Bonsoir à tous ! Non, je ne suis pas morte, je n'ai pas abandonné ma fic. J'ai juste eu pas mal de nouveautés dans ma vie. J'ai quitté mon travail car je ne me suis pas entendu avec ma hiérarchie. Il a donc fallu retrouver un poste, chose faite ! Je suis beaucoup mieux maintenant, donc reprise !
Cette pause m'a aussi permis de repenser à ma trame et affiner certains détails, donc elle m'a été bénéfique. Comme toujours, merci à tous d'avoir lu ou commenté les autres chapitres.
Bonne lecture !
Mancipium Carnis
Chapitre 12
Cela faisait plus d'une heure qu'il était tapi dans l'ombre, accroupi derrière un muret en pierre rouge. Pour la énième fois, il jeta un coup d'œil vers la maisonnette qui se trouvait de l'autre côté de la rue. La maison était bien bâtie, même si la peinture de la façade avait perdu de son bleu et que quelques tuiles s'étaient décrochées du toit.
Harry ne put s'empêcher d'admirer le sens du détail de Normal Petish. Le problème de la plupart des sorciers était qu'ils ne pouvaient s'empêcher de se vanter. Et cela passait par l'apparence de leur maison, comme il en avait eu l'image lors de sa première Coupe du Monde de Quidditch. Mais apparemment, Norman Petish n'était pas de ce genre là. Sa maison avait tout pour passer inaperçue : la forme quelconque, la couleur défraîchie et le jardin vide ne laissaient en rien présager qu'un sorcier habitait dans ce quartier moldu.
Soudain, un mouvement sur sa droite le fit se redresser et il porta son regard sur la personne se tenant un peu plus en retrait, au bout de la rue déserte. Seule la silhouette de l'Auror était visible dans la pénombre, mais Harry comprit la nature de ce geste : Norman Petish était de retour.
A son tour, Harry fit signe à son équipe de se mettre en place et se redressa pour détendre ses muscles endoloris. Au loin, il vit une voiture descendre la rue à faible allure. Il était rare de voir un sorcier utiliser des objets moldus, mais Norman Petish semblait totalement investi dans sa couverture, comme en témoignait la Austin Morris qu'il conduisait.
La voiture se gara dans l'allée et Petish en sortit, tenant une mallette d'une main, ses clés dans l'autre. Alors qu'il s'avançait vers le perron, Harry lança le signal d'assaut. Aussitôt, deux Aurors sortirent de leur cachette, fonçant sur Petish. Le jeune homme laissa sa mallette glisser au sol et, d'un geste étonnamment rapide, sortit sa baguette. Son premier sort toucha l'un des Aurors en plein buste et il fut propulsé en arrière, retombant lourdement sur le second.
Harry bondit au-dessus du muret qui l'abritait et courut à vive allure vers la maison. Quelques heures plus tôt, il avait appris que Petish s'était rendu au département des Douanes magiques et des Transports. Si le roux cherchait à quitter le pays, alors il devait être intercepté au plus vite. Kingsley lui avait ordonné de capturer Petish avant qu'il ne fasse le moindre geste.
Alors qu'il passait devant une balançoire, il vit un troisième Auror tomber au sol et il accéléra le pas. Il traversa un jardin aux plantes exotiques qui lui cachèrent la vue un instant. Lorsqu'il passa par dessus la haie menant au jardin de Petish, il vit le roux à quelques mètres de lui, de dos, baguette à la main.
Harry profita de l'ombre d'un chêne pour s'approcher de lui à vive allure. Il esquiva un rocher qui vint s'écraser près de lui et pointa sa baguette sur le roux, qui esquiva son attaque. Le Petish tenta de faire volte-face mais une nouvelle attaque le fit bondir en arrière et Harry le perdit de vue.
Soudain, Harry sentit une présence derrière lui et, avant qu'il ne puisse se retourner, quelque chose vint le percuter, le faisant basculer en avant. Le brun tomba au sol et roula sur le côté, baguette en main. Son regard croisa celui de Petish et il se figea : les cheveux du roux semblaient danser autour de sa tête, comme si une brise s'y était glissée, sa peau était d'une blancheur morbide, et ses yeux...Harry avait rarement vu un tel regard, mais il savait ce qu'il indiquait : la mort.
Soudain, un rayon de lune vint éclairer le jardin et il vit le roux se figer à son tour. Son apparence changea alors que ses yeux s'écarquillaient et, en quelques secondes, il était redevenu le Petish qu'Harry connaissait.
"Ha...Harry ?" Balbutia-t-il, visiblement surpris.
Harry ouvrit la bouche pour répondre mais, à cet instant, comme par magie, une silhouette apparut derrière le roux. Petish baissa les yeux en apercevant une baguette apparaître au creux de son cou.
"Ne bouge pas."
A nouveau, Harry aperçut cette lueur meurtrière dans les yeux de son sauveur, mais étrangement, celle-ci lui fit froid dans le dos. A présent, la lune était à nouveau voilée et le jardin plongé dans la pénombre. Pourtant, dans les ténèbres de la nuit, les yeux de Draco brillaient encore d'une lueur jaune.
Harry se tenait debout dans une salle étroite à la blancheur immaculée. L'absence de meuble, mise à part deux chaises en bois, était en partie responsable du froid ambiant. L'autre facteur de ce froid se situait devant lui : une large vitre se tenait devant lui, donnant sur une autre salle.
A sa droite, Kingsley se tenait droit comme une statue, son regard perçant fixé de l'autre côté de la vitre. A son tour, Harry leva les yeux vers la personne assise derrière la table blanche. Cela faisait plusieurs heures que Norman Petish était assis, mains liées derrière sa chaise. Ses yeux verts étaient remplis d'inquiétude et ne cessaient de se tourner furtivement vers la vitre sans teint, conscient d'être observé.
"Tu es prêt ?" Lui demanda Kingsley d'une voix grave.
