Aloa amigos !

IGNOREZ MON RETARD. Pliz. J'ai genre je sais pas combien de mois de retard et j'ai honte. Mais voyez, maintenant que j'en suis à la ligne droite vers la fin, je panique et ne sais pas exactement quel chemin prendre, parce qu'en fait je découvre l'histoire tout autant que vous. Il devrait encore rester 3 ou 4 chapitres avant la fin, et j'ai déjà un chapitre d'avance, et je compte en finir avec cette fanfiction avant le Nanowrimo (parce que j'ai un nouveau projet de fanfic sur le fandom Harry Potter et j'ai vraiment envie de l'écrire mais je peux pas me le permettre si j'ai pas fini BatB !).

Mille et même plus mercis pour toutes vos reviews extraordinaires. Ca fait tellement longtemps que j'ai pas publié que j'en ai oublié si je vous ai déjà répondu ? Bahh, je répondrai la prochaine fois, mmh ?

En tout cas bonne lecture mes choupinous, je vous retrouve la semaine prochaine pour la suite.

Chapitre 14

Ce n'était de loin pas l'accueil auquel Merlin s'était attendu.

La journée avait pourtant été belle, rayonnante de soleil et dépourvue de la moindre brise qui l'aurait, en temps normal, congelé. Marguerite avait été particulièrement coopérative, et sa magie lui obéissait sans jamais rendre sa situation difficile.

Il était arrivé à Ealdor avec un grand sourire aux lèvres, débouchant de la forêt pour apercevoir les contours de son village natal dans la colline suivante, bordée de plantations endormies et bien labourées. Il espéra de tout cœur que la récolte eut été bonne, puis accéléra le pas. Il eut grand plaisir à cette course effrénée qui sembla réveiller l'engouement de sa jument trop longtemps restée inactive.

Merlin ne s'était pas attendu à un accueil particulièrement joyeux. Sans doute que quelques railleries auraient suivi ses pas à l'entrée du village, mais cela n'avait pas la moindre importance au vu de la bonne nouvelle qu'il apportait et qui lui vaudrait la plus belle étreinte de sa mère et le sourire ému du père de Gwen. Certes, ce n'était pas le plus beau des accueils, mais quelque chose à laquelle il pouvait s'attendre avec impatience. Mais il ne s'était de loin pas attendu à ce que des cris d'effroi et des doigts accusateurs pointés sur sa personne à l'instant même où il pénétra dans l'enceinte du village se fassent entendre, et encore moins à ce qu'une horde de gardes royaux sortis de nulle part (mais qui semblaient être, une fois qu'il eut pris le temps d'analyser correctement la scène, omniprésents) ne l'arrachent violemment de sa selle et l'enferment dans une salle sombre, fers aux chevilles et aux poignets.

Il en était à songer au fait que cette scène avait quelque chose d'affreusement familier quand la porte s'ouvrit à nouveau et que sa mère fut jetée négligemment au sol, suivie de Tom. Ce ne fut pas un enfermement qui se fit sans grands cris, et Merlin se rendit soudainement compte, une fois que la porte de leur cage se fut refermée derrière eux, que ces cris venaient principalement de lui.

- Maman ! Maman, tu vas bien ? Oh maman, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi t'ont-ils enfermée ? Et Tom ? Qu'est-ce que des gardes royaux font à Ealdor ?

Il sanglotait, aussi, d'une série de pleurs sans larmes, uniquement dus à un choc apparu avec un certain retard – et pu quelque peu se calmer quand il reçu enfin l'étreinte pour laquelle il s'était pressé de rentrer.

- Oh, mon cœur. Calme toi. Tout va bien, tout va bien se passer…

Elle le berçait nerveusement dans ses bras, et Merlin se rendit soudainement compte qu'elle était dépourvue de fers, et que le seul tintement incessant qu'il entendait provenait des siens.

- Tout va s'arranger, mon garçon.

