Hello à tous.
J'ai réussi à tenir mon timing malgré une semaine plus que chargée. Bravo moi ! Le côté négatif c'est que, comme le précédant, il est un peu court.
Je continue à torturer John, cela doit vous paraître sans fin mais je vous promet que cela a son importance pour la suite.
Bonne lecture !
John était chez sa psy. Il avait repris rendez-vous quelques jours après la mort de Sherlock, principalement pour rassurer Mike. Il n'en avait pas besoin et n'avait pas plus de choses à lui dire maintenant que lors de ses premières visites, celles d'avant. Ils restaient tous deux de longs moments à se regarder sans dire un mot. Elle essayait de le faire parler, il essayait de répondre le moins possible. Il n'avait jamais aimé discuter de ses sentiments, étaler ses états d'âmes. Mais c'est ce qu'on attendait d'une séance chez le psy. La raison pour laquelle il continuait à venir restait un mystère. Il en sortait frustré et en colère et immensément triste. Comme si quelque chose n'allait pas chez lui, alors que rien n'était anormal dans son comportement.
"John. Je pense qu'il est nécessaire que vous le prononciez à voix haute. C'est important."
Ah oui. Elle avait l'agaçante habitude de lui faire répéter à chacune de leur séance que Sherlock était … qu'il s'était … enfin qu'il … La première fois, les mots s'étaient bloqués dans sa gorge et il n'avait réussi à les faire sortir qu'après de très longues minutes. Ils n'avaient parlé de rien d'autre, pas d'autres questions, juste ces trois horribles mots qu'il refusait même de penser.
"John, vous l'avez déjà fait. C'est difficile, mais vous avez besoin de vous le rappeler."
Un rire rauque retentit dans la pièce. Son rire.
"Comme si je pouvais l'oublier un seul instant !"
"C'est une partie du problème. Il faut que vous arriviez à le prononcer, à le penser pour que ce fait ne prenne plus autant de place dans votre esprit. Vous ne sortirez pas de votre dépression sans empêcher cette partie de votre vie d'empiéter sur toutes les autres."
Encore ce rire qui n'en était pas un.
"Je ne suis pas dépressif !"
La femme assise en face de lui resta à le fixer sans ajouter un mot. Il resta de longs moments à la regarder également. Il craqua le premier.
"Je ne suis pas dépressif. J'ai perdu mon meilleur ami (et c'était le plus proche de dire les mots qu'il se sentait capable d'aller),nous partagions un appartement et travaillions ensemble. Cela me parait normal d'avoir des difficultés à faire comme si de rien n'était et de continuer à vivre sans rien changer. Qu'est ce que vous avez tous à vouloir effacer les mois les plus heureux de ma vie ?!"
"Ce n'est pas ce que l'on vous demande. Personne ne veut que vous effaciez ces moments, surtout pas moi. Ce n'est pas une façon saine de traiter ce traumatisme. Mais il prend trop de place dans votre vie quotidienne. Quand êtes vous sortis pour la dernière fois avec des amis ?"
Il croisa les bras sur sa poitrine. La position était clairement défensive mais il ne voulait pas aborder ce sujet. S'il préférait rester chez lui avec un livre, c'était son droit. Même si il passait plus de temps à regarder dans le vide qu'à lire. La psychologue le fixait, ses deux mains tenant le bord de la tablette en plastique sur laquelle elle prenait ses notes. Elle écrivit quelque chose qu'il n'arriva pas à déchiffrer.
"Je ne suis pas en dépression. Je n'ai pas envie de sortir. Il n'y a rien de plus à y voir."
"Vous êtes médecin, quels sont les signes de la dépression ?"
"Je sais ce que vous essayez de faire. Cela ne fonctionnera pas. Je ne suis pas dépressif."
Elle entoura les mots qu'elle avait écrit et posa le stylo sur son accoudoir. C'était le signe qu'elle allait lancer un autre sujet. Cela inquiétait John toujours un peu. Il n'y avait aucun moyen de savoir si ca prochaine question allait être pire que la précédente ou pas.
"Vous avez dit avoir vécu les plus beaux mois de votre vie. Peut être pouvez vous me dire en quoi ils étaient les meilleurs ? Nous travaillerons ensuite pour retrouver toutes ces choses d'une manière ou d'une autre."