Harry hocha la tête avant de se lever. Le ministre l'avait mis en charge de l'interrogatoire de Petish. Le roux n'avait pas dit un mot depuis sa capture mouvementée. Il avait blessé plusieurs Aurors, dont Dean Thomas. Heureusement, personne n'avait été touché gravement et Petish avait pu être intercepté.
En sortant de la salle d'observation, Harry ne put s'empêcher de repenser aux dernières minutes de l'intervention. Draco l'avait à nouveau sorti d'une situation délicate, mais le regard que le brun avait croisé l'avait cloué sur place. Avait-il rêvé ? Peut-être avait-il vu cela à cause de la lumière ? Cela s'était produit si vite.
D'un mouvement de tête, il chassa ces pensées de son esprit avant d'ouvrir la porte. Il s'avança vers Petish et prit place face à lui. Il fit de son mieux pour paraître composé et ferme, mais quelque chose remuait en lui. Norman Petish ne lui avait jamais donné l'impression d'être quelqu'un de méchant. Au contraire, son parcours professionnel, sa voie et sa personnalité faisaient de lui quelqu'un de bon, en apparence. Même Draco avait fini par le considérer comme un ami, c'était pour cette raison qu'il avait eu du mal à croire Harry lorsqu'il lui avait parlé de l'opération chez Petish.
Aussitôt, il sentit une vague de colère l'envahir. Si le roux avait vraiment trahi Draco quand ce dernier lui avait accordé sa confiance, il ne le lui ferait payer.
"Bonjour." Dit-il en prenant place face au roux.
Aussitôt, Petish se pencha vers lui.
"Harry, je suis désolé pour ce qu'il s'est passé devant chez moi." Lança-t-il.
"Tu as blessé cinq Aurors et était sur le point de m'attaquer." Répondit Harry.
"Je ne savais pas qu'il s'agissait d'Aurors, je le jure !" Répliqua Petish avec urgence. "Qu'est-ce que feraient des Aurors chez moi ?"
Harry leva les sourcils avant de le regarder droit dans les yeux.
"Nous savons tout, Petish. Inutile de faire semblant."
Petish l'observa un instant, confus, avant de reprendre.
"Mais, je ne comprends pas…cela ne relève-t-il pas du Bureau de la Brigade de police magique ?"
Ce fut au tour du brun de paraître confus. Le roux semblait avouer sa culpabilité, mais pourquoi la Brigade de police magique ? Espérait-il avoir droit à un traitement de faveur ? Ou peut-être gagner du temps ?
"Il s'agit d'une enquête criminelle." Lui répondit-il sèchement. "C'est au Bureau des Aurors de s'en charger."
Il vit Petish blêmir et se redresser sur sa chaise.
"Une enquête criminelle ? Mais…enfin…c'est un peu exagéré quand même…"
Harry l'observa un moment, incrédule. Petish se moquait de lui, il n'y avait aucune autre explication. Soudain, il sentit à nouveau une vague de colère l'envahir et ne put se retenir de s'élancer vers le roux pour lui agripper le col de sa robe.
"Exagéré ? Tu te fiches de moi ?! Tu t'allies à des meurtriers et tu te crois invincible ? Flaggan est mort et d'autres sont en danger de mort. Tu t'en fiches de ça ?!"
Il vit les yeux de Petish s'écarquiller.
"Qu'est-ce que tu racontes ? Je ne comprends pas…"
"Tu mens !" S'écria Harry en resserrant sa poigne sur le col du roux. "Depuis quand es-tu avec Zabini ? Tu étais dans le coup des enlèvements ?"
"Zabini ? Blaise Zabini ? Je ne…"
Mais Harry venait d'être frappé par une idée et sa main se resserra, non pas sur le col de Petish, mais sur son cou. D'un geste fluide, il sortit sa baguette et la pointa sur le torse du roux, au niveau de son cœur.
"C'est toi qui a saboté la potion de Draco ?" Siffla-t-il en pressant le bout de sa baguette contre la robe verte. "Tu as essayé de le tuer ? De finir le travail de Goyle ?"
Il était conscient d'une légère odeur de brûlé, mais n'y fit pas attention. Il était aveuglé par une fureur blanche qui faisait bouillir son sang. Il repensa à toutes ces fois où Draco s'était retrouvé seul avec le roux, inconscient du danger. Le blond lui faisait confiance depuis des années, prenant même sa défense face à Harry.
Dans un flash, il revit Petish, penché sur le blond lors de la Seconde tâche, une main sur son visage. Qu'aurait-il fait si Harry ne les avait pas interrompus ?
"Tu mériterais que je te tue." Siffla Harry, toujours penché sur le roux.
"Harry…" Articula Petish, à présent rendu rouge brique par le manque d'oxygène. "Je te jure…je n'ai rien…"
"Alors pourquoi a-t-on retrouvé ton nom dans le carnet de Flaggan ? Dans sa liste de complices ? Ton nom près de celui de Zabini. Enfin, je veux parler de ton vrai nom, Nicolaï."
Harry sentit Petish se figer sous sa poigne et il le relâcha, tentant de lire l'expression du roux. Enfin, Petish leva vers lui un regard affolé.
"Comment…" Murmura-t-il.
Harry reprit sa place face au roux et tira vers lui le dossier rouge qu'il avait posé sur la table en entrant.
"Norman Petish, prestigieux élève de Poudlard, sortit avec les honneurs, et cetera, et cetera. Mais le ministère n'a aucune trace de toi avant ton entrée à Poudlard. Heureusement, nous avons pu nous procurer le reste de ton dossier." Dit-il en tournant une page. "Ton véritable nom est Nicolaï Novak, arrivé de Russie à l'âge de 8 ans, dans le plus grand secret."
"Comment…" Répéta Petish, incrédule.
"Tu es au Ministère, voilà comment." Lui répondit sèchement Harry. "Maintenant, je te conseille de tout me dire, Nicolaï."
Il vit Petish ciller à l'entente de son nom et se pencha en avant, profitant de son avantage.
