Chères lectrices. Je tiens tout d'abord à vous remercier de votre patience. Je n'arrive pas à construire cette histoire aussi rapidement que les autres. Il me faut beaucoup y penser avant d'écrire. Il faut dire aussi que la trame principale n'est pas entièrement terminée. Vous pouvez donc encore facilement m'influencer avec vos commentaires. Merci à toutes celles qui prennent le temps de commenter d'ailleurs. Surtout, continuez.
Merci à Mimija (non membre). Ton soutien continuel et tes bons mots sont tellement précieux. J'espère que cette suite ne te fera pas trop peur. J'y vais tout doucement, tu verras... hi hi.
Bonne lecture, Miriamme
Quatorzième partie
«Plus que deux opposants. Je suis à deux doigts d'obtenir un vote majoritaire. Avec un peu de chance, Monroe ne sera pas obligé de s'engager dans cette autre voie, là où tout pourrait nous échapper ou plutôt là où tout pourrait se retrouver temporairement hors de notre contrôle.
Quand je pense que tout cela aurait pu être évité, si dès le départ j'avais sévi avec ce maudit Wickham.
À son égard donc et dans le but de l'éliminer définitivement de l'échiquier politique, je dois admettre que c'est Monroe qui a eu la meilleure idée. Il n'y a effectivement que lors d'une menace contre la nation que la loi me permettrait - pour une période définie par la constitution - d'user de ce pouvoir monarchique ancestral dont je n'envisage pas que la simple restitution, mais plutôt un partage équitable entre royauté et armée. Cette crise à venir, certainement aussi aisément résorbée que créée, aura pour principal avantage, en plus de combler les aspirations des deux parties impliquées, de restaurer la confiance du peuple anglais envers la monarchie, le disposant ainsi non seulement à accepter tout changement dont elle se fera le porte-étendard, mais qui plus est, de l'exiger.
Dommage que l'aisance avec laquelle je règle les affaires d'État ne se répercute pas dans ma vie personnelle puisque Anna refuse encore et toujours de partager mon lit. Grand bien lui fasse. Je continuerai à regarder ailleurs. Son mépris ne m'atteint plus. Pas plus que celui de William d'ailleurs qu'à coup sûr, elle monte contre moi. N'eut-été de toutes ces heures que je dois consacrer à planifier cet événement, je réussirais sans doute à convaincre William du bien-fondé de toute cette entreprise, mais voilà, le temps me manque. Il comprendra le moment venu, ils comprendront tous. »
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Un souffle, un halètement puis une légère plainte se faisant entendre dans la demi-pénombre, Élisabeth retint sa respiration dans l'espoir que la séquence se répéterait, lui épargnant ainsi un autre pénible déplacement à l'aveugle. Toutefois, comme l'obsédant silence emplit de nouveau la pièce, la jeune femme décida de changer de tactique et lança plutôt un bref appel à voix basse, il y a quelqu'un?
Ne recevant rien d'autre que l'écho de sa propre voix en guise de réponse, elle répéta une dernière fois son appel puis se figea lorsqu'un son indistinct, mais tout ce qu'il y a de plus tangible monta jusqu'à elle, Colonel?
-Qui va là? Grommela alors celui qui pendant toutes ces heures était également resté parfaitement immobile, au point où la jeune femme l'avait cru mort.
-C'est moi, Élisabeth Bennet.
-Sacrebleu, échappa l'homme d'une voix rauque et éraillée, vous êtes seule, j'espère, vérifia-t-il la seconde d'après.
-Impossible à dire, se prononça-t-elle, se demandant alors non pas si elle pouvait lui faire confiance, mais plutôt s'il n'était pas souhaitable qu'il ignorât complètement les raisons qui l'avaient conduite en ces lieux, avez-vous une idée de l'endroit où nous sommes? se décida-t-elle plutôt à vérifier.
-Absolument pas, malheureusement. Ils me forcent à mettre une cagoule chaque fois qu'ils m'emmènent hors de cette pièce, narra-t-il après s'être raclé la gorge à plusieurs reprises.
-Désolé pour votre doigt, mentionna-t-elle ensuite avant de lui confier que William et ses conseillers avaient décidé de se conformer aux règles édictées par Scotland Yard et le Général Monroe, ils ne céderont pas devant la menace.