Pire que la précédente en quelques sorte. Et aussi : Bonne chance avec ça, Madame.
"Vous savez ressusciter les morts ? Parce que je ne vois pas d'autres moyens de retrouver ne serait ce qu'une toute petite partie de ce qui me manque."
"Je voudrais quand même que vous réfléchissiez à ce que je vous ai demandé. Qu'est ce qui vous rendait heureux ? Quels détails, quelles actions ? Cela peut être n'importe quoi : un bon repas, un film, un lieu, un moment de la journée … Ces choses existent toujours, elles ne seront sûrement pas identiques, mais elles sont encore là et vous en avez besoin."
Comment lui expliquer que rien n'avait plus d'intérêt s'il ne pouvait les partager avec Sherlock ? Que tout avait une saveur, un éclat, un truc en plus en présence du détective. Il ne pouvait pas lui dire, ni espérer lui faire comprendre. Il croisa à nouveau les bras sur sa poitrine et attendit la fin de la séance sans dire un mot de plus.
ooOoo
John hésita à entrer dans la salle de repos de la clinique. Il avait vu Mary à travers le hublot et il ne souhaitait pas plus que cela la rencontrer aujourd'hui. Elle avait plusieurs fois tenté de l'inviter à sortir un soir ces dernières semaines et il était à court d'excuses. C'était une gentille fille. Vraiment. Et ce n'était pas sa faute si John n'avait aucune envie de sortir, mais son insistance devenait problématique. Évidemment, elle était bien trop professionnelle pour tenter quoi que ce soit pendant leurs heures de travail, mais dès que l'atmosphère devenait plus personnelle, elle ne cachait plus l'intérêt qu'elle lui portait.
La pause du midi était typiquement un de ces moments. John allait faire demi-tour quand Mary leva la tête de son livre et l'aperçut de l'autre coté de la porte. Elle lui sourit et lui fit signe d'entrer. Plus possible de partir discrètement et malgré ses propres difficultés, il n'aimait pas causer de la peine inutilement. Il prit une profonde inspiration et pénétra dans la pièce.
Il fut accueilli par Nivers qui discutait avec la nouvelle infirmière.
"Ha John ! Content que vous soyez là. Nous avons une discussion passionnante avec Mademoiselle Hart. C'est une grande fan de votre blog vous savez. Elle me soutient que ces histoires avec votre détective ne sont qu'une machination montée de toute pièce, qu'il est impossible qu'il ai fait ce dont on l'accuse."
John se figea à un mètre du pas de la porte. Il n'était pas prêt à discuter de tout cela, ne le serait probablement jamais. Mary, qui avait remarqué sa réaction, s'était levée. Malheureusement Nivers n'était pas aussi observateur, ou il s'en fichait totalement, car il continua d'une voix si forte qu'on devait l'entendre depuis le couloir.
"C'était avant que vous veniez travailler avec nous, mais il est venu ici plusieurs fois. Pour récupérer son blogueur la plupart du temps, encore qu'il ait partagé un repas avec John une paire de fois, ils s'installaient à la table du fond. Un très bel homme pour ceux qui aiment ce genre, mais un caractère atroce, si vous voulez mon avis. Je n'ai jamais compris la fascination qu'il semblait provoquer."
Le ton utilisé fit se dresser les cheveux sur la nuque de l'ex soldat. Ce type ne savait rien de Sherlock, rien de leur relation et il se permettait de faire des remarques. Le sous-entendu quant à l'exacte nature de leur relation était claire dans ses intonations. Les mots utilisés semblaient moquer une des meilleures choses qu'il ai vécu et partagé avec un autre être humain.
Il était incapable de réagir, pris de court par ce presque étranger qui avait fait remonter à la surface des souvenirs douloureux en moins de quatre phrases. Il avait aimé faire le tour de la clinique avec Sherlock, lui montrer où il travaillait. Il ferma les yeux pour tenter de maîtriser la vague de sentiments qui menaçait de le submerger. A posteriori, il aurait dû se boucher également les oreilles.