"On va tout reprendre depuis le début." Reprit-il en fermant le dossier. "Raconte-moi tout depuis le début. Je veux la vérité, Petish, ou je n'hésiterai pas à utiliser la manière forte."
Petish laissa échapper un profond soupir, qu'il semblait avoir retenu pendant des années, avant de baisser la tête.
"Tu as raison, mon nom est bien Nicolaï Novak. Je suis né en Russie et y passé une partie de mon enfance avec mon père et mon frère."
"Pourquoi as-tu quitté la Russie ?" Demanda-t-il.
Cette information ne figurait pas dans le dossier fourni par le ministère russe.
"Je ne sais pas." Répondit Petish.
"Petish, ne me force pas à te faire de mal."
"Je te le jure !" S'écria Petish en relevant la tête. "Je ne sais pas. Je n'ai presque aucun souvenir de cette époque. Quand j'essaye de me souvenir, je ressens comme une peur incontrôlable…"
En effet, le roux semblait terrifié, sa peau était aussi blanche que les murs qui l'entouraient.
"Je pense…" Murmura-t-il, obligeant Harry à se pencher. "Je pense que ma famille était du côté du mal. Je pense qu'ils ont fait des choses horribles. Pourquoi m'aurait-on enlevé à eux pour m'emmener à l'autre bout du monde ?"
"Qui t'a enlevé à eux ?" Demanda Harry, intrigué.
"C'est ce que je me suis toujours demandé." Répondit Petish. "Mais je n'en ai pas le moindre souvenir.
Harry fronça les sourcils. Ce que Petish disait semblait être vrai et, au fond de lui, il le croyait.
"Tu as parlé de la Brigade tout à l'heure, pourquoi ?" Demanda-t-il, plus calmement.
Petish se tut un instant, indécis puis releva la tête vers Harry.
"Il y a de cela quelques mois, j'ai reçu la visite d'un homme prétendant être mon frère."
Harry se redressa sur sa chaise.
"Il m'a montré des photos de nos parents et de nous, lorsque nous étions enfants. C'était bien lui. Il voulait reprendre contact avec son petit frère et m'avait cherché pendant des années."
Un sourire triste se dessina sur les lèvres de Petish et il reprit.
"Il voulait que l'on se revoit le soir même, mais ce jour-là, Draco a eu son accident en salle d'entraînement et je l'ai veillé toute la nuit."
Harry se remémora cette affreuse journée et la peur qui l'avait saisi en voyant le blond disparaître dans un nuage de fumée.
"Mon frère est passé me voir au travail à plusieurs reprises, m'apportant des objets appartenant à notre famille, des photos. Et puis, un jour, j'ai remarqué que des ingrédients manquaient dans notre armoire. En vérifiant les dates, j'ai remarqué qu'elles coïncidaient avec les visites de mon frère. Je l'ai confronté et il m'a avoué avoir volé quelques produits pour les revendre, car il était sans le sous. J'ai donc racheté les ingrédients manquants avec mon argent et lui ai demandé de ne plus revenir ici."
"Je veux la liste de ces ingrédients." Lui répondit Harry et Petish hocha la tête.
"Je pensais que quelqu'un s'en était rendu compte et que c'était pour cela qu'on voulait m'interroger. Mais quand j'ai vu des gens courir vers moi, baguette à la main, j'ai cru qu'on en voulait à ma vie. Après tout, plusieurs personnes travaillant au ministère avaient déjà été enlevées…j'ai cru que j'étais la prochaine…"
Harry l'observa un moment et fut pris d'une certitude : Norman Petish disait la vérité. Il feuilleta le dossier et en sortit un portrait robot qu'il avait fait faire par Lisa Turpin.
"Est-ce que c'est lui ?" Demanda-t-il en tenant la photo près du visage du roux.
"C'est lui." Acquiesça Petish. "C'est Alexander."
Le roux ferma les yeux un instant, comme s'il avait reçu un coup au ventre, puis plongea son regard vert dans celui d'Harry.
"Qu'est-ce qu'il se passe ?"
Harry réfléchit un instant avant de lui répondre.
"Ton frère s'est allié à Zabini. Ils ont tué un trafiquant d'objets magiques et complotent ensemble dans un but qui nous est encore inconnu."
Petish secoua légèrement la tête, dépassé par ce qu'il venait d'entendre. Harry leva à nouveau sa baguette vers le roux, qui se figea et tenta de reculer. Il sursauta en sentant ses liens se défaire et tomber au sol.
"Si ce que tu nous as dit est vrai, nous allons avoir besoin de toi."
Petish hocha la tête et se releva, massant ses poignets endoloris. Harry se dirigea vers la porte, dossier sous le bras. Si Petish n'était pas leur homme, alors les meurtriers étaient encore dans la nature.
"Il y a autre chose…" Entendit-il derrière lui et il se retourna, main sur la poignée de la porte.
"Oui ?"
Petish se tenait debout au centre de la pièce, une main jouant nerveusement avec le tissu de sa robe.
"Quand je suis entré à Sainte Mangouste pour y faire mon apprentissage, j'ai appris que l'un des Médicomages-en-chef travaillait sur un projet. Une potion qui permettrait de guérir les gens victimes d'un sort d'Oubliettes."
Le roux se massa à nouveau les poignets, plongé dans ses souvenirs.
"Pour pouvoir visionner des souvenirs sur une Pensine, ils doivent avoir une certaine qualité. Le sortilège d'Oubliette crée une barrière autour de ce souvenir, le rendant inaccessible. Comme je ne savais pas si mon amnésie était naturelle ou induite, je me suis porté volontaire pour les tests."
Harry s'avança vers lui, intrigué.
"Est-ce que ça a marché ?" Demanda-t-il.
Petish secoua la tête.
"Le projet en était encore à ses prémices et je n'ai plus eu d'informations après avoir intégré le ministère. Cependant…"
"Oui ?" L'encouragea Harry.