-Décision avec laquelle je suis totalement en accord, rassurez-vous, rétorqua-t-il aussitôt et d'une voix désormais beaucoup plus claire, mais vous-même mademoiselle Bennet…
-Ne gaspillons pas notre énergie pour des civilités voulez-vous, appelez-moi Élisabeth, suggéra-t-elle aussitôt avant de se préoccuper des bruits qui montaient du côté de son compagnon et qui semblait indiquer qu'il effectuait un changement de posture.
-Vous avez raison Élisabeth, l'approuva-t-il au bord de l'essoufflement, mon prénom à moi est Fitzwilliam.
-Comme le roi, répéta sa compagne, un sourire dans la voix.
-Exactement. Maintenant Élisabeth, si vous le voulez bien, j'aimerais beaucoup que vous me racontiez comment vous êtes arrivée ici?
Un bruit sourd provenant de la porte d'entrée obligea la jeune femme à différer sa réponse. Alors que par réflexe elle se plaquait encore davantage contre le mur, souffle tenu, elle profita du large faisceau lumineux qui découpa temporairement la pièce en deux pour en évaluer la superficie, puis s'immobilisa à nouveau quand la luminosité connut une série de ratées en tout point semblables à celles que l'on peut observer à la fin d'une éclipse.
Une fois que le faisceau eut retrouvé toute sa vigueur et que les pas de celui qui était sans nul doute venu s'assurer de leur présence eurent décru, Élisabeth entreprit de se rapprocher de son compagnon, soulagée malgré tout que leur visiteur eût négligé de refermer la petite trappe.
« À moins bien sûr que ce fut volontaire…» songea-t-elle.
-Bonne idée, la félicita le colonel une fois qu'elle eut réussi à se glisser à ses côtés. Alors, j'attends toujours que vous me racontiez comment vous êtes arrivée ici, ramena-t-il le sujet en même temps qu'il haussait lentement sa main blessée et attirait son attention sur un point précis situé dans le coin supérieur gauche de la cellule.
-William et moi devions visiter un orphelinat cet après-midi, reprit-elle immédiatement après avoir repéré la première des deux caméras que comptait la pièce. Je me suis endormie sur le siège arrière de la limousine après avoir respiré un gaz quelconque. Et puis, pour être honnête avec vous, à l'heure actuelle, je ne saurais même pas dire si ceux qui m'accompagnaient étaient « dans le coup » ou « de simples victimes » comme moi, lui confia-t-elle.
-Vous le saurez bien assez tôt, intervint son compagnon d'infortune après avoir encore réduit l'espace qui les séparait, car si les choses se passent pour vous comme pour moi, ils ne tarderont pas à venir vous chercher pour vous interroger.
-Qu'ils viennent, réagit-elle promptement, ils constateront bien assez vite que je n'ai rien à leur dire.
-Vous êtes la future Reine, reprit le colonel tout en la dévisageant gravement, vous avez davantage de valeur à leurs yeux qu'un ancien militaire, fut-il pair du royaume.
-On croirait presque que vous le déplorez, le contempla-t-elle avec perplexité.
Après avoir lâché un petit rire et que celui-ci ce fut développé en vilaine toux, le colonel renchérit, j'aurais dû me souvenir que vous avez tendance à sauter très vite aux conclusions, la critiqua-t-il en faisant référence à la conversation qui s'était tenue entre eux au bal du couronnement, ce que je déplore en réalité Élisabeth, c'est que vous ayez autant de valeur.
-Oh, échappa-t-elle avant d'exhaler un profond soupir.
-Et ne songeais qu'à votre sécurité en disant cela, compléta-t-il en fermant temporairement les yeux.
« Qui suis-je pour remettre en question les propos d'un homme dont la liberté est actuellement entravée et, qui plus est, a été soumis à la torture? » se gourmanda-t-elle avant de s'excuser auprès de lui puis se réfugier dans le silence, exactement là où elle avait besoin de se retrouver pour choisir la stratégie qui aurait le plus de chance de lui permettre d'écouler les informations que son groupe d'intervention avait sélectionnées de concert avec le roi.
