Chapitre 3 : La fuite

Partie 3 : Le Procès

Samedi 27 juin, fin de matinée, quelque part au ministère

- Entre. Je nous ai fait apporter du café. Qu'as-tu découvert cette nuit ?

L'homme maigrichon qui entra dans le bureau de son patron arborait de magnifiques cernes violets. Il avait toujours eu tendance à être marqué par le manque de sommeil. Et depuis qu'il habitait en Angleterre, c'était de pire en pire… Entre le temps trop souvent gris et les heures qu'il passait à faire des recherches et à travailler les contacts de son patron aux quatre coins du globe, il avait un rythme de folie…

Mais s'il avait quitté son pays natal, c'était bien pour suivre cet homme charismatique et puissant qui pouvait faire des merveilles. Peu importait alors le rythme de travail soutenu.

- J'ai passé la nuit à tirer les ficelles de nos… marionnettes, répondit l'homme avec une pointe de mépris. Je sais maintenant pourquoi les gobelins semblent soutenir le jeune Potter. C'est à la fois pire que nous l'imaginions et extrêmement simple : c'est une question d'argent. Ils espèrent le rassemblement de deux grandes fortunes. Vous connaissez aussi bien que moi le problème de réputation de la banque de Londres… Ils le soutiennent parce que ça serait bon pour leur image.

- Un rassemblement de fortunes, donc. Qui ? Qui est la seconde famille ?

- Les Malfoy.

L'homme debout observa avec fascination les diverses émotions qui traversaient le visage de son patron. D'abord en colère, il était passé à l'incrédulité puis à l'amusement.

- Mais comment les Gobelins peuvent-ils imaginer une chose pareille ? Les deux familles se haïssent depuis des générations !

- Je n'ai pas pu le savoir. Apparemment, très peu de Gobelins sont dans la confidence et encore moins connaissent les détails. Ce sont le directeur Spok et un ou deux de ses employés les plus proches qui savent comment ce rapprochement est possible. Notre informateur ne comprend pas lui-même… C'est vrai ! Pourquoi les Malfoy voudraient-ils faire don de leur fortune aux Potter ? Et pourquoi Potter accepterait-il la fusion de la sienne avec cette famille qui servait encore fidèlement notre Lord il y a quelques mois ?

- C'est étrange. Je n'aime pas cela, ça n'est pas logique… Notre informateur ne peut-il en apprendre plus ?

- Je crains que non. Vous le savez, quand il s'agit de garder un secret quel qu'il soit, les Gobelins sont les meilleurs…

Rouge d'énervement, l'homme confortablement installé dans son large fauteuil prit le temps de respirer et de réfléchir posément. Son impulsivité avait failli lui coûter très cher, quelques années auparavant. Et il avait appris que les meilleurs coups se jouaient après réflexion… Et dire qu'il avait été si satisfait la veille. Cette journée commençait bien mal…

- Mais pourquoi les gobelins espèrent un rapprochement ? Je veux dire, ils l'espèrent, mais ça n'est pas fait. Pourquoi, si les deux familles s'entendent soudain si bien, n'ont-elles pas déjà fusionné leurs avoirs ? Et pourquoi Potter aurait-il réclamé l'héritage des Black aussi intensément hier : n'aurait-il pas pu s'arranger tout simplement avec les Malfoy ? Quelque chose cloche…

- Notre informateur pense que les deux parties ne sont pas encore au courant de tout… Mais même si elles le savaient, je crois qu'il y a peu de chances pour qu'elles se mettent d'accord. Ça serait bien étrange que l'un des deux héritiers renonce à ses droits au profit de l'autre…

- Certes. Mais je ne crois pas à la chance, tu le sais. Imagines-tu la toute-puissance financière de Potter, s'il pouvait faire main basse sur la fortune des Malfoy ? Il n'aurait aucun mal à défaire ce que nous construisons depuis tant d'années… Ne prenons aucun risque. Je crois que notre plus grand problème potentiel viendra de Malfoy fils : je connais le père depuis longtemps et il est bien trop fier pour céder sa fortune. Il faut l'éloigner, ne pas lui donner la moindre chance de s'entendre avec Potter. Trouve quelque chose !

- Bien monsieur. Mais je n'ai pas qu'une mauvaise nouvelle à vous annoncer. J'en ai une bonne également. Je crois que nous tenons le futur premier ministre.

- Explique-moi.

- Zacharie Zorille est, d'après moi, le meilleur candidat. Et surtout, vous n'auriez plus aucune dette envers lui si vous lui permettiez d'accéder à son rêve ultime.

- Certes. Mais il n'est pas qu'un pantin que nous pourrions manipuler à notre guise. Il a des appuis et il n'est pas idiot.

- C'est un risque mesuré. Comme il n'est pas idiot, il pourra vous seconder efficacement sur le plan politique, sans même le savoir, et vous pourrez vous consacrer plus efficacement à vos recherches autour de la prophétie… Car, ajouta-t-il sur un ton de conspirateur, il n'est pas nécessaire qu'il soit mis dans toutes les confidences. Il aura l'impression de vous rendre un service mineur et vous pourrez profiter plus sûrement de ses largesses… Au moins, prenez le temps de discuter avec lui, et voyez comment vous pouvez vous arranger.

- Mon cher, répondit l'homme avec un air satisfait, tu m'es décidément bien utile. Amène-moi Zorille.

- C'est un plaisir, monsieur. Et monsieur Zorille attend derrière la porte. Je le fais entrer.

L'homme se leva souplement et ouvrit la porte du bureau pour laisser entrer un autre homme, trapu. Il avait un ventre proéminent et une moustache blonde lui mangeait la moitié inférieure du visage. Il serra avec vigueur la main de son vis-à-vis. Après les salutations d'usage, Zacharie Zorille prit immédiatement la parole, montrant par là qu'il était assez pressé d'arriver au cœur de la négociation qui se déroulerait aujourd'hui.

- Kingsley Shacklebolt n'est pas le meilleur ministre en ces temps de reconstruction, où rassurer est essentiel… J'ai entendu dire qu'il faisait peur, au contraire, surtout dans certains cercles.

L'homme derrière son bureau sourit. Zorille n'était pas extrêmement subtile, mais il s'y connaissait assez pour ne prendre aucun risque. Et il était malin… En deux phrases, il parvenait à lui dire que Shacklebolt était une épine dans leurs deux pieds et qu'il avait bien compris qu'il était un recours face à un ministre non arrangeant… Le tout, sans jamais sous-entendre qu'ils se voyaient aujourd'hui pour fomenter un complot.

- Je suis assez d'accord. Voyez-vous, je déplore assez la politique de réorganisation qu'il essaie de mettre en place. L'égalité et la liberté sont des principes que nous approuvons tous, c'est évident…

- Ça l'est, bien entendu, confirma Zorille.

- Encore faut-il pouvoir garantir cette liberté avec une vraie sécurité, nuança l'homme sombrement. La peur est un moteur pour les guerres, n'est-ce pas ? Et nous sortons à peine de l'une d'elles. Il y a peu d'avantages réels à instiller la peur chez les sorciers, à vouloir mener de nouveaux combats immédiatement.

Zorille avait parfaitement compris que les sorciers effrayés étaient les Sang-purs et les hommes du gouvernement. La politique d'égalité entre tous les êtres magiques, que tentait de mettre en place Shacklebolt, mettait en péril les avantages des familles traditionalistes et pouvait faire à nouveau basculer l'équilibre politique qui se remettait tout doucement en place au ministère de la magie. Comment conserver une influence correcte, si chacun obtenait trop de liberté ? Enfin, si chacun obtenait trop « d'égalité », admit l'homme en lui-même.

- Heureusement que nombre d'entre nous ont encore suffisamment conscience des réalités politiques, reprit Zorille. A ce propos, comment va votre famille ?

L'homme derrière son bureau croisa les mains sur son ventre et s'installa plus confortablement dans son fauteuil, s'appuyant sur le dossier. Il observait Zorille. Son cher serviteur avait raison en lui conseillant un petit dialogue… Vraiment instructif. Zorille s'était amélioré dans les subtilités des rencontres politiciennes. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas discuté avec ce sorcier envers lequel il était encore endetté.

Et il ne risquait pas de l'oublier puisque son vis-à-vis venait de la lui rappeler discrètement. Oui, un rappel de l'aide qu'il leur avait apporté il y a plusieurs années, à lui-même et à sa famille, pour les faire venir en Angleterre et les mettre à l'abri. Un rappel qui aurait normalement fait basculer cette négociation en la faveur de Zorille, s'il n'avait pas déjà été la seule option retenue. Un rappel et une discrète menace, également, même si Zorille restait impassible devant lui.

L'homme assis se retint de grogner et répondit finalement dans les règles de la politesse.

- Elle s'est acclimatée depuis son arrivée, merci...

Et il évita de retourner la question, étant donné qu'il savait que la femme de Zorille avait été malencontreusement éliminée par des Mangemorts, l'année précédente. Et que ce genre de question maladroite pouvait inciter son interlocuteur à se mettre en colère et à sortir du bureau. Quel dommage cette mort, en tout cas… Zorille avait été bouleversé et avait dû quitter la scène politique presque huit mois. Huit mois de tranquillité…

Enfin, s'il voulait avancer dans cette discussion, il devait la reprendre en main.

- Mes amis et moi, exposa l'homme massif, avons constaté avec un certain amusement que les réalités politiques étaient fort méconnues, vous avez bien raison. La loi de notre monde est si complexe que certains pans sont oubliés ou trop peu étudiés. Ça paraît fou, n'est-ce pas ? Justement, nous nous faisions la remarque que l'ancien article R-325-2 était presque oublié de tous, aujourd'hui. Le connaissez-vous ?

- L'article sur les règles internes au ministère… Je le connais, effectivement. Il me semble même que je suis capable de vous citer textuellement l'alinéa b, sur la tenue d'une réunion exceptionnelle du Magenmagot… répondit Zorille en prenant un air de réflexion presque parfaitement imité.