"Quelques mois après mon départ, j'ai commencé à faire des rêves. Ils étaient différents de tous ceux que j'avais pu faire jusque-là, plus vifs, plus…vrais. Tu vois ce que je veux dire ?"
Harry hocha la tête. Il voyait parfaitement ce que le roux voulait dire. Il avait eu ce genre de rêves pendant des années.
"Qu'est-ce que tu y as vu ?"
"Une porte. Une grande porte en pierre, sans rien pour la tenir. Elle semblait très vieille et portait des inscriptions."
"Quel genre d'inscriptions ?" Lui demanda Harry.
"Je ne sais pas, c'était dans une langue que je ne comprends pas. Mais il y avait une inscription en lettres latines. Et à chaque fois que je la voyais, je me réveillais en sursaut, terrifié sans que je ne sache pourquoi."
"Qu'est-ce qu'elle disait ?"
Petish leva les yeux vers Harry.
"Mancipium Carnis."
Lorsqu'Harry sortit de la salle d'interrogatoire, il aperçut le Ministre dans le couloir, dos contre la porte, les yeux hagards. Cette image le fit s'immobiliser un instant. Il voyait rarement Kingsley arborer une expression autre que de l'austérité ou de la colère.
"Kingsley ?" Appela-t-il en réajustant le dossier qu'il tenait à la main.
Kingsley sembla sortir de sa torpeur et se tourna vers lui. Harry comprit que quelque chose n'allait pas.
"Qu'est-ce qu'il y a ?"
Le ministre posa sur lui un regard calculateur qu'Harry reconnut aussitôt. Kingsley le jaugeait afin de déterminer s'il pouvait ou non lui divulguer l'information. Finalement, le ministre lui fit signe de le suivre. Les deux hommes marchèrent en silence dans les couloirs du ministère, presque inconscients des gens qui les entouraient.
Harry sentit quelque chose lui peser sur le torse. Il avait comme un sentiment de déjà vu. Il se souvint brièvement de toutes les fois où il s'était retrouvé à l'aube d'un événement majeur et en reconnut la sensation.
Lorsqu'il arriva dans le bureau du ministre, ce dernier lui fit signe de fermer la porte, ce qu'il fit. Le brun vint s'asseoir face au bureau de Kingsley, qui lui resta debout.
"Dis-moi ce qu'il se passe." Demanda aussitôt le brun. "Tu penses que Petish cache quelque chose ? Pour tout te dire, je l'ai trouvé honnête."
"Il l'était." Lui répondit Kingsley.
"Alors qu'est-ce qui te met dans un tel état ?" Demanda Harry en croisant les bras sur son torse.
Kingsley sembla à nouveau se perdre dans ses pensées et, n'y pouvant plus, Harry intervint.
"Écoute, si c'est aussi grave, alors tu vas avoir besoin de moi. Autant me dire ce que tu sais maintenant."
Kingsley l'observa un moment avant de laisser échapper un soupir et de prendre place à son bureau.
"Tu as entendu ce qu'il a dit à la fin ?"
"À quel sujet ?" Demanda Harry en se penchant vers le ministre.
"Mancipium Carnis." Répondit Kingsley d'une voix sombre.
"Oui, mais il semblait ne pas savoir de quoi il s'agissait."
"Lui non, moi si."
Harry se redressa, soudain intrigué.
"Alors ?"
Kingsley prit une profonde inspiration avant de commencer.
"Il y a de cela plusieurs siècles, en Russie, l'institution qui remplaçait le ministère de la magie fut presque entièrement détruite."
"Par qui ?"
"Une famille de nobles sorciers qui voulait s'emparer du pouvoir dans le pays. Cette famille était déjà crainte par le peuple, car tous ses membres tendaient vers le mal. Elle détenait des secrets et une compétence unique qui les avait élevés au rang de quasi monarchie. Guidée par leur soif de pouvoir, l'ensemble de la famille tenta de s'approprier le pouvoir."
"Comment ça s'est fini ?" Demanda Harry.
"Ils furent presque tous capturés et exécutés." Répondit Kingsley.
"Quelque chose m'échappe." Reprit Harry. "Comment une famille de sorciers pouvait-elle s'imaginer retourner tout une institution ? C'est de la folie."
"Oui, pour toute autre famille, ça l'aurait été. Mais celle-ci était loin d'être normale. Le chef de ce clan avait crée une arme d'une puissance inimaginable."
"Quel genre d'arme ?" Demanda Harry.
À nouveau, Kingsley lui lança un regard hésitant et le brun se retint de lui crier de continuer. Il en avait déjà trop dit.
"Il s'agissait d'une porte aux pouvoirs puissants et maléfiques. Elle était utilisée pour les condamnés à mort."
Harry fronça les sourcils et Kingsley continua.
"Il faut que tu comprennes une chose, la magie de cette époque n'était pas la même qu'aujourd'hui. Les flux magiques étaient plus forts, les créatures plus nombreuses et diverses. La Russie était infestée de Mages noirs, plus dangereux les uns que les autres. Ces Mages aimaient utiliser toutes sortes de créatures sordides pour accomplir leurs méfaits. Et il leur arrivait souvent de récupérer les corps des exécutés pour les enchanter."
"Des Inferis." Répondit Harry d'une voix blanche.
"Exact. Au bout d'un moment, certains Mages s'étaient crées de véritables armées et leurs conflits détruisaient des villages entiers. Alors, désespéré, le pouvoir en place demanda l'aide de la plus puissante famille du pays : le clan Novak. On leur demanda de construire un artefact permettant de tuer les condamnés sans en laisser la moindre trace exploitable."
Kingsley remua sur sa chaise, visiblement gêné.
"Imok Novak construisit alors une porte enchantée par un très puissant sortilège, gravé directement dans la pierre. Son utilisation était simple : après l'avoir activée, on y poussait les condamnés à mort, qui disparaissaient complètement. Il ne restait plus rien d'eux, pas de corps à enchanter, pas de souvenirs à récolter…"
Le ministre leva les yeux vers Harry.
