Chapitre XII : Au commencement, Dieu créa le ciel et la Terre.
Le jeune homme était perdu. La nuit profonde avait quelque chose de macabre, ici à Londres. Quelques prostituées lui souriaient, et il y avait les badauds, écroulés contre les murs : ivres morts et hilares. Il s'avança dans la grande ruelle, croisa quelques policiers, qu'il contourna soigneusement. Une joyeuse mélodie vint à ses oreilles, provenant du bar devant lequel il venait de passer. Une bagarre débuta, et les représentants de l'ordre débarquèrent en sifflant brusquement, armés de matraques. Le garçon observa la scène, puis quitta les lieux. Le soleil venait à peine de se coucher sur la capitale.
- Tu cherches de la compagnie mon ange?
- Tu ne m'as pas l'air puceau…
Deux femmes l'avaient abordé, saisissant son bras. Les deux femmes avaient de larges sourires, leurs lèvres rouges étaient charnues et leurs décolletés plus qu'échancrés.
- Je suis désolé, mais je cherche un ami.
- Un ami ? Qui donc ?
- Un … Un jeune blond. Accompagné d'un grand homme, un homme très riche.
- Les hommes très riches ne font pas appel à nous, en général…
Elles rirent en collant leurs seins volumineux contre le marcheur nocturne.
- Je n'ai pas besoin de vos services, mesdemoiselles.
- Comment s'appelle-t-il, cet homme très riche ? demanda l'une des deux femmes en murmurant à son oreille.
- Comte Sephiroth, dit-il en un souffle.
Elle recula, et lança un regard inquiet à sa partenaire.
- Tu parles de cet homme qui a racheté la résidence Burton aux portes de la ville ?
- Où est-ce ? Par où dois-je aller ? Je dois y aller le plus rapidement possible.
L'une des femmes croisa les bras, soudainement tremblotante. Elle s'éloigna.
- Attends-moi, s'exclama la plus bavarde des deux, bon…
La prostituée ôta son collier, lentement.
- C'est quoi ton nom ?
- Zack.
- Zack. Cet homme traîne parfois les rues de Londres. Et tu dois faire attention. Cet homme est envoûtant, et il a déjà pris plusieurs de nos amies. Et, je suis certaine que c'est lui qui a tué notre protecteur… Donne-moi ta main.
Le garçon obéit. La jeune femme déposa au cœur de sa paume le collier et referma ses doigts, en un poing serré.
- Et lorsque tu arriveras à la tanière du Diable, ne t'y attardes pas trop. Adieu, Zack.
Elle recula, saisit la main de sa collègue et s'évapora entre les lueurs des réverbères et les passants. Le garçon entrouvrit la main. Le crucifix avait brûlé sa peau de nosferatu. Il glissa le présent dans sa poche, malgré la douleur.
A cet instant, il interpela une calèche. Le cocher était bien silencieux. Il le cru endormi.
- Bonsoir, dit-il alors en s'animant comme une marionnette.
- Résidence Burton.
- Les Burton sont décédés. Oh et ça vous prendra une bonne heure…
- Emmenez-moi là-bas. Peu importe le prix que vous me ferez payer. Je dois voir le Comte Sephiroth.
L'ombrageux personnage considéra le jeune vampire.
- Oh, vraiment ? Êtes-vous certain qu'il habite là-bas ?
Il hocha la tête.
- Je vous remercie Sir. Montez-donc, je vous offre la course.
Alors, le cocher retira son chapeau. Ses lunettes rondes luisaient, et Zack obéit, surpris par l'attitude de cet étrange homme.
« Ainsi… La fin s'approche à pas de loup. »
Alors la diligence quitta l'avenue en vitesse, comme si les chevaux étaient enragés.
J'ai vu passer dans mon rêve
- Tel l'ouragan sur la grève, -
D'une main tenant un glaive
Et de l'autre un sablier,
Ce cavalier
Des ballades d'Allemagne
Qu'à travers ville et campagne,
Et du fleuve à la montagne,
Et des forêts au vallon,
Un étalon
Rouge-flamme et noir d'ébène,
Sans bride, ni mors, ni rêne,
Ni hop ! Ni cravache, entraîne
Parmi des râlements sourds
Toujours ! Toujours !
Paul Verlaine
Les chevaux s'arrêtèrent. La résidence était faiblement éclairée, hautaine et impressionnante. Le cocher descendit, caressa doucement l'un des deux étalons avec respect et se tourna vers la voiture.
- Nous sommes arrivés, très cher, annonça-t-il en déposant son chapeau sur le siège.
Il écarta son manteau, et fouilla sous un amas de choses et d'autres pour la trouver, dissimulée sous un vieux drap près du siège. Il retint un soupir. Le nosferatu était sorti. Il avait observé brièvement la grande bâtisse.
- Incroyable, murmura-t-il.
- Je tiens toujours mes promesses, je vous offre le déplacement, dit le cocher en dégainant son arbalète.
Il visa le vampire, figé.
- Maintenant, je vous remercie mais votre rôle s'arrête ici.
La flèche perfora son torse, tâcha sa chemise à jabot.