Attribuant l'irritabilité et le mutisme de sa voisine à la peur, le colonel crut bon d'ajouter, ne vous en faites pas Élisabeth, je connais suffisamment mon cousin pour savoir qu'il va remuer ciel et terre pour vous secourir.
Une fois qu'elle eut jeté un œil équivoque en direction des deux caméras et qu'elle eut acquis la certitude que son compagnon avait bien saisi son intention, Élisabeth le corrigea, vous vous trompez Fitzwilliam, le roi ne me fera pas rechercher.
-Il fera des pieds et des mains, pour vous récupérer voyons, insista-t-il, vous êtes sa fiancée.
-Nous ne sommes pas réellement fiancés, eut-elle enfin l'occasion de placer, priant pour que les caméras de surveillance eussent bien capté l'information.
-Comment ça, pas réellement fiancés? Bredouilla le colonel, interloqué.
-Le groupe d'intervention m'a placée auprès de William pour jouer ce rôle, précisa-t-elle d'une voix plus haute de nécessaire.
-J'aurais dû le prévoir, intervint Fitzwilliam.
-C'était de loin la meilleure option pour le protéger, révéla-t-elle ensuite, la tête légèrement penchée vers lui.
-Eh bien, soupira le colonel avant de se tourner vers elle pour l'étudier attentivement, un triste sourire sur les lèvres, voilà que vient de s'envoler mon unique et dernière chance d'être secouru.
Accusant le coup et ne trouvant rien à répondre à cela, Élisabeth plaqua un sourire de convenance sur ses lèvres, haussa les épaules pour le bénéfice des caméras puis exhala un profond soupir qu'elle prolongea tant et aussi longtemps que sa tête ne fut complètement posée contre le mur.
« Avait-elle formulé les choses avec suffisamment de clarté pour le bénéfice des terroristes? se préoccupa-t-elle tout d'abord avant de se conforter à l'idée que l'un d'entre eux devait obligatoirement parler leur langue. Ils étaient trop bien organisés pour ne pas avoir d'interprète. L'esprit maintenant beaucoup plus léger, elle poursuivit son introspection en songeant au fait que malgré qu'elle n'ait aucunement respecté le scénario prévu par son équipe de travail et William, qu'elle s'en soit même totalement écarté, elle ne ressentait à cet égard pas davantage de crainte que de culpabilité. Après tout, dans les circonstances et à bien y penser, elle avait pris la meilleure décision.
« M'en serais-je tenue au plan initial, aurais-je tu la nature du lien qui m'unit en réalité à William, que tout se serait terminé dans un bain de sang ».
Le roi et même Jason avaient beau avoir prétendu le contraire au moment où tout s'était décidé, Élisabeth savait fort bien qu'à l'instant même où William recevrait l'un de ses doigts (ou toute autre partie de son anatomie que les terroristes choisiraient de lui envoyer) il aurait tôt fait d'organiser une mission de sauvetage tout ce qu'il y a de plus déraisonnable.
Ne s'était-il pas montré bien imprudent dans le passé et à plus d'une reprise? Si son titre de prince ne l'avait pas arrêté alors, son statut actuel et ses nouvelles responsabilités n'y changeraient rien non plus. Voilà pourquoi, elle estimait avoir fait le bon choix et était même fière d'avoir trouvé une stratégie qui lui assurerait de garder le contrôle entier de cette affaire.
« Quitte à mourir.
Quitte à revenir sur sa parole. »
-Tout se passera bien, majesté, vous verrez, se remémora-t-elle l'avoir encouragé au moment où elle s'était retrouvée seule avec lui et après que le cercle restreint auquel elle appartenait avec Patrick Melbourne, son frère et roi eut terminé de dresser la liste exhaustive des possibilités qui s'offriraient à eux après son enlèvement. Étant donné que les terroristes semblaient mystérieusement avoir renoncé à assassiner le colonel Fitzwilliam suite au discours que William avait adressé à la nation, Jason et Patrick en avaient déduit que leur prochaine cible serait nécessairement la future reine. C'était d'ailleurs pour cette raison, et cette raison uniquement que Jason avait finalement réussi à convaincre William de laisser Élisabeth se déplacer de plus en plus souvent entourée d'un effectif réduit. Ce qu'elle faisait d'ailleurs constamment depuis l'annonce de leurs fiançailles et ce qui lui avait valu d'être favorablement adoptée par le peuple.
