À écouter, si possible, avec « Sweet lullaby » de Deep Forest

CHAPITRE XIII

Lisa laissa échapper un profond soupir de contentement. Entre l'eau chaude et les bras puissants de son amant, elle se sentait parfaitement relaxée. Elle ferma les yeux, mettant ainsi ses autres sens en éveil.

L'ouïe. En mélomane qu'il était, il avait bien sûr choisi la musique idéale pour ce bain. Elle n'en attendait pas moins de sa part. Et une fois de plus, il s'était surpassé. La mélodie de la flute de pan, la voix nasillarde et enfantine de la chanteuse, les chœurs. Ces paroles semblant sortir d'une autre aire la transportaient dans un tout autre monde. La jungle amazonienne, son atmosphère oppressante, sa moiteur ambiante. La steppe de l'Afrique noire pour sa chaleur. Un monde dépourvu de conflits et de stress. Nouvelle terre d'asile pour la directrice.

Le toucher. Elle sentit le bras de son amant bouger contre elle. Il captura le liquide dans le creux de sa main et le déversa délicatement sur son épaule. Elle laissa échapper un petit gémissement. La caresse de l'eau, cette moiteur qui s'infiltrait partout en elle contrastant avec le moelleux du torse sur lequel elle était appuyée. Cette poitrine. Musclée, mais accueillante, avec ses quelques petits poils qui venaient chatouiller son dos. La sensation d'être enveloppée. Les jambes de l'homme entourant fermement les siennes. Le sentir contre elle jusqu'au bout des orteils. Nouveau soupir.

L'odorat. Elle inspira profondément l'air empli de particules de savon. La senteur fruitée de la fleur d'oranger. L'odeur est notre mémoire, elle ne le constatait que trop bien. Souvenirs d'après-midi de pâtisserie où les vapeurs de Cointreau s'échappaient de la pâte à crêpe. De journées heureuses en Floride. Ha… La Floride. État à jamais associé à son bonheur.

Et l'odeur de sa peau. Elle tourna légèrement la tête, venant nicher son nez dans son cou. Mélange de musc, de salé et de savon. Elle huma un peu plus l'air, voulant s'imprégner de ses senteurs à tout jamais.

Le goût. Deux lèvres douces vinrent se poser sur les siennes. Humides, chaudes, tendres. Accueillantes. Comme l'atmosphère de la pièce. Elle se laissa aller à la volupté. Tantôt, emprisonnant sa lèvre inférieure entre les siennes, tantôt croquant doucement la supérieure. Puis, elle les sépara délicatement de la pointe de la langue et s'insinua dans cet antre qui s'offrait à elle. Sensation fraiche et ferme alors qu'elle redessinait les contours de ses dents parfaitement alignées. Rugueuse et souple alors que leurs langues entamaient un balai endiablé. Et cette sensation mentholée. Elle se concentra alors sur cet unique sens et se laisse transporter. Qu'il était bon de lâcher prise.

Ce baiser avait été enivrant, fiévreux, passionné. De toute façon, tout ce qui touchait de près ou de loin à Lisa Cuddy, et notamment à son corps le mettait dans chacun de ses trois états. Qu'il aimait cette femme. Qu'il la respectait, même si parfois ce n'était pas franchement évident à la vue de son comportement. Oui, il aimait cette femme. Son corps, son âme et son esprit. Et depuis quelque temps, il ne s'imaginait plus vivre sans elle. Elle était sa bouffée d'air, son rayon de soleil. Sa raison de vivre.

Il recueillit une petite flaque d'eau dans la paume de sa main et laissa couler le liquide de la peau mate de son cou à celle limpide de ses seins. Il s'imagina petite gouttelette avec le pouvoir de s'insinuer partout dans ce corps frêle. Une réalisation le frappa : il n'avait plus besoin de s'imaginer de telles choses. Il avait désormais ce pouvoir. Elle était à lui, autant que lui s'offrait à elle. Ce corps était sien. Longtemps, il n'avait pensé qu'il n'y avait entre eux qu'une pure attirance physique. Du désir, rien d'autre.

Et elle avait fait voler ses certitudes en éclats. Encore une fois. Et il adorait ça. Ce pouvoir qu'elle avait de toujours l'obliger à se remettre en questions, même s'il n'en laissait rien paraître. Depuis toujours, elle l'amenait à se demander s'il avait bien agi. Ou était le bien. Qui était le mal. Au travail, elle était son rappel à l'éthique. À la maison, sa conscience. À travers elle, il touchait du doigt tout ce qu'il y avait de plus important en ce bas monde et se forçait à y réfléchir. La vie, le don de vie, la parentalité, l'adoption. La vieillesse, la mort, l'euthanasie... Pour elle, il voulait désormais être ce qu'il y avait de mieux.