Il eut une rapide respiration, bloquée, il tomba à genoux. Le bois aspirait toute sous énergie, paniquait ses sens. Zack retint une plainte de souffrance.
- Non… Cl…Cloud.
L'homme évalua Zack.
- Tu le cherches aussi ? C'est donc sans regret que je te laisse, créature de l'Enfer.
Il se tourna.
- Ne t'inquiète pas. Les souffrances de ton ami cesseront cette nuit.
- Je vous connais, murmura Zack en serrant la flèche qui le paralysait.
Zack ferma les yeux en s'écroulant.
Sa chevelure s'écrasa contre la boue.
- Vous êtes un ami de Sir Genesis.
L'homme marqua un temps d'arrêt, puis laissa l'agonisante créature seule, sous le croissant de lune, attendant une fois de plus la mort.
Lorsqu'il franchit les portes du manoir, Vincent Valentine ne fit aucun bruit. Ses pas étaient de velours, et sa respiration, insondable. Il leva les yeux, retira ses lunettes qu'il laissa tomber sur le tapis rouge du hall. Les candélabres étaient lumineux, les flammes passionnées. L'être qui vivait ici était de nuit, de toute évidence. Il ne cacha pas son arbalète, arme en avant. Il fut attentif à tout ce qu'il voyait, entendait, sentait. Il aperçut une silhouette joueuse.
Non.
Son imagination.
Il scruta les tableaux, ils le regardaient. Ces visages. Ces portraits. L'odeur sucrée était agréable. Il monta les marches du grand escalier.
- Puis-je vous aider ?
Vincent Valentine se tourna.
- Angeal ?
Vêtu d'un ensemble trois pièces, Angeal était bien présent. Il venait d'apparaître vers la salle à manger. Il tenait une serviette contre son bras, et se tenait bien droit, prêt à rendre service. Un majordome. Sir Vincent plissa les yeux.
- Voici une alléchante mascarade. Auriez-vous été manipulé par le Comte ?
Il ne répondit pas.
- J'ai de bien tristes nouvelles à vous apprendre. La mort de Sir Rhapsodos.
Haussement de sourcils.
- Vraiment ? demanda-t-il d'une voix paisible et détachée.
Vincent Valentine serra son arbalète, descendit les marches. Il fit face à l'homme, en laissant une distance de sécurité.
- Il a été empoisonné. Et je voyais suffisamment votre maître pour en conclure que les fioles que son ami, Comte Sephiroth sont bel et bien l'origine de sa mort précoce.
- Vous êtes un homme intelligent.
- C'est mon métier de ramener les bêtes d'en bas à l'Enfer auquel elles appartiennent.
Angeal esquissa un léger sourire glaçant.
- C'est étrange, souffla Vincent Valentine, je ne sens rien d'humain chez vous. Je n'entends même pas votre cœur battre.
Il leva son arbalète.
- Ôtez-ce déguisement immonde, monsieur le Comte. Je reconnaîtrai un vampire parmi tous les fléaux de ce monde vous savez.
Il disparut.
Fumée.
Son petit rire était joueur. La voix de Sephiroth résonnait, lointaine et suave.
« Voilà de froides présentations, je vous rencontre enfin Sir Valentine. »
« Je vous ai longtemps cherché, monsieur le Comte. »
« Je sais que vous cherchez autre chose, ce soir. Et il ne s'agit pas de moi, je me trompe ? »
Vincent Valentine se retourna. Mais il n'était pas là. Il sentit son souffle percuter ses tympans.
- Je vais tuer votre nouveau chiot, et je l'éventrerai sous vos yeux.
- Encore faudrait-il que vous restiez vivant pour le faire…
Ses ricanements dantesques étaient brusques. L'envoyé de la Reine recula, et il fut à ses côtés.
« Montrez-moi ce dont la Couronne d'Angleterre est capable, Sir Valentine. »
Cloud avait obéit. Comme le comte lui avait demandé quelques secondes auparavant, il ne devait sous aucun prétexte entrer dans le manoir ou dans les serres. Il sortit par la porte de l'aile est du château, et était passé sur le côté. Il avait gagné les parcs, et ses yeux de buveur de la nuit lui permettaient de voir dans ce noir effrayant. Il longea les murs, en silence inquiet de la demande de son maître. Il avait dit « avoir entendu quelque chose » et senti une « présence ».
Cloud était mis à l'écart, une fois de plus.
Il sursauta, entendant des voix au dehors. Il se plaqua contre les briques de la bâtisse, et attendit quelques secondes. Il prit peur, devait-il regarder ? Devait-il prendre ce risque ?
Et si le comte n'avait pas rêvé ?
Une diligence était bien devant le manoir, mais il n'y avait personne. Il avait cru entendre les portes s'ouvrir, mais n'en était pas sûr. Il s'approcha, timidement.
Il aperçut un corps au sol.
Une personne…
- Qu'est-ce que…
Il marcha jusqu'aux chevaux, calmes au possible.
Il connaissait ce garçon au sol, face contre terre.
- Zack.
Cloud se laissa tomber sur le sol, et son ami ouvrit les yeux.