La voix de Tom était faible et dépourvue d'optimisme, mais Merlin choisit naïvement de se fier à ces paroles.

- Ils ne vous ont pas attachés…

- Ils n'en ont pas besoin, répondit Tom d'un ton las.

- Je ne comprends pas.

- C'est un métal… C'est le métal…

Ce fut au tour d'Hunith de céder aux pleurs, et Merlin se dégagea lentement d'elle pour observer ses fers à son tour. Il remarquait alors une forme de malaise qui s'emparait de ses bras et de ses jambes, un fourmillement des plus désagréables qui avait un petit quelque chose de familier. Il tenta de tirer sur les fers : geste inutile, mais indispensable. Il aurait espéré que cela mène à quelque chose. En vain. Alors, il concentra sa magie sur la jointure de ses fers – avant d'être saisi d'une nausée particulièrement puissante qui le fit se recroqueviller sur lui-même. Les fourmillements qui l'avaient d'abord parcouru à ses extrémités étaient devenu mille aiguilles brûlantes qui le transperçaient de part en part, et ce ne fut que grâce à sa force de volonté qu'il parvint à retenir un hurlement déchirant.

- De l'argent glacé, lâcha Tom en se précipitant à ses côtés pour l'inciter à se coucher sur le côté, passant une main le long de ses jambes qui lui massait durement les muscles.

Merlin eut envie de se retirer, de crier son mécontentement : il ne devait que se concentrer sur sa douleur atroce et rien d'autre, il ne voulait rien d'autre, pourquoi Tom cherchait-il à lui imposer une nouvelle forme de douleur ?

Et aussi soudainement que cela avait commencé, alors que Tom effectuait une pression sur le creux de son poignet, juste au dessous du cerceau de métal empoisonné, la douleur disparut : les fourmillements étaient revenus, mais l'étrange impression qu'ils n'étaient que l'écho de sa précédente agonie, ou même de l'agonie de ses précédentes victimes, ne pouvait plus le quitter.

- Comment ont-ils su ?

Merlin ne réussit à prononcer ces quelques mots qu'au prix d'un grand effort, et il laissa reposer son visage dans les caresses de sa mère qui pleurait toujours, inconsolable.

- Je ne sais pas, répondit Tom. Tu avais si bien réussi à le cacher au village durant toutes ces années ! Et il y a de ça une semaine, voire deux, cette patrouille innombrable de gardes apparaît, te déclare comme criminel dont la tête est mise à prix pour plusieurs milliers de pièces d'or. Apparemment, tu es à la tête d'un réseau dangereux de sorciers, démons et autres inepties, et tu aurais toi-même créé une bête mutante, ignoble et sanguinaire que tu chéris dans un château enchanté et indétectable et que tu utiliseras dans le but de détrôner la reine… Alors la majorité des gardes restent ici tandis qu'une poignée d'hommes sillonnent la forêt à la recherche de ce soi-disant château.

Merlin se redressa brusquement, les yeux écarquillés, laissant de côté son inconfort pour tenter de démêler cette histoire invraisemblable. Sa mère continuait à sangloter, et il la prit doucement dans ses bras pour la bercer à son tour.

Le réseau dangereux de sorciers n'était qu'une fable qui avait dû apparaître de fil en aiguille, au fur et à mesure que l'histoire se propageait à travers le royaume. La bête mutante, le château et la reine détrônée… cette histoire lui semblait beaucoup plus intéressante, aussi, il lâcha sans pouvoir se retenir :

- Mais comment a-t-elle su ?

Sa mère hoqueta avant de cacher un haut le cœur derrière sa main. Tom, quant à lui, s'immobilisa et riva des yeux glacés et dangereux sur le jeune homme.

- Comment a-t-elle su quoi ?

Il s'émanait de lui une aura de colère telle que Merlin ne put s'empêcher de reculer instinctivement.

