Épisode 13 :

« Bon, je suis prêt » Pantalon de treillis, T shirt moulant, sans même s'en rendre compte, Justin avait retrouvé sa tenue de combat des Brigades Roses. Brian ne pu s'empêcher une réflexion.

« C'est juste un parloir, pas une campagne militaire » Le regard butté et sombre, le jeune homme ne releva pas.

Le pénitencier fédéral de l'état de Pennsylvanie, perdu au milieu d'une campagne boisée, imposait ses hauts murs au paysage bucolique. Les lourdes portes, le contrôle à l'entrée, le bruits des clefs et verrous... L'atmosphère était oppressante. Justin se sentait mal, mais faire demi tour ? Pas question.

La salle se voulait accueillante, un distributeur de boissons, des tables de couleur pastel.

Son père était déjà installé quand il se présenta à l'entrée. Un gardien lui ouvrit la porte

« Allez-y monsieur. »

Pantalon et chemise grise, le matricule MX08551 se leva aussitôt. La réalité explosa au visage du jeune homme, son père était en prison pour meurtre, le meurtre d'Anna, la mère de ses enfants. Mais qu'est-ce qu'il foutait là ?

Silencieux, il s'approcha de la table, prit une chaise pour s'asseoir.

« Justin, je suis si heureux de te voir, comment vas-tu ? Comment va... Comment VONT les enfants ? »

Cette légère hésitation de son père fit comprendre au jeune homme que sont état d'esprit n'avait pas changé, il considérait toujours Noah comme son seul et unique petit enfant, et l'homme se forçait à essayer de se montrer sous un meilleur jour. Qu'attendait-il de lui ?

« Qu'est ce que tu veux ? Pourquoi as-tu demandé un parloir ? Je suis toujours ton sale PD de fils, je baise toujours avec Brian, et nos enfants sont les fruits d'une abomination de Satan. C'est bien ça le concept, monsieur Taylor ? » Le ton de Justin était étonnamment calme, seul l'éclair qui passait dans ses yeux, témoignait que sa colère n'avait jamais désarmé.

« Justin, s'il te plaît, écoute moi... Je t'ai demandé de venir pour une seule chose. Je veux te demander pardon, c'était un accident, je n'ai jamais eu l'intention de faire du mal à cette femme... »

« Anna... Elle s'appelait Anna » La voix de Justin était de plus en plus sourde.

« Anna oui bien sûr. J'y pense tous les jours tu sais... »

« Ah oui ? Remarque c'est vrai, tous les matins en te levant, tu dois te dire que c'est Á CAUSE d'elle que tu es là » Répondait Justin amèrement.

« Non mon fils. Tous les matins en me levant, je me dis que j'ai enlevé une mère à ses enfants. »

L'homme avait l'air sincère. Pas suffisant cependant pour attendrir, celui qui refuserait désormais, de l'appeler papa...

« Pardonne-moi mon fils. »

« Te pardonner ? Je ne suis pas Dieu. Seul Dieu peut le faire. Moi, je dois élever 2 enfants sans leur mère, je dois apprendre à Brian à vivre sans elle. Je dois me faire à l'idée que n'importe où, n'importe quand, il y aura toujours des gens comme toi, pour nous humilier, nous frapper, nous cracher à la figure, nous tuer. Je vais apprendre à mes enfants à se tenir debout, à survivre à un monde qui rejette leurs parents, à résister à des gens comme toi. Et plus tard, je devrai leur expliquer que leur... Grand-père a tué leur mère. Super programme, non ? Alors, tu vois, le pardon, c'est pas vraiment ma priorité... »

Les larmes montaient aux yeux de son père.

