disgrâce, aussi son fils tâchait-il de ne pas se faire remarquer. Mais tout pouvait porter à croire que si Black père avait reçu de l'aide pour s'introduire dans la château, alors celle-ci venait de Black fille.
J'ai parlé avec la fille du meurtrier de mes parents. Cette constatation lui fit froid dans le dos, peut-être encore plus que s'il s'était retrouvé nez-à-nez avec Voldemort.
Il s'empressa de quitter la section du parchemin qui représentait les cachots pour revenir vers un coin de Poudlard plus chaleureux et fronça les sourcils en remarquant du mouvement près de la Tour Gryffondor. Plusieurs noms se chevauchaient dans le dortoir des garçons... et notamment celui de Sirius Black.
Harry eut juste le temps de se dépêtrer de ses couvertures pour constater qu'une silhouette décharnée se tenait effectivement dans la pénombre, silencieuse comme un fantôme et portant un objet qui, avec le reflet de la lune à travers les fenêtres, se révéla être une dague. Le jeune garçon sentit alors son cœur s'accélérer brutalement tandis que l'air lui manquait petit à petit comme s'il avait été plongé de force dans une bassine d'eau froide. Il aurait voulu crier quelque chose pour réveiller le dortoir alors que Black s'avançait à pas de loup vers l'un des lits, prêt à se servir de son couteau, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il se contentait d'assister au spectacle, muet et tétanisé.
Black leva soudainement son couteau, déchira les rideaux d'un baldaquin et poussa un grognement animal. Ron ouvrit les yeux à ce moment-là et se mit à hurler.
Harry sortit brutalement de sa torpeur comme si l'on venait de le gifler et mit quelques secondes à réaliser qu'il avait été témoin du presque meurtre de son meilleur ami. Les lumières s'allumèrent et le brun parcourut la pièce des yeux dans l'espoir de repérer Black tapi quelque part dans l'ombre, mais rien ne semblait anormal. Non, hormis les rideaux déchiquetés du baldaquin de Ron et l'air cadavérique de leur propriétaire, rien n'était à signaler.
Le brun bondit alors de son lit et courut jusque dans la salle commune où il jura voir le portrait du Chevalier du Catogan se refermer. Un feu crépitait dans la cheminée et Harry songea avec dégoût que Black avait peut-être profité un peu de la chaleur avant de passer à l'action. Il remarqua aussi que les livres d'Hermione étaient grand ouverts, ce qui n'était pas son genre. En colère contre lui-même de ne pas avoir été capable de réagir, Harry poussa un juron à voix basse et remonta dans le dortoir où Ron tremblait comme une feuille, soutenu par Dean, Seamus et Neville.
Ils parvinrent à transporter Ron jusque dans la salle commune, sans se soucier de réveiller les occupants des autres dortoirs qui ne tardèrent pas à descendre, alertés par les bruits.
― Qui a crié ?
― On continue la fête ? demanda Fred d'un ton réjoui malgré son air ensommeillé.
― Qu'est-ce que c'est que ce vacarme ? rugit Percy, les cheveux en bataille et les lunettes de travers. Qu'est-ce que tu fiches ici, Ron ? Va te coucher !
Ron avança fébrilement vers son préfet de frère, le visage dénué de toute couleur.
― Percy... Black... il était dans le dortoir. Avec un couteau.
Percy ne répondit pas immédiatement, déconcerté. Des excuses pour veiller plus longtemps, il en avait entendu un bon paquet mais là...
― Non, Ron. Tu as certainement dû trop manger et tu as fait un cauchemar... tu penses encore au soir où tu es resté coincé dans la Tour...
― Je te dis que non, Black était devant mon lit, un couteau à la main, insista Ron au prix d'un gros effort.
― Maintenant, ça suffit, aboya Percy en perdant son calme. Ce que tu dis est absurde, retourne te coucher immédiatement !
Ron serra les points quand le professeur McGonagall fit irruption dans la salle commune, des mèches de cheveux s'échappant de certains bigoudis, peu satisfaite d'avoir été tirée de son sommeil pour la deuxième fois de la soirée.
― Qu'est-ce c'est, cette fois ? Vous célébrez votre prochaine victoire à l'avance ?
― Mon frère Ron a eu des hallucinations et n'a rien trouvé de mieux que de réveiller tout le dortoir...
― JE N'AI PAS HALLUCINÉ, SIRIUS BLACK SE TENAIT DEVANT MON LIT AVEC UN COUTEAU À LA MAIN, MERDE !
Le professeur McGonagall observa Ron fixement, comme si elle découvrait son existence.
― Il ne ment pas, professeur, intervint Harry peu sûr de lui. J'ai vu Black, moi aussi.
― Je crois que Black a réussi à s'introduire dans la salle commune, moi aussi, ajouta Hermione d'une voix étranglée. Quelqu'un a laissé un message sur un de mes parchemins...
En effet, sur la table que la jeune fille avait réquisitionnée pour travailler, quelqu'un avait griffonné un mot à la hâte en bas d'un devoir.
« Les animaux sont la clé »
― Croûtard, laissa échapper Ron d'une voix éteinte.
― Pattenrond, fit Hermione en même temps.
Harry, lui, pria tous les grands mages et sorcières qu'il connaissait pour que n'éclate pas de nouvelle prise de bec.
― Ouais enfin, c'est bien gentil tout ça mais ça ne nous dit pas comment Black a pu réussir à entrer dans la Tour ! Même si je pense qu'il n'avait aucune volonté de tuer qui que ce soit.
― Qu'est-ce qui vous permet d'avancer cela, Potter ?
― Je l'ai vu dans le dortoir, moi aussi. Il est resté immobile devant le lit de Ron avant de prendre la fuite alors qu'il aurait très bien pu le réduire en miettes. Si des adultes ne lui ont pas résisté il y a douze ans, alors ne parlons pas des sorciers de premier cycle !
Le professeur McGonagall hocha la tête sans rien dire avant de quitter la salle commune pour interroger le Chevalier du Catogan. S'il avait un témoin clé dans cette étrange affaire, cela ne pouvait être que le portrait hystérique.
― Sirius Black vous dîtes, gente dame ? Mais très certainement ! Tout à fait courtois, patient et même drôle, comme bonhomme. Il avait des mots de passe sur un morceau de parchemin et me les a tous lus jusqu'à tomber sur le bon. Je n'avais aucune raison de lui refuser l'accès, puisqu'il avait le mot de passe !