"…et aucun fantôme à conjurer."
Sans qu'il ne sache pourquoi, Harry sentit quelque chose remuer au fond de lui. Soudain, il se revit courir le long d'un couloir en pierre familier. Courir après une personne d'une grande importance, une personne détenant tous ses espoirs.
Il se revit interpeller le fantôme de Nick Quasi-Sans-Tête, le cœur lourd.
"Vous êtes revenus. Vous êtes bien là…Vous êtes mort mais vous n'avez pas disparu."
Il sentit ses entrailles se remplir de plomb et écarquilla les yeux avant de lever la tête vers Kingsley.
"Tu…tu veux dire…"
"Oui." Répondit Kingsley. "Il s'agit de l'Arche qui se trouve au Département des Mystères. Celle dans laquelle Sirius a péri."
Harry leva les yeux vers le tableau situé derrière le ministre. Il aurait aimé y croiser une paire d'yeux bleu azur, mais il ne fut pas surpris de trouver le cadre vide. Maintenant plus que jamais, il aurait voulu parler à Dumbledore.
"Qu'est-ce que ça veut dire ?" Demanda Harry. "Comment l'Arche s'est-elle retrouvée ici ?"
"Comme je te l'ai dit, la famille Novak a tenté de s'emparer du pouvoir, en utilisant l'Arche. Aujourd'hui encore, on ne sait pas vraiment ce qu'il s'est passé, car les faits remontent à trop loin. Tout ce que l'on sait est que leur plan a échoué et ils ont tous été tués, par l'arme même qu'ils avaient construite."
Harry ne savait quoi dire, il était totalement perdu.
"La Russie a alors demandé l'aide de l'Occident pour cacher l'Arche, afin que personne ne tente de l'utiliser à nouveau. Car l'un des membres du clan avait réussi à s'échapper. Je pense que c'est l'ancêtre de Petish."
Harry était perdu dans ses pensées. Quelque part dans les tréfonds de son être, il entendit à nouveau la voix du fantôme.
"Il ne reviendra pas. Il aura continué."
Harry traversa les rues de Godric's Hollow d'un pas rapide et automatique. Sorciers et Moldus dansaient autour de lui sans qu'il n'y prête attention.
Il n'arrivait toujours pas à assimiler ce que lui avait dit Kingsley. L'Arche qui se trouvait au ministère, celle qui avait hanté ses nuits pendant de longues années, qui avait englouti Sirius sans un bruit…
Il arriva chez lui et fut surpris d'apercevoir de la lumière dans le salon. Soucieux, il sortit sa baguette et avança doucement vers sa porte, qu'il ouvrit sans faire de bruit. Il traversa le hall sur la pointe des pieds, les sens en alerte.
"Pas la peine d'être si tendu." Entendit-il sur sa droite et il fit volte-face, baguette pointée droit devant lui.
Le blond était assis confortablement sur le sofa faisant face à la fenêtre. Il avait troqué sa robe de Guérisseur pour un pantalon et une chemise noirs, qui semblaient avoir été taillés spécialement pour lui.
"Terrifiant." Commenta Draco en prenant une gorgée de ce qui semblait être du whisky. "Mauvaise journée ?" Demanda le blond en laissant son regard glisser sur le brun.
Harry baissa sa baguette et, en quelques enjambées, vint s'asseoir près du blond, qui lui tendit un verre.
"Tu n'as pas idée."
"Comment ça s'est passé avec Norman ?" Demanda le blond, faisant de son mieux pour paraître désintéressé.
En réalité, Harry savait que son face à face avec Petish l'avait quelque peu bousculé.
"Il est innocent." Répondit-il et le blond hocha sèchement la tête, geste qui intrigua Harry.
"Et toi ? Tu n'as pas l'air mieux que moi."
Draco baissa la tête vers son verre aux reflets ambrés, ses mèches blondes retombant sur ses yeux, voilant son expression. Harry posa son verre sur la table basse avant de la porter sur le blond.
"Draco ?"
"J'ai tout dit à ma mère." Lâcha Draco dans un souffle.
Harry se figea et sentit sa main se crisper sur le bras du blond. Pendant un instant, tous les événements de la journée s'évaporèrent, remplacés par un froid glacial. Il avait été tellement absorbé par sa relation avec les Weasley et Hermione qu'il en avait oublié que le blond vivait la même situation chez lui.
À la seule différence que Draco n'avait que sa mère en qui se confier. Si Narcissa décidait de le rejeter pour ça, que deviendrait-il ? Harry pouvait-il supporter de les séparer ainsi ?
Harry prit conscience qu'il était resté silencieux trop longtemps et s'éclaircit la gorge, reprenant ses esprits.
"Comment ça s'est passé ?" Demanda-t-il, soulagé de voir que sa voix ne le trahissait pas.
Draco hocha les épaules.
"Je n'ai pas attendu longtemps, dés que j'ai vu son regard s'assombrir, je suis parti."
"Pourquoi n'as-tu pas attendu de…"
Draco releva la tête.
"J'ai enduré la haine et le mépris de tout le monde." Le coupa le blond en se dégageant de sa poigne. "Y compris de toi. Mais je ne supporterais pas de voir ma mère me haïr."
Harry l'observa un instant, ne sachant quoi répondre. Finalement, il se pencha vers le blond et l'enlaça, ne pouvant supporter de voir sa détresse. Il sentit Draco se détendre légèrement avant de répondre à son geste.
"Je suis là." Murmura-t-il.
Il sentit Draco se détacher de lui et, avant qu'il ne puisse réagir, le blond l'attira vers lui dans un baiser passionné. Harry ferma les yeux, envahi par l'odeur du blond et le goût de sa bouche.
Draco détacha leurs lèvres et s'attaqua à sa mâchoire, puis sa nuque et Harry se sentit perdre pied.
"Draco..." Tenta-t-il. "A...attends..."