L'homme imposant se repencha vers l'avant, un sourire sur les lèvres. S'il avait été moins maître de lui, il aurait peut-être gloussé de contentement. Car Zorille avait parfaitement compris la manœuvre qu'il était sur le point de déclencher. Et s'il n'était pas encore un simulateur parfait, du moins pour des yeux entraînés comme les siens, il ferait parfaitement l'affaire devant les sorciers moyens.

- Je vois que vous connaissez parfaitement les rouages de notre gouvernement, approuva-t-il alors, en faisant comprendre à Zorille qu'il avait saisi l'enjeu de la discussion.

- Evidemment, repris Zorille, pour que cet alinéa soit applicable, il faudrait que quelqu'un convoque une assemblée extraordinaire du Magenmagot, pour un vote de confiance à propos du ministre en exercice. Supposez que ce vote favorise la défiance, quelle serait la meilleure solution, selon vous ?

- Si une telle situation se produisait, bien sûr, l'assemblée devrait demander des élections. A moins que, chose rare s'il en est, l'un des membres propose sa candidature à effet immédiat et légitime. L'avantage présenté, voyez-vous, serait d'éviter un mauvais vote de la population, encore sous l'effet de l'immédiat après-guerre…

- Je crois que le Magenmagot pourrait approuver cette solution comme la meilleure, effectivement. Comme nous le disions, pourquoi provoquer la crainte dans la société sorcière anglaise ? Mais pensez-vous que l'assemblée pourrait s'accorder sur ce candidat rapidement et nettement ?

- Je pense qu'un bon tiers des sorciers siégeant donnerait ses voix à ce candidat… S'il est convenablement introduit au Magenmagot, bien sûr.

Ce fut au tour de Zorille de retenir un rictus amusé. Car la dernière phrase prononcée pouvait avoir plusieurs sens : le plus évident était que le sorcier candidat devait être connu et avoir fait ses preuves pour attirer le maximum de votes de confiance.

Mais le plus important était le sens caché : le sorcier massif, assis devant lui, venait de lui annoncer qu'avait une influence certaine sur un tiers des votes. Et qu'il était prêt à appuyer le candidat qui se présenterait. Il était évident que ce dernier serait lui-même. Mais que devrait-il donner en échange, pour s'assurer du soutien de cet homme ?

S'il lui proposer d'annuler la dette qu'il lui devait, cela pourrait-t-il passer comme un échange acceptable ? Il pouvait toujours essayer…

- Une bonne référence et des recommandations font toujours un meilleur effet, vous avez raison. Mais me voilà pris d'un doute… Une lettre pourrait-elle suffire ?

Zorille ne le vit pas, mais l'homme devant lui venait de retenir à grand-peine son excitation. La lettre en question était la reconnaissance de dette qu'il avait dû signer au bénéfice de Zorille quelques années plus tôt, et qui était – depuis autant de temps – une épine dans son pied. Réfrénant son impatience, il laissa couler quelques instants de silence, pour donner l'impression au futur ministre qu'il mesurait sa proposition. Encore une fois, l'homme à la moustache ne savait pas que c'était exactement ce qu'il avait attendu de lui.

- C'est fort probable, répondit-il finalement avec des yeux légèrement plus brillants que d'ordinaire. Je suppose qu'une bonne signature ferait l'affaire pour que la lettre soit acceptée et reconnue. Mais les paroles peuvent parfois avoir également un effet assez étonnant sur les gens…

- Hum…

Zorille hésita un instant. Sa signature annulerait la dette – c'était un fait accepté – mais les paroles réclamées par son vis-à-vis le mettaient mal à l'aise. Il s'agissait sans doute d'un serment pour que cette dette tombe à jamais dans l'oubli, sans jamais passer par les archives du ministère… Oui, c'était bien dans les manières de cet homme d'agir ainsi.

Accepter le mettrait dans une position délicate, si quelqu'un venait à découvrir cet arrangement. Car la reconnaissance de dette dont ils parlaient était un papier officiel qui, si elle était adressée à Zorille en particulier, était également adressée au ministère anglais qui avait utilisé ses ressources pour cacher cet homme et empêcher son pays d'origine de remettre la main sur lui.

- Tout dépend de la garantie offerte, finit-il par dire.

- Ho ! Les paroles peuvent avoir du poids quand quelqu'un de reconnu assure le Magenmagot que le candidat proposé bénéficie de tout son soutien. Généralement, ce type de confiance ostensible peut avoir des répercussions sur la confiance d'autres personnes…

Zorille, habitué à marcher sur le fil délicat des sous-entendus, comprit que son vis-à-vis était également prêt à prêter serment pour l'appuyer dans cette élection exceptionnelle à venir. Et qu'il ne le ferait pas à moitié. Et il n'était pas fou au point de refuser une telle offre. C'était une bonne chose d'avoir un homme tel que lui à ses côtés…

- Vous avez une conversation fort intéressante, répondit finalement Zorille, marquant son accord pour cet arrangement. Peut-être pourrions-nous convenir d'une nouvelle rencontre, prochainement ? J'aimerais vous exposer quelques idées et quelques documents. Et, bien sûr, vous écouter sera un grand plaisir.

- Je vous en prie, la conversation fut également fructueuse pour moi. Que diriez-vous de nous rencontrer demain ? Je connais un petit restaurant sympathique et discret, où personne ne risquerait de couper notre discussion.

- C'est entendu. Passez me prendre à midi, je serai prêt.

Les deux hommes se levèrent et se serrèrent les mains en signe d'accord. Après avoir également souhaité une bonne journée à l'homme sec qui était resté dans l'ombre, Zorille sortit du bureau. Dans le couloir, il se lissa la moustache de contentement.

Car en sortant du bureau, il était persuadé d'avoir fait la meilleure affaire de sa vie : il occuperait très bientôt la fonction de Ministre de la Magie, grâce à l'accumulation de ses propres contacts et de ceux de l'homme qu'il venait de quitter… Et en échange, il avait seulement dû mettre cette ancienne dette dans la balance. Un serment également, mais le tout restait une très bonne affaire, vraiment.

Dans le bureau, l'homme maigrichon venait de refermer la porte et de reprendre le fauteuil devant le bureau de son patron. Ce dernier ricanait légèrement.

- Tu avais raison, mon cher, ça valait le coup de lui parler. Je n'aurais jamais imaginé une conclusion si rapide. Et surtout, aussi avantageuse.

- Pourriez-vous m'expliquer, monsieur ?

- Zorille et moi nous rencontrons demain pour finaliser notre accord : il apportera le parchemin de la dette, le signera pour l'annuler et prêtera serment pour ne jamais en divulguer l'existence. Tu sais que ce parchemin reste un point faible dans mon armure. C'est donc la ma garantie qu'il ne pourra pas être utilisé contre moi. En échange, je lui prêterai mon appui pour se faire élire comme nouveau ministre de la magie, et ce sans qu'aucune élection ne vienne perturber nos plans.

- Et vous serez libre.

- Parfaitement. Encore plus que tu ne le crois : non seulement je n'aurai plus aucune dette envers qui que ce soit, mais en plus, Zorille ne me posera aucun problème politique.

- Comment ça ?

- Tu ne t'en es peut-être pas aperçu, mais il a bien dit qu'il a des idées à me proposer : il n'a donc pas l'intention de m'évincer du pouvoir. Il croit qu'il me manipule et qu'il va pouvoir se servir de mes atouts quand, en fait, c'est moi-même qu'il sert… Et tu avais raison également sur un autre point : je n'aurai pas besoin de le superviser. Il ne maîtrise pas encore bien son corps et ses émotions, mais sa parole est sous contrôle : il saura manœuvrer son monde… Bientôt, je vais pouvoir reprendre les recherches et les explorations avec toi, mon cher.

- Je suis heureux de l'apprendre, monsieur.

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Samedi 27 juin, matin

« C'est pas vrai ! » pestait Draco intérieurement. « Est-ce qu'il ne peut pas me laisser en paix, de temps en temps ? C'est trop lui demander de me laisser tranquille au moins jusqu'au déjeuner ? »

Le jeune sorcier blond fuyait le château après une énième confrontation avec Harry Potter. Le jeune héros n'était pas dans son assiette et lui avait reproché bizarrement de rendre sa relation avec la petite Weasley difficile. Il fallait vraiment qu'il aille se faire soigner. Il n'était même pas sûr d'avoir réellement croisé la belette femelle depuis la défaite de Voldemort…

Après quelques minutes de marche dans l'air frais, il se sentait déjà mieux. Et sa magie était plus calme. Il aperçut Luna Lovegood assise sous un arbre, les yeux dans le vague, et il s'approcha.

- Salut Loufoca.

- Bonjour, dit-elle en levant les yeux. Ça fait longtemps que tu n'es pas venu discuter…

- Ça fait longtemps que tu n'es pas venue me voir chez les Serpentards.

- Tu sais bien que les cachots étaient infestés de Langueboucs pendant la guerre. A cause des Carrow… Ça n'était pas une bonne idée pour moi de venir vous voir.

- C'est sûr… réalisa le jeune homme, sans relever l'inexistence des Langueboucs.

Les Carrow n'étaient pas connus pour accepter qu'on pense différemment. Et pour un oui ou pour un non, ils aimaient torturer. Si Loufoca était venue leur rendre visite, elle aurait été une cible. Ou alors, eux l'auraient été. Car les Carrow auraient sans doute sauté sur la conclusion que les Serpentards commençaient à avoir une attitude rebelle en s'alliant avec des éléments subversifs.

Cette période n'avait pas été simple pour les Serpentards non plus, quoi qu'aient pu en penser tous les autres au château. Draco soupira.

- Je crois que j'aurais aimé que rien de tout ça ne soit arrivé, avoua-t-il au bout de quelques minutes. Et… Je suis désolé pour toi. Pour ce que tu as subi, ajouta-t-il en faisant référence à son enfermement au Manoir.

- Pourquoi ? demanda Luna en se tournant vers lui. La guerre m'a offert tellement de bonheur…

Draco l'observa, un peu interloqué. Il savait qu'elle avait une certaine folie douce, ce qui avait souvent amusé ses camarades de chambre, à l'époque. Mais elle n'était pas folle à ce point. Il la vit poser doucement la main sur son ventre et sourire.