- Car je tiens à te prévenir, Merlin, que tu as intérêt à avoir une assez bonne explication envers toute cette histoire et notre prochaine mise à mort, et à m'expliquer où diable est partie ma fille ! Tout ce que je sais provient d'un message des plus vagues qu'elle m'a laissé, comme quoi tu avais trouvé la solution à tous nos problèmes, et qu'elle se devait de te suivre pour t'aider à accomplir tes projets ! Moi, ce que je vois, c'est que jamais, ô grand jamais, de toute ta vie, jeune homme, tu n'as commis pareille bourde ! Et pas n'importe quelle bourde, oh, non ! Une bourde qui va nous coûter la vie !

Merlin déglutit : il sentait que Tom était lui-même au bord de la crise de nerfs, à deux doigts de se jeter sur le jeune homme et de l'étriper sans le moindre remords.

- C'est…

Il entendit sa mère qui retenait son souffle. Les sourcils de Tom se froncèrent plus encore.

- C'est une longue histoire.

Et ainsi, dans cette cellule miteuse et sombre où nul espoir de survie ne semblait atteignable, Merlin leur conta ce conte duquel il avait espéré pouvoir leur apporter à tous de l'espoir. Quelle ironie.

- Mais je ne comprends pas, disait-il enfin dans le silence complet de ses proches. De ce que j'ai compris de la magie de ce lieu… Apparemment, la malédiction fait en sorte qu'on puisse le trouver la première fois, mais jamais la seconde. La troisième est à nouveau la bonne. Je ne comprends pas. C'est la première fois à tous ces gardes, après la deuxième, puis la troisième, ainsi de suite. Même s'ils étaient guidés par quelqu'un qui aurait déjà su où se trouvait le château, ils auraient fini par le trouver au bout d'un certain temps. Je ne comprends…

- C'est que, tout simplement, la magie protectrice du château est liée aux émotions d'Arthur.

Cette voix semblait surgir de nulle part. Merlin ne put s'empêcher de lui trouver un petit quelque chose de dramatique alors que ses poils se hérissaient sur ses bras. Il connaissait cette voix. Il la connaissait, il…

- Alors si Arthur refuse qu'on sorte de ce château, alors nul ne pourra sortir du château. Si Arthur souhaite protéger ses sujets, nulle personne aux mauvaises intentions – qui chercherait, par exemple, à l'anéantir une bonne fois pour toute – ne pourrait trouver le château.

Merlin ne pouvait discerner les traits de cette ombre qui s'approcha du groupe de prisonniers recroquevillés, mais quand il reconnut cette voix, il comprit que nulle identification visuelle n'était requise.

Mordred.

Une rage viscérale lui mordit l'estomac. Le souvenir de la poudre de sommeil versée dans le thé d'Arthur, elle-même confiée à Merlin par les soins de Mordred, son amitié, l'insistance qu'il avait à le voir quitter le château pour « recouvrer sa liberté », comme il disait. Les fourmillements se firent soudainement plus forts, comme il pouvait sentir que sa magie enfermée répondait à sa colère, et il respira profondément et rapidement par le nez, les poings serrés, songeant sincèrement, et pour la première fois, à refaire le portrait à cet homme. À cette armure. Il devait se souvenir que Mordred était une armure. Intouchable par des moyens physiques.

- Mais le fait est que, Merlin, je suis un cas spécial. Je suis la source de la malédiction d'Arthur.

Il fit une petite pose dramatique, cherchant sans doute à examiner l'expression de dégoût ou d'horreur qui se dessinait sur le visage de Merlin. Ce dernier se retrouvait incapable d'exprimer autre chose qu'une rage pure, violente et primaire. Il saurait se contenir. Il en était capable. Ce n'était pas si différent que de cacher à un village entier passé maître dans l'art du commérage qu'il était né sorcier.