"Tais-toi." Lui répondit le blond en lui mordant avidement le cou.
Harry se tut.
Lorsqu'Harry ouvrit les yeux, il prit une profonde inspiration. Sa chambre baignait dans l'odeur de draps frais et de cette fragrance distincte qui n'appartenait qu'à Draco. Il tourna la tête vers le blond et l'observa dormir. Le jeune homme était torse nu, ses épaules découvertes arborant quelques grains de beauté. Ses cheveux étaient entremêlés, une chose rare chez le blond.
Harry se sentit rougir en se remémorant les événements de la nuit. Draco s'était montré…féroce. Il lui avait montré une partie de lui que le brun ne soupçonnait pas, plus impulsive, plus vulnérable. Il était conscient qu'une bonne partie de ce changement était dû à son état d'esprit, mais Harry n'avait rien dit, l'accueillant à bras ouverts.
À présent, le blond dormait paisiblement, et Harry ne put retenir un doux sourire. Il aurait aimé se réveiller chaque jour auprès du blond.
Il se figea.
Que venait-il de penser ? Tous les jours ? Était-ce vraiment ce qu'il voulait ? Vivre avec Draco ? En étaient-ils vraiment déjà là ? A nouveau, son regard glissa vers la silhouette près de lui. Qu'en penserait-il s'il le lui proposait ? Oserait-il franchir le pas ? Quitter le manoir ? Sa mère ?
"Tu penses trop fort, Potter." Entendit-il grommeler et il sursauta légèrement.
"Désolé, je t'ai réveillé ?"
Draco ouvrit les yeux et les posa aussitôt sur le brun. En quelques secondes, les perles grises se firent plus calculatrices.
"Qu'est-ce qu'il y a ?"
Harry déglutit avec peine, sentant son estomac se nouer. Pourquoi était-il si nerveux soudain ?
"Je…euuh..."
"Euuh quoi ?" Pressa Draco.
Que faire ? Pouvait-il lui en parler ? Allait-il l'effrayer ?
"Il y a quelque chose dont je voudrais te parler…"
"Vas-y." Répondit le blond en se redressant.
Harry se tut un instant, puis laissa échapper un soupir.
"Je ne t'ai pas raconté ce que m'a dit Kingsley."
Il se sentit un peu lâche, mais il ne pouvait se résoudre à en parler au blond. Pas avant qu'ils aient arrangé les choses avec Narcissa et les Weasley.
"À quel sujet ?" Demanda Draco.
"Petish. Il nous a menti sur son identité."
Harry lui raconta sa conversation avec Kingsley et l'ensemble de ce qu'il avait appris sur le roux et ses ancêtres. Au fil de son monologue, il vit le visage du blond s'assombrir.
"Je savais qu'il avait eu une enfance difficile, mais il n'a jamais voulu en parler." Puis, en se tournant vers Harry. "Donc Kingsley pense que Zabini en a après l'Arche ? Pourquoi faire ?"
"Je ne sais pas." Répondit Harry. "Mais son frère sait peut-être s'en servir et rien que cela constitue une menace. On ne sait pas encore quels pouvoirs elle renferme. Kingsley pense que c'est pour cette raison qu'ils ont volé la Baguette de Sureau."
Le visage du blond se fit grave.
"Ne t'en fais pas." Reprit Harry. "Tu sais que Zabini ne peut rien faire avec la baguette. Il n'a aucune chance."
"Aucune ?" Répondit sèchement Draco. "Tu sais comment ça marche. Il n'y a qu'une façon pour lui de prendre le contrôle de la baguette."
Le sourire qu'Harry avait voulu rassurant disparut. Il posa une main sur la joue du blond, le forçant à le regarder dans les yeux.
"Je ne le laisserai pas me tuer. J'ai fait face à pire que lui."
Draco ne répondit rien et Harry en profita pour reprendre.
"Kingsley a demandé à ce que nous gardions l'Arche à tout moment. Ron y a passé la nuit alors il faudra…Draco ?"
Le blond s'était penché en avant, se tenant la tête dans les mains. Harry remarqua que les mains du blond étaient parsemées de veines gonflées et bleutées.
"Draco !" S'écria-t-il en posa une main sur son épaule.
Il pouvait sentir le corps du blond trembler sous sa main et il entendit Draco retenir un gémissement de douleur. Puis, le blond releva la tête doucement, prenant de profondes inspirations. Il était devenu pâle et ses lèvres avaient pris une teinte bleue.
"Ça va ?" Demanda Harry.
Draco hocha la tête avant de baisser ses mains.
"Migraine." Grogna-t-il en se laissant retomber sur les draps.
"Tu m'avais dit qu'elles avaient disparues."
"C'était le cas. Jusqu'à hier."
Harry l'observa un moment inquiet. Après quelques minutes, les couleurs revinrent aux joues du blond, qui sembla aller mieux.
"Promets-moi d'aller à l'infirmerie en arrivant au travail."
Draco se tourna vers lui, un sourire amusé aux lèvres.
"Tu as peur pour moi ?"
"Bien sûr." Répondit Harry, sentant ses joues chauffer.
Draco se pencha alors vers lui, lentement, sourire aux lèvres.
"Harry Potter. Tu serais perdu sans moi."
"La ferme !" S'écria Harry en éclatant de rire.
Cela faisait deux semaines que l'état de Draco empirait. Quinze jours qu'Harry obligeait le blond à se rendre à l'infirmerie pour un bilan santé. Quinze jour que les résultats revenaient négatifs.
L'équipe de Médicomages semblait désespérée. Malgré tous leurs efforts, le blond semblait aller de plus en plus mal. D'abord, il avait perdu l'appétit, puis le sommeil et Harry ne comptait plus les nuits où il avait été réveillé par les cris du blond. Harry avait tenté de lui faire raconter ses rêves, mais le blond était resté muet.