- J'ai attrapé un petit sorcier dans le ventre, affirma-t-elle. Je n'aurais peut-être pas eu la chance de le connaître s'il n'y avait pas eu la guerre…

- Tu… Tu quoi ? Comment ? C'est impossible !

- Tu semble bien surpris, Draco Malfoy. N'aurais-tu jamais appris comment on fait les bébés ? Je peux t'expliquer, si tu veux. Tout ça, c'est une affaire de rencontre entre les…

- Non ! Loufoca, s'il te plaît, je sais.

- Ah ? Dommage. J'ai toujours aimé raconter la rencontre des nutons avec la reine rouge…

- Est-ce que… Il y a un père ? Je veux dire, qui est-ce ? Qu'est-ce qu'il en dit ?

- Bien sûr qu'il y a un père. Mais il ne peut plus parler aujourd'hui…

Draco observa attentivement la jeune fille. Il avait de bons dons d'observation, quand il s'agissait de repérer la faiblesse de quelqu'un. Et là, il pouvait nettement reconnaître le voile de la souffrance. Potter avait le même parfois. Le père était probablement mort…

- Est-ce que tu vas le garder ? demanda-t-il finalement.

- Tu vois, j'ai la drôle d'impression qu'il aura le même accueil à chaque fois que je parlerai de lui…

- Laisse tomber ce que je viens de dire. C'est ta vie. Mais est-ce que je peux savoir comment tu vas faire ?

- Je ne resterai pas à Poudlard, dit-elle en reportant son regard sur le château. Je m'y sens étouffée, observée sans cesse, de toutes parts. Critiquée par ceux qui savent… Presque tous ceux de ma maison, en fait. J'ai décidé de m'éloigner pour reprendre un peu le contrôle sur ma vie… Je vais quitter Poudlard.

Draco songea qu'il avait les mêmes sensations ces derniers temps. Quitter Poudlard pour reprendre le contrôle, pourquoi pas ? Loin de Potter et de ses ordres stupides… Mais pour aller où ?

- Que vas-tu faire, exactement ? Tu vas devoir t'en occuper, dit Draco en pointant le ventre de la jeune fille.

- Je vais reprendre le Chicaneur. On a gagné pas mal d'argent, pendant la guerre. Les gens nous achetaient beaucoup et je veux continuer sur cette dynamique. Et je vais envoyer mon père en Scandinavie, il sera content. Les Ronflaks cornus se sentent bien, là-bas. J'aimerai bien que mon père les trouve… Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ? Reprendre les affaires de ton père, comme prévu ?

- Non, je crois que ça serait une mauvaise idée, répondit Draco en songeant à tous ses problèmes actuels.

- Tu as envie de faire autre chose ?

- Pas vraiment… Je n'ai pas tellement de possibilités en fait, ajouta-t-il en pensant cette fois à sa perte de baguette.

Il observa la jeune femme se lever et s'étirer longuement. Elle baissa ensuite les yeux vers lui.

- Tu devrais partir si tu veux te sentir libre, tu sais… Si tu es loin, il aura moins d'emprise sur toi. Je te laisse, j'aperçois Malinovski là-bas, et je suis sûre qu'il vient te voir.

Draco renonça à lui demander de qui elle parlait et l'observa s'éloigner d'un pas plutôt sautillant. Il se demanda si elle était au courant de sa dette envers Potter. S'il devait en juger par les années où elle était venue voir les Serpentards, sur les nombreuses remarques anodines qui faisaient toujours mouche… Probablement le savait-elle.

Il soupira profondément et renversa la tête en arrière. Qu'allait-il faire ? C'était une sacrément bonne question…

- A quoi tu penses ? le coupa-t-on dans sa rêverie.

- Igor, salua Draco en ouvrant les yeux. Je songeais à mon avenir. C'est bien obscur. Je ne sais plus quoi faire. M'éloigner d'ici serait une bonne idée, mais pour faire quoi, pour aller où ? Je n'ai même plus de baguette pour travailler… Et je ne pense pas qu'on me laissera reprendre les affaires de mon père. Je suis sûr que les vautours du ministère sont dessus…

- Au moins, tu ne penses plus que tu seras immédiatement enfermé. C'est une bonne chose d'espérer… Tu sais, tu n'es pas obligé d'avoir une baguette magique pour travailler. Je n'en ai pas, moi.

- Oui. J'ai remarqué dans la tour que vous lanciez des sorts sans baguette. Mais c'est pour les sorciers puissants, seulement, soupira le jeune homme. Et je suis loin d'être puissant, vous savez.

- Tu as tort, la puissance n'a rien à voir là-dedans. Je pratique juste la magie verte.

- Ho ! s'exclama Draco avec surprise. Vous êtes un druide, alors ?

- Oui, mais on se définit plus comme des médicomages aujourd'hui. Même si on fait bien plus plus avec notre magie que les médicomages simples, admit-il ensuite. Quand je suis sorti du Palais des Bois, à la fin de mes études, j'ai rendu ma baguette. Elle ne m'était plus réellement utile. Toute ma magie interne s'est transformée pour s'adapter à ma pratique de médicomage. J'ai changé de statut magique. Je ne suis pas comme les étudiants ici, qui se cherchent et ont encore plein de possibilités. Moi, par exemple, même avec une baguette entre les mains, je ne peux plus lancer le moindre sort de mort.

- Alors vous êtes sans défense, répliqua immédiatement Draco, en songeant à sa propre expérience.

- Ho, non, ne t'inquiète pas pour moi. Il y a toujours un moyen de contourner les règles, répondit Igor avec un sourire carnassier.

- Y a-t-il d'autres métiers qui ne nécessitent pas de baguette ?

- Probablement. Mais je ne les connais pas.

- Vous saviez ce que vous vouliez faire, quand vous aviez mon âge ?

- Non, pas vraiment. Mais je savais que je ne voulais plus de tueries. Je voulais aider les gens qui souffrent alors qu'ils ne l'ont pas mérité. J'ai entendu pas hasard qu'il existait une école de magie verte – le Palais – et j'y suis allé. Il se trouve que j'ai été accepté, alors je suis resté jusqu'au bout. Finalement, je suis devenu druide et la médicomagie est devenue le centre de mon existence.

- Comment avez-vous été accepté ?

- Je ne sais pas exactement. Le jour qu'ils appellent celui de « l'inscription », les portes du domaine s'ouvrent en grand. Il y a des gens qui passent et d'autres qui sont étrangement bloqués. Je n'ai jamais su sur quel critère nous étions acceptés ou refusés, mais je sais que la motivation était essentielle. On n'est jamais appelé pour devenir un médicomage naturel, il faut avoir envie et travailler pour le devenir.

- Pourquoi madame Pomfresh ou les médicomages de Sainte Mangouste ont des baguettes ?

- Il existe d'autres écoles que le Palais qui enseignent une partie des savoirs nécessaires. C'est suffisant pour ceux qui n'auront à guérir que des blessures ou des maladies de sorciers. Surtout si ce sont des maladies courantes. Mais ils ne pourront jamais travailler sans leur baguette, et ils sont incapables de soigner correctement les autres créatures magiques.

Draco songea un instant à Hane, le frère de Pony, son elfe de maison. Quand il était petit, les deux elfes se relayaient pour prendre soin de lui. Il les appréciait assez, même si son père lui disait qu'il fallait leur montrer la supériorité des sorciers…

Hane était tombé malade et le médecin de famille avait accepté de jeter un œil à l'elfe après que Draco l'ait supplié. Mais il n'avait rien su faire et Hane était mort. Il en avait été bouleversé pendant plusieurs semaines, malgré les bonnes attentions de Pony qui, laissant son propre chagrin de côté, avait tout fait pour le consoler. Il aurait bien aimé pouvoir le guérir, à cette époque-là.

- Vous êtes capable de soigner des elfes de maison ?

- En grande partie, oui. Bien sûr, il existera toujours chez les créatures une partie animale que je ne suis pas capable de comprendre, et qui peut parfois troubler mes tentatives de guérison. Mais je peux globalement les appréhender, et au moins soulager les plus grands maux… Tu pourrais faire un bon médicomage, je pense, lança Igor après quelques instants de silence.

- Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? Je me fiche complètement de la souffrance des autres. C'est la mienne qui importe.

- J'avais compris. Mais c'est dommage, pourtant. Tu as su comprendre les sortilèges décrits dans mon livre et tu as su en partie les appliquer naturellement. Tu as peut-être une sorte de don…

- Ça serait bien la première fois, marmonna le sorcier blond.

- A vrai dire, plus j'y pense et plus je trouve que c'est une bonne idée. Pas besoin de baguette, la possibilité de comprendre tes propres problèmes et celle de t'éloigner de Potter.

- Qu'est-ce que Potter vient faire dans la conversation ? râla Draco.

- Je ne suis pas idiot, Draco. Je vois bien qu'il perturbe ta magie, même si je suis incapable de comprendre pourquoi. Peut-être même qu'il est à l'origine des batailles que j'ai constatées dans ton corps.

- Des batailles ? demanda le jeune homme, soudain attentif.

- Oui. Des batailles entre tes divers flux vitaux. Ils se déplacent, te blessent, se réparent à l'infini. C'est très étrange. Mais je ne peux pas t'aider parce que c'est la première fois que j'assiste à un tel phénomène. Je n'en comprends pas les causes…

- Il n'en est pas à l'origine. Ma douleur remonte à bien plus longtemps. Mais au moins, souffla Draco en fermant les yeux, vous me prouvez que je ne suis pas fou. J'ai toujours dit à mes parents que j'avais mal, à l'intérieur, mais personne ne me prenait au sérieux parce que les médicomages ne voyaient rien d'anormal.

- Les problèmes magiques ne s'analysent pas simplement avec des sorts de diagnostic. Enfin, pas avec ceux que la plupart des faux médicomages apprennent. Il faut notre pratique, nos années d'expérience et de compréhension, notre œil appliqué et nos méthodes. C'est un art souvent plus complexe qu'il n'y parait.

- Vous êtes le premier vrai druide que je rencontre, affirma Draco. Pourquoi les médicomages qui pratiquent la magie verte sont-ils si peu nombreux ?