La douleur qu'elle avait perçue dans le regard de William au moment où il s'était retourné pour lui faire face l'avait suffisamment ébranlée pour qu'elle ravale ses prochains mots d'encouragement.
-Comment y arrivez-vous Élisabeth, s'était-il décomposé encore davantage, comment faites-vous pour considérer aussi rationnellement tout ce qui pourrait vous arriver là-bas?
Comme celle-ci avait haussé les épaules et l'avait ensuite contemplé avec perplexité, le roi exhala un profond soupir, fit un pas dans sa direction, s'empara de ses deux mains et la tira vers lui, rien n'est encore joué Élisabeth, avait-il plaidé en la considérant avec gravité, il est encore temps de renoncer. Il me suffira d'un mot. Un seul mot de votre part et je vous jure que je ferai tout en mon pouvoir pour invalider ce plan absurde.
« Tais-toi! » c'était-elle bâillonnée ensuite, réalisant avec horreur que si elle avait ouvert la bouche à cet instant précis, alors qu'il lui offrait une porte de sortie, elle aurait capitulé. « Non c'est faux », plongea-t-elle encore plus loin dans son souvenir, en réalité, elle aurait fait bien pire encore, puisque jamais, avant qu'il ne lui pose cet ultimatum, elle n'avait été aussi près de lui confesser son amour.
-C'est impossible William, avait-elle plutôt rétorqué, défiant le protocole pour utiliser son prénom, et vous le savez. Le sentant sur le point d'argumenter, elle avait posé son doigt sur sa bouche puis l'avait imploré, il est de votre devoir de mettre fin à cette fatwa William. Si vous suspendez l'opération et laissez les choses suivre leur cours, les terroristes n'en resteront pas là et vous le savez.
-Nous trouverons une autre stratégie, avait-il alors plaidé avec ferveur.
-Il n'y a pas de meilleure stratégie que celle-là, l'avait-elle coupé, et puis d'ailleurs, quand bien même vous en suggéreriez une autre, je refuserais, l'avait-elle bravé, nullement surprise de le voir blêmir à vue d'œil puis exprimer sa frustration l'instant d'après en lâchant un grognement qui en disait long sur son état d'esprit.
-Je suis en position de vous ordonner de rester, l'avait-il intimé, les traits durcis et la mâchoire serrée.
-Vous passeriez pour un fou, s'était-elle braquée à son tour, il n'y a pas dix minutes, ici même dans cette salle et devant toute notre équipe, vous avez affirmé que je suis la plus qualifiée pour réaliser cette mission.
-Ce n'était pas moi qui parlais, c'était le roi, s'était-il brusquement défendu. Refusant maintenant de croiser son regard, il avait admis d'une voix chevrotante et au bord des larmes, je ne veux pas vous perdre Élisabeth.
Elle n'avait rien rétorqué évidemment. Comment l'aurait-elle pu d'ailleurs. Et puis, quelle autre réponse aurait-elle pu lui faire, si ce n'est que d'admettre qu'en réalité avait autant la trouille que lui et que, bien qu'elle eut affirmé le contraire, elle doutait sérieusement de toute l'opération.
« Aussi bien me préparer au pire » frissonna-t-elle en sortant de la confortable bulle de ses souvenirs. Elle n'avait pas encore eu l'occasion de rencontrer ses ennemis bien sûr, mais elle se doutait bien que son compagnon d'infortune avait vu juste et que ce n'était qu'une question d'heures, voire de minutes avant qu'ils ne vinssent la chercher.
Lorgnant dans la direction du colonel après avoir entendu un bruissement, Élisabeth eut besoin de quelques secondes pour comprendre que celui-ci tentait de lui communiquer quelque chose. Fixant ses lèvres, l'air de rien, elle s'efforça de décoder la courte phrase que celles-ci formaient à répétition, est-ce vrai?
