14.

- Ces Jurassiens sont de véritables psychopathes ! gronda Albator.

- C'est assez compréhensible vu que leur monde paisible a été retourné par les Erguls, remarqua Warius. Nous avons même eu de la chance qu'ils ne nous aient pas dégommés dès l'instant où ils ont perçu notre approche, avant sans doute que nous posions nos navettes occultées ! J'espère au moins que leurs pouvoirs ne vont pas au-delà de l'atmosphère de leur planète… Et vous principalement, vous l'avez échappé belle ! Quelle idée d'avoir pris sur vous la mort cérébrale de cette Murhie ?

- La vérité n'aurait pas servi à grand-chose. Au contraire, là je suis sûr qu'ils ne seraient jamais venus en aide à Alérian !

Le Doc Mécanoïde du Karyu soupira.

- Vous pourriez un jour arrêter de vous bouffer le nez à tout bout de champs ? Vous êtes du même côté, je vous le rappelle, à moins que je ne me trompe ?

Le placide Machinar ne put retenir un grognement d'exaspération.

- Et vous, Albator, cessez un peu de gigoter, comment voulez-vous que je fasse mon boulot dans ces conditions ?

- Dépêchez-vous donc de me remettre d'aplomb, j'ai à y retourner ! siffla l'insupportable (im)patient.

- Où ça ? questionna un peu étourdiment le commandant du Karyu.

- Mais voir ces Jurassiens, sans cette Clio de préférence dans les parages ? siffla Albator. Pline ne m'a pas répondu. Et moi je ne lâche jamais le morceau !

- Comme si je ne l'avais pas deviné, maugréa Warius. Mais vu votre sortie, ça m'étonnerait que vous retombiez en odeur de sainteté auprès d'eux.

- Je me fous de savoir comment ils me considèrent, avoua sans surprise son irascible interlocuteur.

- De toute façon, vous n'irez nulle part, décréta Machinar. Après cette commotion, je vous garde en observation.

- Mais il n'en est pas question, vitupéra Albator. Je vais à nouveau sur Jura, un point c'est tout !


Dans le calme de son salon, Warius émit un petit sifflement de soulagement.

- Un peu de tranquillité. C'est vraiment devenu du luxe ces temps-ci !

- J'avoue que je me demande comment ce gars a pu demeurer vivant en se rebellant ainsi à tout avis médical, marmonna le Doc du Karyu. Car j'imagine aisément que ce n'est pas uniquement dans ma salle de soins qu'il fait de tels scandales !

- Oui, ça doit lui être plutôt coutumier, ce genre de réaction, convient Warius. Et maintenant ?

- Je lui ai filé assez de calmants pour qu'il dorme le reste de la journée. Ensuite, j'aviserai des mesures à prendre. Je veux vraiment l'avoir à l'œil pour les prochaines heures.

- Il va bien ? insista Warius.

- Son épaule a été remise en place, les côtes cassées guériront d'elles-mêmes. Mais il a beau avoir la tête dure, le sol de Jura l'est plus encore ! Il a eu de la chance de ne pas s'y fracturer le crâne. Je suis surpris que vous ayez pu revenir sans encombres !

- Pline s'est interposé pour que sa fille ne frappe pas à nouveau. On a récupéré notre blessé et on a filé plein pot !

- Quelles sont tes intentions, commandant ?

- Sur le fond, Albator a raison. Les Jurassiens sont la seule chance de récupérer l'esprit du gamin ! Si on parvient à leur expliquer, sans provoquer d'explosions de rage en retour, les circonstances de ses blessures, ils finiront peut-être par nous aider ! ?

- Tu vas y retourner, avant que je ne libère Albator de mon centre de soins ?

Warius secoua négativement la tête.

- J'étais avec Alérian bien avant son père. Je pourrais mieux expliquer toute l'histoire à ce Pline qui ne semble pas contraire, bien que sur la défensive. Mais je ne suis pas son père, justement. Albator s'exprimera de façon non diplomate, ça c'est sûr, mais avec tout son cœur et je pense que c'est la seule chose qui puisse convaincre Pline de nous aider !

- Je l'espère…

- Tant que le Drakkar ne perce pas notre bouclier d'invisibilité, nous pouvons encore demeurer un bon moment ici. Je ne sais pas qui est le plus têtu, de ces Jurassiens ou d'Albator ! ?…

- Des trois, c'est moi, rit Machinar. Ce Pirate aura beau protester, j'aurai toujours le dernier mot !

- J'aimerais avoir ta chance, ironisa Warius. Moi, il me prend la tête depuis la première rencontre !

- Tu veux que je te prête un de mes pistolets à injection ?

- Je crains qu'il ne se méfie désormais et ne se tienne hors de portée. Dommage, c'est bien pratique pour le réduire au silence ! Bref, préviens-moi quand il sera en état de rejoindre le sol de Jura. Je préfère quand même ne pas m'attarder ici plus que de nécessaire !

- Je te tiens au courant.

Dès que le Doc Mécanoïde sortit, Marina vint retrouver son amant.