- Une seule école et un monde magique bien vaste… Tu as là ta réponse. De plus, nous sommes tenus de voyager. Nous pallions à notre faible nombre en nous laissant guider par les appels de détresse et en voyageant. Nous apportons notre aide à ceux qui ne peuvent pas la trouver autrement. Nous nous tenons à la disposition de tout le monde.

- Je ne sais pas si j'ai envie de me limiter en devenant un pratiquant de la magie verte…

- Ha ! Ha ! Ha ! Voilà bien une réflexion de débutant, jeune homme. La magie verte ne limite pas ses adeptes : elle ferme des portes, certes, mais c'est pour mieux ouvrir les autres, voire en ouvrir de nouvelles.

Draco bouda une seconde parce qu'il détestait qu'on se moque de lui. Mais il devait bien avouer que l'idée d'Igor n'était pas mauvaise. Il serait loin de tous ceux qui le méprisaient, loin de Potter, loin de la pression et de la douleur.

- Et où il est ce Palais ?

- Aux Etats-Unis.

Ah. Bien sûr, le gros inconvénient, ce serait de devoir se débrouiller seul… Loin de tout le monde, quoi.

- Je crois que je vais y penser… dit finalement Draco.

Igor sourit et se leva sans un mot. Il savait qu'il avait fait mouche. Il le voyait dans l'aura enfin brillante d'espoir du jeune sorcier. Il n'était pas médicomage pour rien : il avait quand même suivi des cours de psychologie sorcière. Il s'éloigna sur l'idée qu'il avait presque sauvé son protégé. Il devait maintenant le laisser libre de faire son choix.

Ce dernier songeait, quant à lui, que le projet de partir à l'étranger pouvait être un bon moyen d'échapper à Azkaban. Il fallait juste qu'il présente cette idée de manière à ce qu'elle plaise au tribunal… Il avait besoin de l'aval et des conseils de son parrain…

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- Parrain, j'ai besoin d'aide, annonça Draco d'un bloc en entrant dans les appartements du maître en potions.

- Rappelle-moi qui t'a appris les bonnes manières ? râla l'homme en levant les yeux du carnet sur lequel il était en train d'écrire.

- Mais c'est toi, mon cher parrain, répondit Draco avec un air moqueur.

- Assieds-toi plutôt et explique-moi pourquoi tu as défoncé ma porte à la manière d'un Gryffondor, demanda Snape à Draco.

Celui-ci envisagea quelque seconde l'option de bouder mais se décida finalement à exposer son tout nouveau projet.

- Tu sais que je vais devoir passer en jugement dans…

Draco s'interrompit une seconde en s'apercevant qu'il ne savait vraiment rien de la manière dont pouvait se dérouler son avenir ou quand il serait arrêté ou jugé, mais il reprit tout de même.

- …dans les semaines à venir, probablement. Et j'ai besoin de tes lumières ; je veux convaincre les juges que c'est inutile de me donner un baiser de Détraqueur, déjà, puis…

- Tu penses que tu peux être condamné au baiser du Détraqueur ? s'étonna Snape en le coupant.

- Evidemment ! Ma mère m'a expliqué que la plupart des anciens Serpentards Mangemorts vont y avoir droit, pourquoi pas moi ?

- Alors ces inconscients ne t'ont pas expliqué… Ça ne m'étonne qu'à moitié, ceci dit, râla le professeur. Potter a plaidé en ta faveur auprès du ministère : il a réussi à t'éviter la sanction ultime, même si tu seras quand même jugé.

« Alors je ne vais pas mourir ? » songea d'abord Draco avec un soulagement sans nom. Puis il ne put s'empêcher de regretter de ne pas l'avoir su avant. Il aurait voulu réclamer de revivre les dernières semaines sans avoir senti le couperet au dessus de sa tête. Mais il songea également que si Potter avait plaidé pour lui, il avait d'autant plus de chances d'obtenir l'exil plutôt que l'emprisonnement. En revanche, il avait de moins en moins de chances de retrouver sa liberté magique...

Potter pouvait-il sauver sa vie, sans même qu'il soit mis au courant ? Il n'en savait rien, mais il fallait vraiment qu'il s'éloigne de lui. Conscient ou inconscient, Potter était capable d'augmenter son emprise sur lui. Et si c'était le cas... Il serait définitivement perdu.

- Bon, voilà un premier bon point, déclara Draco. Je savais bien que ça payait de venir te demander de l'aide, dit-il avec un sourire ironique. Maintenant, j'ai besoin que tu m'aides à les convaincre qu'il est moins intéressant de m'enfermer que de m'envoyer à l'étranger.

- Tu veux t'exiler ? demanda le maître des potions, sceptique.

- Pas exactement. Mais j'aimerais intégrer une école de médicomagie aux Etats-Unis.

- Si loin ? Tu es sûr ? Pourquoi là-bas ?

- Pour étudier la magie verte. Comme ça, je n'aurai plus de problème de baguette, je serai loin de Potter et les choses se tasseront sans doute ici, le temps que je revienne…

- Toute ta scolarité aux Etats-Unis… Tes parents vont être inquiets… Ils n'ont déjà pas voulu t'envoyer à Durmstrang, alors à l'autre bout du monde.

- Je… Je pensais que c'était une bonne idée, hésita le jeune homme. J'ai vraiment envie d'essayer.

Severus reconnut le Draco qu'il éduquait parfois, enfant. Il pouvait toujours faire le beau, mais Severus connaissait ses incertitudes, ses doutes et son manque de confiance en lui. Un peu comme Igor, il y a longtemps. Le professeur songea que c'était peut-être lui-même que ce projet de partir effrayait. Comment pourrait-il veiller sur son unique filleul, sa seule famille ? Pas qu'il soit extrêmement sentimental, mais Draco avait besoin de lui depuis tant d'années…

Cependant, il fallait bien laisser grandir les enfants. Il se leva et prit le jeune sorcier dans ses bras, le serrant assez fort contre lui.

- C'est une bonne idée, Draco. Un bon projet. Promets-moi seulement de toujours bien travailler tes potions.

Draco sourit, à la fois rassuré et amusé par la réaction de son parrain, et il promit.

- Est-ce que tu peux m'aider, alors ?

Aider… Le sombre professeur songea à ce qu'il avait dit à Albus, dans le bureau de la directrice. Il ferait tout pour permettre à son filleul de vivre heureux. Et aux Etats-Unis, dans une nouvelle école, il serait probablement mieux protégé des conspirations – peu importe de quoi il s'agissait – de ceux qui voulaient le voir souffrir...

- Je crois que ton père est mieux placé que moi pour convaincre un tribunal de te laisser partir, dit-il finalement.

- Mon père ? Comment le pourrait-il ?

- Tu ne sais sans doute pas ça non plus : Potter l'a sauvé. Tout comme ta mère. Et si elle est libre, ton père est assigné à résidence. Il est au manoir Malfoy. Je suppose que ta mère y est aussi.

- Tu crois qu'il peut m'aider ?

- Je suppose qu'il a beaucoup moins d'influence qu'avant, mais tu devrais aller le voir quand même. Qui sait. Par contre, fais attention et soit rapide. La résidence est surveillée et tu pourrais être arrêté avant même d'avoir pu voir ton père.

- S'ils voulaient m'arrêter, ils l'auraient fait avant, non ?

- Pas à Poudlard. McGonagall est loin d'être parfaite, mais elle parvient à garder l'école hors de l'influence des politiciens. Sans doute une influence de Dumbledore. Les Aurors ne viennent pas ici, alors tu es protégé, mais là-bas… Il y a un risque.

- Mais c'est une de mes seules chances de faire passer mon désir de partir au tribunal… N'est-ce pas ?

- En effet, soupira l'homme. Prend tes deux morceaux de baguette et trouve une belle histoire à raconter. Tu ne pourras pas te défendre avec, mais ce n'est pas l'essentiel. De toute façon, le ministère voudra l'avoir.

- D'accord. Attends-moi, j'arrive…

Au bout de quelques minutes, il revint dans les appartements de son parrain parfaitement habillé – c'était nécessaire s'il voyait son père – et sa baguette brisée dans la poche.

- Tu peux me prêter ta cheminée, maintenant ? demanda Draco.

- Bien sûr. Suis-moi. La poudre de Cheminette est sur le linteau, dit-il en allumant un feu de cheminée d'un coup de baguette. Vas-y, tu as tous mes encouragements.

Draco lança la poudre et entra dans les hautes flammes. Il entendit son parrain lui dire qu'il était fier de lui et il lui sourit, reconnaissant, avant de prononcer clairement « Manoir Malfoy ».

En regardant la cheminée désormais vide, le maître des potions eut un léger pincement au cœur. Un mauvais pressentiment ? Peut-être. La peur que Draco lui manque ? Certainement. « Va, » songea-t-il. « Fuis loin des machinations, même si c'est loin de moi. »

DMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDMDM

Draco atterrit dans le petit salon du manoir et se dirigea immédiatement et rapidement dans les étages. Connaissant ses parents, ils étaient sans doute dans le jardin d'hiver, sur le toit. Ils adoraient cet endroit. Arrivé au quatrième étage, il poussa la baie vitrée et entra dans le jardin. En s'avançant sur les dalles rouges, il grimaça. Il avait toujours trouvé la débauche de fleurs magiques, de toutes les couleurs, épuisante pour le regard.

En passant l'un des coudes de l'allée dallée, il tomba nez à nez avec ses parents et se figea. Sa mère était couchée sur l'un des transats de pierre et son père était couché sur sa mère. Les mouvements qui faisaient bouger la cape qui les recouvrait étaient suspects. Il se réveilla et se retourna d'un seul coup, les poings sur les yeux, quand il entendit sa mère glousser.

- Ah non ! Vous ne pouvez pas faire ça ailleurs et à un autre moment de la journée ! râla-t-il, un peu malade.

- Chéri ! Tu es guéri ? s'écria sa mère joyeusement.

Mouais. Ses parents avaient un sens de l'observation incroyablement développé, pensa-t-il ironiquement. Comme s'ils s'étaient inquiétés avant de son état de santé !

- Il en a l'air, en tout cas, dit une voix que Draco ne connaissait pas.