"C'était un vrai connard. A prendre tout le monde de haut avec son intelligence et ses déductions. Il a fait pleurer un des nos secrétaires vous savez. Un truc au sujet de son petit ami qui la trompait avec sa soeur. Et cette façon qu'il avait de se promener partout comme si le monde lui appartenait. Non franchement, vous auriez été déçue, le docteur Watson avait une façon de le décrire beaucoup trop romanesque à mon avis. Ce type était un tordu et je n'ai pas été étonné de lire qu'il avait tout inventé et manipulé les faits. Il a prouvé qu'en plus d'être un menteur et un manipulateur, il était un lâche en sautant de ce toit."
Et aussi simplement que ça, la digue qui entourait les sentiments de John craqua. Il traversa la pièce pour se planter si proche de Nivers que leurs poitrines se touchaient presque. L'autre médecin le dépassait de dix bons centimètres, mais il en avait maté des plus coriaces que lui.
"Ferme la !" il criait, mais il s'en fichait, "Je te jure que si un autre mot à propos de Sherlock sort de ta bouche, je te fais cracher tes dents."
Nivers était devenu pale et il paraissait sous le choc. John pouvait le comprendre, il ne se reconnaissait pas lui même. Il avait tellement envie de le frapper, de le cogner jusqu'à ce que ce crétin soit au sol. Peut-être, continuerait il encore à le frapper pour faire bonne mesure. Cet accès de violence n'était pas habituel mais il n'arrivait pas à l'étouffer.
Tout le staff présent s'était relevé et s'approchait des deux hommes, prêts à intervenir si la situation dégénérait. Nivers avait dressé les mains en signe d'apaisement et John entendait vaguement Mary l'appeler. Le sang bourdonnait dans ses oreilles et atténuait tous les sons. Ill enregistrait tout son environnement à travers un voile rouge, la colère lui faisant serrer les poings et les dents.
"John ! Ca suffit John !"
C'était la voix de Sarah. Nivers s'était éloigné et elle s'était plantée entre eux deux.
"Tu vas m'attendre dans mon bureau et te calmer." Quand il resta sans bouger, elle ajouta d'un ton digne des meilleurs instructeurs de l'armée : "Tout de suite !"
John pivota sur ses talons et sorti de la salle sous les yeux de la moitié du staff. Il croisa des regards curieux à travers le couloir et décida de ne pas y réagir. Il entra dans le bureau de Sarah et se jeta sur une des chaises d'une manière dont Sherlock aurait été fier. Sherlock …. Il avait réussi à gérer ces derniers semaines. La tristesse, la colère, le sentiment d'injustice commençaient à se lisser, à ne plus être aussi poignants. Mais il se retrouvait pratiquement au point de départ, des accès de furie suivis d'une peine si profonde, qu'elles le laissait toutes deux totalement lessivé.
Il travaillait à réguler sa respiration quand Sarah entra à son tour. Avant même qu'il n'ouvre la bouche, elle annonça :
"Je ne veux pas entendre tes raisons. Rien, tu m'entends ? Rien ne justifie que tu agresses un collègue de travail ! Je devrais te virer."
Étrangement, la menace n'inquiéta pas John. Cela lui donnerait une bonne raison pour rester chez lui. Il entendit Sarah soupirer.
"Et tu n'en as rien à faire. Rentre chez toi. Je n'aurai pas besoin de toi d'ici la fin de la semaine. Change toi les idées, sort un peu et surtout ne revient lundi que si tu es capable de te maîtriser. "
Elle leva la main pour arrêter sa réponse.
"Je m'occupe de Nivers, Mary m'a tout raconté. Il a dépassé les bornes. Mais cela n'excuse pas ton comportement."
John se retourna et quitta la pièce sans rajouter un mot.
ooOoo
Le trajet entre la clinique et son appartement l'aida à se débarrasser totalement de la colère qui courrait encore dans ses veines. Quand il ouvrit enfin la porte de chez lui, il était à nouveau complètement indifférent à ce qui l'entourait. Il n'arrivait pas à imaginer que quelque chose ait pu le faire sortir de ses gonds au point de vouloir frapper un collègue.