- La source – sais-tu ce que c'est ? Ou peut-être es-tu né avec ces dons sans jamais trop savoir comment les canaliser ? Vois-tu, Merlin, un sortilège comme celui qui a touché Arthur et ses sujets demande une source d'énergie puissante. Or, quelle est l'énergie la plus puissante en ce monde ? La vie. J'ai donné ma vie à cette cause. J'ai cédé ma mortalité pour une demi vie, canalisant la malédiction en moi. Certes, j'ai pris l'apparence d'une armure, mais ma liberté ne m'a jamais été volée. La volonté d'Arthur ne peut me brider.

- Alors qu'est-ce qui t'empêche de retourner au château ? cracha Merlin.

- Ta magie, répliqua Mordred sur le même ton. Ta magie s'est mêlé je ne sais trop de quelle façon à celle d'Arthur. Estime-toi heureux – pour le peu de temps qu'il te reste ! Ta volonté s'est exaucée. Nulle personne aux intentions belliqueuses ne peut retrouver le chemin du château. Je ne peux plus le retrouver, qu'importe ô combien de fois j'ai pu m'y trouver, le quitter pour rejoindre les côtés de ma reine et retrouver mon chemin une nouvelle fois. Et ce même alors que tu t'y trouvais – mais j'imagine que tu ne pouvais pas laisser ton monstre préféré et ton idiote de meilleure amie derrière toi sans leur administrer une dernière protection, n'est-ce pas ?

Merlin ne répondit pas. Il fit de son mieux pour garder une expression aussi neutre que possible pour ne pas montrer sa stupéfaction. Il n'avait rien fait, rien, dont il se souvienne, qui ressemble un temps soit peu à cette aide que Merlin avait apportée à la magie d'Arthur. Il ne comprenait pas – mais ne s'en étonnait pas. S'il y avait une chose que Merlin avait apprise lors de son séjour auprès d'Arthur, c'était que sa magie n'avait pas forcément besoin de son autorisation pour agir à sa guise, et qu'elle était bien plus puissante – bien que cela lui soit toujours aussi difficile à l'accepter – et instable qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer.

Aussi se contenta-t-il de redresser imperceptiblement le menton – et il n'avait même pas à feindre cette fierté qu'il sentait animer ses traits. Si sa magie avait agi en conséquence pour protéger ses deux meilleurs amis d'une menace qu'il n'avait pas alors imaginée –

Un détail s'interposa soudainement dans son esprit, et Merlin ne put retenir un froncement de sourcils que Mordred ne manqua pas de remarquer.

- Un problème, Merlin ?

- Qu'est-ce que la reine a à voir avec toute cette histoire ?

- La reine fait régner sa justice, répliqua Mordred d'un ton où perçait le défi. C'est là où ton existence t'a menée : à la potence, après que tu te sois rendu utile.

- La justice de la reine, c'est ça, hein ? Mais dis-moi Mordred – est-ce là vraiment tout ce dont cela retourne ?

Sa colère bouillonnait. Il ne remarquait même plus la main qui se voulait apaisante que sa mère cherchait vainement à poser sur son bras, n'entendait plus le tintement de ces chaines haïssables qui tentaient maladroitement de lui rappeler le danger qui l'attendait s'il laissait sa magie s'échapper à nouveau. Merlin ne pensait plus qu'à une chose : se jeter sur cette armure et laisser sa magie trouver la solution à sa condition particulière pour pouvoir lui imposer toutes les souffrances imaginables. Il tirait sur ses chaînes, et il ne se serait sans doute pas étonné s'il s'était surpris à grogner en direction de l'armure.

- Qu'est-ce que la reine a vraiment à faire dans tout ça ? Tu dis te réfugier dans ses jupes – mais la reine ne porte t-elle pas une haine déraisonnée envers toute forme de magie ? Que l'on en soit la source ou la cible ? Mais regarde-toi Mordred, n'est-tu pas les deux à la fois ?

Mordred recula d'un pas sans quitter Merlin des yeux, comme on s'éloigne d'un chien enragé, avec précaution, tout en cherchant vainement à affermir une dernière fois son pouvoir sur celui qui s'avérait autrefois lui être inférieur.