Il ouvrit les yeux et se retrouva face-à-face avec trois Aurors.

- Madame Malfoy, voulez-vous bien vous couvrir, s'il vous plaît, demanda un Auror gêné.

Draco se retourna et vit ses parents se draper chacun dans leur cape. Sa mère gloussait encore, il en était sûr. Son père se leva dignement et demanda aux Aurors ce qu'ils faisaient dans son manoir.

- Je suis assigné à résidence, d'accord, mais je suis encore libre chez moi !

- Nous ne sommes pas venus ici pour vous, Malfoy, cracha l'un d'eux, mais pour votre fils. Nos dispositifs nous ont prévenus de son arrivée. Or, il fait partie des anciens Mangemorts qui doivent encore passer en jugement au ministère. Nous devons l'emmener.

- Comme vous y allez… Monsieur ?

- Auror Grissom.

- Hé bien, Auror Grissom, vous me laisserez bien quelques minutes pour parler avec mon fils avant de l'emmener. C'est peut-être la dernière fois que je le vois. Vous qui êtes un expert en Mangemorts, vous le savez sans doute… Vous avez des enfants, monsieur Grissom ?

- Hum… Je veux bien vous laisser une dizaine de minutes, accorda l'Auror en s'éloignant de quelques pas pour leur laisser un peu d'intimité. Mais après, je devrai l'emmener, lança-t-il. C'est de mon devoir.

- Bien, approuva le père qui n'avait pas vraiment le choix. Draco, comment te sens-tu ? demanda-t-il ensuite en reportant son attention sur son fils.

- Ça va. Je suis désolé que les Aurors soient entrés. J'espérais que ça n'arrive pas.

- Un Malfoy n'est jamais désolé… commença Lucius.

- … c'est un signe de faiblesse, je sais, termina Draco.

- Pourquoi es-tu là, mon poussin ?

- Mère ! protesta Draco, détestant toujours autant ce petit nom.

Il leva les yeux au ciel en la voyant ricaner. Elle pouvait bien jouer les épouses froides en société, elle restait une Serpentard qui savait comment vous faire réagir et qui s'en amusait quand personne ne la regardait.

- Je voulais vous faire part de mon désir de quitter l'Angleterre. Je voudrais partir aux Etats-Unis dans une école de médicomagie.

- Quoi ? s'écria Lucius, particulièrement surpris. Mais pourquoi si loin. Et pour de la médicomagie en plus… Il y a plus… prestigieux, comme métier.

Il s'en serait douté. C'était typiquement le genre de réaction qu'il avait attendu de la part de son père. Cependant, il avait une belle histoire pour lui, pour qu'il l'appuie et le soutienne auprès du ministère.

- Père, reprit Draco à voix basse. C'est en attendant que l'excitation populaire contre les anciens Mangemorts se tasse. Je reviendrai ensuite et je reprendrai les affaires familiales. Je viens vous juste vous demander de l'aide pour convaincre les juges d'accepter ma requête, en attendant mon retour…

- Bon. Tu me rassures. Mais ça ne va pas être facile de convaincre un tribunal de te laisser partir. Connaissant les membres du ministère, ils vont vouloir faire traîner les choses et tu vas être enfermé longtemps. Pourquoi n'es-tu pas resté à Poudlard ?

- Jusqu'à quand ? demanda froidement Draco.

Ses parents ne s'étaient pas inquiétés de l'en sortir, visiblement. Combien de mois aurait-il passés là-bas, avant que ses parents ne se décident à agir pour le blanchir et le ramener à la maison ?

- Certes… ronchonna Lucius. Il va falloir préparer ton départ, commence à y penser… Je vais voir si je peux faire fonctionner mes anciens appuis du ministère pour avancer la date de ton procès le plus tôt possible. Il ne faudrait pas que tu restes en prison trop longtemps et que tu manques la rentrée dans ta future école. Je vais t'accompagner au ministère, puisque les Aurors doivent t'y emmener pour t'inscrire sur le registre des prisonniers et entreposer ta baguette.

- Merci, Père.

- Auror Grissom ! Je souhaite accompagner mon fils au ministère !

- Je suis désolé, monsieur, mais ça ne va pas être possible. Vous êtes assigné à résidence.

- Mais enfin, s'énerva Lucius qui n'avait pas l'habitude qu'on lui dise non, je n'ai pas l'intention de m'évader ! Je veux juste aller au ministère !

- C'est impossible, confirma un second Auror.

- Ha oui ? demanda Lucius en se tournant vers ce dernier. Et si je vous insulte de résidu de slip de troll… Il y a insulte envers un agent du ministère en fonction, n'est-ce pas ?

- Heu… oui, répondit-il en ne sachant pas où l'aristocrate voulait en venir.

- Très malin, monsieur, s'amusa l'Auror Grissom.

- Qu'allez-vous faire, alors ?

- Appeler une autre équipe d'Aurors pour vous emmener au ministère, afin de procéder à l'enregistrement d'un procès-verbal en bonne et due forme pour insulte à Auror dans le cadre de ses fonctions, répondit celui-ci, toujours amusé.

- Bien. Nous sommes donc tombés d'accord, conclut Lucius avec satisfaction.

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Samedi 27 juin, fin de matinée

Lucius entra dans la cabine téléphonique rouge, entourés par deux Aurors, à la suite de son fils déjà à l'intérieur. Celui qui avait pour nom Grissom annonça l'objet de leur visite. « Demande d'audience pour la date et l'objet d'un procès ». Trois badges portant la mention Rendez-vous avec Franck Sinistre tombèrent et chacun épingla le sien.

Dans le grand Hall, encore en reconstruction, les deux équipes se rejoignirent. La foule se pressait de toutes parts. Ils passèrent tout près de l'espace des cheminées internationales et l'attention de Draco fut attirée par un vieux sorcier à la longue barbe grise, qui donnait sa destination à un employé du ministère. « Les Etats-Unis ». Le jeune homme songea qu'il serait lui-même là-bas dans pas si longtemps que ça. Enfin, si on lui en laissait l'occasion…

- Attrapez-la ! hurla soudain une voix.

Les quatre visiteurs furent surpris par le moment de bousculade qui suivit l'appel. Dans le désordre, Draco aperçut une grande femme à la peau foncée se faire rattraper par deux Aurors, qui la saisirent chacun par un bras. Elle se débattait furieusement.

- Cessez cela, vous êtes en état d'arrestation ! cria l'un d'eux.

- Qu'est-ce que vous faisiez près du Manoir Malfoy ? demanda l'autre.

Draco haussa les sourcils et se tourna vers son père, qui pour une fois paraissait aussi surpris que lui.

- Je vous l'ai déjà dit, j'ai été appelée il y a plusieurs semaines ! répondit la femme à la peau chocolat, avec un étrange accent.

L'un des Aurors aperçut les Malfoy et ils s'approchèrent, en maintenant toujours la jeune femme fermement.

- Monsieur Malfoy. Connaissez-vous cette personne ?

- Non, je ne l'ai jamais vue, répondit Lucius Malfoy en fronçant des sourcils.

Draco fut perturbé par les yeux perçants que la jeune fille fixait sur lui.

- Si elle a été appelée vers le Manoir Malfoy il y a plusieurs semaines, c'était sans doute à l'époque de Voldemort, dit Grissom.

- C'est également ce que je pensais, dit l'un des Aurors en se tournant vers son collègue. Salut Grissom. Alors tu étais ici ? L'Auror resté au manoir Malfoy a appelé mon équipe d'urgence il y a quelques minutes, pour cette belle qui tentait de rentrer par les jardins. Je me demandais où tu étais passé alors que tu étais censé surveiller l'endroit.

- Et moi, Malone, je croyais que tu étais à la poursuite des Mangemorts portés disparus.

- Je viens de rentrer. On en a retrouvé deux de plus, hier.

- Messieurs, excusez-moi de vous couper, mais il se trouve que j'ai un rendez-vous, dit froidement Lucius Malfoy.

- Oh ! Malfoy, tu n'es plus chez toi, ici. Reste calme ! lui dit le dénommé Malone.

Cette exclamation lui valu un instant d'inattention et la jeune femme en profita pour se dégager rudement de l'emprise des Aurors. Elle se mit à courir vers les cheminées internationales.

- Par les boules de Merlin ! Rattrapez-la ! hurla Malone.

En pleine course, Draco vit les fesses de la jeune fille s'allonger démesurément jusqu'à former une croupe de cheval. Elle était en train de se muer en… En centaure. Personne n'osa plus l'approcher quand elle envoya valser un Auror d'une ruade. La transformation était complète quand elle bouscula le vieux sorcier à barbe grise et plongea dans une cheminée à sa place.

- Hé ! Ma cheminée longue distance ! Ça fait une heure que je l'attends ! râla-t-il.

- Par les caleçons de Pendragon ! Malfoy, tu devrais apprendre à la fermer !

- Ça n'est pas moi qui l'ai lâchée, constata Lucius avec un rictus moqueur.

- Que se passe-t-il ici ? gronda une voix.

- Désolé pour le désordre, monsieur, répondit rapidement l'un des Aurors.

- C'était juste une illuminée qui a fui aux Etats-Unis, expliqua Malone à l'homme qui venait de prendre la parole.

- Alors pourquoi cette agitation ?

Les Aurors baissèrent la tête. Il n'était jamais bon d'attirer l'attention des pontes du ministère. Car c'était eux qui donnaient leur aval pour les promotions et les augmentations des employés. Aurors compris.

- Tiens ! Lucius Malfoy, s'exclama finalement l'homme en apercevant l'aristocrate.

- Neb, le salua chaleureusement Lucius. Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas vu.

- Et moi donc, Malfoy. Il faut dire que ces derniers mois ont été plutôt… agités. Que venez-vous faire au ministère ?

Draco observa l'homme qui les saluait de façon plutôt affable. Il était soulagé de voir que tout le monde ne les méprisait pas, alors que le respect dû à leur nom était au plus mal. Mais il fut perturbé par le visage de l'homme. Il avait la peau extrêmement blanche, des cheveux blonds coupés ras et… des yeux rouges. C'était très étrange. Probablement l'homme albinos dont sont père lui avait parfois parlé.