Il caressa les bras fins de sa compagne alors que celle-ci s'enfonçait un peu plus dans le bain, se relaxant complètement. Ce soir, encore, elle avait fait voler une de ses certitudes en éclat, se dit-il en souriant. Un bain, à deux, pas de sexe. Il n'aurait jamais cru cela possible. Il devait bien avouer qu'il avait une petite idée derrière la tête quand il avait accepté de se plonger dans la baignoire avec elle. Mais la voir ainsi sereine, ce bien-être qu'elle lui procurait ne lui donnait pas envie d'aller plus loin. Bien sûr il se sentait attiré par elle. Mais, à cet instant, il ne voyait plus l'acte sexuel comme un aboutissement, une fin en soi. Il l'enveloppa dans ses bras et se laissa gagner par la tendresse du moment.

« Lisa, va te coucher. » Murmura-t-il en caressant ses cheveux. Allongé sur le dos, sur le canapé de l'appartement, Lisa enchevêtrée sur lui, ils regardaient la télévision. Enfin, il regardait la télé surtout. Elle, dormait depuis un petit moment déjà. Le bain l'avait détendue et le sommeil avait pu la gagner rapidement.

« Mmmhhh. » Se contenta-t-elle de répondre en blottissant sa tête dans le cou de son amant.

« Lisa, tu vas avoir mal partout demain. Allez, va te coucher. » Réprimanda-t-il. Il était si occupé à la faire se lever qu'il n'entendit pas la clef tourner dans la serrure et le couple entrer dans le salon.

« ' veux rester avec toi. » Grommela-t-elle, ne bougeant pas d'un poil.

« Madame est d'humeur câline ? » S'amusa-t-il, passant sa main dans les longs cheveux bouclés.

« Allez, chérie, va te coucher, j'arrive. » Essaya-t-il de nouveau, cette fois en levant légèrement son buste, espérant ainsi la faire bouger.

« Oh, chéri... » Miaula Wilson, en lui faisant les yeux doux. Il ne pouvait pas manquer une telle occasion.

Il sentit ses joues chauffer, son égo en prendre un coup. « La ferme ! » Ordonna-t-il en secouant de plus belle sa maitresse.

« Laisse-moi dormir. » Grogna celle-ci en s'agrippant à ses épaules pour le maintenir en place.

« Si demain tu es toute courbaturée, tu ne viendras pas te plaindre ! » Menaça-t-il en retour, agacé et par le comportement de Lisa et par celui de son ami.

« Je ne savais pas que tu avais l'option oreiller. Si j'avais su ça avant... » Continua l'oncologue avec un sourire non dissimulé.

« Je t'ai dit de ... »

« De me taire, oui, je sais. Mais c'est trop bon ! Qui aurait cru voir un jour Grégory House cocooner ? Pas moi en tout cas ! » Éclata-t-il de rire.

« T'as pas mieux à faire ? Ta blonde à sauter par exemple ? » S'énerva le diagnosticien.

« C'est comme ça que tu en parles quand tu le fais avec Lisa? » Demanda James, un peu choqué par le langage cru de son ami.

« Bien sûr. » Répondit-il du tac au tac.

« Bien sûr... » Il ne lui avouerait jamais qu'il avait des sentiments pour la directrice, c'était peine perdue. Il était cependant ravi de voir qu'ils partageaient des moments de tendresse et de complicité.

« C'est quoi cette odeur ? » Demanda-t-il soudain en humant l'air.

« Bain moussant. » Se contenta de répondre l'ainé, absorbé par l'écran de télévision.

« Vous avez pris un bain ? Moussant ? Tous les deux ? » S'exclama-t-il.

« Non, on a juste joué aux petits bateaux qui vont sur l'eau... »

« Vous avez pris un bain tous les deux alors qu'on pouvait rentrer à tout moment ? » S'indigna-t-il.

« Et alors, c'est défendu maintenant de se laver ? Et tu serais rentré dans la salle de bain sachant qu'on y était ? » Demanda le diagnosticien comme si ça lui paraissait évident.

« Non, bien sûr, mais quand même. C'est dégoutant. » Ajouta-t-il avec une grimace.

« T'es sur que tu as été marié ? Parce que là, tu réagis comme moi quand j'avais 8ans et que mon père m'a expliqué que les bébés, ça ne nait pas dans les choux... » S'amusa-t-il.

« Mais vous allez vous taire ! » S'écria subitement la brune avant de se lever et de partir dans sa chambre. Les deux compères se regardèrent interdits, avant de pouffer de rire.

« On en reparle demain ? »

« On en reparle demain. » Conclurent-ils avant de partir rejoindre leur compagne respective.