Chapitre 14 : L'attente

Castle et Beckett suivirent la jeune infirmière dans les couloirs de l'hôpital pour enfants mais ne remarquèrent pas les fresques sur les murs, trop préoccupés par le sort de la petite fille qu'ils aimaient tant. Sans vraiment s'en rendre compte, ils arrivèrent dans le service de chirurgie orthopédique où ils furent accueillis par Amanda, une collègue de la métisse.

-« Bonjour, vous devez être les parents d'Alexis ? » fit la jeune femme avec un sourire. « Si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer la chambre que nous lui avons préparé. »

Tels deux automates, les jeunes gens la suivirent jusqu'à une vaste chambre comprenant un lit et un gros fauteuil.

-« Comme nous nous doutons que vous allez vouloir rester auprès de votre fille la nuit également, nous vous avons installé ce fauteuil qui se transforme en véritable lit d'appoint. Je vais vous laisser maintenant. Si vous avez besoin de quoique ce soit, n'hésitez pas à faire appel à moi. »

Devant l'air désemparé des deux adultes, les deux infirmières décidèrent de les laisser seuls mais, au moment où elles sortaient, Becket posa une main sur l'avant-bras d'Amanda.

-« Ca va durer combien de temps ? » murmura-t-elle la gorge nouée.

-« L'opération en elle-même ne devrait pas durer plus d'une demi-heure. Ensuite votre fille va rester entre une heure et une heure et demie en salle de réveil avant d'être ramenée dans sa chambre. »

Quand la brunette se retourna vers l'écrivain, son cœur se brisa. En effet, ce dernier s'était assis sur le bord du fauteuil et, penché en avant, il avait pris son visage entre ses mains.

-« Oh Castle, tout va bien se passer ! » dit la jeune femme en se précipitant vers l'homme et s'agenouillant pour être à sa hauteur. « Alexis est une petite fille est pleine santé et c'est le meilleur hôpital pour enfants de la ville. »

-« Mais c'est mon bébé Kate, mon petit bébé et je suis censé la protéger… J'ai failli à ma mission de père et, à cause de ça, elle se fait opérer… J'ai tellement peur pour elle… »

-« Regardez-moi bien, » intima Beckett en posant ses deux mains sur ses épaules et captant son regard. « Ce n'est pas de votre faute et vous êtes un excellent père ! Vous l'avez dit vous-même : il s'agit d'un accident ! Un accident. »

-« Mais elle est en train de souffrir et je ne peux rien faire… Si seulement je pouvais prendre sa douleur… »

-« Je n'en doute pas et c'est ce qui fait de vous un excellent Papa Castle, » sourit la jeune femme malgré ses propres angoisses.

Le silence se fit ensuite dans la pièce. Beckett s'était relevée et s'était postée près de la fenêtre, le regard perdu dans le vide et essayant par tous les moyens de maitriser ses émotions pour le bien de son nouvel ami. Il ne fallut que quelques minutes à l'écrivain pour perdre patience.

-« Ca fait combien de temps ? » demanda Castle d'une voix angoissée alors qu'il se levait et se mettait à faire les cents pas.

-« Pas plus de quelques minutes, » répondit Beckett en se tournant pour faire face au jeune homme.

Un profond soupir retentit dans la pièce bientôt suivi par le silence à nouveau. Seul le bruit de l'écrivain faisant les cent pas résonnait dans la pièce encore et encore. Les nerfs que la jeune femme déjà soumis à rude épreuves se tendaient de plus en plus et Beckett finit par craquer. Elle se déplaça brusquement pour se placer dans la course du jeune homme.

-« Castle ! » intima la jeune femme en lui prenant les mains et l'obligeant à la regarder. « Ca ne sert à rien que tu uses le sol comme ça, ça ne changera rien… »

Sa tirade eut le mérite de stopper net les pas incessants de l'écrivain. Cependant ce dernier fut surpris de voir une légère teinte rosée empourprer les joues de son amie. Il se repassa leur échange et la lumière se fit dans son esprit.

-« Euh… Je… Je suis désolée, je… »

-« Kate, ne t'excuse pas. Nous sommes amis, non ? » demanda Castle avant de poursuivre une fois que Beckett eut acquiescé timidement. « Alors des amis ne se vouvoient pas. Et puis cela n'aurait pas de sens sachant l'affection que te porte déjà ma fille… »

A nouveau le silence s'installa entre eux et, après un long moment, l'écrivain reprit sa marche circulaire. Avec un soupir, Beckett alla s'assoir sur le lit préparé pour Alexis et l'observa un long moment, cherchant dans ses souvenirs un moyen plus plaisant de faire passer le temps. Soudain une idée germa en elle alors qu'elle se remémorait la fois où elle avait dû être opérée du bras.

-« Castle ? » appela la jeune femme en tapotant la place libre à côté d'elle. « Et si vous… Et si tu me racontais toutes ces choses que les tabloïds ne disent pas sur toi comme ton rôle de père célibataire, le fait que tu sois si proche de ta mère… »

-« Elle est tout ce que j'ai tu sais… Alexis je veux dire… Elle est toute ma vie et, s'il lui arrivait malheur, je ne m'en remettrai pas… »

Derrière les paroles de l'écrivain transparaissaient l'ensemble de ses angoisses et Beckett posa instinctivement sa main sur l'avant-bras de Castle.

-« Tout va bien se passer. Il n'y a pas de raison. Et puis ce n'est pas comme si elle l'était la première petite fille à se casser la jambe… »

Le jeune homme était complètement perdu dans son angoisse et ne faisait pas attention aux paroles de son amie à côté de lui.