- Je viens voir monsieur Sinistre, pour mon fils. Et lui, il vient pour être enregistré sur le registre des prisonniers… répondit Lucius d'une voix assez basse.

- Pourquoi ça ? Il me semblait que vous étiez tranquilles. Que le sauveur vous avait blanchis.

- Il n'a pas pu faire grand-chose pour mon fils, à part lui éviter le baiser des Détraqueurs. Je viens demander à Sinistre d'avancer le procès au plus tôt.

- Tiens donc ? C'est original, commenta Neb avec surprise.

Lucius observa l'employé du ministère, pendant que ce dernier observait son fils. A la manière dont il avait calmé les Aurors, il avait dû grimper quelques échelons supplémentaires dans la hiérarchie… Lui exposer la situation de Draco ne pouvait pas leur faire de mal.

- Je sais. Je voudrais que mon fils ait l'autorisation de partir en exil pour entrer dans une école de médicomagie, aux Etats-Unis. Nous aimerions que la sentence du tribunal penche vers l'exil et non la condamnation à une peine d'emprisonnement.

- Hum… Je vois. C'est un pari risqué. Mais il est vrai que vous risquez moins que la plupart des prisonniers… Allons-y alors. Monsieur Malfoy, suivez moi. Messieurs Malone, Grissom, vous pouvez disposer. Je prends les messieurs Malfoy en charge.

Les deux Aurors s'inclinèrent devant la décision et chacun repartit à ses affaires avec son équipe. Neb fit signe à deux autres Aurors, en faction plus loin, de les rejoindre et de les accompagner. Arrivé au dépôt des baguettes, Draco sortit les deux morceaux de la sienne et les tendit au sorcier surveillant.

- Pourquoi est-elle en morceaux ? demanda ce dernier.

- Je… Je l'ai brisée quand je me suis rendu compte du mal qu'elle avait fait. Ce sont les regrets qui ont guidé mon geste, improvisa Draco.

- Ho ! Eh bien c'est un très bon point pour vous quand vous serez devant le tribunal, jeune homme, s'exclama Neb. Messieurs les Aurors, veuillez laisser le jeune Malfoy dans une geôle du ministère : je crois que je vais soutenir la demande de Lucius Malfoy d'avancer le procès. Ce jeune homme ne semble pas si dangereux qu'il doive être enfermé à Azkaban. Surtout avec les problèmes que l'on a là-bas, ajouta-t-il avec un regard appuyé.

Les deux Aurors accompagnants firent une grimace. Azkaban posait de nombreux problèmes, effectivement. Mais on ne pouvait pas tout leur reprocher : les Détraqueurs ne facilitaient pas la tâche des Aurors de maintenir le calme dans la prison sorcière. Lucius profita de la discussion entre les Aurors de l'escorte et Neb pour emmener son fils quelques pas plus loin.

- Des regrets, hein ?

- C'est un peu compliqué, père. C'est Severus qui m'a conseillé de donner une belle histoire pour attendrir les juges… Il faut qu'ils me laissent partir, tu comprends ?

- Nous avons au moins l'appui de Neb, dit Lucius. Il n'a pas énormément de poids lui-même, mais il est au ministère depuis suffisamment longtemps pour connaître les gens vraiment influents. Qui sait, il pourra peut-être plaider notre cause auprès d'eux et faciliter ton exil ?

Ils interrompirent leur conversation quand Neb et les Aurors les rejoignirent. Draco fut emmené dans un couloir et Lucius suivit Neb dans un autre, jusqu'au bureau de Frank Sinistre. Resté seul devant la porte, Lucius prit une profonde inspiration. Il fallait qu'il soit très convainquant…

Quand il ressortit du bureau, plus d'une heure après, il avait obtenu la tenue d'un tribunal pour le lundi matin suivant. Ce qui lui permettait de préparer la plaidoirie de son fils pendant le reste du week-end… En remontant le couloir jusqu'au Hall, il jeta un œil là où avait été emmené son fils, un peu plus tôt et grimaça.

Son héritier en prison… quelle déchéance pour leur famille !

MXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMXMX

Samedi 27 juin, midi, quelque part au ministère…

- Patron ! héla un homme maigrichon en ouvrant la porte d'un bureau. J'ai de bonnes nouvelles pour vous ! Je sais comment vous pouvez éloigner Draco Malfoy !

- Je sais également, très cher. Je sais également…

HPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHPHP

Samedi 27 juin, matin

Harry entra en trombe dans la salle commune de Gryffondor. Il rageait : il avait à nouveau passé une nuit abominable sans Ginny, et il avait failli se faire rentrer dedans par Draco Malfoy juste après le petit déjeuner. Il lui avait heureusement fait entendre sa façon de penser.

Il avait vraiment besoin de se défouler et il cherchait Ron pour une petite séance de Quidditch. Après tout, son meilleur ami voulait passer des sélections bientôt : il devait bien s'entraîner un peu ! Et s'il pouvait en plus glaner quelques informations éventuelles sur l'humeur de sa petite amie… Pas que Ron ait été forcément en contact avec elle la veille ou pendant la nuit, mais… on ne savait jamais.

La salle commune étant vide, il monta les escaliers des dortoirs des garçons. La chambre qu'il avait longtemps partagée avec eux était vide également. Frustré, il redescendit sans avoir pu calmer sa colère et sa nervosité. Il était tellement perdu dans ses pensées, à ruminer, qu'il failli entrer en collision avec une jeune fille en bas des marches.

- Ho ! Pardon ! s'excusa-t-il.

- C'est pas grave, répondit la sorcière avec un sourire.

Harry se figea en reconnaissant Melinda et jeta un œil rapide autour de lui pour voir si son petit ami était présent quelque part. Non. Personne.

- Melinda, aurais-tu quelques instants à me consacrer ? J'ai quelques questions pour toi. Ça ne te dérange pas ?

- Pas du tout, répondit celle-ci avec quelques rougeurs sur les joues – ce n'était pas tout les jours qu'un sorcier aussi célèbre qu'Harry Potter s'intéressait à elle. C'est à quel sujet ?

- Viens t'asseoir, éluda-t-il en l'entraînant dans les fauteuils près de la cheminée. Ça sera plus confortable pour discuter.

Harry s'installa à son tour dans un fauteuil, penché en direction de la jeune femme.

- Voilà. C'est au sujet de Bridget. Je ne la connaissais pas bien, mais Ginny m'a dit que vous étiez bonnes amies. Je voulais savoir comment tu te sens depuis sa mort.

- Pourquoi cette question ? demanda la jeune fille avec un air méfiant qui étonna Harry.

- Parce que je m'inquiète de ce qui se passe dans ma maison, dit-il en mentant à moitié. Ne t'en fait pas, je ne suis pas là pour juger, plutôt pour… consoler.

Harry voulait avant tout comprendre ce que Ginny avait reproché à Malfoy, quelques jours plus tôt dans le petit jardin. Mais il était également là pour consoler Melinda, en cas de besoin. Ginny était une femme forte et semblait bouleversée, ces derniers temps. Alors il n'osait pas imaginer dans quel état d'esprit serait une amie proche de Bridget, après sa mort.

La jeune fille, en fait, semblait gênée. On voyait qu'elle n'avait pas vraiment envie de parler. Mais elle n'osa pas se lever et partir en ignorant la question. Elle laissa son regard errer en direction de l'âtre vide.

- En fait, ça va, finit-elle par répondre. Plutôt bien. Je n'étais pas la plus proche amie de Bridget. C'était surtout Camomille… Je ne crois pas que tu la connaisses, ajouta-t-elle en le voyant fouiller dans sa mémoire. Et elle n'est plus là. Elle est rentrée chez elle il y a déjà trois semaines. Elle, elle a sans doute été affectée par la mort de Bridget. Mais nous, les autres filles du dortoir… On va bien.

- Pourquoi penses-tu qu'elle a été plus affectée ?

- Elle avait un an de moins que nous et elle n'a pas connu les horreurs de la guerre. Sa famille l'a protégée et son sang pur la mettait à l'abri des persécutions. Alors la mort de quelqu'un de proche… Je pense que ça n'a pas pu la laisser indifférente. Nous, les autres filles, on a déjà toutes été confrontées à la mort d'un proche.

Harry comprenait ce que voulait dire la sorcière. La mort d'un proche était un grand traumatisme, mais certains sorciers – à force d'y être confronté – se blindaient émotionnellement jusqu'à considérer ces morts… banales. Il savait aussi que cela n'avait pas été le cas pour la sorcière décédée dans les bois du château.

- J'ai entendu dire que Bridget était plutôt… déprimée, avant sa mort.

- Elle l'était depuis longtemps, déjà, confirma Melinda. Elle n'allait vraiment pas bien. Elle n'a jamais vraiment digéré la mort de sa cousine. Elle a été torturée et tuée par des Mangemorts en milieu d'année dernière, précisa-t-elle à son intention. Heureusement que Camomille était là, d'ailleurs. On a toutes vu que Bridget reportait son affection sur elle, et que ça l'aidait à tenir le choc. Elle était plus calme quand Camomille n'était pas loin.

- Puisqu'elles étaient meilleures amies, au point que Camomille a dû être plus affectée que vous par la mort de Bridget… Pourquoi est-elle partie en la laissant seule, il y a trois semaines ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Une dispute ?

La jeune Melinda semblait de plus en plus mal à l'aise, et Harry sentait qu'elle lui cachait de nombreuses informations. Aussi tenta-t-il de passer par un autre biais, pour obtenir des réponses sans la brusquer.

- Ginny m'a dit que Bridget avait été persécutée par Malfoy et qu'il l'avait blessée… C'est vrai ?

- Je… Ces questions n'ont pas de sens… Tu voulais savoir comment je vais : je vais bien. Je peux m'en aller, maintenant ?

La sorcière était recroquevillée dans son fauteuil : elle s'était repliée sur elle-même et enserrait ses genoux de ses bras. Sa position était la preuve même qu'elle n'allait pas bien et qu'elle était en plein mensonge.

- Melinda. Je ne suis pas là pour te blesser, ni pour te mettre mal à l'aise. Il y a que je me suis disputé avec Ginny, il y a deux ou trois jours et que j'aimerais comprendre pourquoi.