Mais ce qui inquiétait Harry était la couleur qu'avaient pris les yeux du blond. Ce jaune terne qui lui grignotait lentement les iris. Les Médicomages avaient d'abord cru à un problème rénal, mais les examens s'étaient révélés négatifs. Qu'est-ce qui pouvait donc provoquer cette coloration ?
Harry avait demandé à Kingsley de retirer le blond de l'équipe de garde, mais le ministre avait refusé. Il ne voulait négliger en aucun cas la sécurité de l'Arche.
Finalement, désespéré, Harry s'était tourné vers une dernière personne : Petish. Après tout, il avait suivi le blond médicalement pendant des années. Peut-être pouvait-il les aider.
Le roux le mit alors sur une toute autre voie. Si les Médicomages n'avaient rien trouvé, peut-être était-ce parce qu'il n'y avait rien à trouver ? Du moins physiquement ? Les troubles du blond pouvaient-ils être psychosomatiques ? Avait-il subi un grand stress récemment ?
Harry nia, mais la réflexion du roux lui resta en tête. Draco lui avait dit que ses migraines avaient repris le jour où il avait parlé à sa mère. Et depuis, les deux Malfoy ne s'étaient pas contactés. Leur situation actuelle était-elle la raison du mal-être du blond ?
Soudain, Harry sentit une vague de colère l'envahir. Il ne comprenait pas la réaction de Narcissa. Rien ne justifiait son comportement. Comment pouvait-elle rejeter son unique fils ?
D'un geste vif, il attrapa sa cape de voyage et sortit de son bureau d'un pas rapide, se dirigeant vers l'Atrium.
Harry leva un regard anxieux vers l'imposant manoir vers lequel il s'avançait. La bâtisse se tenait droite et austère, impressionnante. Soudain, Harry fut ramené des années en arrière, lorsque la vue du manoir n'éveillait en lui que peur et appréhension.
Il secoua la tête pour éclaircir ses idées et enfouit ses mains dans les poches de sa cape. À chacun de ses pas, il sentait se resserrer un nœud qui lui tordait l'estomac, mais il se força à avancer. Il ne pouvait pas laisser la situation s'embourber, pas quand les enjeux étaient aussi importants.
Une fois devant la porte, il prit une profonde inspiration et tenta d'arranger ses cheveux d'un geste nerveux.
"Reste calme et tout ira bien." Murmura-t-il.
Puis, avant que son courage ne le déserte, il souleva le serpent argenté trônant au centre de la porte et cogna trois fois. Aussitôt, la porte s'ouvrit et il aperçut l'Elf Kinky.
"Bienvenu au Manoir Malfoy, Harry Potter."
"Je m'excuse de venir sans prévenir." Répondit-il en se débarrassant de sa cape. "Narcissa est-là ?"
Une infime partie de lui espérait qu'elle soit occupée, mais l'Elfe hocha la tête.
"Maîtresse Narcissa est dans le jardin. Suivez-moi Harry Potter."
Harry lui emboîta le pas à travers le hall, la salle à manger et enfin la cuisine, où s'activaient d'autres Elfes de maison. Draco lui avait raconté comment lui et sa mère avaient dû vivre plus d'un an sans Elfes, apprenant à s'occuper d'eux-mêmes. Lorsque les Aurors avaient quitté le Manoir, plusieurs Elfes étaient revenus reprendre leur poste.
Kinky ouvrit la porte en verre menant au jardin et Harry sortit de ses pensées. L'Elfe le guida à travers les parterres de fleurs, les arbres fruitiers et plantes exotiques, jusqu'à un kiosque situé en plein centre du jardin.
Le kiosque était fait en ce qui semblait être de l'argent, dont les barres s'entrelaçaient pour former de belles et fines figures. Il n'y avait pas de toit et le haut était couvert de fleurs. Harry était tellement plongé dans sa contemplation qu'il n'aperçut pas la femme assise à l'intérieur.
"Qu'est-ce que vous faites là ?" Entendit-il et il sursauta.
Narcissa Malfoy se tenait à présent debout, le dominant de sa hauteur. Elle portait une robe pourpre qui retombait délicatement au sol. Ses cheveux blonds étaient, comme toujours, relevés en un chignon élaboré. Harry se surprit à se demander s'il arrivait à la blonde de se promener chez elle en tenue plus décontractée.
"Bonjour Narcissa." Répondit-il en s'avançant vers les marches du kiosque. "Votre jardin est magnifique."
"Merci." Répondit-elle froidement en s'avançant à son tour. "Qu'est- ce que vous…"
"Vous savez parfaitement ce que je fais là." La coupa Harry et elle s'immobilisa.
"Je n'ai rien à vous dire." Lui siffla-t-elle en descendant du kiosque.
Elle passa devant lui sans un regard et se dirigea vers les arbres fruitiers qui coloraient la partie ouest du jardin. Harry la suivit de près, imperturbable. Il sentait toujours la colère au fond de lui, mais elle était froide, contenue.
"Moi j'ai quelque chose à vous dire." Lui lança-t-il.
"Alors faites donc et partez."
Il attendit d'être près d'elle pour reprendre.
"Très bien. Je pense que vous êtes une belle hypocrite."
Il vit la femme se figer et se tourner brusquement vers lui, le regard noir.
"Qu'est-ce que vous avez dit ?" Siffla-t-elle.
"Que vous étiez une belle hypocrite." Répéta Harry.
Il vit les yeux de Narcissa se remplir de colère et de mépris et se retint de reculer lorsqu'elle s'avança vers lui.
"Vous avez de la chance que je n'ai plus de baguette, ou vous n'auriez plus de bouche pour répéter ça. Comment osez-vous ?"
"Oui, j'ose !" La coupa à nouveau Harry. "Et vous, comment osez-vous nous juger ainsi ?"
Elle le regarda avec incrédulité et il reprit.
