30 Novembre 1916.
Côté Allemand, Guerre de Position.

Harry,
Excusez ma réponse tardive, nous avons aussi été très occupés. J'ai été envoyé en renfort quelques kilomètres plus loin. Nous avons pris une tranchée française. J'ai tué des hommes, je vois encore leurs regards plein de souffrances et j'entends encore leurs cris d'agonie. Je m'en veux de leur avoir enlevé la vie.

J'ai été blessé à la jambe, je boîte un peu mais l'infirmière a dit que si je ne forçais pas trop dessus, il y aurait des chances pour que je puisse marcher normalement. Ne pas trop forcer dessus, c'est un peu ironique, quand on court au milieu des tranchées pour tuer des gens. Et puis ce que j'ai écopé, ça n'est tellement rien par rapport à ce que les autres ont eu.
Je n'ai pas beaucoup dormi non plus, à cause du froid. Les hommes autour de moi sont presque heureux, ils savent que nous prenons le dessus. Et la prise de la tranchée à laquelle j'ai participé a été fêtée allègrement. Je suppose que je peux comprendre qu'ils soient heureux que leurs efforts soient récompensés... Mais n'ont-ils aucun pensée à l'égard des morts ? Ou essaient-ils de noyer leurs sombres pensées dans la boisson, comme moi ? Car oui, le soir de la prise j'étais complètement saoul. Je suppose que c'était une erreur mais l'alcool réchauffe et nous fait oublier, l'espace de quelques instants, les horreurs que nous vivons. Je suis faible d'esprit pour m'abandonner à cela comme les autres.

Vous avez bien fait de vous défendre du mieux mieux que vous avez pu. Attaquer aurait été suicidaire... Je suis si heureux que vous ayez survécu jusque là ! Je ne peux pas vous en vouloir parce que vous n'aviez pas le temps pour moi. Je comprends parfaitement. Êtes-vous gravement blessé ? J'espère que ça n'est pas le cas et si ça l'est restez le plus possible à l'hôpital de votre Front..
Oh oui, si seulement nous étions destinés à survivre ! Après tout, tellement de gens tombent autour de nous et nous restons encore. Est-ce un signe, ou allons nous mourir bientôt ?
Je viens d'apprendre la mort de Blaise, mon ami d'enfance. Il est mort chez-lui, à cause de ses blessures qui le faisaient trop souffrir. Il venait d'avoir vingt et un an. Paix à son âme.

Le soldat qui m'a sauvé s'appelle Gregory Goyle. Il n'a pas énormément de conversation mais depuis qu'il m'a sauvé la vie, il reste toujours à mes côtés. Il est gentil et puis j'ai une sorte de dette envers lui après tout. Si nous enfuyions ensemble, je crains bien que vous ne vous débarrassiez jamais de moi ! Après Paris, il y a tout un tas de villes et de pays que nous irons voir ensemble. Cela pourra bien nous prendre des années, et lorsque vous ne me supporterez plus, vous regretterez d'avoir accordé tant d'importance à ma personne, Harry ! Je plaisante, bien entendu. J'espère bien que vous m'apprécierez lorsque nous nous verrons.

J'ai les pieds dans la neige également. Aux premières tombées, j'ai fait une.. Bataille de boules de neige avec mes hommes, cela nous a permis de nous détendre un peu. Oui, même dans les jeux il y a des liens avec la guerre... La nuit nous dormons ensemble, collés les uns aux autres. C'est inconfortable mais au moins, nous avons moins froid. Goyle est un poêle à lui tout seul, ça n'est pas plus mal. Avant j'aimais bien la neige, avec ma mère nous allions marcher dehors, elle crissait sous nos pas, tout semblait endormi. Nous avons encore lancé une offensive, j'ose espérer que vous n'êtes pas pris dedans.

Je pense à Noël et je me demande si celui-ci je le passerai. Je ne sais pas si ce sera mon dernier... J'espère pour vous que vous en vivrez encore beaucoup !

Vivement Paris.

Votre ami,
Caporal Malfoy,
112e régiment d'infanterie.
Allemagne.