Nullement surprise de lire sur ses lèvres qu'il tenait à savoir si cette histoire de fausses fiançailles était véridique, Élisabeth hocha discrètement la tête de haut en bas, puis, repensant à la dernière affirmation verbale du jeune homme, à savoir la quasi-certitude qu'il avait de mourir entre ces mûrs, lança pour le seul bénéfice des caméras, nous sommes ici pour y rester Fitzwilliam, je suis désolée.
Quelques minutes plus tard toutefois, lorsque le silence lui-même fut devenu insupportable, que son compagnon eut terminé de se délier les jambes en faisant quelques tours de la pièce, Élisabeth se redressa puis attendit qu'il passât devant elle pour lui donner à voir, le plus discrètement possible, la cicatrice rougeâtre qu'elle gardait de sa courte visite dans les bureaux de Scotland Yard.
L'étincelle de reconnaissance qui illumina sa pupille l'instant d'après l'apaisa suffisamment pour qu'elle arrive à se détendre.
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-Ce que Patrick Melbourne a affirmé vient d'être corroboré par nos enquêteurs, majesté, affirma le général Monroe en pénétrant dans la salle du trôle et immédiatement après avoir accusé le coup en réalisant que Jason Bennet était également présent. Voyez par vous-même, majesté, reprit-il un instant plus tard après avoir tendu au roi, les deux photographies qu'il avait apportées avec lui, si vous jetez un œil sur la zone que j'ai pris le temps d'entourer d'un trait rouge, vous pouvez voir les restes de ce que mes hommes ont identifié comme étant une petite bombonne de gaz. La petite boîte que vous voyez en gros plan sur la seconde photo est ce qu'on appelle communément un émetteur ou si vous préférez un…
-Un déclencheur à distance, compléta Jason après s'être penché pour examiner l'objet en question.
-C'est ça. Maintenant, si l'on tient compte de l'endroit où étaient fixés ces deux appareils et si l'on considère également ce que nous a appris l'agent Melbourne, c'est-à-dire qu'il avait refermé la cloison qui le séparait de ces deux passagères, il n'est donc pas du tout étonnant que votre fiancée et sa compagne eussent été les premières à s'endormir. Sans compter que ça explique également pourquoi le gaz a pris un certain temps avant de se frayer un chemin jusqu'à l'avant de la limousine.
-Vos hommes ont bien travaillé, général, commenta Jason avant de reprendre la parole pour porter à leur attention, qui sait ce qui aurait pu se produire si Patrick n'avait pas eu l'excellent réflexe de quitter l'autoroute pour essayer d'immobiliser la limousine.
-En fait, Melbourne n'avait aucun moyen de savoir qu'ils étaient surveillés depuis la prison, ni même que les terroristes avaient actionné un déclencheur à distance et n'attendaient qu'une défaillance de sa part pour intervenir, précisa le militaire.
-Donc, si je vous comprends bien général et si l'on se fie sur ce que les témoins ont également rapporté, souleva William en même temps qu'il lui rendait les deux images, immédiatement après l'accident, après que la limousine soit entrée dans ce mur, trois véhicules d'urgence se sont présentés sur les lieux, dont un très rapidement. Je parle évidemment de celui à bord duquel Élisabeth serait montée.
-C'est ce que nous avons tous cru, en effet, l'approuva Jason, jusqu'à ce que les services d'urgence nous rapportent qu'ils n'avaient dépêché que deux ambulances sur les lieux de l'accident.
-Tout le monde est toujours tellement soulagé de voir arriver les secours que personne ne songe jamais à vérifier l'identité de ceux qui en sortent, déplora William avant de lever de son siège, se mettre à marcher de long en large puis se passer nerveusement la main dans les cheveux.
-Je me suis laissé dire que vous aviez l'intention de vous adresser à la nation à nouveau, majesté? Ne croyez-vous pas que nous gagnerions à prendre la parole à tour de rôle? proposa le général une fois que le roi eut répondu par l'affirmative à sa première question.
-Je dirais même que c'est essentiel, convint William avant de froncer les sourcils et préciser, toutefois, aucune conférence de presse ne se tiendra avant que nous nous tous soyons mis d'accord sur ce qu'il convient de faire.