- Qu'est-ce que la reine a vraiment à faire dans tout ça ? Réponds-moi, Mordred ! Pourquoi te prendrait-elle comme espion ? Parce que c'est ce que tu étais, depuis tout ce temps, n'est-ce pas ? C'est toi qui faisais en sorte de préserver ce petit secret disgracieux de la reine !

- Je ne vois pas de quoi tu parles, Merlin.

- La reine est une sorcière, cracha finalement le jeune homme sous les exclamations estomaquées de ses proches. La reine est une sorcière – et pas n'importe quelle sorcière. C'est celle qui a jeté la malédiction sur le château, pour pouvoir s'emparer du trône et régner depuis tout ce temps !

Une gifle au goût et à la dureté du métal l'envoya s'étaler sur le sol humide et sale. Mordred n'avait pas besoin de le démentir, et quand bien même l'aurait-il fait que Merlin n'en aurait eu cure : la malédiction n'était plus un mystère, désormais. Le jeune homme en avait démêlé tous ses fils au prix de nombreuses peines, et alors que Mordred refermait violemment la porte derrière lui après lui avoir crié des menaces tonitruantes quant à la future coopération de Merlin dans son stratagème, le sorcier en vint à se demander si le prix n'avait pas été trop fort pour qu'il en sorte autant de mal. Merlin avait trouvé comment défaire la malédiction – ce n'était plus qu'une question de jours, désormais, pour que le château, Arthur et Gwen ne trouvent enfin le chemin menant au bonheur. Ou du moins, qu'ils l'aperçoivent de loin. Car s'il était quasiment certain, désormais, qu'Arthur et ses sujets ne sortiraient pas indemnes de la confrontation qui se préparait, il lui semblait d'autant plus impossible qu'un seul des habitants du château ne s'en sorte vivant sans l'aide de la magie de la malédiction.

Alors, de frustration, Merlin pleura.

Les chaînes d'argent glacé tintèrent dans son chagrin, comme si elles compatissaient sadiquement à son malheur.

Si un jour Merlin avait pu détourner les yeux d'un chien battu ou d'un cheval poussé au bout de ses retranchements – si un jour seulement il avait eu l'audace d'effectuer un geste aussi détestable, il pouvait se rassurer que désormais, pour avoir été à leur place, il ne le ferait plus jamais.

Merlin était désormais un sorcier connu de tous, et pour cette faute, il ne valait pas même plus qu'un chien. Un chien était loyal et utile. Un sorcier n'était qu'une abomination et un danger. Aussi, il ne comptait plus le nombre de coups que ces soldats ou les visages autrefois familiers des villageois s'étant enrôlé auprès des hérauts de Sa Majesté lui avaient donné, que ce soit pour son absolue réticence à obéir à leurs ordres ou pour le simple plaisir d'assujettir un membre de la communauté haï uniformément à leur pouvoir, ne serait-ce que brièvement.

Il aurait voulu qu'on intervienne pour rappeler à ces gens ne serait-ce qu'un semblant d'humanité. Il aurait voulu que ses anciens camarades d'école ne détournent pas leurs yeux de l'espèce d'épave repoussante qu'il était devenue en l'espace de quatre jours. Et souvent, il aurait voulu qu'on lui retire ces chaînes traîtresses pour pouvoir tous les brûler en l'espace de quelques instants – et puis, cette fugace envie de meurtre disparaissait, pour que la culpabilité ne vienne que se rajouter à cette liste interminable de tortures que le destin lui infligeait.

Le fait était qu'en l'occurrence, Merlin luttait de toutes ses forces pour se persuader que rejoindre le château était symbole de fin pour tous ses amis. Le château restait par conséquent introuvable tant que Merlin se concentrait sur cette seule et unique pensée. Mais quand il se complaisait dans l'idée que peut-être sur place, il réussirait à agir pour arranger la tournure des évènements – à cet instant là, Mordred poussait une exclamation ravie en reconnaissant soudainement un sentier menant tout droit au château, pour qu'il lui donne une nouvelle taloche alors que Merlin reprenait ses esprits et que le sentier familier donnait sur un cul de sac.