- Vous vous êtes disputés ? Pourquoi ? s'étonna la jeune femme en relevant les yeux. Je veux dire… Elle a toujours l'air tellement folle de toi. Quand on révisait ensemble, elle passait son temps à me raconter comment elle imaginait votre avenir, à tous les deux…

- Elle m'a caché des choses. Elle a eu beaucoup de mal à m'expliquer que Bridget avait été battue par Malfoy et que c'était sa présence au château qui l'avait rendue malade et l'avait poussée à sortir, tard le soir. Et que c'était donc sans doute à cause de Malfoy qu'elle était morte.

Melinda tourna la tête, encore plus mal à l'aise. Harry fronça les sourcils et repensa aux images qu'il avait vues sur la fumée, dans la Tour d'Astronomie, quand Malinovski soignait Snape. Pris d'un doute, il reprit la parole.

- Mais… j'ai entendu une autre version d'un autre témoin et j'aimerai savoir où se trouve la vérité…

- Hé bien… C'est… Merlin, c'est loin d'être facile de parler de tout ça… hésita la jeune fille, en pensant qu'Igor avait parlé de ce qu'il avait vu.

- Ecoute, raconte-moi et je te promets de garder notre conversation pour moi, si ça peut te rassurer…

La jeune fille hocha la tête et se racla la gorge avant de commencer.

- Voilà… C'est une histoire qui est devenue taboue entre nous, alors c'est assez difficile. Je n'aime pas repenser à tout ça… Bref. Bon. Je te raconte, mais ne me coupe pas, s'il te plaît, parce que c'est la première fois que je vais en parler à quelqu'un…

Harry acquiesça et Melinda se lança.

- Depuis l'année dernière, je te l'ai dit, Bridget allait assez mal. Je crois que c'est elle qui a découvert le corps mort de sa cousine en rentrant chez son oncle, qui l'hébergeait pendant les vacances. Elle ne nous l'a jamais confirmé, mais on voyait bien que quelque chose la hantait. Heureusement, elle allait beaucoup mieux quand Camomille était dans les parages. Même si elle était plus jeune que nous, Camomille était tellement adorable qu'on l'avait prise sous notre aile et qu'on l'emmenait partout avec nous.

Melinda eut un tout petit sourire en repensant à cette courte période de calme.

- On entourait toujours toutes Bridget, pour qu'elle se sente bien, pour ne pas qu'elle plonge. Mais ça n'avait rien de facile. Elle était de plus en plus dure, dans ses propos ou ses histoires et parfois, on avait presque l'impression qu'elle était… folle. Mais les adultes n'avaient pas tellement de temps pour nous, ou pour Bridget, alors on se débrouillait comme on pouvait. C'était la guerre et ils avaient tous des choses plus importantes à faire.

Harry ferma les yeux un instant, touché par la simplicité affreuse de cette dernière phrase.

- Mais… reprit Melinda avec une pointe d'hésitation. Elle nous contaminait, en quelque sorte. Parfois, on se surprenait à haïr les Mangemorts avec une force qui nous étonnait nous-mêmes. Ils faisaient tant de mal… Et puis… On a croisé Malfoy dans un couloir, un peu après la victoire. Il n'avait pas l'air bien, et on l'a un peu chahuté. Il nous regardait et nous répondait avec tellement de mépris, tellement de supériorité que ça nous a mises dans une colère folle. On avait envie qu'il arrête de jouer les fiers, alors que nous, on souffrait toutes.

Harry rouvrit les yeux pour constater que Melinda s'était encore plus recroquevillée sur elle-même, si c'était possible.

- Et il y a eu Melinda, déclara la jeune fille avec fatalité. Elle lui a donné un coup. Ça paraissait tellement naturel, à ce moment-là. On l'a suivie : on a toutes été prises dans un tourbillon de violence. J'avais presque oublié qu'on frappait sur quelqu'un. C'est juste… C'était un bon défouloir, j'avais l'impression que ça me faisait du bien. Ça soulageait ma peine et mon stress et j'évacuais mes mauvais souvenirs à chaque coup que je donnais. On a toutes ressenti ça.

Harry se retint à grand peine d'intervenir. Ces images qu'il avait vues... C'était bien la réalité. Et ça avait eu lieu en temps de paix. Sous le nez de tout le monde. Et même si ce n'était « que » Malfoy... Ca lui faisait mal de penser que la violence pouvait se déchaîner avec une telle facilité.

- Mais après, poursuivit Melinda, quand on est rentrées au dortoir, et surtout le soir, dans nos lits… Ça nous a rendues malades. Vraiment. Le lendemain matin, c'était bizarre. Même si Bridget ne dormait pas avec nous… on ne savait plus comment se comporter, on n'osait même plus se regarder les unes les autres. Et puis, on est toutes arrivées à un compromis : plus personne ne devait en parler. On s'est dit qu'on allait faire comme avant : surveiller Bridget du mieux qu'on pouvait.

Elle secoua la tête, consciente que la lâcheté les avait toutes submergées, mais incapable pour autant de parler de ça à quelqu'un d'elle-même.

- Mais ce matin-là, on n'a pas revu Camomille. Elle était partie la veille, rentrée chez elle. Probablement juste après qu'on ait battu Malfoy. Je me suis rapprochée de sa famille, parce que j'étais inquiète et… Je crois qu'elle a été traumatisée. Elle a cru qu'on l'avait tué.

Sa voix se cassa une seconde. Elle aussi avait cru fermement qu'elles l'avaient toutes tué. Comme elle s'était haïe pour ça ! Elle se racla la gorge et reprit tant bien que mal son récit.

- Elle était tellement naïve, on l'aimait pour ça. Et là, elle s'est retrouvée au milieu d'un… je ne sais même pas comment appeler ça… Une violence qu'elle n'aurait probablement jamais imaginée. Je sais qu'elle voit un psychomage aujourd'hui, mais elle ne parle plus. Ses parents m'ont demandé si je savais ce qui s'était passé, il y a deux jours encore, parce qu'elle n'ouvre toujours pas la bouche. J'ai dit que je ne savais rien…

Elle essuya sa joue d'un revers de main. Quand s'était-elle mise à pleurer ?

- Le problème, c'est que sans Camomille, Bridget n'avait plus aucune limite : elle était de plus en plus sombre, expliqua-t-elle à Harry. Elle nous effrayait parfois, mais on ne pouvait quand même pas la laisser tomber. Elle en voulait au monde entier, parce que Camomille ne voulait plus la voir. Nous voir. D'après moi, elle a dû vivre ça comme perdre sa cousine une deuxième fois.

Camomille avait été une telle source de bonheur. Son innocence et ses joies presque enfantines leur avaient mis tant de baume au cœur. Et elles l'avaient toutes remerciée en la traumatisant avec leur violence... Leur haine.

- Et puis, on a revu Malfoy, un ou deux jours après, révéla la sorcière dans un souffle. Melinda a recommencé à le battre. On ne savait plus quoi faire. On ne l'a pas arrêtée. Heureusement, Malinovski est arrivé. C'est lui qui nous a toutes envoyées à l'hôpital. Je pense qu'il a sauvé Malfoy. Et nous… on a craqué. On a arrêté d'entourer Bridget et elle est morte peu après, tuée par le loup.

La jeune sorcière s'arrêta finalement, sans oser regarder Harry dans les yeux. Ce dernier était bouleversé. Comment les gens, et lui-même, avaient-ils pu passer à côté de ça ? Il se sentit très mal pour Malfoy car les images de la tour repassaient en boucle dans son esprit. Comment avait-il pu survivre à une telle débauche de violence ? Etait-ce Igor qui l'avait sauvé, à chaque fois ?

- On n'est pas fières, tu sais, reprit Melinda. Les filles n'arrivent pas à oublier, et je ne sais pas comment va évoluer Camomille. Moi, je crois qu'en vérité, je suis… soulagée que Bridget soit morte. Je repense à des phrases que ma grand-mère sortait parfois, quand elle parlait des horreurs qu'elle avait commises pendant la guerre contre Grindelwald. Elle disait souvent que mon grand-père l'avait sauvée. Je pensais qu'elle exagérait, mais aujourd'hui, je comprends : comme elle avec mon grand-père, je crois qu'Andy est ma rédemption. Il sait que j'ai failli tuer quelqu'un et que ça me travaille, mais il est là, il me soutient et il essaie de me faire oublier ce cauchemar.

- Alors… Ginny m'a menti ? demanda Harry, blessé.

- Non ! C'est moi qui lui ai raconté une histoire fausse. C'est surtout que les filles et moi, on n'assume pas cette horreur. Elle ne sait rien de la vérité. Et… Franchement, je pense que c'est mieux. Tu ne devrais pas lui parler de tout ça.

- Pourquoi ça ?

- Tu sais, je révise avec elle depuis bientôt deux mois. Et si j'ai remarqué une chose, c'est bien qu'elle a dans le regard le même genre de fantôme qu'il y avait chez Bridget. Elle joue la fille forte et joyeuse, mais je crois que quelque chose la travaille.

Harry dut admettre intérieurement que Ginny n'avait pas l'air bien, ces dernières semaines…

- Si c'est comme Bridget, ajouta Melinda, plus elle entendra parler de violence et pire elle se sentira. C'était ce qui la faisait basculer dans ses phases de folie. Je ne connais pas très bien Ginny, mais je ne voudrais pas qu'il lui arrive quelque chose dans le même genre… Tu comprends ?

Harry se sentit mitigé devant le conseil de la jeune sorcière. Il reprochait à Ginny de lui cacher des choses, il n'allait pas agir de la même manière en retour. Mais il se demandait si la vérité pouvait lui faire du mal, si elle était réellement aussi fragile que Bridget… Avait-il loupé le fait qu'elle allait mal ? Après tout, il avait bien loupé le fait que Malfoy allait mal…

Il regarda intensément Melinda. Devait-il lui faire la leçon ? Il était vraiment malade de penser que de tels actes pouvaient encore avoir lieu alors que la guerre était terminée. En plein château de Poudlard. Avec des Gryffondors, en plus…

Mais il renonça en voyant que la jeune fille, tremblante, semblait réellement regretter.