-Mon heure sera la vôtre pour discuter, l'approuva aussitôt le général.
-La mienne aussi, s'avança Jason. Mais avant cela, majesté, puis-je me permettre d'attirer votre attention sur un problème de logistique, évoqua Jason.
-Un problème de logistique? Qu'est-ce à dire?
-C'est au sujet de Caroline Bingley, précisa Jason Bennet avec prudence.
Enregistrant au passage le rictus qui déforma temporairement les lèvres du roi, Jason fit ensuite valoir, je me demande s'il ne serait pas plus sage de la ramener ici au palais. Je ne sais pas pour vous majesté, mais moi, personnellement, je crois que c'est risqué de laisser autant de journalistes tourner autour de son unité de soins. Qui sait ce qu'elle pourrait être tentée de raconter….
-Ah, grommela William avant de rouler des yeux puis décliner, faites pour le mieux Jason. Je la place sous votre responsabilité.
-Très bien, je verrai à ce qu'une infirmière veille sur elle ici même au palais, pour le reste de sa convalescence, annonça-t-il pour finir.
Le silence qui s'installa au terme de cet échange fut brusquement brisé par la vibration d'un cellulaire. Réalisant qu'il s'agissait de son appareil, le général Monroe se détourna pour l'activer, écouta le message que venait de lui laisser l'un de ses collègues puis marcha jusqu'à l'ordinateur devant lequel Jason Bennet se tenait au moment où il était entré dans la pièce. Après avoir hésité une petite seconde, il se tourna vers les deux autres, puis-je?
-Je vous en prie, faites comme chez vous, l'invita William en désignant l'appareil.
Une fois que le militaire eut accédé à sa boîte de messagerie, il attendit que ses nouveaux courriels aient terminé de se charger puis sélectionna le tout dernier. Celui-ci ouvert, il cliqua sans plus attendre sur le lien qu'il contenait. Après avoir fait signe aux deux autres de s'approcher, il tapa son code personnel sur le clavier puis annonça pendant qu'ils obtempéraient, aussitôt que mes hommes ont eu la preuve que Melbourne était au-dessus de tout soupçon, ils se sont conformés à mes directives et ont activé la puce dont votre fiancée est porteuse. Nous allons maintenant pouvoir jeter un œil sur les premières données recueillies, si vous le voulez bien, évidemment?
-Et comment, le pressa le roi avant de river son regard sur l'écran avec appréhension.
-Ça alors? s'exclama Jason le premier.
-Pourrait-elle réellement se trouver au large de la mer du Nord? S'informa le roi, ahuri.
-On dirait bien, constata Monroe en même temps qu'il sélectionnait un point précis sur le plan pour en vérifier les coordonnées, je vois ici que mes hommes ont déjà commencé à répertorier l'ensemble des navires qui circulent autour de ce point précis. Ah, vous voyez ici. On dirait bien que pour l'instant, ils se contentent de chercher dans un rayon de 25 kilomètres.
-Ça me semble suffisant, approuva le roi une fois qu'il eut également obtenu l'approbation de Jason.
-Toutefois, majesté, avant d'aller plus loin et compte tenu des risques inhérents à cette nouvelle situation, sachez que je me vois dans l'obligation de reconsidérer ce que nous avions déjà prévu, les avertit le militaire avant de prendre appui sur l'air ahuri qu'ils affichaient maintenant tous les deux pour rebondir, vous comprenez fort bien que peu importe la manière dont nous déciderons de faire notre approche, ces hommes nous verront venir de loin.
-Je conçois très bien qu'il soit nécessaire d'ajuster nos plans à la situation, général, toutefois, emprunta-t-il exprès la même formule froide et expéditive que lui, je me vois dans l'obligation de me répéter : rester les bras croisés et ne rien faire n'est pas et ne sera jamais une option pour moi.
-Les risques sont trop grands, et vous le sav…
-Sauf votre respect, général, le coupa le roi en haussant le ton, je vous ai très bien entendu, votre position est on ne peut plus claire et très compréhensible. Toutefois, puisque jusqu'à preuve du contraire, c'est toujours moi qui gouverne cette nation, il ne vous reste plus que deux choix possibles, vous vous ralliez ou vous quittez le poste de chef de l'armée britannique.