"Vous décidez de me mépriser et me de rejeter uniquement parce que Draco et moi sommes ensemble. Je pensais que vous saviez ce qu'était l'amour ? Ou bien avez-vous inventé l'histoire que vous m'aviez racontée au sujet de vous et votre mari ? Pourquoi le refuser à votre propre fils ? Est-ce parce que je suis un homme, ou parce que c'est moi ? Vous auriez peut-être préféré que ce soit une jolie fille de Sang Pur ? Dommage, comme vous les savez, ces gens-là ne pensent qu'aux apparences. Ils ne voudront pas du nom de Malfoy, trop lourd à porter."
Il la vit se figer et faire un pas en arrière. En réponse, il s'avança et reprit, d'une voix plus calme.
"Mais moi, je me fiche du poids de votre nom, je l'accueille avec joie. J'ai déjà une montagne sur les épaules et je me fiche de ce que diront les gens. Ça ne sera pas la première fois que je me retrouverai victime de la presse, pareil pour Draco. Mais vous, je ne sais pas si Draco pourra supporter votre mépris. Il souffre, il dépérit de jour en jour. Vous êtes la seule personne qui puissiez le rendre vraiment heureux."
Narcissa détourna les yeux et, saisissant sa chance, Harry lui attrapa les mains. Elle sursauta à nouveau mais il tint bon.
"Je vous en supplie. Après tout ce que nous avons vécu…vous avez menti pour nous, trahi pour nous. Pour une fois, faites quelque chose qui ne vous rendra pas malheureuse."
Narcissa ouvrit la bouche pour répondre lorsque son regard se posa sur un point au niveau du cou du brun. Harry baissa la tête et aperçut le collier en argent qu'elle lui avait offert. Narcissa s'approcha lentement et saisit le pendentif.
"Les deux cercles…" Murmura-t-elle, la gorge serrée.
A nouveau, Harry baissa la tête et observa les anneaux. Il fronça les sourcils. Lorsque Narcissa le lui avait offert, le collier était composé de deux anneaux, un grand et un petit, symbolisant l'homme et la femme. À présent les deux anneaux étaient de la même taille.
Symbolisant deux hommes.
Ce fut à son tour de la regarder, incrédule.
"Vous m'aviez dit qu'il ne marchait pas, que vous ne saviez pas ce qu'il faisait ?" Balbutia-t-il.
Narcissa secoua la tête.
"Je…je..."
Il leva les yeux à temps pour voir une traînée de larmes couler sur les joues blanches de la blonde et se figea. Jamais il n'avait vu Narcissa aussi vulnérable. Soudain, elle lui fit penser à Draco et, avant qu'il ne puisse s'en empêcher, il la prit dans ses bras. Elle se figea, mais ne tenta pas de se dégager. Peut-être l'avait-il choquée.
"Je suis désolé." Finit-il par lui souffler. "Je n'ai jamais voulu vous faire de peine. Mais je l'aime."
Il fut presque surpris de voir avec quelle aisance il avait dit ça. Mais si une personne au monde pouvait comprendre son amour pour le blond, c'était elle.
"Je ne peux pas me séparer de lui, même si je le voulais."
Il se détacha d'elle et la fixa avec toute la détermination dont il était capable.
"J'aime votre fils, Narcissa. Et s'il veut de moi, alors rien ne pourra m'empêcher d'être avec lui. Vous êtes sa seule famille et je sais à quel point votre avis compte pour lui. Alors, je vous en prie…"
Il resta debout, immobile, tentant de calmer les battements frénétiques de son cœur. Narcissa sortit un mouchoir brodé de sa poche et essuya ses joues. Puis elle leva la tête vers lui.
"Vous devez comprendre quelque chose. Tout ce que j'ai fait jusqu'à présent, je l'ai fait pour Draco. Vous l'avez dit, vous êtes souvent attaqué par les médias...je ne veux pas que cela arrive à Draco, pas encore. La presse a anéanti ma famille."
"Je comprends." Répondit Harry. "Mais Draco est un adulte responsable. Il sait ce qu'il risque. Mais je peux vous promettre de tout faire pour le protéger."
Narcissa l'observa un moment de ce regard calculateur que tous les Malfoy semblaient détenir. Puis, après ce qui sembla une éternité au brun, elle hocha la tête.
Harry ne put retenir son sourire de soulagement.
"Merci."
Narcissa lui répondit d'un léger sourire, semblable à celui de son fils, puis leva une main vers un arbre pour y cueillir une pomme rouge sang.
"J'aimerais…est-ce que je peux le voir ?" Murmura-t-elle, presque timidement, jouant nerveusement avec le fruit.
"Il est en garde, mais je lui dirai de passer."
"En garde ?" Demanda-t-elle.
"De l'Arche qui se trouve au ministère." Répondit-il avant de se rappeler qu'elle ne savait rien de cela. "Nous devons garder un objet que Zabini et son complice veulent voler."
A l'entente du nom de Zabini, Narcissa se raidit. Peut-être repensait-elle à son temps passé en captivité l'an passé.
"Sont-ils encore après cet animal ? Le Nundu ?" Demanda-t-elle avec dédain.
"Non, apparemment ils ont un nouveau projet. Mancipium Carnis. Nous n'avons pas encore d'informations à ce sujet mais…"
Il vit les yeux de la blonde s'écarquiller d'horreur et la pomme qu'elle tenait tomba au sol.
"Narcissa ?" Dit-il en s'avançant.
"Mancipium…Carnis ?" Demanda-t-elle d'une voix blanche.
"Oui, vous savez ce que…"
Mais avant qu'il ne puisse finir, elle se jeta sur lui, l'attrapant par les épaules. Il sentit ses ongles lui mordre la chair, même à travers sa cape.
"Draco ! Cria-t-elle. Il faut trouver Draco ! Il est en grave danger !"
A suivre.
Et voilà, c'est tout pour ce chapitre, un peu plus long que les autres pour me rattraper de cette coupure.
Note : une image du kiosque dont je parle est disponible sur mon tumblr. A venir, un dessin de Petish !
Merci pour votre patience et soutien. A bientôt !
Elendil-sama