« S'il te plaît... Justin... »

« Quoi ? Ça te ferait du bien ? Tu en as besoin ? Ça fait partie de ton programme de réinsertion, c'est le psy de cette tôle qui t'a conseillé ça ? Alléluia ! Ta petite pédale de fils t'absout de tes crimes ! Et te voilà lavé ! Ça va mieux maintenant ? Tu te sens mieux ? Et bien... Pas moi. Anna est toujours en poussière, et mes enfants sont toujours orphelins ! Et qu'est-ce-que tu comptes faire pour changer ça ? »

L'homme restait silencieux, essaya quelques instants de regarder son fils, puis baissa les yeux.

«Tu ne passeras certainement pas plus de 4 ans ici, tu vas sortir, reprendre ta vie, mais tu vois Monsieur Taylor, tu seras en vie... Pas Anna ! Alors si un pardon te sert à quelque chose, grand bien te fasse, pour moi, c'est juste une grosse blague ! Et celle là, elle fera jamais rire mes enfants !

En laissant cet homme courbé devant cette table, Justin avait l'impression de se libérer d'un poids. Soulagé, était peut-être le mot exact. Soulagé d'avoir pu cracher sa colère, il lui faudrait à présent, apprendre à l'apprivoiser pour la rendre moins... Nocive.

Dans la voiture, Brian attendait en chekant ses mails, sur le parking visiteurs. Inquiet, il appréhendait le retour de Justin. Cette idée de parloir ne lui plaisait pas, il savait le jeune homme fragile émotionnellement, toujours à fleur de peau, hyper réactif. Bien sur, il comprenait qu'il se sente responsable, son père avait tué Anna, mais pour Brian, la seule façon d'avancer, c'était de ne jamais se retourner. C'est comme cela qu'il avait lui même survécu, en pensant d'abord, que leurs enfants avaient besoin de pères debout, et forts.

« Alors, ça va ? »

« Ça va... Dossier clos. Brian... Embrasse-moi ! » Adossé contre la porte brûlante de la voiture, le jeune homme l'attirait à lui sauvagement.

« Chuuuuut, ça va aller, c'est fini. C'est fini,mon ange. »

« Allo, Ted ? Est-ce-que je peux passer te voir, ce soir ? 19h ? Ok, merci »

Justin avait besoin de l'expert comptable, le roi des chiffres et de la fiscalité. Le procès de son père, en dehors du fait qu'il avait écopé de 8 ans de prison, s'était aussi soldé par une ''compensation financière'' pour les enfants. 150 000 $, versés après la vente du magasin de hi-fi. L'argent était bloqué sur un compte que les jumeaux auraient le droit de toucher à leur majorité.

« En clair, qu'est-ce-qu'on peut faire de cet argent ? » Demandait le jeune homme tandis que Ted lui servait un soda.

« Et bien, tu as le droit de t'en servir pour payer leur école, leurs études, et leurs dépenses de santé. Toujours avec justificatifs, n'oublie pas. Et on peut envisager un petit placement de père de famille, pour que leur capital grossisse. Sans risque. »

« Tu peux t'en occuper ? »

« Bien sûr, ne t'inquiète pas... Justin ? Anna n'avait pas d'assurance vie ? » S'avança Ted timidement.

« Non... Elle n'avait pas prévu de mourir à 28 ans. »

Ted serra l'épaule de Justin.

« Et si on partait tous les 4, au soleil, cet été ? Le Mexique ? » Brian tenait dans la main une tonne de brochures aux couleurs chatoyantes. Il se dirigea vers la porte de son bureau, baissa les stores, ferma le verrou.

« Mmmm, bonne idée mais... »

« Mais quoi ? »

« Mais... Pense à recruter une nurse. »

« Et pourquoi donc Monsieur Kinney Taylor ? On veut faire des folies de son corps ? On compte abandonner sa progéniture sur la plage ? Père indigne ! » Ironisait Brian en déshabillant Justin.

Le jeune homme assis sur le bureau et déjà torse nu tentait de se dégager de l'étreinte.

« Brian, pas ici... » Celui-ci s'écarta brusquement... Contrarié... Mais le jeune homme ajouta.

« Pas sur ton bureau, on le connaît pas cœur, par contre... Ton nouveau fauteuil en cuir... »

FIN