-Je me rallie, évidemment, déclina finalement l'officier supérieur avant de se diriger vers la table et s'asseoir sur la chaise que William lui désignait déjà d'une main, un air sévère sur le visage.
-Général Monroe, Jason, reprit le roi une fois qu'il eut pris place entre les deux et eut tourné le portable vers eux, laissez-moi maintenant vous expliquer comment je vois les choses…
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-Je vous assure, que nous faisons déjà l'impossible pour retrouver Élisabeth Bennet et mon cousin, le colonel Fitzwilliam, prit-il le temps de poser sa dernière phrase, les yeux rivés sur la caméra en direction de laquelle il avait tenu le plus émouvant discours de sa jeune carrière, inquiet de savoir s'il avait rempli son double mandat (c'est-à-dire rassurer la population et montrer aux terroristes qu'il ne les craignait pas).
Rapidement enjoint à quitter la pièce pour aller rejoindre Jason Bennet qui l'attendait de l'autre côté de la porte, William céda sa place au Général Monroe à qui il serra fermement la main, bombardé par une centaine de flashs avant de rebrousser chemin.
-William, il faut que tu viennes voir ça, l'accapara sa sœur aussitôt qu'il fut arrivé de l'autre côté. Lorsqu'il réalisa que sa mère et Jason Bennet se tenaient face à la fenêtre qui donnait sur l'entrée principale du palais, William marcha rapidement vers celle qui lui tendait désespérant sa main, la serra brièvement dans ses bras en la découvrant en larmes puis se décida enfin à jeter un œil à l'extérieur.
L'émotion le submergea à l'instant même où ses yeux se posèrent sur l'ensemble des gens qui s'étaient rassemblés devant les grilles du palais et qui scandaient sans arrêt, haut et fort, sauvez Élisabeth, sauvez notre future reine.
-Il faut que tu ailles leur parler William, suggéra la reine après avoir posé sa main droite sur la joue de son fils, tu vois bien que tu n'es pas seul. Tous ces gens partagent ton angoisse.
L'incroyable clameur qui monta de la foule lorsqu'elle aperçut son souverain céda tout doucement la place à un silence presque religieux une fois qu'il eut haussé ses deux bras dans les airs pour le réclamer.
Derrière lui, toujours préoccupé par la sécurité de la famille royale et se tenant prêt à agir, Jason Bennet s'assura tout d'abord que la reine et Georgianna restent confinées à l'intérieur puis se concentra ensuite sur l'échange très émouvant qui se tint entre William et les admirateurs de sa sœur. Lorsque le roi salua une dernière fois la foule et se retira du balcon sous une salve d'applaudissements, le responsable de la sécurité sentit sa gorge se serrer. Remarquant pour la première fois le nombre incalculable de fleurs coupées ou en pot dont les visiteurs avaient tapissé le sol, Jason ravala sa salive, referma les portes-fenêtres pour finir de se recomposer puis s'adressa mentalement à sa sœur disparue, si seulement tu pouvais voir à quel point tu es appréciée, Lizzie.
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-Mmmmmm, gémit la jeune femme en ouvrant les yeux. Comme les images de sa première rencontre avec ses geôliers ressurgirent de sa mémoire et avec elles, la frustration de ne pas être arrivée à communiquer avec eux ou plutôt de ne pas en avoir eu ni le temps ni l'occasion, Élisabeth eut l'impression de revivre cet instant très angoissant où ils lui avaient retiré sa capuche et où elle avait découvert les instruments chirurgicaux que le plus grand des quatre terroristes qui se trouvaient dans la pièce brandissait devant elle.
« Ils m'ont ôté la puce », se souvint-elle en même temps qu'elle haussait son bras puis ressentait la même douleur qu'à l'instant où les trois terroristes cagoulés s'étaient jeté sur elle pour l'immobiliser tandis qu'un quatrième enfonçait son scalpel à l'endroit exact où la puce avait été installée.
« Comment l'ont-ils su? » se découragea-t-elle les yeux rivés sur le bandage taché de sang et noué grossièrement qu'ils avaient utilisé pour couvrir sa plaie par la suite.