-« Tu sais, depuis le jour de se naissance, et même avant, il n'y a eu qu'elle et moi… Meredith n'en voulait pas dès le départ mais je pensais qu'elle changerait d'avis… Mais non alors c'est moi qui m'en suis toujours occupée… Etre père, c'est mon plus beau rôle et Alexis est juste… La plus adorable et merveilleuse des filles qu'un père puisse imaginer avoir un jour ! »

Castle continua à parler encore et encore de sa fille sous l'oreille attentive de Beckett. Le temps passa sans que ni l'un ni l'autre ne s'en rende compte. Soudain la porte s'ouvrit sur Amanda accompagnée de deux brancardiers poussant une Alexis encore à moitié endormie.

-« Oh mon Dieu ! Alexis ! » s'exclama l'écrivain en se levant brusquement pour se précipiter vers sa fille.

-« Monsieur Castle, » intervint Amanda avec un sourire compréhensif. « Laissez-nous installer confortablement votre charmante enfant dans son lit et ensuite vous pourrez l'embrasser autant que vous le souhaitez dans la mesure où vous faites attention à sa jambe. »

-« Oh, oui, bien sûr ! Je suis désolé, » marmonna le jeune homme en se reculant tout aussi rapidement qu'il était arrivé.

Beckett reprit sa place à côté de la fenêtre et observa les retrouvailles entre le père et sa fille. L'écrivain embrassait Alexis comme si sa vie en dépendait et l'émotion fut la plus forte. Sans un bruit, elle sortit discrètement de la chambre et, une fois dans le couloir, elle s'appuya contre le mur et se laissa glisser le long du mur. Submergée, elle tenta de calmer sa respiration, prenant sa tête entre ses mains.

-« Mademoiselle ? Kate, c'est bien ça ? » fit une voix à côté de la jeune femme. « Hey… Tout va bien, respirez calmement… Voilà, comme ça… »

Il fallut plusieurs minutes à la jeune femme pour se calmer et, lorsqu'elle releva les yeux, elle eut la surprise de découvrir Lanie, l'infirmière des urgences.

-« Je suis juste montée prendre des nouvelles d'Alexis, » sourit la métisse en devinant la question qui hantait la brunette.

-« Elle va bien, elle vient de remonter du bloc et est encore un peu endormie mais l'infirmière a dit qu'elle allait bien. »

-« Vous m'en voyez ravie. Ca vous dit d'aller prendre un café ? C'est ma pause. »

-« Je… Volontiers mais laissez-moi juste prévenir Castle afin qu'il ne s'inquiète pas inutilement… » répondit Beckett en disparaissant dans la chambre.

Une dizaine de minutes plus tard, les deux jeunes femmes étaient attablées dans un coin de la cafétéria devant un café.

-« Vous ressemblez à une véritable famille tous les trois. Ca fait plaisir à voir… »

-« Et pourtant… Je ne les connais que depuis quelques semaines maintenant, » fit Beckett avec un fin sourire.

-« Genre ! Il y a une telle alchimie entre vous que je dirais : même pas en rêve ! »

-« Mais puisque je vous le dis ! » lâcha la jeune femme en roulant des yeux, agacée qu'on mette sa parole en doute.

-« Bon, je veux bien vous croire mais ne niez pas qu'il se passe quelque chose entre vous ! Rien qu'à voir la façon dont Monsieur Castle vous regarde, je peux vous assurer qu'il en meure d'envie ! »

-« Vous rigolez là ? Il regarde tout ce qui porte un jupon comme ça ! »

-« Hu-hu… Même pas en rêve ! Vous avez quelque chose de spécial puisqu'il vous laisse approcher la personne la plus précieuse à ses yeux : sa fille ! »

-« Alors comme ça vous étudiez la médecine ? » changea brusquement de sujet Beckett mal à l'aise.

-« Mais bien sûr… » marmonna Lanie avant de répondre d'une manière de dire 'comme si je ne savais pas ce que vous faites…' « Oui. Je suis en troisième année. Et vous ? Que faites-vous dans la vie ? »

Pendant la petite demi-heure qui suivit, les deux jeunes femmes discutèrent de tout et de rien, se trouvant de nombreux points communs comme leur amour de la justice. Ni l'une ni l'autre ne virent le temps passer cependant il était l'heure pour Lanie de retourner travailler et pour Beckett de rejoindre les Castle. Lorsque la brunette poussa la porte de la chambre d'Alexis quelques minutes plus tard, elle ne put retenir un sourire. Castle était assis sur le fauteuil à côté du lit et caressait doucement sa main.

-« Hey, elle s'est réveillée ? »

-« Pas vraiment mais l'infirmière dit que c'est normal et qu'elle ne devrait plus tarder à émerger pour de bon. »

-« Ok… » fit la jeune femme soulagée en s'asseyant sur la seconde chaise qu'elle avait approché du bord du lit et passant une main dans les cheveux d'Alexis. « Elle a l'air si petite et si vulnérable dans ce lit… »

-« Je sais… » soupira l'écrivain avant de reporter son attention sur la brunette à ses côtés. « Je voulais te remercier Kate pour ta présence et ton aide pendant cette épreuve… »

-« Tu n'as pas à me remercier. C'est normal entre amis. »

-« Papa ? Kate ? » appela alors Alexis en papillant des yeux faisant se redresser et se pencher sur elle les deux adultes.

-« Hey Pumpkin. Comment te sens-tu ? »

-« Fatiguée… »

-« Alors repose-toi ma Puce, » sourit Beckett. « Est-ce que ça te fait mal ? »

-« Non… » soupira la fillette en se carrant contre l'oreiller. « Donkey Monkey ? »

-« On va se charger d'aller te le chercher, c'est promis. Repose-toi maintenant. »

Après un dernier baiser et un dernier regard à l'enfant endormie, Castle et Beckett quittèrent la chambre le cœur plus léger. Alexis allait bien, ils étaient soulagés…


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