Mordred avait tenté toutes sortes de manipulations affectives pour le convaincre que rejoindre le château était dans son avantage, mais le jeune homme était trop intelligent pour se laisser séduire par une telle éventualité. Aussi se contentaient-ils d'errer sans but, bivouaquant à la tombée de la nuit pour reprendre les recherches le lendemain matin. Merlin avait faim et soif. Merlin avait froid. Sa magie lui manquait et il était constamment au bord de la nausée au vu de cette quantité impressionnante de pouvoir qui cherchait tant bien que mal une façon de s'échapper de la prison qu'était devenue son corps.

Au bout du cinquième jour cependant, les évènements semblèrent prendre une tournure plus agréable.

Recroquevillé dans un coin, occupé à jouer avec une brindille de bois en traçant des lettres dépourvues de sens dans la terre humide, Merlin attendait que les soldats se réveillent. L'aube pointait tout juste, et un ancien camarade d'école était chargé de monter la garde – il venait de disparaître pour se soulager, et alors que Merlin était occupé à se lamenter sur ses chaînes qui l'empêchaient de profiter de l'occasion pour s'enfuir, un bref craquement dans les alentours se fit entendre.

- Psst.

Un vague sursaut d'espoir l'assaillit douloureusement, réveillant sa magie aux aguets. Merlin se contorsionna pour se tourner en direction du son. Il lui fallut quelques instants pour reconnaître la figure de Will, ce bon vieux Will, son plus ancien ami Will, presque entièrement camouflé dans la pénombre de la forêt.

Merlin se retint péniblement de couiner son soulagement et se contenta de remuer tristement ses poignets, cherchant tant bien que mal en lui la force de faire signifier son urgence à son ami. Ce dernier plaça son index sur ses lèvres et disparut à nouveau. Will le chasseur, Will, que personne n'égalait dans cet art. Merlin patienta de longues minutes, le cœur battant à tout rompre, à l'écoute du moindre bruit ou cliquetis – cliquetis de clef qui se fit bientôt entendre, et en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, Will était de retour et le libérait de ses chaines glacées.

Merlin fut dans un premier glacé par sa libération – immobile, le souffle court, il attendit une explosion, quelque lumière exaltée de sa magie qui avait forcé sur ses barrières pendant si longtemps. Mais rien ne vint – un sifflement sourd lui meurtrissait les tympans, et il resta immobile à fixer le visage inquiet de Will qui vérifiait l'état de ses poignets ou plaçait des doigts contre sa gorge à la recherche de son pouls.

Alors il la vit – il la vit dans toute sa splendeur, qui perçait d'abord timidement la terre, en une quantité telle qu'on aurait dit ces murmures incessants qui régnaient au château de la bête. Et ces boutons de fleur printanières grandissaient à vue d'œil, par milliers, voire millions, à perte de vue. Sa magie rendait aux arbres leurs feuilles et leurs fruits, et s'épanouissaient devant ses yeux, grandissaient, grandissaient encore.

Merlin se libéra doucement de l'étreinte de Will et passa doucement ses mains dans la gazon vert et gras qui s'élevait doucement autour de lui – il y glissa ses doigts comme pour caresser les cheveux d'un bien aimé, le vit répondre à son toucher enchanté et encourager l'apparition de petites pâquerettes sur son sillage. Un papillon s'envola alors de sous ses mains, puis un autre, s'élevant joyeusement pour déposer un bref baiser sur ses joues incrustées de terre et de trace de ses larmes et venir se confronter au regard éberlué de Will, le taquinant d'une brève visite sur le bout de son nez.