Il entra chez lui, posa ses clés et son portable dans le vide poche près de l'entrée. Il enleva son manteau et s'installa sur le vieux canapé avec l'intention de regarder un peu la télé. Après avoir fait le tour de l'ensemble des chaînes trois fois et n'ayant rien trouvé qui pique sa curiosité, il éteignit l'écran et attrapa son livre.
Il avait à peine déchiffré deux pages qu'il reposa le bouquin sur la table basse. Peut-être pourrait il profiter de son temps libre pour faire une petite sieste, de toute façon, il n'avait rien d'intéressant, ni à la télé, ni à lire.
Il sortit la couverture de sa place en dessous du canapé et s'installa du mieux possible. Il ferma les yeux et essaya de s'endormir. Avec un peu de chance, il se réveillerait après dix huit heures et n'aurait qu'à préparer son repas et regarder le programme du soir.
Il se réveilla trois heures plus tard, plus fatigué encore qu'à son retour de la clinique. Il alluma à nouveau sa télé et essaya de trouver assez d'énergie afin de préparer son repas.
Trente minutes plus tard, il était toujours allongé. De toute façon il n'y avait rien qui lui faisait envie dans son frigo. Il allait peut être commander et se faire livrer quelque chose. Sauf que son téléphone était dans l'entrée. Et les menus dans la cuisine. Il avait le temps, il était encore relativement tôt et il n'avait pas très faim.
Il regarda à moitié la télévision, ne prêtant pas vraiment attention à ce qu'il s'y passait.
Quand il se réveilla, il faisait nuit et son estomac criait famine. Il regarda sa montre : pratiquement vingt et une heure. Il était encore un peu tôt pour aller se coucher. Il ferait mieux de se bouger s'il voulait manger quelque chose. Cela ne l'empêcha pas de rester sous la couverture.
Ce n'était pas si mal d'avoir un après-midi à la maison en fait. Peut être que sa petite altercation avec Nivers avait été utile. Il pourrait rester chez lui s'il ne devait pas travailler. Quelle différence depuis les premiers jours de après, quand il s'occupait au maximum pour ne pas se perdre dans ses pensées.
La discussion qu'il avait eu avec sa psy choisit ce moment pour lui revenir en mémoire. Envie de rien, se trouver des excuses et rester chez soit, ne pas manger et dormir plus que de raison … Peut être qu'elle n'était pas aussi incompétente et inutile que John le pensait. S'il regardait objectivement tous ces symptômes, la dépression était évidente. Et il avait pratiquement frappé un homme sous l'effet de la colère.
Il rejeta la couverture avec ses pieds, se redressant et se levant rapidement. Il savait vers quoi menait ce chemin, il l'avait déjà parcouru et avait pratiquement fini avec une de ses propres balles dans le crâne. Ce n'était définitivement pas quelque chose qu'il avait l'intention de revivre.
Il empoigna son téléphone et pour la première fois depuis des mois, appela quelqu'un de son propre chef. Son interlocuteur décrocha à la première sonnerie.
"John. Tout va bien ?"
L'inquiétude était audible dans la voix de Greg. Rien d'étonnant à cela.
"Oui Greg, aucun problème. Je me demandais si tu avais envie de sortir ce soir ?"
L'inquiétude avait laissé place à l'étonnement (je peux comprendre, mec ! Je suis moi même un peu dérouté pour le coup). John espérait que l'inspecteur était libre, il ne savait pas si il aurait le courage de renouveler son invitation.
"Bien entendu ! Je finis quelques dossiers, je peux être à l'endroit habituel dans une heure. Ça ira pour toi ?"
"Parfait ! A tout a l'heure."
John avait une bonne demie heure de trajet entre son appartement et leur point de rendez vous. Il avait pile poil le temps de se doucher et de s'habiller avant de partir. Il n'avait toujours pas envie de sortir mais rester enfermer ne ferait qu'empirer son début de dépression. Et depuis le temps que Lestrade le tannait pour qu'ils se fassent une soirée au pub ensemble, cela ferait d'une pierre deux coups. Et, même si il en doutait, il passerait peut être une bon moment. Sa psy serait fière de lui, il se raccrochait aux petites choses qui lui avaient un jour apporté du plaisir.