« Fitzwilliam? » songea-t-elle un court instant avant de repenser à l'horrible cri qu'elle l'avait entendu lâcher tout de suite après que les terroristes soient venus la chercher dans leur cellule.
Refusant de croire à la mort du colonel, bien que celle-ci ait été annoncée par les terroristes, Élisabeth explora craintivement chaque racoin de la pièce où elle se trouvait, espérant malgré tout découvrir un signe de sa présence.
-Mon chapeau, ragea-t-elle un instant plus tard une fois qu'elle eut posé sa main puis reconnu ce qui restait du bonnet que Caroline Bingley l'avait forcé à mettre avant de partir pour la prison.
Réalisant qu'il n'y avait qu'une seule chose qui pouvait expliquer l'absence de Fitzwilliam, Élisabeth se recroquevilla dans un coin de la pièce puis laissa ses joues se couvrir de larmes.
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Au bord de la nausée et l'estomac noué, Jason prit appui sur sa canne, jeta un œil sur ses jointures blanchies tandis qu'il s'y accrochait puis trouva le courage de s'approcher du roi pour lui souffler à l'oreille, la puce a cessé d'émettre, majesté.
-Pardonnez-moi mère, Georgianna, s'excusa-t-il aussitôt avant de quitter la table pour emboîter le pas à son chef de la sécurité.
-Comment est-ce possible Jason? Comment la puce peut-elle avoir cessé d'émettre? L'agressa le roi aussitôt qu'ils furent seuls.
-Bien des choses peuvent s'être passées. À commencer par une fuite, suggéra-t-il d'entrée de jeu, refusant pour l'instant d'envisager cette autre option, pourtant tout aussi probable, mais porteuse de tant de souffrances qu'il préféra la garder pour lui.
-Une fuite? Que veux-tu dire exactement? pressa-t-il son ami, se retrouvant ainsi deux ans en arrière, ressentant à coup sûr, la même crainte qu'au moment où ils avaient élaboré ce plan absurde qui s'était soldé par la disparition de son compagnon puis par sa mise en accusation.
-Ils disposent peut-être d'un appareil assez puissant pour détecter les micropuces. Ou quelqu'un les aura renseignés. Une personne qui était au courant de la présence de la puce, énuméra Jason, nullement étonné de voir William se mettre à marcher de long en large puis se passer la main dans les cheveux comme chaque fois qu'il était embêté.
-Mais enfin. Je ne comprends pas. Qu'est-ce que ça change que la puce soit opérationnelle ou pas? On sait sur quel bateau elle se trouve non, plaida William en s'arrêtant devant son ami.
-Oui, en théorie, consentit Jason, difficilement.
-Dis-moi tout Jason. N'omets aucun détail. D'où te viennent ces doutes? Le pressa davantage William.
-Je ne m'explique pas que nous n'ayons reçu aucune demande de rançons, ni même de vidéos, voilà, se libéra-t-il finalement.
-Tu as raison, grimaça William avant de soupirer bruyamment puis relancer le sujet, elle pourrait être n'importe où à l'heure actuelle. Même morte, si ça se trouve? osa-t-il même suggérer.
-C'est ça oui, déglutit Jason en s'asseyant pour s'accoter sur sa canne. Et le bateau, un très bon piège, si ça se trouve.
Accusant difficilement le coup et ayant subitement l'impression d'étouffer, William marcha jusqu'à la seule fenêtre que comptait la pièce puis l'ouvrit afin de prendre une bonne bouffée d'air.
La gorge tout aussi serrée qu'au moment où il avait vu Élisabeth monter à bord de la limousine le matin même de son enlèvement, William ferma les yeux se préparant à ressentir comme une punition divine, la vive douleur que ferait naître le contact du vent cru sur les sillons que creusaient ses larmes à mesure qu'elles descendaient.
-Il y a une chose que je ne t'ai pas dite encore William, le fit sursauter la soudaine apparition de Jason à ses côtés puisque, pour la première fois depuis bien longtemps, sa présence n'avait pas été annoncée par le claquement sec de sa canne sur le sol.
….À suivre….
Que cache Jason? Qui complote avec l'ennemi? J'ai bien hâte de vous lire. Miriamme