- C'est… c'est toi qui fais ça ? souffla Will, non pas par peur d'être surpris (car il devait lui être difficile de croire que quiconque puisse réchapper au pouvoir de Merlin au vu de cette défiguration des lois de la physique qui se présentait sous ses yeux), mais bel et bien parce que sa surprise lui avait coupé la respiration.

- Oui, murmura Merlin.

Sa magie lui avait rendu ses forces – il se leva lentement pour ne pas effrayer la beauté extravagante de sa magie et s'étira de toutes ses forces. L'air sentait le printemps et était aussi glacé que pouvait l'être une aube hivernale. Il fit craquer son dos, et laissa son bonheur l'envahir définitivement.

Combien de temps resta-t-il à laisser le soleil se réveiller et réchauffer petit à petit ses membres meurtris ? Il n'en savait rien, mais il se rendit bientôt compte que sa magie obstruait le passage au moyen de lianes et branches d'arbres encombrantes à des gardes et paysans armés jusqu'aux dents qui hurlaient injures et malédictions aux deux jeunes hommes perdus dans la contemplation de la beauté à l'état pur.

Il posa alors son regard sur eux – et en l'espace d'une seconde, ils étaient tous propulsés en arrière, envoyés contre des arbres, ricochant l'un contre l'autre, et tous disparurent de son champ de vision en l'espace de quelques cris.

- Où est ma mère, ou est Tom ? s'enquit alors Merlin en se retournant vers la figure décomposée par l'admiration et la peur de Will.

- À l'abri, répondit-il au bout de quelques instants. J'ai profité de ce creux dans l'effectif pour les libérer. Je les ai cachés dans la montagne, c'est pour ça que je n'ai pas pu venir plus tôt. Ils m'ont tout expliqué, je… D'autres gardes ne devraient plus tarder, et j'ai entendu la rumeur comme quoi la reine en personne allait venir pour assister à ton exécution et celle du monstre.

- Ce n'est pas un monstre, l'interrompit Merlin. C'est le roi légitime d'Albion.

- Pardon ?

- C'est une longue histoire, répliqua-t-il. Will, il faut que tu partes au plus vite. Reste caché aussi longtemps que possible – je viendrai tous vous chercher si tout se passe bien. Mais si ce n'est pas le cas… Ealdor n'est plus un endroit sûr. J'ai un mauvais pressentiment, Will. Et si je ne viens pas… partez d'ici.

- Merlin, je…

- Will, fais ce que je te dis !

Il attrapa son ami par les épaules et, ignorant les papillons qui naissaient soudainement du bout de ses doigts, le secoua pour lui faire comprendre l'urgence de la situation.

- Je vais rejoindre le château, il faut que je les avertisse, tous. Mais regarde autour de toi – je n'ai aucun contrôle sur ma magie. Elle a été bridée trop longtemps. Si je pars maintenant, ils vont me suivre. Je vais laisser trop de traces sur mon passage. Va-t-en. Occupe-toi d'eux. Je t'en prie.

- Je…

- Will.

Alors Will hocha la tête, et après une brève hésitation, serra son ami dans ses bras. Il y mit toute sa force, et sans doute chercha-t-il à cacher ses tremblements, mais Merlin n'était pas dupe. Aussi, Will se dégagea brusquement de lui, plaqua ses mains autour de ses oreilles et approcha son front pour y déposer un baiser sonore, et se retourna pour disparaître dans l'ombre des fourrés.

Autour de lui, la magie de Merlin avait fait en sorte d'immobiliser tout un chacun à même le sol. Il croisa les yeux de Mordred, incrustés dans le reflet de son casque, lui adressa un pâle sourire satisfait, et s'enfuit.

Et là où il passait, papillons et abeilles faisaient leur affaire sur les petits boutons d'or qui poussaient dans son sillage.

Merci d'avoir lu, et hésitez surtout pas à partager votre impression ou vos spéculations dans une review !

Bisous.

OaD