- Je ne sais pas quoi dire, murmura-t-il, perdu.

Même Malfoy ne méritait pas ça. Une partie de lui avait envie de rager, de gronder. Mais était-il lui-même la personne la plus légitime pour s'indigner ? Surtout après ce qu'il avait fait, ou plutôt failli faire, dans la tour...

- Je suis content de voir que vous étiez aussi solidaires de cette pauvre fille, dit-il finalement, mais je regrette de voir que ma maison a failli tuer un sorcier alors que la guerre était finie. Je te laisse. Je ne raconterai pas cette histoire, je te l'ai promis. Mais je suis sûr que tu sais que je n'approuve pas du tout le comportement que vous avez eu.

Harry s'éloigna en laissant la jeune fille seule. Elle allait mal, mais il ne savait pas du tout comment il était censé réagir. La consoler ? Le méritait-elle ? Lui faire la leçon ? Et risquait de la blesser profondément ?

Il ne savait plus qui méritait quel châtiment. Tout le monde était coupable, voilà quelle était son impression. Il songea qu'il devait peut-être s'excuser auprès de Malfoy pour son comportement… minable, envers lui. Au moment où il allait sortir, il fut retenu par le bras et se retourna vers la personne qui l'avait arrêté. Andy.

- Ecoute, Potter, chuchota-t-il. J'ai tout entendu, d'ici. Je ne connaissais pas la vraie histoire, mais je veux que tu saches qu'elle s'en veut vraiment. Je sais qu'elle et ses amies en font des cauchemars, la nuit… Ne la blâme pas trop, ça ne peut que lui faire plus de mal. D'accord ?

- J'essaierai.

- Merci, conclut le jeune homme avant d'aller consoler la jeune fille qui pleurait dans son coin.

Quelques minutes après, Harry entra sur le terrain de Quidditch, toujours perturbé par l'histoire qu'il venait d'entendre. Dans les airs, il aperçut ses anciens camarades de chambre entraîner Ron au poste de gardien. Il n'eut plus envie de les rejoindre, mais il grimpa dans les gradins.

- Harry ! le héla Ginny. Je suis là.

Montant quelques marches supplémentaires, il rejoint sa petite amie. Il hésita juste une seconde avant de l'embrasser pour lui dire bonjour.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il.

- Je cherchais un moyen de venir te voir pour m'excuser, répondit-elle franchement. Mais regarder mon frère jouer n'est pas la meilleure source d'inspiration.

- Tu voulais t'excuser auprès de moi ?

- Oui. Pour mon comportement d'hier. Ecoute, je suis vraiment désolée de m'être fâchée contre toi et d'être partie comme ça. Une vraie furie. Je n'étais pas dans mon assiette…

- Tu veux bien m'expliquer ? demanda Harry tout doucement.

- C'est que… J'avais passé deux jours à ingurgiter les conseils de ma mère pour être une parfaite maîtresse de maison, et je m'aperçois quand j'arrive, hier, que tu as lié Kreattur à toi pour faire tout ce travail. Et puis, j'ai beau venir d'une famille de sangs-purs, nous n'avons jamais vraiment apprécié l'esclavage des elfes de maison. J'ai été élevé dans l'optique de me débrouiller seule, d'autant plus depuis que je connais Hermione. Ça m'a fait un choc. Tout ça, tout mélangé. J'ai mal réagi et c'était stupide.

- Tu étais perdue ? continua Harry en conservant la même voix douce.

- Je voudrais tellement être à ta hauteur, être la fille parfaite dont tu ne pourras plus te passer, savoir comment te retenir, toujours…

- Mais Gin… Je ne t'épouse pas pour que tu sois ma « maîtresse de maison ». Je ne cherche pas quelqu'un pour me faire la cuisine ou le ménage, je cherche quelqu'un avec qui je prendrais plaisir à me lever le matin, qui s'amusera avec moi, partagera mes discussions… Je ne veux pas te transformer, Gin, ne mets pas la barre trop haut. Je te veux, juste toi, avec ton caractère et ton tempérament.

- Tu es vraiment incroyable, Harry, prononça la jeune fille avec un immense sourire, enfin consolée. Comment pourrais-je rêver mieux que toi ?

- Et… Gin, j'ai une autre question. Est-ce que ça t'ennuie tant que ça de venir habiter avec moi à Square Grimmaurd ?

- En fait, avec quelques bons travaux, la maison sera sans doute très bien. C'est juste que sur le coup, je pensais qu'on irait habiter dans l'ancienne maison de tes parents, à Godric's Hollow, et que ça pourrait aller beaucoup plus vite. Parce que les travaux à Grimmaurd vont repousser la date de mariage à plus tard. Et c'est ça qui m'a énervée, hier. J'ai eu l'impression que tu tenais moins au mariage que moi.

- C'est faux. Si je ne suis pas pressé, c'est simplement parce que je sais que nous finirons notre vie ensemble… Alors autant prendre le temps de faire les choses comme il faut, comme tu les rêves.

- Tu as réponse à tout… Et toi, pourquoi préfères-tu habiter à Grimmaurd plutôt qu'à Godric's Hollow ?

- Je ne pense pas être capable d'habiter dans la maison où mes parents ont été assassinés. C'est si morbide. Je veux faire autre chose de cette maison, mais je ne sais pas encore quoi. Il faudra quelque chose qui ne me rappelle pas l'un des pires moments de ma vie.

- Excuse-moi, dit Ginny. Je n'avais pas réfléchi à tout ça, et je suis d'autant plus désolée de m'être emportée hier. Ça n'était pas moi. Et excuse-moi aussi auprès de Kreattur. J'ai été ignoble avec lui.

- Tu es toute pardonnée, ma chérie. Mais tu t'excuseras toi-même auprès de Kreattur, je pense qu'il appréciera. Et moi, je peux comprendre que tu sois sous pression, mais ne te la met pas toute seule.

Les deux jeunes sorciers s'embrassèrent tendrement pour marquer leur réconciliation. Mais pendant le baiser, Harry repensa à sa conversation avec Melinda. A quel point sa future était-elle sous pression ? Peut-être la colère de la veille venait-elle de son sentiment de fragilité ? Il devait la protéger, la rassurer… Il fallait qu'il imagine quelque chose de sympa…

- Eh ! Les tourtereaux ! cria Dean du haut de son balai. Si vous nous rejoigniez, plutôt que de rester là à vous bécoter ? Vous perturbez Ron ! se moqua-t-il en montrant du doigt un Ron très pâle, là-haut, sur son balai.

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Lundi 29 juin, salle de tribunal 7 du ministère.

- Veuillez décliner vos nom et prénom complets, ainsi que votre âge et le nom de votre conseiller porte-parole.

- Draco Abraxas Malfoy, 19 ans, représenté par Lucius Hypérion Malfoy.

- Bien. Monsieur le magistrat principal, veuillez rappeler aux juges ici présents l'objet de ce procès, demanda le juge greffier.

Le sorcier blond – Neb – qu'ils avaient croisé la veille avait revêtu la robe jaune. Il se leva donc et prit la parole en tant que magistrat suprême.

- Nous sommes là pour juger les actes du sorcier Mangemort Draco Malfoy et pour lui trouver une peine adéquate. Le procès se déroulera de la manière suivante : la parole sera d'abord à l'accusation, puis à la défense, et enfin, les juges et moi-même nous réunirons pour décider de la peine à infliger. La parole est donc à l'accusation.

Pendant presque deux heures, l'accusation présenta les preuves de culpabilité et les témoins qui avaient pu être réunis durant le week-end. Puis Lucius présenta avec brio ses propres contre-preuves pour annuler certaines accusations, ainsi que les circonstances atténuantes qui pouvaient expliquer les actes irréfutables.

Il présenta également la preuve de bonne volonté de son fils en montrant la baguette brisée en deux. Il faut avouer que l'aide du magistrat Neb n'y était pas pour rien : la moindre protestation trop bruyante des juges était réprimée, et bien souvent, il acquiesçait ostensiblement devant les preuves présentées par la défense.

- Comme vous le savez, termina Lucius, seul le propriétaire de la baguette peut la briser sans dommages – excepté lorsque le tribunal l'ordonne, évidemment – et mon fils présente ici ses regrets de la manière la plus concrète qui soit pour un sorcier.

Ces dernières paroles, qui clôturaient la démonstration brillante de l'ancien Mangemort, ébranlèrent plusieurs juges dans l'assistance. Il était particulièrement rare de voir un sorcier se priver volontairement de baguette : il était alors comme un nouveau-né, incapable de lancer le moindre sort.

La délibération du jury dura une heure. Draco, resté silencieux sur son siège tout le temps des deux démonstrations, était au comble du stress. Il avait passé plus de 24 heures dans une cellule froide et suintante d'humidité, à ressasser les pires scénarios qui pouvaient se produire. Allait-il être envoyé quand même à Azkaban ? Severus lui avait promis qu'il n'aurait pas droit au baiser du Détraqueur, mais pouvait-il se tromper ?

Il accueillit le retour des juges et du magistrat Neb avec soulagement, le soulagement de celui qui va enfin savoir ce que sera le reste de sa vie, même si c'est pour le pire. Car l'ignorance était une des pires tortures pour le jeune sorcier blond.

Le magistrat Neb fit un bruit d'explosion de sa baguette pour attirer l'attention, et prit la parole.

- Le sorcier Draco Abraxas Malfoy est reconnu coupable sur trois des huit chefs d'inculpation : pour avoir laissé entrer des Mangemorts dans le château de Poudlard, pour avoir provoqué la mort de l'ancien directeur de l'école Albus Dumbledore, et pour porter la marque infâmante de Voldemort.

Beaucoup des personnes présentes ne purent s'empêcher de grimacer en entendant le nom tant honni. Draco, lui, commençait à désespérer : les chefs d'inculpation retenus étaient les pires de tous… Qu'allait-il lui arriver ? Il retint son souffle quand le magistrat Neb reprit la parole.

- Draco Abraxas Malfoy est donc condamné au bannissement, pour trois ans dont un an ferme. La séance est close.


Edité le 13-02-16